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D« PIGMENT OCRK. - LÉSIONS SECONDAIRES DES ORGANES

friabilité, la sléalose des fibres musculaires n'ont été observés par nous que dans un petit nombre de cas, dans lesquels ces altérations pouvaient être attribuées à une autre cause que la malaria. Ainsi dans l'un des cas il s'agissait d'un alcoolique qui présenta un délire aigu dans le cours d'une lièvre rémittente ; deux autres cas se rapportent à d'anciens fébricitants morts subitement à la suite d'une gangrène de la bouche. Dans douze cas de fièvres paludéennes pures, l'examen histologique nous a montré l'intégrité parfaite de la fibre musculaire. Nous ferons remarquer que le foie et le rein, dont nous avons fait de nombreux examens, ne présentent jamais de stéatose, et nous pensons que la mort subite est plutôt sous la dépendance de troubles nerveux ou de l'aglobulie, comme il sera montré à propos de la clinique.

Poumons. — Le poumon est généralement sain, à moins de complication pneumonique ou tuberculeuse. Dans les rémittentes typhoïdes et adynamiques , nous avons seulement observé l'engouement des parties déclives ; et en général la stase est moins prononcée dans les fièvres paludéennes que dans d'autres pyrexies aiguës, notamment la fièvre typhoïde.

A. Caractères physico-chimique» du pigment ocre.

— On a vu combien sont variables les caractères physiques de ces produits colorés ; ils se présentent sous forme de granules extrêmement fins, dont la couleur brunâtre n'est bien appréciable que lorsqu'ils sont vus sous une grande épaisseur (tubuli rénaux), ou de grosses granulations de couleur ocre ou rouille (foie, pancréas), ou de blocs volumineux de couleur jaune pâle, jaune d'or ou jaune brun sombre (rate, moelle, reins). Les granulations ont des contours anguleux et une consistance assez ferme, car elles peuvent être agglomérées en amas sans se fusionner; cependant, lorsqu'elles sont serrées dans un espace étroit (cellules hépatiques, tubuli rénaux), elles se réunissent quelquefois pour former des blocs ou des cylindres. Les gros bloc sont une consistance demi-fluide, comme l'indiquent leurs contours arrondis et leur tendance à se fusionner en masses homogènes. Ils ne résultent pas le plus ordinairement de la conglomération de granulations, car on les rencontre libres dans des tissus lâches comme la pie-mère, la rate, la moelle osseuse.

Quels que soient leurs caraclères physiques, ces pigments sont insolubles dans l'eau et dans l'alcool, et résistent à l'action des acides forts et de la potasse; on ne peut donc songer à les considérer comme de simples fragments de globules rouges ou des gouttes d'iiémoglobine. Mais il n'est pas douteux qu'ils ne soient des dérivés assez prochains de l'hémoglobine, plus prochains notamment que la bilirubine, car ils renferment du fer. Pour les pigments de récente formation, ce fer n'est pas décelable par les réactifs; il est partie intégrante de leur constitution chimique ; mais il devient apparent dans les produits de plus ancienne date où, par suite d'un dédoublement, l'oxyde de fer est devenu libre ou est entré dans une combinaison simple avec la substance organique.

On voit donc que le pigment ocre n'est pas un produit chimiquement et morphologiquement défini, qu'il présente des caractères variables dans chaque organe où il est déposé, et que l'action exercée sur lui par les cellules modifie incessamment sa constitution chimique.

B. Origine du pigment ocre. — D'après ces caractères, il n'est pas douteux que le sang ne fournisse la matière première de ces pigments; mais il reste à examiner s'ils sont préformés à l'état solide dans le sang et éliminés comme tels, ou s'ils prennent naissance dans les tissus aux dépens de l'hémoglobine ou de ses dérivés liquides (méthémoglobine) extravasés.

En faveur de la deuxième hypothèse, nous paraissent témoigner :

i° La distribution générale du pigment dans Vorganisme. — Nous avons vu qu'il est déposé dans les tissus et qu'on ne le trouve qu'en minime quantité dans le sang. Si les granules étaient préformés dans le sang, il faudrait admettre que le sang s'en débarrasse au fur et à mesure de sa production; ce qui n'a pas lieu pour les autres corps pulvérulents, notamment pour le pigment noir. Ceux-ci sont saisis par les leucocytes, et, charriés dans la circulation, vont s'arrêter, s'accumuler, former des thrombus dans les réseaux capillaires où le cours du sang est ralenti. La distribution du pigment ocre est tout autre : ses organes d'élection sont, d'une part, les organes hématopoiétiques, rate et moelle osseuse, d'autre part les

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glandes, notamment le foie et le rein. Les quelques granules pigmentaires que l'on rencontre dans le sang peuvent provenir de la rate ou de la moelle.

2» Les caractères du pigment dans les divers organes. — Si le pigment était préformé dans le sang, on le trouverait identique à lui-même dans tous les tissus où il est déposé, au moins dans les premiers moments qui suivent le dépôt. Tout différemment, on le voit affecter dans chaque organe une forme particulière. Souvent les cellules du foie et du rein, cela est surtout manifeste dans les cas très aigus, ont une coloration brunâtre, diffuse, qui s'efface par la macération dans l'eau, et les plus forts grossissements ne permettent pas d'y reconnaître des granules pigmentaires distincts. Lorsque le pigment a la forme de granules, ces granules ont un volume et une coloration différents dans chaque organe ; ceux du foie ne ressemblent pas à ceux du tissu conjonctif ni à ceux du rein. Quant aux gros blocs jaunes, on ne peut supposer qu'ils se sont détachés des globules rouges puisqu'on ne les rencontre jamais dans les vaisseaux, et que leur volume est souvent supérieur à celui d'un globule ronge; dans bien des cas, il est manifeste qu'ils se forment immédiatement dans la cellule à l'état demi-liquide:et ne résultent pas de l'agglomération de granules solides. De tous ces faits, nous croyons pouvoir conclure que les cellules sont primitivement imprégnées d'une substance colorante diffuse (hémoglobine ou méthémoglobine), et que la précipitation du pigment est le résultat d'une élaboration accomplie dans le protoplasma.

Cette opinion ne préjuge en aucune façon le mode de destruction des globules rouges; elle n'implique pas que le poison malarien dissolve immédiatement les globules à la manière des agents de la première classe de Ponfick. Il est possible que le globule rouge perde son hémoglobine par petites portions, comme cela semble résulter des observations de Laveran et de Marchiafava-Gelli. 11 est possible aussi que ces fragments s'emmagasinent dans la rate et la moelle des os et y soient convertis en pigment. Mais nous n'avons jamais constaté, dans les tubuli du rein ni dans aucune cellule glandulaire, la présence de corpuscules pouvant être considérés comme des fragments de globules ou des gouttelettes d'hémoglobine. Si ces fragments se détachent réellement des globules, nous

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pensons qu'ils se dissolvent rapidement dans le plasma et ne sont pas éliminés comme tels par les émonctoires.

G. Élimiiialion du pis^inciit ocre. — Les résidus de l'hémoglobine étant déposés, comme nous l'avons vu, dans toutes les parties du corps, il n'est aucun organe, aucun tissu qui n'ait son rôle marqué dans la tâche de débarrasser l'oi'ganisme de ces corps étrangers. Il s'agit, il est vrai, pour la plupart des éléments anatomiques d'une fonction physiologique, puisque les globules se détruisent et se renouvellent incessamment pendant la vie; mais le matériel à former et à éliminer est si considérable que la tâche devient lourde et difficile. Suivant le rôle qui leur incombe dans cette fonction, les organes peuvent être divisés en deux classes, d'une part les organes hématopoiétiques et le tissu conjonctif, d'autre part les glandes.

Les organes de la première classe, rate, moelle des os, tissus conjonctifs sont situés en deçà des voies circulatoires et sont comme des magasins retirés où les déchets globulaires peuvent s'accumuler en quantité considérable et longtemps séjourner. La tolérance du tissu conjonctif pour les vastes extravasats sanguins, la faculté presque illimitée que possède la rate de se laisser distendre par les déchets globulaires sont bien connues; et l'on sait aussi quel long temps ces tuméfactions mettent à se résoudre. Il en résulte que les détritus globulaires emmagasinés dans la rate et le tissu conjonctif ne constituent pas une incommodité immédiate pour l'organisme; la convalescence pourra être employée à leur lente élaboration. Mais, comme ces organes ne comniuniquent pas avec l'extérieur, les produits de leur élaboration sont destinés à rentrer dans la circulation et devront finalement se présenter aux émonctoires glandulaires.

Au contraire, tout ce qui arrive directement aux glandes dans le cours de la maladie aiguë doit être consommé ou éliminé très rapidement. Parmi ces glandes, le foie et le rein, en raison de leur importance physiologique et du rôle très actif qui leur est dévolu dans le processus, méritent surtout l'attention. Le foie qui, à l'état normal, transforme l'hémoglobine en pigment biliaire, peut, lorsque le matériel à élaborei- augmente, s'accommoder momentanément au sur-

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