ET PHTHISIE PULMONAIRE
sept heures par jour dans des caves humides, où il lui est arrivé plus d'une fois de s'endormir, le corps harassé de fatigue et couvert de sueur. C'est à ces excès de travail et à ces imprudences répétées qu'il attribue la toux opiniâtre qui l'amène aujourd'hui à la Charité, et qui déjà, l'année dernière, à pareille époque, l'avait obligé à se faire recevoir à l'Hôlel-Dieu, oii il est resté un mois, sans être guéri. Il n'a jamais eu l'habitude de s'enivrer, et s'est toujours bien nourri.
Huit jours avant d'entrer à la Charité, tous les soirs, fièvre; augmentation de la toux et de l'expectoration miico-purulente , douleur vive à la partie antérieure et supérieure du côté droit de la poitrine, dans les efforts de la toux, et réveillée par de fortes inspiralions ; dévoiemrnt (huit à dix selles par jour). Depuis cette époque, amaigrissement considérable et faiblesse générale augmentant sensiblement tous les jours.
Le 9 mars i858, jour de son entrée à l'hôpital, Th. est dans l'état suivant : le cœur est sain; la région sous-clavière droite rend un son plus obscur que celle du côté opposé. A gauche , la respiration est pviérile; à droite, on entend du souffle et du râle caverneux, et dans les profondes inspirations, le tintement métallique. Postérieurement et inférieurement, on entend, dans ce poumon, du râle muqueux abondant; toux: rare, toujours suivie d'expectoration de crachats nummulaires , nageant dans un liquide visqueux semblable à une solution d'eau de gomme.
Le ventre, non douloureux à la pression, ne contient ni sérosité dans le péritoine , ni tumeurs. Le foie , la rate, les reins, paraissent êlre d'un volume normal; ces derniers, palpés et pressés avec soin , ne donnent aucune sensation douloureuse. Inappétence , soif médiocre, langue naturelle , pas de coliques; point d'œdème des extrémités, ni de la face, ni des parois abdominales, etc.; le pouls donne ga pulsations par minute; fièvre le soir et pendant la nuit.
Les urines, peu abondantes, sont d'une couleur jaune-citron, un peu louches et légèrement acides au moment de l'émission. Traitées par la chaleur ou par l'acide nitrique, ou par ces deux agens réunis , elles se troublent et laissent déposer , par le re-
33o WIPHBJTE Al,BUJïrîfaUSE
froidissement, une' petiile quantit* de mucus. Ce dépôt, examiné au microscope, paraît composé delamelles dans lesquelles sont enchevêtrés des globales muqucux. La présence de ces globales appelle de nouveau rallemlion sur l'état des voies urinaires, et on s'assure qu'il n'y a pas d'écoulement par l'urètbre , ni de douleur hypogastrique.
Pendant que cet homme est resté à l'hôjsilal, il ne s'est opéré aucun changemeul remarquable, soit dans l'état de sa poitrine, soit dans celui des voies urinaires; l'amaigrissement et la faiblesse générale ont fait des progrès sensibles. Le malade a demandé sa sortie 1« lo avril pour aller à la campagne; le jour même de sa sortie, on a constaté de nouveau l'existence de l'albumine dans l'urine, l'absence complète d'hydropisie ou d'œdème , et l'absence de douleurs rénales.
Ob3. XLVI. — Phtliisie imimonaire; mort sans liydropisic très aplxïrcnte. Urines «Ibamincuscs. Kcins volumineux et d'un blanc jaunâtre.
Thomas (J.-B.), âgé de ^^ans^ doreur sur cadres, garçon, entra à la Charité le 3o juillet i856.
Iles t atteint d'une phthisie pulmonaire parvenue à sa dernière période. On entend du gargoiiillenient au sommet du poumon gauche, dans plusieurs points. A la partie antérieure et supérieure du poumon droit, le bruit respiratoire est amphorique, avec tintement mntallique. Du reste , rien ne manque au cortège des symptômes qui accompagnent un tel degré de désorganisation des poumons : marasme, sueurs nocturnesj diarrhée continue, expectoration dite en purée, etc.
Le malade meurt le 9 août sans qu'on soupçonnât qu'il présentât de lésion des reins.
Autopsie du corps, le 10 août iSîy. — Etat extérieur. Décoloration générale de la peau, qui est d'un blanc mat; légère mfillralion séreuse du tissu cellulaire , principalement de celui Td«s exlrénaitcs inférieures; un.peu de bouffissure à la paupière supérieure.
Têle. Le cerveau ne présente pas d'altération; il n'y a que ti'ès peu deisi'rosilé dans l'araclinoïde.
ÏT PîTTHISrE PULMOWAIRE. 33 1
Poitrine. Les deux poumons sont fubercwleux, à un degré presque égal> et eriibles, dans toute leur étendue, d'énornaes cavernes >* moitié remplies de pus ou presque vides. Ces cavernes communiquent la plupart entre elles , de manière- à donner à ces organes l'aspect de grosses épong<'s. De l'un eï^e l'autre côté les ^eux feuillets de la plèvre sont adihérens dans toute leur surface, si ce n'est dans la région diapliragmatiq^ie.
Le cœur, extérieurement, offre quelques plaques pseudomembraneuses j la plus considérable occupe la pointe de cet organe. Les valvules sont saines. Il n'y a pas de sérosité dans le péricarde.
Ahdomen. La cavité périlonéale contient environ une pinte de sérosité roussâtre, limpide. La membrane muqueuse de l'estomaCj à son grand cul-de-sac, est d'un gris-ardoisé et un peu ramollie. Intérieurement, le duodénum et le jéjuniim ont une teinte gris-bleuâtre intense, due à un pointillé très serré. La •,parlie supérieure de l'iléon présente quelques arborisations, et ;de petites ulcérations superficielles et pâles. A mesure que l'on approche de la valvule iléo-ccecale, les ulcérations augmentent en nombre et en dimension; leur surface est rouge et leurs bords sont gonflés en forme de bourrelet. La valvule iléo-cœ- ' cale, énormément boursouflée, est criblée d'ulcérations, et fait, dans le cœcum, une saillie d'un demi-pouce au moins. Tout le gros-inlestin est dans le même état que la fin de l'iléon, avec celte seule différence, que les ulcérations y sont plus étendues. Le rectum est pâle.
Le foie est volumineux et grasj la rate est grosse. L& mésentèré est le seul organe qui, avec les poumons, contienne d<is tubercules. Ils y sont encore à la période de crudité; le plus gros a le volume d'un pois.
Les reins sont considérablement augmentés de voluote et de poids. On pousse une injection l'ouge dans la veiae du rein gauche, et l'on obtient, à la surface de ce rein, un beau réseau rouge, très délié, qui dessine assez nettement un grand nombre de polygones. Cependant l'injection n'a point pénétré dans ■quelques points. On ne peut mieux comparer l'aspect du rein ^'à celui du porphyre.
332 NÉPHRITE ALBDMINEUSE
Le reiii droit est décoloré, d'un blanc jaunâtre, et parsemé, çà et là, d'arborisations vasculaires. En fendant ce rein, on voit que la substance corticale offre intérieurement la même décoloration blanc-jaune qu'à l'exlérieur. Cette substance est gonQée notablement, et la dislance qui sépare la base des cônes tubuleux delà surface extérieure du rein, est, à-peu-près, de trois à quatre lignes. Ces cônes, un peu déformés , offrent cependant une disposition radiée assez régulière. Il n'y avait pas de granulations de Bright. Le bassinet était pâle.
L'urine contenue dans la vessie, d'une couleur de cidre tué, traitée par l'acide nitrique et par la chaleur, donne un précipité d'albumine.
§ 5-9. Cette seconde série de faits se compose de cas dans lesquels non-seulcmeut on a remarqué que l'urine de plithisiques était chargée d'albumine, mais dans lesquels il est survenu une hydropisie plus ou moins générale.
Un premier groupe comprendra les cas dans lesquels les reins, plus volumineux que dans l'état sain, étaient généralement anémiques et jaunes, sans présenter de granulations de Bright, et ceux dans lesquels elles étaient très rares.
J'ai réuni, dans le groupe suivant , d'autres cas dans lesquels les reins étaient évidemment semés ou farcis de ces granulations.
Obs. XL VII. — Impression du froid et de riiumidité. Toux; gargouillement dans le poumon gaucbe. — Uriuc .ilbumineuse et Lydropisie; tubercules pulmon.nires; tvïds plus volumineux que dans l'état sain; gonflement et teinte jaunâtre de la substance corticale; quelques granulations.
Cruzy, Geneviève, âgée de 35 ans, batteuse d'or, mariée, entra à l'hôpital de la Charité, le ai juillet i836.
Cette femme a eu la petite-vérole à l'âge de six ans ; la menstruation, qui a paru à quinze ans, a toujours été régulière, mais peuabondante (un ou deux jours seulement); bronchitesfréquentes, surtout l'hiver. Cruzy a eu quatre enfans, dont trois, qui eurent des engorgemens glanduleux dans leurs premières années, sont morts de convulsions. Elle n'a jamais nourriicUe afail deux
ET PHTHISIË PULMONAIRE. 333
[.fausses couches. Bien que d'une constitution assez faible, elle n'a jamais été alitée; elle a cessé son état il y a deux ans, parce qu'elle était obligée de souffler. Depuis trois ans et demi, les bronchites ont été plus fréquentes ; la toux prenait souvent par quintes lon- 1 "ues et douloureuses. Jamais d'hémoptysie jamais de dartres; ;^amais elle n'a rien remarqué d'extraordinaire dans ses urines. Depuis le mois de janvier, elle demeure au troisième étage, îdans une chambre très sèche; mais, l'année d'atiparavanl , elle ; couchait dans une chambre si humide que le papier du mur ;étail décollé, et le matelas de son lit tout mouillé. Depuis Ideux ans, sa santé s'est de plus en plus altérée. Depuis six se- • maines, cette femme est enflée ; l'hydropisie a commencé d'abord par les extrémités inférieures. Depuis ce temps aussi, la '.malade éprouve beaucoup d'oppression ; elle ne peut monter lun escalier sans se reposer deux ou trois fois.
Constitution épuisée, apparence d'affection chronique et ;ora\e , décubitus dorsal, émaciation; en même temps boufifissure de la face. OEdème des extrémités supérieures et invférieures, un peu d'ascite, teint d'un blanc mat. Les urines 'd'un ja\me clair, presque transparentes, ne contiennent que peu de mucus. Traitées par la chaleur et par l'acide nitrique, .elles donnent un précipité abondant d'albumine qui se prend ! en grumeaux. Elles sont abondantes ; l'émission est naturelle, point de douleur, ni à la vessie, ni dans les reins, oii la malade m'a jamais souffert; point de tumeur appréciable dans la ré- 3 gion rénale.
Les battemens du cœur sont forts, mais sans bruits morbides ; le rhylhme en est régulier, 82 pulsations par minute; petite fièvre le soir; peau sèche; les sueurs ont été autrefois très abondantes et générales, elles ont cessé; toux; crachats; dyspnée. Dans tout le côté gauche de la poitrine, surtout en haut et enr avant, matilé très prononcée à la percussion, respiration très faible; légère diminution de sonorité du côté droit en haut seulement; respiration bruyante et rude; langue blanche; inappétence; dérangement des fondions digestives; coliques et diarrhée. Les parois abdominales, très oedéraaliées, ne sont point douloureuses à la pression ; épancheraenl péritontal dont
334 NÉPHMTE ALBDMINBUSE
le niveau monte à un pouce au^dessua de l'ombilic. Ecai-temeat de la ligne blaaciie ; le foie déborde les fausses c6tes. Il n'y a jamais eu d'ictère.
La maladie marcliai-apidement vers une terminaison fâcheuse. Les tubercules se ramollirent, et, un mois après l'entrée de cette malade à l'hôpitial , on entendaitj au somm«t du poumo n gauche, un effroyable gargouillemeat sans pectoriloquie (la voix est haute). Les sueurs reviennent à la tête ; rien ne peut arrêter le dévoiement. Les urines, légèrement acides (une fois elles ont été alcalines immédiatement aprè» leur émission), continrent tou* jours une proportion considérable d'albumine. Peu de jours après l'entrée de la malade à l'hôpital, on lui fit une petite saignée ; les sueurs alternaient avec le dévoiement.
Le 12 septembre i8S6, la malade mourut, sans présenter d'autres symptômes; son agonio fut longue comme celle de la plupart des phlhisiqties , elle a duré quatre ou cinq jours.
Autopsie du cadavre, 44 heures après la mort, par une température froide.
Etat extérieur. Emaciation masquée par l'infiltration générale ; blancheur des tissus infiltrés de sérosité.
Poitrine. La cavité de la poitrine est diminuée d'un tiers par suite du refoulement du diaphragme par la sérosité, contenue dans l'abdomen ; anciennes adhérences au sommet du poumon droit; le'lobe supérieur est farci de tubercules, et présente, en outre, de petites cavernes qui logeraient une noisette. Tout le poumon est fortement engoué. Le poumon gauche est complètement adhérent aux parois de la poitrine; son sommet présente de fausses membranes de trois lignes d'épaisseur, et dures comme un tissu lardacé ; le lobe supérieur est converti tout entier en cavernes; on peut en compter au moins une douzaine qui communiquent toutes les unes avec les autres. Le reste des poumons, excepté la base , est infiltré de tubercule» miliaii'es.
Le péricarde contient peu de sérosité; deux taches blanches peu épaisses , de la largueur d'une pièce de vingt sols , sur la face antérieure du péricarde cardiaque. Le cœur, dont le volume est oi-dioaire,, n'aSee poiat de lésions à ses valvules.
ET PflTHlMB PULMOKAaRE. 335
L'aldomen condietit environ uîte pinte de sérosité; tout le ; tuW digestif est excessivement pâle à l'extérieur et à rintérieuir;; dans la première moitié du gros intestin, on trouve huit à dixu uult^ér^lions allongées, d'un demi- pouce à un pouce de longueur, et de cinq à six lignes de largeur j qvwlques plaques de Peyer *sont aaillanles; le foie> augmenté de volume, surtout dans le cgrand lobe, présente l'altération désignée sous le nom de foie ;gras. La vésicule du fiel est distendue.
Le rein droit est gonûé, épais, et pèse deux onces de plus que^i; ilepoids moyen; la substance corticale est décolorée, d'uneteinte 'i Jégèi-emenl jaunâtre; les petits polygones formés par le réseau/i' lYei^e,ux extérieur ne sont point visibles sur un très grand nombre de points. A sa surface, on remarque quelques étoiles , vasculaires, et, lorsqu'on l'examine avec soin, quelques granulations blanches deUrightj dureste, la surface durein est lisse; là la coupe, la substance corticale est d'un blanc jaunâtre. Lésions iisemblables dans le rein gauche; partout la substance corticale îjest .gonûée , et refoule les tuiuli. La vessie .est très pâle.
iObs. XLYIII. — Reins, doublés de poids, anémiques et jaunes, chez un pbthisique mort après avoir présenté des symptômes d'iiydropisie et de l'albumine dans l'urine.
Nonclair (Philippe), tourneur eu cuivre, âgé de i8 ans, tomba ■ malade dans les premiers jours du mois de mars de l'année i838. Avant celte époque, il avait toujours joui d'une bonne santé. Ce fut après un refroidissement qu'il fut pris tout-ài-coup de tlèvre , de douleur au coté droit de la poitrine, de toux, de dyspnée ; et, peu de jours après l'apparition de ces symptômes, la diarrhée et des sueurs abondantes vinrent lui faire perdre |i son embonpoint naturel et diminuer ses forces, au point de l'obliger de quitter son état. Enfin , depuis le commencement le mai , il garda habituellement le lit.
Le 4 juin , jour de son entrée à l'hôpital de la Charité , il était dans l'état suivant : maigreur et pâleur générales, fièvre quotidienne avec exacerbation le sojr, sueurs nocturnes , trois à quatre selles liquides par jour , toux suivie d'expectoration purulente.
336 NÉPHRITE ALBDMÎNEUSE
Au-dessous de la clavicule droite, dans l'étendue des deux tiers supérieurs du poumon, matité et sensibilité à la percussion. On entend, en haut, un peu de pectoriloquie, et plus généralement du retentissement de la voix. Dans tous les autres points de la poitrine, aucun signe de tubercules.
Une céphalalgie intense tourmentant beaucoup le malade , on prescrit, outre les tisanes et potions béchiques, une application de quinze sangsues à l'anus. Amendement passager de ce symptôme et de la toux , ainsi que de la diarrhée. Quelques jours après, ces accidens reprennent une nouvelle intensité; mais, vu l'état de faiblesse du malade , on se borne à l'usage de bains de pieds , de lavemens émoUiens ou narcotiques. Inappétence complète.
Le i5 , le malade , fatigué de garder le lit, essaie de faire quelques pas ; mais il est bientôt obligé de se recoucher, parce que ses jambes étaient devenues, presque subitement, le siège d'un engorgement œdémateux assez considérable.
Le lendemain , on examine les urines : elles étaient albumineuses et d'une faible pesanteur spécifique. La région des reins était peu douloureuse à la pression; mais le malade assure que, depuis près d'un mois , il y éprouvait une sensation de pesanteur parfois très fatigante.
Accroissement progressif des symptômes de la phthisie pulmonaire et des ulcérations intestinales; marasme ; persistance de l'œdème autour des malléoles et de l'albumine dans l'urine jusqu'à la mort, qui arriva le 5 juillet;
Aulopsie du cadavre. — État extérieur. Maigreur squelettique; œdème des jambes.
Poitrine. Les deux tiers supérieurs du poumon droit sont infiltrés de matière tuberculeuse, jaune grisâtre, d'une dureté qui rappelle celle du tissu squirrheux. Le centre de ces partiesest criblé de petites cavernes anfractueuses, communiquant les unes avec les autres au moyen de trajets sinueux, irréguliers.
Adhérences pleurales tout autour des portions malades du poumon .Quelques onces de sérosité dans le tiers inférieur de la cavité de la plèvre ; engouement sanguin de la base du poumon.
Le poumon gauche , engoué dans toute son étendue, hépa-