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FRÉQUENCE DE L'HÉPATITE CUEZ LES DYSENTÉRIQUES

nombre de cas, en conslatanL que le rapport des décès par hépatite à l'effectif des troupes au Sénégal était comme 4/3200 pour les hommes récemment arrivés au Sénégal (deux à dix huit mois), et comme 1/2200 pour les hommes ayant de deux à sept ans de séjour.

La prédisposition résultant de l'arrivée récente aux colonies ou du retour récent en Europe ne peut être évaluée numériquement, mais nous avons montré que ces deux circonstances sont fréquemment l'occasion du développement de l'hépatite chez les dysentériques, et nous en avons donné des exemples.

A" Influence de la race. — Les races indigènes, dans les foyers endémiques de la dysenterie, paraissent jouir, à l'égard de cette maladie, d'une immunité comparable à celle des sujets vaccinés à l'égard de la variole, mais plus faible et plus précaire. La dysenterie est chez elles un peu moins fréquente que chez l'Européen, moins grave en général et, surtout, moins souvent compliquée d'abcès du foie.

Chez les soldats noirs du Sénégal, au temps de Thévenot, la dysenterie causait \ /5 des décès, tandis qu'elle comptaitpour 3/5 dans la mortalité générale des Européens ; quant aux abcès du foie, Thévenot les déclare très rares.

D'après les relevés de Morehead, à l'hôpital européen et à l'hôpital indien de Bombay, les décès par dysenterie et par hépatite seraient représentés dans la mortalité générale des deux groupes de population par les chiffres suivants :

D'où l'on pourrait conclure, avec toutes les réserves nécessitées par ce mode de supputation, que chez la' râce indienne à Bombay, la dysenterie est un peu moins commune ou moins grave que chez les Européens, et que surtout les abcès du foie y sont beaucoup plus rares, opinion partagée par plusieurs notabilités médicales des Indes, Annesley, Twining, R. Martin et autres.

Le privilège acquis à la race consisterait donc en ce qu'elle est affranchie de la complication hépatique, plutôt que de la

Décès par dysenterie rapportés à la mortalité gone'ralc

Décès par hépatite rapportés ù la mortalité générale.

Hôpital européen. 24,1 pour 100 Hôpital indien. . . 21,8 —

7,8 pour 100

2f)2 ÉTlOLOr.lli ET l'ATllOCKNlli.

dysenlerie elle-même. Ce privilège esL d'ailleurs précaire; l'alcoolisme, le cliangemenl de climat suffisent à en annihiler les effels. On a remarqué, en effet, que l'indigène n'en conserve pas le bénéfice, lorsqu'il quitte le sol de sa patrie, lorsqu'il prend des habitudes nouvelles sous un ciel nouveau, alors même que son déplacement s'eifectue dans les limites des régions tropicales. C'est ainsi que les soldats noirs recrutés en Afrique, et transportés à Mayolte, aux Antilles françaises, à la Jamaïque, à Gibraltar ont souvent fourni plus d'abcès du foie que les troupes européennes partageant leurs garnisons.

5" Influences épidémiques. — Les causes qui déterminent l'expansion épidémique de la dysenterie n'influent pas dans la même mesure sur la fréquence des abcès du foie.

Bien que la dysenterie sporadique et chronique de nos climats ait un coefficient hépatique assez élevé, il est bien reconnu que la complication hépatique est très rare dans les épidémies saisonnières qui apparaissent chaque été sur divers points de notre territoire. Elle n'est pas mentionnée dans les épidémies décrites par Thomas, Guéretin, MasselotetFollct,etc. On a souvent cité les résultats négatifs obtenus par Baly, à la prison de Milbank (aucun abcès sur plusieurs centaines de cas de dysenterie?) et par Finger à l'hôpital de Prague (aucun abcès sur cas de dysenterie). En Algérie, où cependant les abcès du foie sont plus communs, nous n'avons également rencontré aucune complication hépatique dans une petite épidémie estivale qui se développa en 1878 sur la garnison de Gonstantine, et qui donna lieu à 3 décès sur 56 hommes atteints.

La proportion augmente un peu dans les graves épidémies suscitées par la guerre; mais le taux reste faible comparativement à celui des dysenteries tropicales, alors même que la mortalité est considérable. Ainsi, dans la guerre de la sécession, où la dysenterie donnait une mortalité de 1/5 des hommes atteints, Woodward ne compte que 16 cas d'abcès sur 390 décès par dysenterie, soit 1/24.

Une remarque analogue s'applique à la dysenterie tropicale elle-même, qui dans ses recrudescences épidémiques au Sénégal, à la Martinique, en Algérie pendant les guerres de la conquête, n'a pas donné un nombre d'abcès du foie proportionne au chiffre de ses décès.

En résumé, si l'on étudie la dysenterie au point de vue spécial de la proportion des cas d'hépatite qu'elle fournit dans les circonstances variées de lieu, de temps et de personnes, on lui reconnaît les deux manières d'être, les deux éléments de gravité que nous avons signalés dans son histoire au livre I. Tantôt, liée aux privations et aux efforts que nécessitent la Guerre et la lutte contre les obstacles naturels, l'infection dysentérique manifeste sa gravité par la marche aiguë et le pouvoir contagieux. Tantôt, acquise par l'exposition prolongée aux lentes influences endémiques des pays chauds, elle marque sa qualité propre par une fixité plus grande, la tendance aux récidives et, tout particulièrement, par la fréquence des suppurations hépatiques. Mais ces deux formes typiques sont liées l'une à l'autre par une série de formes de transition, et la diversité des effets pathologiques n'est pas si grande que la pathologie actuelle n'en puisse rendre compte par la genèse du même poison dans des milieux différents.

Le double caractère de la dysenterie a été l'occasion de bien des malentendus dans les débats relatifs à la nature des abcès du foie; ramené à sa véritable signification, il nous parait devoir, au contraire, éclaircir toutes les obscurités.

Nous résumerons en quelques propositions la pathogénie des abcès du foie, telle qu'elle nousparaît résulter de la quadruple étude historique, analomo-pathologique, clinique et étiologique, que nous venons de faire de cette affection.

1" La dysenterie est la cause spécifique des abcès du foie.

D'une part, l'hépalite n'a pas d'autonomie nosographique. L'étiologie établit qu'elle se présente exclusivement dans les foyers endémiques etépidémiques de la dysenterie et que, dans la grande majorité des cas, les lésions intestinales sont concomitantes de la lésion du foie.

D'autre part, la clinique et l'anatomie pathologique ne permettent pas d'expliquer cette coïncidence autrement que par Vunité de la cause qui engendre les deux affections.

2" Certaines causes d'ordre inférieur favorisent le développement de V hépatite chez les dysentériques ; elles 'peuvent être

294 ÉTIOLOGIK ET PATIIOGÉNIE.

divisées en causes secondaires, causes prédisposantes et causes occasionnelles.

La localisation hépaliqiie n'ayant pas lieu dans tous les cas de dysenterie, sa fréquence étant variable suivant des conditions qui ne paraissent pas arbitraires, il y a lieu d'assigner à chacune de ces conditions le rôle qui lui appartient dans la genèse des abcès du foie. Ces conditions ont été appréciées dans leur importance relative au paragraphe C de ce chapitre, et étudiées dans leur mode d'action au chapitre I de ce livre. Les unes ont une influence générale et constante, s'exerçant sur un groupe de population ou sur une région géographique ; suivant leur mode d'action, on peut les diviser en causes secondaires qui renforcent l'action de la cause spécifique, et en causes prédisposantes qui augmentent la réceptivité de l'individu. Les autres ont une action plus individuelle et plus contingente, et déterminent l'opportunité morbide chez l'individu : nous les appellerons causes occasionnelles.

a. Causes secondaires. — Les conditions auxquelles on peut attribuer la propriété de modifier la qualité du poison dysentérique, sont: i''\sL température élevée, ainsi qu'il résulte de la la prédominance de l'hépatite dans les climats torrides, relativement aux climats tempérés et froids, en général; 2° Yendémie, c'est-à-dire un ensemble de conditions climatériques encore inconnues, mais qu'on est obligé d'admettre pour expliquer la fréquence variable de l'affection dysentérico-hépatique dans divers lieux, sous une même latitude; 3° Vépidémie, qui, dans un même climat, dans un même lieu, suivant les circonstances de paix ou de guerre, d'abondance ou de disette, exagère ou amoindrit la gravité de la dysenterie et, dans une faible mesure, le taux proportionnel de l'hépatite.

b. Causes prédisposantes. — Les conditions qui paraissent modifier la réceptivité de l'individu, dans les pays chauds, sont en première ligne, \° la race, la qualité d'indigène ou d'étranger dans le foyer endémique de la dysenterie; 2° à un plus faible degré, V ancienneté de la résidence , s'il s'ngit d'un Européen vivant dans les pays chauds, ou bien le passage brusque d'un climat froid à nn climat chaud, et inversement.

c. Causes occasionnelles. — Ces causes, qui modifient le cours régulier de la dysenterie et appellent sur le foie la détermination morbide, peuvent agir soit en apportant uneper-

fflqr,

BIBLIOGRAPlIIlî.

turbalion dans l'équilibre général des fondions, soit en exerçant une irritation passagère ou prolongée sur les organes digestifs, et en particulier sur le foie. 11 serait di ficile de le; énumérer toutes ; nous mentionnerons : le refroidissement du corps, surtout efficace dans les pays chauds ; a suppression brusque du flux dysentérique par une médication astringente intempestive; l'usage de boissons alcooliques et d'aliments épicés; les fatigues excessives; enfin, le traumatisme de la région hépatique.

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29(5 ÉTIOLOGIE ET l'ATFIOGÉNIE.

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