TIIAITEMENT DE LA MALARIA AIGUË
renfermant 75 centigrammes par centimètre cube de liquide*.
S'il est vrai , comme l'affirment Moore , Dafeillay et Borius (12), qu'à dose égale la quinine en injection souscutanée est cinq à six fois plus efficace que lorsqu'elle est introduite par une autre voie, la méthode hypodermique se recommande non seulement dans les cas graves, mais aussi dans le traitement des fièvres des pauvres (Arnould). Au reste, maintes fois nous avons tiré de réels avantages de sa combinaison avec la méthode habituelle.
B. Des moyens accessoires. — Le quinquina s'attaque à l'essence même de la maladie. Mais, parmi les manifestations apparentes de celle-ci, il en est qui, par leur constance ou leur prédominance éventuelle, se sont toujours imposées à l'attention et ont donné lieu à des médications diverses, les seules employées autrefois dans le traitement des fièvres, mais devenues accessoires depuis la découverte du quinquina. Au premier rang de ces médications figurent les antiphlogistiques et les évacuants.
Des antiphlogistiques. Saignées. — La saignée tenait jadis la plus large place dans la thérapeutique des fièvres intermittentes. Sydenham lui-même, qui a fondé l'une des méthodes d'administration du quinquina, la plaçait bien avant ce dernier, et nous avons vu plus haut que Bailly lui donnait également la préférence sur la médication spécifique (p. 309).
Dans les premières années de l'occupation de l'Algérie, cette tendance fut portée jusqu'à l'abus. Subjugués par la doctrine et trompés par un appareil symptomatique congestionnel qui simule parfois celui des grandes inflammations, les premiers médecins de notre nouvelle colonie firent des déplélions sanguines la base de leur traitement des manifestations aiguës de la malaria, et montrèrent dans l'emploi des autres moyens, notamment du sulfate de quinine, la réserve dont nous usons actuellement à l'égard du leur.
C'est vers 1836 que M. Maillot, avec un courage qui ne
* A défaut de chlorhydrate neutre, on peut se servir du chlorhydrate basique 'l<ii existe dans toutes les pharmacies, et obtenir la solution précédente par le mélange de parties égales de chlorhydrate basique et d'acide chIorhydri(iue pur (D = 1,045). Le liquide ainsi obtenu renfermera 0,75 de chlorhydrate neutre par centimètre cube (De Bcurmann et Villejean, loc. cil.).
862 THÉRAPEUTHiUE ET PROPHYLAXIE DE LA MALARIA.
l'honore pas moins que sa pénétration, osa rompre avec le dogme officiel tout-puissanL alors, et associer aux anliphlogisliques le sulfate de quinine à haute dose dans le traitement de toutes les manifestations aiguës de la malaria. Ce fut à peu près à la même époque, on se le rappelle, que, dans nos colonies lointaines, Segond essaya de substituer les purgatifs aux déplétions sanguines abusivement employées dans le traitement de la dysenterie (p. 89).
La réaction contre la saignée, inaugurée par la révolution thérapeutique de M. Maillot, se répandit peu à peu et, malgré de tenaces résistances, elle avait fait, vers 1850, de notables progrès dans la colonie. On avait fini par reconnaître que les saignées provoquaient ici une dépression des forces plus profonde que dans aucune autre maladie, qu'elles favorisaient le retour des accès, multipliaient les rechutes et conduisaient promptement à la cachexie.
Aujourd'hui, les déplétions sanguines générales sont à peu près abandonnées, ou du moins leur emploi est-il réservé à quelques fièvres graves, telles que les délirantes, les ataxiques, les apoplectiques survenant chez des individus forts et pléthoriques. Mais la facilité avec laquelle ces pyrexies, quelle que soit leur forme, passent à l'adynamie et à l'algidité, rendra toujours dangereuse l'application de ce moyen. Nous n'y avons jamais eu recours pendant notre pratique en Algérie, et, à l'exemple de Dutroulau, nous l'exclurions volontiers, en principe, du traitement des fièvres palustres.
Jl n'en est pas de même des saignées locales, qui n'exercent aucune action dépressive sur les forces et qui peuvent être utiles pour combatti-e les congestions douloureuses vers les poumons, le foie, la rate, etc. ; mais elles doivent toujours être maniées avec une prudente réserve, en raison de l'ancmiation si rapide déterminée par les accès.
Des évacuants. — Si l'usage des déplétions sanguines a été basé sur l'appareil congestif des fièvres, les évacuants ont trouvé une indication plus fondée dans l'état saburral et bilieux des premières voies. — Considérés, avec le sulfate de quinine , comme des remèdes incendiaires par l'école de Broussais, ils n'ont point trouvé grâce devant elle en Algérie; leur usage était généralement proscrit pendant les preiiiici-eti années de l'occupation. C'est vers 1837, à l'époque même où