‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 182 sur 213 · TRAITEMENT DE LA MALARIA AIGUË · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA MALARIA AIGUË

préféré à cause de sa plus grande solubilité* et de sa proportion plus forte de quinine **.

D'autres sels ont été introduits dans la pratique dans ces quinze dernières années. Nous citerons surtout le bromhydrate, le sulfovinate et le lactate de quinine, qui se recommandent aussi tous par leur grande solubilité. Biais le bromhydrate et le lactate sont moins riches en quinine que le chlorhydrate, et le sulfovinate est moins stable que ce dernier, de telle sorte que, par l'ensemble de ses propriétés, le chlorhydrate mérite de l'emporter dans la pratique sur tous ses congénères.

Doses. — Elles doivent nécessairement varier suivant la gravité des atteintes et la voie d'introduction. Les médecins qui n'ont point pratiqué dans les foyers palustres s'exagèrent volontiers le danger des fortes doses. Ce danger ne présente point un caractère bien redoutable, du moins n'est-il pas à comparer à celui des accidents toujours imminents chez les malades pendant la période épidémique. La puissance thérapeutique de la quinine est beaucoup plus grande que sa nocuité. S'il était permis d'apphquer à l'homme les résultats obtenus chez le chien , il faudrait, pour mettre sa vie en danger, lui injecter sous la peau 10 grammes de sulfate de quinine, ou lui en donner 35 grammes par l'estomac (8).

A la vérité, on ne peut établir sans réserve un pareil rapprochement, d'autant plus que les données cliniques conduisent à admettre que l'homme est plus sensible à l'action delà quinine que le chien. Mais ces données démontrent, d'autre part, qu'il supporte des doses de quinine bien supérieures à celles qui sont habituellement prescrites, que la dose quotidienne dans les foyers palustres a pu être portée jusqu'à 5, 8 et même 10 grammes sans produire de manifestation toxique sérieuse, qu'en un mot jamais les doses les plus larges employées pour combattre les accès pernicieux les plus graves n'ont été dangereuses pour le malade.

Si nous croyons à l'innocuité de ces doses énormes, nous ne

♦ n est soluble dans 18 parties d'eau froide et dans 1 partie d'eau bouilhinte tandis que le sulfate de quinine officinal exige, pour se dissoudre, loo part.es d eau froide et 30 parties d'eau bouillante (Formulaire pharmaceu tique des hôpitaux militaires, 1884), '"uuateu

** 100 parties de chlorhydrate renferment 81,71 de quinine, tandis que 100 parties de sulfate ne contiennent que 74,31 d'alcaloïde

8li0 TIlftRAPEUTIQUR ET PROPIl YI.AXIK DE LA MALARIA.

sommes pas convaincus de leur ulililé. Nous n'y avons jamais eu recours ; même dans les cas les plus graves, nous n'avons jamais administré plus de 2 à 3 grammes du fébrilugc dans les vingt-quatre heures. Cette pratique est celle des médecins de notre armée, auxquels elle a donné de meilleurs résultats que les doses massives qui, dans les rechutes, ne sont pas sans exercer une influence fâcheuse sur le système nerveux (9).

Voies d'introduction. — La quinine s'administre le plus ordinairement par la bouche. La facilité avec laquelle elle est rendue insoluble dans l'estomac gorgé de saburrcs bilieuses oblige, chaque fois qu'on la donne par cette voie, de s'assurer de son absorption par l'examen des urines.

Quand l'intolérance de l'estomac pour le fébrifuge ou les vomissements incessants des formes cardialgique, cholérique, bilieuse, opposent un obstacle insurmontable à l'administration du remède par la bouche, on a recours au gros intestin, au derme dénudé par un vésicatoire et surtout à la méthode hypodermique. Inaugurée par Moore, Pihau-Dufailly, Dodeuil, et vulgarisée en Algérie par le remarquable mémoire de M. le professeur Arnould (10), cette méthode est préférable à toute autre. Elle se recommande surtout dans les cas graves, où il est d'une importance capitale de ne pas perdre un temps précieux en tentatives inutiles : le salut du malade est dans la promptitude d'action du remède. Pendant six années (1874-1879), l'un d'entre nous a traité exclusivement par les injections hypodermiques toutes les fièvres graves admises dans ses salles, quelle que fût leur forme; il a pu se convaincre de la supériorité de cette pratique sur toute autre; quinze à trente minutes après l'injection, le réactif de Bouchardat décelait dans les urines la présence de la quinine, et aucun accident local n'a été signalé sur plusieurs centaines d'injections pratiquées.

Nous nous servions du chlorhydrate de quinine que nous obtenions sur place par double décomposition du sulfate, le chlorhydrate ne se trouvant pas encore dans le commerce en France à cette époque (1874). Mais il résulte des recherches récentes de MM. de Beurmann et Villejean (11) que le chlorhydrate neutre est le sel qui convient le mieux aux injections hypodermiques; car, comme il se dissout dans les deux tiers de son poids d'eau, il est [facile d'en préparer des solutions

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