‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 173 sur 213 · DE LA MALARIA EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DE LA MALARIA EN ALGÉRIE

delà de quarante ans qu'en deçà, cela tient à ce que l'on s'expatrie moins souvent passé cet âge que dans la période de vingt à trente ans.

b. Acclimatement et accoutumance. — Si, comme l'ont déjà fait remarquer Lacauchie et Finot (loc. cit.), on s'habitue en Algérie aux influences générales du climat, si d'un long séjour on tire une certaine force de résistance à ces influences, on ne s'habitue guère au miasme palustre, pas plus qu'à celui de la dysenterie. En général, le séjour prolongé dans les foyers de malaria, loin de conférer l'immunité contre cette dernière, dispose de plus en plus à ses atteintes, l'acclimatement n'existe pas dans ce sens.

Toutefois, l'habitude émousse dans une certaine mesure l'impressionnabilité au miasme palustre. L'habitation prolongée dans les foyers de fièvre confère aux organismes vigoureux une sorte d'accoutumance, dont le bénéfice se traduit par une sensibilité moins grande à l'agent fébrigène, et dont l'explication se trouve peut-être dans les recherches si intéressantes de Metschnikoff sur l'immunité morbide.

Dans une épidémie de fièvre intermittente survenue dans l'été de 1874, au milieu d'un détachement de quarante-six condamnés employés à la mine d'Oum-Theboul, l'un d'entre nous a établi dans un document officiel et après une enquête minutieuse, que les fièvres se sont déclarées en plus grand nombre et ont revêtu une forme plus grave, d'une part parmi les condamnés arrivés récemment de France et transportés immédiatement en plein foyer d'endémie palustre; d'autre part, parmi les condamnés n'ayant que de dix-huit mois à quatre ans de séjour en Algérie, et ayant été presque tous atteints de fièvre les étés précédents dans des localités insalubres. Quant aux sujets, au nombre de treize, qui avaient servi de cinq à vingt ans dans les corps d'Afrique ou qui étaient nés dans le pays, dont la plupart étaient sains ou ne présentaient que de rares antécédents palustres, ils furent à peine touchés par la fièvre.

C'est d'ailleurs un fait d'observation journalière, que les hommes nouvellement arrivés en Algérie sont infiniment plus éprouvés dans la première année par la malaria que leurs camarades, anciens résidents, qui vivent à côté d'eux. M. le médecin-major Sorel vient d'en fournir un nouvel et intéres-

82fi ÉTIOLOGIE DE LA MALARIA.

sant témoignage dans l'ai teinte, au poste de Takitount, de seize hommes sur dix-huit qui venaient d'arriver de Fi'ance, alors que le détachement qui occupait ce poste depuis plusieurs mois fut à peine touché (87).

En général, l'immigrant paye à la fièvre un trihut plus large que l'indigène, et là où le poison produit une fièvre simple chez ce dernier, il déterminera un accès pernicieux chez le colon ou le soldat. Causse (88) raconte que deux compagnies du 2" balaillon d'infanterie légère d'Afrique furent envoyées, en juillet 1847, à Hammam-Rera, pour réparer la route de Cherchell à Milianah; elles campaient au milieu d'un pays marécageux, près d'une tribu arabe. Quatre jours après l'installalion, éclatèrent de nombreux accès pernicieux, surtout cholériformes. Les Arabes ne présentèrent aucun cas semblable, et cependant ils étaient presque tous atteints de fièvre intermittente.

De pareilles observations ont été également faites à Rome. On a notamment remarqué au début de l'occupation, en 18'49, que les troupes originaires de l'Algérie étaient, toute proportion gardée, moins éprouvées que celles qui venaient directement de France (89).

c. Des influences hygiéniques. — Nous avons vu, à propos de la malaria dans les guerres, combien le rôle des défectuosités de l'hygiène est effacé dans Tétiologie de cette maladie; la pathologie algérienne témoigne dans le même sens. Sans doute, la misère n'est pas un facteur indifférent; elle hâte le développement des accidents, les aggrave quelquefois, favorise les récidives; mais, malgré cela, elle n'a qu'un rôle très secondaire, témoin les faits 'recueillis dans l'épidémie de Penthièvre en 1854. Le 29 mai, un détachement de quarante-cinq hommes du 70' de ligne, récemment venu de France, fut envoyé à Penthièvre où venait de s'installer une colonie de cent quarantehuit Allemands , fraîchement débarqués aussi et dénués de toutes ressources. Ces hommes, bien nourris et convenablement abrités, furent tout autant éprouvés par les fièvres que les Allemands qui vivaient à côté d'eux dans une misère profonde (90).

Du reste, la différence qu'il y a sous ce rapport entre la dysenterie et la malaria, avait été remarquée dès le début de l'occupation. Alors que la première s'atténuait promptcment au retour d'une expédition ou sous l'innuence de sages

mesures administratives, ramélioration du logement, de la nourriture, l'usage du vin, du café n'amenaient que peu de changement dans la fréquence de la seconde (91). Partout on constatait que les officiers et les colons aisés étaient atteints de fièvres qui ne le cédaient ni en fréquence ni en gravité à celles des soldats et des pauvres du pays (92), et il resta démontré pour tous que la malaria relevait avant tout des conditions du sol.

F. Aggravation périodique de l'endémie. — L'endémie algérienne subit au cours des années des aggravations périodiques semblables à celles que nous avons signalées pour les climats tempérés. C'est ainsi qu'en 1840 les fièvres furent sur tous les points plus fréquentes et plus graves que les années précédentes. Le même fait se reproduisit en 1846. L'aggravation fut d'autant plus remarquable qu'elle eut lieu on hiver : partout, d'après les rapports du premier semestre de cette année, les fièvres se montrèrent plus communes et revêtirent un caractère plus sévère que dans les hivers précédents. Dans certaines localités comme Orléansville et Bône, elles eurent toute la gravité de la période épidémique proprement dite et se prolongèrent sous la forme rémittente jusqu'à la fin du trimestre (93).

Nous ignorons si ces oscillations multi-annuelles sont soumises à quelque régularité; nous ne connaissons pas même les causes qui leur donnent naissance. Si parfois, comme en 1840, l'expansion de l'endémie a pu être rapportée à des pluies abondantes et générales, suivies de chaleurs excessives, il faut bien reconnaître que le plus souvent, comme en 1846, les influences qui président à son développement restent insaisissables.

§3. — De la malaria dans les régions tropicales.

Parmi les maladies endémiques des régions tropicales, la malaria tient incontestablement le premier rang par son immense extension et la gravité de ses manifestations. Elle domine la pathologie de ces vastes régions; presque partout elle a été l'obstacle le plus sérieux à la prise de possession par les Européens.

ÉTIOLOGfE DE LA MALARIA.

Page 1