‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 16 sur 213 · II. — Dans les armées en campagne · texte numérisé non relu

II. — Dans les armées en campagne

Le nom de la dysenterie est inséparable de l'histoire pathologique des guerres. Les nomenclatures de Haeser montrent cette maladie régnant dans les grandes guerres, non seulement au milieu des armées en campagne, mais encore dans les populations qui se sont trouvées sur leur parcours. En ce qui concerne les guerres continentales du dix-septième siècle et celles du siècle présent, pour lesquelles nous ont été transmis des narrations d'épisodes ou des documents officiels, il serait difficile de citer une seule campagne dans laquelle la dysenterie n'ait pas eu le caractère permanent de maladie prédominante. 11 semble donc moins nécessaire de faire l'énumération de cet ordre d'épidémies, que de rechercher les causes de leur extension et de leur gravité particulière. Ces causes seront mises en évidence par l'analyse de quelques faits historiques, dans lesquels les conditions pathogéniques qui ont influé sur l'armée ont pu être nettement précisées.

A. Du rôle de la îsaison. — Une première raison de la fréquence de la dysenterie dans les armées en campagne, c'est que la période active des opérations de la guerre coïncide habituellement avec le règne saisonnier de cette maladie. Dans la campagne de 1743, dont Pringle nous a donné la relation, la dysenterie atteignit l'armée anglaise dans les premiers jours de juillet et s'éteignit à la fin de septembre, au moment où se firent sentir les premiers froids.

Pendant la guerre de Sept Ans, Monro (35) put observer trois années de suite (17(30, 1761 et 1762) que la dysenterie débuta au mois de juillet, devint la maladie prédominante au mois d'août et de septembre, au moment où les troupes prirent leurs quartiers d'hiver, et lit ensuite place à la fièvre pétéchiale.

Citons encore quelques exemples parmi les guerres modernes. PendaQt la guerre d'Italie, dont les opérations ont duré

du mois de mai au mois d'août, nous voyons par les tableaux statistiques que M. Cazalas a publiés relativement aux malades traitésàAlexandrie(36),que la dysenterie se place par ordre de iVéquence immédiatement après les fièvres rémittentes endémiques en Lombardie. Le nombre des dysentériques y augmente progressivement en juin et juillet, et atteint son maximum en août, époque où commence à s'effectuer le rapatriement des troupes.

Dans la dernière guerre contre l'Allemagne, les pertes de l'armée allemande dans la période du 4 août au 31 janvier s'élèvent pour la dysenterie à 2000 hommes, dont plus des 2/3, 68 pour 100, sont répartis en septembre et octobre. Un document plus intéressant que celui de la statistique officielle est dû à M. Heubner (37), médecin à l'hôpital de réserve à Leipzig. Dans les premiersmois, le lazaret reçut directement les malades du théâtre de la guerre, qui était encore rapproché. A partir du 15 novembre, il reçut en outre des convois de malades ou convalescents venus des autres hôpitaux. Heubner pense que les résultats recueilHs par lui, bien que concernant un seul hôpital, expriment 1^ physionomie pathologique générale de la guerre. Il a eu à traiter en tout 550 malades, dont 1/8 étaient atteints de fièvre typhoïde, et 1/9 de dysenterie. Pendant le courant de septembre, la dysenterie compte pour 1/3 dans le total des entrées, la fièvre typhoïde pour environ 1/(3. En octobre, le rapport devient inverse : sur 93 entrées, il y eut 33 cas de fièvre typhoïde, et 19 dysentériques. Dans la première quinzaine de novembre, il n'y a plus que 8 cas de fièvre typhoïde récente, et 4 cas de dysenterie. A partir de ce moment, il n'y a plus d'entrées pour dysenterie de première invasion.

Le document le plus important que nous puissions consulter relativement à la marche saisonnière des épidémies de dysenterie dans les armées en campagne, est assurément celui qui nous a été fourni par la statistique officielle de l'armée fédérale dans la guerre américaine de la sécession (38). 11 s'agit ici d'une épidémie embrassant un cycle de cinq années, et pour laquelle le chiffre total des cas de dysenterie aiguë et chronique dans l'armée active est indiqué par mois. Nous avons construit un tracé représentant les variations de ces chiffres rapportés à l'effectif mensuel de l'armée (fig. 8). Ce tracé met en évidence

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