‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 171 sur 213 · DE LA MALAIIIA EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DE LA MALAIIIA EN ALGÉRIE

séparées dans les statistiques officielles. Mais nous savons, par les tableaux de Finot(73), que les récidives augmentent et d.minLient aux différentes époques de l'année suivant la même 01 que les fièvres de première invasion, avec cette restriction outefois que leur décroissance, dans le dernier trimestre, est beaucoup moms marquée et moins rapide que celle des fièvres de première mvasion. La proportion des récidives à ces dernières est, d après C. Broussais, presque trois fois plus forte pendant les mois de l'hiver que pendant ceux de l'été. Toutefois .1 n y a rien d'absolu dans ce chiffre, qui peut être modifié par l'arrivée subite d'un régiment de France ^ En somme, pendant huit à neuf mois de l'année, les fièvres n ont pas une importance numérique supérieure à celle des maladies communes, avec lesquelles elles partagent le rèsne pathologique; elles sont d'ailleurs bénignes, plutôt intermittentes que rémittentes, et ne revêtent qu'exceptionnellement le caractère pernicieux. Mais, au moment des fortes chaleurs elles s aggravent et prennent brusquement une expansion excessive qui porte le chiffre des malades au quadruple des périodes extrêmes de l'année, elles absorbent presque exclusivement toute la pathologie du troisième ti'mestre. Cette évolution est remarquable par la constance avec laquelle

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Toutefois, ce rapport entre l'endémie et la chaleur, quelque étroit qu'il soit, n'est pas absolu : en Algérie, comme en ItaHe le nombre des entrées par mois n'est pas rigoureusement proportionnel à la température moyenne de ce rnois

Ainsi jmn, qui est le troisième de l'année quant à l'élévation de Ja température, est un des plus salubres. Juillet le mois le plus chaud, n'est pas aussi fiévreux qu'août, dont h emperature moyenne est un peu moins élevée; bi;n plu eptembre et surtout octobre qui marquent l'apogée de l'én ' derme, sont beaucoup plus chargés que juillet, de sorte m ë le mois le plus chaud ne vient qu'en quatrième ligne qu m aux admissions pour fièvres endémiques (74) ^

D'ailleurs les fièvres les plus graves se développent surtoni à afin de 1' té et en automne, à l'époque où les p lu bi uillards les rosées alternent avec des journées chau e '• on

' -^--pidcmies ou des

ÉTIOLOGIE DE U MALARIA.

cenccs endémo-épidémiques se produire en novembre, ainsi que nous le rappellerons plus bas.

Bref, la chaleur, malgré sa puissance pathogénique, n'en reste pas moins un facteur secondaire, et la spécilicité de la cause ne s'impose pas avec moins de force ici que dans les divers milieux envisagés plus haut.

B. Influence du sol. — La nature miasmatique et l'orioine tellurique de la malaria sont des notions trop banales dans la pathologie algérienne pour que nous nous croyions obligés à consacrer de longs développements à leur démonstration. Ces notions se dégagent d'un ensemble de preuves géographiques et historiques que nous nous bornerons a rappeler ici. / j 1 .

L'inégale distribution de la malaria, sa gravite dans les plaines basses et souvent inondées du littoral, dans les dépressions, les vallées où l'absence de pente et la constitution argileuse du sol favorisent la stagnation des eaux, et ou s accumulent les alluvions qui descendent du flanc des montagnes, sa fréquence moindre ensuite et sa bénignité dans les contrées arides à sol rocailleux, en un mot tous les documents fournis par la géographie médicale si minutieusement décrite par nos collègues, portent témoignage que la cause de la fièvre est tout aussi tributaire du sol et des influences locales que des agents

climatériques. . -.c^^

Mais l'histoire pathologique de la malaria est non moins Instructive dans ses enseignements à ee point ™e Nous avons vu plus haut qu'après la cessation des hostilités le lit. factice qui rattachait ensemble la dysenterie et la ma aria se brisa, la première disparut comme maladie «Hem que, les fièvres au contraire prirent un essor terrible Pai tout su tous les points, on signalait des épidémies meurtrières et 1 recherches des médecins du corps d'occupation apr av u Borté presque exclusivement sur la dysenterie dans les picmières années, ne visèrent dorénavant plus que la ma an^ Or cette vaste expansion épidémique est ™ ';»PP°' ^ grands travaux nécessités par notre installation de m t. relèvement des villes dévastées par nos armes, eonsti uc on de moyens de dètenses, de forts, de casernes, travaux d oi , de ports, création de camps fortifiés, délrichement et diama„e

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de plaines marécageuses; tous ces bouleversements profonds d'un sol vierge et accomplis souvent pendant les fortes chaleurs, sont signalés dans tous les rapports comme la cause des fièvres régnantes.

On trouve dans le Recueil de médecine militaire et dans les thèses maint épisode témoignant de la réalité et de l'énergie de cette cause. La fondation d'Orléansville, de Tiaret, de Lalla- Margnia, deSebdou, etc., a donné lieu à de redoutables épidémies (75). Finot (76) rapporte que 4000 hommes qui prirent successivement part aux travaux de la route de la Chiffa furent tous atteints de fièvres ; dans l'intervalle de quarante-sept jours, 1800 d'entre eux entrèrent au seul hôpital de Blidah et donnèrent lieu à une forte mortalité.

150 hommes des compagnies de discipHne travaillèrent en 1843-44. à la fondation de Saïda, défrichant, creusant, nivelant le sol; au bout de six mois les fièvres pernicieuses en avaient enlevé une cinquantaine et tous les autres sans exception en avaient été atteints.

Enfin vers la fin de l'année 1852, de grands travaux de teiTassement ayant été entrepris autour de la ville deBône, il survint une épidémie de malaria remarquable par sa généralisation et sa grande léthalité. Elle se prolongea jusqu'à la fin de l'hiver, sévissant à la fois sur la population civile et militaire renfermée dans l'enceinte de la ville, sur celle des campagnes et colonies agricoles environnantes et jusque sur la population indio-ène elle-même (77). °

A ces témoignages, il convient de joindre les cruelles expériences de nos colons : la création des villages et les défrichements furent marqués par des désastres dont le souvenir restera toujours attaché aux noms de Bouffarick, de Fondouck de la Matidji et de tant d'autres localités aujourd'hui fiorissantes.

La contre-épreuve de la genèse de la fièvre par le sol est Ibiirnicpar la mortalité décroissante depuis les premiers temps de la conquête jusqu'à nos jours. Cette diminution progressive des décès par la malaria ne saurait être rapportée au climat nui est immuable; elle ressortit à un facteur qui a varié considéri bicment, au sol que l'infatigable activité du conquérant trans forme sans relâche par la création de grands centres d'a.-lo meralion, par le drainage et la culture.

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G. Kiciiduc de l'cndémicité palustre en Algérie. — Il

n'y a en Algérie presque aucune localité où la fièvre ne soil la maladie dominante en été, et pourtant ce vaste pays, coupé dans tous les sens par de puissantes montagnes, offre, toutes proportions gardées, moins de marais que la France. Les fièvres se montrent partout, dans les vallées exemptes de marécag'es (Taffna), comme dans celles qui en sont parsemées (Cliélif, Roumel, Isser), dans les plaines sèches et sablonneuses duSahel comme dans celles qui, encaissées entre de hautes montagnes et assises sur un sous-sol argileux, sont vouées aux tlaques d'eaux stagnantes et à l'humidité permanente (plaine d'Eghris). Chassagne trouve l'endémie palustre au milieu des populations montagnardes de la grande Kabylie, habitant un pays entièrement en culture et absolument exempt de marais (78). Bachon la signale à Laghouat, où il n'y a pas trace d'eau stagnante (79). Nos troupes l'ont rencontrée dans toutes les oasis de l'extrême sud de nos possessions. Bref, toutes les plaines, toutes les vallées produisent' le miasme fébrigène, avec une intensité inégale il est vrai : les dépressions, les défauts de pente, la nature argileuse du sous-sol, l'engorgement des rivières, les irrigations artificielles nécessitées par certaines cultures, portent" le danger au maximum, en favorisant la stagnation des eaux ou la formation de marais ; mais le danger est partout, dans les foyers où on le redoute à juste titre, comme dans ceux ou on ne le soupçonne pas.

Nul n'a plus insisté sur cette ubiquité de la fièvre dans le climat méditerranéen que M. le professeur Colin. Se fondant sur ses observations dans la campagne romaine si éprouvée par la malaria bien que les marais y soient inconnus, amsi que sur celles de ses prédécesseurs en Algérie, il démontre par des preuves nombreuses et imposantes que tout sol riche en matières organiques et sans culture peut, lorsqu'il est sullisamment influencé par la température extérieure, devenir un

foyer fébrigène. .

Il fait ressortir qu'entre ces deux influences, lelluriquc cl thermique, dont l'association est indispensable pour produire la fièvre , il existe des variations de rapport qui prouvent qu'elles sont dans une certaine mesure aptes a supp e^e mutuellement à leur insuffisance respective. Si dans le nord ae l'Europe, les marais, c'est-à-dire les foyers générateurs pai

DK LA MALARIA EN ALOÉRIK. S^l

excellence de la fièvres ont presque parloiit nécessaires pour produire celle-ci, il n'en est pas de même dans les latitudes plus basses, en'Algérie, à Rome, où la terre est suffisamment échauffée par le soleil en été pour que les germes puissent s'élaborer partout sans le concours des marais (80).

D. Du mode d'action des météore!«i. — a. De la chaleur. — Si la chaleur ne crée pas les fièvres, elle en augmente le nombre et la gravité. Indispensable à l'élaboration des germes, elle favorise en outre leur dégagement en mettant à découvert le fond des marais, des eaux croupissantes, des bords des rivières qui sillonnent les plaines. Dans les régions non marécageuses, elle détermine, par le retrait de la croûte superficielle du sol, d'innombrables crevasses qui multiplient la surface d'élaboration et de dégagement. Partout en Algérie (81), à Rome (82), dans les îles de la Méditerranée (83), sous les tropiques (84), les médecins ont insisté sur la signification de ces fissures.

Enfin en débilitant l'organisme, la chaleur le rend sans doute plus impressionnable au poison morbide et elle favorise d'autre part, comme nous l'avons vu plus haut, le développement de certains accès pernicieux, les formes délirante, comateuse et convulsive.

b. De V humidité. — Elle est non moins indispensable que la chaleur à l'élaboration de la cause fébrigène. Les sources qui lui donnent naissance sont variables. Ce sont les marais, temporaires ou permanents, l'eau qui abreuve la terre, cachée sous l'écorce superficielle et dont l'existence est démontrée par les épais brouillards qui, à partir de la fin de l'été, recouvrent le matin la plupart des plaines de l'Algérie; ce sont ensuite les irrigations artificielles, les rosées abondantes qui détrempent chaque nuit les campagnes, enfin les pluies. De tout temps, les médecins de l'Algérie ont signalé l'influence néfaste des averses qui viennent humecter le sol à la fin de l'été et en automne. Si au lieu d'être abondantes et continues, de manière à couvrir d'eau les plaines insalubres, elles sont précoces, parcimonieuses, intermittentes et séparées par des journées de soleil et de chaleur, l'endémie peut se prolonger tard dans la saison et s'aggraver même pendant l'hiver; témoin l'épidémie hivernale qui sévit sur le 55" de ligne à Bônc en

4832 et 33. Les lièvres, très nombreuses en été, commencèrent à diminuer avec les chaleurs dans le courant de septembre. Au 21 octobre, le régiment, dont l'effectif se composait de 2500 hommes environ, n'avait plus que 19-4 malades à l'hôpital. Mais à partir du 11 novembre les fièvres se multiplièrent de nouveau, et atteignirent rapidement un chiffre supérieur à celui de la période estivo-aiitomnale précédente : pendant presque tout l'hiver, le nombre mensuel des entrants dépassa celui d'août et de septembre (85).

Dans la Commission instituée par le duc de Rovigo pour étudier les causes de cette recrudescence épidémique si grave et si insolite, les médecins furent unanimes à la rapporter à la prolongation des intluences nocives du sol, par suite des alternatives de pluie et de beau temps qui marquèrent tout le cours de novembre. On fit valoir à ce sujet que les pluies avaient été prématurées, qu'elles étaient survenues à une époque où la chaleur était encore grande et qu'ordinairement elles arrivaient beaucoup plus tard pour ne pas discontinuer {loc. ciL, p.ll9). En 1853, à Guelma, les fièvres palustres prirent tout à coup vers la fin de novembre une fréquence et une gravité insolites pour la saison. Pas une seule maison, ni dans la ville ni dans les environs n'en fut exemple. La brusque apparition de ces maladies, la fréquence des fièvres de première invasion à une époque de l'année où il n'y a plus guère que des récidives, témoignèrent manifestement d'un réveil des influences endémiques. Or cette deuxième épidémie, qui dura du 15 novembre au 25 décembre, succéda à des pluies qui survinrent vers la fin d'octobre et qui furent fréquemment entrecoupées par des journées d'une température très chaude aggravée par le siroco. Le nombre des malades de l'hôpital, qui dans la deuxième quinzaine de novembre était rapidement monté de 130 à près de 300, diminua promptement dès que les pluies devinrent continues et que la température s'abaissa définitivement (86).

c. Variations du mode d'aclion des mêmes influences mcléonçttes. — La chaleur et l'humidité sont, d'après ce qui précède, des auxiliaires indispensables h l'élaboration des miasmes fébrigènes. Mais suivant leur intensité et les conditions topograpluques, ces deux agents peuvent aussi l'entraver. La chaleur extrême qui prive le sol de l'eau nécessaire à la fermentation des matières organiques, et l'humidité portée au point de

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