DE LA MALARIA EN ALGÉRIE. — HISTORIQUE
nord de l'Afrique, les comptent parmi leurs maladies les plus communes. Si, dans les climats tempérés, la malaria ne se montre qu'en été, si elle ne s'y développe qu'à la faveur des marais, des grands travaux de terrassement et des campements, il n'en est plus de même dans le bassin de la Méditerranée. Les fièvres y sont incomparablement plus fréquentes que sous les latitudes plus élevées; elles y régnent en permanence, avec de fortes et constantes recrudescences annuelles; enfin, on les y observe indifféremment au milieu des plaines marécageuses ou sur des plateaux secs, en apparence salubres. Ce n'est donc point à l'extension des marais qu'il faut attribuer l'accroissement de l'endémie, mais aux influences climatériques, à l'élévation de la moyenne annuelle de la température. Le climat météorique a ici une action prépondérante, il supplée l'insuffisance du sol en activant le développement de la cause fébi-igène là où les marais font défaut.
Cette étude portera exclusivement sur l'Algérie, dont la pathologie a été l'objet de tant de recherches depuis un demisiècle de la part des médecins de l'armée. C'est avec leurs travaux épars dans la littérature médicale ou conservés parmi les documents manuscrits du comité de santé que nous écrirons ce chapitre. Nous le ferons précéder d'un court historique où nous marquerons d'une façon plus précise que nous ne l'avons pu faire dans notre revue générale, le rôle de la malaria et l'étiologie qui lui a été assignée dans les premières périodes de l'occupation.
HISTORIQUE
Nous avons déjà vu plus haut (p. d57 et 328) que, dans le bassin de la Méditerranée, les fièvres palustres, prenant chaque été un brusque essor, constituaient une épidémie annuelle variable dans son intensité, mais constante dans son apparition. Ces épidémies, revenant chaque année à date fixe et réglant en quelque sorte leur marche sur celle de la température, ont vivement impressionné les premiers médecins de notre colonie, et leur ont inspiré tout d'abord une conception étiologique dans laquelle le jeu des météores tient la plus large place, ^
Les premiers rapports médicaux de l'armée d'Afrique portent
812 ftïIOLOGIE Dli I.A MAL.MUA.
en eflel témoignage de l'influence presque exclusive que nos prédécesseurs assignaient à la chaleur dans la genèse des lièvres; celte opinion a trouvé son expression la plus précise dans le livre de Raymond Faure (57), et dans quelques travaux plus récents, notamment ceux d'Armand (58) et de Ridercau (59).
Mais l'inégale répartition des fièvres parmi des troupes vivant sous des influences climalériques semblables, fixa de bonne heure les esprits attentifs sur leur origine. Les médecins en chef du corps d'occupation, en rendant compte au conseil de santé de la cruelle épidémie qui décima les troupes campées dans les environs d'Alger pendant le troisième trimestre de 1831, font ressortir que la plupart des malades provenaient de la plaine marécageuse de la Mitidja, et notamment des postes de la Maison Carrée et de la Ferme Modèle, situés dans les conditions les plus défavorables, tandis que les régiments casernés dans l'intérieur de la ville et dans les postes placés au delà de la porte Babel-Ouad, n'eurent presque pas de malades (GO).
Les épidémies suivantes d'Alger fournirent l'occasion de renouveler ces observations. Chaque année on remarquait que les diff'érents points de la ligne d'occupation n'étaient pas également dangereux, que les postes situés sur les hauteurs ou à une certaine distance de la plaine n'étaient atteints de fièvre que pendant le règne des vents du sud, tandis que dans ceux qui confinaient aux marécages ou se trouvaient placés au milieu d'eux, l'endémie produisait des ravages considérables et permanents. On en conclut que les marais et les émanations miasmatiques étaient la cause réelle des fièvres (61).
A la même époque, des observations non moins précises étaient recueiUies sur d'autres théfitres. Les premières années de l'occupation de Bône, notamment 1832 et 1833, furent marquées par des épidémies de fièvre plus cruelles encore que celles d'Alger. Les médecins témoins de ces épisodes émouvants, MM. les inspecteurs Mutin (62) et Maillot, le chirurgien-major IIuet(63), n'hésitèrent pas à les rattacher aux eaux stagnantes des environs, au fangeux lac de Fezzara, aux marais formés par les débordements de la Boudjema, marais auxquels ils attribuaient justement une influence d'autant plus désastreuse que les flots de la mer, soulevés par les tempêtes,