‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 163 sur 213 · i ÉTlOLUGlIi im LA MALARIA · texte numérisé non relu

i ÉTlOLUGlIi im LA MALARIA

quée en 1840 par les travaux de fortification exécutés autour de la capitale.

Les faits qui précèdent montrent que si les marais réunissent les conditions les plus propres à l'élaboration de la cause fébrigènc, ces conditions peuvent cependant cire réalisées par le déplacement d'un terrain jusqu'alors salubre, de telle sorte que toute localité assise sur un sol de formation récente peut à l'occasion devenir un foyer fébrigène.

E. Évolution miiUianiiuelIe de la malaria. — La

malaria, à l'instar des autres affections infectieuses, est soumise dans son évolutidn épidémique à travers les années, à des fluctuations, à des recrudescences périodiques qui ne peuvent être attribuées ni à des intempéries excessives, ni à quelque modification survenue ou effectuée dans la constitution physique du sol.

Depuis longtemps, raconte M. Bucquoy dans un mémoire adressé à l'Académie de médecine en 1829 (18), les fièvres intermittentes, autrefois endémiques à Péronne, avaient cessé de régner dans cette ville, bien qu'elle fût encore entourée de marécages, lorsque en 1826 et en 1827 elles se montrèrent tout à coup dans toute la cité. Gomme l'épidémie attaquait les quartiers les plus sains tout autant que ceux qui étaient soumis aux émanations des marais, que les localités n'avaient changé en rien, qu'aucune cause déterminante spéciale à ces deux années ne pouvait être incriminée, M. Bucquoy conclut qu'outre l'influence des miasmes marécageux il faut admettre dans la genèse des fièvres intermittentes certaines conditions atmosphériques qu'il est impossible d'expliquer.

Les fièvres d'accès ne se montraient que rarement dans la commune de Saint-Ours (arrondissement de Riom), écrit M. le docteur Aguilhon à l'Académie de médecine. Mais de 185.i à 1855 des épidémies sévères survinrent en été et en automne; la constitution atmosphérique était pourtant la même que celle des années précédentes, et le sol n'avai t subi aucun changement. Le nombre des malades s'accrut chaque année: de 50 dans la première aimée, il s'éleva à 102 dans la deuxième et à 128 dans la troisième. En 1855, dans le bourg de Saint-Ours seul dont la population était de 261 habitants, près de la moitié furent atteints, et plus particulièrement les personnes jeunes et du

ML LX MALAIUA IIANS LËS CLIMATS TEMPIÎKÉS. 7«5

sexe féminin. Les causes principales de celle épidémie, aioule

M le docleur Aguill,on, doivenl èlre elierchées dans IMnIWnce ep dem,que genei-ale qui régne depnis plusieurs années dans nos c nlrees, el dans l'aclion locale des effluves qui se dé-

Ours^O)' Sainl-

fièv^ef tlus,r«"' épidémies, les

evres pa,„3tres prennenl quelquefois une exlension cons dé- .able, surg,ssanl non seulement dans les contrées où elles ont endémiques, mais aussi dans celles qui en sont habitue emen exemptes Lorsque la maladie acquiert ainsi une xpan"^n umverselh., elle sévit avec une intensité exception, elle d ™: es oyers ordmatres Les annales de l'épidémioLie consmën e souvenir de quelques-unes de ces pandémie^ qui om Z né simultanément ou successivement une grande partie d 1^^ ope Les plus importantes de ce siècle sont celles de "l^tm j de 855-1860 el de 1860-1872 (20). Bien q e s 1 /nS Pideraïques se soient manifestées surtout' dans le noTde Europe, la France n'y a pas échappé. Les rapports " l'Aca demiede médecine signalent entre autres la gravitéel flxtension e endémo-épidémie de notre territoire da"ns ierannt 8 3 a 1856, et aancune époque elle n'a reçu des communications auss, nombreuses sur les épidémies de fièvre palustre nue dan les années 1826-1829(21). Les deux exemples cités h u se rapportent à ces deux périodes. ^

Ni le transport des miasmes par le vent, ni les oseillalions de a nappe d'eau souterraine ne peuvent rendre comp e d" ce plosions universelles, que faute de mieux il faut rapporte à de intluenees générales qui jouent un rôle inconlestabie bien quobscurpournous, dans l'évolution de touslesgerme^

F. Des marais salant». - Mais la cause de la fièvre ne s e abore pas seulement au fond des marais d'eau douce

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Les marais salants en eux-mêmes ne sont pas nuisibles «'Il ■ ont bien établis, régulièrement exploités eLnl t t ' v ' som. Mais, si ces conditions ne sont pus remZ lë^ .

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^gg ÉTIOLOGIE DE LA MALARIA.

douces les envahissent peu à peu et ils deviennent, grâce au mélange de celles-ci avec les eaux salées, une cause puissante d'insalubrité.

Ces marais, établis autant que possible sur un sol argileux, occupent, comme on sait, une étendue assez considérable sur nos deux côtes atlantique et méditerranéenne. Par leur situation, les marais salants de l'Ouest sont dans des conditions beaucoup moins avantageuses pour l'exploitation que ceux du Sud-Est. Sur nos plages du Midi, élevées en général au-dessus du niveau de la mer, favorables par conséquent à l'écoulement des eaux, il suffit d'abandonner celles-ci au soleil pour en obtenir l'évaporation. Dans la Charente-Inférieure il est nécessaire de les travailler, de leur faire parcourir'de longs circuits afin de multiplier autant que possible leur contact avec l'air; la production du sel y constitue une industrie difficile, un véritable art, qui malheureusement lut mal entendu par les sauniers et abandonné à la routine. Les marais salants étaient établis sur une plage basse, dont les parties les plus déprimées se trouvaient de 1 à 2 mètres au-dessous du niveau de la mer, de telle sorte que 1 eau s y rendait naturellement par l'effet des pentes et par le seul mouvement de la marée. Mais les alluvions déposées par les flots exhaussèrent progressivement le sol, et les canaux qm alimentaient les saUnes ainsi que ceux qui servaient a 1 ecoulemen des eaux se trouvèrent peu à peu obstrues. L mdustrie du sel de l'Ouest, ayant cessé d'être suffisamment productive par suite de la concurrence qui s'établissait dans les sahnes de la Méditerranée, on négligea d'entretenir ces canaux qui ^ erivaseren totalement. Les eaux douces et les eaux «^l^^^' ^ ^ séparées, se mêlèrent et donnèrent heu a de vastes loyers

d'infection (marais gâts).

L ud-ouesl de Rocheforteslla région la plus malheureuse. Elle est infectée par les marais de Saint-Aignan, de lirouage deMarennes, de Saint-Jean de l'Angle et de. Samt-Ju t 1 y a là environ sept mille hectares, tous mara.s » donnés depuis deux siècles et demi. Mais rien n'est compai aMe à Brouage ; là tout est gàt. „„; «nnt

Ce ne sont point, on le voit, les salines elles-mêmes qui sou nuisibles. Jamais la santé générale ne >"e'"^,'"-^ ^"a^s localités (lu'au temps où lu production du sel, portée a son plus

haut degré de développement, couvrait pour ainsi dire tout le pays.

Ce que l'abandon et la négligence des salines peut faire, nous le voyons dans la tragique destinée d'un des principaux ports de l'Ouest. ^

« Au seizième siècle, il y avait dans la province d'Aunis une ville florissante, assise au milieu de magnifiques salines. C'était le p us beau port que la mer eût formé sur nos côtes. Charles IX appelait en France des ingénieurs pour la fortifier.' La Rochefoucauld, lAIayenne, Condé, l'assiégeaient et la défendaient tour a tour pendant les guerres de religion. Le grand cardinal relevait ses fortifications ébranlées pour opposer une puissance rivale à cette Rochelle dont il avait jurera perte- Il y créait un gouvernement, un hôpital, un arsenal et des magasms immenses. Cette ville, aux quatre cents maisons, aux arges rues coupées à angle droit, encore dotée d'un siège royal, d un siège d'amirauté, d'un bureau des fermes, d'un

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Or de cette ville si puissante et si peuplée il y a deux siècles la malaria a fait la ruine la plus désolanle que l'on puisset aginer. La grande cité d'autrefois est aujourd'hui si misérable

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Presque aussi néfastes que les marais salants artificiels sont ceux ou accidentellement l'eau de mer vient se mélanger avec

eau douce. Un tel état de choses se produit partout où le lUloral présente des dépressions dont l'assiette est au-dessous du niveau de la mer. Celle-ci, dans les hautes marées, franchit la digue plus ou moins élevée qui la sépare de ces cuvettes les eaux se répandent alors dans les plaines et y séjournent fo'rcément elles s y mêlent aux eaux douces, produit des pluies abondantes ou des débordements des cours d'eau qui se ietten dans la mer. Il en résultera de vrais marais salants qui se de" séchant par les chaleurs de l'été, répandront leurs'lamaions" d e teres dans l'atmosphère. C'est ce que l'on voit actuellemen «ur de nombreux points de nos côtes de l'Ouest, et notamment encore dans la Charente-Inférieure (25). ^«^^^n^ment

Enfin, les eaux pluviales ou fluviales qui viennent h romn vnr les terrains que la mer a occupés autrefois, "nt ^

aussi dangereuses que celles qui résultent du mélange direct de l'eau douce et de l'eau salée.

G. Des routoir». — Nous terminerons cette enquête sur les causes de la malaria au milieu des populations par une simple mention des routoirs dont Paront-Duchâtelet a nié à tort l'innuence nuisible sur la santé. Si leur insalubrité est aujourd'hui un fait hors de doute, leur rôle éliologique dans la malaria est fort contestable. Le rouissage s' effectuant le plus souvent dans les marais, Iqs étangs, c'est-à-dire dans les conditions qui par elles-mêmes créent la fièvre, il est difficile de préciser la part qui revient dans la genèse de cette dernière à l'opération elle-même. Celle-ci, il est vrai, a été incriminée dans plusieurs localités, entre autres dans le Forez et surtout dans le Grésivaudan (Isère et Hautes-Alpes). En 1822, l'épidémie qui a régné au Fort-Barreau et aux villages voisins était attribuée à l'air vicié par la décomposition du chanvre roui. En effet, le développement de la malaria coïncida avec l'établissement des routoirs, et ne se montra que dans les villages et les campagnes qui en possédaient; les habitants de Buissières, où les fosses de rouissage étaient les plus nombreuses, furent les premiers atteints (27). Nous laissons toutefois cette question indécise, les documents nécessaires à sa solution ne nous paraissant pas assez précis ni assez nombreux.

H De l'assuéfaction au miasme palustre daus les royers endémiques, - Les habitants des foyers fébrigènes ne s'acclimatent pas au miasme palustre. Grâce à une sorte de tolérance relative acquise par l'habitude, ils réagissent moins énergiquement vis-à-vis de lui que les étrangers, mais ils n en subissent pas moins son influence. Celle-ci se traduit par les récidives auxquelles ils sont voués pendant toute leur vie, par la diminution de la vigueur corporelle, par la dégradal,ion physique et la raréfaction de la population, enfin par la reductio du terme moyen de la vie, qui, dans les Dombes, ne dépassait pas vingt et un ans du temps de Nepple.

L'étude que nous venons de faire de la malaria au milieu dos populations a mis en relief un de ses caractères dominanl^ son endémicité dans les campagnes. Mais les fièvres palu.lics

ne sont point étrangères à la pathologie des villes, il s'en faut de beaucoup, c'est ce qui ressortira plus particulièrement de leur histoire dans l'armée.

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