II. — De la fièvre synoque, fièvre gastrique simple
ou bilieuse.
Monneret,en 1861, demandait une place modeste à côté de l'entité envahissante de la fièvre typhoïde pour la petite fièvre synoque qu'il décrivit sous le nom de fièvre gastrique simple ou bilieuse, de fièvre rémittente gastrique. Les symptômes dont il la dote sont peu significatifs, et tout en la rapportant aux météores, il reconnaît lui-même qu'elle ne peut être distinguée de la fièvre typhoïde que par sa courte durée et l'atténuation de ses symptômes. Le catarrhe gastrique fébrile des auteurs modernes ne se différencie pas de la fièvre gastrique bilieuse et ne semble pas avoir des droits plus solides à une place distincte dans le cadre nosographique. Considérée iso-
lément, dans ses cas sporadiqiies, cette pyrexie bénigne se présente au premier abord comme une entité morbide distincte; mais étudiée dans ses rapports avec les formes morbides concomitantes, elle perd son individualité apparente pour se confondre dans la grande endémie de nos climats, la fièvre typhoïde.
Cette enquête a été faite par l'un d'entre nous (2) au moyen de nombreuses observations recueillies à Paris. Elle nous a montré tout d'abord que la fièvre gastrique comporte plusieurs variétés fondées sur l'intensité plus ou moins grande des symptômes, et les allures variables de la fièvre.
Dans un premier groupe de faits, l'affection se résume dans le simple embarras gastrique, doublé d'une fièvre modérée qui décroît lentement à partir du huitième jour et ne s'éteint complètement que vers le quinzième.
Une deuxième série comprend des faits marqués parla haute élévation de la température, par la défervescence brusque vers le huitième jour, et parfois la tendance au collapsus.
Dans une troisième, la fièvre se distingue par sa marche rémittente ; c'est à de pareils faits que s'applique très justement le terme de fièvre rémittente gastrique : ils montrent que le type de la fièvre ne suffit pas à caractériser les pyrexies, et que la nosographie, pour distinguer des espèces, doit s'imposer une enquête plus étendue.
Enfin, un quatrième et dernier groupe se compose d'observations intermédiaires entre les précédentes et la fièvre typhoïde classique : par la prédominance des troubles gastrointestinaux et l'exiguïté des phénomènes nerveux, elles se rattachent aux premières ; par la longue évolution de la fièvre dont le cycle comprend deux à trois septénaires, elles tiennent étroitement à la seconde.
Les nuances distinctives que nous établissons entre ces faits n'effacent pas cependant les caractères communs qui les réunissent ensemble, ni les traits épars, tels que l'insomnie, les rêvasseries, quelques taches lenticulaires, l'albuminurie signalées çà et là, qui les rattachent à la fièvre typhoïde.
Si, en effet, on compare toutes ces observations entre elles, I si on les groupe d'après l'intensité croissante de leur expression symptomatique, on reconnaîtra qu'elles se relient ensemble par des transitions graduées, et qu'elles constituent en défini-
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livc, cnlrc l'embarras gastrique lebriln banal et Ja lièvre typhoïde typique une série naturelle, une gradation non interrompue qui implique l'identité de nature de tous ces processus fébriles. '
Au nom de la clinique, nous sommes donc autorisés à con- ! sidérer la fièvre gastrique comme une expression atténuée de | la dothiénentérie.
Mais pour compléter la démonstration, il reste à établir i la communauté d'origine, l'identité étiologique des deux pyrexies.
Assurément, la fièvre gastrique se montre fréquemment en été et l'on conçoit qu'elle a pu être rapportée à l'action de la chaleur sur l'organisme; mais le caractère saisonnier d'une maladie n'en implique pas l'origine exclusivement météorique ; j il y a des affections très spécifiques de leur nature, comme la : malaria, qui sont essentiellement saisonnières. D'autre part, la fièvre rémittente s'observe dans toutes les saisons, et beaucoup des faits que nous avons recueillis se rapportent même aux mois extrêmes de l'année. La cause première est donc I indépendante des météores : ceux-ci règlent l'évolution épidé- i mique ou la forme symptomatique de la maladie, mais ne la | produisent pas. Nous sommes amenés ainsi à lui reconnaître i une cause spécifique. j
La nature de cette dernière se déduit du milieu spécial dans ; lequel se développe la fièvre gastrique. L'étude de ses rapports i avec les maladies concomitantes démontre à chaque pas l'étroite ' affinité qui l'unit à la pyrexie dominante de nos climats. Cette j affinité s'accuse déjà dans la fréquence des embarras gastriques \ fébriles au milieu des épidémies de fièvre typhoïde que nous ! avons suivies soit à Paris, soit en Algérie ou en Tunisie. !
Elle s'impose à l'esprit, si l'on compare pour une longue période la marche épidémique de la fièvre gastrique et celle de la dothiénentérie dans une localité déterminée. Nous avons établi, d'après des documents conservés' à l'hôpital de Montpellier et à celui du Val-de-Grâce, des tracés représentant l'évolution mensuelle pour une période de dix ans consécutifs, de la lièvre gastrique et de la dothiénentérie. De part et d'autre, les tracés sont à peu de chose près parallèles (lig. '12 et 48). Cette similitude dans l'évolution épidémique est un témoignage d'une irrécusable valeur en laveur de la communauté d'origine