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NATURE ET PROPRIÉTÉS DU POISON PALUSTRE

maintes fois constaté cette explosion tardive des premières fièvres chez des militaires algériens rentrés depuis longtemps en France et fixés d'ailleurs dans des garnisons salubres. Enfin, M. Vallin, dans ses annotations à la deuxième édition de Griesinger, rapporte des exemples de ce long silence des germes, observés dans le nord de l'Allemagne par Braune et Fiedler.

On peut hésiter à donner le nom d'incubation à cette période de latence, en raison de la longueur et de la variabilité de sa durée. Sous ce double rapport, la malaria s'oppose en effet d'une façon saisissante à la variole, la rougeole, la syphilis si remarquables par la fixité de l'intervalle compris entre l'impression du virus et la réaction de l'organisme. Mais, d'un autre côté, ne reconnaît-on pas une incubation à la rage, bien que la durée de cette incubation puisse être également très longue et très variable ? La question que nous soulevons ici est obscure et d'une solution difficile. Au fond, nous ignorons en quoi consiste l'incubation. Si, pour certaines maladies infectieuses, la durée de cet acte mystérieux est en quelque sorte réglée, il n'en est point de même pour d'autres. Il semble que la prise de possession de l'organisme par le germe qui vient d'y être introduit soit subordonnée à des conditions variables, relatives à la fois au milieu intérieur et à la cause morbisfène elle-même. Parmi ces causes, en effet, les unes, comme le virus de la variole, de la rougeole, de la vaccine sont probablement détruites ou éliminées si l'organisme n'est pas actuellement apte à leur évolution; du moins n'y a-t-il pas d'exemple d'explosion de ces maladies après l'échéance de la période habituelle d'incubation sans nouvelle infection. D'autres poisons pourront dans le même cas vivre silencieusement au sein de l'organisme et attendre l'opportunité morbide, sans rien perdre de leur activité; tel est sans doute le germe de la malaria; tel paraît être aussi celui de la dysenterie hépatique qui peut provoquer la suppuration du foie longtemps après que le malade a quitté le foyer endémique. Nous en avons observé tout récemment encore un exemple au Val-de-Grâce, chez un officier qui fut atteint d'hépatite suppurée six mois après sa rentrée du Tonkin, où il avait eu pendant la campagne une dysenterie légère dont il se croyait parfaitement guéri.

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Quoi qu'il en soil de cetle distinclion, les grandes variations que l'on observe dans la durée de la période qui s'écoule entre l'absorption du miasme palustre et ses manifestations cliniques, ne nous paraissent point une raison suffisante pour refuser à celte période le nom d'incubation, attendu que celleci est loin d'être connue dans son essence, et que d'ailleurs les caractères relatifs à sa durée sont d'une valeur secondaire dans la définition.

E. Contagion. — La malaria est-elle susceptible de se transmettre de l'organisme qui en est imprégné à l'homme sain? Cette question a été agitée à plusieurs reprises dans ces dernières années et résolue affirmativement par certains médecins (123). La croyance à la contagion est fondée, d'une part sur des inoculations tentées dans ces derniers temps, et d'autre part sur quelques observations cliniques éparses dans la littérature.

Guboni et Marchiafava, puis Renzi, auraient réussi à donner des accès de fièvre au chien et au lapin, en leur injectant sous la peau du sang de fébricitant. Ces résultats avaient le droit de surprendre, puisqu'il est à peu près reconnu que tous les animaux sans exception sont réfractaires à la malaria; mais ils ont été formellement contestés par d'autres observateurs, qui ont vainement cherché à reproduire les expériences des médecins italiens.

Les inoculations faites sur l'homme méritent plus d'attention.

En 1 880, Dochmann pratiqua chez cinq sujets des injections hypodermiques du contenu de vésicules d'herpès développées chez des fébricitants, et provoqua ainsi chez trois d'entre eux des accès de fièvre. Peu de temps après, Gerhardt obtint des résultats également positifs chez deux sujets auxquels il avait injecté sous la peau du sang recueilli chez des fébricitants pendant le paroxysme. Enfin, les faits les plus récents de ce genre sont ceux qui ont été communiqués en 1886 à la Société médicale des hôpitaux par M. Laveran, au nom de MM. Marchiafava et Celli. Ces observateurs ont déterminé des accès de lièvre chez plusieurs personnes atteintes d'aflection chronique du système nerveux, par des injections intraveineuses de saug pris sur des sujets infectés de malaria.

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Loin de nous la pensée de mettre en doute la valeur de ces expériences. Nous ne voudrions même pas leur opposer les conclusions contradictoires de l'inoculation tentée par Armand à Rome, en i850 (124-), car dans l'espèce les insuccès ne sauraient prévaloir contre les résultats positifs. Mais ceux-ci témoignent simplement de l'existence de la cause fébrigène dans le sang, et de la possibilité de son introduction violente dans l'organisme par le système vasculaire, et non de sa transmission de l'homme à l'homme par l'un des procédés ordinaires de la contagion.

Celle-ci ne trouve pas plus de fondement dans l'observation clinique. Tous les faits allégués en sa faveur ont été recueillis dans les foyers palustres (125), ou se rapportent à des fièvres palustres proportionnées à des affections contagieuses telles que la 'dothiénentérie ou le typhus, qui en se transmettant d'un groupe d'individus à un autre ont pu faire croire à la contagion. Quand on songe qu'il n'y a pas d'affection plus étroitement fixée au sol où elle prend naissance, que Jamais aucun malade s'éloignant du foyer endémique ne l'a communiquée dans une localité saine à son entourage, qu'il n'y a pas d'exemple de transmission, en France, aux familles qui reçoivent nos militaires infectés de malaria pendant leur séjour en Algérie ou aux colonies lointaines, on demeure convaincu qu'il n'existe pas d'affection à laquelle on puisse denier avec plus de certitude le caractère contagieux.

Nous sommes plus réservés en ce qui concerne la transmission héréditaire, dont la littérature médicale nous fournit quelques témoignages réunis dans un intéressant travail de M. le docteur Leroux (126). Ces faits, peu nombreux d'ailleurs, n'ont pas tous la même valeur. Dans les uns, il s'agit d'enfants qui ont présenté peu de temps après leur naissance des accès dont ils auraient puisé le germe dans le sein de leur mère sujette aux fièvres pendant la grossesse. Mais l'infection n'at-elle pas pu se produire après coup, dans le milieu habité par les parents? Les observations ne l'établissent pas suffisamment. Les autres se rapportent à des enfants qui sont venus au monde avec le teint jaunâtre, l'hypertrophie de la rate, la mélanémie et la mélanose hépato-splénique, en un mot avec les signes de l'intoxication palustre chronique (observations VllI et IX de Leroux). De pareils faits ne peuvent s'ex-

8i8 ÉTIOLOGIE DE LA MALARIA.

pliqucr que par une infection congénilalc, qui ne répugne pas à la physiologie pathologique, puisqu'il est démontré aujourd'hui, au moins pour le charbon (127) et la tuberculose (128), que les germes figurés peuvent traverser la barrière placentaire. Mais ils sont trop peu nombreux, et nous en appelons aux observations ultérieures pour résoudre cet important point, de l'étiologie de la malaria.

F. De la malaria à lioi'cl des navires. — Il n'y a

point de maladie qui se rattache au sol par des liens aussi étroits que ceux de la malaria, il semble que celle-ci ne puisse naître que dans les conditions déterminées plus haut.

Nous ne devons cependant pas fermer ce chapitre sans rapporter une opinion qui s'est produite dans ces derniers temps, et qui tend à assigner au poison palustre un deuxième foyer générateur plus restreint, mais non moins réel que le sol.

La plupart des médecins de la flotte inclinent en effet à croire que la fièvre peut se développer en pleine mer, à bord des navires dont le fond de cale recèle des eaux saumâlres, vaseuses, saturées de matières organiques en voie de décomposition. On attribue à ces marais flottants, suivant l'ingénieuse comparaison de Fonssagrive, le pouvoir d'engendrer des épidémies de fièvre palustre, loin de toute influence telluriquc, par des germes qui s'élaborent dans leur propre sein. Les témoignages apportés en faveur de cette thèse n'ont, il est vrai, pas tous la même valeur. Beaucoup d'entre eux concernent des équipages ayant antérieurement atterri à des côtes insalubres, oùl'infectionapuavoir lieu sans se manifester immédiatement par ses eff'ets. D'autres sont sans valeur, parce qu'ils se rapportent à des récidives de fièvre chez des sujets intoxiqués de longue date. Mais ces faits douteux ayant été écartés, il en reste un certain nombre dans lesquels l'infection paraît avoir été produite eff"eclivement à bord.

Telle est entre autres l'épidémie de fièvres périodiques qui s'est développée à bord de la Constituante, en janvier 1854. Cette frégate mit à la voile à Toulon, le 25 décembre 185.^, ayant à bord 155 matelots, 470 passagers militaires, et une grande quantité de matériel à destination du Sénégal et de Gayenne. Pendant la traversée de la Méditerranée, qui a duré dix-neuf jours, les passagers durent, en raison du mauvais

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