ET ÉRYSIPÈLE
Cette femme u'a jamais eu de douleur dans les reins, et elle
1 n'en ressent pas, non plus, actuellement. Les urines, de couleur citrine, donnent un léger dépôt de mucus; elles se troublent légèrement par la chaleur et donnent de petits grumeaux alburaineux; on obtient, par l'acide nitrique, le même précipité qui ne se redissout point par la chaleur ; la pesanteur spécifique est de 1016. La quantité de l'urine et la fréquence des émissions
s sont ordinaires.
La sonorité de la poitrine, faible au sommet des deux pou-
r mons , est exagérée à la base ; on entend du râle muqueux et •du râle sibilant; dans toute l'étendue du thorax peu d'appétit,
; constipation.
Jusqu'à la mort de la malade, il n'y eut point de changement brusque dans les symptômes; ils suivirent une marche con- .tinuellement croissante ; la dyspnée augmenta , l'hydropisie ddevint plus prononcée, les urines restèrent albumineuses. DDes cavernes tuberculeuses se formèrent , l'expectoration devint itrès abondatnte; on entendait du gargouillement au sommet Idu poumon droit. La malade pouvait à peine se remuer dans -son lit; elle laissait couler ses urines involontairement. Une .huitaine de jours avant la mort, la peau des tégumens du ventre • qui, entraînée par le poids du liquide contenu dans l'abdomen, 1 portait sur les draps, devint érysipélateuse, et se couvrit de ^taches gangréneuses. Le développement de l'érysipèle fut favorisé par une application de ventouses scarifiées sur les parois iu ventre, qui fut faite quelque temps avant la mort, des symptômes de péritonite s'étant manifestés.
Cette femme mourut le i®' janvier 1837 ; le a janvier, on fît l'autopsie du corps.
Èlat extérieur. Infiltration de sérosité dans les membres inférrieurs, ascite.
Abdomen. La paroi antérieure du bas-venlre où l'on avait ippliqvié des ventouses, offre, à droite, dans son épaisseur, trois ju quatre onces de sang en caillots.
Le péritoine contenait à-peu-près quatre pintes de sérosité, et, du côté où les ventouses avaient été appliquées, existaient des traces de péritonite chroniqtie ; le gros intestin adhérait, en
4l4 NÉPHRITE ALRDMINEDSE
quelques points, avec le péritoine pariétal, correspondant.
Le rein gauche a un très petit volume e t pèse seulement une once 4 gros ; le rein droit, plusvolumineux, pèse 3 onces 2 gros. Point de caillots dans la veine rénale, ni dans la veine cave. La raeiabraue fibreuse de ce rein est plus adhérente qu'à l'ordinaire; la euhstance corticale est généralement pâle et, dans plusieurs points, entièrement décolorée et grenue ; la face antérieure présente de petites granulations blanches , laiteuses ( granulations de Bright). Les lobules des reins, malgré leur petit volume, sont très marqués ; point de traces du réseau veineux de l'extérieur du rein ; on aperçoit seulement quelques vaisseaux en étoile. Ce rein ayant été fendu suivant son épaisseur, on voit que la substance corticale, mesurée de la base des cônes à la superficie du rein, est gonflée : son épaisseur est environ de trois lignes. Cette substance est jaune et ferme au toucher j la substance tubuleuse est d'un rouge assez foncé; point de rougeurs dans le bassinet.
La membrane fibreuse est plus adhérente au rein droit , dont la substance corticale, grenue, d'un jaune pâle, offre, à l'extérieur , quelques dépressions et quelques granulations laiteuses de Bright, d'un blanc plus mat que le tissu environnant, et plusieurs petits kystes séreux; il y a aussi plusieurs dépressions très jnarquées à la surface de l'organe. L'épaisseur de la substance corticale est considérable pour les petites dimensions du rein ; la substance tubuleuse, jaunâtre^ n'est distincte de la corticale que par une ligne rouge qui se trouveà la base des cônes.
Les capsules surrénales ne présentent rien à noter. La vessie offre un peu de rougeur à son col. A la face supérieure du foie, on voit, sur le ligament suspenseur, des taches blanches comme à la suite des péritonites. Le tissu du foie est plus dur qua l'ordinaire ; les deux substances sont très distinctes; labile contenue dans la vésicule du fiel est rougeâtre. La matrice est saine; les ovaires sont petits. La surface interne de l'intestin grêle et du gros intestin, enduite d'un mucus épais , offi'e une coloration rouge vineuse.
La membrane muqueuse de l'estomac est détruite à son basfond , qui a une teinte vineuse bleuâtre.
ET ÉMYSIPÈLE. ^iS
Poitrine. Èpancheraent séreux dans la cavité de la plèvre
^auche. La membrane muqueuse des bronches, enduite d'un [ mucus blanchâtre et laiteux , est, au-dessous, d'un rouge foncé.
Point de tubercules dans les poumons ; adhérences, aux parois l'de la poitrine, de la base et du sommet du poumon droit, dont I le tissu est condensé. Le cœur est très volumineux ; Je ventri- ^cule et l'oreillette droite contiennent du sang liquide ; le ven-
îricule gauche est considérablement hypertrophié; toutes les
ralvules sont saines.
Tête. Les veines de la surface du cerveau sont plus injectées
i droite qu'à gauche; point de sérosité dans les ventricules.
Jbs. LXVI. — Néphrite albnminense ( hydropisie et urine albumineuse ) ; piqûres aux ouisses; pLIegmon. Mort;
Ducis (Maximilien) , âgé de 38 ans, doreur sur métaux, demeurait au Marais, dans une chambre au rez-de-chaussée, très . mmide et qui n'a ni cheminée, ni poêle. Il y a sept ou huit ans, ,1 eut plusieurs accès d'étouffement, qui ne se sont pas re-
faouvelés depuis, mais qui l'ont laissé sujet à une oppression Habituelle (sa mère était asthmatique). Quelque temps après , remblement raercuriel (il avait embrassé la profession de do- Teur). Il y a trois ans , plusieurs accès de dyspnée plus intenses. . )e i5 à 29 ans , il a été garçon limonadier , et souvent exposé : l'humidité de la cave j il a fait des excès avec les femmes et busé des liqueurs spiritueuses; de temps à autre, lorsqu'il se Liguait beaucoup, il avait, le soir, un oedème des extrémités li disparaissait par le repos.
Antérieurement , point de douleurs dans les reins , ni d'hé- I aturie.
Le 17 novembre, Ducisfutprisde fièvre avec diarrhée; deux • urs après, il s'aperçut qu'il avait une enflure générale : il enlaà l'hôpital de la Charité le 29 novembre i836.
Décubitus dorsal j face bouffie, pâle; paupières légèrement ifdlrées; œdème des membres très marqué aux membres iférieurs et au scrotum; peu d'ascife. Il y a un peu de tatité vers les flancs; le ventre est tendu; pas de douleurs
4l6 KÉPHRITE ALBUMINECSE
dans la région des reins, si ce n'est à la pression. Urines acides, d'un jaune assez foncé, rendues en six à huit émissions, en vingt-quatre heures , et dont la quantité est proportionnée à celle des boissons. La chaleur et l'acide nitrique y décèlent une quantité considérable d'albumine, qui se coagule en flocons épais, lesquels, rassemblés , forment le tiers de la hauteur de la colonne du liquide contenu dans le tube.
Le foie a son volume naturel ; seulement il paraît situé un peu plus bas que de coutume. Battemens du cœur réguliers ; impulsion ordinaire ; point de bruit morbide ; apyrexie. Sonorité de la poitrine moindre inférieurement, surtout à droite; sonorité exagérée au sommet des deux poumons; sifflement, expectoration muqueuse; aucun trouble des fonctions digestives {Saignée ; ■petit-lait ; louillon, laii, liasses).
Le 2 3 novembre {Ventouses scarifiées sur la région des reins). On n'a pu obtenir que deux à trois onces de sang ; la pesanteur spécifique de l'urine est devenue considérable , pendant plusieurs jours (io3o-ioa7-ioa4) ; jusqu'au 26 , l'enflure a un peu diminué , mais le malade a eu des coliques et de la diarrhée.
Du 28 novembre au 3 décembre, alternatives d'augmentation etde diminution de l'hydropisie {Deux bouteilles d'eau de Sedlilz).
Le 4, une saignée ; le sang est couenneux, et le caillot est retroussé ; la bronchite toujours assez intense; le pouls donne de 60 à 70 pulsations par minute.
Le 7, l'enflure des cuisses et du scrotum étant très considérable, on fit trois ou quatre mouchetures très superficielles et éloignées les unes des autres , à la partie interne de chaque cuisse. Ces piqûres donnent, pendanthuit jours, une quantité considérable de sérosité ; soulagement notable.
Le 10, l'œdème s'est reproduit; les cuisses et surtout la gauche sont douloureuses et tendues. Le malade a eu des vomisseraens verdâtres et du frisson pendant deux heures; la soif est vive, la langue sèche, le pouls fréquent (coo pulsations); la peau chaude; dyspnée et fatigue {Saignée de 8 onces; vésicatoire sur la cuisse gauche),
i Le sang est couenneux et le caillot retroussé. Le lendemain.