‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 49 sur 213 · PYHÉTOLOGIE DES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

PYHÉTOLOGIE DES PAYS CHAUDS

son venu du dehors el joignanl ses effets à ceux du poison paludéen; une pareille notion est étrangère à la pathologie humorale. La cause matérielle de la lièvre continue est supposée se développer dans l'économie elle-même : lorsque, dans une fièvre intermittente, les accès deviennent subintrants, le sang se charge, à chaque nouvel accès, d'une certaine quantité de ferment fébrile qui n'a pas subi la coction et n'a pu être éliminé par les crises; alors, par suite de l'altération du sang, se développe une fièvre secondaire, continue, qui se surajoute à la fièvre intermittente et en obscurcit plus ou moins les rémissions.

Ayant remarqué que ces pyrexies, très communes â Modène, étaient les unes curables par l'écorce du Pérou, et les autres non, Torti jugea que les deux éléments mor])ides devaient être associés, suivant les cas, en proportion variable. Lorsque la périodicité est le caractère prédominant et essentiel, le quinquina réussit bien; lorsque au contraire l'élément continu prédomine, le quinquina est sans effet. Torti fait la remarque intéressante que les fièvres proportionnées qui régnent en hiver (ce sont les plus nombreuses) tiennent beaucoup plus de la nature des continues, tandis que les proportionnées qui régnent en été et en automne tiennent plutôt de la nature des subintrantes et sont curables par le quinquina. La lecture des observations rapportées au livre V, chapitre iv nous fait penser que ces proportionnées non curables étaient ou bien des fièvres typhoïdes pures (obs. I), ou bien des fièvres typhoïdes compliquées de malaria (obs. III), ou bien des fièvres symptomatiques de lésions organiques avec élément palustre douteux (obs. II et IV). La prédominance des proportionnées curables en été a peut-être son explication dans le fait que les fièvres paludéennes sont bien plus saisonnières que la fièvre typhoïde. On conçoit que le problème posé par le médecin de Modène ne pouvait être résolu à une époque où la fièvre typhoïde était complètement inconnue. L'épreuve thérapeutique du quinquina n'était pas un critérium infaillible, parce que la fièvre paludéenne ne guérit pas toujours par ce moyen et que la fièvre typhoïde guérit souvent, même avec ce moyen.

Malgré les obscurités que nous avons dû relever, la division des fièvres à quinquina de Torti est restée à bon droit classique; le cadre en est excellent et comprend à peu près tout

ce que nous embrassons aujourd'hui sous le nom de fièvres paludéennes. Il est assurément remarquable que l'observation clinique, telle qu'on la pratiquait au dix-septième siècle, c'està-dire sans thermomètre, sans plessimétrie, sans examen microscopique du sang, sans examen chimique des urines, ne s'appuyant sur aucune notion anatomo-pathologique ni étiologique, trompée au contraire par la décevante physiologie pathologique de la doctrine humorale, ait réussi à dessiner et à délimiter d'un trait aussi sûr une pyrexie multiple dans ses aspects comme est la fièvre paludéenne.

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