‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 2)Chapitre 38 sur 46 · ET FIÈVRES INTERMITTENTES · texte numérisé non relu

ET FIÈVRES INTERMITTENTES

conditions atmosphériques (froid et humidité) habituellement existantes dans les lieux oii elles sont endémiques. Ces hydropisies avec urine coagulable, consécutives aux fièvres intermittes, ontles mêmes symptômes et la même marche que celles qui suivent ordinairement la néphrite alburaiiieuse , lente et chronique, et elles doivent être généralement traitées de la même manière. Toutefois la coïncidence d'un engorgement de la rate ou d'accès de fièvre réguliers , peut exiger qu'on emploie d'abord le sulfate de quinine, ou au moins de concert avec les remèdes dirigés conti'e l'hydropisie ou l'aflection des reins.

Quelques exemples de ces dexix espèces d'bydropisie ont élc publiés. Blackall(t) a rapporté deux cas d'bydropisie avec urine non coagulable, à la suite de fièvres intermittentes, qu'il a traitées avec succès par le calomel et des frictions d'onguent mercuriel; il cite un troisième cas dans lequel l'urine, qui n'était pas d'abord coagulable, le devint plus tard. M. Bouillaud a publié, dans sa Clinique (tom. m, p. 283), l'observation d'un homme âgé de 28 ans, devenu hydropique à la suite d'une fièvre intermittente , et dont l'urine était coagulable. Cette hydropisie, rebelle comme celles qui dépendent d'une néphrite albumineuse chronique, résista aux remèdes qui furent employés durant l'espace d'un mois et demi environ que le malade passa à l'hôpital de la Charité.

Les fièvres intermittentes étant rares à Paris, oii elles sont, d'ailleurs, facilement guéries et ordinairement dès leur début, par l'usage du sulfate de quinine, je n'ai point été à même de faire de nombreuses recherches sur la fréquence relative de ces deux espèces d'bydropisie; ce sujet mérite toute l'attention des médecins qui pratiquent dans des lieux oii les fièvres intermittentes sont endémiques.

§ 625. Rapports de la néphrite albumineuse avec les scrofules.

J'ai soigné un assez grand nombre d'enfans et d'adultes scrofuleux, atteints d'bydropisie générale avec urine coagulable. La

(1) Blackall , oui'r. cité, p. 42 etsuiv.

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plupart, enl'aus du peuple , mal loges et mal nourris, n'avaient point été préservés convenablement de l'influence du fioid et de l'humidité, et l'iiydropisie pouvait, au moins en partie, être attribuée à cette cause. Mais , chez plusieurs, oîi celte influence avaitété nulle, je n'ai pu assigner d'autre cause à l'affection des reins et à l'hydropisie , que cette mauvaise disposition de la constitution. Au reste, tous ces malades présentaient, à un degré plus ou moins marqué, les attributs de la constitution scrofuleuse et qvielquefois des inflammations strumeuses des yeux, des os , des articulations ou de la peau. J'ai vu cette espèce d'hydropisie chez des enfansen bas-âge, et tout récemment, avec le docteur Sellier, chez un enfant de 4 ans, qui avait des caries et des fistules aux mains, des glandes engorgées, etc.; cette maladie, à laquelle cet enfant a succombé, a duré quatre mois. Pendant trois mois et demi, il a conservé l'appétit et de la gaîté, quoiqu'il eût de la toux, de la fièvre et du dévoiement. Ses urines étaient rares et très album ineuses; l'anasarque se montra successivement, et d'une manière de plus en plus prononcée , tantôt à la face, tantôt aux membres ; il y avait de la sérosité dans le bas- ventre. Pendant deux mois, il transsuda, du corps de l'enfant, un liquide séreux qui obligeait de changer les linges de son lit. Avant de mourir, il eut de l'oppression et des ulcérations au sacrum.

M. Sellier m'a fait voir aussi une jeune fille de i3 ans , scrol'uleuse, qui avait une cai ie de l'articulation coxo-fémorale gauche, d'où, chaque jour, s'écoulait une quantité considérable de pus fétide. Celte jeune fille, dont l'urine était fortement albumineuse, était atteinte d'anasarque depuis assez long-temps et d'une diarrhée abondante (elle avait de trois à quinze selles eu vingt-quatre heures). La respiration était assez gêuée, et l'expectoration abondante; cette jeune fille est morte six mois après l'invasion de l'hydropisie. Pendant sa maladie, elle a souvent mangé des asperges, et cet aliment n'influait en rien sur le passage de l'albumine dans l'urine, qui a toujours été le même , et l'urine exhalait l'odeur fétide qu'elle acquiert par cet aliment.

§ 626. Che? les scrofuleux, l'hydropisie avec urine coagula-

ble ne se termine pas toujours d'une manière aussi défavorable : ainsi, une enfant de deux ans que j'ai vue avec M. Sellier, et qui était atteinte d'une néphrite albumineuse avec hydropisie , a guéri très heureusement à la fm du deuxième mois de sa maladie par un régime doux et des remèdes émolliens. Cette enfant couchait dans un lieu humide où pénétrait peu de lumière, et elle avaitété assez mal nourrie; les deux autres malades dont j'ai parlé plus haut, avaient été mieux nourr-is, mais chez eux les scrofules étaient portées à un haut degré. M. Montault (i) a publié un cas de néphrite albumineuse développée chez un scrofuleux , et dont la guérison a été obtenue par l'usage de la décoction de raifort. Le docteur Gregory affirme aussi que les individus qu'il a soignés de cette maladie des reins , et dont la vie avaitété sobre, présentaient presque tous les attributs de la diathèse strumeuse.

M. Christison s'exprime non moins nettement sur l'influence que cette disposition constitutionnelle a dans le développement de l'hydropisie avec urine coagulable. « Dans tous les cas' dit-il, oiila maladie s'est montrée chez des adolescens ou chez des adultes , sobres ou non , ces individus offraient les traits caractéristiques de la constitution strumeuse. Ce rapport de l'affection des reins avec les scrofules m'a paru si frappant, que, chez les scrofuleux qui avaient abusé de liqueurs spiritueuses, j'étais disposé à regarder l'affection strumeuse comme la condition essentielle du développement de l'hydropisie, dont l'intempérance n'était qu'une cause accessoire. »

M. Hamilton (2) cite un fait qui est bien propre à démontrer -cette influence des scrofules sur le développement de l'hydropisie avec tirine coagulable. Quatre enfans habitant une même maison prennent la scarlatine , et à la suite de cette maladie , trois sont atteints d'anasarque. C'étaient trois sœurs, d'une constitution scrofuleuse. Le quatrième enfant appartenait à une autre famille.

Toujours est-il, que cette espèce d'hydropisie se développe

.(^i) Journal hebdomadaire, i836, t. i . p. 827.

(2) Edinh. med, and surg. Journal, vol. xlii, p. 3o5.

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avec une extrême rapidité chez les scrofuleux qui abusent des liqueurs spiritueuses, et c'est une circonstance qu'auraient dû mentionner les auteurs qui , dans ces derniers temps, ont écrit sur cette maladie.

Chez les scrofuleux , la néphrite albumineuse a le plus souvent, dès son début, une marclie chronique; le traitement applicable dans de semblables cas est toujours complexe ; la diarrhée est un des accidens les plus ordinaires de la maladie; il est souvent utile de la combattre par la thériaque, le diascordium et les lavemens laudanisés. I^es bains émoUiens, alternés avec les bains légèrement sulfureux, et la tisane de raifort, conviennent dans un assez grand nombre de cas. Ce qui importerait surtout au début de la maladie, et ce qui est difficile ou impossible d'obtenir pour les enfans du peuple mal aisés ou nécessiteux, ce seraient une habitation saine où les l'ayons du soleil pénétrassent, et le séjour à la campagne dans la belle saison. Mais le plus souvent, ces malheureux enfans ne peuveut èlrc mis, par leurs parens, dans des conditions hygiéniques favorables, et ils meurent tous ou presque tous malgré les soins du médecin. Trop souvent aussi , il n'est appelé que loi'sque l'altération des reins est incurable et que l'anasarque existe déjà depuis plusieurs mois.

Ons, LXXIII. — Néphrite albumineuse (anasarque et urine très albumineuse} cliez un scrofuleux.

Un homme de44a"s, né en Auvergne, frotteur, fut admis à l'hôpital de la Charité le 24 juin i835. Cet homme , se trouvant en sueur après avoir frotté, il y a deux mois environ , alla dans une cave pour ranger du bois. Pendant trois semaines , il a été de nouveau exposé au froid et à l'humidité. Un mois après, il a été pris d'enflure au bras gauche , puis aux membres inférieurs. En même temps, il a eu des douleurs vers l'épine du dos sans rien éprouver à la région des reins, des abcès à l'aisselle et au bras gauche, remplacés aujourd'hui par des ulcères llstuleux. Ses urines, rouges et moins abondantes que de coutume, étaient mousseuses comme de la bière. Quinze jours avant son entrée à l'hôpital, il avait pris quinze bains de vapeur, du

vin anll-scorbulique, de la tisane de chiendent nitrée. Je l'examinai le 35 juin.

Cicatrice à l'aine gauche avec une bride transversale. Celle cicatrice s'est formée à la suite d'un ulcère, survenu sans cause extérieure appréciable, et dont la suppuration a duré un mois. Plusieurs cicatrices à l'aisselle gauche ; au bras et à l'avant-bras I du même côté , plusieurs ulcères listuleux par lesquels sort un pus composé de grumeaux et d'une partie séreuse. Cette affection scrofuleuse dure depuis plus de six ans. L'hiver dernier, cet homme a été souvent enrhumé. Les battemens du cœur sont ré- . guliers et ne présentent rien de morbide ; le volume du cœur test normal; pouls donnant 60 pulsations par minute; la poi- ; trine résonne naturellement à la percussion ; à la partie supé- , rieure de la poitrine , râle sibilant dans l'expiration; langue : naturelle ; le ventre n'est point douloureux {Eau de Sedlïtz ; tmie pilule de scille et d'opium, nn grain chaque } tis. de chien— (.dent nitrée i un quart d'alimens). L'urine, pâle et acide, préci- I pile abondamment par la chaleur et l'acide nitrique, sans se co- |l lorcr en roùge.

Le 27 juin, on a répété la purgation. L'œdème a diminué t: d'une manière notable aux membres inférieurs et aux boui'ses. LLe bras gauche reste dans le même état.

Le 3o , deux selles ; sommeil la nuit ( Le quart d'alimens ). Le ï*"" juillet, urines fortement congulables ; même élat jusî qu'au 7.

Le 7, chaleur à la peau , fièvre , crachats mêlés de sang , la •'respiration est peu gênée ; diminution de la sonorité à droite et ■en arrière; l'expansion pulmonaire est faible; on entend du râle sous-crépilant, mêlé d'un gros ronflement, mais pas de (jouffle {Eau de Sedlitz, une houtcillc; continuer la pilule d'O' oium et de scille ; la demie d'alimens ; tis. de chie?ident 7iitrèc).

Le 10, raatité à gauche, en bas el en arrière ; urines très albumineuses ; pas de douleurs dans les reins. L'œdème a reparu, et l'état du malade s'est compliqué d'œdème du poumon ( Z)ei/a? uiidcrcs aux reins).

Le 2 5, l'endure augmente et gagne le ventre; la diarrhée s'est li';clarce avec fièvre. Le 26, les urines sont toujours albvimincu-

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ses; vingt selles depuis vingt-quatre heures. Le malade rend des glaires, et chaque selle est précédée de coliques, la soif a fort peu augmenté , la figure est allongée et amaigrie; assoupissement. Depuis quelque temps il y a aux cuisses une rougeur érysipélateuse, accompagnée de beaucoup de douleurs et d'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané [Lavement d'amidon,- sangsues àVanus).

Le 28, la diarrhée a diminué (deux selles); il y a entre les cuisses un suintement de sérosité considérable.

Le 29 , le malade se plaint d'uriner fort peu; l'urine, traitée par l'acidenitrique et divers réactifs, contientheaucoup d'albumine. Il n'y a jamais eu d'hématurie ; la diarrhée a cessé ; l'inflammation continue dans le tissu cellulaire sous-cutané à la partie supérieure et interne des cuisses.

Le 7 août, la suppuration s'est manifestée; il y a gangrène d'une partie de la peau et du tissu cellulaire à la cuisse droite; par suite de la chute des eschares , il s'est formé deux ouvertures dans lesquelles on mettrait le doigt, ces ulcères donnent passage à un pus grumeleux et à des lambeaux grisâtres du tissu cellulaire.

Le 9 . En dehors des j ambes et des cuisses, rougeur de la peau, ulcérations et suppuration.

Le II. Le malade souSre beaucoup du gonflement des membres inférieurs et de l'inflammation de la peau, le péritoine contient de l'eau jusqu'à trois travers de doigt au-dessus du pubis , les poumons sont dans le même état.

Le i4 août, il se déclare, une seconde fois, de la diarrhée (trois ou quatre selles la nuit avec colique), langue un peu blanche, et perte de l'appétit ; soif, accélération du pouls. L'œdème n'a pas augmenté (LmoMacZc, deux fots ; julep matin et soir; lavement d'amid07i et de laudanum).

Le i5 août, pouls 102; la diarrhée continue ; la suppuration des ulcères des cuisses est abondante; soif.

Le 17, même étal; le malade est tellement faible qu'on ne peut pas le faire asseoir pour ausculter la poitrine. D'ailleurs l'œdème des parois est très considérable. Déjà depuis long- . temps cethomme ne pouvait s'asseoir dans le lit, etpourl'auscul-

1er, il fallait que ses jambes fussent eu dehors et pendantes. La figure aunoiice le dernier degré du marasme. Il rend, presque malgré lui , les matières fécales. Les urines sont comme du porter anglais , peu abondantes, acides, et contiennent toujours beaucoup d'albumine. De temps en temps le malade accuse des douleurs aux lombes et qu'on peut aussi bienrapporter à la fatigue causée par le décubitus dorsal prolongé qu'à la maladie des reins.

La femme du malade, frappée du changement qui s'est opéré depuis six à sept jours, craint de le voir mourir à l'hôpi- ! lal, et l'emmène chez elle, le 17 août i835. J'ai appris qu'il t était mort huit à dix jours après sa sortie.

Oflb. LXXIV. — Népbrilc nlbnmiucuso (anasarque et urine alLumiucuse ); ulcères scrofuleux du nez et abcès.

Merle, Julie-Antoinette, âgée de 27 ans, d'une constitution s scrofuleuse, mariée, lingère, demeurant rue du Pelit-Bourbon, t entra !e i5 janvier 1889 à l'hôpilal de la Charité. A l'âge de 7 ans , elle a eu des engorgemens strumeux dans différens ] points du corps, qui se sont terminés par suppuration. A cette t époque, carie des os propres du nez ; ulcèi'es scrofuleu,x qui se i. guérissent et reparaissent jusqu'à l'âge de 16 ans , époque à la- ( quelle l'apparition des menstrues suspendit tous les accic dens , et parut fortifier la saule. Mariée à 21 ans , cette femme a eeu quatre enfans ; le dernier à la fin de i83r : huit mois après, «sa santé s'alléra à la suite d'un séjour assez prolongé à la campagne.dans un appartement bas et humide, dans lequel elle restait continuellement; des démangeaisons se manifestèrent à la cloison du nez, et bientôt ime petite ulcération y survint. A la môme époque, des ganglions de la partie postérieure gauche de la mâchoire s'engorgèrent et finirent par suppurer ^ la tmenslrualion , devenue irrégulière, et accompagnée de flueurs •blanches abondantes, s'est complètement supprimée depuis trois • mois. Alors douleurs vagues dans la région lombaire , et la parilie supéj'ieure et interne des cuisses. Flueurs blanches très ■abondantes; plusieurs selles liquides chaque jour; faiblesse

générale; œdème des membres abdominaux et du bras droit.'

Le 1 6 janvier , face pâle , bouflie ; ailes du nez volumineuses, gonflées, ulcérations à la sous-cloison qui s'étend dans la fosse nasale gauche. La poitrine, percutée et auscultée, paraît dans l'éiat sain; l'abdomen est souple, un peu douloureux à la pression ; la langue est pâle et humide ; l'appétit presque nul ; la région lombaire est le siège d'un sentiment de pesanteur douloureuse que la malade dit être superficielle, et que le toucher n'augmente pas. Depuis trois mois, l'excrétion des urines est rare et peu abondante, diminution qui semble avoir coïncidé avec l'apparition du dévoiement. Le pouls est petit et irèqaent {Tisa?ie gommée avec sirop decoing). Jusqu'au ig janvier rien de notable; l'œdème des membres abdominaux n'a pas augmenté , mais celui du bras droit a fait des progrès. En outre, la malade accuse une douleur gravative du côté droit de la poitrine; l'urine est floconneuse, jaunâtre, et donne par l'acide nitrique et la chaleur un précipité blanc.

Le ig janvier, développement d'une rougeur érysipélateuse à la joue gauche et au front {Bains depied sinapisés); dispai'itiou de celte rougeur , le ai.

Le 24, quinze garde-robes dans la journée; à l'hypogastre , érysipèle qui s'étend jusqu'au flanc {Vésicatoire volaiitloco àolenti). Le soir, sentiment de faiblesse extrême; respiration accélérée ; la malade ne supporte que la position assise ; la peau est froide, la face profondément altérée, le pouls filiforme; mort le 25 à une heure du matin.

Aiilopsie du cadavre, trente heures après la mort. — Etat exièrieur. Peu de raideur cadavérique; infiltration séreuse du membre ihoracique droit; œdème considérable des membres abdominaux ; traces d'érysipèle à la région hypogastrique; diverses cicatricesd'ulcères scrofuleux.

Tête. La place des os propres du nez est occupée par une substance blanchâtre cartilagineuse , intimement unie à la peau. Ulcération superficielle et croûteuse de la membi-ane muqueuse de la fosse nasale droite, étendue au tiers antérieur de la cloison et s'avançant jusqu'à l'orifice externe. Le cerveau est ferme; ses membranes sont saines; les cavités des ventricules à peine hu-

mides ; le cervelet, la muelle allongée et la moelle épinière , sains.

Poitrine. L'abcès situé dans l'aisselle droite a fusé sous les muscles pectoraux , et s'étend dans la fosse sous-scapulaire et en bas, jusqu'à la quatrième côte. Ce foyer est tapissé par une fausse membrane assez récente, grisâtre, molle, friable. Pus grumeleux, jaunâtre, mal lié, ressemblant à la matière des tubercules, arrivée à un certain degré de ramollissement. Tout-à-fait au haut de l'aisselle et dans les plexus, plusieurs ganglions tuberculeux , près de la veine axillaire. Trachée-artère et bronches saines ; deux cuillerées à bouche de sérosité citrine dans l'une et l'autre cavité pleurales. Poumons libres d'adhérences, présentant un peu d'engouement cadavérique à leur partie postérieure, et sains dans le reste de leur étendue. Cœur flasque, décoloré; point de sérosité dans le péricarde. La bouche, le pharynx et l'œsophage, sains; l'estomac est contracté; la membrane muqueuse est pâle. Le duodénum est légèrement coloré en jaune par la bile ; le jéjunum et les deux tiers supérieurs de l'iléon sont sains ; dans le tiers inférieur de l'iléon , follicules formant, du côté du bord libre de l'intestin , des plaques elliptiques, saillantes. A un pied de la valvule iléo-coecale , ces plaques forment un relief plus sensible : çà et là, follicules isolés, volumineux , offrant , les uns , un point noir à leur centre ; les autres, une petite ulcération. Le cœcum et le colon ascendant sont sains ; le colon transverse est parsemé d'une foule de petits points saillans , d'une couleur opaline , et sur le sommet desquels on n'aperçoit pas, même à la loupe, la plus petite ouverture; la membrane muqueuse de cette portion de l'intestin n'est ni épaissie, ni ramollie : sa couleur est blanche. Les autres parties du colon elle rectum n'offrent rien de notable. Les glandes mésentériques sont assez volumineuses, mais sans autre allé-

tio appréciable.

Le foie est d'un brun rouge et ne dépasse pas les fausses côtes ; la vésicule est pleine d'une bile jaune; la rate n'offre rien de particulier.

Les reins sont beaucoup plus volumineux que dans l'élat saiu. Dépouillés de leur membrane fibreuse, à laquelle ils sont

47^ NIÎPHRITE ALBUM rJVEUSr.

peu adhérens , ils n'ont point leur couleur naturelle. La substance corlicale a un aspect jaunâtre sale; une foule de petits points rouges , que l'on pourrait comparer pour la couleur aux péléchies, sont disséminés sur la substance corticale. Deux ou trois petites plaques bleuâtres, traversées par un grand nombre de lignes flexueuses, sont disséminées sur la substance corticale , qui est très molle , contrairement à ce qui a lieu le plus oi-dinairement. La substance tubuleuse est peu distincte de la corticale ; ses faisceaux, pâles et infiltrés, sont mollasses et privés de sang.

Les bassinets et les uretères n'offrent rien de notable ; la vessie est saine.

La matrice, ses annexes et le vagin, paraissent èU'e dans l'état naturel.

Ons. LXXV. — Nécrose (le la partie inférieure du fémur durant depuis i/, ans; constitution scrufulcuse ; néphrite albumincuse clironiquc (liydropisie depuis six mois , urines nlbumincuses) ; poiut de lésion du cœur , du foie on des gros vaisseaux. Pneumonie ultime ; reins tuméfiés, décolorés et infiltrés de granulations de Bright ; hépatisatiou du poumon droit.

Gartau (Jean-Marie) , âgé de 35 ans , cordonnier, fut admis , le 3 septembre iSSij , à l'hôpital de la Charité.

Cet homme, d'une constitution scrofuleuse, fut traité, en 1824, par Dupuytren , d'une nécrose de la partie inférieure du fémur. Depuis cette époque, il a continué d'exercer sa profession de cordonnier; mais il a toujours conservé un gonflement considérable à la partie inférieure de la cuisse droite , et , depuis quatorze ans , une suppuration plus ou moins abondante a continué à se faire par des trajets fisluleux à travers les parties molles. En 1824 , on fit l'extraction de plusieurs fragmens d'os nécrosés. La santé s'est beaucoup affaiblie. En i838 , cet homme a eu des accès de fièvre intermittente , qui durèrent pendant quinze jours. Depuis le mois d'avril, il a été beaucoup plus soufl"rant,et éprouvait habituellement des douleurs abdominales : il avait presque constamment la diarrhée. Le venlrc était dur et sensible à la pression , et, lorsqu'il se fatiguait a

travailler ou à un exercice quelconque , les jambes et parfois d'autres régions du corps enflaient. Garlau a beaucoup souffert dans la région des reins. Il a toujours habité dans une chambre saine , suivi un bon régime et n'a jamais fait abus des boissons alcooliques.

Le 3 septembre, teinte jaune de la face et de tout le corps,visage et membres supérieurs un peu œdématiés ; ventre tendu

.et un peu douloureux , ne contenant pas de liquide ; point de bruits morbides au cœur ni dans les poumons; langue rouge; peu d'appétit ; soif assez vive ; peau chaude et sèche.

Le membre inférieur droit, dont le fémur est altéré, est tuméfié. La quantité de l'urine en vingt-quatre heures est proportionnée à celle des boissons. Les émissions ne sont pas plus fréquentes qu'en santé. Traitée par l'acide nitrique et par la chaleur, l'urine donne un précipité albumineux très abondant : elle est pâle , légèrement alcaline et ne fournit aucun dépôt {Décoction hlanche; sous - carbonate de fer, un scrupule ; un

I grain d'opium en deux pilules ; le i/8 d' alimens).

Le 5 septembre , diarrhée très abondante (six selles liquides); insomnie; visage bouffi; peau chaude et sèche; pouls à 85

iMême prescription).

Le 7 septembre, la diarrhée continue; coliques vives et quelques envies de vomir ; insomnie; ventre tendu et doulou-

i reux; point de fluctuation sensible. L'anasarque est au même

< degré. Le foie déborde un peu les fausses côtes; les douleurs

I des reins persistent. L'urine continue d'être fortement albu-

1 mineuse.

Le lo, douze selles liquides dans la nuit; le malade est très pâle et très fatigué ; insomnie ; langue très rouge sur ses bords ; c|uelques plaques blanches disséminées à sa surface. Pouls petit et fréquent (gS pulsations par minute); déglutition difficile ; douleur à la gorge {Décoction Hanche, une livre; cachou, huit (jrains ; lavement avec addition de douze gouttes de laudanum liquide de Sydenham } diète).

Même état jusqu'au i5. Le dévoiement, la fièvre, la chaleur de la peau, l'insomnie continuent. L'anasarque n'a pas augmenté d'une manière sensible ; les paupières et les membres

4^0 NlfpiIRITH ALBOMINEIJSE

supérieurs ne sont que légèrement tuméfiés ; la face est très pâle; les traits sont altérés; la langue est toujours très rouge. Inappétence complète; quelques coliques; douleurs des reins assez vives {Même traitement et deux cautères aux lombes).

Le 16, le dévoieraent a diminué ; moins d'épreintes et de coliques; urines plus colorées, d'une teinte cilrine et fortement albumineuses.

Le 17, envies de vomir, douleur très vive le long des attaches du diaphragme, gêne de la respiration, pouls plus développé et plus fréquent (gS pulsations) , toux durant toute la nuit, sans expectoration.

Le 18 , la toux et la dyspnée persistent. Le visage, plus enflé, a pris une teinte un peu bleuâlre. Point de bruits morbides au cœur ; du râle sous-crépitant dans un espace assez étendu , correspondant à l'angle et à la partie moyenne du scapulum du côté droit {Décoction blanche; cachou, Mût grains; opium, deux grains).

Le 19 , ventre dur et tendu , sensible à la pression. Point de fluctuation. Tout le membre droit est engourdi et douloureux. La cuisse fournit toujours une suppuration sanieuse d'une mauvaise nature. L'oppression et la toux augmentent; le souffle tubaire a succédé au râle crépitant dans le poumon droit.

Le ao, mal à la gorge; sécrétion pseudo-membraneuse, blanchâtre sur la langue et le? gencives; yeux hagards; respiration très anxieuse; suffocation imminente dans le coucher sur le dos; attitude assise obligée.

Le 2) j le malade meurt à sept heures du matin.

Autopsie du cadavre, — Abdomen. Les deux reins sont augmentés de volume et de poids. Le rein gauche , plus gros et plus lourd que le droit, pèse sept onces deux gros. Le rein droit pèse six onces deux gros. Le rein gauche, renflé à son extrémité inférieure, présente, sur ses deux faces, de petites dépressions d'un brun foncé et de petites éminences mamelonnées d'un jaune pâle. La substance corticale est généralement jaunâtre et anémique , parsemée de légères arborisations vasculaires. Ce rein semble avoir éprouvé, dans sa moitié inférieure, un gonflement considérable, qui lui a donné une forme arrondie, tandis

ET SCROFDLKS. 48 f

que sa partie supérieure est aplatie , sans inégalités , sans bos selures. Sur la partie inférieure et mamelonnée du rein, on voit

unequantité prodigieuse depetitesgranulationsblanchesetflnes (granulations deBright), de sorte qu'on peut étudier, sur le même rein , deux formes de la même affection : l'une caractérisée par une injection d'un rose vif, et par des surfaces lisses avec quelques granulations fines et rares; l'autre parla décoloration j aunâtre de la substance corticale, bosselée et parsemée d'une mul litude de granulations blanches. A la coupe, la substance corticale paraît épaissie , d'un blanc jaunâtre, et semée de petits points blancs (granulations) comme à sa surface extérieure. Ses prolongemens entre les cônes de la substance tubuleuse sont tuméfiés ; les cônes sont d'un rouge vineux, et laissent suinter des gouttelettes de sang à la pression; la membrane interne des bassinets est sans rougeur.

Le rein droit est généralement pâle et jaunâtre j sa surface traversée par de petits sillons et surmontée de bosselures qu'on retrouve également dans l'intérieur de la substance corticale, est semée d'urje multituJe de petites granulations. La membrane fibreuse des deux reins est mince et adhérente à leur surface.

La vessie n'offre auci|li*e altération ; sa membrane muqueuse est saine. *

Poitrine. Le cœur a ses dimeîrfîons ordinaires ; sa membrane interne est un peu blanche et opaque au pourtour des valvules aunculo-ventriculaires , qui offrent de petites plaques cartilagineuses d'une demi-ligne d'épaisseur.

Le poumon droit ne présehte aucune altération; il y a quelques adhérences récentes entre les deux feuillets de la plèvre droite. La partie inférieure du lobe supérieur du poumon gauche est hépatisée et friable dans une grande étendue; au sommet du môme poumon, on trouve quelques petits tubercules et une caverne qui pourrait admettre l'extrémité du pouce dans sa cavité.

Memhrcs. La moitié inférieure du fémur est tuméfiée et adhérente, dans une grande étendue, au tissu cellulaire et aux parties

moUesvoisinesquisontinduréesetd'uneconsislancecommelarn.

4^2 NÉPHRITE ALBUMINEUSF

dacée. A la réunion de son tiers inférieur avec ses deux tiers supérieurs, le fémur offre trois petites ouvertures qui communiquent avec une large cavité creusée dans l'épaisseur del'bs; l'une de ces ouverluresest située à la face antérieure de cet os,etles deux autres à la face postérieure. A l'aide d'une section verticale faite à l'os, on voit, immédiatement au-dessus des condjlesdesou extrémité inférieure, une cavité qui pourrait contenir un gros œuf de poule ; elle est remplie par une matière tuberculcusè, molle, homogène, d'un blanc jaunâtre, libre dans l'intérieur de la cavité, et qui l essemble, par ses propriétés physiques, au mastic des vitriers; trois fragmens osseux, nécrosés, complètement séparés du reste de l'os, renfermés dans cette cavité osseuse , étaient d'une densité très grande, d'une couleur blanchâtre et d'une consistance tout-à-fait éburnée. La cavité osseuse est garnie d'une membrane dure et résistante qui isole complètement la suJjslance osseuse des séquestres et de la matière tuberculeuse. Cette membrane, d'une teinte rouge-foncé et noire dans quelques points, a environ une ligne d'épaisseur. Elle se continue avec une fausse membrane de même nature et de même organisation, qui revêt la surface des trajets (isluleux anciens de l'os et des parties molles. Autour de la caverne de l'os, le périoste est épaissi et très injecté. Le tissu spongieux des deux condyles de l'extrémité inférieure du fémur est ramolli, pénétré de sang et très friable. En haut, le tissu spongieux voisin de celte caverne est au contraire transformé en un tissu blanc jaunâtre, très compacte, qui a envahi la cavité médullaire de l'os, et qui semble pénétré d'une matière grasse et jaunâtre, comme dans l'infiltration tuberculeuse des os longs.

§ G27 . Je n'aurais pas i-apporlé l'observationsuivante (l'histoire de ce cas étant restée incomplète, la malade n'ayant séjourné que quelques jours à l'hôpital), si l'urine n'avait présenté un phénomène particuher très digne d'attention : je veux parler de la proportion considérable des urates dans une urine fortement albumineuse provenant d'une malade qui était atteinte d'une hydropisie liée très probablement à une affection des reins. La proportion des urates étant faible dans la plupart des cas d'iiydropisie avec urine albumineuse, il est très probable

ET SCBOFDLES. 483

que, dans ce cas et dans quelques autres que j'ai observés chez des scrofuleux, la proportion des urales a clé influencée par l'état particulier de la constitution.

Ofls. LXXVI. — Abcès scrofuleux dans diverses parties du corps ; hydropisie avec urine coagulablc; liémiplcgle; sédimenli de l'urine principalement composé d'uratcs.

Poisson, ugéc de 34 ans , journalière , soignée dans les salles de chirurgie de l'hôpital de la Charité, pour plusieurs abcès sur difl'érentes parties du corps, fut ensuite, le i4 novembre 1837 , placée dans mon service pour y être traitée d'une hydi'opisie générale.

Cette femme paraît plus âgée qu'elle ne l'est réellement; sa peau, naturellement un peu brune, est devenue blanche par suite de l'hydropisie du tissu cellulaire sous-cutané. Poisson a eu assez souvent mal au nez, et plus lard elle a été sujette au dévoiement et à rendre des vers par le rectum ; dans sa douzième année, elle a eu la variole et la rougeole.

A ï 7 ans , la menstruation , d'abord peu régulière et insufRsante, s'établit plus tard complètement. Mariée à a6 ans, elle n'a pas eu d'enfaus; elle a continué à être sujette au dévoiement comme dans son enfance , et elle a eu la dysenterie il y a deux ans environ.

Cette femme demeure à la campagne, travaille habituellement aux champs, mais se nourrit bien; elle loge dans une chambre saine.

Il y a environ neuf mois , elle commença à éprouver des douleurs dans les membres supérieurs et inférieurs du côté droit, douleurs qui furent regardées par quelques médecins comme rhumatismales; par d'autres, avec plus de vraisemblance, comme symptomaliques d'une affection cérébrale , parce qu'en même temps il y avait une douleur constante dans le côté gauche de la tête. A cela vint bientôt se joindre l'affaiblissement des membres douloureux , la déviation de la bouche et la difficulté dans la prononciation. Au bout de quatre mois , le bégaiement avait disparu, mais la faiblesse des membres persi.slait, et plus prononcée dans le bras que dans la jambe. De-

484 NÉPHRITE ALBIIMINKIISE

piiis lors, le bras a repris un peu de force, mais il esl toujours plus faible que l'autre, et il est, ainsi que la jambe du même côté, le siège de fourmillemens incommodes. Depuis quatre mois, •l'ouïe s'est affaiblie. Les règles, devenues beaucoup moins abondantes, n'ont pas paru depuis deux mois. Plusieurs abcès scrofuleux se sont successivement formés sur diverses parties du corps. Enfin , il y a douze jours, une hydropisie du tissu cellulaire s'est déclarée.

. Le i5 novembre, lendemain de son admission dans mon sei"vice , léger œdème du cuir chevelu, bouffissure de la face, œdème des parois de l'abdomen et de la partie postérieure du tronc, œdème plus prononcé aux bras et aux membres supérieuis; teint pâle, légèrement jaunâtre ,• deux ulcères fistuleux au dos , lin sur le bras gauche , un sur le pied du même côté , un au-dessous de la mamelle droite ; tous ont l'aspect scrofuleux. Le péritoine contient une petite quantité de sérosité. Douleurs pulsativcs ou lancinantes dans le côté gauche de la têle et surtout à la région frontale, et qui se propagent quelquefois jusque dans l'intérieur de l'orbite. Exacerbations de la douleur , la nuit; absence du sommeil. Le bias et la jambe du côté droit, qui sont le siège de fourmillemens très incommodes, sont aussi sensiblement plus faibles que ceux du côté opposé; claudication dans la marche. Evacuation naturelle de l'urine et des selles. Le pouls est à peine sensible aux artères radiales à cause de l'œdème ; le slhéloscope appliqué sur les artères carotides et sous-clavières , on n'entend aucun bruit morbide; les battejnens de cœur sont réguliers (60 pulsations par minute), sans bruits morbides. Un peu de toux, pa d'expectoi-ation, râle muqueux en arrière , plus abondant dan les fosses sus-épineuses que dans les auti-es points. Langue humide, inappétence, coliques après l'ingestion des alimens, diar rhée , surtout la nuit (sept à huit selles quotidiennement). L'u rine, fortement acide, trouble et blanchâtre peu de temps après l'émission , s'éclaircit lentement par le repos, et laisse déposer un sédiment blanchâtre principalement formé d'urates. Traitée par la chaleur, l'urine s'éclaircit d'abord, puis, si on prolonge l'action de la chaleur, elle donne un coaguluin considérable.

I/acide nitrique produit également un précipité très abondant d'albumine. Pas de douleurs dans les régions lombaires et vésicale.

Cette malade n'est restée que pendant six jours à l'hôpital dans mon service et a voulu retourner dans sa famille. L'urine est restée très acide, déposant beaucoup d'ui-ates et contenant toujours une grande quantité d'albumine. La diarrhée était de plus en plus abondante. La malade est sortie le 21 novembre 1837.

§ 628. Rapi!or(s de la néphrite alfjumùieusc avec la syphilis consiitiitioimelle.

Il n'est pas facile de bien apprécier l'influence que peut exercer la syphilis constitutionnelle sur le développement de la néphrile^albuinineiTse ; car il est bien rare de voir cette dernière maladie chez des individus atteints de syphilis constitutionnelle, qui n'aient point été soumis à l'action d'autres causes dont l'influence sur le développement de la maladie des reins ne peut être contestée. Ainsi , parmi les malades atteints de né^ phrite albumineuse et de syphilis constitutionnelle, qui sont admis dans nos hôpitaux , la plupart ont abusé des liqueurs spiritueuses, ou ont été exposés plus ou moins à l'action du froid et de l'humidité. Cependant, j'ai vu des cas oii L'influence de l'affection vénérienne constitutionnelle m'a paru si frappante que je n'ai pas hésité à attribuer, au moins en grande partie, le développement de la maladie des reins à la cachexie vénérienne. Au reste , ceci s'accorde parfaitement avec ce que j'ai dit de l'influence incontestable que les scrofules et la phlhisie pulmonaire exercent sur le développement de cette affection des reins et surtout sur celui de sa forme chronique.

Je dois ajouter , cependant, que Wells et Blackall ont atti'ibué à l'action du mercure, employé dans le traitement de la maladie vénérienne, l'affection rénaloj quejesuis disposé à regarder comme étant, en grande partie; au moins , consécutive à la cachexie syphilitique. J'oppose à l'opinion de ces savans observateurs qu'il est bien rare que l'urine devienne albumineuse par l'ellet des préparations mercurielles , lorsqu'on les admi-

486 tvéphkite albumineuse

nistre contre les symptômes primitifs de la maladie vénérienne; qu'il est plus rare encore d'observer des liydropisies avec urine coagulable, chez des doreurs atteints de tremblement raercuriel,ou d'autres maladies dépendantes du mercure; enfin, ce qui me confirme dans mou opinion, c'est que les individus, chez lesquels Wells, Blackall et Gregory ont observé des liydropisies avèc urine coagulable, attribuées par eux au mercure, étaient presque tous atteints de syphilis constitutionnelle. Toutefois, il est très probable que, dans un certain nombre de cas, l'alTection des reins et l'hydropisie ont été le résultat simultané ou successif de plusieurs causes.

Les observations suivantes me dispensent d'entrer dans de longs détails sur cette complication delà néphrite albumineuse; mais il est une circonstance sur laquelle je veux appeler l'attention : c'est que, dans presque tous les cas, sinon ^ans tous les cas de la néphrite albumineuse chronique que j'ai observés chez des malades atteints de syphilis constitutionnelle, le foie était altéré. L'était-il devenu par l'effet des écarts de régime, par l'abus de liqueurs spiritueuses? C'est ce qu'il m'a été possible de découvrir dans un certain nombre de cas. J'ajoute qu'ayant observé, un assez grand nombre de fois, de semblables maladies du foie, sans lésion l énale, chez des individus atteints de syphilis constitutionnelle, j'ai été conduit à penser (et j'ai plusieurs fois déclaré ma conviction à l'hôpital) que ces ftllél'ations du foie me paraissaient liées , dans ces cas, à la cathexie vénérienne. J'ai déjà dit, et je crois devoir le répéter ici, cjlie , lorsque l'altération dti foie existe sons complication rénale, l'urine est ordinairement rare et d'un rouge foncé, et qu'elle dépose un sédiment briqueté, lors même qu'il y a ascite. Dans les cas de complication de ces afiections du foie avec la néphrite albumineuse chronique, l'urine, tout au contraire, est citrine, plus ou moins chargée d'albumine, et n'offre point de sédiment rouge briqueté.

Jeconriaispeu demaladies qui offrent aussi peii de chancesde guérison que ces cas complexes : ces complications de la syphilis itivélérée, avec des altérations du foié et des reins, sont presqiie toujours incurables. Cependant , j'ai été assez heureux , et

JîT SYPHILIS. 4»7

toul récemment, pour améliorer la consliluliou détériorée d'un malade de notre hôpital qui se trouvait dans une semblable condition, et chez lequel l'urine est devenue de moins en moins albumineuse, après deux mois d'un traitement quia consisté dans l'usage de la tisane de Feltz, des pilules deSédillot, et de l'extrait gomraeux d'opium.

Obs. LXXVII. — SyplnUs constitutîonùelle ; altération particulière du foie avec augmentation de son volume et confusion de ses deux substances. Urines citrines et alimmineuses long-temps avant l'apparition d'une bydropisie ; anasarque et ascite. Altération des reins (sixième forme anatomiquc).

Sanomin, âgée de a8 ans, polisseuse en caractères, entra à i l'hôpital de la Charité, le 24 novembre i836. Cette femme fu*d'abord traitée pour une maladie du foie, dont le volume était considérablement augmenté, pour des ulcérations syphilitiques : au pharynx, et des exosloses au tibia. L'urine était albumineuse, - et il n'y avait aucun indice d'hydropisie.

Le a janvier 1887, cette femme était dans un état de dépéris- • sèment assez marqué. Elle avait eu, sept ans auparavant, une blennorrhagie qui avait ététraitée parla liqueur de Van-Swieten; quatre ans plustard^ des ulcérations dans le pharynx et bientôt des douleurs ostéocopes dans les membres, des périostoses dans les tibias avec commencement d'exostoses au tiers supét rieur de ces os. Elle a eu aussi quelques douleurs ostéocopes au ' front. Ces derniers symptômes ont offert des intermissions.EUe Tn'a jamais eu d'éruptions syphilitiques, ni d'alopécie. Elle a tpris des pilules de Belloste et un grand nombre d'autres pré- ) parations mercurielles.

Elle a aussi, depuis plusieurs mois, et peut-être depuis plus î long-temps , un gonflement assez considérable du foie, qui a été reconnu pendant qu'elle était en traitement, pour ses douleurs ' ostéocopes, ^ans un autre service de l'hôpital.

Maigreur; douleurs ostéocopes à la région frontale; périostoses et douleurs dans les deux tibias; de temps en temps douleurs dans les clavicules ; insomnie causée par les douleurs ostéocopes qui sont plus fortes la nuit que le jour; règles peu Inondantes. Urine pâle, citrine, acide, parfaitement transpa~

48y NKPHlUXJi ALJJUMINEUSE

rente; préxipitant par la chaleur et l'acide nitrique. Elle n'est ni augmentée ni diminuée en quantité, et l'excrétion n'est pas plus fréquente que dans l'état nalurel. Point de douleur à la pression dans la région des reins. Cicatrices dans le phai-ynx; adhérences du voile du palais avec les piliers; point d'ulcérations; appétit diminué; langue humide; pas de douleurs au ventre ; selles naturelles. Le foie , très volumineux , descend jusqu'au niveau d'une ligne qui de la crête iliaque irait au nombril ; il est sensible à la pression; jamais d'ictère. La respiration est assez naturelle , point de toux ni de crachats; sonorité naturelle de la poitrine. Baltemeus du cœur naturels ; point de fièvre. Pensant (d'après plusieurs cas a n al ogucs que j 'ai observés) que l'altération du foie pourrait dépendre de la même cause que les ulcérations du pharynx et les douleurs ostéocopes^ je prescrivis le traitement mercuriel par les pilules de Sédillot. Bientôt les douleurs ostéocopes furent calmées, mais, les gencives s'étantaflectées, il fallut suspendre ce remède. Cetle malheureuse femme ne cessa de soufl'rir dans tout le cours de l'année, soit d'une partie , soit d'une autre. Les douleurs ostéocopes et les périostoses reparurent à des intervalles plus ou moins éloignés; il survint un exostoseà base large et dure au tiers supérieur de l'un des tibias; les préparations mercurielles, les tisanes sudorifiques procuraient un soulagement momentané, mais jamais de guérison. La malade n'obtint, non plus, qu'un soulagement passager de l'application de vésicatoires simples ou saupoudrés d'un demigrain , de trois quarts de grain ou d'un grain d'hydrochlorate de morphine. Le foie n'augmenta ni ue diminua de volume; il ne survint pas d'ictère. Il y avait souvent des nausées, des vomissemens et de la dian-hée que l'on combattait, tour-à-tour, par l'eau de Seltz, l'opium, les alcalis et la potion de Rivière. L'urine resta constamment albuniineuse. Dans les mois d'avril et de mai, les membres inférieurs commencèrent à devenir oedémateux; une véritable anasarque se forma lentement, et elle était considérable dans les derniers temps de la maladie. Dans les six derniers mois , il se déclara une bronchite avec expectoration muqueuse abondante. L'amaigrissement, qui t't.TÏt déjà considérable au commencement de l'année, fit iusen-

sibleraent des progrès, et, quoique masqué par l'œdème, il paraissait extrême dans les derniers temps de la vie. Celte femme, épuisée par ces longues souffrances, mourut le 20 décembre i83t.

Autopsie du cadavre, le 21. — Etat extérieur. Maigreur extrême de la face et du cou; œdème considérable des membres inférieurs, moins prononcé aux supérieui-s. Développement de l'abdomen par un liquide épanché dans le péritoine, exostose éburnée sur le tibia droit.

Abdomen. Il s'échappa de cette cavité plusieurs pintes d'une sérosité jaune, limpide comme celle de la plupart des ascites. Le foie avait un volume ordinaire , sa forme générale n'était jîoint altérée; intérieurement il avait généralement une couleur jaunâtre un peu pâle, assez semblable à celle de la cire jaune; sa consistance était un. peu molle; son tissu avait éprouvé une profonde altération dans sa couleur et sa texture. Dans quelques points , rares et disséminés , on remarquait des taches formées par un mélange de substances jaune et brune, faciles à reconnaître pour être les seules parties du foie qui ne fussent pas désorganisées. A la face inférieure du foie, une petite masse de substance squirrheuse commençait à se ramollir. La vésicule du fiel contenait de la bile assez foncée en couleur. Le volume et la consistance de la rate étaient àpeu-près naturels. L'estomac et les intestins ne présentaient pas d'altération notable, quoique la malade eût éprouvé, pendant la vie, des nausées, des vomissemens, etc.

Les reins sont tous deux sensiblement plus petits que de coutume ; ils semblent ratatinés, et leur substance est beaucoup plus dure que dans l'état sain ; leur forme est assez bien conservée , leur couleur est jaunâtre, sans être partout anémique ; leur surface offre un grand nombre d'inégalités, de petites bosselures, de mamelons, de rugosités ; ils présentent enfin l'aspect de reins attaqués de néphrite albumineuse chronique dans sa plus ancienne période, sans granulations de Biight apparentes, A la coupe, le tissu de ces organes est dur sous le scalpel ; les deux substances sont beaucoup moins distinctes l'une de l'autre que dans l'état sain. Les mamelons contiennent un peu de sable

49*^ NiîpnniTE abhumimeuse

tirique. L'enveloppe cellulense des reins se dcfaclie difficilement, et il reste quelqties débris à la surface de ces organes. Les bassinets et les calices sont petits, mais leur surface iulcricure est pâle.

Poitrine. Les poumons, exsangues à leur partie antérieure, sont très fortement engouésâ leur partie postérieure. Les bronches sont livides. Lé cœur, les principales veines et les grosses artères n'offrent aucune altération.

5 629. Il y a long-temps que j'ai fait remarquer à mes élèves que l'urine, dans la blennorrhagie, dans la cystite et la pyélite, contient une certaine quantité d'albumine, par suite de son mélange avec le pus. Mais, dans les cas de blennorrliagie, il suffit de faire uriner les malades en plusieurs fois, pour reconnaître que l'albumine et les globules muqueux, quelquefois assez abondans dans la première émission, manquent en grande partie ou entièrement dans la dernière.

Dans le cas suivant, pour éviter toute erreur, j'ai examiné l'urine retirée par la sonde. L'urine fut albumineuse après la guérison de la blennorrliagie, comme pendant sa durée. En outre , elle était peu colorée et d'une très faible pesanteur spécifique.

Je note enfin que la lésion des reins était telle que l'affection du foie n'a pu se déceler par l'urine, ainsi que cela a lieu ordinairement lorsque les reins sont sains.

Ods. LXXVIII. — Plusieurs maladies vénériennes; liydropisie avec urine coa-*. gulable ; écoulement iiurulent par l'urèllire. Mort. — Reins décolores et maraclouncs. Foie dense. Tubercules dans les poumons et les testicules.

Borreman, âgé de 3o ans, tailleur, entra à l'hôpital de la Charité le 2 octobre i85S.

Cet homme, d'une taille élevée, d'une maigreur squelettique et d'une pâleur cadavéreuse, avait l'haleine fétide, la voix caverneuse , la démarche chancelante , et toute l'apparence d'un homme souffrant depuis long-temps d'une maladie grave, ou d'un malheureux épuisé par le défaut de nourriture. Cet homme ne paraissait souffrir que de la faim, à en juger par

ll'avidilé avec laquelle il dévorait les alimcns. Les principaux (.organes n'offraient aucun signe d'altération matérielle.

L'urine était trouble au moment de l'émission, d'une couleur jaune pâle, et d'une faible pesanteur spécifique ; traitée par il'acide nitrique ou la chaleur, elle blanchissait et laissait dc- [poser une quantité notable d'albumine.

Il n'y avait nulle part d'œdème ni d'épancheraent séreux. J'an- • nonçai que, si l'albumine persistait et surtout si elle augmen- Itait, enverrait lot ou tard survenir l'hydropisie. La présence ddu mucus dans l'urine indiquait l'existence d'une inflammation (de quelque point de la membrane muqueuse génito-urinaire ; ren effet, un suintement purulent avait lieu par le canal de l'urrèthre. De plus il y avait un chancre sur le prépuce, et le testiccule droit était au moins une fois plus gros que le gauche.

Borremati,néà Bruxelles, estresté jusqu'à l'âge de vingt-six ans Mans sa ville natale oii il jouissait d'une aisance quilui permettait ride subvenir à ses besoins et même à ses plaisirs. Il s'est souvent ilivré aux excès vénériens , mais rarement il a fait excès de boissson. Depuis quatre ans il habile Paris, où son état de tailleur ne ll'a jamais fait vivre que misérablement: avant cette époque, il savait toujours joui d'une bonne santé, et sa constitution robuste lavait peu souffert d'une maladie vénérienne (chancres) qu'il lavait eue en 1828, et qu'un traitement convenable paraissait lavoir complètement guérie. Pendant l'hiver de i834, il a de tnouveau contracté des chancres dont l'apparition a été suivie îâ'une éruption syphilitique de nature tuberculeuse. La face et 'le dos ont bientôt été couverts d'ulcérations profondes, qui ont été traitées et cicatrisées au moyen de cautérisations avec le nitrate acide de mercure et de l'emploi, à l'intérieur, de la liqueur de Yan-Svfieten. Au printemps de la même année, la guérison paraissait complète , mais, pendant l'hiver de i835, l'éruption la réparu ela été guérie par les mêmes moyens 5 elle s'est montrée de nouveau pendant l'hiver de i856 et de 1837. Le malade se cautérisait lui-même avec le nitrate acide de mercure. Dans ■le mois de décembre de cette dernière année l'éruption a été 'peu abondante et de courte diirée. Leà anciennes cicatrices ont pâli, et aujourd'hui elles couvrent le nez et le front. Celles

49^^ NÉPmUTJ£ ALBUM1NEUSJ£

du tronc sont beaucoup plus larges el plus profondes; on dirait des cicatrices d'anthrax.

En juillet i858^ Borrenian est entré à l'hôpital des Capucins pour se faire traiter d'une chaudepisseavec chancres au gland et au prépuce, bubon et orchile. Ce dernier symptôme s'est déclaré après les autres, à la suite d'un traitement énei gique dirigé contre la blennorrhîgie. Le traitement fit résoudre le bubon et en partie les chancres, mais l'orchite et l'écoulement purulent persistèrent. Une pneumonie droite vint compliquer cet état. Après cinq saignées , l'usage de la potion stibiée el une diète de vingttrois jours, le malade est sorti de l'hôpital guéri de sa pneumonie, mais non des symptômes de vérole qui persistaient encore à l'époque de son entrée à la Charité (Salsepareille , deux hiles de Sédillot, -pansement du chancre avec le cérat mercuriel, la demi-portion dH alimens).

Le 10 octobre, le malade se plaignait de tousser beaucoup le matin , el son crachoir était plein de crachats muco-purulens. Pas de sueurs nocturnes ni de dévoiement. La maigreur et la pâleur sont les mêmes. Le malade se sent un peu plus for t que lorsqu'il est entré ; il est levé presque toute la journée.

Le 17, le chancre el l'écoulement par l'urèlhre ont disparu. Le testicule droit est toujours aussi volumineux , et les bourses sont devenues œdémateuses. Les malléoles sont entourées d'un engorgement de même nature. On suspend le traitement mercuriel , et on continue l'usage de la salsepareille.

Le 22, sensation de pesanteur dans le ventre, météorisme (Z7n scrupule de carbonate de fer; eau de Scllz; le 1/2 de vin;le 1/4 dfalimens ; viande rôtie).

Les jours suivans , les nausées se dissipent, mais le météorisme du ventre est peu-à-peu remplacé par une ascite. Le malade retombe dans son premier état de faiblesse. Il passe toutes les journées dans sou lit. Il perd l'appétit, et tout ce qu'il mange et tout ce qu'il boit détermine, peu d'inslans après qu'il l'a pris , une ou deux selles liquides. Le pouls est faible ; la peau est sèche et très sensible à l'impression du froid. La sécrétion urinaire , très peu abondante, continue à présenter les mêmes caractères, La quantité d'albumine est à-peu-prcs tou-

jours la même. La pesanteur spécifique est loi t ; point tle douleur dans les reins.

Le 9 novembre, six à sept selles chaque jour ; les matières : rendues sont d'une couleur grise noirâtre (cette coloration est i due à l'emploi prolongé du sous-carbonate de fer), d'une fétidité 'repoussante. On ajoute au traitement journalier une once de ssirop diacode.

Epuisé chaque jour par un dévoiement continuel, par une s augmentation progressive des dépôts séreux dans le venli'e, les hbourses et le tissu cellulaire sous-cutané des extrémités inférrieures, le malade meurt le 7 décembre iS38.

Autopsie du cadavre. — Etat extérieur. Quelques-unes des rcicatrices de la peau du front et du cuir chevelu sontadhérentes aaux os du crâne, et ceux-ci, au niveau des cicatrices, offrent des ddépressions superficielles et des rugosités qui ressemblent à des Tvermoului-es.

Abdomen. Le péritoine contient huit à dix litres d'une sérosité . claire et transparente comme l'eau la plus pure. Il n'y a ni flol'Cons alburaineux ni adhérences entre les circonvolutions in tesitinales. Le foie est très petit, d'une couleur brune violacée et Il'une densité considérable.

La rate, presque aussi volumineuse que le foie, est saine li'ailleurs.

L'intestin, rempli de matières fécales liquides, n'offre aucune aaltération.

Les reins, d'un volume et d'un poids ordinaires , préseuent de nombreuses bosselures , séparées par des sillons proonds. Dépouillés de lexir capsule, leur surface est d'une )uleur rose pâle , qui rappelle l'aspect de la chair de veau, a piqueté rouge très abondant est disséminé par plaques ur ce fond anémique. Ces plaques existent surtout dans les lites cicatrices déprimées , éparses çà et là. Si l'on divise le ein en deux moitiés suivant sa grande circonférence, on voit lie la substance corticale, épaisse d'une ligne et demie à deux ^nes au niveau de la base des tubulures, est d'un jaune rosé l striée de ligues rouges , qui se portent de la base des cônes à 1 surface du rein. Ces stries, formées parles vaisseaux injec-

494 Nl5pnRTTE ALBUMINFTISF

tés, sont distantes les unes des autres d'iî4 à une ija ligne, et les espaces qui les séparent sont d'une couleur tellement uniforme et d'une densité telle, qu'il est impossible d'y reconnaître les dispositions normales. On dirait que la substance corticale est engouée par un dépôt de matière étrangère à son organisation. Cette apparence s'observe aussi dans les portions de cette même substance qui séparent les tubulures, avec cette dififérence cependant que les stries rouges y sont irrégulièrement disposées et remplacées le plus souvent par un piqueté peu abondant.

Les cônes soht petits et leur coloration est naturelle. Il n'existe aucune altération notable dans les bassinets, les ure^ lères ni dans la vessie. La prostate et le canal de l'urèthre sont sains. Les bourses sont infiltrées de sérosité, et il existe en outre une petite quantité de sérosité dans les tuniques vaginales. Le testicule du côté droit, doublé de volume, est converti en une masse tuberculeuse, au milieu de laquelle on distingue encore quelques parcelles d'un gris rougeâlre, véritable détritus du parenchyme tcsticulaire. Le testicule gauche, dont le volume est à-peu-près normal , ne contient que deux tubercules pisiformes. Il existe, en différens points de la substance de cet organe, quelques taches d'un blanc rosé sur lesquelles il n'est pas possible de trouver la suite des conduits seminifères.

Poitrine, Les poumons qon tiennent, dans leur lojje supérieur, plusieurs tubercules railiaires disséminés et quelques tubercur les lenticulaires, jaunes, disposés en petits groupes.

Le lobe inférieur du poumon droit est seul congestionné; son parenchyme , quoique souple et élastique , ne crépite pi-esque pas sous la pression des doigts, et, quoique très rouge, il ne laisse suinter, lorsqu'on l'incise, qu'une très petite quan-^ tité de sang. Bronches saines.

Le cœur et les gros vaisseaux, le cerveau et ses enveloppes sont sains.

Obs. LXXIX. — Maladies vénériennes , trois traitcraens raercuriels ; cachexie; urine albumincuse ; asclte consécutive; entérite. Mort. Altération du foie. — Néphrite aihumineuse (granulations et mamelons).

Joseph Pinchard, âgé de 33 ans, journalier, entra, le 11 septembre i835, à l'hôpital de la Charité.

Il déclara qu'il avait eu, en 1827, une maladie vénérienne (chancre et blennorrhagie), pour laquelle on lui avait fait subir un traitement mercuriel. Plusieurs années après , il eut des douleurs à la têle et des tubeicules au front , qui s'ulcérèi'ent : . cette affection secondaire fut très rebelle et combattue par deux : autres trailemens antisyphilitiques. Aujourd'hui, il ne pressente aucun symptôme de syphilis constitutionnelle. On voit, ;au front, des cicatrices blanches, irrégulières, un peu dépriimées, et autour desquelles la peau pai'aît adhérente aux os du i crâne. Cet homme est malade depuis sept mois; il est pâle, I faible , et paraît beaucoup plus âgé qu'il ne l'est réellement. Il ?a déjà eu, il y a six mois, un léger œdème des jambes , qui s'est I reproduit , il y a trois mois environ. Quelquefois , son ventre se ggonflait; il. a eu fréquemment du dévoiemeut dans ces dernniers temps; il a souvent mal aux reins. Six semaines avant sson entrée à l'hôpital, il a souffert, non pas continuellement, imais par accès, dans les deux testicules, et plus dans le gauche ]jae dans le droit j il n'a fait aucune remarque sur ses urines.

ÈPeu d'appétit; pas de douleurs au ventre; respiration natulej aucun phénomène morbide du côté du cœur; pouls de 60 4; maigreur, pâleur, faiblesse. Point de douleurs dans les ies urinaires; ux-ine d'un jaune paille, claire , transparente , is dépôt, rougissant légèrement le papier de tournesol, donnt, par la chaleur et par l'acide nitrique, un coagulum abonlant : ce coagulum formait un dépôt qui occupait le tiers de a hauteur de la colonne du liquide. Point d'épanchement de érosilé dans le tissu cellulaire , ni dans les cavités séreuses.

Le i5 septembre, l'urine, claire, transparente, citrine, acide, c prend presque en masse par la chaleur (par le repos , le coaulum occupe la moitié de la colonne du liquide); coagulum onsidcrable par l'acide nitrique et par l'alcool.

NTÎPHRITK ALBUMINEUSE

Le malade resta dans cet état jusque vers le 1*'' octobre, mangeant peu , ne se plaignant que de faiblesse. Son ventre commença à enfler, et en peu de jours on constata, par la fluctualion, la présence d'un liquide dans le péritoine. La matilé remontait à trois travers de doigt au-dessus du pubis quand le malade était assis. Les urines ne paraissaient pas diminuées eu quantité.

Après une vingtaine de jours, l'enflure diminua; il fut pris de diarrliée, sans changement dans l'état des urines, relativement à leur réaction acide et de leur coagulabilité par l'acide nitrique et la chaleur.

Le 28, la diarrhée augmente (quatre à six selles); langue très rouge; un peu de douleur aux reins {Tisane de riz ; opium , un demi-grain, malin et soir).

Le 3o, même état {Quatre vejiiouses scarifiées aux lombes). Le 1" novembre , dix selles depuis viugl-quatre heures ; peu de liquide dans le ventre; pas d'œdème aux jambes ; langue rouge ; soif; afl'aissement; douleurs vers la fosse iliaque gauche {(Jninze satigsiies loco dolenti; cataplasmes); point de toux ni d'expectoration ; le malade conserve toute sa connaissance et meurt avant la visite du lendemain.

Aulopsie du cadavre , vingt-quatre heures après la mort. — Etat extérieur. Marasme; cicatrices déprimées sur le front-

Tête. Au niveau des cicatrices , la peau du front adhère au péricrâne. Les os du crâne sont épais, extrêmement durs et compactes; l'arachnoïde, le cerveau et le cervelet à l'état normal.

Poitrine. Pas d'épanchement dans les plèvres , point d'adhérences. Poumon droit sain ; engouement du lobe inférieur du poumon gauche. Péricarde sain; cœur très petit; l'endocarde dans l'oreillette et le ventricule droit est sain ; cette membrane est blanche et a perdu sa transparence vers l'orifice aortique ; la valvule mitrale présente quelques points opaques. Il y a quatre valvules à l'orifice aortique, trois d'égales dimensions entre elles et une quatrième de la moitié de la dimension des autres; quatre points d'insertion; deux de ces valvules sont percées de petits trous, vers leur bord lilire.

Abdomen. Le péritoine contient environ un litre de sérosité citrine , transparente. M. Guibourt analysa cette sérosité et constata qu'elle contenait de l'urée. Il y a, sur le foie, des traces de péritonite très ancienne, et des adhérences celluleuses unissent cet organe, en plusieurs points, au péritoine pariétal. Le foie est volumineux, et déborde les fausses côtes droites de plus d'un pouce et demi; son lobe gauche occupe tout l'épigastre et descend très bas. Le foie est dur, pesant, compacte, de couleur jaune; à la section, il est ferme comme du saucisson ; la coupe est très nette , et on peut le couper en tranches minces , dont l'aspect est remarquable. On voit des taches d'un jaune rouge , entourées d'un cercle blanchâtre , assez rapprochées les unes des autres, de six lignes de diamètre environ, plus ou moins circulaires , sur un fond presque uniformément jaune.Au milieu deces taches il y a presque toujoursdes vaisseaux très apparens. En regardant attentivement la coupe , on y voit des giains de couleur différente, les uns blanchâtres, les autres jaunâtres. Les taches brunes et séparées les unes des autres, sont la substance du foie saine et injectée; la substance ayant l'aspect de la cire jaune, située dans leurs intervalles, est le foie profondément altéré. Le foie pèse plus du double de son poids ordinaire. La capsule de Glisson est un peu plus adhérente que de coutume ; quand elle est enlevée, les grains de la surface du foie paraissent plus gris, plus blanchâtres et plus isolés que ceux qui existent dans l'intérieur de cet organe. La vésicule est pleine de bile verte j les canaux biliaires sont libres; si on déchire le foie, son tissu paraît composé de gros gi'ains.

La rate, plus que doublée de volume, est très ferme , d'une couleur rouge; et, lorsqu'on l'incise , la coupe ressemble au tissu serré de certains saucissons.

Les veines caves, la veine splénique et la veine-porte ne contiennent pas de caillots.

La membrane muqueuse de l'estomac est injectée et moins consistante qu'à l'ordinaire vers le grand cul- de-sac de cet organe. Dans le duodénum et le jéjunum, la membrane muqueuse est pâle ; sur le bord de quelques valvules , il y a de légères ecchymoses. Dans le colon , de distance en distance , on trouve de pe- H. 32

49^ NKPHRITE ALBUMINEUSE

lites ulcéra lions assez profondes. La membrane miiqueuse paraît épaissie ou soulevée par le tissu cellulaire infiltré ; elle est pâle, excepté au fond des ulcérations, où il y a un peu de rougeur.

Les reins, plus vol uni iueux que dans l'é lat sa in , son t f erm es au toucher. En enlevanl la capsule fibreuse, il reste à leur surface quelques lames celluleuses plus épaisses que de coutume : les scissures sontplus marquées que sur un rein sain; leur surface, marbrée de rouge et de blanc, est grenue, mamelonnée. Sur quelques points, oii la surface des reins n'est ni aussi grenue ni aussi inégale, on voit de très petites taches blanches, assez rapprochées les unes des autres, formant une espèce de pointillé blanchâtre (granulations de Bright). A la section ,• les reins sont fermes; la substance tubuleuse est rosée; la coupe de la substance corticale, plus décolorée que la surface du rein, est d'un jaune grisâtre , et contraste fortement avec la couleur des mamelons. A la surface des reins, il y avait plusieurs petites vésicules, grosses comme la tète d'une très petite épingle. Les bassinets et les calices étaient sains j vessie saine; urèthre libre ; prostate de volume ordinaire.

§ 63o. Rapports de la néphrite alhumineuse avec le rhumalisme,

M. Chrislison a insisté d'une manière particulière sur la liaison qu'il a cru remarquer entre le rhumatisme et l'affection granuleuse des reins. En examinant avec soin , dit- il, l'histoire antérieure de beaucoup de cas , qui se sont passés sous mesyeuï, et qui étaient déjà parvenus à un état avancé, mon attention aété attirée par la fréquence des douleurs rhumatismales, parmi les symptômes antérieurs. Plusieurs fois aussi , la même complication s'est montrée après l'admission des malades à l'hôpital : en un mot, cette connexion m'a paru si commune que je ne rencontre jamais de cas de rhumatisme chronique rebelle, sans m'assurer de l'état de la sécrétion urinaire.

La forme sous laquelle cette affection se montre est celle de douleurs (wtcre 7ie2<raZ(/îa), saus gonflement, ni rougeur des par lies affoclées. Ces douleurs siègent plus fréquemment dans las

Et RHUMATISME. /f99

nnisclcs que dans les jointures , qui, cependant, dans quelques cas, sont gonflées.

Cette affeclion rhumatismale existe rarement quand l'hy^ropisic est considérable ; on laToit plus fréquemment quand l'hydropisie est peu développée , et surtout lorsqu'elle a disparu. Le plus souvent, cette affection rhumatismale est douloureuse et opiniâtre.

J'ai moi mémo observé plusieurs fois dès douleurs rhumatismales chez des malades atteints de la néphrite albumineuSe chronique , ou qui en avaient été affectés; mais, plus souvent encore, j'ai vu la néphrite albumineuse sui'venir chez des individus qui avaient eu antérieurement un ou plusieurs rhumatismes, et qui avaient clé exposés habituellement à l'impression du froid et de l'humidité.

A l'appui des remarques de 31. Christison et des quatre observations qu'il rapporte, ou peut citer quelques autres observations recxieillies par Blackall, par MM. BrightetGrcgory, et dans lesquelles il est fait mention d'affections rhumatismales survenues avant ou après une hydropisie, avec nrine coagulable. Dans un cas cité par Blackall {Oiiv. citéj p. io3) , il y eut : douleurs dans les jointures, œdème des jamljes, et urine coagulable. Le cas i du même auteur {Ouv. cité, P^^ge 112) me paraît aussi un cas de rhumatisme articulaire chronique, coïncidant avec une hydropisie consécutive à une néphrite albumineuse. Le docteur Bright a rapporté (Oî^-y. cité, Obs. xxn) le cas d'un jeune garçon de 16 ans, atteint d'affection granuleuse des reins et d'une péricarditc , et qui avait eu antérieurement 1 une attaque sévère de rhumatisme. On lit aussi, dans le mé- 1 moire du docteur Gregory, sept cas d'individus atteints de 1 l'affection granuleuse des reins (0ns. m, viii, X, xviii,Xli, LViii et Lix) , et qui avaient eu antérieurement des attaques de rhumatisme aigu ou chronique.

Dans quelques cas de néphrite albumineuse, on a aussi observé de véritables névralgies de cause ou de nature rhumatismale; telles sont les Ocs.iietxxi de M. Christison, et deux autres cas qui me sont propres. Dans l'un de ces derniers, la névralgie avait précédé l'hydropisie (Obs. xxxvii); e t dans l'autre,

^00 NÉPHRITE ALDUMINEUSE

elle se déclara dans la convalescence d'une anasarque survenue pendant la grossesse et guérie par raccoucliement; cette névralgie fut très opiniâtre (Oiîs. lxi ).

En résumé, ces faits établissent suffisamment que la néphrite albuminense a été plusieurs fois observée chez des individus qui ont été atteints d'afl'ection rhumatismale. Peut-être, cette coïncidence est-elle uniquement due à ce qu'une même cause (l'action prolongée ou habituelle du froid et de l'humidité) a développé, à une certaine époque, le rhumatisme , et, à une autre, lanéphrile albumineuse chronique ; pour moi, il me paraît très probable que ces deux affeclions n'ont point d'autres points de contact, ni d'autres relations. Peut-être aussi que, dans un certain nombre de cas qu'on a cités comme des exemples d'hydropisie, avec urine coagulable, suite de rhumatisme, l'hydropisie et la présence d'une certaine quantité d'albumine dans l'urine, étaient-elles le résultat d'une affection du cœur, dont le développement est si fréquenta la suite du rhumatisme, (i)

§ 63i. Rajpports de la nè2)hrile albumineuse avec la youtie.

On a observé quelques cas d'hydropisie avec urine coagulable chez des goutteux; ou en lit trois exemples dans Blackall {Ouv.cilc, Obs. II, p. i65; Oiis. ix, p. 174; Ojis. m, deuxième cas, p. 168). Le docteur Bi-ight rapporte, d'une manière plus complète, un cas d'afleclion granuleuse des reins, avec hydropisie, chez un gouttèux qui avait eu antérieurement une attaque de gravelle {Reports ofmed. cases, Obs. viit, p. 22). M. Andersen raconte que , chez un malade qui devint hydropique après avoir long-temps souffert de rhumatismes , on trouva à l'ouverture du corps les lésions suivantes : les reins étaient granulés ; il y avait des concrétions crétacées dans les articulalions des genoux, dont les cartilages avaient acquis presque le double de leur épaisseur ordinaire , et dont le tissu, d'une cou-

(i) Voyez les belles rccLerclics de M. Bouillaud sur la périi-ardite et l'endoearditc rliuuialismales [Traité clinique des vialacUes du cmtr, Paris, i83.>, a Tol. in-8).

ET GOUTTE. 5ol

leur brunâtre, était moins ferme qu'à l'état sain. Les articulations des coudes offraient une altération analogue. Le cœur était très liyperlropliié ; les valvules étaient saines, il y avait une demi-pinte de liquide dans le péricarde.

D'un autre côté, on a vu des goutteux, sans être hydropiques, présenter des urines albumineuses , dont la composition était tout-à-fait la même que celle de l'urine que les malades rendent habituellement dans la néphrite albumineuse chronique; tel est le cas suivant (i) :

« T. W., âgé de 64 ans, d'un tempérament sanguin nerveux, fréquemment dyspeptique , et sujet aux obstructions bilieuses, martyr de la goutte, a de nombreuses concrétions uriques , aux mains et aux pieds. Personne de sa famille n'a été attaqué de la goutte, excepté une tante, qui en souffrait beaucoup. J'examinai d'abord son urine dans un paroxysme dégoutte, avant qu'aucun gonflement oedémateux se fût déclaré, et je la trouvai albumineuse à un haut degré. Sa pesanteur spécifique était de i,oi4i ; elle devenait trouble à i2o°(Falirenh.), et, à mesure que la température était élevée , elle formait d'épais flocons : elle fournissait , par l'acide nitrique , un précipité dense. Cette urine contenait une très petite proportion de matière saline; elle ne donnait, pour quatre onces, et par le moyen du nitrate de plomb, que 4 grains, 6 dixièmes de précipité. Elle offait seulement de légères traces d'urée et d'acide urique.

« Lorsque le malade fut revenu à son état habituel de santé , je fus très surpris de trouver que l'urine avait conservé ces mêmes caractères. J'ai examiné l'urine, à plusieurs reprises et à des époques éloignées, jusqu'au moment actuel (janvier 1819), cet homme étant dans son état le plus satisfaisant, et paraissant, pour l'appétit et les digestions, fonctions qui cependant ne sont jamais entièrement bonnes, très voisin de l'état de la bonne santé. L'urine a toujours été sécrétée en quantité abondante , et je l'ai toujours trouvée plus ou moins fortement affectée par la chaleur et l'acide nitrique.

(i) Scudamore (Ch.). A ireaiise on clic nature and cure 0/ goul and gravel, etc. in-8 , fonrtli edit. Lond. iSaS, p. 317.

502 NÉPHftlTJï ALUUMlNEUSt:

La pesanteur spécifique de l'urine, dans ces essais , a varié de i,oo4i à 1,0076. Ces échantillons d'urine ont à peine donné la plus légère trace d'urée ou d'acide urique, et une 1res petite proportion d'acide ];hosphorique j mais il est digne de remarque que les ewsais faits sur les échantillons du paroxysme de goutte fournissaient comparativement des indices plus évidens de chacun de ces pi-incipes, quoique leur proportion fût légère. Dans toutes ces expériences, l'urine rougissait le papier bleu de tournesol. »

«A ma prière, le docteur Prout examina l'urine de ce malade au moment ou il se plaignait le moins de son indisposition. Voici le résultat de son examen : «J'ai, dit-il, trouvé la pesanteur spécifique de cette urine, à la température de de i,ooi4; elle se coagulait àla température d'environ i3o(Fahren.), qui est considérablement au-dessous du degré oli l'albumine se coagule. Je ne pus être aussi certain que je l'aurais desiié de l'existence de l'acide urique, dans celte urine, quoique je pense qu'elle en contenait une petite quantité. Elle contenait aussi un peu d'urée, mais moins que dans l'état naturel. Après avoir été conservée quelques jours dans une bouteille, elle acquit l'odeur de petit lait aigri, et rougissait très fortement le papier bleu, évidemment parle développement de l'acide acétique. La matière animale différait de l'albumine, et se rapprochait un peu, par ses propriétés, du caséum, quoiqu'elle fût évidemment distincte de l'une et de l'autre. »

§ 632. Dans le cas suivant (i), la constitution de l'urine n'est pas décrite avec assez de détails ; l'œdème des pieds me paraît avoir été un symptôme de la goutte et non d'hydropisie; je le cite donc comme un exemple d'urine albumineuse chez un goutteux, qui, très probablement, n'était point atteint de néphrite alburaiueuse. (cÈ. L.,.de moyen âge, originairement d'une forte constitution, d'un tempérament nerveux , a dernièrement éprouvé un violent paroxysme de goutte aux deux pieds et à un des genoux. Les pieds sont très œdémateux; la peau est pâle ; le pouls un peu faible. Le malade est faible,

(i) Scudamorc, Ouvr.cic, p. 3iû.

NliPHRITE ALBUMINEUSE {JUstorîqué). 5o3

exlrcmeraent nerveux, et se plainlbeaxicoup de lassitude. Parfois des spasmes aflectent les membres supérieurs et inférieurs. L'urine est claire et légère, avec un sédiment muqueux. Je n'ai pas eu l'occasion de déterminer sa pesanteur spécifique; elle se coagule fortement à une température voisine do celle de l'eau bouillante, et fournit un précipité dense, par l'acide nitrique. Le malade fut bientôt rétabli , on employa un tonique martial , une diète fortifiante, des frictions avec un Uniment stimulant, et la compression à l'aide d'une bande roulée. L'urine, examinée une semaine après le commencement du traitement, était parfaitement saine. »

D'autres cas , cités par Scudamore , me paraissent , comme le précédent, devoir être distingués des véritables cas de néphrite albumineuse, avec ou sans hydropisie. Dans un d'eux (Obs. IV, p. 293 ) , l'albumine disparut complètement de l'urine après l'attaque de goutte.

Si ces faits sont évidemment distincts des précédens (§ 63o)j je reconnais qu'il est impossible, aujourd'hui, d'assigner la cause ou la condition qui donne lieu , dans ces derniers cas , au passage de l'albumine dans l'urine. La nature de ces cas , pour être bien appréciée , demande de nouvelles recherches; car d'assez nombreuses observations m'ont démontré que la présence d'une certaine quantité d'albumine dans l'urine n'était pas un phénomène ordinaire chez les goutteux; que, chez plusieurs, le développement de l'hydropisie, avec urine coagulable , pouvait être aussi bien attribué à l'abus des liqueurs spiritueuses qu'à la goutte; que, chez d'autres enfin, la présence d'une certaine quantité d'albumine dans l'urine pouvait dépendre d'une maladie du cœur concomitante, ou d'une modification du diabète (Voyez : Diahcte).

Histol'ique de la néphrite albumineuse.

§653. Il est, en pathologie, peu d'observations nouvelles dont on ne trouve , d'une manière plus ou moins évidente , la racine dans les observations de la plus haute antiquité. On est surtout frappé de celle vérité, en recherchant par quelle voie la médc-

5o4 NÉPHRITE ALBUMINEUSE {historique).

cine est parvenue à reconnaître, avec précision, l'affection dont j'ai ti aité dans cet article. En effet, d'une part, des rapports vagues, il est vrai, niais certains, avaient été entrevus depuislongtenips entre des maladies des reins et quelques liydropisies; d'aiitre part , des rapports plus précis avaient été reconnus entre certaines hydropisies et la coagulabililé de l'urine. La découverte de M. Bright a essentiellement consisté à rapprocher ces trois choses, l'hydropisie, la coagulabilité de l'urine, et l'affection des reins, dont, en même temps, il a trouvé les caractères spéciaux. Ainsi , cette belle découverte a été le fruit naturel du passé , et la conclusion tirée par un esprit sagace de ses propres observations et des recherches antécédentes. Prise au point de vue de la science contemporaine', elle est un fait simple , et un tout unique; mais , prise au point de vue de l'histoire , elle paraît complexe ; les parties qui la composent se montrent à la vue, et l'on comprend comment un fait scientifique nouveau reçoit, si je puis ainsi parler, l'existence de faits générateurs qui l'ont précédé. L'histoire seule est capable de faire cette intéressante analyse ; et, dans ce but, je partage l'iiislorique de la néphrite albumineuse en trois sections : dans la première , je passe en revue les travaux qui ont démontré iine liaison quelconque entre des hydropisies et des lésions rénales; dans la seconde , j'expose les études de ceux qui ont établi une liaison entre des urines albumineuses, pauvres on urée e'. en sels , et certaines hydropisies ; enfin , dans la troisième, je signale le point de concours de ces diverses études. Là, elles cessent d'être isolées et sans lien, et elles forment un fait qui devient , à son tour , simple et élémentaire , et qxii sert déjà de base à de nouveaux travaux.

C'est dans l'historique de l'anasarque et des hydropisies générales qu'il faut rechercher les élémens de l'histoire des observations faites pendant long-temps sur la néphrite albumineuse.

I. Des rclalionsde cerlahics hydropisies avec les maladies des reins. Hippocrate avait déjà signalé certaines hydropisies qui provenaient des lombes ou des reins (car il est impossible

NÉPHRITE ALBUMINEUSE {hlStOviqué). 5o5

qu'il désigne autre cliose que les reins), et le passage dans lequel il émet cette opinion est trop remarquable pour que je ne le rapporte pas ici.

« Les hydropisies survenant aux maladies aiguës sont toutes mauvaises, car elles ne délivi'ent point de la fièvre ; elles font , accroître les douleurs et conduisent à la mort. Certaines pro- ' viennent des flancs et des lombes; d'autres, du foie. Dans les ; premières , les pieds deviennent enflés , et il s'y joint des diar- 1 rhées obstinées, qui ne diminuent point les douleurs des flancs ini des lombes, ni ne vident point l'abdomen (i). » Or, il s semble que l'hydropisie qui survient à la suite de maladies aaiguës , qui est distincte de celle que produisent les affections ddu foie, qui est accompagnée d'une diarrhée obstinée qui ne ïvide point l'abdomen , n'est autre chose que l'hydropisie qqu'on voit souvent survenir à la suite de la néphrite albuminneuse aiguë ou chronique.

Sans doute, ces premières données ont un certain vague ]qui les a empêchées de prendre dans la science le rang qu'elles iméritent; sans doute, elles sont obscurcies, dans d'autres ipassages, par des considérations hypothétiques; mais il n'en >3st pas moins vrai que deux grandes causes des hydropisies, f es maladies du foie d'une part , et l'affection des lombes ll'autre part, y sont très nettement indiquées.

Ailleurs, Hippocrate indique aussi l'influence de la diminuion de la sécrétion urinaire, comme cause d'hydropisie : « Bi~ iosis alvus perturbata, exigua reddens geniturae similia et nucosa, doloremque ad imum ventrem inferentia, urinœ quoue non facile prodeimtes, ad hydropem ex hujus modi casibus nac. Frœnot. n. 443' — Hippocratis opéra, in-fol. ed. Foes, . 190, -Francofurli, 1621).

Galien combattit Erasistrate, qui attribuait toutes les hydroisies à la gêne qu'éprouvait le sang à traverser le foie. Il relarque d'abord que, sans aucune tuméfaction apparente,

(i) Garilcil (J.-B.). Traduciion des OEuvrcs d' Hippocrate sur le texte grec , après l'cdit. de Foés, — Prognobtic 21. 4 vol. iu-S. 1801.

5û6 WIÎPHRITE ALBUMINEUSE {hlStOl'iquè),

Bans aucune obstruction dans le foie, il sui-vient des hydropisics, lesquelles sont dues, soit à des lésions de l'inteatin grêle, du mésentère, du poumon ou des reins, soit à un flux hémonhoïdal excessif, soit à la mélrorrhagie , soit à raménorihée, soit à toute autre al luratiou de l'utérus {De loc. a/fcch's , liv. v, lom. m, p. ao4, Ed. Frob.}.

Et ailleurs :

« Il y a quelques-uns, et surtout les Erasistratéens, qui pcuseut que riiydropisie ne se produit que par l'obstacle mis au cours du sang au-devant du foie ; qu'elle ne s'opère jamais par l'elTet de la rate ou de toute autre partie, et qu'elle s'opère toujours par un squirrhe dans le foie. Et cependant nous voyons tous les jours qu'un flux liémonhoïdal chronique, supprimé^ ou une évacuation excessive menée jusqu'à un extrême refroidissement, engendre l'hydiopisie. De même, chez les femmes, la suppression complète des mensli'ucs et les pertes prolongées amèueulce résultat {Cofnm. de hum., t. xvi, p. 447, Ed. Kiihn).

Ailleurs, Galien (i) suppose que l'hydropisie a lieu lorsque le sang devient trop séreux et que les reins ne rejettent point au dehors celte sérosité ;

« A succis quidem qui in venis habentur, in serosam saniem solulis, renés qui ad excremenlum id trahendum sunt nali, polissimura cum sani sunt, sérum quidem a venis expurgant, fluxionem autem ad vesicara assidue mitlunt. Uhi aittem renés irahere non valent, aut vena; ejusmodi sérum in ventrem niilluiit, aut loti id corpori partieutes , suhilaneos hydropnm status indicunt. »

On ne retrouve plusj il est vrai, dans Galien, la distinction importante des hydropihies fébriles provenant des lombes et de celles qui proviennent du foie; mais de trois espèces d'hydropisies qu'il admet (anasarque, ascile, tympa7iïte), l'une Vanasarque fébrile (2), pourrait correspondre par ses carac-

(1) Galeni Omnia quœ extant,t. ir, classis 3. De sympt. causis. lib.tcrtius. p. 57. In-fol. Basilea;, 1601 .

(2) Anasarca i. pcr carucm dicitur, est, cum corpus lotum iuUiniescit a-dcuiatCj atquc circumluUur ; pcrvcrtuntur et «grolis pudcnda.ciboruin ap-

NÉPHRITE ALBUMINEUSE {Jlistorîqile). 5o']

tères à l'anasarque, suite de la néphrite albiimineuse. Dans lous les cas, il a, d'une façon quelconque, reconnu que les îrins prenaient part à certaines liydropisics. Les auteurs qui à la renaissance ont combattu Galien coranae attribuant toutes les bydropisies à une affection de foie, ne l'avaient pas bien compris ; car on voit dans ces passages non-seulement qu'il reconnaît des bydropisies sans lésions du foie, maisencoi'e qu'il eu rallaclie plusieurs à des lésions d'autres organes.

En énujTicrant les organes dont les lésions peuvent donner lieu à l'bydropisie, Cajlius Aureliauus fait aussi mention de lésions des reins, (i) En traitant des maladies des reins, Arétée (2) décrit, d'une ' manière confuse, U7ie affection de reins dont les pi'incipauK ! symptômes ( urines sanguinolentes, enflure, accidens cérébraux, , Ij ouble des fonctions digestives) pourraient correspondre à la ! néphrite albumineuse avec hydropisie , quoiqu'il rattache ces . accidens à une affection calculeuse.

Alexandre de Tralles (3) a recommandé la saignée dans (Certaines anasarqiies, considérées plus tard comme inflam-

1 petitiis tollitur et febris comitatur » (^Galeni Oinnia qiice extant. Basilex, i in-fol. iSGa, t. ï, p. 94- Gaîeno ascriplcu deftnitiones medicoi'),

(t) » Erasistr.itus nnmque jccur iuijuit pati : in apertionibus cnim saxcum j scmper invenirc confirmât : alii vero colum, sed consentire jecur : alii spleiipiii ac jecnr et colum; alii etiam peritonaeum : alii renés quoque et matri- ■ cru principaliter iiati dixcrunt » (Ca;lii Aurcliani, de morlnsaciuis et c/irotis; jaorh. cliron. liL. 3, cap. viii, iu-4. Amstelodami. i654, p- 47^). (a) « Kam aialde paîlescunt , torpent, ignavi sunt, cibum fastidiunt, crudita- • laborarant : et qunm excretus est sangiiis, languidi fîiint, merabra icsoluturi.-caput vero icvius et agilius rcdditur. At si pcr circuitum niliil saniinis affluierit, capitis dolore vexantur , oculorum acies bebet, teneLrœ ois ilncrsantur, vertigiuem patinntur, inde alii infiniti in comitiplcm morbum iicidunt, <«/wV//, veliili caligini perfusi, aquara intercutem patieatibus simics n ( Aroetci, de caiisis el signis aciUoruin et diiUunioritm morlorum. Ed. A. iocrliaave , in-/ol. Lugdnni Batavonim, 1785, p. 54), (3) « Hjdropcm igitiir auasarca et vcna secta iuterdum et purgatiouc curare portel » (Alexaudri Trulliaui, libri duodecim, Lib. (), p. 53 Ji , iu-i8. Lugini, i56o).

5o8 NÉPHRITE ALEUMINEUSE (Jlistorîquè).

matoires ou sUiéniques , mais il ne dit rien de leur origine.

Actius (i), dans un passage très remarquable, dit que les individus qui sont atteints de l'endurcissement des reins deviennent à la longue manifestement hydropiques, comme cela arrive à ceux qui sont atteints d'induration d'autres viscères.

Non-seulement la connaissance de la coïncidence d'une hy~ dropisie avec des reins durSyn'esi pas perdue chez les Arabes, mais Avicenne (apparemment d'après des observations pei'sonnelles) a décrit d'une manière frappante l'état des urines des hydropiques atteints de l'endurcissement des reins ou de l'apostème dur de ces organes. (2)

Ailleurs il suppose qu'il existe une sorte de consensus entre les reins malades et le foie , dont l'affection détermine l'hydropisie (3)j mais il ue croit pas nécessaire que les deux organes soient malades à-la-fois (4) pour que l'hydropisie se forme.

(1) <« Quxcnnque durities circa renés ohoriantur, dolorcs quidem non amplius infcruDt : ccgris autem ex vacuo ventris loco velnti quippiam pcndere videtur, et stupor adest coxendicum , et impotentia crurum , minguntque pauca , et reliqiio corporis babitu aqua inter cutem labnrantibus maxime similea cxistunt.Quidam etiam temporis progressu manifeste in bydropem incurrunt, veluti etiam ab aliis visceribus induratis conlingit ■> ( Aetius, tetrahiblos, lib. m, cap. xvii, in-4. Basileœ. 1549, p. 606).

(2) « Aut est lapideitas ex apostcmate calido propter frigus , quod convertit ipsum in lapidcm, aut calorem ingrossantem ipsum ; qu.-e atnbo sunt causx

in boc , ne proveniat maturatio Et urina est suhtilis, pauca in yuan-

tilate, proptcrea quia ipsi ambo parum aquositntis atd-abunt propter debilitatem virtutis, et debilitatem expulsionis eorum amljornm : et est, priTata digestione, tennis : et causa in boc est oppilatio; ipsa enim probibet, qnod turbidum est, penetrare; et plurimum cjus , quod tenue est; imo oppilatio quandoque captivât urinam; et débilitas proliiljet virtutem digerere. Et quandoque provenit extra ea commotio. Et multoties perducit ad bydropisim , proi>ter oppilationem vias aquositatis sanguinis et redditionem ejus ad corpus .. ( Avicennœ, In re medica, \ih. ni, f. 18 , tract, a, in-fol. Venetiis. i5i4, p. 858).

(3) « Et quando mullipUcantnr œgritudines in renibus, dcbilitatur hopar adeo, donec perveniat res ad bydropisim, sive renés sunt calidi, sivc frigidi » {ihid. 852).

(4) Causa (ascitis) itaque , quae est in TÏrtute «eparativa, est qnoniani se-

NÉPHRITE ALBUMiNEUSK {Jiistorique). 609

Ce qui est surtout bien digne de remarque, c'est qu'Avicenne a traité nettement d'une hydropisie au chapitre des maladies des reins ; qu'il essaie de distinguer cette espèce d'hydropisie de l'ascite, produite par les maladies de foie, et qu'en commentant le passage d'Hippocrate relatif aux hydropisies qui proviennent des lombes , il donne une esquisse rapide , mais animée, de l'bydropisie aiguë (1)5 enfin il parle d'ulcérations intestinales dans ces mêmes cas (2). De sorte qu'il est évident qu'à celte époque il était bien connu qu'il y avait des hydropisies qui provenaient des lombes, des reins altérés et durs, et que dans ces hydropisies l'urine était l'are et ténue.

Les premiers et les plus célèbres médecins de la renaissance ne se sont pas exprimés d'une manière aussi nette et aussi complète sur ces espèces d'hydropisie.

Fernel (3) suppose que, dans l'ascite, l'humeur séreuse qui sort naturellement par les reins s'épanche dans la cavité de

1 paratio est communis inter virtntem expulsivam in Iiepate, et virtutem at- 1 tractiTam in renibus: quum ergo debilitantur ambse aut una earum, aut fueric 1 in viis oppîlatio , et proprie quum est inrenibtis apostema durum et noiisepa- I ratur aquositas , et non recipit cam corpus , et non tolérant eam y'ix , tune mecessario est unus modomm casuuin hfdropisis ascitis (^Ibid. p. 771).

(i) Et si iucipiat (hydrops) in ambobus ileis , et alchatiu , incipit apostema I ex pedibtis -.deinde ncciditjluxus 'ventris, sangiiiuolentub longus , qui no» tresolvitur et non cgreditur cum eo aqua. Et hydropisis cujus causa est calida, lestcum signis caliditatis, et ex inflammatione et siti, et citriuilate coloris; ïamaritudine cris; et vehementia siccitatis in corpore; et casu appetitus cibi; ^niomitu citrino el'viridi,- et fortis fit adustio urinx in fine ejus propter vebeimcntiam cbolerx. Et si est ex génère, in quo muUiplicatur iiquefactio et «expals^o ad vias naturales, significant ipsam multitudo citrinitatis , et signa liqnefactionis , et antecessatio egestionis et urinse lavativœ et virulentœ. Et iwctriT EX PARTiBus iLiORUM et alcLatin. Et similiter omnis hydropisis facta ab .-Egritudinibus acutis (Ibid. pag. 773).

(2) Et quandoque fit cum bydropisi egestio sanguinolenta quae non abscinditur et neque sanatur : quouiaui non solutione educitur aquositas ; imo sobitione educitur illud, quod dcbiHtat corpus. Et quandoque perducunt excorialio et ulceratio inteslinorurn ad Lydropisim {Ibid. p. 800).

('i) Fcinel. Universa mediçina , p. /ïto. In^fol. Coloni» Allobrogum.

5io NÉPHniTiî ALBUMiNEUsr: {hisforiqué).

l'abdomen par quelque ouverture accidentelle des parties qui la contiennent {serosus hiimor utpote tenuis, sine sanguine solus, titi solet , 'pcr renés cxctdit, et in abdominis capacilatem illabilur,p. 5io); « car sanscela , dit-il, tous ceux qui ont des suppressions d'urine deviendraient hydropiques, ce qui n'a pas lieu ». Il dit que l'anasarque est presque toujours accompagnée de fièvre, et que les urines sont pâles, ti'mues et crues (febris ferè assidua, scdlcnla, conficit, cum pulsu parvo, crebro et inaequali: im'/ice alhcB, tenues etomnmo crudœ , p. 5o8) ; et, s'il n'a pas saisi le rapport de ces urines ténues avecrjillératiou des reins, il a dil nettement que l'urine était bien différente dans rascite(que l'on sait dépendre le plus souvent des lésions du foie) : « Urina admodum pauca est, eaque fere crassa, etrtiMcunda ; prœscrtim sijecur ?norbo initinm dédit, p. Sog. •»

Toutefois si, à l'aide de dillérences reniaïquables de l'urine dans l'anasarque et dans l'ascile, on était déjà parvenu, du temps de Fernel, à distinguer les hydropisies dépendant des maladies du foie, de l'anasarque avec urine tenue (et dépendant des lésions des reins ) , il faut ajouter qu'on ne distinguait pas alors ces anasarques de celles qui surviennent dans les affections du cœur, et dans lesquelles! l'urine aussi est généralement pâle ou décolorée, et n'offre jamais les caractères physiques et chimiques del'ui'ine des individus devenus hydropiques par suite de maladies du foie.

En ce temps-là on examinait rarement tous les organes après la mort, et il ne faut pas s'étonner que l'état des reins soit indiqué dans bien peu d'observations, surtout lorsqu'on réfléchit qu'il y a peu d'années encore que l'on constate avec soin l'état des reins des hydropiques. Ce n'est donc pas sans une sorte d'étonnement que j'ai lu, dans Schenck (i), un cas rapporté par Jean Hesse, et qui me paraît être incontestablement un exemple de néphrite albumineuse chronique, avec hydropisie. Pendant la vie, urine sanguinolente que suivirent et plus tard une hydropisie et la diminution notable de la

(i) Schenck (J.). Ol>s. med. rar., lib. vn. In-fol. Lugduni. l644- De hj* (Irnpe. lib. 3, obs, Xll, p. 417.

NKPnRiTi; ALBUMriîEUSE {liislorlqite). 5ri

sécrétion urinaire; après la mort , altération remarquable des reins. Voici le fait : « D. Cliristophorus Furer , ex vectura per loca aspera mense julio, iucidit in miclum sanguinis copiosum , quera cum per raultos menses neglexisset , attenuatum est corpus mirum in modura, ut videretur tabidus. Tandem cœperunt diminui urinœ , et intumescere corpus , ila ut fîeret asciticus. Adliibita fueruntmulla et varia remédia, sed frustra. Ultimototalis urinœ suppressio secuta est, nec tamen unquam regio vesicœ intumuit. Bxhibuimus qu£e urinam possunt 1 provocare, sed levia, ut oleura anisi, nucis moschata;, et simi- I lia : sed frustra ; non tamen ausi sumus descendere adfortiora, iiob virium casum, et metum ne rediret raictus sanguinis. 'Mortuus est igitur mense februario , cum per octo dies nihil •urina) excrevisset. Nulla aderat sitis, et alvus copiose fluebat. JJudicavimus morbum esse in renibus, quod etiam exilus loslendit. Nam inciso cadavere, hepar erat aliquo modo duriuscculum, sed satis sanum, nisi in parte quâ tangebat dextrum irenem, erat semipulridum. Dextcr rcn omnem amiserat co- Idorem, ut albam haberet carnem, et plane nihil contincbat Dorinœ. Sinister vero paulo erat melior , continebat aliquantu-

Iinm urinse. Vesica plane nullam habebat urinam. Unde «onjecimus totum illum morbum ortum esse ex renibus dejbilitatis ab illo sanguinis fluxu , ut serosa corporis excrementa lad se attrahei'e non potuerint. Invenimus etiam omentum rtdisruptum, et in globules arctissime contractum. Et banc ^Hto fuisse causam debilitatis concoctionis slomachi, de qua ■«emper est conqueslus, sicut testatur Galenus {de nsii partmm). Kn follicule fellis invenimus bilem prasinam crassam, quae quo- ' idie ad stomachum defluebat, et nauseam procurabat, unde ;vomebat viridia.

Foreest(i), moins net que les Arabes sur l'influence des reins

(i) « îfam et renés propter eorum obstructionem , aîias quoque ob eonmdcm imbccinitatem, scrosam sanguinis substantiani nou secernunt. » "oresti. Olis. et cur, med, ac chirurg, opéra omnia, lib. xix, obs. 28, scholium,

371); et plus bas {ibidem): v kvea'ihns vcro nonsolumCt commuaicantia ijiae per se,:sed ex accidcnti, si aquositatem non purgent, unde multa relanct ia vcnis; litquc sanguis aquçsus, c( cxçolatuç scrum. »

5 12 NÉPHRITE ALBUMINEUSE (Jlistorique),

dans les productions des hydropisies, n'a rien ajouté aux observations de ses prédécesseurs.

Van Ilelniont (i) est un des auteurs qui ont attaqué avec le plus de force, le rôle exclusif qu'on supposait généralement que Galien avait attribué au foie dans la production des hydropisies. Van Helmont cite plusieurs ouvertures des corps d'hydropiques dans lesquelles on trouva le foie sain ; et d'un autre côté, il insiste, d'une manière toute particulière , sur l'influence que les affections des reins ont dans le développement de l'bydropisie. Enfin il rapporte un cas dans lequel un bydropique rendit, pendant la vie, une petite quantité d'urine rouge-brunâtre , et chez lequel on trouva après la mort une altération du rein gauche.

C'est, dit Van Helmont, par les reins que se forment et se guérissent les hydropisies : Cumque reii sit principalis effector hydropis, qiianqnam aliitd subinde membriim causam occasio-

(i) Van Helmont. Orius medicinœ, art. liydrops ignotus. In-iJ. Àmstelodami, 174^- Voici les passages de Van Helmont unxqnels je fais allusion : « Siquidcm, si a defectu lotii I umcat venter, itaque ad oblivionem rcnum refe-

rendus liydrops vidcbatur At nunquam potui capcre quod jecur causa foret

liydropis, si totus liydrops solvatur per urinatn.... Quapropter •r/iV/u/n /jo/jw in rené miliisiibsisterequainin hepate.(p. 5o8). Civis quidam, dudum intcrnotbas costas doluit, neo citra dolorem respirabat, tentatis medentum conjccturis tandem liydropicus obiit, jecur autem absque noxa visura fuit. Fiscalis Bra- Lantiae, a mictu cruoris repenlino, dudum per medicos agitatus frustra, ideo que ad foutes spadanos a suis oblcgatus; rcdiens, cœpit duritiem sinistro abdominis latere subter costas ostenderc, tumuitque inde tibia illius lateris. Arcbiatri vero, atque Lovanienses , etsi uriuam illius sauis similem cernèrent indicarentque inde ejus bepar insons, non dcstiterunt tamcn a continuo usu solutivorum, deoppilantium et diurcticorufli ; imo clialybem contra Lepatis obslructiones, diversimodc larvatum propinarunt, tandemque immenso .ibdomine , hydrope pcriit. Nec enim se tarde Tocatos dicere, excusationi locus, qui ab liora cruentœ mictionis adfuerunt. Dissecto autem ejns cadavere, fuit bepar inventum insons: sedren sinisler grumo cruoris extraw nati {qualis farcimini elixato inest) intumaeral, et justo major (p. 5io). Plu» loin, dans son style animé en parlant de ce fiscal , il dit : « Atquc insuper quodreu sitadn;quatus, artifex,palrator, exsecutor et arbitcr veri hydropis (p. 5r3). "

NEPHRITE ALBUMiNEUSE {historiquè). 5i3

nalem contincut. Hydrops itaque ascites semper est effeclus

immediatus rcnum Ergo verus hydrops ascites est in reni-

bus (p. 5i5),

Il remarque cependant que les calculs rénaux dans les reins ne produisent pas l'hydropisie , et il explique cela par un certain rôle qu'il attribue à l'archée , et qui est loin d'être clair.

Lazare Rivière a étudié les hydropisies d'une manière plus large que la plupart de ses prédécesseurs ; il attribue à tort à Galien l'opinion , adoptée par un grand nombre d'auteurs , que toute espèce d'hydropisie dérive du foie. Et , à cette occasion, il rappelle qu'Hippocrate avait déjà indiqué que les hydropisies provenaient non-seulement du foie et de la rate, mais encore d'autres parties situées dans l'espace compris entre les côtes et les îles; et il ajoute , contre l'ojjinion supposée de Galien (i): « Propterea quodzVi multorum hydropicoriim dissectioniMis hepar incolume et illœsum inventum sit, ut ex plurimis historiis constat ab autlioribus propositis. » Suivant lui , l'hydropisie est due non-seulement au foie et à la rate , mais encore aux reins : « Post hepar et lienem , serosam materiam, ad venam cavam translalam, altrahunt renés, et tolum corpus à supertlua illius copia libérant, ita ut, si functio eorum cessaverit, maxima seri copia in venis retineatur; quœ in abdomen efFusa, hydiopem ascitembrevi producit. Cessare aiilem polestrenum attractio ex multis causis, fri(jidiori intempérie, tiimoribus , ulceribus , et obstructionibus quœ functionem eorum imrainuere , abolere , vel intercipere valent {Jhidern). » Ainsi, il suppose (et en cela je crois qu'il a raison) que plusieurs espèces de maladies des reins peuvent réndre hydropique ; mais il n'a pas connu les lésions des reins qui rendent spécialeraenthydropique, et il n'a pas dit que plusieurs affections de ces organes n'étaient point suivies d'hydropisie.

Pioucquet cite comme une alTeclion du rein dans l'hydropisie, une observation de Baillou (aj, dans laquelle il n'existait

(1) LazariRivieri Opéra med. universa i-praxeoi medicîe lih. xt. cap. G: de liydrope, p. SaG. in fol. Lugduni , 1738.

(2) Ballonii (O.) Opéra oinnia, t. r. p. 192. epid. et epliemer. lib, 2. in 4, Geneva». r^Ga.

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