‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 2)Chapitre 13 sur 46 · II · texte numérisé non relu

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i46 NÉPHRiTR ALBUMiNEtisE {traitement).

leur à la peau moins intense, la conslilulion moins forte, après une première saignée , il est souvent préférable de recourir à l'application de ventouses scarifiées sur les lombes. Chez les enfans, dans une première application de ventouses, on tire ordinairement de 4 à 6 onces de sang; chez un adulte, de 8 à 10 onces.

L'application des sangsues sur la même région doit être substituée aux ventouses scarifiées chez les personnes qui redoutent l'emploi de ce dernier moyen ^ lequel, du reste, est beaucoup moins douloureux qu'on ne le pense généralement en France.

Dans des cas, heureusement ti-ès rares, de néphrite albumineuse aiguë, oii le tissu cellulaire sous-cutané et la peau qui le recouvre sont énormément distendus, la veine du bras est si profondément située qu'il est difficile de pratiquer sûrement une saignée, on est quelquefois obligé d'employer les ventouses scarifiées, aux lombes.

Lorsque, malgré ces circonstances , on croit devoir tenter la plilébotomie, la piqûre assez profonde qu'il est nécessaire de faire pour ouvrir la veiue, devient quelquefois l'occasion d'un érysipèle phlegmoneux, fotl grave.

Un semblable accident peut survenir , mais plus rarement, après l'application des ventouses ou des sangsues aux régions lombaires. L'emploi de bains locaux, émolliens, et de cataplasmes adoucissans, arrête souvent ces inflammations à leur début.

Si, après une première émission sanguine, la quantité de l'albumine , après avoir diminué dans l'urine, vient à augmenter de nouveau, vers la fin du premier ou du second septénaire; s'il existe en même temps d'autres signes de recritdesccncc de l'inflammation des reins, une nouvelle émission sanguine est nécessaire. En de tels cas, l'application de larges cataplasmes sur la région rénale a paru quelquefois avantageuse.

Les malades ne doivent pas quitter le lit tant que la fièvre persiste. Il y a souvent de l'avantage à favoriser la transpiration par un bain tiède ou par un bain de vapeur, par des boissons tièdes, mucilagineuses et légèrement nitrées.

Lorsque la fièvre a cessé , les malades ne se lèveront

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d'abord qu'un petit nombre d'heures ; et on aura soin d'entretenir, autour du corps , une douce chaleur par des vêtemens convenables.

Si la saison est froide , lors même que l'appartement peut être bien chauffé, un des meilleurs moyens de prévenir une rechute est de couvrir le corps de flanelle.

Après une ou deux saignées , les purgatifs salins sont presque toujours indiqués, surtout lorsqu'il y a constipation.

Des purgatifs plus énergiques, tels que la racine de jalap et la gomrae-gutte , doivent être administrés de préférence dans les cas oti l'hydropisie est très considérable, et lorsqu'elle n'a été que peu modifiée par la saignée. Ces purgatifs doivent même être administrés en même temps que les émissions sanguines, dans les cas oii la maladie s'annonce avec beaucoup de gravité, ou lorsqu'il y a imminence de symptômes cérébraux.

Les malades doivent boire à leur soif.

Lorsque les symptômes gastriques ou intestinaux, et en particulier les vomissemens et la diarrhée , sont très notables, les bains tièdes, des sangsues à l'anus et de petites doses d'opium sont des remèdes salutaires.

Lorsque les malades se plaignent de dyspnée ou d'oppression , après la saignée les purgatifs sont préférables.

Dans nos hôpitaux, comme dans la pratique civile , il faut administrer les bains auprès du lit dti malade , afin qu'il ne se refroidisse pas dans le trajet du bain à son lit. Dans les saisons froides surtout, les malades ne doivent jamais être transportés aux salles de bains. Lorsque les bains sont pris par des convalescens ou par des personnes qui se lèvent déjà depuis quelques jours, il est préférable de les administrer, le soir, quelque temps avant l'heure du sommeil.

La diète doit être celle de ntâladies aiguës inflammatoires. J'ai vu plusieurs malades se trbUver bien de l'usage du lait, pour toute nourriture, pendant quelques jours,

% 623. Autant le traitement de la néphrite albumineuse aiguë est simple , autant celui de la néphrite albumineuse chronique , avec ou sans hydropisie, est complexe et offre de difficultés j autant les secours de l'art sont efficaces contré la première , àu-

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tant ils sont généralement impuissans contre la seconde. Dans la plupart des cas, l'unique but à se proposer, le seul succès à espérer, c'est l'arrêl ou la suspension de la marche de la maladie, ou le ralentissement de ses progrès.

Le traitement de la néphrite albumineuse chronique , toujours très complexe , doit embrasser une foule d'indications relatives à l'étal des reins, à l'hydropisie, aux affections secondaires , à l'état de la constitution et aux maladies antérieures à l'affection rénale.

1° D'après les avantages qu'on relire des émissions sanguines dans la forme aigué et au début de la maladie, on devait naturellement être conduit à penser, et l'observation l'a conlirnié , qu'elles pourraient être utiles au début de certaines néphrites albumineuses chroniques, ou contre les attaques inflammatoires, partielles et successives , auxquelles les reins, déjà profondément altérés en plusieurs points, sont exposés dans celle maladie. Mais , si elles peuvent être employées contre l'hyperémie rénale , qui s'opère lentement ou par attaques successives, elles sont non - seulement inutiles, mais encore nuisibles , dans une foule de cas oii les reins sont décolorés, granulés ou indurés.

Or, dans l'impossibilité oîi l'on est souvent déjuger, pendant la vie , du degré et de la forme de l'altération rénale , il faut toutes les fois qu'il y a un mouvement fébrile, recourir à l'application de ventouses scarifiées aux lombes et même à la saignée générale , si l'état des forces du sujet le permet, qu'il existe ou non de la douleur aux régions rénales ; les ventouses ne sont de mise qu'autant que l'on ne découvre point de lésion inflammatoire d'organes étrangers à l'appareil urinaire. Si même , dans des cas non fébriles , il est bien constaté que l'apparition d'une hydropisie ou d'un œdème avec urine notablement albumineuse , n'a pas eu lieu à une époque plus éloignée qu'un mois environ, chez un individu assez bien constitué, mais affaibli par une maladie antérieure ou par des privations, il convient encore de commencer le traitement par une saignée ou par plusieurs applications de ventouses scarifiées sur les régions lombaires.

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Le traitement des paroxysmes de l'inflammalion rénale, ^st analogue à celui de la forme aiguë de la maladie ; toutefois il doit être en général moins actif. La saignée ne doit pas d'ordinaire être portée au-delà de huit à dix onces ; et souvent il est préférable de recourir à l'application de ventouses sur les reins , à moins qu'il n'existe en même temps quelque inflammation du poumon , de la plèvre, etc. Ces émissions sanguines sont contre-indiquées par la coexistence de maladies anciennes et incurables, telles que la phthisie tubercul euse , le cancer de l'estomac, les maladies du cœur, avec insuffisance des valvules , etc.

Indépendamment des soins qu'il faut prendre pour éloigner les causes (impression de froid et d'humidité , abus de liqueurs spiritueuses) qui ont occasioné la maladie et qui déterminent ordinairement les nouvelles attaques et les paroxysmes, on retire, pour en prévenir le retour ou en rendre les accidens moins graves, des avantages réels de l'application des cautères, des sétons ou d'autres exutoires aux régions rénales.

J'ai vu plusieurs fois l'urine se modifier d'une manière favorable , et l'hydropisie diminuer ou même disparaître complètement chez des malades auxquels je faisais pi'endre de quatre à douze gouttes de teinture de cantharides dans une émulsion (i) j c'est un remède incertain et qui pourrait être dangereux dans des mains inexpérimentées. Les balsamiques et l'essence de térébenthine ont été essayés sans succès.

J'ai essayé inutilement les frictions avec les pommades mercurielles , iodées et iodurées , sur les lombes , dans la néphrite albumineuse chronique et invétérée.

ç 524. Un assez grand nombre de faits ayant démontré que , dans la néphrite albumineuse chronique, avechydropisie, celle-

(i) Le docteur Wells a traité cinq cas d'hydropisie avec urine coagulabie par la tcintarc de cantliaridcs à très forte dose: 3o, 5o et 60 gouttes de teinture dans les 24 heures. Dans trois cas, il y eut amélioration notable ; dans un même , l'albumine disparut de l'urine. Dans dcnx autres cas, l'emploi du médicament ne fut point suiri d'amélioration. Blacknll a remarqué que la teinture de cantliaridcs augmentait quelquefois la coagulabilité de l'urine.

i6o NÉPHRITE ALBUMiNEUSE {tmUemenî).

ci pouvait quelquefois disparaître et la santé des malades s'araéliorej-, lors même que la lésion rénale et l'altération de la sécrétion urinaire n'éprouvaient aucune ou presque aucune modification ; on a dû rechérclier, s'il était possible , de favoriser la disparition de l'bydropisie par quelques remèdes particuliers. Non-seulement tous les médecins qui , dans ces derniers temps , avaient une connaissance exacte de la cause de ces dépôts séreux, ont varié et multiplié les essais ; mais antérieurement, cette espèce d'hydropisie avait déjà été l'objet de nombreuses expériences de la pari d'autres observateurs qui avaient remarqué qu'une urine coagulable était un de ses principaux caractères.

On obtient quelquefois une diminution notable et parfois une disparition de l'bydropisie, en purgeant les malades, deux fois par semaine, avec l'eau de Sedlilz ou l'eau de Pullna. On a aussi donné, avec avantage, la crème de tartre, à la dose d'une demi-once dans une infusion de séné.

L'bydropisie a quelquefois diminué par l'emploi de purgatifs drastiques , par l'administration de l'elaleriura à la dose d'un quart de grain en une seule prise , ou à dose plus élevée, à un grain et même à deux grains en plusieurs prises administrées à quelques heures d'intervalle.

J'ai essayé la coloquinte associée à l'extrait de jusquiarae. J'ai aussi employé la gorarae-gulte à la dose de cinq à six grains, administrés tous les jours, et quelquefois avec un succès , au moins momentané.

Dans quelques cas, la dose de la scamraonée ou de la gommegutte peut être portée à douze grains par jour, surtout si l'intestin n'est pas afiFecté.

Lorsque les malades sont très affaiblis , on associe quelquefois les drastiques aux ferrugineux : la scammonée au sulfate de fer.

La résistance du mal obligeant de varier les essais, on peut quelquefois combiner les purgatifs salins avec les purgatifs drastiques, surtout lorsque les premiers purgent peu ou point, et que les seconds déterminent uu tjowWe fatigant, suivi de malaise et d'abattement.

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J'ai plusieurs fois employé la teinture de colchique, à dose vomitive ou purgative , à la dose d'un gros , un gros et demi à deux gros et demi, par jour.

Aux cas assez rares dans lesquels l'hydropisie disparaît sous l'influence des purgatifs , il faut opposer (pour ne pas conduire à un emploi abusif de ces remèdes) ceux dans lesquels ils provoquent des nausées, des vomissemeus , des diarrhées rebelles , ou au moins du dégoût, de la faiblesse, de la fatigue et 4u malaise, le tout en pure perte.

Je décrirai plus loin plusieurs lésions intestinales secondaires qui contr'indiquent l'emploi des drastiques.

§ 525. La même remarque est applicable aux diurétiques.

La multiplicité des essais et la variété des remèdes qui ont été successivement recommandés n'indiquent que trop la fréquence des insuccès et la difficulté d'augmenter, en de tels cas, la sécrétion urinaire.

M. Bright, avec raison , a peu de confiance dans la plupart, des diurétiques , dont M. Ghristison me paraît s'être exagéré les avantages, (i)

(i) M. Ghristison vante surtout les effets de l'actiou combinée de la crème de tartre et de la digitale. Il donne d'un à deux grains de poudre de digitale, en pilules , trois fois par jour , ou bien 20 gouttes de teinture de digitale dans une petite quantité d'eau distillée de cannelle, répétées trois fois par jour. Le malade prend, en même temps, une drachme on une dracLme et démie de crème de tartre, dans environ cinq onces d'eau, et cette dose est répétée trois fois par jour. Après trois ou quatre jours de l'emploi simultané de ces deux remèdes, ordinairement, dit M. Ghristison, la diurèse s'établit. Cette diurèse a été quelquefois favorisée par l'administration d'une pilule mercuriellc, tous les soirs pendant quatre ou cinq jours. Quand ces diurétiques ont étéjadminîstrés pendant quelque temps, continue M. Ghristison, j'ai vu quelquefois leur actiqn s'établir subitement, après l'administra tio^ d'un vomitif, du tartre stibié ou de l'ipécacuanlia, et plus souTent après l'emploi d'une seule dose d'un calbartiquc hydragoguc, tel que la gommegntte.

Lorsque la digitale et la crème de tartre n'ont pas produit d'effet diurétique^ on peut essayer la poudre do scille , l'infusion de sommités de genêt, l'esprit d'élher nitriqtio, l'cau-dc-vic de genièvre étcflduo d'eau , le carbonate ,1g

i5a NÉPHRITE ALBUMiNEUSE {traitement).

La scille et la digitale augmentent rarement d'une manière sensible la sécrétion urinaire, et, presque toujours, elles fiissent par déranger les fonctions de l'estomac. Les teintures de scille et de digitale employées en frictions sur le corps et sur les membres, m'ont paru rarement produire des effets salutaires. Ces teintures salissent la peau; les frictions fatiguent les malades, et sont quelquefois douloureuses, lorsque la peau est fortement distendue.

J'ai vu l'hydropisie diminuer ou même quelquefois disparaître complètement par l'action diurétique de la tisane de raifort sauvage Plusieurs malades ont refusé de continuer cette boisson , parce qu'ils la trouvaient désagréable et qu'elle leur fatiguait l'estomac. J'en ai vu d'autres qui, malgré la persévérance avec laquelle ils en ont fait usaf;e, n'en ont retiré aucun soulagement. Cependant, de tous les diurétiques, c'est encore celui dont l'usage m'a paru offrir généralement le plus de chances de succès.

Les bains de vapeur aqueuse ont été employés avec succès, non- seulement dans la néphrite albumineuse aiguë', mais encore dans la néphrite albumineuse chronique. Lorsque l'hydropisie a acquis un certain développement, les malades ne peuvent être transportés dans l'étuve. Les bains de vapeur, administrés dans le lit avec les précautions convena-

nitrate et l'acétate de potassé. Très souvent, lorsque la diurèse est établie, elle peut continuer presque indéfiniment par l'administration de la teinture de digitale , à la dose de i5 gouttes; quelquefois même, la diurèse continue spontanément, pendant quelque temps, après l'administration de ce remède jusqu'à la guérison complète de l'hydropisie et quelquefois plus tard (Christison, ouvrage cité. p. i49)'

(i) La dose ordinaire est d'une demi-once pour deux livres de décoction; on peut la porter graduellement à une once et même à une once et demie ; lorsqu'on emploie la racine de raifort sèche , la décoction est moins acre. La racine fraîche doit être employée à une plus faible dose : sans cela, elle provoquera presque inévitablement du dégoût, des nausées, des envies de vomir, et pourrait même occasioner des vomisseraens , surtout chez les malades qui y ont quelque prédisposition, comme cela a lieu assez fréquemment dans la uéphritc albumineuse cbroulcfue.

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bles , sont de beaucoup préférables ; cependant ils déterminent quelquefois de l'oppression, un malaise voisin de la syncope, ou une douleur à la tête , et des envies de vomir qui persistent plus ou moins long-temps après le bain. La peau, humide pendant le bain de vapeur , puis sécliée avec des linges chauds, est ordinairement redevenue sèche, comme auparavant, quelques heures après; et, après huit à dix bains , on est souvent obligé d'en suspendre l'usage ou de l'abandonner complètement.

Quelques succès retirés des bains de vapeur dans le traitement de celte hydropisie ont conduit naturellement à essayer l'action des diaphoréliques (i) et de plusieurs agens qui ont, sur les fonctions de la peau, une influence remarquable. Les rapports bien connus des fonctions de la peau et des fonctions urinaires semblaient fortifier des espérances qui se sont bien rarement réalisées.

Les pathologistes anglais recommandent généralement , à la dose de 5 à 8 grains répétés trois fois par jour, comme un puissant diaphorétique , la poudre de Dower. La poudre de James passe aussi, parmi eux , pour un bon diaphorétique; pour moi, je suis obligé de déclarer que les essais que j'ai faits de ces remèdes dans le traitement de l'hydropisie consécutive à la néphrite albumineuse chronique , ont été presque complètement infructueux ; rarement ces poudres ont provoqué une transpiration salutaire , et souvent la poudre de Ddwer a occasioné un malaise et quelquefois des envies de vomir. La diaphorèse , que ces remèdes ont produite dans

(i) Le docteur Osbome ( On. dropsies connected with suppressed perspiration and coagulable urine, 8°,Londoii, i855) dit avoir guéri 27 malades sur 36 (résultat très remarquable , si , parmi ces cas , il n'y avait pas beaucoup de cas aigus), d'après une méthode qui n'est eu réalité que la réunion des moyens le plus généralement recommandés (saignées, ventouses, purg'atifs , bains simples, baius de vapeur , sudorifiques , vésicatoircs, etc.), mais dont il se sert dans une vue particulière, celle de rétablir la transpiration cutanée, presque toujours supprimée dans cette maladie* M. Osbome explique les effets salutaires de ces remèdes, de la saignée, des vésicatoires mêmes, par la diaphorèse. i , .

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quelques cas, n'a eu aucune ou presque aucijne influence avantageuse sur la marche de l'hydropisie.

Chez des individus très faibles, dont la peau était non-seulement sèche, mais froide, (la teinture de gayac, administrée dans une tasse d'infusion tonique, a quelquefois produit un soulagement momentané.

J'ai bien , à la vérité, retiré quelque avantage de'plusieurs de ces moyens j mais bien souvent aussi, lorsque l'hydropisie existait déjà depuis plusieurs mois , l'insolation, l'habitation d'une chambre au midi , les vètemens de flanelle et les bains de sable, les bains de vapeur aqueuse ou aromatique, les diaphoréliques, ont échoué comme avaient échoué, dans de semblables cas , les exutoires, les purgatifs et les diurétiques.

§ 5a6. Comme il n'arrive que trop souvent que , malgré l'emploi des purgatifs, des diurétiques et des sudorifiques, l'hydropisie non-seuleineul persiste, mais encore fait des progrès; que le scrotum et le pénis deviennent monstrueux ; que la peau des membres inférieurs, par suite d'une distension excessive, se fendille , rougit , et que parfois ces parties sont attaquées d'un phlegmon érysipélateux , on a conseillé , pour prévenir ces accidens, de recourir à l'acupuncture, aux mouchetés avec la lancette, et aux scarifications. Je regrette d'être obligé de dire encore que ce sont là de tristes ressources. J'ai vu si souvent des piqûres avec la lancette et l'acupuncture amener, dans cette espèce d'hydropisie, le développernent de phlegmons érysipélateux, lorsqu'ils n'existaient pas, que, maintenant, je n'ai jamais recours à ces moyens dans le but de prévenir cette inflammation ; et, lorsqu'elle existe, ce n'est le plus souvent qu'à regret que je me décide à pratiquer l'acupuncture dans des points éloignés des parties enflammées. Quant aux scarifications, depuis long-temps j'en ai abandonné l'emploi ; car, ou elles donnent lieu à un écoulement très considérable de sérosité dont la déperdition rapide jette les malades dans un profond accablement dont ils ne se relèvent pas ; ou bien les incisions s'enflamment , et le phlegmon s'élargit et s'étend à la manière des inflammations diffuses, promptemeut mortelles. Et, à cette occasion, jeremarquerai que ces accidens, occasionés si souvent

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par l'acupuncture , les piqûres et les scarifications dans l'anasarque , suite de néphrite albumineuse , s'observent assez rarement au contraire dans l'anasarque consécutive aux maladies du cœur , et dans lesquelles l'évacuation de la sérosité , ainsi pratiquée, est souvent salutaire.

Quant aux vésicatoires, qu'on a aussi conseillés pour évacuer la sérosité, c'est un moyen dangereux , qui peut provoquer des inflammations phleginoneuses et grangréneuses,

§ 527. La néphrite albumineuse chronique n'existe presque jamais à l'état de simplicité. Indépendamment de l'hydropisie qui l'accompagne presque toujours , d'autres lésions plus ou moins graves surviennent dans son cours. Ces ajfcctio7is scc07i~ daires exigent des soins particuliers, et d'autant plus iraportans que leur guérison suspend la marche de la maladie , qui, quel^ quefois alois, n'est de long-temps mortelle.

Par leur nombre, par leur variété et leur gravité , ces affections secondaires m'ayant paru devoir être l'objet d'une étude particulière, je me bornerai ici à quelques remarques sommaires , de plus grands développemens devant être donnés ailleurs sur leur traitement. Ces affections sont aiguës o\\ chroniques : les premières doivent être combattues très activement dans les premières vingt-quatre heures ; les secondes ne peuvent être que palliées , et sont incurables.

10 Le calorael à dose purgative , les ventouses scarifiées sur les régions mastoïdiennes , un vésicatoire à la nué[ue sont les retpèdes principaux contre les affections cérébrales.

2° Les bronchites , les pleurésies , les pneumonies, les péritonites qui surviennent dans le cours de la néphrite albumineuse chronique doivent être traitées par la méthode ordinaire ; mais l'affaiblissement de la constitution , l'altération du sang, la coexistence de l'hydropisie^ et des lésions des reins et quelquefois d'autres organes, diminuent beaucoup les chances du traitement.

30 Les amers , les toniques et la créosote calment plus souvent les vomissemens dépendant du déi'angement de la sécrétion urinaire, que la glace, l'opium, les ventouses et les eaux gazeuses.

i56 NÉPHRITE ALBUMINEUSE {traitement).

4° Les préparations opiacées sont le meilleur remède contre la diarrhée habituelle et chronique.

§5a8. Quant aux maladies antérieures à l'hydropisie et à l'affection des reins, il en est quelques-unes qu'il suffit de nommer pour exprimer l'insuffisance des secours de l'art réduitaux soins d'une cure palliative : la phthisie pulmonaire, les maladies du cœur avec ou sans altérations des valvules, la cirrhose du foie, le cancer de l'estomac, etc. D'autres, telles que les scrofules , réclament un traitement tonique et un régime analeptique.

§ 629, A l'aide de soins hygiéniques bien entendus, le médecin parviendra , dans quelques cas, à éloigner les affections secondaires et à remédier, en partie , à la détérioration progressive de la constitution. Dans ce but , il recommandera l'habitation dans un lieu sec et tempéré , dans un appartement exposé au midi ; des alimens bien choisis et appropriés aux forces digestives ; l'usage journalier de préparations ferrugineuses, et d'une petite quantité d'un vin blanc généreux. Et, dans le cas oîi, plus tard, l'hydropisie viendrait à disparaître, oii la maladie serait réduite à l'affection des reins et au dérangement de la sécrétion urinaire , les malades pourraient prolonger de beaucoup leur vie, par la continuation du même régime, par l'usage habituel des bains tièdes aromatiques, et par un exercice modéré, si malheureusement la position sociale de la plupart d'entre eux ne les mettait dans l'impossibilité de prendre des soins aussi coûteux et aussi long-temps continués.

Observations particulières.

S 53o. Je vais d'abord rapporter plusieurs exemples oii la néphrite albumineuse s'est montrée dans son état de simplicité, ou bien dans lesquels la mort a été déterminée par des lésions accidentelles ou évidemment étrangères à la production directe de l'hydropisie. Ces cas m'ont paru propres à donner une idée exacte, nelte et frappante de la maladie des reins, et de son influence sur la production de l'hydropisie.

Je passerai ensuite à d'autres faits qui établissent les rapports plus ou moins intimes de la néphrite albumineuse avec

NÉPHRITli ALBUMINEUSE AIGUË. iSy

d'autres maladies. Cette dernière partie de l'histoire de la néphrite albumineuse offre le plus grand intérêt; car il est bien rare d'observer cette maladie dans son état de simplicité, et exempte de complications ; et de la variété des affections qui peuvent la précéder ou l'accompagner, ou qu'elle peut amener à sa suite, naissent une foule d'expressions syraptomatiques , au milieu desquelles n'apparaissent que confusément ses caractères essentiels.

C'est pour n'avoir point eu connaissance des cas simples de néphrite albumineuse et des cas plus ou moins complexes dans lesquels il n'existait cependant pas d'autre cause d'hydropisie; c'est pour n'avoir pas su faire la part que les lésions rénales prennent à la production des phénomènes observés dans les cas complexes , qu'un assez grand nombre de pathologistes français et étrangers ont long-temps contesté, d'abord les lésions rénales , puis leurs caractères distinctifs et leur influence sur le développement de l'hydropisie.

§ 53 1. Néphrite alhumineuse aiguë.

On n'a publié, jusqu'à ce jour, qu'un petit nombre d'exemples de néphrite albumineuse aiguë bien caractérisée; nul doute toutefois, que, sous cette forme, la maladie ne soit pas aussi rare qu'on le pense généralement. Ces faits peuvent être rangés en quatre séries : la première comprend les cas d'hydropisie aiguë, avec urine coagulable , dans lesquels les reins n'ont pii être examinés , la maladie s'élant heureusement terminée par guérison; on peut y ajouter ceux dans lesquels on a négligé d'examiner les reins après la mort. La seconde série comprend des faits , pathologiquement parlant , plus complets, dans lesquels on a constaté non-seulement l'existence d'une hydropisie aiguë avec urine coagulable, mais encore celle des lésions rénales qui la produisent. Dans la troisième on peut ranger les cas de néphrite albumineuse aiguë dans lesquels l'hydropisie a disparu spontanément ou sous l'influence du traitement , l'altération de la sécrétion urinaire persistant, la guérison étant incomplète. Enfin, j'ai réuni, dans une qna-

l58 NÉPHRITE ALEIIMINEUSE AfGUE.

tricmc et dernière , série des cas de néphrite albuniinouse , aiguë, anatomiquement bien caractérisés, el qui n'ont" été reconnus qu'après la mort, chez des individus non hydropiques.

§532. S'il importe de rechercheret de recueillir, avec soin, tous les cas de néphrite alhuraineuse aiguë , pour éclairer de plus en plus son histoire générale , il ne faut pas mettre moins d'attention à écarter ceux qui lui sont étrangers , quoiqu'ils aient été regardés comme lui appartenant réellement. Ainsi le docteur Gregory a eu tort de rapprocher un cas d'intlammation du bassinet avec sécrétion purulente , d'un cas de véritable néphrite albumineuse aiguë, rapporté par M. Bright. Je crois également que c'est à tort que M. Christison a cité , comme un exemple d'affection granuleuse aiguë (Obs. i), un cas d'inflammation des reins avec coma et convulsions, qui doit être considéré comme un exemple de néphrite simple, avec symptômes typhoïdes. Une autre observation ( Obs. xix ) de M. Christison me paraît être un cas d'hématurie, et non un exemple d'affection granuleuse des reins. Deux cas d'albuminurie rapportés par M. Martin-Solon ( Obs. viii ) sont évidemment des exemples d'inflammation du bassinet, dont un probablement avec inflammation de la vessie , et non des cas de maladie de Bright.

Je passe aux faits particuliers ; le lecteur pourra les consulter, soit comme des exemples de la forme aiguë de la maladie et du traitement qui lui est généralement applicable, soit comme des pièces à l'appui des remarques que je viens de présenter.

§ 533. Première série. — Blackall (t) rapporte un cas d'anasarque aiguë avec urine coagulable, survenu presque tout-àcoup après un traitement mercuriel , chez un homme âgé de aS ans. Traité par la saignée , la crème de tartre et de larges scarifications, qui déterminèrent une suppuration abondante, le malade prit, plus lard , quelques toniques , et guérit. On lit, dans son ouvrage, un second exemple d'anasarque aiguë avec urine coagulable , chez un homme de 56 ans , qui avait bu

(i) Blackall. Ouvr. cité, obs. i, p. 99; obs. i, p. 121; obs. i, p. 124.; «bs, Xjp, 94.

de l'eau froide, ayant chaud et étant très fatigué. Traité par la crème de tartre et le jalap, et plus tard par le quinquina, le malade guérit promptement. Enfin , Blackall cite un troisième cas d'hydi'opisie aiguë, avec urine coagulaLle, survenue chez im homme de 60 ans, qui abusait des liqueurs spiritueuses. Cette hydropisie, accompagnée de symptômes pleurétiques, eut une marche très aiguë. Des scarifications qu'on crut devoir pratiquer furent promptement frappées de gangrène.

Blackall rapporte encore deux exemples d'anasarque aiguë, suite de scarlatine; dans l'un, la guérison de l'hydropisie eut lieu , et la malade mourut à la suite d'eschares au sacrum et aux fesses. Dans l'autre , l'hydropisie disparut, mais l'urine resta coagulable.

M. Hamilton (i) cite plusieurs observations d'hydropisie aiguëj avec urine coagulable.

M. Martin-Solon (2) rapporte quatre cas d'hydropisie aiguë avec urine coagulable, déterminés par l'impression du froid et de l'humidité. L'un est celui d'un enfant de 17 mois qui fut guéri par les sangsues et les bains de vapeur. Les autres , observés chez des adultes ou chez des hommes d'un âge plus avancé , prouvent également l'utilité du traitement antiphlogistique dans cette maladie, utilité sur laquelle j'ai tant insisté. On lit aussi, dans M. Chrislison (3), le cas d'un forgeron âgé de 62 ans, atteint d'une névralgie et d'une hydropisie avec urine coagulable, causées par l'impression du froid et de l'humidité, et qui dut sa guérison à deux saignées et à l'emploi des diurétiques.

Je donnerai plusieurs autres exemples de cette forme de la maladie, avec une heureuse terminaison , pris parmi ceux que j'ai vus causés par l'impression du froid ou de l'humidité , ou que j'ai observés à la suite de la scarlatine, ou dans la grossesse.

(1) Hamilton. Edinb. med, and surg. journ. vol. xxxix, p, i52 et sniv.

(2) Martin-Solon. De l'albuminurie. Obs. i. n. m, vxr.

(3) Cliristison. Ouvr, cité : Obï. 2:xi, p. zSz.

l6d NÉPHRITE ALBUMIMEUSE AIGUË.

Obs. I. — Impression du froid et de l'humidité. — Néphrite albiimineusc aiguë; urine nlbumincusc et sanguinolente; anasarquc; saigffcc ; tisane de raifort ; lait d'ànesse ; prompte guérison.

Madame C... , Espagnole, d'une très belle constitution, abondamment réglée (tous les mois elle perd du sang pendant huit jours), après s'être exposée à l'impression du froid et de l'humidité, éprouva, au commencement de février 1853, un engourdissement, une espèce de pesanteur dans les reins et dans les jambes qui rendait la marche pénible. En même temps, ses urines devinrent rougeâtres et formèrent un dépôt abondant; le visage était légèrement boufli, ce qui fit croire à la malade qu*elle engraissait. Lorsque je la vis pour la première fois, avec M. Liltré, le visage, les bras et les jambes étaient œdémateux; les urines contenaient une forte proportion d'albumine. La malade prit pendant deux jours de la tisane de chiendent nitrée ; le troisième jour une forte oppression nécessita l'emploi delà saignée. Madame G... fut soulagée; mais, l'œdème restant stalionnaire, on commença l'emploi du raifort à la dose d'une demi-once par pinte d'eau. Sous l'Influence de ce remède et d'un régime doux, au bout d'un septénaire , les urines devinrent beaucoup plus abondantes, progressivement moins troubles , moins sanguinolentes , enfin moins albumineuses , et l'hydropisie et les autres accidens, disparurent bientôt complètement.

Depuis cette époque , madame G... jouit d'une très bonne santé, et se promène sans éprouver la moindre fatigue dans les jambes. Apres la guérison de l'anasarque , madame C... a continué pendant quelque temps l'usage du lait d'ânesse.

Depuis cette époque jusqu'aujourr^liui ( \" août iSSg ), madame C... n'a point éprouvé de rechute.

L'observation suivante est un exemple de récidive d'autant

plus remarquable qu'une seconde attaque s'est terminée,

comme la première, d'une manière''ïavorable.

NÉPHRITE A.LBUMÎNEl!Sr AIGTTK.

Obs. il — Impression du froid et de rhumidité. — Néphrite albumineuse arec hydropisie. Guérison par les saignées, le repos et une légère décoction de raifort. — Récidive en iSSg; douleur dans la région rénale; urines troubles, rares et fortement albumineuses ; guérison complète après deux mois de traitement {Saignées ,• gomme-gutte cré/ne de tartre f vin de colchique').

Triqueneaux, âgé de 33 ans, d'une constitution assez robuste, tisserand, marié, père de deux enfans, entra, le i"'' mars i856 , à riiôpital de la Charité. Cet homme ne se rappelle pas avoir eu d'autre maladie que la petite-vérole, et dans son enfance. L'hydropisie dont il est atteint se déclara , pour la première fois, il y a trois ans ; il travaillait alors , à Reims , depuis une année , dans une chambre extrêmement humide , dont l'aire, située plus bas que la rue, était enterre; chambre tellement froide que les chaleurs de l'été ne pouvaient chasser l'humidité. Il travaillait dans ce réduit quatorze heures par jour. Devenu hydropique, il entra à l'hôpital et y resta pendant trois semaines; il guérit par l'usage du vin diurétique amer : puis il se remit à travailler , dans cette même chambre, pendant o aze mois.

Triqueneaux quHta Reims; il vécut deux ans, à Paris, demeurant au troiaitme étage, rue Saint-Marc. Il y a environ un an, il eut un ictère. Depuis troisjours seulement, il s'estaperçu qu'il était enflé.' »

La figure est lureljtp..- les cuisses, et surtout les jambes, sont enflées et conserve<fî» i'impression du doigt.

Le cœur a son volùrp'e ordinaire; il ne donne aucun bruit morbide; le malade n'? point de palpitations ; il n'est point essoufflé quand il monte vite un escalier , et il peut courir pendant assez long-temps. Du reste, le pouls est assez fort (80 pulsations par minuU). Point de chaleur à la peau,sonorité parfaite de la poitrtne; langue naturelle, point de soif, assez bon appétit, digeslions faciles , selles naturelles, ventre indolent , poirtiMe fluÇVjation. Le foie ne dépasse pas le rebord des faussesJlMes. Le n^pde n'a jamais fait d'excès de liqueurs spiritu^Ses. Jamais ii n'a eu de douleurs dans II. ' II

l62 NÉPHRITIÎ ALHDMINEUSK AIGDE.

la région des reins : la pression et les mouveraens du corps n'en déterminent point.

Les urines , pâles et cilrines , traitées alternativement par l'acide nitrique et par la chaleur, donnent un précipité considérable d'albumine {saignée de la onces; tisane de chiendent: lait). La pesanteur spécifique de l'urine est peu considérable (roio). Le 3, le sang est couenneux; le malade assure qu'il se trouve mieux , mais il n'y a aucun changement apparent dans son état {application de ao sangsues sur les régions rénales). Le 4 , amélioration manifeste ; le pouls ne donne que 7a pulsations par minute.

L'enflure des jambes est diminuée; Triqueneaux assure avoir uriné beaucoup plus qUeles jours piécédens, et cela est vrai, à en juger par le nombre des bocaux qu'il a remplis depuis vingt-qualrc heures. Il dit aussi sentir moins de raideur dans les extrémités iuférieui'es ; mais à l'hôpital il se ^ repose ; chez lui il travaillait, et il a été constamment couché depuis qu'il est à l'hôpital.

Le 9 mars, on prescrit une légère tisane de raifort (un gros de racine seulement par pinte). Couleur des urines à-peu-prèa naturelle; un des vases contient un dépôt assez considérable de mucus et de graviers d'acide urique. Le i3, la quantité des urines augmente ; elles ressemblent, pour la couleur , à du cidre tué , et contiennent beaucoup de mucus et d'albumine.

Le i5, les urines continuent de dépasser en quantité les boissons (10 bocaux pleins). Deux des vases offrent un dépôt rougeâtre, sanguinolent. L'enflure diminue; la langue est naturelle, les selles régulières; 76 pulsations.

Le 19, les urines sont beaucoup moins foncées; elles ont presque leur couleur ordinaire (la bocaux). L'hydropisie a diminué au moins de moitié ; à peine si la face est encore œdémateuse. Il y a une moindre proportion d'albumine; elle ne se prend plus en masse par l'acide nitrique.

Le 24 , l'hydropisie a complètement disparu , les urines deviennent moins abondantes. Continuation du raifort, dont l'usage n'a pas été interrompu.

NJÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË. l63

Le 28 , les urines étant toujours plus abondantes que les boissons (8 bocaux d'urine , un seul pot de tisane), on cesse le raifort.

Le 29, le malade demande sa sortie , et on la lui accorde.

Ce jour-là , les urines , très acides , avaient la couleur du cidre tué, et contenaient moitié moins d'albumine que lors de l'arrivée du malade à l'hôpital. Ces urines devenaient très violettes par l'addition de l'acide nitrique. Aucune douleur dans la région des reins, même à une forte pression.

L'iiydropisie a disparu entièrement ; la face n'est nullement bouffie ; les jambes sont sans enflure , et la peau ne conserve pas l'impression du doigt ; seulement la peau est pâle , et présente ce blanc mat des tissus qui ont été long-temps baignés de sérosité ou qui en sont imprégnés. Les poumons, le cœur, les organes digestifs remplissent leurs fonctions très régulièrement; le malade se sent fort et en état de reprendre ses travaux.

J'ai revu cet homme, le 23 avril 18 36; depuis sa sortie de l'hôpital, il avait repris son métier de tisserand. L'hydropisie ne s'était point reproduite; l'urine se troublait encore très légèrement par l'acide nitrique et par la chaleur. Quelques semaines après, l'albumine avait complètement disparu de l'urine.

Depuis cette époque, Triqueneaux a éprouvé parfois un peu d'engourdissement dans les membres inférieurs, suivi d'une légère infiltration, mais il n'a jamais interrompu son travail. Depuis plusieurs années, cet homme a été de nouveau soumis à l'influence de l'humidité ; il travaille dans un atelier très humide; souvent tourmenté par la soif, il lui est arrivé plusieurs fois de boire , coup sur coup , une grande quantité d'eau froide.

Le 20 mai rSSg , il se présente de nouveau à l'hôpital de la Charité, avec un œdème à la face et aux membres inférieurs. Il y a huit jours, vive douleur à l'épigaslre, suivie de l'apparition presque subite d'une enflure des membres supérieurs et inférieurs, et d'une sensation d'engourdissement dans ces parties : il se mil au lit, garda le repos; il prit des tisanes diurétiques, et l'anasarque diminua. Les bruits cardiaques et res-

l64 NÉPHRITK AL IIMINEUSE AIGUË.

piratoires sont naturels , la sonorité de la poitrine est bonne dans toute l'étendue de celte cavité; la langue est blanche, et l'appétit peu développé; la soif est toujours vive; il y a peu de sensibilité épigastrique ; légère douleur dans la région des lombes; garde-robes naturelles.

Les urines coulent moins abondamment qu'en santé depuis huit jours (il y a eu hier deux émissions seulement de quatre onces environ chacune) ; elles sont légèrement troubles, comme une dissolution de gomme non clarifiée. Traitées par l'acide nitrique et par la chaleur, elles précipitent des flocons très abondans d'albumine. La peau est fraîche ; le pouls peu développé bat 75 fois à la minute [Saignée de douze onces, gomme-gutte 6 grains, petit-lait avec crème de tartre 1 gros; 1/4 (£ alimens).

Le aa mai, trois selles, quelques voniissemens produits probablement par la gomme-gutte; le sang provenant de la saignée offre une couenne assez épaisse, relevée sur les bords en forme de champignon; membres inférieurs moins engourdis; sommeil, la nuit précédente; moiteur de la peau, pouls donnant, comme hier, yS pulsations {Petit-lait avec crème de tartre , un demi-gros -par pi?iie ; saignée de 1 2 onces , le quart de la porttoîi des alimens).

Le a3 mai, le sentiment de gêne à l'épigaslre a complètement disparu; trois émissions d'urine dans la nuit; peau naturelle ; appétit plus marqué {Petit-lait avec addition d'un gros de crème de tartre par pinte).

Le 24, l'œdème du visage et des membres inférieurs a sensiblement diminué; teint pâle; les bras semblent encore tuméfiés, mais ils ne gardent plus l'inipression du doigt lorsqu'on les comprime.

Le a5, disparition de la douleur des lombes et de l'engourdissement des membres; urines plus abondantes (la quantité s'élève à une livre et demie dans les vingt-quatre heures); elles sont fort peu acides et contiennent toujours beaucoup d'albumine {Petit-lait avec crème de tartre un gros, viji de colchique un gros).

fie ag, trois garde-robes produites par le yin de colchique;

NÉPHRITE ALBUMINÈDSE AIGUË. j65

quatre bocaux d'urine contenant chacun environ cinq onces d'urine.

Du i"" au 5 juin , l'usage du vin de colchique est porté à la dose d'un gros et demi ; dans les vingt-quatre heures, trois ou quatre 'garde-robes, et six émissions d'urine dont la totalité est de vingt-deux onces environ. Les urines sont à-peu-près transparentes au moment de l'émission. L'œdème des membres inférieurs persiste à un très faible degré ( Tisane de chiendent , vin de colchique 2in gros et demi) le quart de la portion d'àlimcns).

Le 6 juin, coliques et quatre garde-robes liquides; six émissions d'urine donnant huit bocaux de cinq onces chacun. L'appétit est meilleur; le malade, long-temps privé de sommeil, repose et dort bien. Les variations brusques de température et l'humidité de l'atmosphère , durant le mois de mai et de juin, ont obligé Triqueneaux à garder presque habituellement le lit ou à ne pas sortir de la salle. Il ne pouvait descendre au jardin de l'hôpital sans éprouver, quelques instans après, des frissons suivis d'une augmentation sensible de l'œdème des membres.

Le 8 juin , urines transparentes et très claires , ne contenant plus qu'une faible proportion d'albumine; elles sont acides et se troublent très légèrement par l'acide nitrique sans former de grumeaux ( Tisane de chiendent ; vin de colchique deux gros; la demi-portion d'alimens).

' .Le 10 juin, envies de vomir produites par le colchique ; xine seule garde-robe et dix émissions d'urine dans les vingt-quatre heures ; peau naturelle.

Le vin de colchique, continué à la dose de deux gros jusqu'au 1 5 juin, produit chaque jour quatre à cinq garde-robes, et le malade rend huit bocaux d'urine, contenant chacun six onces d'urine environ.

Le t6, douleur à la région du rein gauche (huit onces de sang extrait par des ventouses scarifiées appliquées sur le point douloureux). Le lendemain , disparition complète de la douleur; les jours suivans, le mieux se prononce de plus en plus , et le 27, le malade sort de l'hôpital, guéri de l'hydropisie. ïrai-

l66 NÉPHRITE ALBTJMINEUSE AIGUË.

tée par les réactifs, l'urine ne contenait plus que des traces d'albumine. Dixjours après, Triqueneaux vint me voir pour me remercier des soins que je lui avais donnés; sa santé s'était fortifiée; l'urine ne contenait plus d'albumine.

Obs. m. — Fatigues et exposition au froid et à l'iiumidité. — Képhrite albumineuse aiguë; anasarqac; hydropisie; urine albnminense. Saignée, bain. tiède, tisane de raifort. Guérison.

Claude Constant, journalier, robuste et bien développé, entra à l'hôpital de la Charité, le 19 mai i833. Habituellement bien portant, il raconte qu'il y a deux ans, il eut des coliques violentes qui disparurent spontanément. La région lombaire a toujours été indolore; il a ressenti parfois, à l'épaule gauche, des douleurs qui semblent rhumatismales. Dans le courant de mai, après plusieurs journées fatigantes, pendant lesquelles il restait debout, exposé au froid et à l'humidité , l'œdème apparut autour des malléoles , accompagné de brisement général et d'anorexie. Constant ne suspendit pas ses travaux; l'œdème gagna rapidement les jambes et les cuisses; la sécrétion ui-inaire diminua notablement, l'appélit devint presque nul et les forces diminuèrent. A son entrée à l'hôpital, l'œdème occupait, non-seulement les membres abdominaux, mais encore les parois abdominales et thoraciques. Les membres supérieurs, ainsi que la face, n'étaient que très légèrement œdématiés. L'état de la poitrine, à part un peu de râle muqueux à droite , ne présentait rien d'anomal, soit dans les poumons, soit du côté du cœur; le ventre était souple, indolore, et ne contenait point de liquide ; langue pâle et blanchâtre, inappétence; selles régu" lières ; pouls peu fréquent (80 pulsations), sans raideur; l'urine peu abondante, médiocrement colorée, trouble, d'une faible pesanteur spécifique, devient blanche, opaline, par l'acide nitrique ou par la chaleur {Saiynée; décoclion de racine de raifort sauvage, à la dose d'une dcnn-once par pinte). Le 3o mai, la saignée de la veille présente une couenne ferme et épaisse; le caillot est rétracté; urines moins colorées, plus abondantes, pouls un peu faible, donnant 78 pulsations par minute; langue blanchâtre, inappétence; deux garde-robes naturelles {décoction

NÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGOE. 167

de raifort ; lain simple; le huitième de la portion d'alimens). Le 1""^ juin, urines abondantes; diminution de l'œdème, dont il ne reste plus de trace à la face , ni aux membres thoraciques; l'appétit se développe; le malade se sent mieux. De là au 8 juin, jour de la sortie , la résolution de l'œdème s'est faite avec une grande rapidité, sous l'influence des bains et de la tisane de raifort, dont le malade a fait journellement usage. L'urine, dont la quantité était de cinq à six livres, dans lea vingt-quatre heures , a été plusieurs fois traitée par l'acide nitrique ; le trouble blancliâtre que l'acide y déterminait, est allé en diminuant et a fini par disparaître complètement. A la sortie du malade , l'œdème n'avait laissé aucune trace de son existence , et la sécrétion urinaire était revenue tout-à-fait à l'état normal.

Trois ans après, en 18 36, j'ai revu C. Constant; il n'avait point éprouvé de rechute, ni de maladie de quelque gravité.

Obs. IV. — • Impression du froid et de l'hnmiditc. Anasarque, urines fortement coagulables (néphrite albuminpuse aiguë). Bains de vapeur. Guérison .

Louise Garitte, âgée de 36 ans, d'une bonne constitution, d'une gaîté remarquable, habitant Paris depuis 17 ans, entra à la Charité pour se faire traiter d'un œdème qui, depuis treize jours, lui était survenu aux cuisses et aux jambes. Elle attribuait cet accident au froid qu'elle avait éprouvé , la nuit, dans Un logement mal fermé , situé sous les toits , et à son séjour dans un endroit bas et humide, oii son état de tisserand la forçait à passer la journée. Cette fille , pendant quatre ans 1 avant l'apparition de ses menstrues, fut sujette à des attaques d'épilepsie , dont elle n'a eu aucune atteinte depuis l'âge de 17 ans. Depuis lors, elle a toujours joui d'une très bonne santé. Le 5 septembre , lendemain de son entrée , elle est dans l'état suivant : décubitus facile sur tous les côtés ; respiration naturelle; la poitrine, percutée et auscultée, ne présente rien d'anomal ; langue naturelle; appétit bon; le ventre n'est douloureux dans aucun point, même à la pression. Les cuisses, les jambes, les bras et les avant-bras sentie siège d'un œdème

moins apparent dans ces dernières parties ; les urines, presque incolores, mais troubles, se coagulent fortement par la chaleur et précipitent en gros flocons par l'acide nitrique [Tis. de chiendent nitrèe; ij^ d'alimens et lain de vapeur). Le 6, l'œdème des membres supérieurs a diminué, et celui des membres inférieurs a augmenté; l'abdomen ne contient point de liquide; soif; ui-ines troubles, plus coagulables {Chiendent ; potion gommeuse avec deux grains d' opium j Lain de vapeur) . Les 7, 8 et 9, même état de l'œdème et des uriues. Le 10, plus d'œdème dans les membres supérieurs ; la malade n'éprouve de douleurs nulle part; même état des urines. Le 1 1, l'œdème semble diminuer dans les membres inférieurs ; urines plus claires, moiiis albumineuses. Le X2, diminution évidente de l'œdème des cuisses; urines claires, presque incolores, lactescentes par l'acide nitrique. Les i3, i4 et i5, diminution progressive de l'œdème ; même état des urines. Les 16 et 17, l'œdème des jambes a presque disparu; les urines, dont la quantité est naturelle, sont toujours très peu colorées. La malade se trouve très bien (i?a d^altmens depuis plusieurs jours). Le 18, il ne reste plus qu'un peu d'empâtement autour des malléoles ; même état des urines. Les 19 et 20, on ne voit plus aucune trace d'œdème; les urines se rapprochent de leur état naturel et ne forment plus qu'un léger nuage par l'addition de l'acide nitrique. Le 21, la malade est très bien; urines claires. Le 22, les urines perdent à peine de leur transparence , soit par l'acide nitrique , soit par la chaleur. Du 23 au 26, même état. Le 27, tout est rentré à l'état normal. La malade quitte l'hôpital en promettant de revenir si ses pieds enflent de nouveau. Trois mois s'écoulèrent sans qu'elle reparût ; depuis, le hasard nous l'a fait rencontrer plusieurs fois dans les rues de Paris, vendant des fruits et se portant à merveille.

Obs, V. Hydropisie avec uriue albiimineuse; symptômes de broncliite

et d'emphysème; guérison rapide par la saignée, les purgatifs et le raifort.

Cerisier, âgé de 69 ans, exerçant, depuis son enfance, la profession d'armurier, a toujours mené une vie très régulière, et s'est presque toujours trouvé dans des conditions hygiéniques

NÉPHRITE ALBUMTNEUSE AIGUË. 169

convenables. Né d'un père affecté d'emphysème et mort dans un accès d'asthme, à l'âge de 63 ans , il est sujot, depuis une vingtaine d'années, à de fréquens accès de dyspnée, survenant surtout pendant l'hiver, époque à laquelle il s'enrhume très facilement. Affeclé, depuis six semaines, d'un œdème considérable des extrémités inférieures , il a été obligé de suspendre son travail , et le 6 octobre i838 il est entré à l'hôpital de la Charité , dans l'état suivant :

Apparence d'une constitution robuste, affaiblie par l'âge et les fatigues d'une vie laborieuse. Embonpoint médiocre ; face exprimant une certaine gêne dans la respiration et la circulation; lèvres un peu bleuâtres, trait nasal fortement dessiné, orthopnée, voix brisée, poitrine très sonore, râle muqueux à la base des deux poumons, toux légère, suivie d'une expectoration muqueuse^ peu abondante ; cœur à l'état normal, pouls régulier (60 pulsations par minute) ; peau fraîche; appétit médiocre; langue blanche au centre et pâle au pourtour; constipation, point de douleur dans aucune des régions abdominales, pas même dans celles des reins; ascite peu considérable j l'œdème occupe non - seulement les extrémités inférieures , mais encore la face dorsale des mains. Les urines, dont l'émission a lieu sept à huit fois par jour, sont claires , citrines, acides, légèrement albumineuses, et pèsent 1017.

La foie paraît sain. Le malade porte, depuis dix ans, deux hernies inguinales volumineuses qui rentrent très facilement et n'ont jamais élé étranglées. On pratique une saignée le i" jour, et l'on commence l'administration des purgatifs et des diurétiques.

Le 8 {line bouteille d^eaii deSedlitz; tisane de raifort; le 1/8 à'alimens). Six selles. Le malade est moins oppressé.

Le 9, une livre d'émulsion nitrée, et une pinte de tisane de raifort {Six grains de scammonée, et six grains de résine de jalup). Cinq selles.

Le 10, même état, même traitement: continuation des évacuations alvines. Urines toujours albumineuses , mais abondantes.

Le 1 1, deux selles liquides, l'œdème des extrémités a presque

l^O NiéPHRITE ALBTJMINEUSE AIGUË.

entièrement disparu, on ne peut plus constater la présence de sérosité dans le ventre. Il n'y a plus de râle aux poumons ; la respiration est facile et la toux déplus en plus rare {tisane de raifort; èimilsion; i/4 d'alimens). Le 12, le malade se lève. Le i3, la chaleur trouble à peine les urines ; il n'y a plus d'iiydropisie ; le malade n'urine que deux fois par jour. Il n'a qu'une ou deux selles dans les vingt-quatre heures.

Cet homme reste encore quelques jours à l'hôpital, se nourrissant bien, restant levé pendant presque toute la journée. La guérison se confirmant, il va reprendre ses travaux.

Obs. VI. — Impression du froid et de Diunîidité, et abns des Loissous spiritueuses. ÂDasarque,ct urine fortement coagulable; douleurs rénales ( néphrite albumineuse ). Eains de vapeurs , fumigations aromatiques ; sangsues ; acétate de potasse, Guérison.

Simon Mitotoschi, Polonais, âgé de 45 ans, d'une forte constitution , entra à l'hôpital de la Charité , pour y être traité d'une enflvirc des jambes et du ventre , dont il était attteint depuis deux mois. Examiné le lendemain de son entrée, le 19 janvier i832, voici ce qu'il présente : langue naturelle, respiration un peu gênée. La poitrine résonne bien partout à la percussion, excepté à la partie postérieure et inférieure du poumon droit , où l'on entend un léger râle crépitant, joint à du ronchus ; toux peu fréquente, sans expectoration. Les battemens du cœur sont réguliers; le pouls donne 72 pulsations ; l'abdomen , volumineux, n'est douloureux dans aucun point, même à une forte pression ; mais, à l'aide delà percussion, on y reconnaît l'existence d'un liquide, dont le niveau occupe le milieu de l'espace compris entre l'ombilic et le pubis. Les cuisses et les jambes sont œdématiées , la face légèrement bouffie. La quantité de l'urine est naturelle ; elle est trouble, jaune-verdâtre, précipite abondamment par l'acide nitrique, et se coagule fortement par la chaleur. Cet homme, adonné aux boissons alcooliques, altri- Lue son enflure au froid et à l'humidité aiixquels l'expose son état de chari'etier-boueur. Dans le courant de l'été, il a éprouvé plusieurs fois des douleurs dans la région des reins ; mais ce n'est que depuis un mois que l'œdèrac a commencé par le scro-

NIÉPHRITE ALBUMINEUSE Al GUE. 171

tum et a gagné successivement les cuisses, les jambes et le ventre {lis. chiendent mirée j pot. gomm.; 12^ cfal{mens).he2o même état {même prescription; pins mi 1min de vapeur). Les 21 et 22,1e malade, examiné à la sortie du bain de vapeur, se plaint de céphalalgie ; le pouls est plein , sans être accéléré ; même état des urines. Le 20 , face moins bouffie ; jambes diminuées de volume ; même état de la poitrine. Le 24, l'œdème a gagné la région des lombes; les urines sont plus troubles et ressemblent assez à du petit lait non clarifié. Le 26, l'œdème des lombes fait des progrès; l'urine est toujours fortement coagulable.Le 27, céphalalgie légère; urines moins troubles. Le 28, persistance de la céphalalgie, l'enflure s'étend le long du dos. Les 29 et 00, il n'y a-plus de céphalalgie, l'œdème des jambes a beaucoup diminué; urines plus'abondantes, moins troubles et moins albumineuses. Le i**^ février, face moins bouffie ; cuisses moins volumineuses; les urines, traitées par l'acide nitrique et la chaleur, contiennent évidemment moins d'albumine. Du 2 au 6, l'œdème a diminué sensiblement à la partie postérieure du tronc; le malade nous dit que, depuis plusieurs jours, il éprouve, après le bain de vapeur, une sueur très abondante aux cuisses et aux jambes. Le 7, le ventre est souple; la percussion n'y décèle plus la présence que d'une petite quantité de liquide , les ui'ines sont de moins en moins albumineuses. Le 8, urines moins abondantes, plus colorées en jaune; œdème du dos moindre , mais celui des jambes plus considérable. Les 9 et îo, œdème stalionnaire ; urines plus albumineuses. Le 11, lombes et jambes moins œdématiées; une sueur plus abondante qu'à l'ordinaire s'est manifestée pendant la nuit dans les membres inférieurs; même état des urines. Le 12, douleurs dans les reins, même état de l'œdème. Du i3 ail i5, disparition des douleurs ; les urines sont plus troubles sans être plus albumineuses. Les 17 et 18, le bain de vapeur n'ayant plus d'action sur l'œdème, on le suspend et on prescrit i5 sangsues sur chaque i^égion des reins. Après la chute des sangsues, à l'aide de ventouses, on a retiré 4 onces de sang qui, traitées par le procédé de M. Christison, ont donné une matière grenue, d'une odeur urineuse. Le 20, urines peu colorées, beaucoup moins troubles, rauis autant al-

172 NÉPHRITE ALEUMINEUSE AIGtJE.

buinineuses. Le 21, nul changement dans l'œdème, ni dans les urines {tis. de chiendent nitrée; lain de vapeur; i?4 d'a/imens). Du 22 au a5, même état en tout. Le 2C, l'urine plus trouble, plus coagulable, est moins abondante. Ce jour-là et les suivans, on continue le bain de vapeur. Le 27, depuis la veille, céphalalgie assez forte; langue blanche; nausées; pouls plein; l'œdème des jambes a disparu, mais tout le tronc en général est plus œdématié; urines brunes, troubles, précipitant en gros flocons par l'acide nitrique. Le i28, la veille, le malade a eu des frissons et à minuit un accès de fièvre, accompagné d'une toux fréquente ; urines moins colorées et moins albumineuses. Le 39, pas de frissons, pas de nausées; les urines, revenues à leur couleur ordinaire, ne donnent plus qu'un nuage blanc assez épais, par l'acide nitrique. Le i""' mars, il n'y a plus d'œdème à la partie antérieure du tronc j il est moindre aussi à la partie postérieure. L'acide niti'ique blanchit à peine les urines qui sont presque incolores. Le 2, toutes les parties affectées d'œdème en présentent à peine quelques traces aujourd'hui; l'existence d'un liquide dans l'abdomen ne peut plus être constatée ; les urines, à peine troubles, contiennent encore une petite quantité d'albumine ; tout fait espérer la guérison prochaine du malade. Le 3, en sortant du bain de vapeur, le malade a été pris d'un violent mal de tète , l'œdème a reparu aux jambes et surtout à la cuisse gauche; les urines moins abondantes, plus colorées, sont plus coagulables. Du 4 au 7, aucun changement notable dans l'état du malade. Le 8 , les lombes sont de nouveau envahies par l'œdème ; les urines, plus troubles, sont évidemment plus albumineuses. Les 9 et 10, urine jaune-paille , précipitant en filamens par l'acide nitrique. Du II au i5j même état de l'œdème et des urines [ftimigation de genièvre^. Le 16, depuis la veille les jambes ont encore augmenté de volume , et ce matin l'œdème a encore fait des progrès ; les cuisses et le dos sont très œdématiés ; la face est aussi vin peu bouffie; urines rares , jaunes verdâtres. Le 17, même état de l'œdème , sueurs abondantes après la fumigation de genièvre. Les 18 et 19, diminution de l'œdème des jambes, sueur abondante sur toute la surface du corps. Du 20 au 23,

NÉPHRITE ALBUMINEDSE AIGUË. 1 78

même état de l'œdème et des urines. Le a4, augmentation de l'œdème des cuisses et des jambes, la peau de ces parties est lisse, luisante; face toujours bouffie, urines jaunes, claires, moins albumineuses {Tis. de chiendent avec acétate dépotasse, demi-gros). Le «5, même état. Le 26, urines plus abondantes , presque limpides, moins coagulables; diminution de l'œdème dans les membres inférieurs. Le iy, la face n'est plus bouffie ; l'œdème en général diminue d'une manière marquée. Du 28 mars au 6 avril, jour de la sortie du malade, l'œdème sous l'influence du même traitement a disparu complètement, en même temps que les urines sont revenues à-peu-près à leur état normal.

Obs. VII. — Anasarquc légère; urine légèrement albnmineuse et neutre; point de fièvre; symptômes gastriques (ncpbrite albumineuse aiguë et apyrétique). Ipécacuauha, tisane de raisin d'ours. Guérison.

Filial ■ (Anne) , âgée de 55 ans, marchande des quatre-saisons , n'a jamais eu de maladie ; quatre couches heureuses. Depuis plus de deux ans, cette femme habite une chambre au sixième étage ; il est à croire qu'elle n'a jamais fait d'excès de liqueurs alcooliques; au moins, quelque précaution que l'on prenne pour ne pas la blesser, en la questionnant sur ce point , elle répond toujouis négativement et avec humeur, Il y a douze jours que, sans cause connue, et avant tout autre symptôme de maladie, elle s'aperçut qu'elle avait la figure enflée , que ses paupières étaient gênées dans leurs mouvemens ; bientôt après elle fut prise d'un tnalaise général. L'action de monter un escalier la brisant de fatigue , elle regarda ses jambes ; elle vit qu'elles s'étaient gonflées; alors elle serait au lit; aucun autre accident ne s'est manifesté, aucun vomissement, aucune douleur dans les reins. Au bout de neuf jours passés dans le même état, elle entra à la Charité, le 9 novembre i836.

Le 10 novembre, légère bo\iffisure de la face; paupières tuméfiées; œdème peu considérable des mains, des pieds et de la moitié inférieure des jambes.

l'oint de douleur dans les régions des reins ou delà vessie. L'excrétiou de l'urine se fait sans douleur et sans trop de fx'é-

quence ; l'urine est neutre , pâle, limpide, sans dépôt, d'une faible pesanteur spécifique (1006); l'acide nitrique y produit un trouble très marqué , mais l'albumine ne s'y trouve pas en assez grande quantité pour former des flocons. La cbaleur donne le même résultat. Point d'appétit ; peu de soif; point de nausées ni de vomissemens , mais la région épigastrique est si douloureuse que la malade est forcée de se tenir courbée en avant, pour éviter ce qu'elle appelle des tiraillemeus d'estomac insupporlables.il n'y a ni diarrhée, ni constipation, ni accidens du côté du foie; point de fièvre ; respiration naturelle {Ipècacuanha yr. a4; tisane de rais 171 d'ours). Le 11, le vomitif a produit trois ou quatre évacuations par la bouche et deux ou trois selles. La douleur épigastrique a entièrement disparu ; l'enflure a diminué [Tisane de raisin d'ours, i/4 d'alimens). Le 12, l'œdème esta peine apparent. Les jours suivaus, il diminue graduellement; bientôt il n'existe plus; la malade se trouve parfaitement bien. Le 17, il n'y a plus d'œdème , l'urine est pâle, sans dépôt, limpide, neutre aux papiers réactifs; l'acide nitrique n'y produit pas le plus léger nuage , mais la chaleur trouble un peu sa transparence, au point de lui donner l'aspect de l'eau de Seine, pendant le temps des longues pluies. Ce trouble disparaît par l'addition de l'acide nitrique.

§ 554. Deuxième série. — La néphrite albumineuse aiguë se termine le plus souvent par guérison, ou elle passe à l'élat chronique. On n'a eu que bien rarement, et presque toujouis par le fait d'une complication qui a causé ou décidé la mort , l'occasion de constater les lésions rénales, dans l'hydropisie aiguë, avec urine albumineuse. On doit à M. Briglit la première observation complète de ce genre. Le malade , atteint d'une anasarque aiguë, avec urine albumineuse, mourut d'une angine œdémateuse de la glotte. Un de mes élèves, M. Tissot a publié un cas non moins remarquable d'anasarque aiguë, avec urine alJjumineuse, dans lequel lamorlfut déterminée par une pneumonie. Les reins, d'un Tolume et d'un poids énorme , offraient un piqueté rouge et déjà des granulations. Je rapporterai aussi le cas d'un jeune homme, âgé de 16 ans, atteint d'anasarque aiguë avec urine coagulable , et qui mourut presque tout-à-eoup

NÉPHRITE ALBUMÏNEUSE AIGUË. î']5

à la suite de convulsions et dans un état comateux; les reins, rouges et piquetés , avaient le double de leur poids naturel,

Obs.VIII. — Habitation dans une chambre très humide; anasarque aiguë avec urine coagulable, saignée , bains de vapeurs ; invasion brusque de symptômes cérébraux; mort; néphrite albumineusc au i" degré (reins très volumineux et très injectés).

■ Dans les premiers jours d'avril i833 , je fus appelé pour donner des soins à un jeune homme, âgé de i6 ans, d'une bonne constitution , et qui était atteint d'une anasarque. Ce jeune homme ét^iit menuisier et habitait un rez-de-chaussée très humide. Les jambes, les cuisses, la partie inférieure du ti'onc, la face étaient œdémateux. L'urine, rare, rouge, acide , sanguinolente , contenait une proportion considérable d'albumine, et sa pesanteur spécifique était de 1026. Le malade ne se plaignait point de douleurs aux reins; mais la pression provoquait une sensation douloureuse lorsqu'on com* primait les lombes avec les doigts. Quoique la quantité de l'urine fiit beaucoup moindre que dans l'état sain , le nombre d'émissions, en vingt-quatre heures, était à-peu-près égal à celui qui a lieu dans l'état de santé. En percutant alternativement le flanc droit et le flanc gauche , lorsque le malade était couché sur l'un ou l'autre côté, ou sur le dos, ou en le faisant mettre surson séant, je ne pus constater la présence d'un liquide dans la cavité du péritoine. En percutant et auscultant avec soin la poitrine, je ne découvris aucun signe d'épanchement dans la cavité des plèvres. Dans plusieurs points , le bruit respiratoire était accompagné d'un sifflement assez marqué. La soif et l'appétit étaient peu prononcés. Le malade avait eu peu de diai-rhée : la peau était cliaude, sans sueur ; le pouls était fréquent et assez développé. On pratiqua une saignée. Le sang était couenneux. Le malade fut mis à un régime doux et lacté.

L'hydropisie n'existait que depuis environ quinze jours. Je ne pouvais accuser d'autres causes de son dévèloppement que l'humidité de l'appartement qu'occupait ce jeuùe homme. A la suite de la saignée , on remarqua une légère diminution de l'hydropisie 5 mais ce mieux resta slationnaire pendant cinq à

J'jG NÉPHRITE ALBUMINEDSE AIGUË.

six jours. Je crus alors que c'était le cas de recourir à l'action des bains de vapeur aqueuse. Le malade en prit sept ou huit, sans qu'il survînt de changement appréciable dans son état. L'hydropisie était stationnaire ; les urines continuaient d'être rares , sanguinolentes et fortement albumineuses ; mais rien ne faisait présager une mort prochaine, lorsque ce malade fut pris tout-à-coup, et, je dois le dire à mou grand étonneraent, de convulsions peu de temps après l'administration d'un bain de vapeur. On m'assura que le bain n'avait été donné ni trop chaud, ni prolongé ; que sa durée avait été de vingt minutes environ , et que , pendant son administration , ce jeune homme ne s'était pas plaint d'éprouver plus de malaise que dans les bains précédons. Aux convulsions sùccéda un état comateux , dont le malade ne put être arraché , malgré l'emploi des sangsues derrière les oreilles , des applications froides sur la tête , du calomel à haute dose , des lavemens purgatifs et des vésicatoires aux jambes. Quinze ou seize heures après l'invasion des symptômes cérébraux , ce maUieui^eux jeune homme avait succombé. Je fis l'autopsie du corps avec d'autant plus de soin que c'était la première fois que je voyais une semblable hydropisiese terminer d'une manière aussi brusquement fatale.

Le cerveau était un peu humide , et la pie-mère n'était pas sensiblement infiltrée de sérosité j les ventricules cérébraux contenaient à peine deux cuillerées à bouche de sérosité limpide; les sinus n'offraient rien de particulier.

La moelle épinière et ses enveloppes étaient à l'état sain.

Le larynx , la trachée et les poumons n'offraient point d'altération notable. La membrane muqueuse des bronches seulement était un peu injectée. Il y avait environ un demi-verre de sérosité sanguinolente dans chacune des plèvres, à la surface desquelles on ne remarquait ni injection morbide , ni pseudomembrane. Le cœur et le péricarde élaient sains ; le péritoine contenait un verre de sérosité ; l'estomac , l'intestin , le foie, la rate et la vessie élaient sains ; mais les reins offraient un état pathologique fort remarquable. L'un d'eux, celui ducôté droit, pesait sept onces et demie; celui du côté gauche environ huit onces, le double environ du poids des reins à cet âge. Tous

NlbnniTE A.LBUMINEUSE AIGTJE. T77

deux étaient d'un rouge animé ; leur surface offrait , en outre , un grand nombre de petits points d'un rouge plus foncé (Pl. vi, fig. i). A la coupe, il était facile de voir que l'augmentation du volume des reins était due à un gonflement des plus remarquables de la substance corticale : elle était plus rouge que dans l'état sain, et parsemée d'un grand nombre de petits points d'un rouge plus foncé ; la substance tubuleuse était dense et d'un rouge brun uniforme.

Le bassinet était légèrement arborisé. Les vaissea,ux qui rampent à l'extérieur des reins étaient très injectés.

Obs. IX. — Exposition au froid et à l'iiumidité ; anasarque ; urine albumineuse; œdème de la glotte; mort un mois après l'invasion de la maladie; reins volumineux et gorgés de sang {Reports of médical cases, by Richard Bright, 1827, iu-4, p. 23 et suiv. Obs. xiv).

«Léonard Evans, du comté de Galles, d'une constitution extrêmement robuste , dit qu'il y a dix à douze ans , il était l'homme le plus fort parmi quatorze cents qui étaient employés aux chantiers de marine (Dockyard) de De;plford: il a joui d'une très bonne santé dans les deux dernières années, à l'exception d'une maladie syphilitique, dont il fut complètement guéri. Ses occupations (il était garçon corroyeur) dans ces derniei's temps l'ont soumis à de grandes alternatives de chaud et de froid^ et il a été souvent exposé au froid pendant qu'il suait abondamment. Ses habitudes ont été, pendant toute sa vie, très sobres et très régulières. Quatre jours avant de tomber malade (environ dix jours avant d'entrer à l'hôpital de Guy), il avait été employé à laver des peaux : ses pieds avaient été très humides. Il s'aperçut d'un gonQeraent vers six heures du même soir, et il continua à enfler jusqu'au moment oii il fut l'eçu dans l'hôpital et placé sous mes soins le i5 novembre. A celte époque, il était atteint d'une anasarque considérable. Urine rare. Il avait pris très peu de remèdes {Extrait d' èlatèrium, un demi-grain toutes les six heures].

Le 18 , le gonflement semble à.'im\n\x.er {Extrait d'élatèrium, un grain deux fois jiar jour).

Le 19 , les pilules l'ont purgé très souvent, lui causant beaun. 12

178 Hlét»HRÏTE ALBUMINEUSE AIGUË.

coup de douleur avant d'agir, et beaucoup d'envies de vomir. Pouls plein, 80. L'urine semble accrue. Aujourd'hui il observe, pour la première fois , une teinte d'un brun foncé dans l'urine, teinte qui est maintenant très sensible, attendu que ce liquide est mélangé de particules rouges. L'urine coagule par la chaleur {Extrait d'èlatérium tous les matins ).

Lé 30 , trois pintes et demie d'urine dans douze heures , ce qui est une quantité presque sextuple de ce qu'il rendait auparavant : elle est légèrement coagulable , trouble, avec des particules rouges. Le malade se sent très soulagé ; une selle aqueuse très ahondanle{ A prendre: infusion de sparlium scoparium , deux livres chaque jour ; poudre dcjalap et de surtartrate de potasse d'un matin à l'autre).

Le 21 ,1e gonflement a beaucoup diminué. Six pintes et demie d'urine en seize heures, d'une couleur d'eau-de-vie foncée: elle né coagule pas {Mêmes mèdicamcns).

Le 24 > pintes d'urine depuis huit heures hier au soir jusqu'à huit heures ce matin, d'une coloration moins foncée, coagulant à peine.

Le 37, l'urine contient encore quelques pai-ticuks rouges: elle est abondante ; mais elle ne coagule pas. Le gonflement diminue journellement ( Extrait de ciguë, cinq grains trois fois par jour. Mêmes mèdicamcns du reste).

Le 1*"" décembre, le malade se plaint d'une' douleur sous la mâchoire; mais le gonflement œdémateux a presque disparu, excepté un peu sur le dos du pied. Quatre pintes d'urine : bIIb est coagulable; elle contient beaucoup de sang, càt" tUe est tout-à-fait rOUge. Trois selles hier par l'effet de la poudre. Pouls 84 , d'une bonne force (Saignée de dix onces j infusion et poudre ordinaires).

Le 2,1e sang n'est pas couenneux: iî présente uu caillot tùn- .sidérable et solide , tout-à-fait élastique , comme de la gelée , et d'un rouge vif Quatre pintes environ d'urîue très rouge , avec une grande quantité de mucosité filante, déposée au fond. OEdème très diminué. La poudre n'a pas encore produit d'évacuation alvine {Saignée de dix onces ; antimoine tartarisc , demi-grain; opium purifié, deux grains,- thériaqiieq. i. Faites

Nl^PHRITE ALBDMOEUSE AIGUK. I79

deux pilules , en prendre deux par jour. Cessex l'infusion du sparlium; que le malade prenne une potion de séné, suivant que besoin sera).

Le 3 , le sang a une couenne mince ; douleur à la gorge. Le malade dit que l'urine qu'il a rendue est de la même couleur que la veille. Il se promène etpai'aît^ en somme , être beaucoup mievix [Liniment ammoniacal potir frictionner le cou. Mêmes mèdicamens du reste).

Le 4 , l'urine est décidément moins rouge , mais moins abondante: environ deux pintes. La matière muqueuse qui se dépose au fond a diminué : elle coagule beaucoup moins. La gorge est soulagée ; la face est un peu pâle; la langue est humide et nette; le pouls modéré.

Le 5 , pendant toute la soirée de la veille , le malade parut bien : il se promenait dans la salle ; il semblait à son aise ; il dormit paisiblement; mais, ce matin , à sept heures, il se plaignit d'une grande difficulté à avaler et à respirer, et de constriction dansla gorge et la poitrine. On pratiqua une saignée de 14 onces ; seize sangsues furent appliquées au cou ; un émétique fut administré ; mais tout cela fut inutile, et le malade expira à environ onze heures. Le sang était très couenneux. J'appris que l'urine rendue depuis que je l'ayais vu avait une apparence un peu meilleure.

J'étais assuré que c'était là un cas oii , ni la circulation générale par l'intermédiaire d'une maladie du cœur, ni la séci'étion biliaire par l'intermédiaire d'une maladie du foie, n'avaient eu une influence directe sur la production de l'anasarque , et je ne doutais pas que le rein ne fût le siège immédiat du dérangement. Je desirais donc obtenir l'examen du Corps , pour voir si cet organe avait subi quelqvie changement visible à l'œil. Cela me fut enfin accordé, à la dernière résidence du malade , environ soixante heures après la mort.

Ajttopsie. Aucune trace de sérosité dans la membrane cel^ luleuscdes légumens; les muscles sont d'une force extraordinaire ; raideur de* membres. Les poumons sont un peu gorgés de sang , du reste parfaitement sains. Le cœur et le péricarde sont à l'état normal. Environ quatre onces de liquide dansla

l8o NKPHRITE ALBUMINEDSE AIGUË.

cavité de la poitrine des deux côtés. Dans la cavité droite, celte sérosité est d'une couleur rouge. En avant le poumon adhère aux parois par d'anciennes adhérences. Beaucoup de sang occupait la partie postérieure de cet organe, par congestion cadavérique.

Le foie était un peu gorgé de sang, mais parfaitement sain dans sa structure. La rate était si molle , que , quand la tunique en fut déchirée, la substance de ce viscère s'écoula semblable à une matière couleur de chocolat. L'estomac et les intestins étaient sains. Point de sérosité dans le péritoine. La vessie contenait environ trois quarts de pinte d'une urine claire et jaune , qui n'était pas coagulable, ou qui, du moins, ne donnait que le plus léger coagulum floconneux ; mais quelques mucosités s'étaient déposées au fond. Les reins présentaient une apparence très curieuse. On en détachait facilement la membrane enveloppante : ils étaient gros , moins fermes qu'ils ne sont ordinairement, de la couleur chocolat la plus foncée, parsemée de quelques points blancs , et d'un grand nombre de points presque noirs , et cela avec une légère teinte de rouge par places, ce qui lui donnait l'apparence d'un porphyre à fins grains. Une section longitudinale montra que cette structure et que ces couleurs pénétraient toute la substance corticale ; mais l'apparence striée, naturelle, n'était pas perdue , et la partie externe de chaque masse de tubtili était particulièrement foncée; tous les mamelons étaient aussi d'une couleur foncée. Coupé et abandonné pendant quelque temps, le rein laissait sourdre une très grande quantité de sang , ce qui montrait une accumulation extraordinaire de liquide dans l'organe, et c'était de cette cause que semblaient provenir l'apparence et la coloration particulières qu'il présentait. Les taches très foncées étaient le résultat, soit de l'extravasation du sang, soit de l'extrême engorgement des vaisseaux par ce liquide. J'eus l'occasion de me procurer un dessin très exact du rein (Planche v). Nous examinâmes ensuite l'épiglotte , et nous la trouvâmes épaissie par un épanchement œdémateux sous la membrane qui revêt sa face supérieure. Elle était pliée comme un auvent à angle aigu ; \^ f{icç inférieure était épaissie aussi , et présen-

NÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË. j8i

tait une apparence douteuse d'ulcération. L'épiglotte ayant été coupée, une quantité considérable d'un liquide séreux en fut aisémeut exprimée. En somme , l'ouverture de la glotte était très resserrée, et l'épiglotte avait complètement perdu le pouvoir d'accomplir ses fonctions valvulaires.

Il ne pouvait rester aucun doute sur la nature de l'attaqiie qui avait emporté si rapidement le malade. L'inflammation de l'épiglotte avait été suivie de l'œdème de cette partie, œdème qui avait produit la suffocation.

Dans ce cas , nous avons la preuve la moins équivoque de la connexion de l'affection du rein avec une anasarque soudaine et étendue. Du moment que j'eus vu le malade , il ne me resta aucun doute à ce sujet. L'urine coagulable et non-seulement coagulable, mais encore contenant des particules rouges du sang en grande abondance, me conduisit, dès l'abord, à me former cette opinion sur le siège du mal. De plus, l'autopsie ne montra aucune cause suffisante de l'hydropisie ; et si , durant la vie, on ne put soupçonner aucune affection soit du foie, soit des intestins, soit du cœur, soit des poumons, l'examen du corps montra qu'en effet tons ces organes étaient dans un état d'intégrité parfaite. Je comprends qu'on peut se demander jusqu'à quel point l'emploi des diurétiques pendant une pareille tendance morbide, a coopéré à la production de l'apparence particulière des symptômes; mais il faut se souvenir que le symptôme particulier, l'hématurie, qui paraît si immédiatement lié avec cet état pathologique , a été observé plus ou moins sous tous les modes de traitement, et même avant qu'aucun traitement n'eiàt été adopté, dans l'anasarque subite. Par conséquent, nous ne pouvons pas, en conscience, attribuer l'apparence morbide du rein aux remèdes; ou , en tout cas, nous devons admettre qu'il existait , dès avant le début des symptômes , une certaine altération déjà portée à un haut degré. Mais cette altération allait-elle jusqu'au point oh nous l'avons trouvée après la mort? c'est ce que nous ne pouvons pas déterminer. Le symptôme de l'hématurie était certainement sur son déclin, quand survint l'accident qui amena une terminaison latale. C'était mou intention dans ce cas , ainsi que dans le cas

l82 NÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË.

de Fish, de recourir à des saignées locales, par l'application de ventouses aux lombes, aussitôt que l'excès de la réaction générale aurait été suffisamment réduit. Et il est très possible que , si l'aflection soudaine de Tépiglotte n'était pas survenue, la maladie aurait cédé, pour un temps du moins, puisque le symptôme de l'anasarque avait déjà complètement disparu sous l'influence du traitement adopté. »

Ods. X. — Impression du froid et de l'humidité ; œdème ; douleurs rénales; urine très albuminense et sanguinoleutc; signes d'une pneumonie au c6té droit. Mort après environ deux mois de maladie. Hépatisation grise du loLe supérieur et hépatisation ronge des lobes moyen et inférieur; reins énormément gonflés et pesans, rouges, offrant un piqueté pétéchial, et déjà granulés (Tissot. De Vhydmpiùe causée par Vajfection granuleuse des reins , Paris. i833. p. lo).

Gaiffe (Antoine -Alexis), charpentier, âgé de 36 ans, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, s'était fort mal nourri pendant quatorze mois , privé qu'il était de ressources, lorsque , au mois de novembre i83i, il fut employé à la machine de Marly. Là, au bout de quelqiies jours d'un travail qui l'obligeait de se tenir dans l'eau ou de se mouiller continuellement, il s'aperçoit que ses jambes sont enflées ; c'est le 24 novembre. Le lendemain, respiration gênée, toux assez forte sans expectoration, violent mal de tête. Une saignée, pratiquée le jour même, dissipe ces accidens, qui reparaissent après quelques heures , et exigent une nouvelle émission sanguine dont le malade se trouve bien ; mais l'épanchement séreux des extrémités s'étend davantage , les urines sont plus rares , ti'ès colorées. GaifFe entre à la Charité le 3 décembre i83i, avec un œdème qui occupe la face, les avant-bras, les parois de l'abdomen, les cuisses et les jambes ; respiration plus gênée ; ces symptômes s'accroissent malgré les boissons et les frictions diurétiques ; la céphalalgie reparaît et nécessite, à peu de jours de distance, des sangsues au fondement et derrière les apophyses mastoïdes. Ce n'est que le i3 décembre, dix jours après son entrée, que nous pouvons examiner ce malade confié aux soins de M. Lerminier ; il est dans l'état suivant : violente céphalalgie qui empêche le malade de dormir ; langue sale ,

NEPHRITE ALBUMINEITSE AIGUË. l83

sèche; soif vive depuis trois jours ; selles naturelles; la poitrine, percutée et auscultée, ne présente rien d'anomal à sa partie antérieure ; la respiration s'entend moins bien en arrière, à cause l'épaisseur des tégumens œdématiés; battemens du cœur forts, mais réguliei-s ; pouls plein, vif; le ventre est douloureux par la pression , surtout sur les côtés ; le malade dit avoir éprouvé et éprouve encore des douleurs sourdes, parfois vives, dans la région des reins; les urines sont z'ares, rougeâtres, ressemblent à de la lavure de chair; elles précipitent abondamment par l'acide nitrique et se coagulent fortement parla chaleur. Par l'acide nitrique , l'albumine se précipite en fila-? mens {chiendent, frictions avec la scille et la digitale, une fumigation de gejiièvre , ioiiillon, soupe). Le i4 , soif très vive, langue sèche , urines plus foncées en couleur, d'ailleurs même état {même prescri2)tion). Le ï5 , douletir vive dans la région des reins, soif toujours vive, scrotum distendu par une assez grande quantité de liquide , cuisses moins volumineuses , même état(fnê»ie prescription). Le i6,le malade se trouve mieux ; sueur abondante pendant la nuit [même prescription , même régime, de plus une tasse de vin blanc). Le 17, sueur nocturne , avant-bras moins œdématiés , même état des urines [même prescription , avec addition d'une potion , avec acétate (jt ammoniaque 3 Ss.). Le 18 même état (»ie»ie prescription). Le 20 , soif moins vive , langue humide , toux fréquente , expectoration difficile, pouls 80, membres inférieurs plus œdématiés, urines un peu plus abondantes , moins colorées, aussi albumineuses [même prescription, plus une houtcille d'caii de Vichy], Le -21, même état en tout (même prescription). Lp aa, décubilus horizontal, respiration gênée, toux fréquente, ventre plus volumineux , urines rares, jaunâtres et troubles. [Bourrache miellée , frictions scillitiques , fiimigalions de genièvre, bouillon, soupe). Le 23, même état [même prescription). Le 24 et 25, toux moins fréquente, selles naturelles, jie ventre augmente encore de volume, même état des urines [même prescri2)Uon). Le 26 , le malade est abattu , pouls g4 , deux selles liquides pendant la nuit, urines plus colorées [même prescription). Le 27, selles naturelles, soif peu vive ; oedème stalionr-

l84 NKPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË.

naire , urines moins colorées que la veille , le scrotum , Irès volumineux, s'est gercé assez profondément , et a donné issue à une assez grande quantité de sérosité, pouls plein, dur, 80, (Petit hoîix nitré , frictions scilliliques , eau dcVïchy). Le 28 et 29, aucun changement; malgré l'anasarque considérable , le malade se remue très facilement dans son lit ; la fissure du scrotum laisse écouler beaucoup de sérosité ; urines toujours rares, troubles, mais moins albumineuses ; l'albumine ne se précipite plus en filamens {même prescription , potion avec digitale a grains, bouillon, «oî/pe). Le scrotum diminue de volume, même état d'ailleurs {même prescription). Le 3r, œdème du bras et de l'avant-bras plus considérable {même prescription). Le i"^ janvier, céphalalgie légère, face bouffie, urines toujours rares. Les 2, 3 et 4, aucun changement. Le 5, toux, respiration un peu gênée, langue blanche , humide ; même état de l'œdème {même ■prescription, plus, vinchalyhè, 4 onces). Le 6, céphalalgie intense, pouls plein, fort, 80, urines rares, rongea très, albumineuses. La veille, à dix heures du matin, le malade éprouva des élouffemens , des palpitations , des étourdissemensjusqu'à quatre heures du soir; le cœur, examiné de nouveau, présente des impulsions un peu fortes ; pas de devoiement j urines rougeâlres , très coagulables ( même prescription). Le 7, persistance de la céphalalgie; le malade ne peut supporter la lumière ; soif un peu vive, même état de l'œdème et des urines {même prescripiiofi). Le 8, céphalalgie moindre, vue moins sensible; en vingt-quatre heures, dix onces d'urine trouble , très colorée en rouge et très coagulable {même prescription , compresse d'eau vinaigrée sur la tête). Le 9, 10 et II, mieux général; une sueur abondante a eu lieu pendant la nuit, soif moindre, ventre plus souple, six onces d'urine eu vingt-quatre heures {tisane de petit hottx avec oxymcl scillitique, frictions scillitiqucs , fumigations de genièvre, potion avec eau de tilleul 4 onces, esprit de nitre diilr cifiè I gros, laudanum de Sydenham. un demi-gros , sirop des 5 racines i once, 1/8 d'alimcns). Le 12, les exUémités, en général, sont moins œdémaliées , l'urine plus abondante, moins rouge (une livre et demie en vingt-quatre heures) (»jewe

ITÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË. l85

prescrïptto?i). \jQ lo, sueur abondante; le malade se trouve h'ien {même prescription). Le i4 , urines moins abondantes (i2 onces en vingt-quatre heures) , plus albumineuses ; précipitant comme le sérum du sang étendu de quatre fois son poids d'eau («leme prescription). Le i5, abattement; langue sèche, jaunâtre ; douleurs dans la tête ; les urines, très rares, n'ont pu être gardées ; à quatre heures du matin , le malade a eu des frissons, de la fièvre et des élourdissemens (même prescription). Le i6, rêvasseries, délire pendant la nuit, céphalalgie intense; pupilles légèrement contractées ; sueur moins abondante ; œdèmatie générale ; pouls plein, accéléré, 96 {tis. de chiendent îiitrée, frictions scilliiiqiies , deux bouillons). Le 17, agitation , !oux fréquente ; expectoration rouillée , visqueuse ; respiration gênée, courte ; râle crépitant, assez marqué au sommet du poumon droit; langue sèche ; soif vive; urines très rares (tis. de chiendent nitrèc, potion gommée; diète). Le iS , délire continuel pendant la nuit; râle crépitant, plus marqué et plus étendu ; dévoiement ; les urines n'ont pu être examinées ; aucun changement dans l'œdème [eaji de gomme et potion gommée , looch avec kermès , 4 grains). Le 19 , même état {même prescription). Le 20 , agitation très grande ; souffle bronchique dans les lobes supérieur et moyen du poumon droit, et râle crépitant dans le lobe inférieur (même prescription), he :ii , abattement; pouls petit, misérable ; point d'urine. Le malade meurt à six heures du soir. Le corps fut ouvert le lendemain à neuf heures du matin.

État extérieur. Infiltration générale.

Tête. Sérosité entre la pie-mère et dans les ventricules ; cerveau ferme, cervelet sain.

Poitrine. Poumon droit adhérent au sommet de la plèvre costale et hépatisé en gris dans son lobe supérieur, et en rouge dans les deux autres. A gauche et inférieurement , la plèvre est recouverte d'une fausse membrane récente, et contient dans sa cavité quatre onces de sérosité floconneuse. Le poumon du' même côté est saiu; cœur lin peu volumineux, mais plus petit que le poing du sujet, et d'ailleurs sain.

AInlomen. Huit pintes de sérosité jaune, limpide j estomac el

ï86 NÉPHRITE ALBUMIHEUSE AIGDE.

intestins saiua ; foie ferme mais sain; veine cave et veine porte libres; rate et vessie saines.

Les reins sont extrêmement volumineux. L'un a 5 pouces 3 lignes de long, et les autres dimensions en proportion ; son poid^ est de i3 onces 172. L'autre est moins volumineux et moins lourd. Ils ne sont pas lobules , mais ils sont pâteux au toucher; leur surface extérieure, rouge et lisse, présente des plaques et des marbrures d'un blanc jaunâtre, formées par des assemblages de points blancs , que l'on rencontre aussi disséminés sur cette même surface. En examinant ces points avec plus d'attention, on voit , d'après leur forme contournée et leur continuité avec les circonvolutions corticales voisines , que ces granulations ne sont autre chose que ces mêmes circonvolutions (i), augmentées de volume, et distinctes par leur couleur mate. Ces plaques et ces granulations sont entourées et légèrement voilées par un tissu rose , comme transparent. On observe en outre un piqueté très abondant en quelques endroits , ressemblant à des ecchymoses, mais qui, examiné à la loupe, se trouve renfermer des intervalles inégulicrs bordés par une ligne rouge. A la coupe du rein, la substance corticale, un peu jaunâtre , est beaucoup phis pâle qu'à l'extérieur, et paraît boursouSlée dans ses prolongemens intérieurs. Les granulations , an lieu d'être sous la forme de taches, sont ici en stries irrégulières et comme floconneuses. Mais, en coupant le rein transversalement, on retrovive la forme de granulations. Les taches rouges observées à l'extérieur n'existent pas à l'intérieur. Dans l'épaisseur de la substance corticale , on voit un grand nombre de glandules , arrondies, incolores et transparentes, de volume à-peuprès égal , placés quelquefois sur deux rangées , et quelquefois sous forme de festons. Vue à la loupe, la surface de la coupe paraît comme criblée d'une foule de pores transparens. La substance tubuleuse contraste fortement, par sa couleur foncée, avec la substance corticale, et semble être resserrée, comme refoulée sur elle-même. Le bassinet et les gros vaisseaux des reins ne présentent rien de notable.

(i) Cette opinion sur le siègo et la nature des granulations et tout-àfait liypotbéliquc.

inîPHRITE ALBDMINEUSE AIGUË. 187

§ 335. Troisième série. — A une époque récente, où l'étude de l'urine était trop négligée dans nos hôpitaux , une foule de malades atteints d'iiydropisie étaient renvoyés comme guéris de leur maladie , lorsqu'ils n'étaient réellement débarrassés que du principal symptôme, de l'hydropisie. Dans l'anasarque aiguë avec urine coagulable, comme dans l'anasarque chronique, on voit quelquefois l'hydropisie complètement disparaître, lorsque la lésion rénale et l'altération de la sécrétion urinaire persistent. MM. Bright, Gregory, Christison, Martin- Solon citent des exemples de ces guérisons incomplètes, et j'en rapporterai plusieurs autres.

Ods. XI. — Léger œdème do la face et des membres Inférieurs; urine albumineuse (néphrite albumiucuse aiguë); guérison de l'hydropisie par le repos et les bains tièdes; persistance de l'albumine dans l'urine.

Moreau (Jean) , âgé de Sa ans, entra à la Charité le 19 septembre 18 36. Cet homme habile, depuis quatre ans , dans une boutique au rez-de-chaussée, extrêmement humide , sans papier sur les murs , sans cheminée , sans feu , avec une femme et des enfans , que ce séjour a rendus rhumalisans. D'une constitution forte, bien que d'apparence assez chétive, il se rappelle deux maladies seulement ; une fièvre qu'il eut , il y a cinq ans, et qui dura quinze jours ; puis une fièvre intermittente , qu'il gagna au régiment , sur les bords du Rhin (sur vingt-deux soldats du même cantonnement, dix-huit avaient la. fièvre intermittente ). Jamais il n'a souffert des reins; jamais ses urines n'ont rien présenté de remarquable; jamais il n'a eu antérieurement d'hydropisie. H y a quinze jours , il fut pris de coliques et de dévoiement. Une application de sangsues à l'anus le soulagea. Il y a cinq jours, il s'aperçut que ses pieds étaient enflés.

Aujourd'hui ao , pâleur de la face , qui est un peu bouffie ; œdème peu prononcé des extrémités inféiùeures , un peu d'ascite, pas de douleur à la pression dans la région des reins, ni à la vessie ; excrétion de l'usine non douloureuse ; quantité de l'urine à-peu-près comme dans l'état sain; urines acides, légèrement louches (pesant, spécif. 102 3). L'acide nitrique et la

l88 NÉPHRITE ALBUMINEUSE A.IGUE.

chaleur y font reconnaître une proportion considérable d'albumine, qui se coagule en flocons. Il y a à peine de la fièvre; peu de chaleur à la peau. On n'entend pas de bruits morbides : la respiration est pure dans toute l'étendue de la poitrine ; à part un peu de coliques et de diarrhée , les fonctions digestives s'exécutent bien ; le foie ne dépasse pas le rebord des fausses côtes. Il n'est pas, non plus, trop petit.

Le repos, le régime lacté, des bains tièdes, firent disparaître l'iiydropisie en quelques jours. Dès le a3 septembre , le malade paraissait complètement guéri, et, si ce n'était la présence de l'albumine , qui n'avait pas diminué dans l'urine , on aurait pu le croire parfaitement rétabli.

Il sortit le a5 septembre, après avoir continué l'usage du lait et des bains tièdes , n'offrant plus la moindre trace d'hydropisie, et dans un état apparent d'excellente santé ; mais la proportion d'albumine dans l'urine était restée absolument la même.

On l'avertit que sa guérison n'était qu'apparente et que sa maladie s'aggraverait inévitablement s'il s'exposait de nouveau à l'influence du froid et de l'humidité,

Obs. XII. — Exposition du corps au froid et à l'humidité ; fièvre , œdème urine .ilbumioeuse. Utilité des purgatifs répétés; disparition de l'hydropisic; persistance de l'albupine dans l'urine.

Piperand, âgé de 46 ans, maçon, a eu le choléra en i832. Quelques années auparavant , il avail eu un abcès à la marge de l'anus , suivi d'une fistule, dont on le guérit par l'opération. Il porte, du côté droit, une hernie inguinale, qui est maintenue par un bandage. Ce malade , d'une taille moyenne , fortement constitué , se livre habituellement à un travail dur et fatigant. Dans les premiers j ours du mois de m ars 1 8 55, il fut exposé à l'action continue du froid et à l'humidité , et il se sentit indisposé. Vers le 8 de mars, il fut pris de fièvre , avec sentiment de lassitude et perte d'appétit. S'il buvait ou s'il prenait des alimens, son ventre restait dur pendant long-temps.

Le 21 mars , il fut obligé de se mettre au lit et de n'en plus sortir. Il avait toujours de la fièvre et de l'œdème à la face et aux membres supérieurs.

NÉPHRITE ALEUMINÏUSE AIGUË. 1 89

Le i*-' avril i855 , il entra à l'hôpital de la Charité.

Le a , le pouls était un peu accéléré , et la langue sale. Perte d'appétit, œdème des membres inférieurs et de la face, léger épanchement dans le ventre , un peu d'œdème à la main droite. Les urines sont peu abondantes ; les bruits du cœur sont réguliers; la respiration est pure; l'urine, traitée par l'acide nitrique , donna un précipité blanc très abondant d'albumine coagulée ; pesanteur spécifique, 1019.

Le malade dit que , depuis le ar mars , les urines étaient très peu abondantes et rougeâtres; qu'il était souvent pris de froid et ne pouvait se réchauffer , qu'il avait souffert dans le ventre , et que l'œdème avait à plusieurs reprises augmenté et diminué , mais qu'il n'avait pas eu de douleur dans la région des reins. {Tisane de raifort , demi-portion d'alimens ; un quart de vin.)

Le 3 avril, l'hydropisie augmentant et le pouls étant fort, on prescrit pour le lendemain une saignée du bras.

Le 3", l'urine un peu louche précipite abondamment par l'acide nitrique; l'appétit est presque nul. Le malade a, pour toute nourriture des bouillons et des soupes.

Le 6 , les urines ne sont pas plus abondantes : le scrotum est très distendu par de la sérosité ; l'ascite augmente (deî<a?2>tlules d'opium d'un grain , scille un demi-grain).

Les 7 et 8 , même état {Us, de chiendent nitrèe; eau de Sedlitz),

Le 10, eau de Sedlitz, plusieurs garde-robes. Il n'y a plus de fièvre, et l'appétit revient. Les urines presque limpides et mousseuses donnent encore beaucoup d'albumine par l'acide nitrique.

Le la , eau de Sedlitz,

Le 1 3 et le 14 , on revient à l'emploi des pilules d^ opium et de scille.

Le i5 , eau de Sedlitz.

Le 17, eau de Sedlitz, Le 18 , eau de Sedlitz.

Le 19, eau de Sedlitz. ^ Le ao, l'urine donne, par l'acide nitrique, un précipité albu-

mineux beaucoup moins considérable , et l'œdème a diminué.

Il y a à peine du liquide dans le ventre ; le scrotum est presque

revenu à 6ôn volumo naturel , et les jambes sont peu enflées. Les purgatifs et les pilules de scille ont agi favorablement ; l'appétit est assez bon ; le malade n'a plus de fièvre et mange la demi-portion d'alimens.

Le 2i2 , urines claires et mousseuses; l'œdème n'augmente pas.

Le '24, l'urine donne un précipité albumineux plus abondant par l'acide nitrique. Le malade , qui ne souffre pas, sort, le a6, guéri de l'hydropisie ; mais l'urine contenait toujours de l'albumine.

Obs. XIII. — Néjilirite albnmineuse aiguë (hydropisic, nrinc albuniineusc) gucrison rapide de l'hydropisie par la saignée , l'urine continuant d'être albumineoàe.

Dilly (Antoine), âgé de 33 ans, marié, cordonnier, entra à la Charité le 16 juillet i856.

Cet homme, brun et assez grand, est d'une bonne constitution ; il habite Paris depuis i4 ans , et a jaresque toujours joui d'une bonne santé. Cependant, il s'est alité , il y a sept ans, pour un érysipèle de la face. Il se rappelle aussi avoir eu, il y a trois ans, un rhumatisme articulaire aigu, et, dans le mois dernier, une angine avec un peu de fièvre. Il n'a jamais observé de sang, de glaires ni de graviers, dans ses urines; jamais il n'a éprouvé d'ictère, ni de douleurs au foie ; jamais d'étouffemens ni de palpitations; jamais de vives douleurs au ventre; jamais antérieurement d'hydropisie. Sobre, il n'a point fait d'excès de table, ni de vin , ni de liqueurs. Il n'est point exposé habituellement à l'action du froid, ni de l'humidité-

Le malade, après un mouvement de fièvre , s'est aperçu, il y a trois semaines seulement, que son ventre et ses jambes enflaient. Aujourd'hui, 19 juillet, hydropisie générale, surtout aux extrémités inférieures , moins prononcée à la face et moins encore aux bras ; petite quantité de liquide dans le péritoine; couleur blanc mat de la face ; les urines colorées, acides, contiennent peu de mucus et une proportion considérable d'albumine ; du reste , rien de remarquable dans la quantité des urines, ni dans leur émission. Point de douleur à l'hypogaslre. La pression est un peu douloureuse eu arrière , sur le rein

ITIÊPHRITE ALIÎTTMINEUSE AIGÙE. igi

droit. Le cœur a son volume normal ; pas d'irrégularité tii dans lerliytlime des battemens,nidans les bruits du cœur. Le pouls est assez fort et bat 75 fois par minute ; la sonorité de la poitrine est parfaite, et la respiration se fait bien dans tous les points. Le foie iie dépasse pas le bord des fausses côtes ; il paraît n'être ni trop volumineux , ai trop petit. Chaleur à la peau ; langue légèrement blanche; point de nausées, de vomisseraens , de douleur à l'estomac , pas de coliques ; on peut passer la main, avec assez de force, sur tout le ventre, sans occasio* ner de douleurs. Faiblesse générale ; fatigue ; pas de sueurs.

On voit, par l'énoncé de ces symptômes, que la maladie avait débuté probablement depuis peu, qu'elle était simple et dégagée de toutes les complications qui en rendent la guéri- •son difficile. Aussi l'amélioration fut -elle remarquablement prompte. Deux saignées de douze onces furent faites en quatre jours ; le sang était couenneuX , à bords rétroussés ; et dès le quatrième jour, l'hydropisie avait diminué au moins de moitié. Le onzième joui-, époque où le malade sortit de l'hôpital, elle avait complètement disparu. La douleur du rein droit avait cessé également; mais l'albumine restait dans l'urine en même quantité. Dans le mois suivant, le malade revint deux fois à la consultation, et deux fois on constata la guérison de l'hydropisie , mais l'urine continuait d'être chargée d'albumine.

Ofls. XIV". — Coïncideuce d'une coliqne de plomb avec nne néphrite albumitrense (urine coagulable et hydropisie) ; guérison complète en apparence, mais persistance d'une petite quantité d'albumine dans l'urine.

Jacques Mousel, âgé de 38 ans, broyeur de couleurs, n'avait jamais eu la colique de plomb ni aucune autre maladie : il n'a jamais eu de rétention d'urine, ni rendu de graviers j seulement il éprouve, depuis très long-temps , douze ou quinze ans, ét lorsqu'il est coucbé , des douleurs au bas du dos , sur la ligrle médiane. Il habite un lieu qui n'est pas humide. Il y a environ trois semaines, il se sentit fatigué et comme courbaturé; quelque temps avant , il «'était mis les pieds nus sur le carreau pendant qu'il avait chaud, et il s'était couché avec un peu de frisson : c'est à cctle circonstance qu'il attribue sa maladie j en

même temps il était constipé et sans appétit. Il vint prendre uu bain de vapeur à la Charité. Depuis ce temps, il ressentit de l'oppression, et, pour peu qu'il restât sans aller à la garde-robe, son ventre se gonflait. L'appétit était nul; il n'y eut ni fièvre ni frisson. Le soir, il survenait un léger oedème des malléoles; peu-à-peu, cet œdème augmenta et envahit la totalité des membres inférieurs, les aines , le scrotum et la verge. Néanmoins , il urinait très bien et ne ressentait aucune palpitation au cœur. Le i a octobre, il consulta un médecin qui lui pratiqua une saignée et lui administra , le lendemain , une potion à prendre de trois heures en trois heures, qui lui causa de vives coliques, mais sans selles j il n'en prit que deux cuillerées. On y substitua deux onces d'huile de ricin, qui procurèrent plusieurs selles liquides et quelques vomissemens. Malgré cela, depuis ce temps les coliques ont persisté avec une constipation opiniâtre. C'est ce qui le décida à se présenter à l'hôpital, 011 il fut admis le iC octobre 1834. Le lendemain à la visite , il était dans l'état suivant : face pâle ; langue un peu blanche; oppression avec douleur épigastrique , augmentant par la pression ; l'auscultation et la percussion ne dénotent aucun état pathologique des poumons ni du cœur; le ventre est gros, peu tendu, un peu douloureux à la pression, mais ne contient pas sensiblement de liquide. Coliques continuelles avec quelques borborygmes; elles augmentent chaque fois que le malade prend quelque aliment ; le scrotum, laverge et les jambes sont œdématiés, et l'acide nitrique dénote laprésence d'albumine dans les urines ( 2Y*a7te de raifort; une pilule d'un grain d'opium et de deux grains de scille).

Le 17, coliques très vives , accompagnées de douleur dans les jambes, et qui paraissent avoir été occasionées par la pilule d'opium et de scille. Poui tant, comme il y a eu en même temps constipation depuis plusieurs jours , on pense qu'elles peuvent être produites parle plomb ; on administre deux gouttes de croton tiglium daçis une quantité suffisante de rob de sureau , et le soir un lavement purgatif des peintres.

Le 18 octobre. L"s purgatifs d'hier out procuré trois selles liquides, avec très notable diminution des coliques, au point

NÉPHRITE ALBUMINEUSE AIGUË. IqS

que le malade a dormi cinq heures; mais elles ont reparu vers minuit et sont encore assez fortes ce malin. En même temps subsiste toujours la douleur habituelle de la région lombaire, qui le force à rester couché sur le côté, le bassin et les cuisses fortement fléchis sur le ventre. La langue est blanche ; le pouls naturel; l'œdème est sensiblement diminué, surtout au scrotum et à la verge.

Le 19. TJn purgatif a procuré hier des selles liquides très abondantes ; les coliques sont diminuées , mais l'épigastre est toujours sensible; la langue est blanche ; l'œdème des extrémités inférieures a un peu diminué, mais les bras sont atteints.

Le 20 , le malade a eu une indigestion causée par un vermicelle ; en général, la présence de la plus petite quantité d'alimens solides ou liquides provoque des coliques ( Un grain d'opium; une goutte d'huile de croton).

Le 21, légères coliques , borborygme , langue un peu rouge ; vives douleurs musculaires dans le dos, les jambes, les bras j l'œdème des extrémités supérieures a augmenté, celui des membres inférieurs a diminué {Un grain d'opium; eau de Sedlitz ; tis. de raifort).

Le 23 , mieux ; cessation de coliques ; sommeil (î/n grain d'oj)ium; tis. de raifort).

Le 24, les coliques ont reparu cette nuit; plus de douleurs dans les membres; pas de selles depuis trois jours; le ventre est sensible à la pression et un peu ballonné de soif vive ; la langue et le pouls sont naturels. L'œdème persiste aux extrémités supérieures, et les veines sous-cutanées sont développées ; il est moindre aux extrémités inférieures {Tisane de raifort).

Le 26 , l'usage quotidien de l'eau de Sedlitz fait disparaître les coliques et l'oppression , qui reviennent chaque fois que le ventre n'est pas libre. Il y a du sommeil, et la digestion est assez bonne; l'œdème diminue sensiblement {Tisane de raifort).

Le 28 , il y a, tous les jours, une ou deux selles liquides produites par l'eau de Sedlitz et le raifort. Les coliques et l'oppression ont complètement disparu. IrtiTlangue est naturelle; l'appétit est assez prononcé; l'œdème diminue sensiblement n. . i3

quand le malade est au lit ; il peut rester couché dans toutes les positions et même dans le décubilus dorsal. Urines moins albumineuses.

Le 29, notable diminution de l'œdème.

Le 3o j le nuage que forme l'acide nitrique dans l'urine est plus léger (Eau de Sedlilz , tisane de raifort).

Le 3 décembre, l'œdème a complètement disparu. Le malade a toujours continué l'usage de l'eau deSedlitzet du raifort. Il n'y a plus de diarrhée, de douleur, ni d'étouflement ; la langue, qui était décolorée, est un peu rose aux bords et à la pointe ; la quantité d'urine n'a pas augmenté, et elle est moins albumineuse.

§ 536. Beaucoup de cas appartenant à la quatrième série sont sans contredit passés inaperçus; car je les ai vus devenir moins rares, sous mes yeux, au fur et à mesure que je les ai reclierchés avec plus de soin. C'est surtout dans les cas de mort rapide, inexplicable en apparence , survenue chez des individus non hydropiques, qu'il importe d'examiner les reins et l'urine, après la mort, avec un grand soin. Je rapporterai plusieurs faits dans lesquels les lésions des reins étaient tellement caractérisées qu'elles ne pouvaient être méconnues (Ous. XII et xiii).

Quant à l'existence d'une urine albumineuse dans la vessie après la mort, ce fait doit être examiné avec le plus grand soin, pour n'être pas faussement interprété. Non-seulement après la mort, une certaine quantité de sérum peut transsuder et se mêler à l'urine dans la vessie , mais encore des lésions particulières de ce viscère, une inflammation de sa membrane muqueuse ou de celle de l'uretère ou du bassinet, peuvent être l'occasion du mélange d'une certaine quantité d'albumine avec l'urine. Mais dans le premier cas , l'urine ne donne pas un coagulum aussi notable que dans la néphrite albumineuse, et, dans le second, l'urine contient du pus et des globules purulens , visibles au microscope.

Toutefois, je répèle que les faits qui appartiennent à cette dernière série sont du nombre de ceux dont il faut analyser attentivement toutes les circonstances j car il ne suffit pas d'à-

NÉPHRITE ALBITMINEUSF. AIGUË. IqS

voir constaté que i'urine trouvée dans la vessie après la mort , est plus ou moins chargée d'albumine, en même temps que les reins sont rouges et injectés ; il ne suffit pas même d'avoir antérieurement noté, pendant la vie et durant plusieurs jours , que l'urine était albumineuse ou sanguinolente, et de trouver, après la mort, les reins injectés et plus volumineux que dans l'état sain , pour pouvoir en conclure que cette altération des reins et de l'urine doit être rattacliée à une néphrite albumineuse aiguë. En effet , il est bien démontré aujourd'hui que plusieurs espèces d'hyperémie rénale peuvent être accompagnées dupas sage d'une certaine quantité d'albumine dans l'urine. Mais, lorsque, chez les phlhisiques, la mort a lieu brusquement après une diminution notable ou une suppression presque complète de la sécrétion urinaire , ou bien encoi'e , lorsqu'on trouve les reins injectés volumineux, piquetés de rouge ou marbrés (les reins étant le plus souvent pâles et peu volumineux dans la consomption), la nature de l'altération me paraît peu douteuse. C'est, au reste, un sujet de recherches, que je me borne à signaler et qu'il faudra poursuivre.

Ods. XV. — Néphrite albumineuse aiguë (urine albumineuse; point d'hydropisie ), développée dans la période ultime d'un cas de pbthisie pulmonaire; mort; reins gros et marbrés, sans granulations; cavernes pulmonaires ; rate volumineuse et granulée; tous les autres organes sains.

Anatole Cerveau, âgé de 21 ans, peintre, d'une constitution qu'ont affaiblie plusieurs maladies vénériennes survenues successivement entre quatorze et dix-neuf ans , atteint d'une phthisie pulmonaire au dernier degré , pour laquelle il est resté un mois et demi à la Charité ,y rentra le 16 janvier 1832. Etat le 17: amaigrissement général , facultés intellectuelles affaiblies; appétit nul; langue sale; dévoiement abondant depuis trois semaines; respiration gênée, courte; souffle bronchique, et gargouillement au sommet des deux poumons; toux fréquente ; crachats nummulaires ; battemens du cœur réguliers ; ventre souple , un peu douloureux à la pression dans la région ombilicale; point d'œdème; jamais de douleur dans les reins , ni aucun changement de couleur dans les urines , qui

jgÔ NÉPRITE ALBUMINEUSE AIGUË.

aujourd'hui sont peu abondantes et brunes; l'acide nitriquo y précipite l'albumine, en grumeaux très apparens. Lors du premier séjour de ce malade à l'hôpital, ses urines, examinées plusieurs fois , ne présentaient rien de particulier {eau de gomme , potion gommeusc avec sirop diacode une once). Le 19 , même état.

Le 20, sonmieil agité, toux plus fréquente, expectoration difficile, langue rouge, sèche, pouls petit , accéléré, 90 pulsations; urines rares , très albumineuses.

Le ai etjc 22, dérangement dans les idées , faiblesse extrême.

Mort le 23 et ouvert le 24.

Autopsie. Cerveau sain ainsi que ses enveloppes ; poumons adhérens avec cavernes au sommet et tubercules disséminés dans le reste de leur parenchyme ; cœur sain j estomac et intestins sains; foie un peu volumineux , d'un jaune paie. La rate, volumineuse , présente dans son intérieur une foule de granulations grisâtres, très molles.

Reins très gros cl lourds : leur longueur est de quatre pouces dix lignes , et leur pesanteur de sept onces : ils sont fermes et comme gonflés; bosselés d'une manière assez marquée ; leur surface extérieure, surtout le long des scissures, est marbrée par le développement irrégulier des vaisseaux superficiels ; les petits polygones extéi'ieurs des reins sont bien prononcés , mais ne présentent aucune granulation ; l'intérieur des reins , oii les globules de Malpighi sont peu visibles, est aussi exempt de granulations; les vaisseaux sanguins sont libres ; le bassinet , l'uretère et la vessie à l'état normal.

Obs. XYI. — Etat des reins semblable à celai qu'on observe dans la deuxième forme de la néphrite albumineuse aiguë, chez un phtbisique, dont l'ariue trouvée après la mort dans la vessie , était très coagulablc, et qui n'était point bydropique.

Teissier (Pierre), cloutier, âgé de 38 ans, entra le 23 février 1837 , à l'hôpital de la Charité. Cet homme , phtbisique à un degré très avancé, offrit, peu de temps après son arrivée, à différentes reprises, des symptômes gastriques qui furent calmés par plusieurs applications d'un petit nombre de sangsues, et,

NÉPHRITE ALBUMINEUSÉ AIGtIE. I97

plus tard , par l'usage habituel de l'eau de Seitz. Après cinq ou six semaines de séjour à l'hôpital, la maladie fît des progrès de plus en plus alarmans. La diarrhée devint continue et abondante, et Yernier mourut presque subitement le 2 avril 1837,' sans qu'on soupçonnât une affection des reins j par hasard on avait omis d'examiner l'urine.

L'autopsie du corps fut faite le 3 avril, 24 heures après la mort.

État cxièrienr. Mai'asme assez avancé. Pas d'œdème.

Tête. Aucune altération appréciable dans le cerveau, dont la consistance est naturelle.

Poitrine. Épaississeraent des parois du ventricule gauche du cœur^ dont la cavité n'est pas dilatée. Tissu du cœur ferme ; rien d'alléré aux valvules. Engouement des lobes moyen et inférieur du poumon droit. Le lobe supéi-ieur contient plusieurs tubercules crus ; un ou deux sont ramollis: Une petite caverne au sommet du poumon gauche j tubercules crus j injection des bronches.

Abdomen. Les deux reins étaient beaucoup pins volumineux que dans l'état sain ; l'un d'eux pesait 7 onces i?a , et l'autre près de 8 onces; leur surface paraissait marbrée. Cet aspect résultait delà disposition de petites taches blanches, proéminentes, la plupart de la dimension d'une pièce de deux sous, et qui étaient séparées les unes des autres par des portions de substance corticale, un peu plus rouges que dans l'état normal. Sur les surfaces hyperémiées , on distinguait un très petit nombre de points rouges , mais on y remarquait un plus grand nombre d'arborisations vasculaires. Je n'ai pu découvrir, soit sur les taches décolorées, lisses et légèrement proéminentes, soit sur les autres parties de la surface de ce rein , de granulations de Bright, ni de granulations plus volumineuses. A la coupe, la substance corticale paraissait évidemment gonflée, et la substance tubuleuse plus compacte que dans l'état sain. Les stries de la base des cônes, plus rapprochées les unes des autres , étaient moins distinctes. Du reste , la substance corticale, surtout dans les parties comprises entre la base des cônes et la surface extérieure du rein, offrait le même aspect (mélange

igS NÉPHRITE ALBUMINEUSE CHRONIQDE.

d'anémie et d'hyperémie) qu'à la surface extérieure. Point de caillot dans les troncs principaux des veines et des artères. La membrane muqueuse du bassinet était injectée, comme dans les pjélites récentes , et sans épaississement notable.

Après avoir mis un de ces reins à macérer dans l'eau , nous l'avons examiné de nouveau, et sans pouvoir découvrir de granulations.

L'urine contenue dans la vessie, était très albumineuse.

Toute la moitié inférieure de l'intestin grêle était injectée et offrait plusieurs petites ulcérations. Injection bien plus prononcée du gros intestin, avec ulcérations dans le cœcum. Estomac sain.

Le tissu du foie est dense; coupé par tranches, on y voit plusieurs plaques brunes, circonscrites. Les veines hépatiques sont remplies de caillots de sang, et leurs parois semblent plus denses qu'elles ne devaient l'èlre. La face inférieure du foie adhère avec les parties voisines. Rate saine.

§ 5371 Néphrite albiimùieuse chronique.

Il n'est peut-être pas un seul médecin des hôpitaux de Paris qui n'ait aujourd'hui observé plusieurs cas de cette forme de la néphrite albumineuse. D'ailleurs, un assez grand nombre d'exemples en ont été déjà publiés, soit dans les ouvrages ea? professa sur l'affection granuleuse des reins, soit dans les recueils périodiques. Ce qu'il importe aujourd'hui le plus, c'est de montrer les rapports de ces lésions avec une foule d'autres lésions antérieures ou secondaires , qui compliquent singulièrement l'expression symptomatique de la maladie des reins. Pour cela , c'est une nécessité de classer les faits observés par moi ou par d'autres ; de rapprocher les uns des autres les cas les plus simples , pour donner une idée de la forme chronique de la maladie; et de distribuer dans autant de catégories les cas complexes, suivant les symptômes prédominans ou les appareils d'organes principalement aflectés.

Un des caractères principaux de la néphrite albumineuse chronique étant d'amener une altération du sang à la suite de

NÉPHRITE AIBUMINEUSE CHRONIQUE. I99

laquelle se développent des lésions secondaires très variées, on comprend que les cas simples de la néphrite albumineuse soient très rares.

Considérés sous uu autre point de vue et indépendamment de leurs complications, les cas de néphrite albumineuse chronique peuvent être rangés dans quatre groupes principaux.

Au premier correspondent les cas dans lesquels la maladie appartient aux affections chroniques par sa durée qui est toujours de plusieurs mois, tandis que, par le caraclèz'e aigu ou fébrile de son début et de ses attaqties successives , par son expression symptomatiqùe, enfin, elle se rapproche évidemment des affections aiguës.

Une seco/iile série se compose des cas dans lesquels les altérations des reins propres à la néphrite albuminevise chronique ont été accompagnées, pendant la vie, d'une urine albumineuse et d'une faible pesanteur spécifique , mais sans hydropisie.

Dans la troisième série, on peut réunir les cas beaucoup plus frappans dans lesquels ces mêmes lésions ontéténon-seulement accompagnées, pendant la vie, d'virine albumineuse , mais encore d'une hydropisie pkis ou moins considérable.

La quatrième série comprend les cas dans lesquels la maladie , après avoir débuté par des urines albumineuses avec ou sans hydropisie, a été ensuite accompagnée d'une hydropisie qui a disparu plus tard , quoique l'altération de la sécrétion urinaireait persisté.

Je rapporterai phxsieurs exemples de ces quatre formes, en décrivant les rapports de la néphrite albumineuse chronique avec les autres affections. Je me bornerai, ici, à donner un exemple de chacune de ces variétés et quelques cas de guérison de néphrite albumineuse chronique (Ojîs. xvii. xix. xx).

§ 538. Première série. — Je commencerai par un cas dans lequel la maladie a eu, dans ses attaques, tout-à-fait la physionomie d'une maladie aiguë.

200 NÉPHRITE ALBUMINEUSÉ CHRONIQUE.

0ns. XVII. — Néphrite albumineuse chronique (hydropisie et urine alhuminense)» caractérisée par des attaques successives; douleurs lomljoires très rebelles; cedème des membres inférieurs et supérieurs, de la face, dn cuir chevelu ; urines albumîneuses et sanguinolentes ( quatre saignées deux applications de ventouses ), Guérison au bout de trou mois environ,

Jouanne, âgé de ar ans , charbonnier, nédans le département de l'Aveyron , demeurant à Paris, rue des Moineaux, entra, le 23 mars 1837, à l'hôpital de la Charité. Cheveux châtains , peau pâle, teint rosé, et autres caractères extérieurs du tempérament lymphatique. La santé de ce jeune homme avait été bonne jusqu'à ces derniers temps. Il couche dans la soupente d'une boutique. Le jour, il est occupé à scier du bois et à porter de petites charges de charbon en ville- Il se nourrit bien.

Il y a vingt-quatre jours, sans avoir souffert, il s'aperçut qu'il était enflé. II y a dix jours, il éprouva quelques douleurs dans la fosse iliaque gauche et dans la légion lombaire du même côté, sans dérangement des fonctions urinaires ou intestinales.

Le 24 mars, paupières tuméfiées, conjonctives humides infiltrées; visage bouffi ; cuir chevelu œdémateux; œdème aux membres inférieurs, aux bourses, aux avant-bras; point d'épanchement appréciable dans la cavité du péritoine. Les douleurs lombaires , surtout du côté gauche , augmentent par la pression , le toucher et la percussion , qui n'indiquent pas d'augmentation dansle volume des reins. L'urine^ acide, rougeâtre , sanguinolente , ressemble assez bien à un mélange de la matière colorante du sang avec du sérum j la quantité d'urine rendue en vingt-quatre heures est à-peu-près égale à celle des boissons; sa pesanteur spécifique varie de ion à ioi3 , dans l'espace de vingt-quaU e heures. La chaleur et l'acide nitrique donnent un précipité abondant. Peu de douleurs en urinant. La vessie est légèrement douloureuse à la pression.

Langue sale , inappétence , mais point de dévoiement. Respiration naturelle ; pouls régulier, donnant 60 pulsations par minute. L'impulsion du cœur est énergique, sans bruits morbides {Saignée , j'ctit lait ; potages gras et au lait). Le sang est couemieux; Ja pesanteur spécifique du sérum est faible, 1022.

NEPHRITE ALBUMINEUSE CHRONIQUE. 20I

Le 26 mars, l'urine est toujours sanguinolente; acide; la quantité rendue depuis hier paraît considérable. Pesanteur spécifique, ioi3 {Saignée de dnuze onces). Pour la première fois on remarque des vésicules de gale entre les doigts {Bains sulfureux, tisane de mauve avec acétate de potasse, deux gros).

Le ?» mars , l'urine ne contient plus de globules de sang ; la douleur de la vessie et delà région lombaire du côté gauche a diminué. Disparition complète de l'hydropisie , langue humide , selles naturelles {Le quart de la portion d'alimens).

Le 3 avriljles urines, traitées parla chaleur, sont moins albumineuses; la douleur aux reins persiste {Saignée de douze onces).

Le 4 avril, le sang est couenneux ; le caillot est retroussé, serré ; la pesanteur spécifique du sérum est de 1024? le sérum du sang d'un pneumonique , saigné le même jour, n'était pas beaucoup plus riche (eu égard au nombre de saignées pratiquées), et pesait 1028,

Le 5 avril, la douleur dans la région lombaire gauche et dans la partie correspondante de l'abdomen persiste. Il y a aussi un peu de douleur à droite: les urines sont abondantes {Dix onces de sang extraites par des ventouses scarifiées , loco dolenti).

Le 8 avril , diminution de la douleur lombaire du côté gauche. L'hydropisie ne reparaît plus. Trois selles en diari'hée.

Le 10 avril, deux selles dans la journée, quatre dans la nuit; un peu de douleur dans les lombes, pi'incipalement du côté gauche.

Le 1 1 avril , douleurs dans le ventre , coliques , plusieurs selles liquides ; toux suivie de crachats muqueux assez abondan's; faible] ronchus {on suspend l'acétate de potasse; lavement amylacé et laudanisé ; tisane de gomme édulcorée).

Le i3 avril, cessation de la diarrhée; urines moins albumineuses ( le quart de la portion d'alimens).

Le 18 avril, le malade est sensiblement mieux à tous égards {trois quarts d'alimens).

Le 22 avril, exacei'bation de la douleur lombaire; urines sanguinolentes sans retour de l'œdème ( saignée de douze onces, lait, la demie d'alimens).

Le 23, la pesanteur spécifique du sérum est de 1027 ; celle de l'urine de inr3.

202 wiPIIRITE ALBUMINEUSE CHRONIQUE.

Le 24 , persistance de la douleur lombaire; urines sanguiiiolenles; expectoration muqueuse peu abondante j soif, S'i pulsations parmînute.

Le a5, mieux marqué; cependant l'urine est toujours sanguinolente.

Le 26 , réapparition du point douloureux aux lombes ( veniotises scarifiées).

Le 29 avril, disparition presque complète de la douleur lombaire; le malade continue de tousser; l'urine ne contient qu'une petite quantité d'albumine; aucune trace d'oedème; état général assez satisfaisant ; le malade est pâle, parce qu'il a été saigné souvent; l'appétit est bon.

Le J2 mai, la toux est rare, sans expectoration; langue humide; bon appétit. La région lombaire gauche est à peine douloureuse.

Le 22 mai , un peu d'œdème aux malléoles; la face est légèrement bouffie ; il semble qu'il y a un peu plus d'albumine dans l'urine.

Le juin , l'œdème de la face et des malléoles a disparu. Toutes les fonctions en bon état.

Le 12 juin, le malade quitte l'hôpital guéri de son hydropisie. L'urine ne contenait plus que très peu d'albumine, et il n'en existait plus de traces, quelques jours après.

§ 539. Deuxième série. J'ai rapporté deux cas de néphrite albumineuse aiguë , sans hydropisie : les cas analogues de néphrite albumineuse chroniquesans hydropisienesont pas rares. Celte absence d'hydropisie peut tenir à ce qne les dépôts séreux dans le tissu cellulaire ou les membranes séreuses ne se sont pas encore formés ( deuxième série) , ou bien à ce qu'ils ont momentanément disparu ( quatrième sérié). Je me bornerai à rapporter, ici, un seul cas de néphrite albumineuse chronique (troisième forme anatomique ) sans hydropisie. D'autres exemples sont consignés dans d'autres paragraphes, consacrés à l'étude des rapports de la néplu'ite albumineuse avec les maladies vénériennes , la phthisie , etc.

Oiis. XVIII.— Néphrite albumineuse latente (anémie jaunâtre de lasubstauce corticale, reins mamelonnés); urine examinée après la mort, fortement aliramineiises. Point d'bydropisie. Mort rapide. Accès épileptiformes après hémoptysie; asphyxie bronchique ; état particulier des poumons.

Un garçon maçon, âgé de 3a ans, non marié, d'une forte conslilution, entra à l'hôpital delà Charité, le 28 février i836.

Malade depuis deux joui's seulement, il crachait du sang; en 24 heures, il a rempli son crachoir d'un sang presque pur, mêlé à très peu de nuicosilés.

Ni la veille, ni les jours précédens , il n'avait eu de cracliemens de sang, ni de voraissemens.

Dyspnée très intense ; cependant la sonorité de la poitrine semble bonne en avant et en arrière. En auscultant , on entend du râle muqueux , surtout du côté gauche. Chaleur à la peau; fièvre ; le pouls, de force moyenne, est très fréquent ; point de bruits morbides au cœur. Les autres fonctions ne présentent rien de notable. On a de la peine à tirer des réponses précises du malade : il dit ne point souffrir dans la région des reins ( saig7ièe d'une livre ). A la visite du soir , l'iiémoptysie a cessé ; mais la dyspnée et la fièvre persistent. Le sommet du poumon gauche est Icgèrementmat. On entend, dans ce point, un râle crépitant humide; les bulles sont extrêmement nombreuses et petites.

Le i" mars, même état»

Le 2, le malade dit qu'il a faim, et dit qu'il sortira de l'hôpital, si on lui refuse à manger ; mais il y a, dans sa manière exaltée de demander des alimens, quelque chose qui approche du délire. On nous dit que, la veille, il a eu une attaque d'épilepsie; la fièvre persiste ( houillon ).

Le 3 , à la visite du matin, agonie par asphyxie bronchique. En appliquant la main sur la poitrine , on sent, dans les deux poumons, et dans toute leur étendue, un râle muqueux très bruyant, qui produitun frémissement très remarquable. La région des reins est percutée et comprimée, et le malade ne donne aucun signe de soufliance j au reste, il est presque sans connaissance. Mort six heures après.

Autopsie du cadavre. — Tétc. Rien de remarquable.

204 NÉPHRITE ALBUMINEUSE CHIIONIQUe;

Poitrine. Adhérences du poumon gauche aux parois de la poitrine ; de fausses membranes le recouvrent dans toute son étendue. Le lobe supérieur présente à la coupe une altération qui se rapproche beaucoup de l'apparence ordinaire de l'apoplexie pulmonaire. Ce sont de petits noyaux, semiecchymosés , d'une à quatre bgnes de diamètre ; situés au milieu d'un noyau de substance pulmonaire fortement engoué. Le sang paraît plutôt infiltré qu'épanché en foyer. Le tissu du. poumon est moins compacte, moins homogène, dans toutes ses parties que dans l'apoplexie ordinaire. Lorsqu'on presse ce lobe , il sort , en abondance , des petites bronches , un liquide spumeux, roussâtre ou rougi par sou mélange avec du sang. Tout le reste du poumon est engoué et laisse écouler, à la pression, une quantité énorme d'écume bronchique. L'autre poumon, sans adhérence, et ne présentant point les noyaux observés dans le poumon gauche, est, comme lui, gorgé d'écume. Les bronches sont remplies de cette écume, qui a certainement asphyxié le malade. Le ventricule gauche du cœur, dilaté, offre un épaississement notable de ses parois. La valvule raitrale est la seule qui soit un peu altérée; elle présente , à son entrée, de petits noyaux d'induration; du reste, elle paraît suffisante^ Point d'autres lésions au cœur , dont le volume est augmenté d'un tiers.

Abdomen. Le foie, de couleur bistre, a son volume ordinaire. Il est dense, et offre , à la coupe, ti'ès peu de granulations. La rate est saine. La membrane muqueuse présente, dans le grand cul-de-sac de l'estomac, une rougeur assez intense, noirâtre; les f mêmes rougeurs existent dans les intestins, en plusieurs points { et surtout au sommet des valvules conuiventes. Les intestins I contiennent une assez grande quantité de bile verdâtre. I

Lé canal de l'urèthre présente, le long de son raphé, plus de follicules béans qu'il n'est ordinaire d'en voir. Dans sa portion membraneuse j il y a un rétrécissement j avec deux petites brides qui parlent de ce raphé pour se porter transversalement ( la sonde avait pénétré avec quelque difficulté }. La j

portion prostatique présente un triangle fort allongé , dont le sommet, aboutissant à ce rétrécissement , est très aigu. La pro-

NÉPHRITE ALBUMINEUSE CHROIVIQUE. 205

stalc est d'un blanc mat , d'un tissu dur et serré. Les parois de la vessie n'olFrent point une épaisseur plus considérable que dans l'itat sain ; mais , sur la membrane muqueuse , aux environs du col, se trouvent une vingtaine de petites élevures rougeâlres, arrondies, assez semblables à des aphtlies. L'urine contenue dans la vessie , d'une faible pesanteur spécifique (xoi3), traitée par l'acide nitrique et la chaleur, donne de gros flocons albumineux et un énorme coagulum.

Les deux reins, déformés (Pl. IX, fig. 9, 10 et 11), aplatis et bosselés , d'un petit volume , d'un blanc salo très légèrement jaunâtre et bleuâtre sur quelques points, offrent des dentelures mousses et arrondies sur leur bord convexe. Leur suaface offre de gros mamelons séparés par des sillons assez larges, rougeâtres, et dans lesquels, à l'œil nu et plus facilement à la loupe , on aperçoit de petites arborisations polygonales , au centre desquelles on distingue un petit point pâle et circonscrit par de petits vaisseaux. Les deux tiers de la surface d'un de ces reins sont occupés par un gros mamelon , et, dans quelques autres points, par de petits kystes. La substance corticale, incisée suivant son épaisseur , offre la même apparence qu'à l'extérieur. Les substances corticale et tubuleuse sont déformées. La substance corticale n'est pas , dans l'ensemble de l'organe, pour plus d'un tiers du volume. Elle est blanche comme de la chair d'anguille. Dans les enfoncemens qui séparent les dentelures, la substance corticale est atrophiée, aupoint que la base des cônes touche l'extérieur du rein. Les iubulisont disposés fort irrégulièrement en gerbe à leur bord , comme s'ils eussent été écartés par des prolongeraens de la substance corticale augmentés de volume; leur tissu est ferme et d'un blanc mat. Point de trace de pyélite. Des bassinets, l'un présente une ecchymose large comme une pièce de dix sous 5 l'autre offre plusieurs petites pétéchies à-peu-près de la diminution de la tète d'une épingle. Le» artères rénales et leurs divisions sont très développées.

§ 54o. La iroisième série comprend les cas de néphrite album ineuse chronique nettement caractérisée par ses deux principaux symplvmes, l'aHéralion de J'urine et l'iiydvopisic;

2o6 NÉPHRITE ALBUMINEUSE CnRONIQUr:.

La guérison complète de tels cas est rare; j'en citerai trois exemples (Ojîs. xvii, xix, xx). Puis viendroiit deux aûtres observations [Obs. xxr, XXII ) qui démontrent les rapports de ces symptômes avec les lésions rénales.

Obs. XIX. — Impression du froid et de l'humidité; douleurs rhumatismales; forme chronique de la néphrite albumineuse, chez un homme tombé dans un état cachectique , par suite de privations et de chagrins dômes* tiques. Disparition complète do l'hydropisie et de ralljumiue dans l'urine.

Fournier , âgé de 4o ans , découpevir de peignes métalliques, entra à l'hôpital de la Charité, le 3o septembre 1807. Taille moyenne; cheveux châtains; embonpoint médiocre; tempéra-", ment lymphatique; vie régulière et sobre; travail actif. Cet homme a fait successivement plusieurs états ; jusqu'en i83o , il a travaillé l'acier fin, et souvent à la forge; plus tard, il s'est fait restaurateur, s'est exposé fréquemment au froid delà cave et à la chaleur des fourneaux. Enfin, il a fini par se mettre dé-, coupeur dépeignes métalliques. Ilhabitait un quatrième étage, cil il était habituellement exposé à des courans d'air. En outre, il était en proie à des chagrins domestiques , et il a souffert beaucoup de privations. Jamais il n'a été adonné à l'usage des boissons alcooliques.

Cethomrae avait eu une fluxion de poitrine à l'âge deaoans, mais, depuis lors, il s'était assez bien porté jusqu'à ce dernier temps, oii il a souflTert de douleurs rhumatismales, dont il a été soulagé parles bains de vapeur. Il y a environ quinze jours que cet homme s'est aperçu que ses jambes enflaient. L'œdème a augmenté les jours suivans. L'hydropisie s'est étendue aux autres parties du corps ; les parois du ventre sont infiltrées ; la face est devenue bouffie.

La seule maladie des voies urinaires qvi'il ait eue, est une blennorrhagie, qui a duré environ six semaines, à l'âge de 20 ans.

Le visage est un peu bouffi; la peau du corps pâle, anémique; œdème considérable des parois de l'abdomen, des tégumcns du dos, et plus prononcé encore aux bourses, à la verge

NÉPHRITE ALBUiriNETISÉ CHRONIQUE. 207

et aux membres inférieurs. Le péritoine ne contient pas sensiblement de liquide.

Langue humide, soif peu vive, dégoût pour les alimens j deux selles par jour, plus molles que dans l'état de santé- Respiration libre et régulière j le malade ne tousse pas , et n'a jamais été sujet à s'enrhumer j il n'ajamais craché lesang, ni jamais ressenti de douleurs thoraciques. A la percussion, son naturel dans toute l'étendue de la poitrine ; râle muqueux à la partie postérieure et inférieure des deux poumons. Bruits du cœur naturels ; pouls faible, donnant 60 pulsations par minute ; sensibilité très grande au froid, surtout aux exti'émi lés inférieures j qui, de temps en temps, sont douloureuses. Le foie et la raie ont leur volume ordinaire. Le malade rend, en quati-e ou cinq fois, dans la journée , 3o onces envii'on d'urine , quantité à-peu-près égale à celle des boissons. Aucune dovileur n'est provoquée, par la pression, dans la régioii lombaire ou dans le flanc. L'urine peu colorée, d'une faible pesanteur spécifique, 1006, un peu louche aumomentde l'émission, faiblement acide, laisse déposer un léger sédiment coloré en rouge par le sang. La chaleur et l'acide nitrique font reconnaître une petite quantité d'albumine dans l'urine.

Le sédiment, examiné au microscope, est formé par des globules sanguins et des cristaux oclaédriques [Tisane de raisin d'ours ; saignée de dix onces ; lait ; le quart d' alimens).

Le caillot de la saignée n'était que médiocrement ferme et sans couenne. Le sérum pesait, à l'aréomètre de Baumé, loao. Les jours suivans, l'œdème diminua un peu, et il y avait encoi'e de l'albumine dans l'urine.

Le 9 octobre , il n'y a point eu de nouvelle diminution de l'œdème; mais l'acide nitrique et la chaleur révèlent à peine l'existence de l'albumine dans l'urine , dont la pesanteur spécifique a augmenté ^ioi4). Le sédiment a toujours l'appai'ence muqueuse et sanguinolente {hains de vapeur).

Le 17 octobre, point d'augmentation, ni de diminution appréciable de l'hydropisie; état plus satisfaisant des voies digestivesj unpeu plus d'appétit; pas de toux; un peu de douleur de tète , le malin au réveil; bourdonnemens d'oreilles 5 le malade

208 3!îÉPnRITE ALBUMFNEUSE CHRONIQUE.

croit s'apercevoir qu'il devient un peu sourd. L'amaigrissement fait peu de progrès. L'urine, légèrement acide, offre toujours la même couleur} pesanteur spécifique loo ; par l'addition de l'acide nitrique et par la chaleur, elle prend une teinte opaline, sans grumeaux. Il existe toujours un peu de râle muqueux à la partie inférieure et postérieure de la poitrine , surtout du côlé gauche. Dans la dernière quinzaine d'octobre, les jambes et les autres parties du corps désenflèrent complètement. Le malade était levé toute la joiu'née. L'urine déposait toujours un léger nuage, d'apparence muqueuse , coloré par quelques globules rouges de sang, reconnaissables au microscope. L'acide nitrique et la chaleur ne déterminent pointla formation d'un coagulum ou de grumeaux albumineux. La pesanteur spécifique de l'urine est toujours de 1008.

Depuis plusieurs jours, le malade prend le carbonate de fer à la dose de 24 , 36 et 48 grains.

Le malade quitte l'hôpital le a décembre, encore faible j mais le dérangement de la sécrétion urinaire avait cessé. La pesanteur spécifique de l'urine était de 1017.

Ods. XX. — Néphrite albamincuse chronique (hydropisie et nrine coagulablc ) , traitée avec succès par la teinture de cautharides à très haute dose (Wells. On ihe présence of ihc red malter and sérum of theblood in the mine oj drojnr)'

« Henry Morton, âgé de 5o ans, matelot, adonné aux liqueui-s fortes, fut reçu à l'hôpital de Saint-Thomas, six semaines après avoir été attaqué d'hydropisie. Ses jambes, peu après son admission , devinrent enflées, s'excorièrent et laissaient couler une grande quantité de sérosité. Il était pâle, respirait avec difficulté et urinait peu. Il prit, à l'hôpital , pendant trois semaines, la teinture de digitale et de scille ; pendant leur emploi, il urina un peu plus qu'auparavant, et l'enflure diminua. Sa guérison néanmoins était très lente , et son urine, exposée à la chaleur, se prenait presque entièrement en une masse solide. Je lui ôrdonnai la teinture de cantharides , d'abord , à la dose de Hio gouttes par jour, en trois doses, puis à celle de 60 , et de nouveau à 5o , car il ne pouvait pas supporter le médicament

HÉPHRITR ALBUMINEUSE CHRONIQUE. V-OQ

sans éprouvei' beaucoup de douleur dans les voies urinaircs, et je desirais qu'il n'en eût pas. Il continiia l'usage du médicament, de cette manière, pendant onze semaines, à la fia desquelles l'enflure avait disparu et l'urine ne contenait plus d'albumine. »

Obs. XXI. — Néphrite albumineuse chronique (hydropisie et urine coagulable) chez un sujet très bien constitué, habituellement expose à l'influence de l'humidité, et adonné aux boissons spiritueuses; mort environ treize mois après le début de l'hydropisie ; reins granulés (4* forme anatomique ).

Lengy, journalier, âgé de 27 ans, entra à l'hôpital de la Charité, le agmaiiSSy."

Cet homme , d'une constitution robuste, a joui , jusqu'à ces derniers temps, d'une santé parfaite, dont le cours n'a été interrompu que par une pneumonie, dont il a été attaqué à l'âge de 20 aps. Il a d'abord fabriqué du noir animal , puis il a préparé l'indigo pour les teinturiers. Les opérations qu'il avait à faire subir à cette substance le forçaient à avoir constamment les mains dans reavi,etles ateliers dans lesquels il travaillait étaient très humides. Yers le mois de décembre de l'année dernière, sans avoir ressenti de malaise, il remarqua que ses jambes enflaient, surtout le soir. Il n'interrompit pas son travail ; et, dans le cours du mois de janvier 1837, son ventre commença aussi à se tuméfier* En même temps, sensibilité extrême à l'impression du froid. Le malade se repose pendant trois mois. Le mal fait des progrès, les jambes et les bourses se gonflent considérablement. Yers la fin de janvier, il entre à l'hôpital de la Pitié, et il y reste pendant quatre mois ; l'hydropisie , après des alternatives d'augmentation et de diminution, finit par augmenter. En même temps, et à diverses époques, sans qu'il puisse les préciser, il éprouve de la diarrhée et quelquefois des coliques. Il n'avait jamais eu de rhumes, et il tousse d'abord le matin, puis quelquefois dans la journée. Cependant les autres fonctions n'étaient pas ou ne paraissaient pas dérangées. Il n'avait pas de fièvre, dormait assez bien, avait bon appétit, et ne maigrissait pas d'une manière sensible. Il n'a jamais reraar-

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