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LÉSIONS DES AUTRES ORGANES

la dysenterie aiguë, l'hypostase des parties déclives, et qiiel- Quefois la pneumonie lobulaire hémorrhagique, avec ou sans bronchite. Dans la dysenterie chronique, les poumons sont souvent trouvés atrophiés et emphysémateux dans leur partie antérieure, engoués dans leur partie postérieure, el fixes a la paroi par des adhérences anciennes. La pneuraome lobaire est tout à fait exceptionnelle dans les deux formes.

Sang — On n'est pas bien fixé sur les altérations du sang dans la dysenterie. Les données chimiques et morphologiques font défaut. La modification la plus apparente est la diminution de sa masse totale. Les vaisseaux périphériques sont de petit calibre, le cœur est souvent vide, les viscères renferment peu de sang. Celui qu'on trouve dans les gros troncs veineux est ordinairement de couleur sombre, de consistance épaisse et visqueuse comme on le rencontre souvent dans le choléra et dans les états morbides où la quantité d'eau contenue dans le sang est diminuée.

Cœur et vaisseaux. — La paroi du cœur présente cet état de sécheresse qu'on remarque dans tous les tissus. Le cœ.ur est ordinairement petit, manifestement atrophié, surtout dans la dysenterie chronique. Aucune lésion notable des valvules ni de la fibre musculaire n'a été signalée.

Pour les vaisseaux, nous n'avons à mentionner que l'amoindrissement général de leur calibre, et dans quelques cas exceptionnels des thromboses veineuses.

Hîjdropisies, — L'œdème des membres inférieurs, les épanchements séreux dans l'abdomen, le péricarde et la plèvre sont signalés quelquefois dans la dysenterie chronique. L'hydropisie cependant, ainsi que la thrombose, est moins commune dans la dysenterie simple que dans la dysenterie hépatique.

Tissu cellulaire et muscles. — Chez le plus grand nombre des sujets, l'habitus général du corps, lorsque la dysenterie s'est prolongée au delà de quelques semaines, montre l'émaciation portée à un haut degré : l'état exsangue et la sécheresse des tissus, la disparition du tissu adipeux, l'atrophie des muscles, l'aspect ridé, rugueux et la coloration terne, bronzée de la peau.

La dégénération vitreuse des muscles n'est point signalée, les eschares par décubitus ou métastatiques sont exceptionnelles.

Résumé; mode craciion du poison dysentérique. — En résumé, si l'on fait le départ des lésions qui ne se rencontrent que dans la forme gangreneuse, et peuvent être imputées à une septicémie secondaire, telles que la péritonite suppurée, la stéatose du foie, le ramollissement de la rate, la néphrite catarrhale, etc., l'action directe du poison dysentérique sur l'organisme, indépendamment des grosses lésions intestinales, paraît se résumer dans un processus de dénutrition, et plus particulièrement de déshydratation des humeurs et des tissus.

Ce contraste entre la nature des lésions intestinales et celles des autres organes, que l'étude clinique rendra plus saisissant encore, peut faire penser que l'agent, quel qu'il soit, de la dysenterie habite principalement l'intestin et dans certains cas le foie, et qu'il ne pénètre dans la circulation générale que sous une forme pourvue de propriétés toxiques considérablement atténuées.

Bien que les probabilités soient en faveur de la nature parasitaire de cet agent, la démonstration d'un micro-organisme spécifique n'a pas encore été donnée. Nous renvoyons à l'ouvrage de Cornil et Babès sur les bactéries, pour la description des micro-organismes assez variés que l'un de ces auteurs a trouvés dans les parties nécrosées de la muqueuse et dans les parties sous-jacentes de la sous-muqueuse. L'examen des premières garde-robes, dans des cas de dysenterie aiguë, fournirait peut-être les renseignements les plus significatifs sur cette question.

§ i. — Pathogénie des lésions- intestinales.

a. Recherches expérimentales sur la nécrose de coagulation et la gangrène. — Nous avons cherché à reproduire expérimentalement des lésions analogues à celles de la dysenterie ; et en raison du caractère nécrosique de la maladie, nous avons pensé que le but serait atteint en faisant agir sur la muqueuse intestinale un agent caustique tel que l'ammoniaque. Nous avons opéré sur des chiens jeunes et vigoureux, auxquels nous avons injecté par le rectum, à l'aide d'une sonde, une solution d'ammoniaque caustique à 9 pour 100 en quantité variable, et que nous avons sacrifiés à des époques plus ou moins éloignées du moment de l'injection.

PATHOGliNIE DES LÉSIONS INTESTINALES. 29

Chez les chiens sacrifiés au bout de quelques heures, la muqueuse était par places plissée et enduite d'une couche sanguinolente noirâtre, ailleurs d'aspect normal. L'examen histologique montra que 1 action du caustique avait été sur quelques points toute superficielle, avait intéressé sur d'autres points la muqueuse dans sa totalité, et sur d'autres points enfin avec la muqueuse une notable portion de la sous-muqueuse.

Toutes les parties intéressées présentaient les caractères de la nécrose : ratatinement ou fluidification de Tépithélium, disparition des noyaux dans tous les éléments cellulaires qui avaient en même temps perdu leur sensibilité élective aux agents colorants. Les tissus nécrosés étaient infiltrés de globules sanguins ou d'hémoglobine extravasée.

Aucune réaction inflammatoire ne s'était encore produite dans le voisinage. 11 était impossible à ce moment de prévoir ce que deviendraient les tissus soustraits cà la vie. Se transformeraient-ils en eschares sèches, ou seraient-ils atteints par la gangrène? L'expérience suivante nous éclairera à ce sujet.

Entérite expérimentale, 68» /lewre.— Jeune chien adulte el vigoureux. Injection dans le rectum de 15 centimètres cubes d'une solution ammoniacale à 9 pour 100, la sonde étant introduite aussi profondément que possible. Le liquide est expulsé en même temps que des matières fécales solides accumulées dans le rectum. Les selles, d'abord brunes et liquides le premier jour, deviennent jaunes le lendemain et de nouveau sanglantes le troisième jour.

L'animal maigrit rapidement et est sacrifié au bout de soixante-huit heures.

Péritoine injecté, mais non suppuré. Le gros intestin, rétracté, présente à l'extérieur une forte injection. A la partie moyenne, petites bosselures lenticulaires rouge sombre. A cinq centimètres au-dessous de la valvule, trois eschares jaunâtres grandes comme des pièces d'un franc, adhérentes à l'épiploon et aux anses voisines de l'intestin grêle. Ganglions mésentériques rouges et ramollis. Foie très congestionné et vésicule distendue par la bile.

Après l'incision, la muqueuse du gros intestin présente des lésions d'aspect différent, distribuées dans trois segments.

Premier segment : sur une longueur de 6 millimètres à partir de l'anus, la muqueuse est injectée, parsemée de points hémorrhagiqucs, d'aspect luisant et humide avec cxulccralions superficielles visibles à contre-jour.

Deu.vièiiie segment : sur une longueur de 10 à 12 millimètres, muqueuse hypérémiée, formant de petits plis comme gaufrés et paraissant rocouvcrtc d'un voile blanc laiteux, tantôt plus transparent, tantôt un peu plus opaque.

Troisième segment : jusqu'à la valvule iléo-cœcale d'une part, jusqu'au fond du caecum d'autre part, la muqueuse du segment supérieur est atteinte de gangrène. Ce sont d'abord des plaques isolées, dépassant à peine la muqueuse en profondeur, molles, grisâtres, quelques-unes colorées en jaune par la bile, répandant l'odeur de la gangrène; puis les eschares deviennent confluentes et par places atteignent la séreuse où nous les avons vues de l'extérieur.

Dans cet intestin, dont l'aspect rappelait d'une manière saisissante celui d'un homme ayant succombé à une dysenterie suraiguë gangreneuse, l'examen histologique montra trois ordres de lésions, correspondant à l'action plus ou moins prolongée du liquide caustique.

Dans le rectum, qui n'avait été qu'effleuré par le contact du liquide au moment de son expulsion, la muqueuse, à part quelques érosions superficielles, n'était point atteinte dans sa vitalité et présentait les signes d'un catarrhe assez intense.

Des lésions plus intenses intéressaient l'S iliaque et la dernière portion du côlon transverse, qui avaient subi un contact plus prolongé de l'agent caustique. Dans ces portions, qui semblaient recouvertes d'un voile opalescent, la muqueuse, nécrosée dans sa totalité, était infiltrée de leucocytes qui avaient en grande partie subi la transformation vitreuse et s'étaient conglomérés pour former un réticulum analogue à celui qui caractérise la pseudo-membrane diphthéritique et à celui que nous avons vu se produire éventuellement dans les anfractuosités de l'ulcère dysentérique. La nécrose ne dépassait pas les limites de la muqueuse; audessous, la sous-muqueuse conservait tous les attributs de la vie et était seulement atteinte d'œdème avec coagulation fibrineuse de la lymphe dans les interstices du tissu conjonctif. La muqueuse nécrosée se transformait ainsi en une membrane parcheminée, sèche, friable, qui avait déjà disparu par désagrégation moléculaire dans les parties les plus exposées aux frottements, telles que la convexité des plis; mode de nécrose que l'on peut comparer à celui de l'eschare sèche dysentérique.

La portion supérieure du gros intestin, et particulièrement le ciBCum, dans la cavité duquel une certaine quantité du caustique avait dû séjourner, étaient atteints de gangrène, soit dans toute l'épaisseur de la paroi, soil seulement dans les tuniques internes. Sur aucun point, la gangrène n'était limitée à la seule muqueuse; mais là même où elle était le plus superficielle, elle intéressait avec cette tunique la couche superficielle de la sous-muqueuse qui, comme on sait, renferme les vaisseaux. Dans les points où la gangrène ne dépassait pas les couches superficielles de la sous-muqueuse, les couches profondes de cette dernière étaient aussi nécrosées, mais présentaient les caractères de la nécrose sèche, tels que nous les avons indiqués dans le deuxième segment.

On peut, pensons-nous, déduire de ces expériences les con-

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