DE LA MALARIA EN ALGÉRIE. — HISTORIQUE
venaient de temps à autre s'y mêler à l'eau douce et créer des marais salants.
En opposition à la gravité et à la fréquence des fièvres d'Alger et de Bône, directement exposées aux émanations de plaines fangeuses, on signalait dans le même temps la salubrité relative d'Oran, protégée par des montagnes et des arêtes contre la plaine et les deux lacs salés du voisinage (64): on notait surtout l'immunité absolue de Mers-el-Kébir, cette forteresse élevée sur un rocher des plus arides, à 1 myriamètre en avant d'Oran,
L'inégale répartition des fièvres sur ce littoral dont les conditions thermo-hygrométriques sont à peu près partout les mêmes, leur distribution irrégulière dans les différents postes d'un même foyer, enfin la gravité de l'endémie proportionnée en quelque sorte à l'étendue et à la proximité des terrains vaseux firent prévaloir de bonne heure la notion de l'origine marécageuse des fièvres.
Après son installation sur le littoral, l'armée d'occupation s'avançant vers l'intérieur, prit successivement possession des fertiles plaines étagées sur les pentes de l'Atlas. Cette dissémination des troupes et des colons sur toute l'étendue du territoire, en agrandissant le champ de l'observation médicale, révéla tout d'abord un fait inattendu, contradictoire avec la notion précédente, à savoir le développement dans des localités sèches de l'épidémie annuelle que l'on croyait rivée aux marais. Si, en eftet, les fièvres qui sévirent chaque année à Mascara, à Sidi-bel-Abbès par exemple, purent être rattachées aux plaines marécageuses du voisinage, il n'en fut pas de môme de celles que l'on rencontra dans d'autres localités, incontestablement les plus nombreuses. Médéah, située au centre de hautes montagnes et largement séparée par elles des plaines de la Mitidja et du Chélif, n'a point de marais, et
cependant les fièvres d'accès s'y développèrent chaque année (65). Milianah, plus élevée encore et dominant un point non marécageux de la plaine du Chélif, fut dans le même cas (66). Blidah est éprouvée par la malaria, bien que ses environs soient exempl,s de marais et d'eaux stagnantes (67). Orléansville se trouve bien au centre de la plaine du Chélif, mais cette plaine ne devient marécageuse qu'à quelques journées de marche au-dessous d'Orléansville, vers le coalUient du Chélif
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el de la Minalî, et ce sont encore des fièvres inlermittenlos qui dominent la pathologie de cette localité. Teniet-el-llaad. Tiaret, Djidjelly, Haramam-Meskoutin, Batna, Lambèsc, ne manquent pas de lièvres intermittentes, et cependant il n'y a pas le moindre réservoir marécageux dans ces localités à plusieurs lieues à la ronde. « Les localités les plus malsaines, dit Guyon, sont loin de paraître comme telles au premier aspect. La surface du sol est exempte de tout foyer de décomposition susceptible de fournir quelques miasmes (68). » En un mot, l'observation multipliée sur les points les plus différents do l'Algérie fit reconnaître que les fièvres étaient endémiques partout, dans les endroits les plus secs, les plus élevés, comme dans les lieux bas et marécageux; la seule différence que l'oa fît valoir, c'est qu'elles étaient plus fréquentes et plus graves dans ces dernières conditions (69). C'est ainsi qu'on en vint à admettre deux influences pathogéniques parallèles et d'une valeur égale : l'une générale, le climat, l'autre plus restreinte, les conditions locales. Le climat suffit partout à produire les fièvres ; mais lorsque à cette influence se joint celle des effluves marécageux, ceux-ci se développent dans une proportion infiniment plus grande, et les accès sont autrement graves (70).
Tel était l'état de la question vers 1850, lorsque parurent les recherches de F. Jacquot(71). Dans un travail remarquable par la puissance de l'analyse critique appliquée à un nombre considérable de documents, l'auteur s'efforce de mettre en lumière l'origine miasmatique des fièvres intermittentes, et réduit le rôle des météores à celui d'agents secondaires. Pour expliquer le développement de la malaria en dehors des marais-types, il admet des marais souterrains, des marécages entre deux terres, qui dégagent leurs émanations à la faveur du remuement de la croûte superficielle du sol ou des crevasses qu'y détermine la chaleur.
Mais, s'il considère les fièvres endémo - épidémiqucs comme 'produites par l'infection du sol, il rapporte encore les fièvres d'accès sporadiques de certains pays secs à des causes non spécifiques, notamment aux vicissitudes de
l'atmosphère. . .
Cette restriction fut en quelque sorte une concession au^ idées de l'époque. Elle devait disparaître lorsque M. Goim,