‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 153 sur 213 · NÉPHRITE A GRANULATIONS · texte numérisé non relu

NÉPHRITE A GRANULATIONS

depuis douze années, dont les dix premières ont été passées aux Ivsours, et les deux dernières à Aïn-Toula, deux localités extrêmement insalubres des environs de Dalna.

En 1868, il contracta aux Ksours une première atteinte de fièvres; elle fut légère et dura peu. Mais en août 1875, à Aïn-Touta, les accès revinrent et se renouvelèrent, à partir de ce moment, avec une ténacité désespérante, jusqu'en août 1876. Une légère amélioration survint alors; mais à l'apparition des premiers froids, vers le 9 ou le 10 novembre, P.... fut pris subitement d'une infiltration générale de tout le tégument externe, ce qui détermina ses parents cà l'envoyer à l'hôpital.

Nous constatons actuellement une anasarque généralisée, de la bouffissure de la face, une pâleur cireuse du teint, une tuméfaction considérable du foie et de la rate, la limite inférieure de ce dernier organe atteint l'ombilic. Les urines sont rares, très foncées en couleur; elles précipitent abondamment par la chaleur et l'acide nitrique, et laissent déposer un sédiment formé de nombreux cylindres hyalins de toute dimension, de leucocytes , et de granulations moléculaires éparses ou conglomérées en cylindres ayant les dimensions des tubes droits.

Les jours suivants, la situation s'aggrave rapidement, par le développement d'une diarrhée séreuse et d'une bronchite généralisée avec bronchorrhée abondante. La fièvre s'établit en permanence, le thermomètre marque 38 degrés le matin et 39 le soir ; l'anasarque acquiert des proportions excessives, et le péritoine se remplit de liquide : une ponction pratiquée le 27 décembre donna issue à 5 litres de sérosité. La quantité quotidienne des urines oscille entre 800 et 1800 grammes ; elles ne cessent d'ailleurs de présenter les caractères histo-chimiques ci-dessus mentionnés, et répandent une odeur des plus fétides peu de temps après leur émission,

La mort a lieu le 31 décembre, six semaines environ après l'invasion, par les progrès de l'asphyxie due à la bronchite et à l'œdème pulmonaire.' ^ La diarrhée a persisté jusqu'<à la fin, et à aucun moment il n'y eut d'accidents urémiques.

Autopsie, vingt-quatre heures après la mort. (Par suite des pressantes instances de la famille, nous avons dû borner l'enquête cadavérique aux principaux viscères du bas-ventre.)

La rate pèse 500 grammes ; sa surface est d'une teinte bleu sombre et la coupe noire comme de l'encre ; le parenchyme est ferme, et l'examen histologique y démontre une mélanose extrêmement intense.

Le foie, de 1570 grammes, présente à la surface et sur la coupe une teinte gris de fer. A l'examen histologique, on reconnaît que les réseaux capillaires sont encombrés de cellules mélanifères de toutes formes et dimensions.

Us rms pèsent chacun 190 grammes; ils dépassent en poids et en dimensions les reins d'adultes. La surface extérieure, pâle et lisse laisse voir a travers la capsule une multitude de macules grisâtres, larges comme

rZTir '^'^ ^«PP'-o^hées les unes des autres et dessinant

une saillie a peine perceptible à la surface.

700 LES INFLAMMATIONS. — LA NfiniRlTE PALUDÉENNE.

La capsule est mince, facile à délachor ; au-dessous d'elle, apparaissoni très nelicment les granulations grises mentionnées ci-dessus.

La section montre une substance corticale très épaissie, d'une couleur blanchâtre et d'un aspect luisant. A l'œil nu et surtout à la loupe, on distingue sur la section médiane des bandelettes ou des traînées de taches blanchâtres à peine saillantes, correspondant le plus souvent par leur siège et leur direction aux rayons médullaires, mais empiétant fréquemment sur la zone labyrinlhique, marquée, d'autre part, par des stries rougeâtres.

Quant aux pyramides, qui sont comme perdues au milieu de l'écorce hypertrophiée, elles ont une teinte rouge sombre qui contraste avec la couleur pâle de cette dernière ; à leur base, les faisceaux rouges sont écartés par des stries jaunâtres qui font suite aux rayons médullaires. Les glomérules et les capillaires intertubulaires sont encombrés de leucocytes mélanifères.

Caractères macroscopiques. — Les reins sont remarquablement gros, pâles et mous. Ils pèsent de 500 à 600 grammes et quelquefois au delà ; la consistance rappelle celle du beuiTe, la surface lisse laisse voir sous une capsule mince et tendue une coloration blanc jaunâtre et quelques étoiles veineuses injectées.

La coupe montre une surface corticale très épaisse, d'une coloration jaune pâle et d'un éclat luisant et huiTiide. Elle laisse suinter à la moindre pression un liquide trouble et visqueux, renfermant de longs cylindres colloïdes, des fragments de tubes épithéliaux et des cellules épithéliales volumineuses et parfaitement conservées dans leur forme.

La division lobulaire est moins apparente qu'à l'état normal. Des tramées plus ou moins larges et d'un blanc laiteux, à contour diffus et comme baveux, remplacent les bandelettes finement striées et nacrées qui dessinent sur une coupe normale les rayons médullaires. Quelquefois ces traînées se rejoignent par leurs bords, effaçant ainsi la région labyrinthique. Sur d'autres points, celle-ci est seulement parsemée détaches blanchâtres, arrondies, diffuses sur les bords et légèrement proéminentes ; entre ces taches ou granulations, le parenchyme est hypérémié et conserve une certaine transparence. Les glomérules sont généralement exsangues, et apparaissent comme des perles opalines, plus volumineuses qu'à l'état normal.

Les pyramides hypérémiées sont dévices de leur direction par la pression latérale des masses corticales hypertrophiées, et

Page 1