TRAITEMENT DE LA MALARIA AIGUË
M. Maillot s'enhardissait à donner de fortes doses de quinine, que Worms et plus tard Durand de Lunel, Cordier, F. Jacquot, revenant aux traditions de Torti, Morton, Pringlc, préconisaient de nouveau les vomitifs et les purgatifs, comme les adjuvants les plus efficaces du sulfate de quinine. On reconnut que beaucoup de fièvres simples, loin d'être aggravées par ces moyens, guérissaient au contraire à leur usage, sans quinine, et cette observation contribua même à fonder la notion des fièvres climatiques (voy. p. 326 et 327).
On n'oserait soutenir que les évacuants concourent à l'élimination du poison morbide. On peut du moins affirmer qu'en provoquant d'abondantes sécrétions hépatiques et intestinales, ils dégorgent l'appareil vasculaire des gros viscères abdominaux, font cesser rapidement les douleurs épigastriques et hypochondriaques qui marquent les accès, en un mot, produisent à peu de frais celte détente nerveuse générale 'qu'on recherchait autrefois par les déplétions sanguines (13).
L'importance des évacuants toutefois a été singulièrement exagérée par l'ancienne école, qui voyait dans les symptômes gastro-bilieux une complication, un élément en quelque soric étranger à la fièvre, dont la suppression préalable était indispensable pour traiter efficacement cette dernière.
L'expérience clinique, pas plus que la physiologie pathologique, n'a sanctionné cette conception. Maintes fois, pressés par l'imminence du danger, nous avons administré d'emblée le remède spécifique, sans égard pour l'état des premières voies dont nous ne remplissions qu'après coup les indications, et cette dérogation à l'usage généralement suivi ne nous a en aucune façon paru préjudiciable à l'action de la quinine.
G. Thérapeutique des llèvfcs eu particulier.
Nous croyons utile de compléter ces notions de thérapeutique générale par quelques indications relatives au traitement des fièvres en particulier.
Fièvres rémittentes et intermittentes simples. — Elles peuvent cesser spontanément, c'est ce qui nous a "valu sans doute tant de succédanés du sulfate de quinine. Mais ce serait une illusion dangereuse, notamment dans les pays à m'ilaria de compter sur les seuls elforts de la nature ; il exisle peu dé
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maladies qui réclamenL aussi iiripéricusenienl l'inLcrvenlion thérapeulique.
C'est dans le trailcment des fièvres simples, et nolammenl dans celles qui sont d'invasion récente, que, depuis les recherches de Worms, les médecins de l'Algérie préludent à l'administration de la quinine par les évacuants. Ceux-ci trouvent sans doute une indication rationnelle dans l'état saburral de la muqueuse intestinale, généralement plus marqué ici que dans les fièvres anciennes. L'ipéca et le sulfate de soude, administrés dès le début, remédient à l'embarras des premières voies, ils préparent celles-ci à l'absorption du remède spécifique et en rendent l'action plus prompte et plus certaine.
Mais leur nécessité est loin d'être démontrée. Nous avons établi plus haut que l'élément gastro-bilieux relève du poison palustre lui-même, et non pas d'un facteur étranger à la malaria; il devient donc directement justiciable de la quinine, au même litre que la fièvre. En ce qui nous concerne, nous n'avons guère débuté dans le traitement de ces fièvres par les évacuants que lorsque des vomissements bilieux répétés témoignaient d'un engorgement notable des premières voies par les produits de la sécrétion hépatique.
Administrée immédiatement avant ou pendant le paroxysme, la quinine est généralement inefficace vis-à-vis de ce dernier, elle exaspère les symptômes gastriques et est difficilement tolérée. Son effet est toujours plus sûr et sujet k moins d'inconvénients, lorsqu'elle est donnée au moment où les symptômes du paroxysme se sont apaisés. Mais, d'un autre côté, la longueur de certains accès pendant lesquels la perniciosité est toujours à craindre, ne permet pas d'attendre leur fin pour agir. Ces diverses nécessités conduisent à adopter les préceptes suivants.
Dans les fièvres simples et de périodicité régulière, on commencera l'administration de la quinine dès que l'accès est terminé, d'après la méthode française oti de Bretonneau; combinaison heureuse de celle de Sydenham et de Torti, elle consiste à donner le plus loin possible de l'accès à venir une forte dose de quinine en trois ou quatre prises très rapprochées. Si la fièvre est rémittente, c'est dans l'intervalle des paroxysmes qu'il convient d'administrer le spécifique, et si
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l'accès se prolonge, ou le donnera d'emblée, sans attendre la moindre rémission pour placer le fébrifuge.
Fièvres pernicieuses. — L'indication formelle est d'agir au plus tôt : toute aggravation des symptômes au cours d'un accès commande une intervention immédiate et énergique; attendre une rémission serait s'exposer aux plus grands périls.
Au remède spécifique dirigé contre le principe du mal, il sera toujours indispensable d'associer les moyens auxiliaires propres à combattre les désordres qui menacent directement la vie. Les fièvres cérébrales réclament les révulsifs cutanés, les dérivatifs sur l'intestin, et, dans certains cas, les déplétions sanguines locales. Aux algides conviendront les boissons chaudes et excitantes, les frictions stimulantes, les bains chauds sinapisés, en un mot tous les moyens propres à rappeler la vie et à ranimer l'activité organique. Les évacuants, si utiles dans les fièvres simples, ne trouvent guère ici leur emploi si ce n'est dans les bilieuses, où la nécessité de dégorger les premières voies constitue une des indications les plus urgentes, et dans la rémittente typhoïde, où les purgatifs et surtout le calomel peuvent, à l'occasion, rendre de réels services par la neutralisation ou l'élimination des poisons de l'intestin.
Durée de V administration de la quinine. — Une fois la fièvre coupée, faut-il continuer à donner le sulfate de quinine pour en prévenir le retour? Beaucoup d'auteurs s'accordent à recommander son emploi pendant plusieurs jours après la cessation des accès et à y revenir ultérieurement à des époques déterminées. Telles sont, on le sait, les règles tracées par Bretonneau et Trousseau. Ces règles n'ont rien d'absolu, il s'en faut de beaucoup. Nous ne croyons pas qu'une telle prodigalité dans l'emploi du fébrifuge soit justifiée dans les pays chauds.
M. Maillot a reconnu que les récidives n'étaient pas plus fréquentes chez ceux qui n'avaient reçu qu'une ou deux doses préventives de quinine, que chez ceux qui avaient été soumis à l'usage prolongé du sel, et, dans les derniers temps de sa pratique en Algérie, il n'administrait plus qu'une ou deux fois le fébrifuge après la suppression des accès. L'expérience de Ncpple est conforme à celle de l'illustre médecin de Bône.
KKLSCII ot KIENKII.
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11 n'y II guère aujourd'hui de médecins en Alf^érie ou aux colonies lointaines qui suiveni les préceptes tracés par Trousseau. En général, l'accès étant coupé, l'on se borne à réitérer l'administration du remède pendant deux ou trois jours à dose décroissante, prêt à augmenter celle-ci devant toute menace de récidive. Dans les types périodiques à long intervalle, tels que les types tierce, quarte, septane, on pourra administrer le médicament pendant quelque temps, la veille du retour présumé du paroxysme. Celui-ci est, d'ailleurs, souvent annoncé par des symptômes précurseurs, sur la signification desquels les anciens fébricitants ne se méprennent guère, et qui permettront au médecin d'intervenir b. temps.
L'usage prolongé de la quinine est au moins inutile. Il peut être nuisible en rendant les malades réfractaires à l'action du précieux fébrifuge, qui restera sans effet lorsqu'il sera réellement indiqué, en sollicitant même le retour des accès de lièvre chez des malades considérés comme convalescents, ainsi que nous l'avons observé plusieurs fois. Est-il besoin, enlin, d'ajouter combien ces doses préventives données inutilement sont regrettables au point de vue économique?
D. Des accidents imputables ou imputés au quîu-
qutua. — Des symptômes d'irritation de l'estomac suiveni ordinairement l'ingestion de la quinine. Les doses moyennes, quelle que soit la voie d'introduction, provoquent des bourdonnements d'oreille, des vertiges, des étourdissemenls, de l'obnubilation. Après les fortes doses, on a signalé des surdités et des cécités plus ou moins complètes pendant plusieurs jours, des modifications du champ visuel avec un certain degré de daltonisme, des troubles de la parole portés jusqu'au mutisme, un enrouement persistant, etc.
La quinine s'éliminant par les reins en grande partie, on comprend que les voies urinaires ne restent pas indifférentes à son inffuence. Briquet a constaté de l'albuminurie et de la cystite après l'administration de fortes doses du sel. Celui-ci est-il susceptible de produire l'hémoglobinurie, comme l'ont avancé dans ces derniers temps Karamitsas d'Athènes (14) et Tomaselli de Galani (15)? Cette grave accusation ne nous paraît point fondée sur des preuves certaines. Les observatmns qui servent à l'appuyer, ayant été recueillies à une épo(iue ou 1 on
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n'élail pas ûncore familiarisé avec la connaissance des accès rte lièvre lienialurique, ont pu donner lieu à des interprélalions décevantes. Le préjugé assez répandu dans certaines
an, p. o.»l), s explique facilement par ce fait que ces fièvres sont a peu près exclusives aux anciens résidents, obligés de recourir fréquemment au fébrifuge (16). La pratique niontr! que celui-ci est encore le meilleur moyen curatif de ces fièvres bien que son usage doive y être moins prolongé que dan el autres pernicieuses. Vinson en a obtenu d'exc llents itu U rtms'^rrSlSr-^^ ^»'^-o-..™orrba,ques de f.;!
D'ailleurs, la quinine a été donnée à haute dose dans de nombreuses affections, telles que la pneumonie et la Hèvr typhoïde; el e a été maintes fois expérimentée depuis e râ vaux de Bnqnet, sans jamais produire Fhémrglobfnu Toutefois, dans certains cas, son administration a été suivie de apparition de taches purpuréiques sur la peau (18) et mêm d hemoptysies (19). Mais ces faits sont trop except onne s pou se pi-eterà quelque conclusion générale; ils semblent elev P 110 de conditions individuelles que d'une action spéciale d 1 alcaloïde sur les globules rouges ou les vaisseaux.
C est également à quelque idiosyncrasie, sans doute qu'il aut rapporter ces éruptions variables, roséolique, scarla^in fome eczémateuse, qui surviennent chez certains sujets soumis a la médication qumique (20). Il n'est pas hors de propos de rappeler en cet endroit les éruptions qui se montre, t ch es ouvriers employés à la fabrication du sulfate de quinine et cpu, signalées dès 1858 par Chevalier, ont été l'objet d'une étude remarquable de la part de MM. Bergeron et Proust M) 1 aycr a observé l'avortcraent chez les femmes, dans presaue toutes les circonstances où il avait administré le sulfate de quinine pendant l'état puerpéral (22). Des faits semblables ont
est cX"" r' '"^r ^' Wa-en m"
l'ac dent f,r! r ^"'"'^"7" " ^ accid m? Il es permis d mcimer vers la première alterna-
"ve, SI on prend en considération les observations conindl,-
toii-es de Plantard (24), de Thézet (25) (de R hX f h'
Delmas (de Montpellier), de Burdel deV erzo ,J ^
démontrer que les femmes enceintes peuvent impt ié r
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soumises ù la mcdicalioa quinniue. Cependant, comme d'éminenls palriciens, Delioux de Savignac entre autres, tiennent la quinine pour un emménagogue, il conviendra d'être toujours très prudent dans son maniement chez les femmes enceintes.
La même circonspection est recommandée chez les sujets atteints d'affection du cœur; on sait qu'à haute dose la quinine est un poison de cet organe, dont il déprime l'énergie fonctionnelle.
Malgré ces réserves, on peut affirmer qu'il n'y a que bien peu de conditions physiologiques ou morbides que l'on puisse regarder comme incompatibles avec l'emploi de la quinme. Le plus souvent, la difficulté réside dans l'idiosyncrasie, l'intolérance momentanée ou innée du malade pour le médicament; ces obstacles sont loin d'être insurmontables dans la pratique.
E. Succédanés de la quinine. - La cherté du quinquina est cause que de tout temps on a cherché k le remplacer par un médicament d'un; prix moins élevé et d'une efficacité thérapeutique égale à la sienne. Le nombre des succédanés proposés dans ces vingt dernières années est considérable; nous en parlerons sommairement, n'ayant aucune expérience personnelle de leur valeur respective. Dans les loyers a malaria, surtout ceux des pays chauds où le danger est sans cesse imminent, la prudence ne permet pas au médecin de courir les chances d'un essai thérapeutique, quand il possède une médication dont l'efficacité est presque souveraine.
La mullipUcité des remèdes, successivement vantes presque à l'égal de la quinine, porte indirectement témoignage de l'impuissance de chacun d'eux. Les illusions qu'ils ont Rut naître ont d'ailleurs été de courte durée; dles sont venues de ce qu'on s'est appuyé sur des preuves décevantes Ainsi que fait ressortir avec une grande netteté de vue M. e proie seu Colin, les observations qui ont servi a fonder la va u d succédanés du quinquina ont été recueillies soi chez d
liévreux ayant quitté les foyers P^^^^^^'^^' ^, fébrigènes avant ou après la période endcmo-epide m que^ Oi l'expérience a depuis longtemps appris que, dans ces n lions spéciales de temps et de lieu, loslièyres ^on s se p d^^^^^^ de guirir spontanément ou par l'emploi exc usil des n^^^^^^^^ auxiliaires. Môme pendant l'été, en Algérie, les malades guo