NATURE ET PROPRIÉTÉS DU POISON PALUSTRE
temps continuel, rester entassés dans la batterie et l'entrepont, avec un cube d'air et une ventilation absolument insuffisanls. L est dans ces conditions que, huit jours après le départ de Toulon, se développa une épidémie de fièvre intermittente qui frappa vingt-quatre hommes et donna lieu à deux décès, 1 un par accès comateux, l'autre par accès algide; elle ne sévit guère que parmi les passagers confinés dans les bas-fonds du navire; les matelots, constamment sur le pont, exposés au froid et a l humidité, ne fournirent que trois malades. L'influence
epidemique disparu t pour ainsi dire brusquement, dès qu'après avoir passé le détroit, on put, grâce à l'amélioration du temps et de 1 état de la mer, faire monter les passagers sur le pont et rétablir la propreté et la circulation de l'air dans l'intérieur du navire (129).
L'observateur à qui nous empruntons cet épisode, fait valoir qu au moment de l'explosion des fièvres, on était en pleine mer, loin de toute côte insalubre; l'eau embarquée à Toulon était de bonne qualité; les matelots provenaient des équipages de ligne de Toulon où n'existait aucune fièvre intermittentequant aux soldats, principalement touchés, ils étaient en garnison dans cette ville depuis quatorze mois, et la plupart avaient habité jusqu'alors leur pays natal, situé dans l'intérieur de la France et exempt de marécages.
Gefait constitue sans doute un témoignage sérieux enfaveur de 1 inlection nautique. Il y a d'ailleurs entre ces vases de la cale, formées d'eau douce, d'eau de mer et de matières oro-aniques en putréfaction, et les marigots qui bordent certains plages basses, une analogie physique si complète, qu'à priori on ne peut s'empêcher de considérer l'un des foyers comme aussi apte que l'autre à la genèse du paludisme.
La malaria nautique, quelle que soit la source de l'infection revêt souvent, en raison de l'encombrement et du défaut d aération des parties basses du navire où elle se développe d ordinaire, une physionomie typhique qui la distingue des hevres d accès simples et suggère la pensée d'un empoisonne ment doub e (voy. plus haut, p. 358, l'épisode du rZZ^ Cette pensée est justifiée d'ailleurs par la concomit""^^^ ice ça et la de véritable cas de dothiénentérie. De pare Is hi s rappellent les épidémies simultanées de fièvres [y^l"
g50 ÉTIOLOGIE DE LA MALARIA.
équivalente, au point de vue du dégagement des germes, au nettoyage de la cale ou à l'agitation imprimée à ses eaux croupissantes par le roulis et le tangage des gros temps.
Quelle que puisse être la valeur des documents fournis à l'appui de l'origine nautique de la malaria, il faut reconnaître que ces documents sont très rares, et la question ne nous paraît pas entièrement résolue. Nous croyons devoir en appeler aux observations ultérieures pour nous fixer définitivement sur ce point de l'étiologie des fièvres palustres.