KT BRONCHITE
L'hydropisie avait reparu , et très considérable , quelques jours avant le mois de septembre: les jambes, les cuisses , le ventre et les membres supérieurs étaient enflés. La malade fut reçue à la Charité, le 5 septembre. On constata, dans l'urine, la présence d'une quantité considérable d'albumine, en la traitant par l'acide nitrique et la chaleur.
La malade habitait un premier étage , froid et humide; dernièrement elle avait passé dix jours auprès d'une malade , dans un rez-de-chaussée {Tisane de chiendent avec nître, denx gros ; qnlnlcs de sciile et d'opium; le quart d^alimens ; vin blanc).
Le 5 janvier, l'appétit se conserve ; chaque jour il y a quatre à cinq selles liquides, sans coliques. Toux et expectoration de crachats plus ou moins spumeux; ronchus pulmonaii-e surtout dans l'expiration; les battemcns du cœur sont réguliers ; l'impulsion n'est pas forte. L'hydropisie est générale , la face est peu bouffie, mais le péritoine contient de la sérosité. La malade étant couchée horizontalement, le bas-ventre percuté rend un son mat jusqu'à l'ombilic. L'urine est peu abondante {Tis. de chiendent et reglisse avec ni Ire , un demi-gros ; scille dcvx grains ; opium , un grain ; le quart d'nlimens ; vin liane).
Le 6 , elle se plaint que la partie supérieure et interne des cuisses est couverte de petits boutons, qui donnent beaucoup de sérosité. La malade reste encore levée une grande partie de la journée.
Le 7, la respiration est gênée. Le soir, cette femme se plaint que 3es cuisses et ses bras sont plus enflés; cependant elle reste levée jusqu'à six heures du soir.
Le 8 au matin, la malade est dans xm état très alarmant; ses membies sont considérablement enflés, la respiration est extrêmement gênée. La malade, assise dansson lit, peut à peine répondre aux questions qu'on lui adresse; on ne sent pas le pouls. Malité en avant de la poitrine et derrière le sternum; la malade n'a pas uriné depuis hier ( Une bouteille d'eau de Sedlitz; vèsicaioire sur le sternum; tisane de tamarin); mort à midi.
Autopsie du cadavre, le 10 janvier.
'/■(?/<?. Dans un point qui correspond à la parlie postérieure
ago NÉPHRITE ALBUMINEUSE
du lobe postérieur du cerveau du côté gauche , il y avait, entre les deux feuillets de l'ai'aclinoïde, une couche épaisse d'une ligne et demie de lymphe plastique , ayant la consistance des cartilages accidentels qu'on observe souvent sur les plèvres, sur la rate, sur le feuillet interne de la membrane séreuse du péiicarde.Le feuillet séreux qui tapisse la dure-mère, adhère à celui qui revêt la pie-mère; la dure-mèi-c ne paraît pas épaissie^ni autrement altérée. La pie-mèi'e, dans l'espace qui correspond à cette altération, a subi quelques changemens. La portion qui pénètre enli'e les circonvolutions cérébrales est plus opaque et a augmenté sensiblement d'épaisseur. La substance corticale correspondante a diminué de consistance ; et, si on veut détacher la couche plastique , on enlève une partie de la substance cérébrale: de plus, cette substance a changé presque complètement de couleur, surtout par suite de quelques petits épancheraens de sang sous forme de gouttelettes. Point d'épanchemens séreux dans les ventricules du cerveau et du cervelet.
Poitrine. Epanchement séreux dans les deux plèvres , sans fausses membranes, plus abondant du côté gauche que du colé droit. Les deux poumons sont sans tubercules, sans engorgement; la membrane muqueuse des bronches est très rouge dans toute son étendue , et remplie d'une matière spumeuse. Le péricarde contient un peu de liquide séreux. Le cœur est petit; hypertrophie concentrique du ventricule gauche; pas d'altération des valvules.
Abdomen. Le péritoine contient une certaine quantité de sérosité limpide, sans flocons; les intestins et les autres organes du ventre sont libres d'adhérences. L'estomac et le gros intestin offrent quelques rougeurs. La rate est grosse et consistante ; à la section , le sang qui la remplit ne s'écoule pas. Sur sa membrane péritonéale, on voit une plaque blanche, opaque. Le foie, d'un volume moindre que d'ordinaire, présente un grand nombre de mamelons et de dépressions. Dans les points les plus déprimés , au-dessous du péritoine ou dans la substance du foie, on trouve des espèces de tubercules ou de petits dépôts d'une matière blanchâtre, semi-transparente comme de la cire , consistante comme du suif. A la section , l'aspect de
cette matière est aussi assez analogue à celui d'un marron vert. Ces dépôts, au nombre dedixà douze, d'un volume d'une petite amande , et enkystés , sont tous situés près de la périphérie de l'organe. La substance rouge et la substance jaune sont très distinctes. La vésicule biliaire est saine. Le péritoine et la capsule cellulaire du foie , au niveau des dépressions dont il a été parlé , sont opaques et ont un peu augmenté d'épaisseur. La veine-cave , les veines iliaques et la veine-porte sont sans altération.
Les reins sont plus volumineux que dans l'état sain. Le rein droit est presque complètement décoloré ; sa surface est lisse, semée de petits grains blancs, laiteux (granulations). On remarque quelques vaisseaux sanguins sur la substance corticale, généralement décolorée. Les granulations sont iriégulières , allongées comme des virgules et comme jetées dans la substance corticale. Sur quelques points , plusieurs de ces granulations sont réunies et forment une petite tache blanciie , qui se détache nettement de la substance corticale, qui est grisâtre. Le rein gauche est, comme le droit, lobule et plus volumineux que dans l'état sain ; presque toute la substance corticale est décolorée. Dans trois portions seulement de quatre à cinq lignes d'étendue , le tissu du rein a sa couleur naturelle; la substance corticale est semée de petites granulations blanches ; la membrane fibreuse n'est pas plus adhérente que dans l'état ordinaire. La suiface des reins est restée lisse: leur tissu est mou, sans être plus friable. Les uretères sont sains. La vessie est saine et contient peu d'urine.
§ 566. Néphrite alhumincuse et pnetimoiiie.
\l La pneumonie se déclare assez souvent comme affection secondaire ou comme phénomène ultime dans la néphrite al- Bumineuse. J'ai déjà dit qu'une semblable complication avait été plusieurs fois observée dans la néphrite simple (§ 447 et suiv.) , et j'établirai plus tard qu'elle n'est pas rare dans le diabète. J'ai observé l'inllammation des poumons dans le douzième environ des cas de néphrite albumineuse que j'ai soignés. Dans ce
292 NÉPHRITE ALLUMINKUSIï
calcul, je n'ai point tenu compte d'autres cas moins positifs et danslesquels plusieurs symptômes avaientsemblé indiquer une inflammation ou un engouement du poumon , la guérison des malades, ou le défaut de recherches après la mort, ayant laissé quelque incertitude sur le caractère de la lésion pulmonaire.
Au reste, ces pneumonies secondaires peuvent être plus ou moins étendues et plus ou moins graves. L'inflammation envahit tantôt plusieurs lobes, tantôt tout ou partie d'un lobe; tantôt elle se développe dans plusieurs lobules des poumons. Dans ce dernier cas , les points enflammés , disséminés et isolés les uns des autres dans la substance pulmonaire, forment des noyaux, dont les uns sont à l'état d'hépatisation rouge, les autres à l'état d'hépatisation grise et en tout analogues aux pneumonies lobulaii'es que j'ai vues survenir dans quelques cas de néphrite simple, et presque constamment dans les maladies produites par des poisons morbides ou qui se déclarent quelquefois après les grandes opérations chirurgicales.
Les symptômes de ces pneumonies peuvent être plus ou moins masqués par ceux de l'hydropisie ou par les symptômes de maladies du coeur ou d'autres lésions pulmonaires concomitantes. Je rapporterai, ici, plusieurs exemples de cette complication; d'autres sont cités dans divers paragraphes de cet ouvrage. Rarement il y sera fait mention de tous les caractères de la pneumonie ; les signes stétlioscopiques ont été dilEciles à constater ou ont manqué dans plusieurs cas. Les crachats ont présenté plusieurs fois les caractères de l'inflammation catan bale concomitante et non ceux de l'inflammation du tissu du poumon. Plusieurs fois la pneumonie a été lalente ou au moins méconnue pendant la vie, à cause de la difficulté qu'eût présentée un examen complet de la poitrine. Dans un cas (Obs. xxxi), on nota, pendant la vie, de la dyspnée avec respiration bronchique et râle muqueux ; le lobe inférieur du poumon gauche était enflammé ; les bronches étaient rouges, i 1 existait plusieurs petites masses tuberculeuses aux sommets de deux poumons. Dans un autre cas (§ 54i), les signes caractéristiques de la maladie avaient été notés pendant la vie, et, après la mort , on trouva la partie inférieure du poumon droit cnflam-;
niée ; le diaphragme participait à cette inflammation. Dans deux autres cas, la pneumonie était double. Dans l'un, la malade , obligée de rester constamment assise dans son lit, avait une grande oppression ; l'hépatisation était bornée à la base des deux poumons. Dans l'autre, les deux poumons étaient liépalisés dans leurs deux tiers inférieurs et engoués dans leur tiers supérieur j pendant la vie, obscurité du son produit par la percussion de la poitrine , absence de bruit respiratoire à la base des potimons, râle sous-crépitant à leur sommet, et souffle à leur partie moyenne. Chez un malade , qui présenta les symptômes ordinaires de la maladie, tout le lobe supérieur du poumon droit offrait une hépalisalion grisej les bronches étaient rouges et remplies de mucus, et il y avait environ deux verres de sérosité dans les plèvres. Dans I'Obs. x , la pneumonie se présenta également avec ses cai'actères ordinaires : toux fréquente , expectoration rouillée et visqueusCj râle crépitant, et plus tard souffle bronchique.
Cette espèce de pneumonie est grave , non-seulement parce qu'elle semble emprunter quelque chose de particulier des conditions dans lesquelles elle se développe^ mais encore parce qu'elle est souvent méconnue à son début , et parce que l'état d'épuisement de la constiliilion rend les saignées souvent inefficaces ou tout-à-fait inapplicables. Les résultats de quelques essais que j'ai faits avec le tartre stibié à haute dose, seul ou combiné avec des émissions sanguines, m'ont paru plus favorables ; toutefois, dans la plupart des cas, cette espèce de pneumonie est mortelle.
Plusieurs observations de pneumonie survenue dans le cours de la néphrite albumineuse ont déjà été publiées. Dans un cas rapporté par M. Bright, la pneumonie était lobulaice ( OiJS. xxin, Tahular view) ; dans un autre , elle a été indiquée sous le nom de pneumonie chronique (Ous. lxxxvi), et , dans un troisième cas , comme principalement caractérisée par l'endurcissement du tissu pulmonaire ( Obs. XIX). Au reste, il ne paraît pas que M. Bright ait observé cette complication aussi fréquemment que moi.
Le docteur Gregory a rapporté plusieurs exemples de pneu-r
294 NÉPHRITE albubAneusiî
luonic latente ou accompagnée de ses symptômes oiilinaires. L'exemple le plus marqué de cette dernière forme estl'OBS. xxi v du même auteur. M. Christison a cité deux cas dans lesquels la pneumonie fut latente, et deux autres, qui fuient reconnus pendant la vie , et dont un était accompagné de pleurésie. M. Forgct a aussi rapporté deux exemples bien caractérisés de cette complication (Obs. vet vi).
Sabatier(i) a rapporté une observation de pneumonie développée chez un enfant de huit ans, atteint d'une hydropisie avec urine albumineuse : cette pneumonie paraît avoir été complètement latente.
Obs. XXXVIII. — Népbritc albumiueuse aiguë (urines albnmincnscs ci hydropisie générale) traitée avec succès par des saignées abondantes et des purgatifs. — Nouvelle attaque de néphrite albumineuse aiguë et de pneumonie; mort. — Reins rouges, piquetés, augmentés de poids et de volume; hépatisation grise du lobe supérieur du poumon droit.
Briffer, âgé de 46 ans, Savoyard , homme de peine , d'une constitution athlétique, entra à l'hôpital de laChai-ité, le 26 mai i836.
Il y a six ans , il était palfrenier. Un an après , il se fit lamineur d'or et d'argent, profession dans laquelle il était habituellement exposé à l'humidité. L'hiver dernier, il a travaillé comme homme de peine , exposé à toutes les vicissitudes atmosphériques, étant souvent en sueur et laissant son linge mouillé sécher sur lui. Souvent il travaillait dans des magasins de charbon, toujours humides : la chambre oii il dormait était saine et assez aérée. Tous les matins, il prenait pour deux sous d'eau-de-vie , parce que, dit-il, il travaillait fort, et non parce qu'il aimait le vin ou les liqueurs. Il se rappelle avoir eu un point douloureux au côté droit en 1827 : il resta cinq semaines à l'hôpital Beaujon. Cette maladie fut presque immédiatement suivie d'un érysipèle à la face. Il a eu aussi quelques rhumes pendant l'hiver ; jamais de dartres, jamais de chaudc-pisse. Il a toujours uriné aisément, et n'a observé ni sang, ni glaires, ni pus, ni graviers dans ses urines. Jamais
(i) Archives générales de médecine, 2" série t. v. i834 tp. 369. Obs. ii.
iÉT PNEUMONIE.
il n'a souffert dans la région des reins ; jamais 11 n'a été hydropique ; jamais d'ictère ni d'accidens du côté du cœur.
Depuis cinq jours ^ malaise , point douloureux au côté droit, lin peu de fièvre (deux saignées, l'tine le second jour de sa maladie, l'autre la veille de son entrée à l'hôpital) ; un peu de matitc à la partie inférieure du poumon droit ; respiration faible dans les autres points de la poitrine. Cinq ou six jours se passèrent ainsi , lorsque le malade se plaignit d'avoir, depuis deux jours, les bourses et la verge très enflées. Le ventre, volumineux, rend par la percussion un son mat dans la région hypogastrique. On constate un léger épanchement dans la plèvre droite et une double bronchite, caractérisée par de la toux, des crachats muqueux et du râle sibilant dans les deux poumons. On traite l'urine par la chaleur et l'acide nitrique, et on y trouve une grande proportion d'albumine. L'urine, de la couleur du cidre tué , est acide et fortement coagulable. Du reste, l'émission a lieu sans douleur, et la quantité est en rapport avec celle des boissons; pesanteur spécifique 10 10 ; point de douleur aux reins ; point d'engourdissement dans les cuisses. Ascite, dont le liquide remonte jusqu'au nombril ; œdème considérable de la face, des parois abdominales et des extrémités inférieures, moins sensible aux extrémités supérieures. Langue naturelle, point de nausées, ni de vomisseraens, selles ordinaires; volume du cœur assez considérable, impulsion forte, point de bruit anomal , soixante-douze pulsations par minute , peau chaude , pas de sueurs , très peu de sommeil. ' Le 6 avril (iS'az]5rnee ,• tisane de raifort), pesanteur spécifique du sérum du sang 1024-
Le 7 (ao sangsues à la région des reins).
Jusqu'au 20 avril, la quantité des urines augmente, mais sans diminution de l'hydropisie (le 12 avril, leur pesanteur spécifique est de 1010). Le ventre est toujours énormément distendu ; le scrotum égale en volume la tète d'un fœtus à terme; la peau de la verge est enflée et contournée sur elle-même. Cependant il y a un amendement assez marqué de la bronchite concomitante ; le pouls est tombé à 60. Les urines laissent déposer au fond du vase une assez grande quantité de mucus. Le
UC)G WiîPHKlTE ALBUMINEUSE
i4 - une saignée avait été faite; le sang était un peu couenucux ; le sérum pesait 1022. Pendant six jours, à partir du 20 avril, les purgatifs sont employés {Trois jnlitlcs chacune d'un grain de coloquinte et de ijomme ynttc; on suspend le raifort pcndaiitlti cure purgative) , et provoquent des selles aqueuses et copieuses; mais ils fatiguent le malade sans diminuer riiydropisic. Les urines sont toujours abondantes; elles n'ont plus la couleur de cidre tué dont j'ai parlé, et ressemblent à une limonade forte et trouble, préparée avec des citrons. Peu de temps après leur émission , les urines ont une odeur de petit lait (la chaleur de l'atmosphère est extrêmement forte). Elles sont acides, très coagulahles, et pèsent ioi3. Point de diminution de l'hydropisie, bien que les urines soient toujours abondantes. La lièvre a reparu. Les purgatifs ont semblé plus nuisibles qu'utiles. Le dernier jour oii ils furent administrés, les urines continrent du sang; elles étaient à'unnoïrvio]acé(Tre?itesangsucs sur lu région rénale).
Jusqu'au i6 mars, légères alternatives de diminution et auglucnlatiou de l'hydropisie qui ne diminue point sensiblement, lors même que le malade affirme qu'il uiùne beaucoup plus qu'il ne boit. Le 16 mai, l'endure est extrême, et ou pratique des mouchclures aux jambes, aus cuisses et aux bourses ; beaucoup de sérosité s'écoule; les piqûres de la jambe droite deviennent un peu érysipélateuses : le membre est chaud, rouge et gonflé. Cette inflammation est combattue par deux saignées. Le ventre , qui était extrêmement tendu, ses parois , qui étaient œdémateuses, la face, qui était bouffie, la verge, qui était déformée, les extrémités inférieures, qui étalent si grosses que le malade pouvait à peine bouger, désenflent; partout l'hydropisie diminue considérablement. Il y a de l'appétit, les selles sont régulières; il y a peu ou point de liquide dans les plèvres. Le pouls esta 66 ;le cœur, sausbruit morbide , a, coninie il a toujours eu , une impulsion forte; enfin, les urines, traitées par la chaleur et l'acide nitrique, ne sont plus albumineuses. Jusqu'au 29 juillet, jour oii le malade sort de l'hôpital , l'hydropisie a encore beaucoup diminué; cependant il y a cela de remarquable qu'elle persiste iong-lenips encore, bien que, de-
puis un mois , les urines ne soient plus albumineuses. Ce pliénoniène, inverse de celui qu'on observe ordinairement, fait chercher une cause d'hydropisie dans quelque organe autre que le l'ein, mais vainement. De nouvelles exacerbalions de cette hydropisie décidèrent à pratiquer trois nouvelles saignées (ce qui fait monter à dix le nombre des émissions sanguines par la lancette et à deux celui des émissions locales faites pendant le cours de la maladie). Lorsque le malade quitta l'hôpital , il pouvait être considéré comme guéri. Il n'existait plus d'anasarque:les urines ne contenaient pas d'albumine. Toutes les fonctions se faisaient bien ; le malade était gai et présentait toutes les apparences de la santé.
Il paraît que le surlendemain même du jour oii il sortit, il fut pris de frisson avec fièvre j il tousse, reste alité et n'appelle point de médecin. Dix jours après, il rentre à l'hôpital dans mon service, et, lorsqu'on l'apporta, il mourait d'une pneumonie du lobe supérieur du poumon droit (absence de l espiralion vèsiculaire en ce point, matilé complète, souffle à la i-acine du poumon ; on entend à distance et on sent à la main du râle ronflant et du gros râlemuqueux. Le malade conserve à peine sa connaissance ; sa figure est profondément altérée, la dyspnée est considérable {Saignée ; tartre s tihiè à haute dose). Asphyxie. Mort à six heures du soir. Les urines, examinées cinq heures avant la mort, étaient de nouveau fortement chargées d'albumine.
Autopsie du cadavre. — Tête. Rien d'altéré ni dans les membranes ni dans la substance du cerveau.
Poitrine. Hépalisation grise de tout le lobe supérievir du poumon droit , parfaitement limitée à ce lobe. Le doigt s'enfonce très facilement dans le tissu pulmonaiie, comme dans un détritus purulent ; emphysème partiel du poumon gauche ; les bronches sont remplies de mucosités purulentes. Leur membrane muqueuse est d'un rouge violet; point de fausses membranes, ni d'adhérences aux plèvres ; deux verres de sérosité rouge dans chacune de ces membranes, sans trace de pleurésie (hydrothorax). Le cœur, un peu volumineux, paraît légèrement hypertrophié. Je dirai cependant que le ma-
298 NÉPHRITE ALBUMiNEtTSE
lade était taillé dans de très fortes proportions, et que tous ses organes étaient volumineux 5 point d'altération aux valvules du cœur.
Abdomen. Foie volumineux, gorgé de sang, ainsi que la rate. Tube digestif sain, à part q uelques ecchymoses dans l'estomac et dans la portion moyenne du jéjunum.
Reins volumineux ; le poids du rein gauche est de 7 onces un gros, et celui du droit, qu'on venait d'injecter, est de 8 onces deux gros. Quand la membrane des l'eins est enlevée, on n'aperçoit point de granulations à leur surface, qui présente une foule d'arborisations d'un rouge bleu, et, de petites péléchies ou de petits points rouges , très foncés. Cette injection , presque violette , est semée de taches ou de points d'un rouge brun , donnant aux reins vn aspect comme granité, ou semblable à celui de certains poqiliyres ■ état que j'ai vu plusieurs fois dans le premier degré de la néphrite albumineuse. Les deux reins sont à la même période de la maladie ; à la coupe, même altération ; arborisation légère du bassinet; gonflement considérable de la substance corticale.
Ods. XXXIX. — Néphrite albnmincnse chronique (décoloration jaune j granu- Intions^dc Briglit) ; petit foyer purnlcnt dans les reins ; double pncamonic ; mort.
Petex (Jean-Charles), âgé de So ans , commissionnaire, entra à l'hôpital de la Charité, le 17 novembre 1837, pour s'y faire traiter d'une hydropisie avec urine coagulable.
Cet homme , né en Savoie , est venu à Paris dans le mois de mai 1837. D'une constitution, ni forte ni faible,' il se portait habituellement bien dans son pays ; mais il faisait souvent des excès de boisson , et plus souvent encore des excès de travail. Arrivé à Paris , il a dû se priver de vin et se borner à boire de l'eau et de la bière; il s'est nourri sobrement comme la plupart des hommes de sa condition, et a couché dans une écurie pendant deux mois. Bientôt il a été affecté d'un dévoiement qni a persisté pendant toute la belle saison, et qui a été remplacé dans le courant du mois de septembre par d'autres acci-
deus : d'abord par une toux légère , suivie d'expecloralioii , puis par une infiltration des pieds et des jambes , qui Fa obligé de suspendre ses travaux pénibles de commissionnaire, dès les premiers jours d'octobi'e. Depuis cette époque jusqu'au 17 no- , vembre , le malade est resté au lit et s'est fait soigner dans sa chambre; dans cette première période de sa maladie, il a été • saigné trois fois. A son entrée à l'hôpital , il présentait presque tous les signes d'une néphrite alburaineuse. Il n'a jamais i éprouvé , dans la région des reins, de douleurs qui aient fixé ■sou attention. Le traitement jusqu'au i" janvier consista dans lune saignée, une application de ventouses sur la région des ; reins, deux purgations avec l'eau de Sedlitz, et dans l'usage de la tisane de chiendent nitrée.
Le it* janvier, il était dans l'état suivant: face pâle et maigre, ! lèvres décolorées ; œil lerne , regard abattu ; bord libre des ; paupières rouge et chassieux; nez elElé et rouge j infiltration ( des extrémités thoraciques et abdominales ; tuméfaction du ■ ventre , due non-seulement à l'infiltration de ses parois , mais ( encore à l'épanchement d'une petite quantité de sérosité dans ? sa cavité ; urines claires , n'offrant , douze heures après l'émis- ^ sion , qu'un léger dépôt blanchâtre. Chauffées ou traitées par 1 l'acide nitrique , elles laissent déposer des grumeaux blanchâ- I très, qui ne sont point redissbus par l'action de la chaleur et 1 l'addition d'une certaine quantité d'acide nitrique. Point de douleiu- dans la région du foie, des reins et de la rate. Ces or- . ganes ne présentent pas un volume anomal. Les autres régions de l'abdomen , explorées avec soin , ne fournissent aucun" signe de maladie , soit du tube intestinal , soit de la ' vessie. La langue est pâle et sans sécheresse. Inappétence ; pas de vomissement; detix ou trois selles par jour, sans coliques. I La respiration est xm peu embarrassée. Toux , crachats visqueux. La poitrine , percutée en avant et en arrière , a une moindre résonnance que dans l'état sain, au niveau du tiers inférieur de chaque poumon. Dans ce point, on entend un râle i sous-crépitauL très humide, qui s'étend, en s'affaiblissant, jusqu'à la partie inférieure du tiers supérieur clos poumons. ' Au-dessous des clavicules et au niveau des fosses sus et sous-
épineuses , le murmure respiratoire est très fort. Impulsion du cœur naturelle; point de bruits morbides; le pouls donne 7a pulsations par minute. Le malade est dans un élat de faiblesse qui lui permet à peine de se lever pour aller au bassin , placé à côté de son lit.
Depuis lors, son état s'est aggravé insensiblement jusqu'à sa mort.
Depuis le 6 janvier, le malade a pris le sous-carbonate de fer à la dose d'un scrupule par jour, et deux fois du sulfate de soude à dose laxativej le 22, il se plaint de souffrir beaucoup de la cuisse droite. Tout le côlé externe de cette partie est rouge , tuméfié,'douloureux à la pression (Catajilasme de farine de lin). Le 25 , la rougeur ërysipélateuse de la cuisse a tout-àfait disparu. Le 26 , l'avant-bras gauche est affecté de la même manière dans presque toute la région cubitale {Cataplasmes e'molliciis). he ag , la rougeur a disparu, l-a veille , le malade avait été pris d'une diarrhée coUiquative. Les évacuations alvines deviennent très fréquentes et ont lieu involontairement; la faiblesse augmente de jour en jour au point que le malade peut à peine se servir de ses mains pour prendre sur sa table les boissons qui lui sont prescrites ( lis. de riz , siivp de vinai- (jre; julej) opiacé). La gène de la respiration va toujours en croissant. Absence du mouvement respiratoire à la partie inférieure des poumons; souffle dans leur tiers moyen j râle souscrépitant à leur sommet. Les crachats, visqueux etpurulens, sont expectorés avec une extrême difficulté.
Le sang, vu au microscope, offre un plus grand nombre de globules blancs que le sang sain.
Le i*^"^ février, le dévoiement est moins abondant ; niais il n'y a aucune amélioration dans les autres symptômes. Le malade a pei-du tout espoir. Sa pensée n'est pas toujours libre; il lui arrive souvent de ne pouvoir achever une phrase , après l'avoir commencée. Il s'éteint lentement dans la nuit du 6 au 7 février.
Antopsîe du cadavre. — Etat extérieur. Ascite et œdème considérable des membres thoraciques et abdominaux; face très amaigrie.
ET PNEUMONrïï. 30T
Poitrine. La membrane muqueuse des bronches est pâle. Les poumons sont hépalisés dans leurs deux tiers inférieurs. Le tiers supérieur est engoué de sérosité, mais ne contient point de tubercules. Epanchement d'un demi- litre de sérosité dans chacune des cavités pleurales ; adhérences anciennes du pouiTOon gauche à la plèvre costale. Le cœur est sain ; ses deux [Ventricules contiennent des caillots fîbrineux, qui se prolongent dans l'aorte et dans l'artère pulmonaire.
Abdomen. Il y a , dans la cavité péritonéale , six à huit livres ;de sérosité cilrine , tenant en suspension quelques flocons blanchâtres. L'estomac est enduit intérieurement de mucosités ; adhérentes à sa membrane muqueuse. Celle-ci est piquetée de points rouges, et n'offre aucune autre altération dans sa couleur, dans son épaisseur, ni dans sa consistance. Dans tout le i reste du tube intestinal , la membrane muqueuse est pâle , ainsi ;;que les membranes musculeuse et péritonéale. Le foie et la r rate sont très petits , sans être ratatinés.
Il n'existe point de ganglions engorgés dans le tissu cellu- I laire qui entoure les reins. Dépoviillés de leurs membranes, ces organes pèsent neuf onces. Le rein droit est un peu plus volu- : mineux que le gauche, dont le volume est normal. La capsule li fibreuse adhère fortement à la membrane celîuleuse sous-ja- |: cente. Celle-ci est épaissie au point de figurer une deuxième ; capsule, lorsque la première a été enlevée. Généralement pâle et anémique, la substance corticale est parsemée de taches rouges lenticulaires, les unes plus grosses , les autres plus petites , sur lesquelles on voit un moins grand nombre de granulations blanches de Bright que dans les intervalles qui les séparent. Les taches rouges de la surface pénètrent à une ou deux lignes de profondeur. A la coupe, la substance tubuleuse paraît en partie atrophiée , par suite du gonflement ! de la substance corticale. Les granulations blanches , nombreuses et serrées dans toute l'étendue de cette substance, sont sous forme de rayons convergens vers la base des cônes, qu'elles ne dépassent pas. Ceux-ci ont leur couleur normale et ne présentent point de granulations. Au sommet du rejui gauche, il exwte une tache jaunâtre, dont la
NÉPHRITE ALBUMINEUSÊ
section met à im nu petit foyer puralent et sangulnolenl.
La face antérieure de l'extrémité inférieure du rein droit a une couleur grisâtre, qui s'étend à toute l'épaisseur de la substance corticale. Dans ce point, les granulations de BrigUt sont plus volumineuses et plus apparentes qu'ailleurs.
La membrane muqueuse du bassinet et des calices est taclic" tée de petites ecchymoses. La membrane fibreuse est épaissie ; le tissu cellulaire , environnant les calices , est infiltré de sérosité.
Les uretères , la vessie et le canal de l'urèthre sont sains.
§ 567. L'observation suivante est un exemple du passage de la bronchiteà la pneumoniedans des cas de néphrite albumineusc chronique.
Ods. XL. • — Abus des plaisirs yénériens et du vin, impression du froid cl de riiumiditc; auasarque; urines albumiucuscs;dans le sédiment, globuk -, maqueux, lamelles et cristaux d'acide urique ; râle muqiieux. — Saignée ; raifort; teinture de cantliarides; mort. — BroncUlte; œdème des poumons ; pneumonie partielle, tubercules,- anémie jaune des reins, plus volumineux que dans l'état saiu (troisième forme).
Léaumout (Charles) , âgé de 42 ans, doreur sur bois , entra à l'hôpital de la Charité, le 7 février 18 58.
Cet homme avait la face pâle et bouffie, un peu d'œdème au prépuce , et autour des malléoles j de la céphalalgie 5 de l'inappétence j de la sécheresse à la gorge et une soif ardente. La langue était sale, les digestions étaient troublées par des renvois acides , surtout lorsqu'il avait bu du via à ses repas. La région des reins n'était pas douloureuse, même à la pression. Léaumout toussait un peu, le soir, avant de s'endormir, et expectorait des mucosités spumeuses, filantes, mêlées de petits crachats jauues, sans forme arrêtée, et il ne pouvait supporter la position horizontale s'il n'avait la tête et le thorax relevés par deux oreillers. On entendait à la base de chaque poumon (partie postérieure) un râle muqueux , à bulles égales et Uès abondantes. L'auscultation et la percussion ne fournissaient aucun autre signe, soit de maladie des poumons, soit d'affection du cœur. Le pouls était plein , régulier, un peu accélère , et la peau était sèche. Les urines, jaunes, citrincs, transpareales
ET PNEUMONfE.
et acides, au moment de l'émission, laissaient précipiter une grande quantité d'albumine lorsqu'on les traitait, soit par l'acide nitrique, soit par la clialeur , soit par ces deux réactifs en même temps. Examinées au microscope, elles présentaient quelques globules muqueux et de petites lamelles ; on y voyait aussi une grande quantité de cristaux d'acide urique. L'émission de l'm'ine n'était pas accompagnée de douleur dans la région hypogaslrique, ni dans la verge, ni à l'extrémité . du gland. La pesanteur spécifique moyenne de l'urine, en ' vingt-quatre heures, était de loii.
L... a eu, à l'âge de 5 ans, la petite-vérole, dont il porte de nombreuses marques sur la figure ; à a5 ans, il a été pris d'une fluxioj' 1 de poitrine, et il a été affecté de trois ou quatre blennorrliagies. i traitées parles émoUiens etparla liqueur de Yan-Swielen, et qui i ont duré, chacune, deux à trois mois. La dernière a étéradica- 1 lement guérie , il y a à-peu-près quatre ans. Cet homme, actif 1 et intelligent, doué d'une forte constitution et d'un tempéra- 1 ment lymphatique, sanguin, a été tour-à-tour ouvrier en cuivre éet doreur sur bois, etc. ; états dans lesquels il gagnait ce qui était nécessaire à ses besoins et même à ses plaisirs. Il s'est livré de bonne heure, et avec excès, aux plaisirs vénériens; i vers sa quarantième année , de violens chagrins l'ont conduit à ' l'abus du vin ; toutes les semaines il se mettait une fois dans iun état d'ivresse complet. A partir de celte époque, il a comimencé à maigrir et à pâlir, et ses forces ont sensiblement 1 diminué. Pendant les trois mois qui ont précédé son entrée à l'hôpital, L... a couché dans un rez-de-chaussée froid et hu- ■ mide , dont le plancher était pourri et manquait en plusieurs endroits. Depuis six semaines il a cessé de fumer et de boire du vin ; le vin et la fumée du tabac lui occasionant des renvois chauds et acides, très fatigans. A-peu-près depuis cette [époque, il a été affecté d'un œdème du prépuce et de la verge j commencement d'impuissance. Plus tard, les poignets et la face se sont œdémaliés, et il est survenu un peu de toux. Jamais le malade n'a éprouvé de douleurs dans les jointures, ni dans la I égion du cœur, ni dans celles du foie, des reins et de la vessie. Jamais il n'a eu d'ictère, ni d'hématurie.
3o4 NKPnniTE ALBUMINEUSE
Le 8 février, on pratique une saignée de 12 onces. Une couenne épaisse et à bords retroussés s'est formée à la surface du sang ( 7 hsiz7ie de chiendent , 7iiire 1171 demi' gros')*
Le 9 , l'œdème de la face et des jambes a beaucoup diminué [Bain simple ; même tisane ; le quart d'alimeris).
Le i5 février, le malade a pris froid en sortant du bain. Le fond delà gorge est rouge; la luette tuméfiée et pendante sur la base de la langue ; raouvemens continuels de déglutition rendus très douloureux par la sécheresse des surfaces enflammées. OKdème de l'avant-bras gauche {Garg. èmoUîent; deuxième saiijnèe; bains de fumigations aromatiques]. Le sang est couenneux.
Le 24, au sortir du cinquième bain de fumigation , on s'aperçoit que l'œdème de l'avant-bras a considéz-ablement diminué.
Le a6, après le sixième bain de fumigation, l'effet est tout contraire : l'œdème s'est étendu des jambes aux cuisses et aux parties génitales. Du reste, rien de changé dans l'état du malade, si ce n'est qu'il se décide à passer au lit la plus grande partie de la journée, dans l'espérance de diminuer l'engorgement des extrémités inférieures , ce qui arrive, en effet.
Le 1"" mars , les urines , examinées pour la troisième ou quatrième fois , paraissent plus chargées d'albumine qu'elles ne l'étaient dans les premiers temps. On suspend l'administration des bains.
Le s, complètement dégoûté du régime alimentaire, et voyant son état empirer, L... désire et demande sa sortie. Il s'emporte avec violence, contre les infirmiers , les garçons de bains , et contre les personnes qui l'entourent (i^n grain de scillc ; èmulsien nitrèe; •polioii gommeuse ; lain de fumigalio?is aromatiques ; la de7ni-2)Ortion d'alimens).
Le II mars, L-- reprend de l'appétit et cesse de se plaindre de la nourriture, que l'on varie suivant ses caprices.
Le aS, la scille, à la dose de deux grains, qui d'abord avait semblé augmenter la sécrétion ui-inaire, ayant provoqué du dégoi'it et de la diarrhée , est remplacée par le siroj^ diacode. Suspension de la diarrhée.
Le 3o {tisane de raifort ; êmulst'on nitrfe •Jitlep).
Le 2 avril, vomissemens verdâtres que le malade attribue au raifort. Lps vomissemens se répétant , sans écart de x'égime, on en cesse l'emploi le 19.
Le 20, l'hydropisie est devenue générale; les parois de l'abdomen et du tronc sont envahies ; les parties génitales sont extrêmement tuméfiées par le dépôt de la sérosité; le péritoine en contient une petite quantité. On entend du râle muqueixx à grosses bulles dans les deux tiers inférieurs de chaque poumon.
Le malade n'a plus la force de se lever pour aller au bassin. Il reste, toute la journée, enveloppé dans ses couvertures, se plaignant du froid et d'une sensation pénible de pesanteur générale. Presque toujours assoupi, il craint de faire le moindre mouvement. Il ne parle guère que lorsqu'on l'interroge, et encore ses réponses sont-elles tardives et brèves; sa voix est faible. Inappétence complète ; soif toujours vive. Deux à trois selles liquides, et quelquefois involontaires, par jour. Urines rares. Les qualités physiques et chimiqvies de l'urine sont toujours les mêmes. La quantité d'albumine coagulée par les réactifs est telle qu'elle paraît, à elle seule, former les deux tiers du volume de la colonne du liquide sur lequel on expérimente. L'excrétion de l'urine se fait sans difhculté et sans douleur.
C'est dans ces conditions défavorables que, le 24 avril, on a commencé à donner la teinture de cantharides, à la dose de six gouttes, incorporées dans une potion gommeuse, à prendre par cuillerées.
Le 25, aucun effet sensible.
Le a6,.le malade a vomi sa potion.
Le 27, l'œdème de la face a diminué considéralilement faible retour de l'appétit et des forces. Il n'y a plus do vomissemens. Les selles sont plus rares ( une ou deux en vingt-quatre heures). Point de chaleur en urinant, peu d'érections.
Le 28 elles jours suivans, augmentation progressive de la dose de la teinture de cantharides, jusqu'à 12 gouttes.
Le 10 mai, le dévoiement devenant plus considérable que jamais ( 6 selles séreuses abondantes en vingl-quatre heures), on joint à la teinture de cantharides la gouttes de laudanum.
3o6 NJîPnniTE ALTîunrrNEusE
Los jours suivans, alternalives d'augincalalion el de diminulion dans l'intensité de la diarrhée.
Le 26 mai , l'hydropisie a diminué généralement. Il y a moins de prostration et de vomisseraens. Le malade lui-même se trouve mieux; il demande à manger; cependant , l'écoulement involontaire des matières fécales persiste. Ayant plusieurs fois observé celte diminution de l'hydropisie aux approches de la mort, j'annonce qu'elle sera prochaine.
Le 3o au matin, le malade a le râle précurseur de la mort. Il succombe à 9 heures du matin.
Autopsie du corjis vingt-trois heures après la mort.
Etat extèrietir. Infiltration générale, beaucoup plus prononcée du côté gauche que du côté droit. Les testicules ne sont pas dans les bourses.
Abdomen. Le péritoine contient près de deux litres de sérosité citrine, extrêmement fétide. Les intestins, flottans dans la cavité abdominale, sont pâles et parsemés de quelques plaques grises. Les tuniques du gros intestin sont infiltrées de sérosité. Il n'y a pas d'autre altération dans tout le reste du canal intestinal.
Le foie a déjà subi un commencement de putréfaction (la températui-e atmosphérique est très élevée). Sa couche extérieure est verte dans l'épaisseur de deux lignes, et parsemée de taches noires. Du reste, le parenchyme du foie est sain. La vésicule biliaire contient un liquide jaune-citriu, d'une consistance huileuse, et très fétide. La rate est saine; le tissu cellulograisseux qui enveloppe les reins est infiltré d'une grande quantité de sérosité; les capsules surrénales sont saines.
L'enveloppe fibreuse des reins est épaisse et se détache facilement; mais il reste, sur la substance corticale, des feuilleta opalins qui sont dus à l'épaississement du tissu cellulaire qui unit la capsule à cette substance.
Les deux reins, plus gros que dans l'état de santé , sont augmentés de poids ; ils pèsent chacun 7 onces. La substance corticale est bosselée et marbrée de plaques anémiques et de stries rouges, disposées en étoile. A la coupe, cette substance est généralement anémique et d'un jaune grisâtre ; il n'y a pas de
granulations. La substance lubuleuse a une teinte rouge qui contraste avec la pûleur de la substance corticale. La membrane du bassinet est pâle, et sans épaississement morbide. Les uretères et la vessie sont sains. Les deux testicules, gros comme des œufs de serin, sont couchés sur la face antérieure dupsoas. Les bourses, infiltrées de sérosité, ne présentent point de cavité intéi'ieure.
Poitrine. A l'ouverture de la poitrine , les poumons ne se sont point affaissés. Le poumon gauche, gorgé de sérosité dans les deux tiers supérieurs, est engoué de sang inférieurement ; son bord postérieur est en partie hépalisé ; la plèvre n'offre pas d'adhérence , et ne contient que quelques onces d'une sérosité citrine, analogue à celle de la cavité abdominale, mais sans odeur. Au sommet du poumon existent quelques petites masses de granulations tuberculeuses.
La plèvre a contracté des adhérences très intimes dans tout le contour du tiers inférieur du poumon droit, et à la partie postérieure seulement de ses deux tiers supérieurs. Enti'e ces adhérences, il y a quelques cuillerées de sérosité. Au-dessous de la plèvre costale et de la plèvre diaphragma tique existent, dans le tissu cellulaire épaissi et infiltré, un grand nombre de tubercules jaunes, miliaires ou lenticulaires, isolés ou en groupes. On rencontre aussi quelques tubercules de même nature audessous de la plèvre pulmonaire, entr e elle et le tissu du poumon ; mais ils y sont plus rares et plus petits. Dans le parenchyme du poumon, quelques tubercules lenticulaires ont subi un commencement de dégénérescence crétacée.
En outre , il y a quelques granulations grises, en groupes; au sommet du poumon droit , dont les deux tiers inférieurs sont engoués de sérosité.
Le péricarde contient trois onces de sérosité citrine. Son feuillet viscéral offre une plaque laiteuse, au niveau de l'artère coronaire antérieure.
Le cœur est sain et ne contient qu'un seul petit caillot dans son ventricule gauche. La cavité de ce ventricule est au moins trois fois plus considérable que celle du droit. Les grosses veines contiennent fort peu de sang. Examinés au microscope,
3o8 NlîPHRITE ALBUMINEUSE
ses globules jaunes paraissent irréguliers, comme le fruit du mûrier (apparence que les globules sanguins présentent quelque temps après la mort). Nous n'avons pas aperçu, dans le sang, de globules blancs.
Tête. Les ventricules du cerveau sont remplis de séi'osité limpide, transparente. Leurs parois et les parties centrales du cerveau sont ramollies par la macération. Du reste, la masse encéphalique a peu de consistance.
5 865. Néphrite albumincuse et pleurésie.
Le développement de la pleurésie serait un accident exlrêmemcntrare dans la néphrite albumineuse , si on faisait abstraction des cas oii il était évidem;nent lié , soit à une pneumonie, soit à des tubercules pulmonaires. Le docteur Bright paraît avoir observe cette complication plus souvent que moi : il cite seize cas sur cent, dans lesquels la plèvre a offert des traces d'une inflammation récente ; mais , si on défalquait de ce nombre les cas où celle inflammation a été accompagnée de pneumonie ou précédée de tubercules, et ceux dans lesquels les traces de l'inflammation des plèvres étaient extrêmement légères, le chiffre des picui'ésies secondaires à l'affection des reins, serait également réduit à quelques exemples. Au reste, que la pleurésie soit rare ou fréquente dans de semblables cas, toujours est-il que, dans quelques-uns, au moins, elle doit être évidemment considérée comme une affection secondaire de la néphrite albumineuse. Alors elle se déclare quelquefois d'une manière latente, comme dans plusieurs cas indiqués par le docteur Bright. M. Christison cite aussi plusieurs exemples de ces pleurésies. Dans l'un (Oiis. xiv), il s'agit d'un médecin atteint de l'affection granuleuse des reins, et qui , après plusieurs attaques de pleurésie, succomba à une dernière. Dans un autre (Oj3s. xxviii) , la pleurésie était latente. Dans un troisième, elle était compliquée de pneumonie (Obs. xxix) , et, dans un quatrième , de bronchite (Obs. xv). D'autres fois , la pleurésie se développe d'une manière aiguë , et je l'ai plusieurs fois observée sous cette forme.
Le docteur Gregory cite aussi deux exemples de semblables
£T PLEURÉSIE. SoQ
pleurésies (Ocs, ix et xxi) , et dans l'im d'eux il y avait en même temps pneumothorax.
M. Chiùstison remarque avec raison que ces pleurésies sont le plus souvent opiniâtres , comme presque toutes les affections secondaires qu'on observe à la suite de l'affeclion granuleuse des reins.
Obs. XLI. — Impression de froid et d'humidité; toux; urine rare, fortement colorée, et albumiaense; mort, épanchement pleurétiquc; tubercules dans les poumons, dans le foie, la rate et les reins; reins jaunes et granules.
Forgeot, âgé de 25 ans, maçon, entra à l'hôpital de la Charité le 25 août 1837. Cheveux bruns; corps grêle ; constitution faible; état d'amaigrissement, qui annonce une maladie chronique très avancée; cependant , s'il faut le croire, jusqu'à ces derniers mois, il aurait été assez bien portant. Il se rappelle avoir eu , il y a trois ans , une fièvre intermittente très rebelle. A" la suite d'un de ces accès, il fut pris d'une douleur pongitive au côté droit de la poitrine ; on lui mit des sangsues. Depuis lors il a eu plusieurs fois mal aux yeux , et il a éprouvé de temps en temps des coliques.
H a deux frères , qui se portent bien ; son père et sa mère sont morts âgés.
Arrivé à Paris, il y a quinze mois environ , il habite , depuis cette époque , un rez-de-chaussée peu aéré', fort humide. On voit couler l'eau sur les murs. Il a servi les maçons et gagné à ce trds'ail assez pour se bien nourrir. Il est sobre et n'a jamais fait d'excès. Pendant sept mois , il a continué à se porter assez bien ; puis il a été pris de toux , avec expectoration très abondante , mais sans hémoptysie. Il maigrit rapidement et perdit ses forces; bientôt il fut obligé de garder la chambre. Plus lard il lui fallait rester le plus souvent couché; ses jambes et son ventre enflaient lorsqu'il était debout. Depuis deux semaines, la diarrhée est venue se joindre à ces symptômes; teinte jaunâtre et cachectique de la peau; des ganglions lymphatiques engorgés , forment un cordon assez gros depuis l'apophyse mastoïde du côté gauche jusqu'au milieu de la longueur du muscle aterno-masloïdien du même côté ; du côte
3 10 Nl'îPnniTK ALÏîTTnriNEUSr.
oppose';, une autre iiiasso ganglionaire assez volumineuse exîslc sous l'aisselle. Le malade assure que l'engorgement dans l'aisscUe date de dix-huit mois, et celui du cou de sept mois environ. La face est bouffie ; les parois ihoraciques ne sont pas infiltrées , si l'on excepte la partie voisine de l'appendice xyphoïde. QEdème des parois abdominales. Quelque position que l'on fasse prendre au malade, quelques points du basventre qu'on examine (à part ceux qui sont occupés parle foie et la rate, organes qui ne paraissent pas avoir augmenté de volume), le son rendu par la percussion est clair. Infiltration considérable des jambes ; œdème des avant-bras et du dos des mains dont la peau est très distendue.
L'urine est transparente , d'un rouge foncé , quoiqu'elle ne contienne pas de sang : elle est rare (depuis hier, huit à neuf onces ont été rendues en sept ou huit émissions) ; sa pesanteur spécifique est considérable (ioa8); elle est acide, se trouble et se coagule par la chaleur, et donne un précipité floconneux, abondant par l'acide nitrique : elle ne dépose pas de mucus.
Toux fréquente, pénible, avec douleur à l'épigastre; crachats abondans , très épais et contenant un peu de sang. A la partie inférieure et postérieure du poumon gauche, matité dans l'étendue de plusieurs travers de doigt , avec absence de la respiration dans le point correspondant ; mais on n'entend point d'a3gophonie ; râle muqueux dans d'autres points de la poiti'ine. Au sommet du poumon droit, gargouillement avec souffle et pectoriloquie. A gauche, dans le point correspondant, râle muqueux à bulles plus grosses que dans le reste du poumon. Langue assez humide, inappétence, coliques (sept ou huit selles par jour).
Point de palpitations, ni de battemens du cœur; pouls donnant cent pulsations par minute. La sueur est presque exclusivement bornée à la tête {Saignée de quatorze onces, riz gommé , bouilloti); le sang est couenueux. Un peu de mieux parut suivre l'emploi de la saignée , mais ne fut pas de longue durée. L'urine conserva les mêmes qualités et ne fut pas sécrétée en plus grande abondance. Une hémoptysie survint quelques jours après. L'épanchemcnt pleurélique du côté gauche augmenta ; l'état du malade
ET PLEURlisiE. 3ll
s'aggrava rapidement, et il mourut le ii septembre 1807, dixsept jours après son entrée à l'hôpital.
Aîitopsie du cadavre , le septembre , quarante-deux heures après la mort. — Etat extérieur. Maigreur, œdème ti'ès considérable des membres supérieurs.
Poitrine, Le poumon gauche refoulé contre la colonne vertébrale par un épanchement séreux très considérable, offre une caverne tuberculeuse à son sommet ; dans tout le reste de sou étendue il est infiltré de tuberciiles. Le poumon droit, adhérent à la plèvre costale, dont on ne peut le détacher sans le déchirer, est encore plus infiltré de tubercules que celui du côlé opposé; des adhérences très intimes confondent les deux portions de la plèvre. Sur la plèvre gauche, on trouve, surtout à la partie supérieure , un grand nombre de granulations dont les unes sont évidemment formées de matière tuberculeuse, et les autres de cette matière plastique qu'on voit quelquefois dans les inflammations séreuses dites granuleuses. La merabrame muqueuse desbronches et celle du larynx ont une couleur livide. Les ganglions bronchiques sont entièrement tuberculisés. On trouve aussi, dans le médiastin postérieur, quelques masses tuberculeuses. Le cœur est petit; les parois du ventricule gauche très épaisses, relativement à la dimension des cavités; les valvules sont saines. Lividité cadavérique de la membrane interne du cœur et de gros vaisseaux.
Ahdomen. Epanchement assez considérable , dans le péritoine, d'un liquide transparent, de couleur citrine. Le péritoine des "parois abdominales et celui qui enveloppe les intestins sont parsemés des deux espèces de granulations observées sur la plèvre gauche; elles sont, en général, plus volumineuses. Au-dessous du péritoine, on trouve un grand nombre de masses tuberculeuses; les plus considérables sont situées dans le mésentère, le long de la colonne vertébrale. Les tuniques de l'estomac et de l'intestin sont œdémateuses. L'estomac offre , à sa face interne, quelques arborisations vasculaires; dans toute l'étendue de l'intestin , la membrane muqueuse est paie et sans ulcération. Les follicx\le3 ne sont pas plus développés que dans l'état sain ; le gros intestin coulienl quelques matières jau-
3l2 NKPHRITii ALBUMINEUSE
nâtres et liquides. Le foie offre , à sa surface , plusieurs masses tuberculeuses; son tissu est ferme, sa substance est rouge; on ne distingue pas de substance jaune. La rate est très volumineuse; son tissu est rouge et ferme; on trouve, à sa surface et dans son épaisseur, un certain nombre de petits noyaux tuberculeux.
Les deux reins pèsent neuf onces trois gros; la membrane fibreuse s'enlève assez facilement. Ils sont lisses à leur surface , pâles, un peu jaunes, et parsemés de petits points blancs que j'ai comparés à des grains de semoule. Ces points d'un blanc mat (granulations), paraissent voilés , comme s'ils étaient recouverts d'une membrane transparente. Sur la coupe , les granulations , dans la substance corticale , sont plus abondantes : il n'en existe pas. dans la substance tubuleuse qui contient un peu de sable urique. On voit, en outre, plusieurs noyaux tuberculeux de différentes grosseurs dans les deux substances rénales.
Tête. Le cerveau est excessivement mou, diffluenl; ses membranes sont saines.
Obs. XLII, — Première .iHaquc (i'bydropisic avec urine coagulable ; gncrison de l'iiydropisie ; deuxième .Tttaqnc d'bydropisie, et urine fortement coagulable. — Bronebitc, pleurésie, tubercules pulmonaires.
iVubry, âgée de 19 ans, blancbisseuse., entra à l'hôpital de la Charité le i5 septembre i835.
Cette malade avait déjà été dans mon service, pour une hydropisie avec urine coagulable, et elle en était sortie, après la guérison de l'hydropisie , l'altération de la sécrétion urinaire persistant. Depuis, elle a été à l'Hôtel-Dieu, à deux reprises différentes ; elle a quitté cet hôpital, en septembre, pour rentrer à la Charité. Pendant son séjour à l'Hôtel-Dieu, la présence de l'albumine dans l'urine a été également constalée.
D'une sanlé auparavant fort bonne, cette femme n'a jamais eu que la petite-vérole. Réglée à quinze ans, la menstruation s'est bien faite iusqu'à dix-sept ans et demi, époque à laquelle, à la suite d'une perte, les règles se supprimèrent. L'enQurc
ET PLEURÉSIE. Sl'6
àa ventre commença immédiatement} les membres inférieurs lie devinrent œdémateux qu'un mois pluS^lard. Blanchisseuse de son état, elle n'allait au bateau que deux fois la semaine; les autres jours, elle repassait dans une chambre humide. A j);u t cette circonstance, on ne trouve aucune cause à laquelle on puisse attribuer son mal.
A l'époque oli sa maladie commença ( la première apparition de l'hydropisie remonte à un an ) , cette femme avait , dans les reins, des douleurs si vives qu'elle ne pouvait plus se tenir debout pour travailler.
Le 3 janvier, hydropisie générale, excepté aux membres supérieurs; la figure est bouffie , les jambes et les cuisses sont j énormément tuméfiées; le ventre est développé comme dans > une grossesse à terme ; la peau est partout d'un blanc mat. Le ; niveau du liquide dans l'abdomen remonte jusqu'au nombril ; :et\a. fluctuation y est très manifeste. Du reste, le ventre esttout- 1 à-fait indolore ; il n'y a également aucune douleur au foie, ni ià la rate.
Langue naturelle , peu de soif, peu d'appétit, point de nau- Msées, ni de vomissemens; selle naturelle tous les jours, et sans iicoliques. Point de bruit morbide au cœur, dont les battemens «sont très distincts ( 84 pulsations par minute ) ; pouls petit ; un lipeu de gène dans la respiration (pendant son séjour à l'Hôtel- Dieu, la malade a eu une pleurésie avec épanchement). Dans toute l'étendue de la poitrine, on entend les râles de la bronchite , le sibilant , le ronflant et le muqueux à petites bulles ; à i. gauche, la sonorité de la poitrine est légèrement diminuée. ' Douleurs générales dans les lombes et dans les flancs, sans f[ue la pression sur la l'égion des reins les exagère particulièinent ; la malade peut à peine se mouvoir dans son lit; mais f 'est surtout à cause de son hydropisie et de la masse qu'il lui faut soulever, quand elle veut se mettre sur son séant. Elle n'a point de crampes, ni de douleurs dans les jambes.
Urines peu abondantes, louches, coxdexir de cidre tué, laissant déposer un sédiment grisâtre de deux à trois lignes de liauteur; par l'acide nitrique, pi'ccipité blanchâtre très abonclant de flocons semblables à de la cire blanche et remplissant,
3l4 NÉPHRITE ALBUMIJSEUSE
lorsqu'il est entièrement opéré, presque toute la colonne tUi liquide sur lequel on expérimente ; même précipité par la chaleur, avec écume blanchâtre au-dessus du liquide {Pettl-luil avec crème de iartre; j)oiion gommeuse ; le i?4 cÛalimens).
Le 10 janvier, l'hydropisie n'a point diminué; les jambes sont énormément distendues et douloureuses; elles s'éraillcnt spontanément et rendent, tous les jours, une grande quantité de sérosité; diarrhée ( cinq à six selles par jour ). La langue reste parfaitement naturelle ; la bronchite est accompagnée d'une abondante expectoration; le pouls donne cent pulsations par minute ; les purgatifs ont déterminé la diarrhée, sans diminuer l'hydropisie (on cesse la crème de tarti'e). Vomissemens après le dîner ; ils se répètent les deux jours suivans.
Le iC, la diarrhée diminuant à peine, six sangsues sont posés à l'anus; amélioration; nouvelle application de huit sangsues, le i8.
Le a4 janvier, les jambes ont pris une couleur érythémateuscj par suite de l'extrême distension de la peau.
Le 25, amélioration notable; l'hydi-opisie des membres et de la face a sensiblement diminué, ainsi que l'épanchement abdominal ; la malade peut s'asseoir, ce qu'elle ne pouvait faire depuis long-temps, à cause du volume du ventre. Deux selles seulement par jour ; changement très remarquable dans l'état de la respiration , qui est beaucoup moins gênée ; il y a peu de toux, et on entend moins de râle; mais il n'y a point de rapport entre l'améUoration des symptômes généraux et l'état de l'urine aussi fortement albumineuse qu'auparavant , et toujoms d'une faible pesanteur spécifique; seulement, sa quantité est plus considérable.
Le 12 février, les mêmes accidens se renouvellent; l'hydiopisie, après toutes ces oscillations, augmente de nouveau; le ventre est tacheté de vergetures blanches; la bronchite devient plus intense; râles muqueux et sous-crépilant; vomissemens et nausées; urines rares, contenant toujours une très forte proportion d'albumine ( cautères à la région des reins; frictions de scille et de digitale sur le ventre ; luvcmenl d'amidon et de laudanum).
ET PLEURlîSlÈ.
Le S mars , vomissemetis et diarrhée ; cependant la langue ,1 loul-à-fait nette; labronchite s'exaspère; le pouls donne cent pulsations. L'hydropisie est stationnaire. Jusqu'au 20 mars, la malade avait encore résisté aux accitldens, et lutté sans trop de désavantage, dans ces continuelles alternatives de mieux momentané et de pire prolongé ; mais, à commencer de cette époque, la faiblesse générale augmente, la : face pâlit et maigrit considérablement, et la malade s'éteint le 1 2 avril , sans que de nouveaux symptômes aient apparu.
Autopsie du cadavre , le 3 avril, trente-six heures après la 1 mort.
Etat extérieur. Tous les tissus sont d'une pâleur extrême. I La peau est d'un blanc mat des plus prononcés. Les parties '.génitales externes sont couvertes d'excoriations qui s'éten- 1 dent dans les plis des aines. Les membres inférieurs sont inf filtrés de sérosité, qui s'écoule abondamment par des incisions t! que l'on pratique dans le tissu cellulaire sous-cutané. La figure c est bouffie.
Téte. Le cerveau ne présente rien de remarquable , si ce ! n'est un é^.at général d'anémie , et surtout une pâleur très I notable de la substance grise.
■Poitrine. Le cœur, sain dans toutes ses parties , est un peu f décoloré et très petit. Peu de sérosité dans le péricarde. Toute \ la surface convexe et la base du poumon gauche sont revêtues i d'une couche épaisse de fausses membranes , en nappe uni- I forme ou réticulée. Une autre couche de fausses membranes I reste appliquée contre la paroi pectorale, correspondante. Cette ^ seconde couche pseudo-membraneuse a une épaisseur plus ( considérable que l'autre: elle va, dans quelques points, jusqu'à deux à trois lignes. Sa surface interne présente aussi l'as- I pect réticulé ; mais , en outre , elle offre , dans toute sa moitié 1 inférieure , des brides nombreuses , étendues en divers sens , t en manière de cloisons, qui séparent de petits foyers, remplis d'une sérosité blanchâtre et floconneuse. D'autres, surtout dans la moitié supérieure de la poitrine , plus minces et plus faibles , paraissent résulter d'un travail pleurctique plus récent , qui serait venu se greflcr sur une pleurésie antérieure.
3l6 NÉPHRITE ALBUMINEUSE
Tout le lobe supérieur du poumon gauche est infiltré de tubercules qui lui donnent une densité considérable : il se précipite rapidement au fond de l'eau, dans laquelle on le projette. Au milieu de ces tubercules, qui ne sont pas tous encore en plein ramollissement, on voit plusieurs cavernes* La plus grande , située à la partie inférieure et latérale de ce lobe, tout près delà scissure, recevrait à peine une grosse aveline. Au voisinage et à un demi-pouce environ de celte caverne , on trouve une portion de tissu pulmonaire lout-à-fait saine , et circonscrite de tout côlé par une infiltration tuberculeuse. Le lobe inférieur de ce poumon est exempt de tubercules , mais il est œdémateux.
Le lobe supérieur du poumon droit est aussi farci de tubercules , mais en moindre quantité que celui du côté gauche. Un grand nombre de ces tubercules sont convertis en de petites cavernes, qui permettent à peine rinlroducliou de l'extrémité du doigt auriculaire ; les deux autres lobes ne contiennent pas de tubercules, mais ils sont œdémateux, et leur bord libre et mince est légèrement emphysémateux. Toutes les bronches offrent une rougeur assez intense.
Abdomen. Le péritoine contient environ un seau de sérosité transparente , jaune verdâtre et mousseuse. Tous les organes abdominaux sont blafards , mous , comme macérés par cette sérosité (i) , qui les inondait. Toute la membrane muqueuse gastro-intestinale, remarquable par sa décoloration, ressemble à du parchemin , long-temps macéré dans de l'eau tiède ; mais elle n'est pas sensiblement ramollie. Dans tout le tube digestif, un seul point présente de la rougeur : c'est le grand cul-de-sac de l'estomac, vers l'orifice cardiaque. Cette rougeur est violacée et ecchymotique. Le foie, un peu augmenté de volume offre, à un haut degré, l'altération connue sous le nom de foie gras. La vésicule contient peu de bile, filante, d'un vert jaunâtre. La rate est petite, flasque, partout revêtue d'une couchemince de fausses membranes, criblée d'une foule de petits points brunâtres , gros comme la tête d'une
(i) M. Guibourt a constaté la présence de l'urce dans cette sérosité.
ET PLEURÉSIE. Siy
éépingle. Après avoir fendu la rate , en raclant avec le dos d'un lecapel, on enlève, avec la plus grande facilité, le sang, dont elle œst pénétrée, qui est diffluent comme de la lie-de-vin. La -j'ate ne contient point de granulations analogues à celles des ^reins.
Les deux reins, plus volumineux et plus pesans que daïis '{'état sain, ne sont nullement déformés. Tous deux sont remarquables par la régularité de leur gonflement. Leurs membranes sont plus adhérentes que d'ordinaire, mais non ppaissies. L'altération est à-peu-près la même dans les deux ffeins. A l'extérieur, la substance corticale , généralement pâle , sest criblée de petites granulations d'un blanc mat laiteux , les iKines ressemblant à des grains de semoule , les autres en forme de queue, comme de petites virgules. On voit aussi, çà et là, de petites arborisations rougeâtres en étoile, de diverses nrandeurs. En fendant les reins, de leur bord convexe à la S cissure, on voit, qu'à la base des cônes, la substance tuudeuse, dont la substance corticale a envabi la place, est t léformée, ratatinée ou disposée en gerbe. Du reste, la substance ubuleuse paraît saine. Les bassinets sont d'une blancheur actescente, sans traces d'arborisation. La seule différence litre les deux reins porte sur l'état de la substance corticale; I lie du rein gauche est plus uniformément parsemée de gramlatious 3 elles y sont, pour ainsi dire, confluentes, tandis [ue, dans le droit , il y en a un peu moins. Sa surface offre seucraent quelques points blanchâtres. Sa teinte est généralement ileuâlre.
La membrane muqueuse de la vessie est aussi pâle que celle le l'intestin, et de plus il y a, vers le bas-fond, un œdème remgir- [uable du tissu cellulaire sous-muqueux et qui la fait paraître ransparente. Cet œdème occupe l'étendue d'un petit écu de 3 "rancs. La matrice a une aussi petite dimension que celle d'une oune fdle non encore pubère : son tissu est anémique. Dans 'ovaire gauche , il y a un petit kyste séreux.
Ç r>Gg. Dans le cas suivant, l'épanchement pleurétique, qui 'compagna l'anasarque, présenta plutôt la marche et les sympomes de V hydrothorax , que ceux d'une véritable pleurésie.
TVlïPnRITE /VLBUMINKUSK
Ons. XLIII. — Népliritc albumineuse (bydropisic et urines albumiucuscs); léger ci>ancliemcnt pleurctique. Saignée, diète lactée, purgatifs , eau de Sediitz. Guérison.
*Lelong (Marie-Geneviève), âgée de 35 ans, cliaussonnière , entra à la Charité, le 12 novembre i836. Depuis quinze ans, celte femme n'a jamais eu d'autre maladie que des migraines, qui sont devenues de moins en moins fortes. Dans ces derniers temps , elle était sujette à de légères indispositions au moment de ses règles. Mariée, elle n'a pas eu d'enfans. Depuis six semaines seulement, elle demeure dans une rue humide, au rezde-chaussée , dans une petite chambre , également très humide. Auparavant elle logeait au qualiième étage. Il y a trois ans .elle fit une chute sur l'angle d'une commode , et la région de la rate fut contuse. Une saignée et vingt sangsues calmèrent la douleur vive qui était résultée de cet accident. Jamais les voies uiinaiies n'ont présenté, à la connaissance de la malade, de phénomènes morbides.
Celte femme s'est aperçue, il y a tiois jours, qu'elle avait la figure bouffie et les jambes euUées ; jamais auparavant elle n'avait eu d'hydropisie.
Pas de douleurs dans la région des reins , même par une pression assez forte. Les urines ont une teinte jaune- brun foncé, et donnent un dépôt abondant de mucus sanguinolent. Traitées par l'acide nitrique et la chaleur, elles fournissent un précipité très épais d'albumine: elles sont acides , et leur pesanteur spécifique est de 1019. Le ccfeur a un volume normal; lerhylhme des ballemensest régulier ; le pouls esta 90. Point de bruit morbide au cœui'. Le foie n'est ni plus petit , ni plus gros que d'ordinaire. La malade n'a jamais eu de palpitations, ni de jaunisse.
Langue un peu sèche et sale; soif ; pas de vomissemens, de nausées ni de hoquet; constipation depuis quatre jours; poml d'apparence de tumeurs dans le ventre, qui est indolent; du liquide dans l'abdomen. Bonne sonorité dans toute l'étendue de la poitrine ; respiration rude; un peu de toux. Peau chaude ; pas
ET ŒDÈME PTILMONAIRE. Sig
(le sueurs; face pâle, œdémateuse; infiltration des extrémités inférieures et supérieures {Saignée de douze onces ; limonade j nualre tasses de lait). Le sang est couenneux, et a donné beaucoup de sérum ; le caillot est retroussé ; pesanteur spécilique 1026. Du iS au 29, augmentation du malaise général, de la dyspnée et de la bronchite. Une bouteille d'eau de Sedlilz produit douze à quinze selles; soulagement. L'hydropisie diminue un peu.
Même état des urines{Petit lait; diète lactée). . Le i*"" septembre , urines pâles et moins albumineuses ; la bronchite s'est singulièrement amendée. La fièvre est tombée •(70 pulsations) ; l'appétit est revenu, et les selles sont régulières. L'hydropisie extérieure ayant diminué , on s'aperçut ce jour-là : qu'il y avait un épanchement dans la plèvre gauche ; matilé , ; regophonie, respiration sans râle. Deux autres purgations firent disparaître complètement les restes de l'hydropisie et l' épanchement ; et, le 19 septembre, jour oùla malade quitta l'hôpital, la face n'était nullement bouffie ; et ni les jambes ni les bras m'étaient enflés. La respiration était libre et pure; les fonc- ; lions digeslives s'accomplissaient régulièrement.
Les urines ; examinées avec soin , contenaient encore un peu ■.de mucus 5 mais l'acide nitrique ne put y faire découvrir la umoindre trace d'albumine.
§ 570. L'œdème pulmonaire, avec ou sans bronchorrhée, est, 1 après la bronchite, la plus fréquente des auti-es lésions des pourmons qui peuvent survenir dans le cours de la néphrite albu- ' mineuse. Sur cent cas de néphrite albumineuse, M. Bright l'a noté trente-et-une fois, et je l'ai observé également dans le tiers des cas mortels. Les bronches sont plus ou moins remplies d'un liquide aqueux ou spumeux; à la coupe il s'écoule une grande quantité de ce même liquide , qui sort en nappe lorsqu'on comprime le poumon . Les seules affections qu'on pourrait confondre, l>f!ndant la vie, avec cet œdème , sont : l'engouement pulmonaire ou un léger épanchement séreux ou séro-sanguinolent iliins les plèvres. Toutefois,"dans l'engouement pulmonaire, le son, quoique obscur, est loin d'avoir la malité des épanchemens pleurétiques; et, dans l'engouement des poumons, le râle S0US7
320 NlÎPnniTE ALBUMINFUSE
crépitant est moins sensible que dans l'œdème, et quelquefois • même ce râle manque tout-à-fait.
§ 571, Certaines dyspnées, indépendantes de la bronchorrhée et de l'œdème puliflbnaire , et qui se déclarent dans le cours de la néplirite albumineuse , sont causées par un engouement de la partie posléi-ieure du poumon. Cet engouement pulmonaire s'opère ordinairement d'une manière lente et progressive, à la suite de bronchites capillaires. En même temps les grosses bronches contiennent quelquefois de la sérosité rousaâtre ou sanguinolente.
§ 572, On trouve quelquefois des portions des poumons cmphysèmaleuses , chez des individus qui meurent de la néphrite albumineuse ou des affections secondaires qu'elle entraîne à sa suite; le plus souvent, il y a, en même temps, d'autres lésions pulmonaires plus ou moins graves.
§573. Je rapporlerai un cas de néphrite albumineuse compliquée A' apoplexie jmlmonaire. Les doctevirs IJright et Gi-egory en ont également cité des exemples (Bright, Tabttlar vieio, Ous. XLix, L, 111 et xciv ; Gregory Ous. v).
§ 574. Un cas indiqué parle docteur Gregory, et un autre par M. Bright, établissent la possibilité du développement de la gangrène du poumon, à la suite de la néphrite albumineuse. Le malade du docteur Gregory n'était point bydropique ; son urine ne fut point examinée pendant la vie; mais une petite quantité d'urine trouvée dans la vessie après la mort, était coagulable; les reins étaient marbrés par l'effet d'un mélange de parties blanches et pourpres, et il y avait , dans l'intérieur de la substance corticale , une matière gramdeuse grise qui avait aussi envahi la substance tubuleuse. Une portion considérable du poumon droit était gangrénée, et les autres parties de l'organe étaient denses et friables; le poumon gauche était dense et infiltré de sérosité. M. Bright cite dans son tableau (rfirAj/^ffr vieio Obs. lx) un cas de gangrène du poumon droit avec épanchement pleurétique; M. Bright dit que les reins étaient mous {sofO (première ou deuxième forme) ; il ne dit pas si le malade était hydropique.
Çi 575. A l'occasion des lésions pulmonaires, je crois devou-
ET CARBONIS/\.TION DES POUMONS. Sai
rappeler que M. Brighta trouvé une fois Tarière pulmonaire obstruée par des caillots fibrineux dans un cas de néphrite albumiueuse^ chez un malade qui mourut subitement ; la veine porte et la veine splénique étaient également obstruées par des caillots.
Enfin, le docteur Gregory cite (:) l'histoire fort remarqxiable d'un homme âgé de 09 ans qui travaillait depuis plusieurs années dans une mine de charbon de terre; cet hom^ne devint hydropique ; ses urines étaient albumineuses, et après la mort on trouva les reins granulés. Mais, ce qui est parliculièrement remarquable dans ce fait, c'est que le docteur Gregoiy assure que M. Ghristison trouva, dans les poumons, une matière noire qui brûlait comme du charbon , ne se décolorait point par le chlore comme la mélanose, et dont il obtint, en la soumettant à l'action de la chaleur, des principes analogues à ceux qu'on relire du charbon de terre. Les poumons présentaient à la coupe une couleur noir-charbon, uniforme Jans toute leur étendue ; le poumon droit offrait, dans ses lobes supérieur et moyen, plusieurs cavités larges et irrégulières, traversées par des vaisseaux etdesbandes desubstancepulmonaire,et qui communiquaient les unes avec les autres; ces cavités, comme leur parois, contenaient un liquide noir; la substance pulmonairequi entourait ces cavités était dense et friable. Le reste du poumon était dense et œdémateux. La sérosité exprimée du poumon avait la même couleur noire. Il n'y avait aucune cavité dans le poumon gauche; mais il était dense et fortement infiltré de sérosité noire. Dans diverses parties des deux poumons on sentait de petits points durs qui avaient la même couleur que le tissu pulmonaire environnant; point de traces de tubercules .
(t) Edinb. med. and suig. Journal, vol. xxxvr , pag. 34i-3go. — Je n'ai jamais observé celle carbonisation du poumon, qui paraît dislincte de la mélanose, et sur laquelle M. Graliam {On the existence ofcharcoal in the ïungs. — Edinb. med. and surg. joura., vol. xlii, p. SiS), et M. William Thompson {On hlack expectoration and ihe i'eposition of black matter in the lungs particularly as occurring in coal miners, etc. Londoa, 18 j8) ont publié aussi des observations. Il faut rapprocher de ces faits une observation de M. Boaillaud ( Traité clinique des maladies du cœur, 2" cdit. t. 11, p. 394).
§ 576, Néphrile albnmineiise et phthîsîe -pulmonaire.
Les auteurs /{ui onticrit, da«S£es derniers temips, sur lu phthisie pulmonaire et ses compUcations, n'ont point faix mention de l'hydropisie,, avec urine coagulable , qui ;survienl quelquefois dans son cours , et des lésions rénales- donl cette liydi'opisie est le principal symptôme. Cependant le développement de la néphrite albumineuse chronique dans une période plus ou moins avancée de la phthisie pulmonaire est un des accidens les plus'graves de cette maladie.
Le docleiir Bright(i) dans son premier travail, piiblié en 1827, a rapporté un exemple de celte complication sans t» tirer d'induction. Depuis long-temps (2); j'ai signalé l'influence remarquable que la phlhisie pulmonaire exerce sut le déweloppement de la néphrite albumineuse. M. Briglit a donné, dans son tableau {Tabular view}, en i836, l'analyse de quatre cas de phthisie progressive et d'un plus grand nombre d'autres où les tubercules pulmonaires, enpetit nombi'e, étaient restés pendant long-temps stationnaii-es , chez des individus atteints de cette affection des reins; mais il s'est trompé, suivant moi, en éjneltant cette proposition : que x:es maladies ^la phlhisie et l'^f-
(1) Briglit. Reports of médical cases, pag. i4. in-4. 1827.
(2) Voici comment s'exprimait, en i833, un de mes élèves, M. le doolenr Tissot, dans sa dissertation inaugurale' {Be l'a/Jfeclion granidxiise dts reins. Paris. i833. p. 63) :
« Nous avons dit quelque part^que :noai avions troar» des Atlieroules chez sept des malades dont nous rapportons les observations; nous n'eussions peut-être pas tenu compte do cette maladie comme prédispp^ition, sans une circonstance qui est venue nous en révéler toute l'influence. Deux plilhisiqnes sortent de l'hôpital saus présenter la moindre trace d'albumine dans leur urine ; ils rentrent trois semaines après : l'un, porteur d'un œdème aux extrémités inférieures, l'autre, sans InEltration quelconque; et leurs- urines; soumises aux rca.ctifs ordinaires, donnent le précipité albumiueux qui déno'.e la maladie des reins. Un seul es,emple serait insigniCaiU; mais donv ont une valeur qui doit être prise en cousidératiou. »
Sur xvti observations rapportées par M. Tissot, il y en a sept dans lesquelles la complication de l'affectioa granuleuse des reins avec la phlhisie pulmonaire est indiquée.
ET PHTHISIE PDLMONAIJIE. SaS
ection rénale) sont si loin d'être liées entre elles que la condiou du corps, dans la maladie rénale , est défavorable à l'exisuce de la phthisie et que la constitution tuberculeuse ne prédispose pas.à l'affection des reins, (i)
M. Chrislison. ne fait point mention de cette complication • lajQS son premier tra-yail. M. Gregory dit, d'une manière gé-, !iéi'ale,que la détérioration de la constitution chez les indivi- ,lu3 qui sont ordinairement atteints de l'affection granuleuse des eius rend compte de la coïncidence fréquente de cette maladie vec la pbtbisie, les maladies du cœur (a), de l'aorte, et aveç des tubercules du foie.
M. le docteur Mar tin-Sol on (3) a vu aussi que les affections tuberculeuses des poumons se rencontraient quelquefois en même temps que les lésions rénales de Brightj mais il pense (et en cela il se trompe) que la phthisie n'a aucune influence sur le développement de l'albuminui'ie.
M. Christison , au contraire , a émis récemment , une opinion tout-à-fait en rappoi't avec la mienne, en disant que la maladie granuleuse des reins se développe quelquefois comme affection secondaire dans la phthisie tuberculeuse.
En faisant des recherches, d'une manière générale, sur les urines des malades de mes salles, j'ai trouvé nombre de personnes atteintes de phthisie pulmonaire , et qui ne présentaient aucune apparence d'hydropisie , ni aucun autre symptôme que ceux de la phthisie pulmonaire ou de la cachexie tubercule use,ex-
(1) « From which we should perhaps be inclined to infer, tbat sa far from thèse diseases being associatedj tbe condition of the body in tbis form of rénal discase is unfavourable to tbe existence of pbtbisis, or tbat it is cerlainly net peculiarly apt to occur in tuberculotis constitutions. » {Guys Ilospiltil Reports, n. ir. i836. p. 897).
(2) J'ai établi que c'est par une^toute autre cause que la détérioration de la constitution, que l'urine se cbarge quelquefois d'albumine, ou 8« cotnpliqae de néphrite albnmineuse, dans les maladies du cœur.
(3) Martin-Solon, Be l'albuminurie, p. 3o8. « On trouve piqsieuts, fftits dan& les observations de M. Gregory, et parmi celles quç dqus : avons . publiées, qui prouvent que ces affections (phtbisic et albuminurie) peuvent e«ster simultanémsat; mais nous croyons que c'est pw simple coïncidence.»
ceplé que leurs urines étaient notablement chargées d'albumine.
Le plus souvent l'urine devenait laiteuse par l'addition de l'acide nitrique^ qui donnait lieu à la formation d'un coagulum très divisé , lequel restait long temps en suspension dans le liquide. Les malades n'éprouvaient point de douleur rénale. Lorsqu'ils avaient de la diarrhée ou des vomissemens, ces accidcns pnraissaient dépendre de l'affection tuberculeuse. Cet état de l'urine continuait jusqu'à la mort.
Plus souvent , après un temps plus ou moins long, il se manifestait, cliez ces malades, une anasarque ordinairement légère, commençant par les extrémités inférieures, puis devenant générale, et qui quelquefois disparaissait presque complètement aux approches de la mort. L'urine continuait d'être albumineuse. Après la mort, dans ces cas de phthisie avec urine coagulable, compliquée ou non d'hydropisie , les reins m'ont offert les apparences déjà décrites (§ 5o2). Dans de semblables cas, j'ai rarement vu les reins gros et rouges, comme lorsque la maladie rénale se déclare chez des individus bien constitués,plus souvent je les ai vus lobulés, anémiques et remplis de granulations lactescentes légèrement jaunâtres ; ou présentant l'atrophie rugueuse et granulée de la substance corticale, qu'on voit quelquefois dans certaines néphrites simples ou dans des néphrites albumineuses , lentes et anciennes. Le plus souvent après la mort, les reins paraissaient peu augmentés de volume,ils étaient légèrement jaunes, avec une teinte abricot, sans offrir de granulations, ou au moins ces dernières étaient en si petit nombre que leur existence dans les reins était douteuse. Les reins, ainsi altérés, n'étaient ni plus durs, ni plus mous que des reins sains. Eu un mot, cette teinte jaune, et une légère augmentation de volume les distinguaient des reins anémiques, provenant d'autres phlhisiques dont l'urine n'avait présenté, à aucune époque, de l'albumine.
On observe quelquefois des cas plus tranchés de coïncidence de la néphrite albumineuse chronique avec la phthisie pulmonaire. L'urine est ordinairement plus albumineuse que dans les cas précédens; les lésions rénales sont frappantes : les reins sont jaunes, sensiblement augmentés de poids et de volume, et on