‹ Traité des maladies des pays chauds [electronic resource]Chapitre 53 sur 213 · PYRÉTOLOGIE DES PAYS CHAUDS · texte numérisé non relu

PYRÉTOLOGIE DES PAYS CHAUDS

La fièvre rémillente étant telle, il y aurait danger à l'attaquer par le sulfate de quinine avant d'avoir combattu l'inflammation cl de s'en être rendu maître *.

Maillot (11). — Une démonstration plus éclatante des erreurs de l'enseignement officiel était donnée dans le même temps sur un autre théâtre. Dans les premières années de l'occupation de l'Algérie, une épidémie meurtrière décimait chaque été nos armées. M. le médecin inspecteur Hulin (12), dans un mémoire rétrospectif plein d'intérêt, a décrit avec émotion le spectacle lamentable dont il fut témoin, à Bône, en 1833 : l'encombrement des malades dans des locaux mal aménagés, l'effrayante mortalité, la démoralisation des troupes, l'incertitude des médecins. Sur les fièvres intermittentes, simples ou pernicieuses, l'hésitation n'était pas possible, et l'on s'accordait à prescrire le sulfate de quinine à des doses que nous jugerions timides (3 à 4 décigrammes). Mais, le plus souvent, on avait affaire à des fièvres continues, accompagnées des vives réactions qui sont propres à des troupes jeunes, récemment arrivées dans le foyer endémique. Des médecins particulièrement imbus de l'enseignement du Valde-Grâce ne pouvaient reconnaître dans ces fièvres que des gastrites, des gastro-entérites, des gastro-céphalites , et les traiter en conséquence. Mais combien de surprises réservaient les autopsies ! Chez quelques sujets on croyait reconnaître la phlogose de la muqueuse gastro-inteslinale ou des méninges, chez d'autres on rencontrait des ulcères dans la dernière portion de l'iléon, chez d'autres enfin aucune lésion n'était appréciable si ce n'est le ramollissement de la rate.

C'est dans ces circonstances qu'un des médecins de l'hôpital de Bône, le vénérable ancien président du conseil de santé, M. Maillot, jugeant que l'enseignement officiel était en défaut, eut la sagacité de remonter aux; sources traditionnelles de la

* Comme exemple de ces localisations inllammalolres entretenant la réniittence de la lièvre, il convient de lire Tobservation XLlir qui se rapporte à un homme mort au quatorzième jour d'une fièvre alaxo-adynamique. La nécropsic montra la rate engorgée sans altération de tissu; des glandes mésentériqucs blanciics et dures de la grosseur d'une noisette et une série d'ulcères dans la dernière portion de l'iléon. Cependant les recherches do Petit et Serres sur la fièvre cntéro-mésentérique dataient de 1813. Celles de Brelonncau sur la dothiéncnlérie étaient connues de ses élèves depuis 1820, et Touvrage de Louis

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HISTORIQUE DEÇ FlKVRES DE MALARIA. 311

doctrine des fièvres, et de refaire, sur un nouveau théîltre, l'œuvre de Torti. Dans la fièvre continue à caractère inllammatoire dont le diagnostic et la thérapeutique laissaient ses collègues indécis, il reconnut la subcontinue maligne avec ses deux variétés : l'une à redoublements périodiques bien marqués, qu'il appela fièvre rémittente ; — l'autre, à redoublements plus obscurs , et alfectant dès le début la continuité, qu'il appela fièvre pseudo-continue. Ces fièvres devaient donc être justiciables du sulfate de quinine. Maillot eut recours à ce moyen, dans le principe, avec plus de timidité que Torti luimême ; car il fallait compter avec l'inflammation. Comme Nepple, il attribuait, en effet, la continuité de la fièvre à la permanence, au delà de leur durée ordinaire, des irritations viscérales liées aux accès. Mais, à l'usage, la médication quinique se montra si favorable, la saignée était au contraire si fréquemment suivie d'accidents pernicieux, que Maillot fut amené à conclure qu'il valait mieux prévenir l'inflammation que la combattre, et donner le sulfate de quinine dans toutes les formes de la fièvre, de bonne heure et à des doses inusitées avant lui (20 à 40 grains). Après la publication de son traité des fièvres intermittentes, il eut la satisfaction de voir sa pratique généralement adoptée par les médecins de l'armée d'Afrique, au grand bénéfice de nos soldats.

Nepple ni Maillot ne font aucune mention de la fièvre typhoïde. Il y a tout lieu de présumer cependant qu'elle se trouvait mélangée parmi les fièvres rémittentes et pseudo-continues dont ils nous ont laissé le tableau. Les ulcérations de la dernière portion de l'iléon sont mentionnées par Nepple (obs. XLIIP) et par M. Hutin. Et si M. Maillot est moins explicite, il déclare du moins, en divers passages, qu'un des modes de terminaison, les plus fréquents et les plus graves de la fièvre pseudo-continue est sa transformation en fièvre typhoïde, par suite de la phlogose qui s'est fixée sur la muqueuse intestinale.

L'imbroglio qui depuis les temps hippocratiques se perpétuait dans la question des fièvres était cependant sur le point de se dénouer. De 4826 à 1829, Bretonneau et ses élèves avaient montré que l'ulcération des plaques de Peyer était le caractère anatomique d'une fièvre contagieuse qu'ils appelaient dothiénentérie ; et dans la même année 1829, Louis

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avait établi par ses mémorables « Recherches sur la gaslrocnléritc » que, sous le climat de Paris, toutes les affections désignées sous les noms de fièvres putrides, adynamiques, muqueuses, gastro-entérites, etc., n'étaient que les Ibrnies variées d'une seule et même maladie, la fièvre typhoïde. Aussi, lorsque quelques années plus tard, en 1840, L. Laveran, qui avait pu assister, à Paris, aux autopsies de Louis, vint en Algérie, reconnut-il sans peine que la fièvre typhoïde y régnait concurremment avec la malaria, et que l'endémie, simple à Paris, était dans les contrées marécageuses composée de deux facteurs distincts.

Désormais les deux grandes pyrexies, si longtemps confondues, ont un historique distinct. Mais, pour que la malaria pût également se dégager des autres maladies avec lesquelles elle était encore confondue, il eût fallu qu'elle eût, elle aussi, son critérium anatomique. Ce progrès se fit attendre plus longtemps. Bien que la coloration noire de la rate, du foie et du cerveau eût été signalée dans maintes relations, et notamment par Bailly ; bien que Meckel en 1837 et Virchow en 1839 eussent montré que cette coloration sombre des organes dépendait de la présence d'un pigment noir dans le sang, la valeur de ce caractère anatomique n'acquit toute son importance que beaucoup plus tard, après les travaux de Frerichs, et est ainsi une conquête moderne.

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