TRAITEMENT DE L'HÉPATITE
l'Algérie. Dans les formes tout à fait aiguës et chez les sujets robustes , une ou deux saignées , et des émissions locales ouvraient le traitement. Quelquefois l'état saburral des premières voies nécessitait avant toute chose l'usage d'un vomitif ou d'un purgatif. Après les émissions sanguines, le calomel était administré pendant plusieurs jours à la dose d'un gramme en deux ou trois fois, associé à la digitale en cas de réaction fébrile violente. Dèsqu'il se produisait une détente dans les symptômes généraux et locaux, on recourait aux bains tièdes, l'hypochondre était recouvert d'un large vésicatoire, et des opiacés étaient donnés à l'intérieur pour effacer les dernières traces de douleur.
En cas de dysenterie concomitante, la saignée, les purgatifs et les vomitifs, le calomel à forte dose et l'opium étaient proscrits et remplacés par des ventouses scarifiées sur le trajet du côlon, des bains tièdes et les pilules de Segond. Si le flux intestinal avait un caractère chronique, il réclamait des astringents unis aux opiacés.
Dans les formes subaiguës et chroniques, les émissions sanguines devaient être rejetées et le traitement consister en bains tièdes, légers purgatifs salins, et en révulsifs appliqués avec persévérance sur l'hypochondre; si la tuméfaction du foie persistait, on administrait le calomel à la dose de 0"'-,10 toutes les six heures, et en cas de retour du flux dysentérique, des pilules de Segond que l'on faisait alterner avec les astringents et les opiacés. L'usage du sel raercuriel pouvait être poussé jusqu'au ptyalisme,que l'auteur considère comme l'indice de la résolution prochaine. La constipation, si fréquente au cours de l'hépatite dysentérique, était combattue par des purgatifs salins, de préférence ou par le calomel à dose variable suivant les individus.
B. ApiH^éclatioii. — Cherchons maintenant à apprécier la valeur de ces différentes médications.
a. Des émissions sanguines, -Viniiilà des saignées dans 1 nepatite dysentérique est très contestable. Après avoir été a un emploi général et abusif, il y a une quarantaine d'années, eues ont peu a peu perdu la confiance exagérée qu'elles inspiraient et aujourd'hui elles sont généralement abandonnées.
i^ejâ, du temps d'Annesley, beaucoup de médecins des
Indes rejetaient la saignée comme contraire à une plilegmasic qui affectait si souvent des allures lentes et insidieuses. Haspel reconnut aussi qu'elle n'est applicable qu'au plus petit nombre de cas, et Dutroulau marque en note dans sa dernière édition (1868) qu'il serait sans doute aiijourd'bui moins prodigue d'émissions sanguines qu'il ne l'élait il y a dix-buit ou vingt ans ; « on subit toujours plus ou moins l'influence des doctrines régnantes, » ajoute-t-il.
Instruits par l'expérience de nos devanciers, nous pensons, avec la plupart des médecins actuels de l'Algérie et des pays cbauds, que les émissions sanguines générales trouvent rarement leur emploi dans une affection dont la durée est toujours longue, qui porte une atteinte profonde à la nutrition, qui le plus souvent s'accompagne de dysenterie et survient chez des sujets épuisés par les fièvres, le climat, les fatigues et les privations des expéditions.
Les émissions sanguines locales sont, au contraire, employées avec avantage dans presque tous les cas, au début ou lors des recrudescences aiguës; elles calment la douleur, diminuent la tension de l'bypochondre, et sont généralement suivies d'une amélioration très sensible dans l'état local et général. Mais, une fois ce résultat atteint, ou si celui-ci tarde à se produire, il convient de ne pas insister sur leur usage, car elles n'aboutiraient qu'à débiliter le sujet.
b. Purgatifs. — Leur emploi est fondé sur l'influence favorable qu'ils exercent sur la circulation hépatique en activant la sécrétion biliaire, et en agissant comme dérivatifs sur l'intestin; ils sont d'ailleurs indispensables pour régulariser les fonctions du ventre dans les cas où la constipation prédomine. En revanche, ils ne doivent être administrés qu'avec ménagement ou doivent être proscrits complètement lorsque la dysenterie est associée à l'hépatite.
Parmi les évacuants, le calomel jouit, depuis Lind et Annesley, de la plus grande vogue. Les uns l'ont enqdoyé comme purgatif, à la dose d'un gramme donné en bloc ou divisé en quatre à six paquets; d'auties recherchaient plutôt son action altérante au moyen de doses faibles et fractionnées, administrées jusqu'à salivation.
Nous croyons avec llaspcl qu'il faut éviter cette dernière, qui est plutôt une complication fâcheuse qu'un avantage, et
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préférer à l'action allérante la stimulation que le médicament donné à dose purgative exerce sur la sécrétion hépato-intestinale. L'usage du sel mercuriel ne pouvant être prolongé pendant longtemps, il convient de lui substituer, au bout de deux à trois jours, les purgatifs salins et, mieux encore, si la maladie est déjcà ancienne, les purgatifs végétaux, l'huile de ricin, le séné, la rhubarbe, l'aloès, etc. Si la dysenterie vient à s'associer à l'hépatite, le calomel pur sera avantageusement remplacé par les pilules de Segond; cette pratique est recommandée par Rouis, et elle nous a paru réellement utile en pareil cas.
c. VomUifs. — Catteloup rejetait l'emploi des vomitifs, à cause de leur action irritante sur la partie supérieure des voies digestives. C'est précisément à cause de cette révulsion énergique sur la muqueuse gastro-intestinale que Saiget (cité par Haspel) recommande les hautes doses d'émétique qui lui auraient donné quelques prompts succès. Il est vraisemblable que c'est plutôt par l'action mécanique que le vomissement exerce sur la circulation sanguine et biliaire du foie qu'agit le sel antimonial dans ces cas, car il a paru d'autant plus efficace à Haspel que la tolérance était moindre. En raison de l'état de faiblesse ordinaire des sujets, ce moyen trouve rarement son emploi; tout au plus paraît-il indiqué au début, lorsque l'état gastro-bilieux est très marqué, et encore, dans ces cas, l'ipéca serait-il préférable si les sécrétions intestinales étaient sensiblement altérées.
L'action hyposthénisante puissante de l'émétique sur la circulation, son efficacité hautement proclamée dans l'inflammation aiguë du poumon, ont suggéré à quelques médecins des colonies l'idée de l'employer à doses contro-stimulantes dans l'hépatite aiguë. M. Béranguier, cité par Dutroulau, écrit que chez cinq malades admis à l'hôpital avec des symptômes de cette affection, deux ou trois potions slibiécs unies aux vésicatoires ont suffi pour amener une résolution rapide de la phlegmasie. Plus tard, M. Lepetit et M. Thèse ont également employé avec succès l'émétique à dose rasorienne dans l'hépatite dégagée de toute complication dysentérique.
Nous ignorons si ces essais ont été renouvelés par d'autres praticiens. La confusion possible entre la congestion palustre du foie et l'hépatite dysentérique ne pouri-ait-ellc pas être
l'occasion de succès faciles, et faire prendre le change sur la valeur réelle de lel ou tel agent thérapeutique dans le traitement de cette dernière affection? Quoi qu'il en soit, nous n'oserions fonder beaucoup d'espérance sur une médication qui, dans la plupart des cas, sera contre-indiquée par l'affaiblissement de l'organisme et la grande susceptibilité de l'intestin.
d. Révulsifs. — Il convient d'y avoir recours, lorsque, après les émissions sanguines locales et les autres moyens employés dès le début, il reste de la douleur et de la tuméfaction hépatique. L'engorgement chronique du foie cède souvent à l'application de la teinture d'iode, de larges vésicatoires que l'on fait suppurer, ou mieux encore de vésicatoires petits et souvent répétés. Mais ces moyens doivent être abandonnés dès que la persistance de l'état local fait présumer l'existence d'un abcès.
e. Opium. — L'opium et ses alcaloïdes trouvent leur emploi chez les sujets très impressionnables, dans les cas où la douleur à l'hypochondre et à l'épaule est extrêmement vive, lorsque l'insomnie est rebelle ou que les vomissements et le hoquet tourmentent incessamment le malade. Ils sont contreindiqués dans les recrudescences aiguës de la dysenterie, à moins que celle-ci ne s'accompagne de coliques très vives, car nous estimons qu'il y aurait inconvénient à supprimer brusquement à son début un flux intestinal qui produit très souvent une sorte de dérivation salutaire à l'hépatite. En tout état de choses, il sera utile d'associer aux opiacés quelque laxatif doux, la rhubarbe, l'huile de ricin, afm de prévenir la constipation.
f. Toniques, fer, quinquina, amers. — Les agents reconstituants généraux, les stimulants des fonctions digestives, une alimentation réconfortante sont indiqués dès que les manifestations aiguës se sont apaisées, et en tant que l'état de l'intestin permet d'y avoir recours.
L'engorgement persistant du foie, ou l'épuisement que laisse derrière elle une atteinte sévère d'hépatite dysentérique réclament le retour du malade dans les régions tempérées. Le changement de climat sera avantageusement secondé par l'emploi des eaux thermales de Vichy, de Bourbonne, de Plombières, du Mont-Dore, etc.
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Cet exposé moiilrc qu'au fond le trailemcut de l'IiépalUe dysentérique se confond avec celui de la dysenlerie elle-même : les ôvacuanls, les purgatifs doux, le calomel seul ou uni à l'opium, en font la base ; cl c'est ainsi qu'une thérapeutique consacrée par un siècle d'expérience justifie notre conception sur l'identité de nature des processus hépatique et intestinal.