‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 3)Chapitre 23 sur 81 · DES MALADIES DES REINS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES MALADIES DES REINS EN GÉNÉRAL

l'atropliie et de la dégénérescence vésiculeuse des relus, etc.

L'éleudiie et la fréquence de ces rapports des maladies des reins avec celles des uretères , de la vessie , de la prostate et de l'urètre, sont généralement plus connues des chirurgiens que des médecins, au moins relativement à la néphrite.

§ 85. Il est bien rare qu'on puisse pendant la vie apprécier l'état, même morbide, des uretères, si on excepte les cas oii une douleur aiguë dans un point de leur ti-ajet survient après des douleurs néphrétiques , ou coïncide avec une suppression de l'urine, avec des urines sanguinolentes ou sablonneuses. La distension des uretères , dont on a vu le volume égaler celui de l'intestin grêle, ne peut même guère être reconnue par le toucher ou la percussion , à cause du paquet intestinal qui les recouvre (Voy. Maladies des uretères).

§86. La liaison des maladies de la vessie avec celles des reins est si fréquente, que cet organe doit être examiné toutes les fois que l'on constate ou que l'on soupçonne une lésion des reins. On apprécie son volume par le toucher et la percussion ; la sensibilité de ses parois, par la pression ; sa capacité , sa disposition intérieure , le degré de sensibilité du col et de sa membrane interne, l'absence ou la présence de corps étrangers, etc., par le cathétérisme. La difficulté avec laquelle cette opération est pratiquée , indique souvent l'existence d'un ou plusieurs rétrécissemens de l'urètre, ou d'un engorgement de la prostrate, etc.; lésions dont l'influence sur les reins , évidente dans un grand nombre de cas , obscure dans quelques autres , doit toujours être appréciée.

D'un autre côté , plusieurs maladies des reins se propagent évidemment de ces organes aux uretères, à la vessie, etc. L'affection tuberculeuse est , de toutes , celle qui offre l'exemple le plus fréquent de ce mode de propagation d'une altération de la glande à ses conduits excréteurs. Dans la pjélile calculeuse , les douleurs s'étendent quelquefois le long des uretères et dans la vessie, surtout au moment de l'émission de l'urine. Et soit que ces douleurs résultent d une inflammation développée par extension dans l'urètre et la vessie , ou d'une excitation purement nerveuse, leur

■manifeslation prouve toujours le retentissement des affections rénales dans les organes excréteurs de l'urine.

Cependant les maladies des reins sont bien plus souvent la suite des maladies de la vessie et de l'urètre , que celles-ci ne sont les conséquences des premières,

S 87. Les rapports pathologiques des reins entre eux ne sont pas moins frappans que ceux de ces organes avec les autres parties de l'appareil urinaire. Si on enlève à un animal un des deux reins, le volume et l'activité de l'autre augmentent, et par suite il remplit quelquefois complètement la fonction de celui qui manque. Aussi l'extraction d'un rein sur un cliien n'altère pas la santé de l'animal. Dans les cas d'absence congénitale d'un des reins , le développement et l'action supplémentaires de celui qui existe paraissent constans. Enfin , dans la plupart des cas oii un des reins est détrait ou atrophié, son congénère augmente ordinairement de volume (Voyez : Atrophie, Destruction des reins).

On a remarqué aussi que la même altération s'observait souvent dans les deux reins. Cette simultanéité ou cette succession d'affections n'est cspendant pas aussi constante qu'on l'a dit, et il est bien peu de cas surtout oii elle puisse être attribuée à la loi de souffrance mutuelle et réciproque des organes pairs, créée par quelques pathologistes. Si les deux reins sont fréquemment affectés chez le même sujet, ce n'est pas le plus souvent par l'influence pathologique de l'un d'eux sur son congénèi'e , mais c'est parce qu'une même cause a agi sur tous les deux à-la-fois. Les rétrécissemeus de l'urètre, les cystites , la rétention d'urine, etc., provoquent ainsi de doubles py élites et de doubles néphrites. Le froid et l'humidité agissent sur les deux reins, dans la néphrite albumineuse.

J'ajouterai même que les exceptions à la prétendue loi de souffrance mutuelle sont très nombreuses. Qu'un calcul détermine une pyélite ou une pyélo-néphrile dans un des reins, celui du côté opposé, non-seulement dans la plupart des cas conservera l'intégrité de ses fonctions, mais encore quelquefois les remplira avec plus d'activité et d'énergie. M. Comhaire rapporte qu'ayant sacrifié plusieurs chiens , quatre , cinq ou

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aiï mois après leur avoir pr^Uqué l'extirpatiou d'un des reios, il a presque toujours trouvé l'autre d'un volume plus CO»sidé- . 4'ablc que celui qu'il avait enlevé plusieurs mois auparavant. Dans le cancer du foie , le rein droit est souvent malade sans que le rein gauche soit altéré; et lorsque les deux reins sont cancéreux ou tuberculeux, c'est par l'effet d'une diaihège, et non par suite de l'action d'un des reins sur l'autre.

§ 88. Les excitations et les maladies des organes de la génération sont une cause fréquente des maladies des rçins. J'ai noté l'influence de la masti,irbation sur le développement de la néphrite albumineuse. Les excès vénérions ont été indiqués depuis long - temps comme une cause ^ie calcul. On a observé le cancer des reins à la suite de i'amputalion d'un testicule cancéreux. Les inflsmmations de l'utérus sont une cause fréquente d'inflammation de la vessie et par suite des uretères, du bassinet et du rein lui'^même. Le développement morbide de l'utérus occasioné par des affections cancéreuses , par des tumeurs Bbreuses , osseuses , enkystées, etc , par l'œuf pendant la grossesse, en comprimant les uretères , donne lieu à des rétentions d'urine dans le rein , à des dilatations des uretères , des bassinets et des calices , à des inflammations de ces conduits et du rein lui-même , et quelquefois à une atrophie progressive de cet organe. Des tumeurs des ovaires, d'un volume plus ou moins considérable , dues à des kystes ou à d'autres altérations organiques , à des grossesses extra-utérines, à des adhérences suites de péritonite dans le petit bassin , en gênant le passage de l'urine des uretères dans la vessie , exercent sur le développement des maladies des reins une action analogue à celle des affections de l'utérus.

L'influence des maladies des reins sur les organes de la génération n'est pas moins évidente. Les douleurs rénales se propagent quelquefois aux testicules; les calculs dans les reins sont une cause d'avortement. Si on a dit d'une manière trop générale que les maladies de^ reins rendaient impuissant j ce phénomène n'est pas rare dans le diabète. Les tubercules des reins, après s'être propagés aux uretères et à la vessie , s'éten-

dent quelquefois, chez rhomme, à la prostate et aux vésicules séminales, et, chez la femme, à l'utérus et aux ovaires.

Cependant les maladies des reins sont plus souvent provoquées par les maladies des organes de la génération qu'elles n'excitent ou aggravent ces dernières.

SSg.Ilexisle des rapporls'lrop peu étudiés entre la sécrétion urinaire et la sécrétion biliaire. M. Magendie, après avoir enlevé les reins à deux chiens , qui moururent du troisième au cinquième jour , remarqua que la sécrétion de la bile avait augmenté dans une proportion vraiment extraordinaire , puisque l'estomac et les intestins en étaient- remplis. Dans plusieurs maladies du foie, la sécrétion de l'urée diminue d'une manière notable.

Les inflammations du rein droit, celles du bassinet distendu par l'urine , diverses dégénérescences des reins (tubercules , cancer), se propagent aux parties contiguës du foie ; de même aussi , les dégénérescences de cet organe se monli-ent quelquefois sur la face du rein correspondant à ces altérations. En outre, par suite de maladies du foie, il n'est pas rare de voir le rein droit abaissé et déformé d'une manière plus ou moins remarquable.

§ 90. J'ai vu plusieurs fois le rein aplati , déformé par la raie devenue d'un volume très considérable à la suite de fièvres intermittentes prolongées. Les inflammations du rein gauche et ses dégénérescences se propagent aussi fréquemment à larate.

J'ignore s'il existe quelques rapports entre les désordres fonctionnels si obscurs de la rate et ceux des reins. Au moins il résulte d'expériences physiologiques que l'extirpation de la rate n'a aucune influence sur la sécrétion urinaire.

§91. Les maladies àupancrèas sont rares; et, si quelques-unes ont des rapports avec les maladiea des reins, ces rapports n'ont pas encore été entrevus.

§ 92. L'estomac et l'ùttesliii sont souvent dérangés dans les maladies des reins. Quelquefois même, les désordres fonctionnels de ces organes sont si graves, que, dans des cas oii la douleur des reins était obscure , on a pu croire à

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une afleclion primitive des organes digestifs. Des douleurs vives ou un sentiment de barre à l'épigaslre, des vomisscmens , de la constipation ou de la diarrhée , précédés de douleurs rénales qui s'irradiaient dans presque toutes les parties de l'abdomeu , ont pu simuler des inflammations de l'estomac ou du péritoine. Dans des cas rares, on a vu le rein, dilaté par de l'urine ou du pus , s'ouvrir dans le duodénum ou le gros intestin, et donner lieu à des voraissemens et à des évacuations d'une odeur urineuse. Quelques médecins assurent même avoir observé des vomissemens urineux après la suppression de la sécrétion de l'urine ou après la rétention accidentelle de cette humeur dans les reins.

§ 93. Les influences des maladies des reins sur celles des intestins se bornent, dans la plupart des cas, à des actions deconliguité ou de voisinage. Tels sont les adhérences et les déplaceraens occasionés par les tumeurs rénales , les perfoi'ations du rein droit dans le duodénum , du rein gauche dans le colon descendant , etc. Plusieurs maladies des reins donnent lieu cependant à des lésions intestinales ou à des symptômes particuliers dans l'appareil digestif. La fréquence du développement de la diarrhée et des inflammations du gros intestin , dans la néphrite albumineuse , en est un exemple frappant. L'appétit et la soif extraordinaire qu'on éprouve dans le diabète sucré, paraissent êti'e aussi la conséquence des grandes déperditions causées par l'excès et la perversion de la sécrétion urinaire.

§ 94. Certaines substances, solides ou liquides, alimentaires, médicamenteuses ou toxiques, introduites dans l'appareil digestif, communiquent aux urines des propriétés physiques ou chimiques particulières , et en augmentent ou en diminuent la quantité (Voy. Altérations de l'urine).

L'influence pathologique de divers états morbides de l'estomac sur la sécrétion ixrinaire , n'est pas moins remarquable. Dans les polydipsies , la grande quantité de boissons que les malades prennent pour étancher la soif, donne lieu à une sécrétion tellement abondante que de tels cas ont été décrits comme des diabètes insipides.

15ô PROLlîGOMIîNES.

J'ai recueilli pluaieuis cas de néph^ile chez des individus alleints de cancers de l'estomac du f'oie> ou de péritonite chronique; jé ne puis dire si ces complications étaient purement accidentelles ou si leur développement était dû à une action sympathique des organes malades sur les reins.

On a dit que l'urine devenait alcaline et albumineuse dans la dyspepsie, mais j'ai constaté le contraire dans une foule de hialadiesde l'estomac, et je croi& cette assertion inexacte.

Lies flux du canal intestinal ont Une influence incontestable Êllr la quantité de la sécrétion urinaire. Après les grandes éVatîuatiOns blanches et séreuses qui caractérisent le choléra asiatique , la sécrétion urinaire est entièrement suspendue pendant dëtik où tr^ia joufs et quelquefois jusqu'à la mort. Datls les diarrhées séteUsës abondantes on observe toujours une diminution notable de l'urine.

On a assuré que les affections verminéUses que nous observons rarement à Paris , même chez les enf<ins j modifiaient la sécrétion urinaire d'une manière remarquable : je ne l'ai pas constaté.

§ 95. Si les maladies des reins n'ont pas Une grande influence sur les désordres fonctionnels des poumons et leurs maladies, elle n'est peut-être paS àtiSsi restreinte qu'on le croit communément. J'ai vii survenir un assez grand nombre de fois des bronchites chroniques et dès phlhisies pulmonaires chez des iudividïis atteints d'inflammations chroniques du bassinet et des uretères ou des reins , avec sécrétion purulente. Il n'est paâ rare, non plus , d'observer la pleurésie et la pneumonie cdiiimC maladies intercurrentes dans ces inflammations rénales. La bronchite est presque constante dans lès dernières périodes de la néphrite albumineuse , et la plupart des diabétiques meurent phlhisiques. Enfin, on a noté depuis long-temps que, lorsque la sécrétion de l'uririe était supprimée ou suspendue , le besoin de respirer était plus pressant , la respiration précipitée, èt que l'air expiré avait une odeur urincuse. Ce dernier fait a été bien observé après l'extii-palion des leins chez lès animaux.

Les maladies du rein gauche se propagent quelquefois au

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poumon par contiguilc. Ainsi on a vu laLasc du poumon gailche contracterdes adhérences avec le diaphragme, et cchii-ci avecle rein gauche distendu par du pus, une cominimicalion s'établir entre la collection purulente et le poumon , et une expectoration purulente et urineuse avoir lieu par les voies aériennes (Voy. Fistules rénales).

Quelqxies physiologistes ont pensé que les reins, comme organes dépurateurs, pouvaient dans quelques circonstances suppléer aux fonctions incomplètes des poumons plus ou moins altérés dans leur structure. A l'appui de cette opinion on a dit que les reins étaient en général très volumineux chez les foetus athoraciques et sans poumons : faute d'observation personnelle, je ne puis confirmer ou infirmer cette assertion. On a dit encore que, chez des individus dont les poumons étaient presque détruits, les reins avaient une plus grande dimension qtie dans l'état normal ; mais les résultats de mes recherches sont entièrement en opposition avec cette assertion. Ainsi, chez les phthisiques j non-seulement je n'ai pas vu les reins augmentés dé volume et de poids; mais je les ai trouvés le plus souvent anémiques et décolorés. Enfin on a ajouté que les reins, comme les poiimons, séparaient quelquefois, du sang qui leur arrive, de l'acide carbonique (Expériences de Vogel et de G. BischofF). Cette présence de l'acide carbonique dans l'tirine, mise en doute par quelques chimistes , n'a pas été notée, que je sache, spécialement dans les maladies des poumons.

Un fait que j'ai constaté bien souvent, c'est l'abondance de la sécrétion de l'acide urique et surtout de l'urate d'ammoniaque dans la pneumonie.

§ g6. Toute souffrance aiguë, toute inflammation dans un organe de quelque importance, détermine dans la ciroulaiion un trouble plus ou moins remarquable. Cela est vrai pour le rein comme pour le foie, comme pour le poumon , etc. Le pouls est lent et presque toujours très petit dans les douleurs rénales très vives, et sous leur influente on a vu survenir aussi des syncopes et des lipothymies; mais d'autres douleurs abdominales sont accompagnées d'accidens analogues, et il ne m'a pas paru que les désordres fonctionnels de la circulation

dans les maladies des reins eussent un caractère spécial.

Il est bien rare qu'une maladie du cœur ou de ses membranes se développe à la suite d'une maladie des reins, ai on excepte la péricardite , que l'on observe quelquefois à la dernière période de la néphrite albumineuse, et l'hydropéricarde dans quelques hydropisies générales consécutives au diabète.

§ 97. Les reins ayant pour fonction d'extraire du sang certains principes qui doivent en être éliminés, V altération du sang est une suite fréquente de leurs maladies. Pour étudier les changemens qu'éprouve le sang par la suppression brusque de la sécrétion urinaire , M. Comhaire enleva les reins à deux chiens, et, après la mort, recueillit leur sang, les matières vomies dans les jours postérieurs à l'opération, ainsi que la sérosité qu'il trouva dans diverses parties du corps. Il ne put découvrir dans ces humeurs la plus petite trace d'urée. Dans ces derniers temps, cette expérience a été répétée par MM. Prévost et Dumas (i), qui ont trouvé de l'urée dans le sang, et eu assez grande quantité pour l'obtenir cristallisée et pouvoir la comparer, par l'analyse , avec celle qui avait été extraite de l'urine. Le sang, plus séreux, contenait beaucoup plus d'extrait de viande et de lactales qu'à l'ordinaire.

Il est à présumer que, si dans des cas d'atrophie et de destruction des deux reins on examine le sang, on trouvera qu'il contient de l'urée en plus grande proportion que dans l'élat naturel. Il est bien constaté aujourd'hui par des expériences faites en Angleterre par MM. Christison ctGregoi-y, et en France par M. Guibourt et moi , que, dans une espèce très remarquable d'inflammation des reins (néphrite albumineuse), l'urée n'est plus sécrétée en quantité suffisante par les reins : ce principe se retrouve quelquefois, non-seulement dans le sang

(i) J.-L. Prévost, et J.-A. Damas. Examen du sang et de son action dans dii>ers phénomènes' de la a/ie (Ann. Cbim., 2" série, t. xxiii, p. 90). Voyez es expériences confirmatives de Vauquelin et Segalas (Journ. de plijrsiolog., de Magendie, t. 11, p , 354)i de Mitscherlich, Tiedemanu et Gmelin (PoggendofPs Annalen, t. xxxi, p. 3o3), et celles de Marchand (R. F.), (de L'existence de l'urée dans des j/arties de l'organisme animal autres que l'urine. — L'Expérieuce, t. ir, p. 43,)

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