LÉSIONS DU PARENCHYME HÉPATIQUE, ETC
c. Lésions de voisinage. — Indépendamment des accidents dus à la rupture, l'abcès du foie, alors môme qu'il n'a pas franchi les limites de la glande, est souvent compliqué de lésions diverses dont le mécanisme est moins évident : pneumonie du lobe inférieur droit; abcès périhépatiques circonscrits (Morehead, obs. CXXVII, CXXXI, GLXXII), abcès du mésorectum (Gambay), collections purulentes dans le péritoine, dans la plèvre droite, dans le péricarde, collections séreuses ou séro-fibrineuses dans les mêmes cavités; enfin adhérences plus ou moins étendues entre les feuillets de ces membranes.
Les épanchements séreux, lorsqu'ils sont peu abondants et qu'ils accompagnent l'œdème des membres inférieurs, doivent sans doute être rattachés aux causes générales de l'anasarque, dont il a été question à propos de la dysenterie. Mais, dans un certain nombre de cas, on voit l'ascite, l'hydropéricarde ou l'hydrothorax rester isolés et atteindre un degré suffisant pour exiger la ponction plusieurs fois répétée (Lavigerie, obs. II (15)), ou menacer immédiatement la vie (Foirel , obs. XXVII : ascite; hydropéricarde énorme occasionnant une syncope mortelle). En pareil cas, l'épanchement séreux ne saurait être attribué qu'à des causes locales, et peut s'expliquer par une irritation subinflammatoire, de voisinage, analogue à celle qui produit chez d'autres sujets les adhérences.
Quant aux suppurations diffuses ou circonscrites, du péritoine, de la plèvre ou du péricarde, signalées par maints observateurs, elles nous paraissent devoir être rapportées aux causes qui seront invoquées pour les abcès de siège lointain, dont il va être question.
d. Lésions à dislance; abcès viscéraux. — La concomitance des abcès du foie avec des abcès de divers organes est mentionnée dans un assez grand nombre d'observations pour qu'on ne puisse pas la considérer comme fortuite : petits abcès multiples de la rate et des reins (Laveran, obs. citée); abcès du cerveau (Julien, obs. III; Morehead, obs. XGIV); abcès du re.n(Foiret, obs. XXXV) ; abcès de la jambe et arthrite purulente du genou (Foiret, obs.XXVIIl).
S'il existe réellement, chez les sujets atteints d'abcès du fois uysentér.que, une disposition de l'organisme à des suppurations multiples, il y a lieu de rechercher la pathoiyénic de
2|.i ABCÈS DYSENTÉRIQUES DU FOIE. - ANATOMIE PATHOLOGIQUE.
ces suppurations. Le problème nous semble comporter deux solutions.
Si l'on se souvient que l'abcès du foie est souvent un terram de culture pour des micro-organismes de différentes espèces, que nous avons rencontré des zooglées disséminées dans les parois de quelques abcès, et de nombreuses bactéries dans le pus retiré par ponction des abcès clos, on sera sans doute disposé à admettre que l'abcès du foie, au même titre que toute collection purulente, peut être le point de départ d'une mfection oénérale, occasionnée parles agents communément répandus de la septico-pyémie. On peut, en effet, reconnaître le type vulgaire de la pyémie dans des faits semblables à l'observation XXXV de Foiret, où l'abcès hépatique se compbqua d'un abcès à la jambe et d'une artbrite purulente du genou.
Mais les abcès à paroi kystique, lentement développes dans la rate dans le rein, dans le cerveau, dans les adhérences périhépatiques, sont peut-être sous la dépendance plus directe de l'agent spécifique de la dysenterie. Cet agent peut être transporté, au même titre que les agents septicémiques dans l'économie. Dans une observation remarquable de L. Lolin, un abcès du foie, ouvert dans la veine cave, avait occasionne de vastes et multiples abcès métastatiques dans les poumons. Si la matière infectieuse est versée en petite quantité dans une bronche ou dans un réseau capiUaire sus-hépatique, - circonstance assurément plus commune, et dont nous avons donné un exemple, - la matière infectieuse mélangée au sani? pourra ne donner lieu à aucun effet, ou bien developpei , dans des cas exceptionnels, des abcès secondantes dans la rate le rein ou le cerveau, suivant l'ordre de réceptivité de ces divers organes pour l'agent infectieux. ,',aa„^].
Nous rappellerons ici que les abcès de la rate ont et également signalés dans la dysenterie non accompagnée d abcès du du foie.
^ 5. Conclusions.
Nous nous sommes efforcés dans celle élude, donl nous n'avons poinl dissimulé les lacunes, de délennmer e plus exaelcme.1 el le plus clairemenl ' caractères analoraiques des abcès du fo,o lies a la dysenlc.iu
' Le processus di'^butc, comme on a vu, par une inllammalion, tantôt phlegmoneuse, tantôt formative, circonscrite dans un département plus ou moins étendu de la glande. Cette inflam-
I mation n'aboutit pas à une suppuration franche, mais à une sorte de fonte qui rappelle, suivant les cas, celle du thrombus fibrineux ou celle de la gomme syphilitique.
Nous ne rechercherons pas si le processus ainsi défini est sans analogue dans la pathologie du foie, s'il est spécifique, au sens analomique du mot. Il nous suffira de faire remarquer que, dans ses caractères essentiels, il est semblable au processus dysentérique de la muqueuse intestinale. S'il y a des différences entre les deux processus, elles trouvent une explication suffisante dans la différence de structure des tissus qui sont le siège de l'un et de l'autre. La structure éminemment vasculaire du foie rend compte du caractère inflammatoire plus prononcé dans l'évolution de l'abcès et de la rareté de la gangrène primitive. Mais, dans le foie comme dans l'intestin, un principe de nécrose s'allie à l'élément inflammatoire, et la gangrène secondaire trouve dans l'abcès ouvert et dans l'ulcère intestinal un terrain également bien préparé. Nous ne saurions aller plus loin dans nos déductions. Nous n'avons point réussi à éclairer par l'expérimentation la pathogénie des abcès du foie, comme nous avons pu le faire pour les ulcères de l'intestin. Ce que l'analyse histologique permet de décider, c'est que l'abcès n'a son point de départ ni dans les conduits biliaires ni dans la paroi des vaisseaux sanguins. Dans son siège initial, qui a le plus souvent une notable étendue, il intéresse simultanément les acini et les espaces conjonclifs. Si l'agent matériel, si le poison est apporté dans le foie par la voie vasculaire, comme on n'en saurait douter, il n'est pas possible de décider si cette voie est l'artère hépatique ou la veine porte, car il n'est pas un irritant de la paroi vasculaire et ne laisse aucun vestige de son passage dans les vaisseaux.
L'analomie pathologique ne nous renseigne pas davantage sur la nature de cet agent. Ni les bactéries rencontrées dans le pus ni les zooglées rencontrées dans la paroi de l'abcès ne peuvent prétendre à être la cause naturelle du processus. Nous chercherons à démontrer par des considérations étiologiques que cet agent est le môme que celui de la dysenterie; de l'étude
anatomiquc, nous ne pouvons déduire à ce sujet que des pré» somplions.
(1) Haspel, Sur les abcès du foie (Rec. de mém. de méd. milit., 1843). — (2) Cat- TELOUP, Coïncidence de l'iiép., etc. (Ibid., 1845). — (3) llAsi'Er., Maladies de l'Algérie, t. I, p. 361. — (4) Rouis, Suppurations endémiques du foie, 18(10.
— (5) Julien, Aperçu sur les lésions analom. de la dys. en Cocbinch. (Tiièsc de Montpellier, 1864, obs. VII). — (6) Saux, De l'hépatite dans les pays chauds (Thèse de Paris, 1868, obs. IV). — (7) Delord, Quelques réflexions sur le Sénégal et sur la dys. de ce pays (Thèse de Montpellier, 1845, obs. VI). — (8) Foihet Causes et lésions de l'bépat. suppurative (Thèse de Paris, 1870, obs. LI). — (9) C. BaOL'ssAis, Réflexions sur les abcès du foie (Ucc. de mém. de méd. milit., 1813, t. LV, p. 155). — (10) Morel, (Quelques consid. sur les phlegmasies et les abcès du foie en Algérie (Thèse de Paris, 1852, p. 38). — (11) Cabaud, Sur l'hépatite et les abcès du foie (Thèse de Montpellier, 1851, obs. VI). — (12) EON, De l'hépatite (Thèse de Paris, 1847, p. 11 et p. 24). — (13) L. Colin, Bulletin de la Soc. méd. des hôp., 1873, p. 195. — (14) Olmeta, Contrib. à l'hépatite des pays chauds (Thèse de Montpellier, 1868). — (15) Lavigerie, De l'hépatite (Thèse de Paris, 1860). — (16) Naumann, Ilandb. der med Klinik,' VI 1836, Berlin. — (17) Morehead, Clinical researches of Diseases in India, 18G0.
— (18) LaverAN, Contrib. à l'anat. pathol. des abcès du foie (Archiv. de phys., 1879). — (19) Kelsch et Kiener, Étude anat. pathol. des abcès dyscnt. du foie (Arch. de phys., 1884). — (20) Kiener, Abcès dysent. du foie ouvert dans les bronches (Gaz. hebd. des Sciences méd. de Montpellier, nov. 1886 et février 1887). — (21) Petit le fils, Des apostèmes du foie (Mém. de l'Acad. royale de chirurgie, II, 1753). — (22) Morand, sur les abcès du foie (même volume). — (23) Saunders, Mal du foie, trad. fr. sur la 3» édit. angl., 1804.