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III. — Période broussaisienne

Bailly, Nepple, Maillot. — Tel était l'état de la pyrétologie à la fin du dix-huitième siècle. Les recherches étiologiques avaient permis de séparer les pyrexies paludéennes des typhiques, et la scission possible entre le typhus (fièvre des prisons) et la fièvre typhoïde (fièvre rémittente des camps, fièvre lente nerveuse) était au moins entrevue. Toutefois, la démarcation entre ces trois pyrexies dominantes de l'Europe restait indécise, et dans les contrées tropicales, la séparation entre la fièvre jaune et les formes bilieuses de la malaria n'avait pas été tentée. Si rapprochée que parût être la solution de ces questions, les connaissances acquises, non soutenues par un critérium anatomique, ne reposaient pas sur un fondement si solide qu'elles fussent à l'abri d'une révolution doctrinale. Le système de Broussais, substituant la pathologie des tissus à celle des humeurs, et méconnaissant, aussi bien que cette dernière, la spécificité étiologique des maladies, couvrit d'un oubli momentané les lentes acquisitions d'un siècle. Il ne fut plus question de fièvres bilieuses, putrides ni nerveuses, mais de gastroduodénites, gastro-entérites et gastro-céphalites; sous ces dénominations banales, qui n'étaient pas plus positives que les anciennes, les grandes pyrexies, dont la séparation était sur le point de s'accomplir, furent de nouveau confondues.

Les conséquences lointaines de cette innovation furent cependant des plus heureuses. La pathologie humorale, en effet, était condamnée à rester spéculative, parce que l'analyse des humeurs,

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peu avancée môme de nos jours, était complètement inaccessible à la chimie de nos prédécesseurs. En dirigeant les recherches vers les lésions des solides, la doctrine nouvelle devint l'instigatrice des études anatomo-pathologiques, qui furent bientôt pourvues deleurs méthodes et immédiatement fécondes. On connaît les grandes découvertes que l'école organicienne réalisa par l'alliance étroite et exclusive de la clinique avec l'anatomie pathologique ; mais, durant le demi-siècle que régna cette manière de penser en médecine, l'étiologie des maladies fit peu de progrès.

Bailly (9). — On a vu rarement néophytes plus ardents et plus convaincus que les élèves de Broussais. Les insuccès de la thérapeutique spoliatrice ne leur laissent d'autre regret que celui de ne l'avoir point appliquée avec assez de rigueur. Les examens nécroscopiques, qu'ils font avec un zèle et une attention jusqu'alors inusités, confirment leur conliance au lieu de l'ébranler. Bailly part pour Rome en 18^20, dans le but de soumettre l'ancienne doctrine des fièvres intermittentes au sévère contrôle de fanatomie pathologique. Les autopsies lui montrent dans tous les cas la phlogose de l'estomac, du duodénum, de l'intestin, irradiant à la rate qui est noire et diffluente, au foie qui est engorgé, au cerveau dont l'écorce grise a pris une couleur sombre et brune. Voilà bien la démonstration de la gastro-entérite, de la gastro-splénite, de la gastro-céphalite, prévues par la doctrine physiologique. Il n'y a qu'une difficulté : pourquoi des inflammations si étendues et si fixes donnent-elles lieu à des accès de fièvre intermittente? Cela tient, dit Bailly^ à ce que l'intermittence est une disposition physiologique, consistant dans l'excitation alternative des fonctions des deux systèmes nerveux, abdominal et cérébral, et que cette disposition est mise enjeu avec une activité particulière chez l'homme vivant en pays marécageux. Dans un autre milieu, en France, de pareilles lésioos causeraient une fièvre inflammatoire continue.

Quel bien pouvait-on attendre du quinquina dans des maladies où la gastrite joue un rôle si capital? Bailly condamne son emploi, comme l'avait fait Broussais; il l'appelle un charlatan parmi les médicam-cnts, guérissant l'apparence et non le fond de la maladie. 11 n'y a guère recours que dans les fièvres pernicieuses; comme indication générale des lièvres intermit-

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tentes, il préfère la saignée au quinquina, et s'il lui fallait choisir entre les deux moyens, il se prononcerait pour la saignée.

L'illusion ne pouvait durer longtemps contre les faits. Dans l'expédition de Morée, en 4828, l'expérience ne justifia point les bons effets que l'on attendait de la saignée dans le traitement des fièvres.

Nepple (iO). — En 1835 parut le traité des fièvres intermittentes et rémittentes de Nepple. L'auteur exerçait la médecine dans la partie marécageuse de la Bresse, au milieu d'une population dont il décrit ainsi la physionomie : « L'habitant des Bombes se reconnaît, au premier aspect, à son teint blême, à ses traits maigres ou bouffis, à ses chairs flasques, à sa démarche lente et à son gros ventre. »

Cette constitution du Bressan était peu propre à développer les réactions inflammatoires vives dont l'école de Broussais gratifiait les fièvres de malaria. Aussi, bien qu'admirateur et partisan déclaré de la doctrine physiologique, Nepple est-il obligé de reconnaître que l'inflammation ne constitue pas le fond de ces maladies. Les fièvres simples sont plus souvent accompagnées de ce trouble sécrétoire atonique connu sous le nom d'embarras gastrique ou bilieux que de gastrite ou d'hépatite franches. Dans les fièvres soporeuses, bien que les fonctions du cerveau soient abolies, l'intégrité de la pulpe cérébrale et des méninges semble annoncer une asthénie profonde plutôt qu'une irritation quelconque. Les pneumonies ellesmêmes, très fréquentes et graves chez ces cachectiques, sont adynamiques et ont si peu de symptômes qu'elles sont souvent méconnues. Chez de pareils sujets, le sulfate de quinine répond à des indications majeures et ne montre pas les propriétés incendiaires qu'on lui supposait.

Malgré ces réserves, l'auteur assigne un rôle important à l'inflammation, et fait un large usage de la saignée ; c'est l'inflammation qui transforme la fièvre intermittente en rémittente. L'accès périodique consiste dans une congestion nervoso-vasculaire des organes gastriques ; plusieurs fois réitérée, cette congestion finit par produire une altération organique, une phlegmasie; et ainsi prend naissance la fièvre rémittente qui est composée d'une irritation fixe, inflammatoire, et d'une irritation périodique congeslivc.

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