DES FIÈVRES CLIMATÉRIQUES DANS LES CLIMATS CHAUDS
généralement considérée comme une maladie d'acclimatement, comme une sorte d'adaptation brusque de l'organisme des nouveaux arrivés aux influences modificatrices du climat. Mais elle n'épargne point les créoles blancs ou colorés n'ayant jamais quitté le pays, et sa fréquence bien plus grande à la Martinique, à la Guadeloupe, à la Guyane que dans nos autres colonies ne dépose pas en faveur de son origine météorique. Dans deux longues et consciencieuses monographies, MM. Bérenger-Féraud (19) et Burot (20) ont fait ressortir, le premier pour les Antilles, le deuxième pour la Guyane, les affinités cliniques et édologiques de la fièvre inflammatoire avec l'endémie régnante, le typhus amaril, et conclu à l'identité de nature entre les deux affections, dont la première n'est que la forme ébauchée de la seconde.
Bien que cette opinion ne soit pas encore admise dans son acception rigoureuse par l'ensemble des médecins de la marine, tous s'accordent cependant à reconnaître à la lièvre inflammatoire d'étroites relations avec la fièvre jaune, qu'elle accompagne toujours dans ses manifestations épidémiques, à laquelle elle se rattache cliniquement par des transitions graduées, et dont elle constitue en quelque sorte la racine, suivant l'expression de Dutroulau.
On a fait valoir en faveur de la nature climalérique de cette pyrexie son développement en dehors de la zone d'endémicilé du typhus amaril; c'est l'argument déjà mis en avant pour rattacher aux météores la fièvre bilieuse se montrant dans les pays non palustres ; pas plus ici que là il ne saurait être pris en considération sérieuse ; les pyrexies qui nous occupent se confondent par leurs caractères cliniques, comme en témoignent les dénominations hybrides de gastro-bilieuses inflammatoires qu'on leur a imposées un peu partout ; dépourvues de symptômes spécifiques, elles ne sont distinctes que par leur cause; la fièvre bilieuse inflammatoire est dothiénentérique à Taïti, paludéenne sur la côte occidentale de l'Afrique et dans l'hémisphère Ouest, elle revêt à l'occasion une troisième signification, elle représente la forme abortive du vomito negro.
d.Mes. — Si, dans la pyrétologie indienne, les fièvres climatiques tiennent une place si importante, c'est qu'à la faveur des idées régnantes, elles l'ont usurpée au détriment, en grande partie, de la fièvre typhoïde, dont l'existence si long-
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temps conleslée aux Indes, n'y est même pas aujourd'hui encore généralement admise. Celle part prépondérante, faite au climat dans la genèse des fièvres, est le fruit de doctrines qui datent de la première moitié de ce siècle, cl qui tiennent toujours en échec l'interprétation exacte des faits.
Les médecins anglais, en effet, continuant la tradition d'Annesley et de Morehead, font encore jouer im rôle considérable aux facteurs climatiques dans l'étiologie des fièvres des Indes. Dans un travail tout récent, Fayrer (21) place au même rang dans l'étiologie les météores, les émanations du sol et l'insalubrité des eaux. Si quelques-uns de ses collègues, comme Quill (22), consentent à reconnaître la dolhiénenlérie d'Europe dans la fièvre entérique, c'est-à-dire dans la fièvre continue avec lésions intestinales, la plupart s'accordent à rapporter la fébricule, la fièvre continue simple et la fièvre ardente au climat, à la haute température et aux écarts de l'hygiène. Cependant, de Taveu même de Morehead et de Murchison, cette pyrexie climatique ne diffère point dans sa forme légère de la fébricule des climats froids; d'autre part, elle règne plus spécialement parmi les militaires et surtout les recrues nouvellement arrivées aux Indes, c'est-à-dire au milieu des conditions où se développe souvent la fièvre typhoïde à ses différents degrés dans nos colonies tropicales. Elle n'est d'ailleurs pas exclusive aux Européens ni absolument liée à la saison chaude et sèche (avril el mai). Morehead avoue lui-même l'avoir observée en 1859, pendant les mois pluvieux de juin, juillet et août, parmi les recrues du régiment indigène de Poona « surmenées par les manœuvres et mal protégés contre le froid el le vent dans des baraques insuffisantes » (23).
Dans la forme ardente, se trouvent certainement réunis des procès morbides divers. Ranald Martin décrit sous cette dénomination le coup de chaleur; Morehead mentionne à son sujet des accidents qui rappellent les fièvres paludéennes graves (coma, ictère), et il reconnaît que le diagnostic différentiel est souvent des plus difficiles. « Ce qu'il y a de plus simple el de plus pratique en présence de celle dernière forme de fièvre, qui est loin d'être rare parmi les troupes européennes des différentes stations de l'Inde, c'est de la considérer comme produite par le mélange de l'innuence malarienne, de la température élevée et d'autres causes excitantes agissant sur les