‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 174 sur 213 · I. — Esquisse géographique · texte numérisé non relu

I. — Esquisse géographique

Une courte esquisse géographique nous montrera et l'étendue de son domaine dans celte zone et — caractère important au point de vue étiologique — sa répartition [en foyers plus ou moins vastes. Ces documents sont en grande partie empruntés au livre de Hirscii, ainsi qu'aux travaux de nos collègues de la marine, et, notamment, à l'intéressant article Climat que M. Rochard a publié dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

A. Afrique. — La zone tropicale du continent africain et les îles voisines contiennent les foyers de malaria les plus redoutables du monde. C'est à l'embouchure et sur le cours inférieur du Sénégal et de la Gambie, du Niger et du Gabon, que les fièvres sévissent avec leur maximum d'intensité. Toute cette côte, jusqu'au cap Lopez, est découpée par de profonds estuaires et sillonnée par d'innombrables cours d'eau qui pendant la saison sèche, laissent à découvert leurs bords et leur fond vaseux, et, durant les pluies, inondent au loin les plaines. Ces vastes surfaces sablonneuses, à sous-sol argileux, restent couvertes une partie de l'année de flaques d'eaux stagnantes (marigots) autour et au milieu desquelles s'élève une végétation palustre luxuriante. A partir du cap Lopez, en allant vers le sud, la malaria perd progressivement de son intensité, et disparaît complètement, comme maladie endémique, dans la colonie du Cap ainsi qu'à l'île Sainte-Hélène.

Sur le littoral oriental, beaucoup moins connu par suite de l'absence d'établissements européens, les côtes de Sofola, de Mozambique, de Zanzibar, sont, d'après le témoignage des voyageurs, non moins éprouvées que nos comptoirs de la côte ouest. A Madagascar, l'endémie sévit cruellement sur tous les points du littoral, ainsi que dans toute l'étendue des petites îles voisines (Nossi-Bé, Sainte-Marie, Mayotte). Rares jadis à la Réunion et à Maurice, les lièvres y sont devenues permanentes depuis 1866, époque où l'état du sol et le régime des eaux subirent des changements profonds.

Plus au nord, le littoral occidental de la mer Rouge, à l'exception de quelques points (Massouah), ainsi que les hauts

DK LA MAL-UUA DANS LES RÉGIONS TROPlGALIiS. S^J

plateaux de l'Abyssinie sont presque exempts de fièvres. Celles-ci réapparaissent sur les pentes ouest de ce pays, où elles forment la limite orientale d'un vaste foyer qui comprend la Nubie, une partie du Soudan et le cours supérieur du Nil jusqu'à Dongolalî. Puis l'endémie disparaît dans les steppes rocheuses de ce dernier pays, ainsi que dans la haute et moyenne Egypte, pour surgir de nouveau dans les pays riverains du cours inférieur du Nil.

Les oasis de la région saharienne ne sont point épargnées par la malaria, et celle-ci s'est également trouvée sur la roule des grands voyageurs qui ont exploré le centre du continent africain.

B. Asie. — Les côtes et les plaines méridionales de l'Asie, presque toutes comprises entre les tropiques, sont dans maintes régions affligées de fièvres aussi redoutables que celles des comptoirs de l'Afrique occidentale. Dans l'Arabie, les côtes de l'Hedjaz et de l'Yémen, formées de plaines basses et marécageuses, sont presque inhabitables pour les Européens, en opposition à la côte occidentale de la mer Rouge, connue pour sa salubrité relative.

L'Indoustan, avec ses deltas formés de vase fétide, ses immenses plaines soumises à des inondations périodiques, n'est qu'un vaste foyer de malaria. Il n'est presque pas de région de l'empire qui en soit préservée; elle n'épargne même pas les pentes méridionales de l'Himalaya, couvertes de forêts inaccessibles à l'homme à cause de la puissance des émanations pestilentielles. Sa distribution sur l'étendue du territoire est toutefois fort inégale. Les provinces de Bengale, de Bombay, d'Agra, formées de terrains d'alluvions et couvertes de forêts et de marécages, sont les plus insalubres. Dans la période 1860-1875, on y comptait, en moyenne annuelle, quatre cent soixante-deux atteintes de fièvre pour mille hommes d'effectif, tandis que dans la présidence de Madras, on n'en relevait que cent quarante et un pour la même période. Dans cette dernière province, d'ailleurs, les fièvres ne se rencontrent pas seulement dans les vallées humides et alluviales, mais aussi sur les hauteurs, telles que les plateaux élevés et absolument secs du Dcccan. Ce sont même ces fièvres des moniaynes, nom sous lequel elles sont décrites par les médecins anglais, qui consti-

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tiienL les foyers endémiques les plus nombreux de la présidence de Madras, tandis que ces foyers sont clairsemés sur la côte sèche et sablonneuse du Coromandel, où l'on ne signale guère comme insalubres que Madras et Pondichéry; et encore les fièvres sont-elles bénignes dans cette dernière localité, malgré le voisinage de nombreuses rizières (94).

La presqu'île indo-chinoise présente au point de vue géologique et pathologique de grandes analogies avec l'Indoustan. Formée de dépôts alluvionnaires récents reposant sur un sous-sol argileux, irriguée par de nombreux cours d'eau qui débordent périodiquement et couvrent de leurs eaux les plaines basses et marécageuses du littoral, elle produit presque partout des fièvres palustres, moins graves que celles de la côte d'Afrique et de Madagascar, mais qui dominent, avec le choléra, la pathologie du pays.

G. Océauie. — Les nombreuses îles formant la Malaisie appartiennent presque toutes à la zone tropicale; elles sont couvertes de foyers palustres de la plus haute intensité. Bornéo, Java, Sumatra, les Célèbes, avec leurs immenses marais sont aussi redoutables que la côte occidentale de l'Afrique. Seules les Philippines jouissent d'une salubrité relative.

Cette salubrité devient à peu près absolue dans les îles de la Polynésie, telles que les îles de la Société et les îles Marquises. Mais aucune d'entre elles ne peut être comparée sous ce rapport à Taïti, que les navigateurs appellent la reine des mers (Rochard).

D. Amérique. — La région tropicale de ce continent comprend le sud du Mexique, l'Amérique centrale, les Antilles, la Colombie, les Guyanes, la moitié du Brésil et une grande partie du Pérou.

a. Mexique et Amérique centrale. — Les terres chaudes du Mexique, couvertes de lagunes et de marais où poussent des forêts de palétuviers, sont fébrigènes au plus haut degré. Les terres tempérées sont moins malsaines. Quant aux hauts plateaux, les fièvres y sont rares, elles ont pourtant été observées par M. Liebermann dans les villages indiens situés sur les bords des lacs et parmi les détachements de troupes envoyés dans ces localités (95).

L'étroite bande formant la côte Pacifique du Mexique est sillonnée par des cours d'eau fangeux et couverte de marécages où se déploie une riche végétation palustre. Les fièvres y sont partout endémiques, moins graves cependant que sur la côte Atlantique.

Toute la côte du Pacifique, depuis la frontière du Pérou jusqu'au Mazatlan, présente les mêmes caractères.

b). Antilles. — Le littoral de ces îles, formé en grande partie de terres alluvionnaires, est en général fiévreux; mais la malaria y est très irrégulièrement répartie. Tandis que Cuba, Saint-Domingue, la Jamaïque, la Guadeloupe, la Martinique présentent sur leurs côtes des foyers palustres d'une intensité extrême, les îles voisines, telles qu'Antigua, Saint-Vincent, Barbade, les Bermudes, bien que soumises aux mêmes conditions climatériques, jouissent d'une immunité relative. La salubrité de l'air de Barbade a fait souvent choisir cette résidence comme refuge pour les fiévreux des îles voisines (Hirsch).

c. Colombie, Guyanes, Nord du Brésil. — Les deux cinquièmes seulement de l'Amérique du Sud appartiennent à la zone torride. Par la constitution de son sol et ses maladies endémiques, le littoral de l'océan Pacifique, depuis le Pérou jusqu'à l'isthme de Panama, ressemble complètement à celui de l'Amérique centrale et du Mexique. Quant à la côte orientale, elle présente, sur un développement de près de 1500 lieues, d'immenses plaines d'alluvion, couvertes de vases et de palétuviers. La Guyane n'est qu'un vaste marais de 400 lieues de long sur 20 de large. Les fièvres palustres y régnent sous leur forme la plus grave, notamment dans la Guyane française où elles déterminent plus de la moitié de la morbidité générale (96). Mais elles ne s'y font pas sentir partout avec la môme intensité, au moins en ce qui concerne nos possessions. La zone insulaire (îles du Salut, îlct la Mère, îlet le Père) est relativement salubre ; les îles du Salut sont même devenues depuis 1852 un lieu de convalescence. En revanche, les terres basses, soumises aux inondations périodiques de nombreuses rivières, constituent un vaste marais pestilentiel. La zone qui longe la mer, formée de bancs de sable sur lesquels s'est déposée une mince couche de terre végétale et incessamment battue par l'air vivifiant du large, jouit d'une salubrité intermédiaire

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entre celle des deux précédentes (Maurcl). Contraii-emcnl donc à ce qui s'observe ailleurs, l'insalubrité augmente au fur et à mesure qu'on s'éloigne du rivage.

Dans le Brésil, l'endémie palustre est moins grave que dans la Guyane; mais son domaine est très étendu. Elle couvre tout le nord du pays, jusqu'à Rio-de-Janeiro, sévissant à la fois sur le littoral et sur les bords plats et souvent inondés des grands fleuves qui parcourent ce vaste empire. Toutefois, elle y est irrégulièrement distribuée, du moins sur la côte. Presque insignifiante à Pernambuco, près de l'équateur, elle devient de plus en plus intense à mesure qu'on se rapproche de Rio-de Janeiro, où elle atteint son maximum de gravité.

Cet aperçu géographique est des plus instructifs. En nous montrant en effet l'irrégulière distribution de la malaria sous les tropiques, il nous conduit directement à la détermination de ses rapports avec le sol.

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