DES ALTERATIONS DE L URINE EN GÉNÉRAL
chacune d'elles à ses différentes périodes; plus on est frappé des dissemblances de ces affections et de l'inutilité des efforts dont le but serait de présenter des règles générales pour leur traitement. L'influence remarquable qu'exerce sur la constitution un changement de climat, de régime ou d'habitudes, est souvent le meilleur remède contre le diabète, contre certaines hémorrhagies rénales endémiques, contre plusieurs diathèses calculeuses , et quelques autres maladies rénales constitutionnelles.
La guérison de quelques autres affections des reins est entièrement subordonnée à celle des maladies de l'urèthre, de la prostate et de la vessie ; à l'expulsion de certains corps étrangers; à la guérison de maladies de la moelle épinière, etc. Il en est d'autres enfin qui seront toujours malheureusement incurables. Des règles thérapeutiques n'auraient donc de valeur, qu'autant qu'elles s'appliqueraient k ces diverses conditions morbides, dont le tableau ne peut être présenté utilement que dans l'histoire des espèces.
Après leur guérison , presque toutes les maladies des voies urinaires ont une tendance à se reproduire, à se compliquer et à s'aggraver par des récidives ou par les progrès de l'âge.
Des altérations de l'urine en général.
5 io5. L'urine de l'homme sain est un liquide transparent, acide, d'une saveur salée et amère, d'un jaune ambré, d'une teinte légèrement citrine , d'une odeur particulière, diminuant ou disparaissant par le refroidissement , et dont la pesanteur spécifique, moyenne, chez l'adulte, est de 1018.
§ 106. Mille parties d'urine d'un homme sain adulte » sont composées, suivant M. Berzelius, de :
Eau. ; . ï 1 933,00
Urée 3o,io
g- 1 Acide urique 1,00
S I Acide lactique \
^ jLactate d'ammoniaque, extrait de|
viande soluble dans l'alcool. , > 17,14 Matières extractives solubles dans i
l'eau )
S \ Mucus. 0,3a
A reporter 981,56
PROLEGOMENES,
Report. . .
/ Sulfftle de potasse
Sulfate de soude, , . . . .
Phosphate de soude. . . .
Biphosphate d'ammoniaque. .
Chlorure de sodium . , . , flydrochlorate d'ammoniaque.
Phosphate de chaux aX phosphate
de magucsie
Silice
J)ps analyses postérieures ont démontré, en Q\\tre, que l'urine contient une petite quantité de matière grasse, une huile colox'ante de saveur poivt-ée (Berzelius).
L'examen micvascopique a permis de constater qu'elle çan-rtient des lamelles de nature organique , pu des débris de l'épi ihélium des voies urinaires,
§ 107. Ji'urine d'un homme sain offre des différences dans se5^ caractères physique? et çhipiiqvieSj, suivant qu'elle a été sécrétée avant , pendant et après le repas , et surtout suivant la quantité et la nature des boissons et des alimens. *
Les anciens avaient noté que l'urine de ^ ^oissoti. çst plus aqueuse que celle de la digestion , et que celle qu'on a rendue le matin, après le sommeil de la nuit, est plus chargée de sels. Il résulte d'une analyse comparative, ^ait^epai Nysten(t),. de l'urine de la loissan et de oelle de la digestion j, quç la prctraière contient par litre 1 1° de l'urée, niais seulement en suffisante quantité pour faire un grainm^ de nilral^, qu U'eize foii^ moins q^p l-u.rine de la digeslion; 2° une certaine quantité de substance huileuse , colorant^ , beanco.up moins considérable que dans Furine de la digestion ; S» des sulfates , muriales et phosphates de soude et d'ammoniaque allant ensemble à 0,18 grammes, plus de seine fois moins que dans l'urine de la diges-
(1) Nystçn. Recherches de physiologie et de chiiHie pathologique, in-8°, Paris, 181 1,
ALTÉRATIONS DE L'uRiifE (^nouvriture). 5q
tion; 4° o,o3 grammes unique, seize fois moins que
l'urino de la digestion ; 5° des quantités inappréciables de, phosphate de chaux , de phosphate arampiiiaco - magnésien, et de matière animale , qui , ensemble , ne pouvaient aller qu'à 0,09 grammes; tandis que ces mêmes substances, dans l'urine de la digestion, pesaient ensemble o,5p grammes,
§ 108. La quantité et la qualité des aliinens ont une influence très remarquable sur la sécrétion de l'urine, qui, suivant M.CliQSr sat (i), reste au minimum , pendant les dei^x premières heures du séjour de l'aliinent daqp l'estomac, augmente rapidement pendant les deux heures suivantes et se maintient ensuite au maximum pendant les q\iatre dernières heures,
Dans certaines maladies , la sécrétion urinaire peut continuer à être assez abondante et régulière, malgré Y abstinente prolongée des alimens et des boissons. Kieser a vu une fille hystérique, que des spasmes continus au pharynx et une répugnance insurmontable pour les alimens et les boissons firent rester soixante-huit jours sens nourriture d'aucune espèce 5 cette personne rendit journellement depuis 2 jusqu'à 18 onces, au terme moyen, 4 onces d'urine pon tenant 0,06 de matières solides, c'est'à-dire pendant la période entière dix-sept livres d'urine avec une livre de matières solides, mais elle maigrit beaucoup. L'urine était acide ; elle ne passait point aisément à la putréfaction , et donnait , par l'évaporation , un extrait contenant de l'acide lactique libre. L'urine d'un aliéné, qui n'avait ni bu ni mangé depuis dix-huit j ours , a offert à M. LasT saigne (2) tous les principes constituans de l'urine humaine normale, seulement avec un peu moins d'eau qu'à l'ordinaire. M. le docteur Serrurier (3) dit , avoir observé chez un aliéné, qui se laissa mourir de faim, que l'urine devint rare, brune, flpçonneuse, formaut 111^ dépôt d'pdeur phosphoreuse, pendant les vingt derniers jours, Les boissqn^ aug-
(i) Chossat. Mémoire sur l'analyse des fonctions urinaires (Magendie< Journ. de pliysiol. expérimeptale, t. v. p. 65). (9) Journ. de eh/mie médicale, t. i. p. 173. (3) Journ. dû chimie médicale, t. vu. p. 708 ,
6o PROLÉGOMÈNES.
menleut la sécrétion urinaire. Soemmering et d'autres observateurs, Corpel(i), par exemple, ont remarqué dansrexstropliie de la vessie que l'urine suintait des orifices des uretères peu de temps après que l'individu avait bu, ou que, si elle coulait déjà par gouttes , bientôt on la voyait sortir par jet.
Les boissons, surtout celles qui sont aqueuses et contiennent beaucoup d'acide carbonique, accroissent la sécrétion urinaire; les vins forts et l'eau-de-vie la rendent, au contraire, moins abondante. Cette sécrétion est augmentée par la nourriture végétale et diminuée par les alimens tirés du règne animal. D'après Gaertner (a), elle s'élevait par jour à 5o onces sous l'influence des alimens végétaux, et à 43 sous celle des substances animales, et à 48 sous celle d'une nourriture mixte. M. Magendie (3) rapporte qu'un homme qui n'avait mangé que des pommes de terre pendant quinze jours, fut pris d'une sorte de diabète. Le genièvre, la scille, le colchique, la digitale pourprée, etc., favorisent la sécrétion urinaire, par suite de l'action spéciale qu'ils exercent sur les reins. D'autres médicamens deviennent diurétiques (4) par cela seul qu'ils détruisent les causes qui avaient diminué la sécrétion urinaire-
Lorsque la température diminue, la proportion de l'eau augmente dans l'urine ; cette relation entre la température et l'état de l'urine , dans les différentes saisons de l'année , a été étudiée avec soin par Lining. (5)
§ 109. Hippocrate (6), Galien (7) et tous les auteurs qui les ont copiés (le nombre en est grand), ont avancé que l'urine des
(1) Slcboldt. Journ.fuer Geburtshuelfe t. xii. p. 3og.
(2) Reil. Arch. t. 11. p. i84.
(3) Dict. med. chirurg, pratiq. art, GnAVELlE.
! (4) Mitscberlicli G. G). De Faction des médicamens diurétiques en général (l'Expérience, t. l. p. 57).
(5) Philosoph. transactAoT 1743 and 1745.
(6) Urinœ , in pueris aquosoB , dctcrrimas (Hippocratis Prtenotionwn. lib. i. scct. rr. ed. Foes. p. 40. in-fol. Francof., 1621 ).
(7) In pneritias vero îetate nRcessç est grossiorcm esse liypostasin (Galeni. Opéra, Lib, de urinis).
ALTERATIONS DE l'uRINE (âge). 6l
enfans était trouble, et que, lorsqu'elle devenait claire et ténue, cette apparence était d'un mauvais augure. Dans ces derniers temps, M. Landrc Beauvais (i) a dit également que l'urine des enfans était plus épaisse que celle des adultes, et que celle des enfans à la mamelle était trouble. D'après des observations répétées sur un grand nombre d'enfans , depuis la naissance jusqu'à l'âge de 7 ans , j'affirme positivement , au contraire , que leur urine est parfaitement transparente au moment de l'émission, et qu'abandonnée à elle-même, elle ne se trouble pas plus rapidement que celle d'un adulte.
Quant aux enfans à la mamelle , non-seulement leur urine n'est pas trouble , mais il résulte d'expériences que j'ai faites avec M. Guibourt : 1° que leur urine, au moment de l'émis- ^ sion, est incolore et limpide comme de l'eau, sans réaction acide sur le papier bleu de tournesol, sans réaction alcaline sur ce même papier légèrement rougi par un acide faible; a" qu'elle n'a point l'odeur urineuse ; 3» qu'en la soumettant à l'évaporation au bain-marie, la vapeur a d'abord une odeur fade analogue à celle du bouillon de veau ; 4° q^ie cette odeur devient ensuite assez distinctement urineuse ; 5° que l'extrait de l'urine , traité par l'acide nitrique , ne donne pas lieu sensiblement à la formation de nitrate d'urée.
Suivant Fourcroy , Yurine des enfans contient peu d'urée , point de phosphate de chaux, et elle est chargée d'acide benzoïque. M. Guibourt et moi nous avons examiné de l'urine d'un enfant de trois ans, bien portant; après avoir été évaporée en consistance de sirop, elle a donné une masse de nitrate d'urée, par l'addition de l'acide nitrique. Cette urine différait donc essentiellement de l'urine d'un enfant à la mamelle et se rapprochait beaucoup de l'urine d'un homme adulte. L'extrait de cette même urine, traité , par l'acide muriatique , n'a point décelé d'acide hippurique , ni d'acide benzoïque.
Suivant Fourcroy, chez les vieillards, l'acide urique et le phosphate de chaux, dont le système osseux est surchargé, sont en excès dans l'urine. Toutefois , si cet excès de phosphate
(t) Landré Beauvais. Séméiolique , page îii-aSa, 2" éd. in-8".Pari8, i8i3.
6» PRÔI-IÉGOMÈNES.
de chaux dans l'urine des vieillards est fréquent , ce dout je doute, au moins il n'est pas constant. Nous avons traité conlparativement par l'acide oxalique les urines de trois vieillards âgés, l'un de 89 ans , l'autre de 82 ans, le troisième de 76 ans, et celle de deux hommes bien portans, l'un âgé de 4^ ans, et l'autre de 42 , et il est arrivé que les urines de ces deux derniers se sont presque sur-le-champ troublées, tandis que les urines des trois vieillards sont restées transparentes.
§ t ïo. Les changemens que l'urine éprouve dans les maladies, portent sur sa quantité, sur ses propriétés physiques et sur ses propriétés chimiques, c'est-à-dire sur l'absence, la diminution ou l'excès relatif d'un de ses élémens naturels, et sur la présence de principes accidentels.
§ III. L'urine doit être recueillie dans un vase propre et transparent. Dans un service d'hôpital, il faut s'assurer soigneusement si elle n'a pas d'abord été rendue dans l'urinai ou dans le bassin , vases qui sont souvent enduits de sels ammoniacaux. J'ai vu plusieurs fois l'omission de cette précaution conduire à noter, comme naturellement alcalines, des urines qui étaient devenues telles pour avoir été rendues dans un urinai malpropre, d'oii elles avaient été ensuite transvasées, à l'insu dti médecin, dans le bocal d'observation.
§112. L'urine doit d'abord être examinée au moment de son émission; alors on note sa couleur, son degré de transparence, son odeur, sa température , sa pesanteur spécifique , son degré d'acidité , ou d'alcalinité , etc. Plusieurs heures après, on examine si elle se trouble ; on observe les sédimens lorsqu'il s'en forme. La méthode indiquée par les sémiologistes est incomplète et fautive, (i)
Dans les maladies, et surtout dans les maladies aiguës qui offrent des exacerbations , des rémissions , des variations notables dans le nombre et l'intensité des principaux phénomènés, on observe souvent, en vingt-quatre heufes, des différences dans la couleur, la pesanteur spécifique et les autres
(i) « On doit avoir le soin que l'urine ne soit ni trop récente, ni trop « vieille : qu'elle soit gardée depuis six ou sept heures» ( Landré-Bciuvais, Ouvrage cité. p. a 12).
ALTÉRATIONS DE l'urine [quantilé). 63
propriétés de l'urine , qui doit être étudiée à différentes heures du jour. Ces variations de l'urine, si remarquables dans les trois périodes d'un accès de fièvre intermittente , sont peu sensibles au contraire, en vingt-quatre heures, dans quelques altérations très profondes de la sécrétion urinaire, dans le diabète sucré et les néphi'ites albumineuses très graves. Toutefois l'influence des repas se décèle toujours par une diminution de la pesanteur spécifique, dans les deux premières heures.
§ ii3. La quantité de l'urine peut oflrir, en santé, des variations notables chez le même individu , soit à cause de la quantité dés boissons , soit par suite de conditions hygiéniques qui ont pu augmenter la transpiration ou produire la sueur. Après avoir rassemblé un grand nombre d'expériences, Haller a cru pouvoir fixer la quantité de l'urine rendue en vingt-quatre heures, à 49 onces. L'auteur de l'article urine (Gyclopœdia) a réduit ce poids à 4" onces , et le docteur Prout à 32 onôes et demie. Quelques personnes bien portantes ayant répété plusieurs fois avec moi ces expériences, le mi7iiinum a été de 21 onces, le maximum de 67, et la différence a paru assez exactement en rapport avec la quantité de la boisson. M. Burdach(t) dit que chezl'horame l'urine est sécrétée en plus grande abondance que chez la femme , qui, selon lui, est aussi moins fréquemment atteinte dë maladies des voies urinaires.
§ 114. Dans l'état de maladie, la quantité de la sécrétion urinaire éprouve des modifications; mais c'est presque toujours en moins. Cette diminution est très remarquable dans les liydropisies qui dépendent de maladies du foie ou de maladies dû coéur. Ellé est moins sènsible dans quelques cas d'hydropisîe produite par là néphrite albumineuse.
On observe quelquefois une véritable siispension de la sécrétion urinaire pendant plusieurs jours, à la suite de siletlrs abondantes, du flux intestinal cholériqiiè , etd. Qtielqués auteurs assurent même avoir observé dë véritablës ahuries , pendant plusieurs mois et même plusieurs années ( Yoyez Anurie.J
(i) Bnrdacli. Trailé de physiolog., trad. do Jourdan, t. i, p. 3i3.
L'augmenta lion de la sécrétion urinaire n'a été généralement notée que dans la polydipsic, le diabète insipide, elle diabète sucré. Je l'ai cependant observée, mais très rarement, dans quelques maladies chroniques et spécialement dans la phthisie pulmonaire. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, dans ces cas d'excès , le poids des boissons et celui des urines ont été pris avec une grande exactitude.
§ ii5. La couleur de l'urine, en santé, varie du jaune clair à l'orangé foncé. L'urine du matin est plus colorée , plus sapide, plus odorante , plus acide que l'urine de la boisson.
La couleur naturelle de l'urine paraît être due à une ou plusieurs matières colorantes (i) qu'il est difiB.cile sinon impossible d'obtenir isolément. M. Prout pense qu'un grand nombre de phénomènes , relatifs à la coloration de l'urine, ne peuvent s'expliquer qu'en admettant dans cette humeur deux -principes colorans distincts. Ainsi , dit-il , si on verse de l'urate d'ammoniaque pur dans l'urine saine, on le voit constamment acquérir une couleur précisément semblable à celle que nous offrent ordinairement les calculs formés par l'acide urique. Si on répète cette opération, en ajoutant dans la même uj-ine de nouvelles portions d'urate d'ammoniaque, ce corps devient de plus en plus pâle, et cesse enfin de se colorer. Cependant, ce qu'il y a de singulier dans cette opération, continue M. Prout, c'est que la couleur de l'urine reste à-peu-près la même. Comment expliquer un semblable phénomène sans admettre dans l'urine deux matières colorantes , dont l'une a de l'afilnité pour l'urate d'ammoniaque, tandis que l'autre n'en a point?
Au reste , de nombreuses observations cliniques m'ont démontré ; 1° que , la sécrétion de l'acide urique étant en excès , celle de la matière colorante était aussi presque constamment en excès ; a° que l'urate d'ammoniaque , l'acide urique déposé en cristaux ou précipité de l'urine par les acides, étaient presque toujours unis à de la matière colorante. Aussi ces
(i) Brugnatclli. Remarques sur les matières colorantes de Curine (Giornalo di fisica i. p. iSa). — Prout. An inquirjr into the nature and treatment of diabètes, calculus etc. Lond. iSaS. page, ai.
ALTÉRATIONS DE l'uRINE (couleuv). 65
précipités sonl-ils tantôt jaunâtres, tantôt d'un brun rougeâtro, selon la quantité de la matière colorante. Cotte matière adhère si fortement à l'acide urique, qu'on ne peut que difficilement l'en débarrasser , même en le dissolvant dans des alcalis et on le précipitant ensuite au moyen d'un acide. Dans ce dernier cas cependant, ou lorsqu'on précipite l'acide urique de l'uratc d'ammoniaque provenant d'un sédiment, les cristaux qu'on aperçoit sous le microscope sont le plus souvent blancs et transpareus, tandis que ceux qu'on trouve dans l'urine des individus atteints de gravelle urique sont presque toujours jaunâtres.
Toutefois, quoique la matière colorante de l'urine accompagne dans presque tous les cas l'acide urique, j'ai vu, en quelques circonstances rares , cet acide former un sédiment cristallisé , blanc ou blanchâtre dans des iirines d'une assez grande acidité.
§ u6. Dans les maladies fébriles, l'urine prend une couleur plus foncée , rougeâtre, et en même temps son acidité augmente : ce phénomène est très remarquable dans le rhumatisme aigu. On l'observe ainsi dans certaines hydropisies ascltes, dépendant de maladies du foie , et surtout de la cyrrhosn , dans laquelle l'urine offre une teinte rouge très prononcée et un haut degré d'acidité.
La couleur de l'urine est modifiée par l'action de l'acide nitrique, qui, dans l'espace de a4 à 4^ heures, change quelquefois la couleur jaune ambré de ce liquide en une couleur rouge foncé, semblable à celle de l'urine dans la fièvre, et plus souvent en une teinte rose ou purpurine ; ce changement est beaucoup plus rapide et s'opère quelquefois en quelques minutes, lorsqu'on soumet le mélange à l'action de la chaleur.
§ 1 17. Dans certaines affections nerveuses, dans l'hystérie, dans la migraine, etc., l'urine est ordinairement décolorée, peu acide ou neutre- Cette décoloration et ce peu d'acidité de l'urine peuvent être artificiellement produits si l'on fait boire à un malade, le malin à jeun, une grande quantité d'eau ou d'une eau minérale, telle que celle de Contrexevillc, de Vichy, etc.
% 118. Indépendamment des changeraens qu'éprouve la
PROLIÏGOMT^NES.
couleur de l'urino par suile d'une diminulion, d'une augmenlation, ou d'une modification de sa matière ou de ses matières colorantes^ il est d'autres colorations qui sont dues à des matières organiques ou à des substances étrangères qui peuvent se trouver accidentellement dans ce liquide.
§119. Le passage du sang, dans l'hématurie, celui de sa matière colorante avecime certaine quantité d'albumine dans plusieurs maladies et notamment dans la néphrite albumineuse, rendent V urine ronge ou rougeâtre.
On assure que les betteraves rouges, prises en grande quantité comme aliment, peuvent donner une couleur rouge assez foncée à l'urine (Barkhausen et Gruithuisen) ; cependant j'ai plusieurs fois examiné mes urines, après avoir mangé de ces betteraves, sans remarquer de changement dans leur couleur j la quantité prise de betteraves n'avait peut-être pas été assez considérable. Il paraît aussi , mais je ne l'ai pas vérifié , que les fruits du cactus opuntia colorent également en rouge les urines (propriété qui, selon Wildenow, serait commune aux fruits de la plupart des cierges); que l'usage prolongé du bois de Campêche donne lieu à des urines rouges ( Percival); que rbémaline , l'alizarine (après l'iisage de laquelle le précipité des sels de chaux produit dans l'urine par l'ammoniaque, devient rose) colorent également l'urine en rouge (Berzelius). Enfin Déyeux et Parm entier ont observé, chez les vaches, que l'usage prolongé de la racine de garance communiquait à l'urine une teinte rouge; Sewal dit qu'on retrouve ce principe colorant, à l'aide de la potasse, dans l'urine des personnes qui ont pris des bains de mains ou de pieds dans une infusion de garance; Bradner Sluart, après un bain général de deux heures et demie, dans une infusion saturée de garance, a fait une observation analogue; et on est allé jusqu'à dire que l'urine des ouvriers qui maniaient la garance était teinte en rouge.
Les baies d'airelle {vaccinium myrfillus), les cerises noires, les framboises, les mûres, etc., suivant quelques observateurs , communiquent à l'urine la propriété de rougir par les acides et de verdir par les alcalis.
ALTÉRATIONS DE L'urtnE (cOulcur). 67
ÇiQO. Dans la jaunisse, le principe coloraiu jaune de la bile ou un principe jaune particulier, suivant M. Thenard, donne à l'mine une couleur jaune, jaune-brunâtre ou verdâtre.Dans les coliques de plomb , avec teinte jaune des conjonctives > l'urine oflVe ordinairement une coloration morbide d'un jaune rougeâtre {Ictère Saturnin),
Tiedemann et Gmelin (r) ont remarqué que l'urine d'un chien qui avait avalé 6 onces de teinture de rhubarbe , avait acquis une couleur jaune. Home A observé le passage de la rhubarbe dans l'urine en dix-sept minutes; Westrumb observa aussi ce passage chez des chiens et chez des lapins ; il eut lieu en dix minutes. Bradner Stuart dit que l'urine des personnes qui ont pris un bain général avec l'infusion dë rhubarbë pejil passer à la (iouleur rouge par l'addition de la potasse. J'a,i moi^ mêmë plusieurs fois constaté, dans mes expériences cliniques, que 24 grains de rhtibarbe pris le matin à jeun suffisaient pour donner une couleur jaunâtre à une urine naturellement peu colorée. La potasse changeait cette couleur jaune en un beau i-ouge ; phénomèné qui décèle la présence de la rhubarbe.
La gomme gutte, suivant Tiedemann et Gmelin, prise par un cheval à la dose d'une once, en dissolution dans l'alcool, donna lieu à une augmentation sensible de la couleur jaune de l!urine.
La racine de grande chélidoine fraîche, prise à la dose de deux gros, donne à l'urine une couleur jaune foncé., u.! q
§12 1. On a dit que l'urine des personnes qui font usage de la rhubarbe et des ferrugineux à-la-fois se colorait en noir, par suite de la réaction de l'acide gallique , qui , d'après Braiide, existe en grande quantité dans le rhenm palmatnm. iêUimn:,
On assure que la cassé colore en noir les urines, et j'ai lu quelquepartque des prunes de Damas firent passer les urines d'une femme à une couleur noire comme de l'encre. J'ai administré la càssé comme jiUrgatif; j'ai pria dé ces prunes
(i) Tiec^emann et Gmblin. Recherches sùr'ta 'rôitte qûe pKrthent diverses substances pour passer de l'estomac ét du àanàl inlcstinal dans le sang; sur la fonction de Ja rate et sur les woies cachées de l'urine, Trad. de l'allemand par S, HcUcr. 8". Paris. 1821, page 7.
68 PROLÉGOMKNES,
comme aliment, et la couleur de l'urine n'est pas devenue noire. On a dit aussi que le rob de sureau avait rendu noire l'urine d'une personne qui en avait fait usage; je l'ai souvent prescrit , comme excipient de médicamens actifs, de l'huile de croton,par exemple,sans observer ce phénomène.
La présence accidentelle , dans l'urine , d'un acide particulier ( Ac. mèlanique) ou d'une matière an\md\c{mélanourinc), donne à ce liquide une teinte noire.
Une urine très acide prend une teinte d'un rouge brun ou légèrement noirâtre , lorsqu'une certaine quantité delà matière colorante du sang s'y trouve accidentellement déposée.
• § 122. Lesulfate d'indigo colora en ZiZejt verdàtre l'urine d'un cheT^l auquel, trois heures auparavant, on avait fait prendre une livre de solution d'indigo dans l'acide sulfurique , solution qui avait été neutralisée par la potasse (MM. Seiler et Ficinus). M'. Wœhler a observé le même fait sur., un chien. J'ai constaté moi-même, chez un épileptique, que l'urine peu colorée, quoique légèrement trouble et alcaline au moment de l'émission, prit réellement une teinte légèrement verdâtre , après quelques jours de l'usage de l'indigo, à la dose d'un gros, puis de deux et de trois gros en 24 heures.
• La -coloration bleue de quelques autres urines a été altri^ buée à la présence du bleu de Prusse.
§ 123. Le pus ou des matières grasses donnent à l'urine un aspect blanchâtre ou laiteux.
' § 124. La transparence de l'urine peut être altérée. Le défaut de transparence, qui varie depuis un léger nuage jusqu'à uue complète opacité , peut exister au moment de l'émission, ou n'apparaître que plus tard par le refroidissement ou la puLi éfaction.
" Une grande quantité de mucus, une certaine quantité d'albumine et de matière grasse, de sang, de sperme, de pus, de matière grasse; de l'acide urique ou de l'urate d'ammoniaque en excès dans l'urine , un excès de phosphates lorsqu'elle est alcaline, la rendent tiouble, et elle paraît telle au moment de l'émission.
Abandonnées à elles-mêmes et à l'air libre, toutes les
ALTJÎiiATiojvs DE l'orijme (oileui'). 6g
urines transparentes au moment de l'émission finissent par se troubler, et d'autant plus rapidement qu'elles contiennent plus dejnucus, plus d'acide urique ou d'urale d'ammoniaque lorsqu'elles sont acides, et une plus grande quantité de phosphates lorsqu'elles sont alcalines.
Les anciens désignaient sous le nom de jumcnieuscs les urines qui, par le refroidissement, devenaient rapidement troubles comme l'urine des herbivores , et dans lesquelles la formation du sédiment était lente. Aujourd'hui cette dénomination ne peut plus être conservée; car, parmi ces urines, les unes sont acides et fortement chargées d'urate d'amraouiaqiie, avec ou sans albumine; d'autres sont alcalines avec excès de phosphates; d'autres enfin contiennent du carbonate de chaux , etc.
L'addition d'une certaine quantité d'acide nitrique à une urine trouble la rend souvent transparente , surtout si elle est alcaline et rendue louche par des phosphates. Certaines urines rouges, foncées en couleur, rendues dans les inflammations aiguës , doivent à un excès d'acide libre la propriété de ne se troubler que très lentement par le refroidissement , et de ne donner lieu qu'à un léger sédiment {Urines inflammatoires, Fourcroy).
La précipitation de l'acide urique, de l'urate d'ammoniaque, du mucus et des sels est favorisé par une basse température ; ce qui explique au moins en partie les difTérences qu'on obseiTC, transparence de l'urine , pendant l'hiver et le printemps.
§ ia5. h'odeur naturelle de l'urine peut être diminuée ou augmentée par certains étatsmorbides. Au moment de l'émission cette odeur , aromatique , a quelque analogie avec celle des violettes. A mesure que l'urine se refroidit son odeur ai omalique disparaît et est remplacée par une autre qu'on désigne ordinairement sous le nom à'iirincuse ; plus tard elle fait place à une autie qu'on a comparée à celle du lait aigri; enfin celle-ci est remplacée par une autre véritablement ammoniacale. L'odeur de l'urine peut être masquée par d'autres principes odorans dont l'urine se trouve accidentellement chargée. L'odeur urineuse ne doit poiut être confondue avec l'odeur ammouiacale que
yo PROLÉGOMÈNES.
dégage l'urine à la suite de sa décomposition, ou de son altération , soit dans les reins , soit dans la vessie , ou après son exposition à l'air libre.
L'urine décolorée des hystériques a peu ou point d'odeur. Dans le rhumatisme aigu, dans la pneumonie, etc., l'odeui'de l'urine est au contraire fortement prononcée. Dans la néphrite albumineuse, l'urine a souvent l'odeur du petit lait, et quelquefois celle du bouillon de bœuf. Dans le diabète sucré , l'odeur de l'urine , fade au moment de l'émission , devient alcoolique lorsque l'iirine abandonnée à elle-même a éprouvé un commencement de fermentation. Dans la cystite purulente avec rétention, l'odeur de l'urine est souvent ammoniacale.
Certains alimens et plusieurs autres substances font varier l'odeur de l'urine : les asperges lui communiquent une odeur désagréable que l'on remarque quelquefois aussi après la digestion des légumes verts , des choux, des choux-fleurs, etc.; la térébenthine , la résine , les baumes lui donnent une odeur plus ou moins analogue à celle de la violette ; diverses matières odorantes, telles que les huiles essentielles de genièvre, de valériane, d'ail, le castoréum, etc. , passent également dans l'urine. Due maladie de voies urinaires peut modifier ces résultats. J'ai constaté chez un malade atteint d'une cystite chronique et d'un engorgement de la prostate que les asperges ne donnaient point à l'urine l'odeur qu'elles lui communiquent ordinairement.
On a dit aussi que l'opium, l'assa-fcetida et le safi'an communiquent leur odeur à l'urine.
Tiedeman et Gmelin ont prouvé que certaines substances odorifères, colorées, salines et métalliques, introduites dans les organes digestifs, pouvaient, dans le sang de la veineporte et dans l'urine, être retrouvées, lorsqu'il n'en existait pas de traces dans le chyle, tandis que d'autres pouvaient être constatées également dans le chyle.
§ laO. Dans l'état de santé, la température de l'urine, au moment de l'émission, est de 28 à 3o degrés Réaumur(i). Elle est ordinairement de 28 degrés chez les enfans , de 29 chez les
(i) Consultez les expériences faites par MM. Clicvallier et Oelcber
ALTÉRATIONS DE l'uriNE {pcS. Spéc). <]l
vieillards , et de 29 et demi chez les adultes. Lorsqu'on veut constater la température de l'urine , il faut noter celle de l'ai? ou du milieu dans lequel le malade est plongé, puis le faire uriner sm- la boule d'un thermomètre placé dans le bocal qui doit recevoir l'urine , ou mieux encore faire chauffer le bocal à a8 degrés environ avant d'y recevoir l'urine. Examinée comparativement, après plusieurs heures de repos du corps et après un exercice actif, la température de l'urine est plus élevée dans ce dernier cas.
Dans les maladies , les variations de la température de l'urine sont peu considérables et suivent celles du corps. Les plus remarquables ont été observées dans la scarlatine et dans le frisson des fièvres intermittentes.
§ 127. Une répugnance facile à concevoir empêchera toujours de faire des expériences comparatives sur les variations de saveur de l'urine. On a noté sa saveur aqueuse dans l'hystérie et sa saveur sucrée danS le diabète sucré ; lorsque l'urine contient une quantité considérable de chlorure de sodium, elle est fortement salée.
§ 128. Lorsqu'on détermine \a pesantetir spécifique des urines quelque temps après leur émission, il faut noter en même temps leur températui'e; mais il est toujours préférable d'apprécier la pesanteur spécifique des urines au moment même où elles sont rendues.
La pesanteur spécifique de l'urine d'un homme sain , adulte, est très variable si on la recueille indistinctement à toutes les heures de la journée, à jeun, une ou plusieurs heures après le repas, etc. J'ai plusieurs fois constaté ce fait qui d'ailleurs avait été démontré par les expériences de M.Chossat et par celles de M. Th. Thomson , professeur de chimie à l'Université de Glascow- D'après de nombreux essais comparatifs, je crois devoir fixer celle de l'urine du matin, au moment de l'émission , à ioi8 comme terme moyen, celle de l'eau étant mille.
(Chevallier, Essai sur la dissolution de la gravelle, ln-8l°, Paris,p. ïig).
La balance esl le seul moyen de constater exaclemcnl la pe- 'sanleur spécilique de l'urine ; mais , dans la pratique , on peut se borner aux résultais fournis par l'aréomètre de Baumé. (i)
Lorsqu'on calcule la pesanteur spécifique de l'urine, il faut noter la température du liquide examiné immédiatement après l'émission et. reçu dans un vase à ^28 degrés Réaumur. Si la détermination de la pesanteur spécifique de l'urine a quelque importance , il faut répéter l'examen à différentes heures du jour, et plus tard en prendre la moyenne, ou ne comparer entre elles que les urines rendues à des mêmes heures, à des distances égales des repas, des momens de repos ou d'exercice , etc. (2)
(1) Tableau comparatif de l'échelle aréométrique de Baumé et des nombres décimaux qui y correspondent : point de départ: Baumé 0,0 — décimales 1000,000 , termes' extrêmes 6,0 — io44)000.
Ârvomèti'C. P. spéc. Aréomètre, P. spÉc* Aréomètre. P, spéc. Aréomètre. P. spèc.
io35,2oo
io36,666
io38,i33
ioo3,666
iQ,i5,4oo
io38,866
ioo4,4<3(>
ioi6,i33
ioo5,i33
ioi6,S66
ioo5,866
io3o,o6G
io3o,8oo
too8,o66
io3i,533
io32,266
io33,ooo
lOU.OOO
(2) Dans un cas de pyélitc calculeuse, j'ai noté des différences assez fortes: I '■ jour : (à jeun), 10 b. du matin 10.9,6; — déjeuner à 11 b. 1/2, à 3 b. de l'apris-miùi , 1016 , 4; ( «l'i^cr à 4 b. i;2 ) — à six beures du soir , 1007 — à minuit, 1011, 2;— à 4 i'- "'"''n > 1012.6; à 7 b. du malin, 1009,1. — à 8 b. du matin, 1008,4.
2e jour: a II b. du matin, 1020,6; — à 2 b. 1020,6; — à 6 b. du
ALTÉRATIONS DE l'uIUJNK (pcS. Sjjéc.). 7 3
L'étude delà pesanteur spécifique de rurine, faite comparaliveineut avec celle des autres changemens que ce liquide peut éprouver, fournit aux pathologistes un signe utile. Dans le diabète sucré la densité est très élevée ; dans le diabète insipide sans excès d'urée au contraire elle est très peu considérable ; dans la néphrite albumineuse chronique, elle est généralement moindre que celle de l'urine de santé, la présence accidentelle de l'albumine étant plus que compensée par la diminution très notable de l'uz'ée et d'une certaine quantité de sels. Dans l'état aigu de la néphrite albumineuse ou dans sa première période, la pesanteur spécifique de l'urine est quelquefois au contraire plus considérable que celle de l'urine saine.
Sous le rapport de la pesanteur spécifique de l'urine, il y a aussi une notable différence entre la néphrite simple et la néphrite rhumatismale ; j'ai trouvé la pesanteur moyenne de l'urine dans la première de ion à ioi5, et dans la seconde de 1022 à loi g.
D'après un relevé comparatif de mes expériences sur la pesanteur spécifique de l'urine, le minimum a été de looi (polydipsie), le maximum 1040 (diabète sucré).
Pour donner des résultats satisfaisans , l'étude comparative de la pesanteur spécifique de l'urine, devrait être faite sur une grande échelle, et avec des précautions qu'il est souvent difficile d'obtenir dans le service médical d'un hôpital, le mieux organisé. Non-seulement la pesanteur spécifique de l'urine varie dans les différentes périodes des mêmes maladies , mais encore à certaines heures du jour, suivant l'heure des paroxysmes, delà digestion, etc. En examinant même comparativement l'urine , rendue le matin , à une heure déterminée , il y a encore des nombreuses chances d'en'curs : la quantité des boissonsprises la nuit n'est jamais exactement connue ; quelquefois l'urine a été rendue après un bain, un lavement, etc. Les résultats indiqués dans le tableau suivant doivent donc être
soir, 1009,2; — à minuit ioii,2; — à 5 li- du matin , ioij.j; — à 8 hdu matin, ioi(i,4.
regardés comme fort imparfaits sous une foule de rapports : les résultats extrêmes ont seuls quelque valeur.
Pour chaque maladie , on a donné la moyenne de cinq examens :
Pesanteur spécifique de l'urine du matin dans pbisieurs maladies , calculée d'après l'aréomètre de Baumé.
Anévrysnie de l'aorte iibdomioale , 1025,5.
Apoplexie oércbrale, 1011,2.
Apoplexie pulmonaire et tubercules, ioog,r.
Artbrite blenuorrbagique, 1018.
Ascite, sypbilis coustitutionnelle , 1010,5.
Broncbite intense, I02.'i,i — 1029,0 — io3o,4.
Cancer utérin, joo3,5.
Carie vertébrale, 1012,6 (urine alcaline).
Colique de plomb (i), ioo3,5 (ur.
alcaline).
Colique de plomb et paralysie saturnine, 1017,2.
Courbature (urine fortement colorée), 1028,3. — 1029.
Cystite et treniLîrment des vieillards, 1007,7 — 1009,8 — 1010,5 — 1011,9 — ioi2>6 — 1014,0 —1017,»
Dccbirure musculaire, 1017,9.
Diabète sucré, urine peu colorée, 1022,7 — 1029,7 — io3o,4"io3o,4 io33,2 — io33,9 — io36,o — 1037,6 1040,0.
Diabète insipide, ioor,a — ioo3,i —
DotLinentéritc au début, ioi4,t —
toi5,6 — 1016,4. • — Dans l'état ,
1008,4. — Convalescence, 1019,6
— 1022,7. Dolbinentérite légère, 1011,9 —
ioi8,8.
Dysenterie, ioi5,5.
Eczéma, io3i,r.
Emphysème pulmonaire (urine peu colorée),ioi2,6— roi4,8 — io25,5.
Encéphalite, 102^,7 — io25,5.
Epilcpsie, ioo3,5.
Erythème papnleux chronique , 1 022,7 — 1024,1 — 1028,3
Fièvre intermittente ( chaleur ) , 1019,6.
Foie (maladie organique du), 1004 —
Gastrite chronique, 1009,1 — loti —
Grippe, 1017.
Hypertrophie dn cœur, iori,2 —
ioi4,o — 1027,6.
Hystérie et péritonite, 1028,8 —
io3o,4.
Ictère, 10 [5,6 — 1020,6.
Indigestion, io3o,4.
Lupus, io3o,4.
Lupus et tubercules, 1020,6.
Métrite, suite de couches, ioo3,5.
Métro-péritonite, 1027,6.
Myélite chronique , 1017,2 —
Néphrite albnminense aiguë, 1026,2 io3o,4.
— chronique, 1004,9 — 1008,4 — 1011,2 — 1009,8 — 1009,8 — ioo3,3 — 10x3,3— (recrudescence) 1017,2 — ioi8 — 1022,0 — 1023,7 — 1024,8 — 1024,8.
Néphrite et entérite, 1018,8.
— et gravelle phosphatiquc, iO'it,7.
(i) Dans plusieurs cas de coliques de plomb très intenses , la pesanteur spécifique de l'urine était beaucoup plus considérable. L'urine se troublait peu de temps après son émission.
La pesanteur spécifique n'a pu être déterminée à l'aide de l'aréomètre pour les cas où deas on trois cuillerées d'nrinc seulement étaient rendues à-la-fois.
ALTÉRATIONS DE LUllINE (eau). ']5
Néphrite rbnmatismale , ioa3,7 — 1029,0.
— simple (urine alcaline) , ioti,9 ioi5,6.
Paraplégie, ioog,8 — 1009,9 — roog.
— par gibbosité tuberculeuse (urine peu colorée), io32,6.
— rhumatismale, 1022,0.
Pemphigus, ioi4,o.
Paralysie de la 7 e paire i 102g.
Péricardite, 1028,3 — 1029,7.
Pblegmasia alba dolens, 1022,0 —
Phlegmon iliaque, 1017,0.
Phthisie pulmonaire, lOoS,'). — 1010,5 — 1012,6 — ioi4,8— ioi5,8 — 1018,8, et cystite (beaucoup de mucus), I0i3,7 — 1025,5 — 1027,8.
Pleurésie (épanehement aigu), urines très colorées , roi8,8 — 1028 — io34,6.
Pneumonie. — Invasion, iooi,a. —
État («urines colorées , dépôt d'acide inique et d'urato d'ammoniaque), 1016,4. — Hépatisation, 1 024,8 — 1 o3o,4 — Convalescence , 1016,4 — 1004.
Polydipsie, 100 r,4- 1007,0-1009,1.
Prurigo, io32,2.
Psoriasis, 1029,0.
Purpura, 1020,6 — 1022,0.
Pyéiite blennorihagique , 1016,4.
Rétrécissement de l'urèthre, ioi3,3 — IOi5,6 — 1022,0 — 1029,7.
Rhumatisme aigu, 1022,0 — 1022,7 — 1028,3 — 1029,0 — io32.
Rhumatisme chronique, 10 1 5,6 — ioi5,6--ioi8,6 — 1018,7—1023,0.
— Lumbago, ioi8,o — i023,o — I025,5.
et sciatique, io33,2.
Scrofules , 1024,0.
Syphilide, 1014,0 — 1023,7.
Tremblement mercuriel, 1017,2.
Zona, ioc8,o.
Une étude journalière et comparative de la pesanteur spécifique de l'urine , dans le diabète sucré, à différentes heures, avant et après les repas , peut aider à reconnaître si la proportion du sucre diminue ou augmente , sous l'influence du régime ou d'un agent thérapeutique; toutefois il faut avoir préliminairement constaté l'absence de l'albumine.
§ 129. Dans l'étude des variations des élémens de l'urine, il convient de commencer par celle de l'eau.
En état de santé, l'eaw entre pour 900 millièmes dans la composition de l'urine. Pour déterminer , dans un cas donné, la quantité de l'eau^ il suffit d'évaporer l'urine au bain -marie, et de soustraire, du poids de l'urine avant l'évaporation, le poids du résidu. Une semblable expérience , toute facile qu'elle est, est rarement faite par les médecins des hôpitaux à cause du temps qu'elle exige. Lorsqu'on a acquis la certitude, à l'aide des réactifs, qu'une urine ne contient ni albumine, ni mucus en quantité notable , ni pus , ni sucre , enfin aucun principe accidentel , on peut juger d'une manière approximative la proportion de l'eau et celle des autres élémens ordinaire» de l'ixrine, à l'aide de l'aréomètre. Mais la pesanteur spécifique de l'urioe n'étant pas toujours en rapport avec la
t|uanlilé des sels , cl pouvant être augmentée par certains principes accidenlcis , cette expérience , dans un certain nombre de cas (diabète sucré, urine albumineuse, etc.) serait trompeuse.
§ i3o. Dans les maladies des voies urinaires, l'augmentation de l'eau dans l'urine, eu égard aux principes solides qu'elle contient [urine aqueuse), n'est bien remarquable (jue dans les affections que l'on a comprises sous le nom de diabète insipide.
La pesanteur spécifique du liquide fourni par les reins peut être quelquefois moins considérable que celle du liquide pris pour boisson. Un de mes malades qui buvait tous les matins à jeun, en une demi-beure, une bouteille d'eau de Vichy artificielle , a plusieurs fois rendu en ma présence de l'urine claire et transparente comme de l'eau de roche, et dont la pesanteur spécifique, même après le refroidissement, était moins considérable que celle de celte eau minérale.
Ileberden et quelques autres patliologistes pensent que les urines sont plus claires , plus aqueuses , et plus abondantes chez les personnes dont la santé décline, à une époque cil l'affaiblissement des principaux organes indique les approches de la vieillesse. J'ai moi-même constaté sur une douzaine de vieillards, dont l'appareil urinaire était sain, et qui paraissaient jouir d'une bonne santé, que la pesanteur spécifique de l'urine était au-dessous de la moyenne de l'urine d'un adulte.
Dans plusieurs maladies , spécialement dans quelques affections du système nerveux , dans l'hystérie, la polydipsio, etc., lesélémens solides de l'urine sont en si petite quantité, que sa pesanteur spécifique s'élève peu au-dessus de celle de l'eau commune.
§ i3i. La proportion de l'eau peut diminuer ou être moindre par suite de l'augmentation des autres principes constituans de l'urine , ou par la présence de principes accidentels. Au moment de l'émission, elle peut èli'e alors parfaitement transparente, et avoir sa couleur naturelle. Mais après une ou plusieurs heures de repos, suivant le degré de la température de l'air extérieur, par le seul effet du refroidissement, elle se trouble, devient épaisse, d'un gris légèrement jaunâtre. Pour
ALTÉRATIONS DIÎ L'imiNE (cnu). 77
rendre à cette urine sa primitive transparence , il suffit quelquefois d'ajouter une certaine quantité d'eau, ou de la soumettre à l'action de la chaleur; dans ce cas, elle contenait un excès d'urate d'ammoniaque.
Cette urine moins aqueuse que l'urine normale , avec excès d'urate d'ammoniaque , peut être observée après une sueur abondante, sous l'influence d'une forte température, ou chez des hommes dont la santé est en apparence très régulière, qui boivent pexi d'eau ou qui transpirent facilement.
Quelques pathologistes ont aussi observé une sécrétion abondante de semblables urines au déclin de la vie, et chez des individus d'un âge mûr dont la constitution était détériorée j mais un état opposé de l'urine est plus ordinaire.
L'urine peut aussi accidentellement présenter ce caractère à la suite d'excès vénériens, après de larges libations de vin ou de liqueurs spiritueuses , etc. Quelques observateurs anglais assurent que les Européens dont la constitution a été altérée par une résidence prolongée sous les tropiques , rendent habituellement une urine semblable. J'ai constaté moimême ce fait chez quelques individus qui avaient habité les régions équatoriales ; mais tous avaient le foie volumineux : les urines étaient rares , d'une couleur rouge-foncé , non iclériques, et fortement acides. Le pi'écipilé rouge vermillon que ces urines abandonnées à elles-mêmes présentaient au bout de quelques heures, traité par l'acide nitrique au 178", laissait un dépôt qui, examiné au microscope, était de l'acide urique cristallisé.
Dans la dernière période de plusieurs maladies aiguës, lorsqu'elles approchent de leur terminaison ou de leur soluiio7i (pour me servir de l'expression des anciens), dans la période de desquamation ou de dessiccation des fièvres éruptives , les malades rendent quelquefois une urine moins aqueuse que l'urine normale; elle se trouble rapidement et donne un sédiment considérable en conservant son acidité (urine criliqne). Sans ôter à ce fait toute l'importance qu'on lui a accordée, il faut noter cependant que, dans le cours de plusieurs maladies aiguës, delà pneumonie, du rhumatisme articulaire, etc.,
78 PnOLlîGOMl'cNES.
et lorsqu'il n'existe aucun indice d'un mouvement critique, l'urine, peu aqueuse, contient quelquefois une si grande quantité d'urate d'ammoniaque mélangé ou non d'acide urique , qu'elle se trouble aussi très rapidement, et donne, par le refroidissement , un dépôt considérable.
Ces urines peu aqueuses , troubles et acides , chargées d'urate d'ammoniaque ou d'acide urique, peuvent être facilement distinguées des urines troubles et alcalines , soit au moment de l'émission avec excès et dépôt de phosphates, soit par suite de la décomposition putride de l'urine.
§ i32. Chez l'homme adulte, en santé, Wtrèe (i) est dans la proportion de 00 millièmes dans l'urine. Cette proportion offre des différences très remarquables dans plusieurs maladies des voies urinaires et dans quelques autres affections.
Proust assure que l'urine de la femme contient beaucoup plus d'urée que celle de l'homme. Cette abondance d'urée, dit-il, donne à la première une densité plus considérable et qui permet à l'acide nitrique de la précipiter en nitrate d'urée à 45 ou 5o degrés de densité, tandis que celle de l'homme n'acquiert cette proprié;é qu'à 70 ou 7a. La proportion de l'urée dans l'urine, chez l'homme et la femme en sauté, est tellement variable, en 24 heurés, dans les différentes émissions , qu'il faudrait de très nombreuses expériences pour établir la quantité relative de l'urée dans l'urine des deux sexes.
A une époque où l'on avait attribué à l'uréé la couleur ét l'odeur de l'urine , on avait cru que l'on pourrait juger ap*
(r) La découverte de l'urée est due à Kouelle. Crnikshank l'obtint pure et cristallisée (RoUo. (J.). An aoconnt qft\vo cases \of diabètes tneUilm: with a gênerai aiiew of the nature of tlie diseuse and addilions of ff. Cnùkshank. London 8°. 1798). Fourcroy et Yanquelin ont fait connaitrc la plupart de ses propriétés {^Annales de chimie, t. xxxii ). Elle a été étudiée et analysée par Prout ( Medico-ckirurg. transact. vol. viii. p. 529) et par MM. Wohler et Liebig ( Annales de chimie et de physique, t. xlvi. p. 3i ), M. Henry fils a décrit un nouveau procédé pour extraire l'urée de l'urine humaine, et M. Robiquet en a indiqué un autre qui consiste à traiter l'urine par l'éthcr (ilecwe médicale, 1829, t. i, page/fg;).
ALTÉRATIONS DE l'urinE (urée). 79
proximativement de la quantité de ce principe d'après le degré d'intensité de ces deux caractères ; mais on sait aujourd'hui que l'urée pure est incolore et inodore , et que sa proportion dans l'urine n'est point en rapport constant avec celle de la matière colorante. Ainsi, si les urines incolores et aqueuses des hystériques ou des enfans à la mamelle, contiennent peu ou point d'urée; si celle delà boisson en contient moins que celle de digestion ; d'un autre côté , dans quelques cas de diahète insipide avec excès d'urée , observés par M. Prout , l'urine était décolorée. En évaporant jusqu'à consistance sirupeuse plusieurs urines très colorées , et en les traitant ensuite par l'acide nitrique , j'ai obtenu une masse de nitrate d'urée quelquefois moins considérable que celle qui s'est produite quand j'ai traité delà même manière l'urine, de couleur citrine, d'un homme sain.
La rapidité plus ou moins grande avec laquelle l'urine, abandonnée à elle-même , se décompose , avait aussi été indiquée comme un moyen de calculer approximativement la proportion de l'urée; mais la promptitude de la décomposition de l'urine tient, non-seulement à la quantité plus ou moins considérable de l'urée, mais encore à celle de la matière colorante et des matières extractives, au degré d'acidité de l'urine et à sa température.
§ i33. Le procédé ordinaire pour déterminer la proportion de l'urée est d'évaporer l'urine à consistance sirupeuse, et d'ajouter ensuite à la masse refroidie, une quantité à-peu-près égale d'acide nitrique peu concentré. On obtient ainsi une masse cristalline qui n'est autre chose que du nitrate d'urée. Lorsque l'urine ne contient point d'urée, l'addition de l'acide nitrique ne donne point de précipité solide , et lorsque la quantité de l'urée est peu considérable, le précipité est en proportion. Le microscope peut abréger cette expérience et la rendre plus pratique et plus complète, en ce qu'il permet de reconnaître la forme cristalline et caractéristique du dépôt. Ainsi , pour constater la présence de l'urée dans l'urine, exempte de principes accidentels, on verse une goutte d'urine sur une lame de verre ; en quelques minutes, l'été surtout, la goutte
d'urine s'csl suffisamment évaporée pour qu'une goutte d'acide nitrique (lorsque l'urine contient de l'urée ) détermine la formation d'un magma ou d'une niasse cristalline blanche et brillante de nitrate d'urée. L'hiver, la gouttelette d'urine doit être évaporée à une douce chaleur , ce qui a lieu en deux ou trois minutes. Lorsqu'on soumet au microscope le magma obtenu, après l'addition de l'acide nitrique, il offre une cristallisation mais les lamelles blanches , confuses et brillantes , moins épaisses , présentent toujours distinctement de beaux cristaux en aiguilles de nitrate d'urée. (Voy. les planches).
Dans quelques maladies , la présence du mucus , du pus, de l'albumine, du cruor , du sucre, du sperme, etc., exigent qu'on ait recours à des procédés plus compliqués pour reconnaître la présence de l'urée et surtout sa proportion (Voyez : Néphrite alhumineuse, — Diabète sucré). L'urine muqueuse doit être filtrée ; l'urine purulente doit être filtrée , puis traitée , par l'alcool ou par l'ébuUition pour la débarrasser de l'albumine qu'elle peut contenir.
Lorsqu'on veut rechercher la présence de l'urée dans une urine albumineuse , il faut d'abord la débarrasser de l'albumine par l'ébullition , qui entraîne avec l'albumine la matière grasse s'il en existe et un peu d'urée ; ou bien si la quantité d'urine est peu con';'dérable, on la traite d'abord par l'éther pour la débarrasser de la matière grasse ; puis on mélange l'urine à deux fois son volume d'alcool qui coagule l'albumine. Puis on chauffe le mélange au bain marie pour obtenir une coagulation plus complète de l'albumine et pour redissoudre l'urée qui aurait pu être entraînéepar la coagulation de l'albumine. On filtre; on fait évaporer la liqueur en consistance de sirop épais, et on traite ce produit par de l'alcool rectifié pour éliminer tous les sels insolubles dans l'alcool et les portions d'albumine qui auraient pu échapper à la coagulation. On fait ensuite évaporer la liqueur de nouveau, et à la liqueur concentrée et refroidie on ajoute de l'acide nitrique, qui donne lieu à la foi^ raation du nitrate d'urée, s'il y a lieu.
Lorsque l'urine contient du sucre, avant de recbercher l'urée par les procédés ordinaires , il faut détruire le sucre par la
ALTERATIONS DR l'uRINE [uvée). 8l
fnrmontniion que l'on produit , en ajoutant à l'urino quantité suffisante de levure de bière.
Les urines qui contiennent des quantités anomales de matières grasses doivent d'abord être traitées par l'éther. Quant aux urines chyleuses, après les avoir débarrassées de la matière grasse par l'éther, il faut ensuite en séparer l'albumine par l'alcool ou par une légère ébullition , etc. L'éther dissolvant une certaine quantité d'urée avec la matière grasse, il faut ensuite traiter par l'eau le résidu de l'évaporation de la solution éthérée, pour obtenir cette portion de l'urée.
Enfin , lorsqu'on veut rechercher l'urée dans une urine bilieuse, il faut d'abord précipiter la matière colorante de la bile par l'acétate de plomb. On traite ensuite l'urine filtrée , comme l'urine ordinaire.
Lorsqu'on recherche seulement s'il y a ou non de l'urée dans une urine, ou lorsque^ après avoir fait un grand nombre d'essais analogues sur un grand nombre d'urines, on croit avoir acquis assez d'habitude pour pouvoir juger approximativement de la pi'oportion de ce principe, on peut, dans les études cliniques, ne pas pousser plus loin l'expérience; mais, dans quelques maladies des voies urinaires, dans le diabète sucré, dans la néphrite albximineuse , la détermination delà proporlion de l'urée exige une analyse plus rigoureuse. Le nitrate d'urée ainsi obtenu doit être lavé dans de l'eau à la glace, desséché entre deux feuilles de papier èt pesé. Ensuite on redissout les cristaux dans de l'eau distillée tiède, à laquelle on a ajouté du carbonate de baryte , et on évapore le mélange jusqu'à siccité; on verse de l'alcool bouillant sur la masse (i); on filtre, et l'urée se cristallise par l'évaporation spontanée de l'alcool.
% 134. M. Prout pense que , lorsque Vitrée est en excès dans l'urine, on peut recourir à un procédé plus expédilif. Il suffit, dit-il , de mettre une petite quantité d'urine dans un verre de montre , et d'y ajouter soigneusement une
(i) On a conseille d'ajouter à. la matsc une certaine qnantité de charbon animal ; mais il n'est guère ntile pour la décoloration des Uquides alcooliques et peut faire perdre une partie de l'urée,
PROLÉGOMKNES.
égale quantité d'acide nitrique pur , de manière à ce que l'acide puisse aller au fond du verre en vertu de sa plus grande pesanteur spécifique , et permettre à l'urine de nager au-dessus. Si une cristallisation presque instantanée a lieu , il y a excès d'urée, et cet excès peut être indiqué assez exactement par le plus ou moins grand intervalle de temps qu'a nécessité la cristallisation , et qui peut varier de quelques mi- <nutes à deux ou trois heures.
§ i35. J'ai fait des expériences analogues à celles de M. Prout un assez grand nombre de fois, pendant les mois de juin, de juillet, de septembre et d'octobre i836, en employant des urines d'hommes sains et d'hommes malades, auxquelles j'ajoutais, avec les précautions indiquées par cet habile chimiste, quelquefois une, quelquefois deux parties d'acide nitrique, et que j'abandonnais ensuite à une évaporation spontanée. Or, indépendamment des différences qu'apporte inévitablement, dans la lenteur ou la promptitude de la cristallisation du nitrate d'urée , la température plus ou moins élevée de l'atmosphère (en favorisant plus ou moins l' évaporation spontanée de l'urine mise en contact avec l'acide nitrique), d'autres causes ont rendu les résultais de mes expéi'iences non comparables.
L'urine d'un homme sain , dans laquelle j'avais vu se former au bout de quelques heures, pendant plusieurs jours, de beaux cristaux de nitrate d'urée ( en mélangeant dans trois verres de montre deux parties d'urine et une d'acide nitrique), ne me présenta plus de cristaux trois jours après quand je répétai la même expérience. Il s'était opéré un abaissement extraordinaire dans la température atmosphérique (lo degrés Réaumur). Evaporée à consistance sirupeuse, celle même urine, traitée par l'acide nitrique , donna une masse considérable de nitrate d'urée. Bien plus, j'ai versé, à l'aide d'une pipette, des quantités égales d'urine et d'acide nitrique concentré dans des verres de montre, en ayant soin de plonger la pipette au centre de l'urine de manière que l'acide nitrique s'étalât au-dessous d'elle, et pourtant il n'est jamais arrivé que la ci'islallisation s'opériit en même temps dans les trois verres ; quelquefois même il y a
ALTÉRATIONS DE LURINE {urée\ 85
eu plusieurs heures de différence entre les époques des diverses critallisations. Ces différences étaient encore beaucoup plus marquées lorsque je me servais comme moyen de mensuration du chloromètre de M. Gay-L\issac, ce qui tenait probablement à la manière dont l'acide nitrique s'étalait ou s'arrangeait sous l'urine. Peut-être aussi de légères différences dans la foi'me des verres de montre iufluaienl-elles sur la cristallisation.
En résumé, la même urine et le même acide étant employés dans les mêmes proportions et dans les mêmes conditions atmosphériques , non-se\ilement la formation des cristaux de nitrate d'm'ée n'avait pas lieu avec la même promptitude, mais on observait quelquefois des différences très remarquables. Ce procédé doit donc rester restreint aux cas signalés par M. Prout, et dans lesquels l'urée est tellement en excès, que les autres causes qui influent sur la rapidité ou la lenteur de la cristallisation du nitrate d'urée, n'ont plus qu'une influence secondaire.
§ i36. Uexcès de turée a été constaté par M. Prout (i)dan3 plusieurs cas de diabète insipide. M. Bostock (2) a également constaté cet excès de sécrétion de l'urée dans un cas semblable. Le malade rendait, par jour, jusqu'à 7 onces et demie d'urée, c'est-à-dire à-peu-près trois fois plus qu'un homme sain. M. O. Henry (3) a trouvé une grande quantité d'urée dans un cas de rhumatisme.
Lorsque l'urine des enfans dépose des phosphates , suivant M. Prout, elle contient fréquemment un excès d'urée.
J'ai fait un assez grand nombre d expériences sur les proportions de l'urée dans les maladies, et il m'est démontré que les cas dans lesquels ce principe est en excès sont très rares j tandis que ceux dans lesquels elle est en moins sont très communs, peut-être autant par l'influence de l'abstinence ou du régime débilitant, que par celle des maladies elles-mêmes.
(1) Prout. An inquiry into the nature and treatmenl 0/ diabètes, calculas, etc., in-8°. Lond. iSaS. p. 3o.
(2) Medic. chirurg. transact. v. m. p. 107.
(3) Jount' de chimie médicale, t. v. p. 9.o5.
84 PflOLT?GOMf;NES,
§ 137. La dimtmtlwn de l'urèc a ét<^. conslalée dans plusieui-s afFeclions. Frommherzel Gugertoiil trouvé l'urée en moins dans la fièvre nerveuse. Dans les affections hystériques ou convulsives, l'urine, non-seulement devient quelquefois tout-à-fait incolore et claire comme de l'eau, mais, suivant Cruickshank (r), elle contient très peu d'urée et de principes organiques.
§ i38. M. Rose (2) a assuré, api'ès des expériences répétées, que l'urine des personnes affectées d'hépatite aiguë ou chronique, ne contenait pas d'urée. Le docteur Henry, de Mancliester, a répété les expériences de M. Rose , et les a trouvées parfaitement exactes. MM. Pi'évost et Dumas (5) assurent aussi que l'urine des malades affectés d'hépatite chronique contient peu d'urée. M. Prout affirme au contraire que , dans ces maladies, il y a plutôt un excès qu'un défaut d'urée.
Dans quelques cas d'hépatite chronique avec induration du foie, et dans plusieurs cas de cirrhose avec ascite, sans ictère, j'ai toujours vu l'urine rare, fortement colorée en rouge, donner une masse abondante de nitrate d'urée, lorsque, après l'avoir évaporée en consistance sirupeuse , on la traitait par l'acide nitrique.
M, Berzelius dit que la diminution de l'urée a été observée dans l'iuHammalion chronique dufoie, dans les dyspepsies, à la fin de toutes les maladies de consomption , au dernier terme de toutes les fièvres hectiques. Dans ce cas , la disparition de l'urée coïncide, dit-il, avec l'apparition de l'albumine. Cependant je puis affirmer que, dans les gastrites chroniques, les cancers de l'estomac, la phlhisie pulmonaii-e, ou observe fréquemmentla dimunition de l'urée, sans rencontrer d'albumine dans l'urine. D'un autre côté, à la suite de quelques hémorrhagies rénales , l'urine contient quelquefois de l'albumine et une quantité normale d'urée. Toutefois la relation que je n'ai point observée dans ce cas existe dans d'autres. Ainsi , il est bien démontré depuis les recherches qui ont été faites en An- Ci) Rollo. Cases of ihe diabètes mclUlus, etc., a» édit., iu-S", 179S.
(2) Bihliolh. méih t. LVli. p. 127.
(3) Annales de chimie, t. xxxill (v.Sc.). p. 20t.
ALTKRA.T10NS DE l'urjne (iirée). 85
{^ietcrre, et par celles que j'ai faites en Fiance, que la diminution de l'urée dans la néphrite albumincuse coïncide réellement avec la présence de l'albumine dans l'urine.
En analysant une urine visqueuse, MM. Gap et Henry (i) ont reconnu qu'elle contenait moins d'acide urique et d'urée que l'urine saine. La viscosité de l'urine étant souvent le résultat de l'action de l'ammoniaque sur le mucus ou sur le pus, il se pourrait que, dans ce cas , la diminution de l'urée tînt à une décomposition partielle de cette substance. On comprend qu'une diminution d'urée résultant d'une semblable décomposition ne doit pas être rapprochée des cas oii la diminution de l'urée serait le résultat d'un vice de sécrétion.
§ iSg. Lorsque l'urine est retenue dans le bassinet ou dans la vessie , la membiane muqueuse qui revêt l'intérieur de ces deux cavités s'enflamme , et le plus souvent l'urée éprouve une décomposition : il en résulte la formation d'une certaine quantité de carbonate d'ammoniaque dont il faut tenir compte dans l'évaluation de Ja proportion primitive de l'urée.
11 est possible, mais ce n'est encore aujour d'hui qu'un sujet de rechei'ches, que l'urée se décompose dans d'autres conditions morbides (2). Toutes les fois donc qu'une urine sera alcaline au moment de son émission, indépendamment de l'action des médicaraens qui auraient pu la rendre telle, la quantité d'urée obtenue par l'analyse ne représentera peul-êlre pas toujours la quantité primitivement sécrétée.
Des observations récentes et d'autres qui me sont propres, tendent à prouver que l'urée existe dans le sang en proportion anomale lorsqu'elle n'est pas excrétée en proportion normale
(r) Faits nouveaux pour servir à l'histoire de V urine ( l'Expcricucc. vol. 1, p. 621 ).
(a) Après avoir exposé la transformation de l'urcc en acide cyauiquc et en carbonate d'ammoniaque , et de l'acide uriqiic en urée et en ucidc cytiuique, en les soumcttantà nnc température convenable, VYôlilor émet l'opinion que cette décomposition peut quelquefois s'opérer dans le corp« humain, et qu'elle peut donner lieu à des dépôts particuliers ( 5Hr la décomposition de l'urée et de l'acide urique a une température élevée. — Journal de pharmacie, t. xvi. p. ayS ).
dans l'urine. MM. Prévost et Dumas (i) , Ségalas (2), Milscherlicb , Graelin et Tiedemann (3) ont observé qu'après l'extirpalion des reins on pouvait extraire de l'urée du sang. M. Velpeau (4) assure avoir remarqué dans la rétention d'urine, que ce liquide exhalait une odeur urineuse; M. Rees (5) a cru trouver également de l'urée dans le sang des hydropiques dont l'urine contient de l'albumine. MM. Brett et Bird (6) ont signalé deux circonstances qui, dans ces expériences, peuvent être une cause d'erreur. Un habile chimiste , M. Christison , croit avoir trouvé de l'urée dans le sang , chez des individus atteints d'hydropisie avec urine coagulable, M. Guibourt et raoi, nous avons obtenu des résultats semblables ; mais j'aurai occasion de faire remarquer plus tard, que toutes ces expériences ne sont pas également concluantes. Dans des cas d'ischurie, Nysten (7) assure avoir trouvé l'urée dans la matière des vomissemens et dans la sérosité de quelques liydropiques. Enfin M. R. F. Marchand (8) a rassemblé un assez grand nombre de faits constatant la présence de l'urée dans des humeurs animales autres que l'urine.
L'urée offre, dans sa composition, des rapports très remarquables avec l'acide urique et l'acide allantoïque (allantoïde). Ces rapports, établis par MM. Liebig et Wœhler, éclaireront très probablement l'histoire de plusieurs altérations de l'urine.
(i) Siblioth. universelle de Genève, t. xxx, p. Soj. — Annales de chimie, %. XXIII, p. 90.
(a) Journal de Magendie, t. 11. p. ôSg.
(3) Zeitschrift Juer Physiologie, t. v. p. 14.
(4) Archives générales de médecine, t. vu. x'- 3o6.
(5) Rees (G.O.). Présence ofurea in tlie blood (Lond.med. Gaz. t- xn« p. 676). — Mûller. Archiv. Juer Anatomie.X., i. p. io5.
(6) Brett and Bird. Présence of urea in tlie blood (Lond. med. Gaz. t. iir. p. 703).
(7) Nysten. De la présence des principaux matériaux de Vurinc dans la matière de certains vomissemens et dans F eau des hydropiques ( Journ. do cLiinic médicale, 2*^ série, t. m. p. 257).
(8) Marchand (R. F.). De Pcxistence de l'urée dans des parties de Forganisme animal autres que l'urine ( l'Expcrience, t. 11. p. 43).
ALTÉiiATioifs DE l'urine (acidité). 87
§ i4o. Après avoir constaté les propriétés physiques de l'urine , on plonge dans ce liquide un morceau de papier bleu de tournesol , qui rougit plus ou moins fortement lorsqu'elle est acide. Le papier bleu trempé dans l'urine, même alcaline , se décolorant toujours plus ou moins , dans les cas douteux d'acidité ou d'alcalinité , il faut examiner en même temps l'action de l'urine sur du papier rougi par un acide. (1)
Suivant M. Berzelius , Vactde lactique est le principal dis-' solvant du phosphate de chaux et du phosphate de magnésie, et c'est à cet acide que l'urine , dans l'état sain , doit la propriété de rougir le papier de tournesol.
On ne possède encore aujourd'hui aucunes données sur les variations de l'acide lactique dans les maladies.
Un morceau de papier bleu de tournesol , trempé dans une urine qui ne le rougit pas sur-le-champ , peut rougir en se séchant, à l'air, parl'efFet de la décomposition des sels ammoniacaux de l'urine ; on ne doit donc pas juger de l'acidité de ce liquide d'après cette dernière expérience*
§ 1 41. Pour déterminer le degré d'acidité de l'urine, on prend de l'ammoniaque très étendue, oii l'on connaît la proportion de l'alcali (qu'il est facile de déterminer en saturant ce dernier avec de l'acide hydrochlorique pur , et en pesant l'hydrochlorate d'ammoniaque qui reste après l'évaporation ). On mêle une certaine mesure d'urine avec de l'infusion de toui^nesol (dont on aura préalablement saturé tout l'excès d'alcali avec de l'acide acétique , de manière à ce que la teinture soit sur le point de passer au rouge, et y passe en effet par son mélange avec une liqueur très faiblement acide); puis en remuant toujours celle-ci , on y fera tomber de l'ammoniaque, goutte à goutte, d'une éprouvette graduée, jusqu'à ce que la liqueur commence à redevenir bleue. La quantité d'alcali que l'on a consommée sert à déterminer le degré d'acidité de l'urine. Le précipité quia eu lieu dans cette opération , fait que sur la fin on est obligé de laisser la liqueur s'éclaircir , entre les dernières additions de gouttes d'ammoniaque.
(i) Ces papiers doivent être préparés avec soin.
PROLÉGOaiÈNES.
Cette expérience exigeant beaucoup plus de temps quenepeut en consacrei- à cet examen un médecin d'hôpital , lorsqu'il doit la répéter pottr un grand nombre de malades, il peut se borner à plonger comparativement, dans les urines, des papiers de tournesol très sensibles, à l'aide desquels il juge de la rapidité et de la force avec lesquelles la réaction s'opère. Ainsi, pour indiquer approximativement l'acidité de l'urine, me suisje quelquefois borné à dire qu'une urine rougissait peu le papier de tournesol et qu'une autre le rougissait fortement ou très fortement. Seulement , dans celte étude comparative des urines sous le rapport de leur acidité, il faut se servir d'un papier préparé constamment de la même manière, une urine pouvant paraître plus ou moins acide suivant que le papier bleu est plus ou moins coloré , plus ou moins sensible.
§ 142. Il importe de noter avec soin le degré d'acidité de l'urine dans une foule de maladies : dans la gravelle d'acide uiique , afin de juger de la puissance de l'acide qui précipite l'acide urique , ou de la durée et de l'étendue de l'action des alcalis qui le neutralisent; dans les attaques de goutte, dont la solution, suivant quelques pathologistes, est indiquée par le retour de l'acidité de l'urine, etc.
Il ne suffit pas de noter qu'une urine est acide ou alcaline à une certaine époque de la journée , il faut s'assurer qu'elle présente l'un ou l'autre de ces caractères à différentes époques du jour. J'ai vu, quelques heures après l'usage de la magnésie, du bicarbonate de soude, ou de l'eau de Vichy, l'urine, devenue momentanément alcaline , i-eparaîlre plus ou moins acide dans la journée. Pendant l'administration de la magnésie ou du bicaibonate de soude, l'urine ne perd le plus souvent son acidité que pendant un certain nombre d'heures, à moins que ce remède ne soit administré par doses fractionnées, convenablement élevées et à des intervalles assez rapprochés.
§ 143. La plupart des chimistes (MM. Berzelius, Thenard, etc.) ont émis l'opinion que l'acide urique, dans l'urine saine, est à l'état libre. M. Prout a comballu celle opinion, et a prouvé que l'acide urique est i l'étal d'uralc d'ammoniaque. On nepeut supposer, dit-il, que l'acide urique soit à l'état libre :
ALTERATIONS DE l'ui^inr {aciclc uriqué). 89
1» car, d'après l'analyse de Berzelius, 1000 parties d'urine saine contiendraient en dissolution i partie d'acide urique , tandis que, d'après les essais du docteur Henry (i), une partie de cet acide exige au moins 1720 parties d'eau à 60 degrés Fahrenheit, pour se dissoudre. 2* L'addition de tous les acides , même de l'acide carbonique, dans l'urine, déplace l'acide urique, qui, devenu libre , se précipite sous forme solide à cause de son insolubilité dans l'eau, l'acide ajouté séparant l'acide urique de l'ammoniaque qui le tenait dissous, 3° On ne connaît pas un seul exemple dans lequel l'acide urique ait été sécrété normalement à l'état libre ; les oiseaux, les serpens le déposent toujours uni à l'ammoniaque; dans les dépôts goutteux, il est uni à la soude. 4° Les sédiraens pulvérulens de la plupart des urines acides sont formés principalement d'urate d'ammoniaque. 5° En faisant évaporer l'urine sous le récipient d'une machine pneumatique, on voitl'urate d'ammoniaque se précipiter pour l'ordinaire sous forme pulvérulente sur les parois du récipient; si l'acide urique existait dans l'urine à l'état libre, on le verrait se déposer sous forme de cristaux.
% 144. Dans l'urine saine, Y acide uriqxit est dans la proportion d'un millième. Cette proportion, variable suivant la nature et la quantité des boissons et des alimens, et suivant l'époque plus ou moins rapprochée à laquelle ils ont été pris, peut être diminuée ou augmentée par suite de certains états morbides, (a)
L'urine chaude , au moment de son émission , tient en dissolution plus d'acide urique qu'il ne peut s'en dissoudre dans une égale quantité d'eau bouillante. Ce fait et plusieurs autres, qui ont été indiqués § i43 , ou seront indiqués dans cet article, ont fait penser à M. Prout que l'acide urique j dans l'urine , était à l'état d'urate d'ammoniaque, sel beaucoup plus soluble que l'acide urique.
(1) D'après M. Prout, l'.ncide nriquo pur exige môme, pour se dissoudre, six fois plus d'eau que ne l'a avancé le docteur Henry, c'est-à-dire loooo fois au moins son propre poids.
(2) lleury (William). Diss. inailg. De uciUu urico cl inorbis a nirnid ej'us secretione ortis. Edinb. 180-.
90 PROLÉGOMÈlîES.
Suivant M. Berzelius, parle refroidissement, l'urine dépose une certaine quantité de mucus et d'acide urique, qui contient de faibles traces d'ammoniaque et de soude. Il pense que le mucus dans lequel l'acide urique est déposé , prend part à la formation du sel ammoniacal; tandis que M. Prout croit l'urate primitivement tout fonné.
-M. Berzelius dit que , si on fdti-e l'urine tandis qu'elle est encore chaude , et qu'on la débarrasse ainsi du mucus en très glande partie, le sédiment contient moins de traces d'ammoniaque , et conserve , après avoir été lavé et séché , l'aspect chatoyant de petites paillettes. J'ai examiné un grand nombre d'urines d'individus sains , filtrées, tandis qu'elles étaient encore chaudes}; et lorsqu'elles ont donné un sédiment, le plus souvent il était composé d'une poudre amorphe , qui, vue au microscope , se transformait en petits cristaux blancs transparens lorsqu'on la traitait par de l'acide nitrique étendu au i/8«.
^ 145. Pour démontrer la présence de l'acide urique combiné, dans l'urine, et en calculer la proportion, il suffit d'ajouter à cette liqueur une petite quantité d'acide muriatique concentré ou d'acide nitrique. Au bout de douze heures on décante la liqueur; et, quandl'urine contient de l'acide urique, on trouve sur la paroi interne du vase jusqu'à la hautexir oii s'élevait cette dernière, des grains ou un léger enduit blanc ou d'un jaune rose, ou même de petits cristaux d'un brun rougeâtre , visibles à l'œil nu ; à l'inspection microscopique , tout le dépôt paraît formé de cristaux prismatiques et rhoniboïdaux.
Si l'urine était albumineuse, et qu'on la ti aitât par l'ébullition, pour la débarrasser de l'albumine, on ne poun-ail jugei', que d'une manière approximative, de ia proportion de l'acidè urique par la quantité du précipité; une portion de cet acide pouvant se trouver dans le coagulum. Avant de coaguler l'albumine, il serait préférable do précipiter l'acide urique, en ajoutant à l'urine une quantité suffisante d'acide acétique.
Lorsqu'on précipite l'acide urique de ses dissolutions alcalines, il est nécessaire que l'acide employé comme précipitant soit ajouté en assez grand excès , afin d'empêcher qu'un urate
ALTÉRATIONS DE l'urine (acîde uAquc). 91
saturé, qui est presque aussi insoluble que l'acide urique lui-naême, ne soit précipité (Marcel).
Lorsque l'acide urique , précipité de l'urine ou se déposant spoutanéinent par le refroidissement, cristallise, les cristaux sont presque toujours en forme de prismes rhoraboïdaux, qui s'attachent aux parois du vase.
Lorsque l'acide urique est pi'écipité abondamment d'une solution, c'est le plus souvent sous la forme de prismes rhomboïdaux ; lorsque la cristallisation est plus lente , et quelquefois par suite d'autres conditions peu connues , elle se fait en petites tablettes quadi-ilalères.
L'acide urique, plus ou moins pur, et suivant M.Prout à l'état d'urate acide, constitue, avec le mucus, le sédiment qui s'opère par le refroidissement dans les urines acides non chargées de pus , de sang , etc. Le plus souvent ce sédiment a une teinte jaune ou rougeâtre qu'il doit à une matière colorante unie à l'acide urique , lequel est parfaitement blanc lorsqu'il est pur.
Il est rare d'observer des sédimens d'acide urique ou d'urates, blancs ou d'un blanc grisâtre; j'ai vu cependant plusieurs urines acides qui en fournissaient de semblables et dans lesquels on distinguait au microscope des cristaux d'acide urique ou des poudres amorphes, qui se transformaient en cristaux d'acide urique par l'addition de l'acide nitrique étendu. Ces dépôts contenaient, en outre, du phosphate de chaux qui en constituait la plus grande partie.
S r46. Suivant M. Donné (i), l'acide urique dans l'urine existerait toujours à l'état cristallisé et jamais à l'état de poudre amorphe. Celte opinion a été combattue par M. Quévenne{2), qui a résumé de nombreuses expériences qu'il a faites à ce sujet , dans les propositions suivantes :
1° Tous les sédimens gris, roses, ou briquetés, amorphes ou d'apparence amorphe , des urines acides, considérés par M. Proul et récemment par M. Donné comme constitués par de l'urate d'ammoniaque , étaient essentiellement composés
{t) ti' Expénenee , roL i. pag. «79.
(a) Il Expérience, voLi. pag. 417 et suit.
92 pkoliîgomknes.
d'acide urique uni à une matière animale; et quand je les ai examinés à l'état frais, immédiatement après l'émission de l'urine, ils ne m'ont donné d'indices de l'existence de l'ammoniaque que d'une manière tout-à-fait douteuse , tandis que la présence de l'acide urique était manifeste.
2° Je conçois cependant que ces dépôts puissent, dans certaines circonstances, contenir une proportion plus ou moins grande d'urate d'ammoniaque; mais cet état est assurément le moins ordinaire , et aucun de ceux qui ont formé le sujet de mes analyses n'était dans ce cas.
3° Mais si l'on examine le dépôt en question, quelque temps après l'émission de l'urine, on y trouve une proportion d'ammoniaque qui, dans certaines circonstances, se développe rapidement , surtout quand on n'a pas séparé le mucus.
4° J'ai souvent vu l'ammoniaque , en se développant dans les urines renfermant ces. dépôts, donner naissance, au bout de quelque temps, à des globules noirâtres, formés d'urate d'ammoniaque. Dans d'autres circonstances , j'ai vu ces mêmes globules apparaître quelques heures après le moment de l'émission , ce qui doit faire soupçonner que dans ce cas il y avait une plus grande qviantilé d'acide urique en combinaison avec les bases au moment de l'émission.
§ 147. Pour prouver que le dépôt des urines acides, regardé par M. Berzelius, M. Thenard et la plupart des chimistes comme de l'acide urique, est réellement de l'urate d'ammoniaque, comme M. Prout l'avait annoncé , M. Donné s'est étayé de deux faits d'une grande valeur. Le premier est que le dépôt se redissout dans l'urine par l'élévation de la température, tandis que l'acide urique cristallisé ne se redissout pas; le second est la tiansformation du dépôt amoiphe en beaux cristaux d'acide urique, déterminé par un acide faible. Suivant M. Quévenne , ces deux expériences, toutes concluantes qu'ellesparaissent,peuvent recevoir une autre explication. Si la poudre amorpheest de l'acide urique à l'état d'hydrate ou combiné à une matière animale , le fait de sa dissolution par l'élévation de la température est aussi facile à expliquer que s'il s'agissait d'un urate. D'un autre côté, que l'acide urique soit combiné à de l'amrao-
ALTÉRATroNS DÉ Liinrivr: [ticida uriquc). 93
niaqiie, à une matière animale ou à de l'eau , le fait de l'apparition des cristaux d'acide urique , par l'adrlitiou d'un acide faible, devient explicable dans toutes les hypothèses.
Quoi qu'il en soit , l'opinion de M. Prout , adoptée par M. Donné , me paraît, aujourd'hui , la plus probable. En elTet, si on prend un sédiment , reconnu par l'inspection microscopique comme uniquement composé d'acide urique cristallisé (ceux des individus atteints de gravelle urique sont le plus souvent dans ce cas), et qu'on le soumette à l'ébuUition avec l'urine quile contient, on reconnaît qu'il ne se redissout pas; seulement les cristaux examinés au microscope apparaissent nou s ou opaques, et ont perdu leur transparence j tandis que les dépôts amorphes, formés par les urates, se redissolvent par l'ébuUition, Toutefois, lorsqu'on la prolonge, il arrive souvent qu'on distingue sur les parois du tube, après l'ébuUition, de petits cristaux d'acide urique provenant très probablement de quelques portions de l'urate décomposées par l'action de la chaleur.
5 148. Toutes les fois que l'acide nitrique précipite ins'^intanément d'une urine l'acide urique, elle contient une quantité considérable de cet acide à l'élat de combinaison saline. Lorsqu'au contraire l'urine traitée par l'acide nitrique reste entièrement transparente , la proportion de l'acide urique est peu considérable ; ce n'est qu'au bout de plusieurs heures que l'on voit se former, sur les parois du tube , de petits cristaux prismatiques et rhomboïdaux d'acide urique , dont le nombre et la dimension augmentent peu-à-peu , mais si lentement qu'il faut quelquefois 24 et 4^ heures pour que l'acide urique soit entièrement précipité.
Suivant le docteur Duvernoy(i), si, dans une urine, la quantité d'acide urique est proportionnellement moindre que celle de la matière colorante, cet acide se dépose lentement et prend la forme de cristaux : tandis que , si l'acide urique est en excès eu égard à la matière colorante, il se précipite plus rapidement et sous forme pulvérulente. J'ai déjà dit que les sédimens uri-
(i) Duvernoy (G.). Chemisch-medicinische Uiitersuchtingen iibsr mensc/tUchen Urin. Sluttgiirt. 8". i835.
ques , pulvérulens , étaient le plus souvent constitués par de l'urate d'ammoniaque. Quant aux rapports qu'il peut y avoir entre la présence de l'acide urique cristallisé dans l'urine et sa matière colorante , je dois dire que j'ai réellement observé des cristaux uriques dans des urines peu colorées, dans des cas de gravelle, dans la néphrite albuinineuse , dans le diabète, dans l'urine chyleuse ; et que, d'un autre côté, les dépôts d'ui'ines très foncées , dans les cas de cyrrhose , par exemple, sont le plus souvent amorphes. Dans le rhumatisme articulaire aigu, maladie dans laquelle l'urine est fortement colorée, j'ai observé à-la-fois des cristaux d'acide urique , et des urates en poudre amorphe.
§ 149. Lorsque la quantité de l'acide urique, pur ou combiné, est augmentée d'une manière morbide , l'urine se trouble presque au moment oîi eUe est rendue , et l'acide urique se dépose sous la forme de petits grains cristallisés, ou présente celle d'xm sédiment pulvérulent jaune ou briqueté , semblable au sédiment ordinaire de l'urine, et principalement composé d'urate d'ammoniaque. On observe quelquefois des dépôts d'acide urique sans que la quantité en soit notablement augmentée; pour cela, il suffit de la présence^ dans l'urine, de quelque autre acide qui précipite l'acide urique sous forme de cristaux rhomboïdaux (Voy. Gravelle uriqtie)- Ainsi M. Prout pense que la précipitation de l'acide urique peut être effectuée naturellement par la présence de l'acide phosphorique en excès, ou par celle des acides sulfurique, nitrique ou carbonique, lesquels, suivant lui, se rencontrent quelquefois, à l'état libre, dans l'urine.
§ 1 5o. h' excès de l'acide m ique dans l'urine se lie à plusieurs conditions morbides, spécialement à la diathèse goutteuse, à la diathèse urique ( gravelle urique) , aux néphrites rhumatismales ou arthritiques , au rhumatisme articulaire aigu. Dans la goutte , même durant l'intervalle des accès , le dépôt de l'urine est souvent composé d'acide urique cristallisé ; circonstance qui explique la fréquence de la gravelle urique , chez les goutteux.
Sur 33o calculs, provenant de la collection de Norwich, 81 , suivant M. Yelloly, étaient composés d'acide urique.
Dans la péritonite, dans la pneumonie, dans la scai'latine, ét
ALTiéRATiONS DE t'uRiNE {acîde urîquè). 95
dans plusieurs autres maladies inflammatoires aiguës , j'ai vu l'urine donner par l'acide nitrique un précipité abondant composé d'acide urique, et d'urate d'ammoniaque soluble par la chaleur et par un excès d'acide. Cette prompte pi écipilation par l'acide nitrique, de l'acide urique pur ou combiné, ne s'observe jamais dans toute la durée d'un rhumatisme aigu ; dans la plupart des cas, elle n'a lieu qu'au début ou au summum de la fièvre rhumatismale.
J'ai vu la sécrétion de l'acide urique diminuer après les saignées abondantes que je suis dans l'habitude de pratiquer dans cette maladie.
Lorsqu'on traite par l'acide nitrique et par la chaleur de semblables urines, elles prennent souvent une teinte rose ou piirpurique, qu'elles conservent après le refroidissement} on remarque alors des grains cristallisés d'acide urique au fond et sur les parois du tube.
§ i5t. J'ai déjà dit que Frommherz etGugert(i) ont observé, dans une maladie qu'ils désignent sous le nom de fièvre lente nerveuse, un sédiment abondant et jaune-orange d'acide urique j l'urine contenait peu d'urée et beaucoup de phosphate de magnésie.
J'ai constaté un grand nombre de fois que l'urine était acide dans la fièvre typhoïde , et qu'elle donnait quelquefois un dépôt d'acide urique , le plus souvent d'urate d'ammoniaque , mélangé ou non d'acide urique et de phosphate de chaux j ce n'est pas sans étonnement que j'ai entendu plusieurs médecins assurer qu'elle était ordinairement alcaline dans cette maladie.
§ i52. Non - seulement plusieurs maladies augmentent la quantité de l'acide urique ou de l'urate d'ammoniaque dans l'urine, mais il paraît que certains médicamens ont la propriété de rendre la proportion de cet acide encore plus considérable. M. Chelius (2) rapporte que , chez un malade at-
(1) Frommherz und Gugert. Chemische Vntersuchungen 'verschiedener Theile des menschlichen Koerpers und einiger pathofogischen produict. [In Sch-weiger's. Journal, t. t. p. 447)-
(2) Journal de chimie médicale, t. iv. p. 440-
teint d'un goulloraeut arthrilique de plusieurs articulations, surtout du genou, la quantité d'acide uriquc, libre ou combiné avec l'ammoniaque, était de 69 millièmes, et qu'après l'usage du vin médicinal de semences de colchique d'automne, elle était, le huitième jour, de 91 millièmes, et le douzième, de 112 millièmes; et qu'ayaut répété cette expérience sur l'urine de plusieurs goutteux qui se trouvaient dans les mêmes conditions, il a obtenu les mômes résultats. J'ai souvent employé la teinture de colchique dans le rhumatisme articulaire aigu, mais presque toujours concurremment avec les émissions sanguines; et, sous l'influence de cette double médication, dans le plus grand nombre des cas, lorsqu'elle a été prolongée pendant plusieurs jours, l'état fébrile et l'acidité de l'urine ont plutôt diminué qu'augmenté. Je n'ai pas fait d'expériences assez suivies dans la goutte non fébrile , pour savoir si réellement, dans cette maladie, la sécrétion morbide de l'acide urique est augmentée par le colchique , ainsi que cela a eu lieu dans les cas observés par M. Chelius.
§ 1 55. La diminulion de l'acide urique a été constatée dans un assez grand nombre de maladies. L'urine des femmes hystériques en contient à peine ; il en existe peu dans l'urine du premier stade des fièvres intermittentes. MM. Frommherz et Gugert assurent que l'urine d'un individu atteint d'un cancer au pylore ne contenait pas d'acide urique, quoique l'urée y fût abondante. M. Barruel pense que, dans l'urine des diabétiques , il n'y a pas d'acide urique (i). J'ai constaté cependant qu'elle en renfermait dans plusieurs cas une quantité assez notable : au microscope on distinguait un certain nombre de cristaux prismatiques, jaunâtres, d'acide urique (2); celte urine rougissait sous l'influence de l'acide nitrique.
On pense généralement que la production de l'acide urique est augmentée par un régime animal. Tout en reconnaissant cette influence, il faut accorder que la production de cet acide peut être lout-à-fait indépendante de l'usage des matières animales,comme
(1) Journal de chimie médicale, t, v. p. l5.
(2) VExiiàiiencc, vol. l. p. 640.
ALTÉRATIONS DE l'uRINE {umtcs). 97
aliment. J. Davy (1) a remarqué que le crapaud et le lézard vivent tous deux de mouches, et cependant l'urine du premier contient beaucoup d'urée, tandis qu'il n'y a que l'acide urique dans celle du second, et que cet acide constitue presque à lui seul l'urine des perroquets, qui se nourrissent de substances végétales , comme aussi celle des serpens, qui sont carnivores.
§ 1 54. Dans l'urine , l'acide urique est le plus souvent combiné à l'ammoniaque, quelquefois à la soude ou à la potasse, ou à la chaux; on le rencontre, à l'état libre et cristallisé, dans plusieurs maladies , notamment dans la goutte et dans la gra- Velle urique.
§ i55. li'uraie d'ammoniaque est un sel peu soluble qui se forme , suivant M. Berzelius, à la surface de l'ui'ine abandonnée à elle-même et dans un état assez avancé de décomposition. Suivant M. Prout, au contraire (§ i43), dont l'opinion me paraît devoir être adoptée, l'urate d'ammoniaque existe tout formé dans l'urine; c'est le principal élément des sédimenspulvérulens des urines acides , et en particulier de l'urine saine.
On reconnaît que l'urate d'ammoniaque fait partie d'un sédiment, ou le constitue, d'abord en ce qu'il a pparaît au microscope, sous la forme pulvérulente , sous celle de globules noirâtres, surmontés ou non d'aiguilles. La forme pulvérulente est celle qu'on observe peu de temps après l'émission de l'urine ; puis les globules se forment , puis enfin les aiguilles dans les urines devenues alcalines. Les urates, traités par l'acide nitrique étendu, donnent un précipité d'acide urique, cristallisé en prismes rhoraboïdaux, facilement reconnaissables au microscope. Si on recueille le sédiment piilvérulent sur un filtre , cl qu'on le lave à l'alcool rectifié , le résidu traité à froid par la potnsse dégage de l'ammoniaque, appréciable à l'odorat, au papier réactif, et par les vapeurs qu'elle forme avec l'acide hydrochlorique.
Dans les éludes cliniques, on distingue la poudre amorphe formée d'urale d'ammoniaq\ic de la poudre amorphe due à du
(i) Annales de chimie, t. xviii. p. 107. — Meckcl, Deutsehes Archiv. , t. VI r t. p. 336.
gS PROLÉGOMÈIfES.
phosphate de chai).x , en ce que celte dprnière se dissout complètement dans l'acide nitrique étendu au 8°, tandis que l'u rate d'ammoniaque donne un précipité d'acide uriqvie cristaUisé.
L'urate d'ammoniaque peuj être uni à des matières colorantes jaunes ou roses.
Dans le rhumatisme articulaire aigu et plusieurs autres ma^ ladies inflammatoires , l'urine, par le refroidissement, devient trouble, jumenteuse , par suite d'wn excès d'urate d'ammoniaque , qui coexiste quelquefois avec unp certaine quantité à'aU hjiinine. Lorsqu'on soumet ces urines à l'action de la chaleur, elles deviennent d'abord transparentes , l'urate d'ammoqiaque se dissolvant daps la liqueur; pui^ elle? 8e t^roublent de nouyeau, par l'ébullition, Lorsqu'elles contiennent en même temps de l'albumine.
Lorsqu'une uripp acide , transparente au moment de l'é^ mission, est devenue trouble , jumenteuse par le refroidisse^^ ment, si elle contient à-la-fois de l'albumine et de l'urate d'ammoniaque , elle reprendra momeptgnément sa Irapspa-^ rence, si on y ajoute àp l'acide acétjqup , qui dissout l'urate d'ammoniaque , sans précipiter l'albumine. Jj'acide nitrique , au contraire, ne lui rend point sa îransparence; par i\ précipite l'albumine. Toutefois ces urinep chargées d'urate d'amrapnia-:: que s'éclaircissent sensiblement par une addition d'acide lorsqu'elles contiennent très peu d'albumine et beaucoup d'urate d'apimoniaque ; et la proportioii dp ces deux principes peut, jusqu'à un certain point, être appréciée par la l'éaction de l'acide nitrique.
Lorsqu'on verse, dans de telles urines, au moment de l'émission, une petite quantité d'acide nitrique, elles se Jroublent. Sj elles pontiennent un expès d'ufate d'animoniaque sans albuijiine, ce précipité se redissoiit dan? l'acide nilriqiie en expès, ou donne lieu ensuite à une précipitation d'acide urique. Si elles contiennent en même temps de l'albumine , le précipité formé par les pi'emières gouttes d'acifie jjilrique est plus épajs, et si, par un excès d'acide nitrique l'urate d'ammoniaque se redissoul, il se précipite de petits grumeaux d'albuijiine coagulée , reconnaissablcs à l'œil nu et au microscope.
ALTÉRATIONS DE l'urine (urates). 99
Dans les calculs urinaires, l'urate d'ammoniaque se renconr tre le plus souvent mêlé à l'acide urique. Sur 33o calculs de la collection de Norwicli > 20 seulement étaient formés d'urate d'ammoniaque , et 37 étaient composés d'acide urique et d'urate d'ammoniaque.
5. i56. h'urate de squdea été trouvé par M. Proutdans des sédiraens jaunes ou rouges d'urines acides. Ce sel fait quelquefois partie des calculs urinaires d'après M. Lindbergson (1).
JM. Welzlai" (2) a émis l'opinion que l'acide urique existait à l'état d'urate de soude et non à l'état d'urate d'ammoniaque comme le pense M. Prout , et comme cela paraît démontré. Au reste, plusieurs fois M. Guibourt a examiné les dépôts amorphes de l'urine saine , après les avoir recueillis sur un filtre , et les avoir lavés à plusieurs reprises par de Talcool rectifié pour leuF enlever toute l'urine qui les mouillait. Presque toujours ils ont dégagé de l'ammoniaque par la potf^sse caustique ; quelquefois même ces dépôts , délayés dans de l'eau distillée , dégagent de l'ammoniaque par l'éj^ullition , et la liqueur refroidie précipite de l'apide urique. La solution à froid dans l'eau suâ^t même pour décomposer l'urate d'ammoniaque des dépôts ; il se forme alors un urate plus ammoniacal, qui reste en solution, et de l'acide urique qui cristallise dans l'espace d'un à deux jours. Il est vrai que plusieurs fois a]issi M. jKuibourt a retiré de la soude de ces dépôts , par la c^lcination 5 mais ils contiennent bien plus d'ammoniaque que de spude, et il les considère coraipe formés d'un urate d'aipmppi^que avec des quantités minimes d'urate de soude.
If'urate de chaux fait aussi quelquefois partie des sédimens.
Uifrate de potasse existe quelquefois pussi accidentellement dans l'urine ; on l'a reijppntré dans des calculs urinaires.
On rpconpaît, dans le^ sédiment, la présence de ces urates à la précipitation , par l'acide qjtriqi^e étende , de l'acide urique, qui , au microscope , apparaît qvpç «a forniç cai-açtéristique.
(1) Annales de chimie et de physique, t. xiv. p. 19a.
(2) Wctzlar (Gust.). Bcitràge zur Kemtniss des meoschlicheu l^araes und der EnUfehmg der ffarnsteine > ejc., \u-}2, fSai.
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PnOLÉGOM^NIiS.
Puis, après avoir traité par l'alcool une autre partie du dépôt, et l'avoir séchce, ou la calcine dans une capsule de platine j si le résidu traité par l'eau la rend alcaline, l'urate avait évidemment pour base un alcali fixe ; et si, après avoir été concentrée, la liqueur traitée par le chlorure de platine se trouble , ce sera de la potasse; dans le cas contraire, ce sera de la soude ou de la chaux ; celle dernière se décèlerait par sa réaction avec l'acide oxalique.
§ 157. L'acide sulpiirique n'existe dans l'urine saine que combiné à la potasse ou à la soude, et jamais à l'état de liberté; d'un autre côlé , son existence, ainsi isolé, dans des cas de maladie, ne peut être qu'excessivement rare. M. Proul rapporte cependant une observation oii l'acide sulfurique , libre et isolé dans une urine, en avait précipité l'acide urique. La personne chez laquelle il remarqua ce phénomène extraordinaire, avait de l'embonpoint et était sujette à des éructations qui, suivant lui , contenaient probablement de l'hydrogène sulfuré.
La présence de l'acide sulfurique , libre ou combiné , dans l'urine, peut être démontrée par l'addition du nitrate de baryte, qui produit uu précipité insoluble dans l'acide nitrique.
§ i58. 'L'acide chlorhydrique, combiné avec la soude et la potasse , se trouve dans le sang et dans l'urine. M. Prout pense que Yexcès de cet acide à l'état de liberté est la plus fréquente de toutes les causes qui précipitent l'acide urique dans la gravelle. Il croit en outre que cet excès d'acide chlorhydrique, dans l'urine, peut coïncider avec l'excès de cet acide dans les voies digestives.
D'un autre côté, ce savant chimiste a constaté que la quantité des chlorures dans l'urine des agonisans était excessivement diminuée , et que celte diminution allait quelquefois jusqu'au défaut absolu; et quoique cette circonstance puisse être jusqu'à \jn certain point expliquée par la petite quantité de chlorure de sodium prise par les malades, elle lui a paru dépendre, en très grande partie, de l'inactivité des fonctions gastriques.
On reconnaît l'acide chlorhydrique ou les chlorures dans l'urine au précipité blanc et grumeleux, insoluble dans l'acide nitrique, qui se forme , lorsqu'on ajoute à l'urine du nitrate
ALTÉRATIONS DE l'urine. {phospkates). lOi
d'argent, après que les acides pliospliorique et sulfurique ont été enlevés par le nitrate de baryte ou de plomb.
§ 159. Chlorure de sodium. En étudiant au microscope l'urine évaporée, il n'est pas rare de rencontrer des cristaux octaédriques de chlorure de sodium. Ces cristaux, qui,avecles réactifs, se comportent comme le sel marin, doivent être distingués des petits cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien neutre (Berzelius), qu'on remarque quelquefois dans les crémors et dans les dépôts des urines alcalines ou qui passent à l'alcalinité. Ces cristaux sont très réguliers ; il y en a de toutes les dimensions, depuis ce que l'œil peut apercevoir de plus petit au microscope , jusqu'à un et même deux centièmes de millimètre de diamètre. Les premiers sont plus nombreux que les derniers. .
§ 160. U acide phospitorique n'existe dans le sang qu'en très petite quantité à l'état de phosphate. Dans l'ui'ine saine , il paraît exister principalement en combinaison avec la potasse , la soude et l'ammoniaque, et en partie aussi avec la chaux et la magnésie. Lorsque les bases terreuses , chaux et magnésie, sont sécrétées en plus grande abondance qu'à l'ordinaire, elles forment avec l'acide phosphorique des phosphates insolubles , et donnent lieu à une variété de gravelle ou de calcul.
On reconnaît dans l'urine la présence de l'acide phosphorique libre ou combiné, en ce qu'il forme, avec le nitrate de baryte, un précipité soluble dans l'acide nitrique, d'oii il peut être précipité par l'ammoniaque.
M. Scudamore (i) a procédé de la manière suivante pour rechercher la proportion de l'acide phosphorique dans l'urine des goutteux. L'urine, étendue d'eau distillée, est traitée par le nitrate de plomb. Le précipité estrecueilli sur le filtre, soigneusement séché ; puis bouilli dans l'eau distillée , afin d'ôler le chlorure de plomb. Le résidu est alors calciné de manière à détruire les matières animales. On le fait ensuite bouillir dans de l'acide nitrique étendu j la liqueur reposée est sé-
(i) Scudamore . Traité sur la nature et le traitement de la goutte et ilu rhumatismes Paris, traJ. ftauc., i8ao.
I02 PROLÉGOMÈI^ES.
parée du sulfate de plomb j puis on ajouté à celte liqueur de l'ammoniaque en excès , et le phoâphate de plomb précipité est recueilli sur le filtre , séché et pesé;
Malgré toutes les précautions prises par M. Sciidamoré, il serait possible > vu la grande tendance du chlorure de plomb à s'unir aii phosphate de plomb , que le précipité obtenu contînt une petite quantité de ce chlorure , et que les évaluations, faites par cet habile observateur, de la proportion de l'àbidë phosphorique dans les urines j fussent un peu trop élevéeis ; mais ses expériences comparatives n'en sont pas moins très intéressantes.
Le procédé suivant offre peut-être moins de chances d'ei:reur. On précipite d'abord l'acide urique par l'âcide nitrique ; puis , après avoir filtré , on précipite les phosphates par l'ammoniaque en excès. Le précipité ^ composé de phosphate de chaux et de phosphate àramoniaco-magnésieh , est lavé avec soin ; puis on le fait bouillir avec une solution de carbonate de potasse. Les deux sels sont décomposés et transformés d'une part, en carbonates de chaux et de magnésie, de l'aUtre, en phosphate de potasse j mêlé à l'excès de carbonate de potasse. La liqueur filtrée est précipitée par le nitrate dé plomb. Le précipité formé de phosphate et de carbonate de plomb , lavé, est redissous par l'acide nitrique et précipité par l'ammoniaque. Le précipité est alors formé de phosphate de plohib pm%
§ i6i. L'étude de la proportion des phosphates de chaux et du phosphate de magnésie dans l'urine , et la recherche du phosphate amraoniaco-magnésien lorsqu'il s'en est formé, sont d'une utilité pratique incontestable, dans un certain nombre de cas (Voy. Gravelle phosphatiqtié).
Le phosphate de chaux entre dans la composition de l'urine saine, oii il est tenu en solution par l'acide libre de l'urine; car, par lui-même, il est insoluble dans l'eau. Lorsque l'urine, par une cause quelconque; est alcaline, ce phosphattese pi-écipite; et suivant la quantité du précipité, on peut juger approximativement de la proportion de phosphate de chaux. Le précipité a les caractères suiv«ns : vu au microscope, il appa-
AiiTiÉR^TioNS DE l'uRiNè (phosphates). io3
t-aît cohinle une poiidre amorphe ; traité par l'acide chlorhydrique étendu d'untiei-s d'eau, il se dissout complètement , sans laisser précipiter de cristaux d'acide urique , et il se précipite dè faotivèau sous forhie de poudi-e amorphe par l'addition de l'ammoniaque.
On a dit aussi qu'on pouvait reconnaître approximativement la proportion relative du phosphate de chaux dans une ul-ine àcidë , en la traitant par l'acide oxalique ou par l'oxalate d'ammoniaque, qui donné lieu àun précipité d'oxalate dé chaux pliis ou moins abondant; raalâ il y a uùé chance d'errëuf , l'acide oxaliqué dbntiant un précipité lorsqu'il existe de Vuràte de chaiix.
§ 162. Phosphate aMVnoiiiàco - magnésien. Le phosphaté d'aramoiiià^tlé èt lé phtisphatè dë Ifiàghésie së trbuVent, dans l'iirine saitie^ en dissolution, à l'état de sèlà àvëc excès d'acidë et sont très solubles. Si , pài" une cause quelconque, la magnésie ou l'amhioniâque se trouvé én Jjlué gl'ande proportion dans l'urine, il së formé deâ selâ dits iieutres ou aVec ëxcès de basé , iséls insolubles oii a pëinë Solùblës, qiti àê précipitent sous forme de cristaux.
* Dés deux sels que l'aéidè phosphoi'î qitë pèut fofhier en ^'unissant à l'ammoUiaqué ët là magnésie, le phosphate aminotiiafco-màgnésien neutre dé M. Berzéliù^ ést lë séùl quê nbità ayons trouvé dans les urines alcalines ati raomënt de l'émission : il n'est pas rare , au contraire , dë rencontrer le phosphate ammoniaco-nlâgnésien bibasiqUè dans les ilrinës très alcalines ou putréfiées.
Lorsqu'on soupçoniie la présence du phoàphàtë àiiirtioillatt'ô'magnésien neutre (BérzëliUs), dans l'urine, il faut ëxartlihër ce liquide à différentes heures d'un mênie joui*, ël toujours au moment de l'émission, car l'urine peut, à certaines heures, être entièrement dépourvue dé cë phosphate. L'ûi^inë qui eh contient en qiiantité cônsidérâble, eët trouble él peu colôréë. îl est presque inutile d'ajouter que la héëessité d'examifaer l'uriné au moment de l'émission est fondée sur cette considération, qu'il ne faut pas ëonfondre, sous le rapport de là gravité pathologique, deux urines , dont l'une offre des cristaux qui
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PllOLÉGOMÈNES
élaient évidemment fozmés lorsqu'elle était encore dans la vessie; tandis que, dans l'autre, la formation des cristaux a été postérieure à son émission. On sait, en effet, que ce même phosphate ammoniaco- magnésien finit par se produire dans l'urine d'un homme sain, abandonnée à elle-même, par suite de la décomposition de l'urée et du développement du carbonate d'ammoniaque.
Le phosphate ammoniaco-magnésien se formant par suite du développement de l'ammoniaque, ce sel se produit lentement dans les urines très acides, promptement dans les urines neutres au moment de l'émission , et surtout dans celles qui contiennent du pus, du mucus, du sperme ou d'autres matières animales qui se décomposent rapidement.
Il est bon d'observer toutefois que, dans les urines acides ou neutres qui n'offrent point de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien au moment de l'émission, la production ultérieure de ce sel, sous le rapport de la quantité des cristaux , de la lenteur ou de la rapidité de leur formation , est fort inégale , suivant les quantités proportionnelles de phosphate d'ammoniaque et de phosphate de magnésie contenues dans ces urines.
Le phosphate ammoniaco-magnésien neutre (Berzelius), pri* dansl'urine, dans les sédimens ou dans les crémors, apparaît, au microscope, sous la forme de cristaux parfaitement réguliers , et qui peuvent être ramenés au prisme rectangulaire droit. Ils offrent un grand nombre de variétés qui peuvent être rapportées à trois formes principales : dans les uns , les arêtes des bases sont remplacées par des facettes; pour d'autres, les arêtes des parois et deux arêtes des bases sont remplacées par des facettes ; enfin, une troisième série comprend les cristaux dont les arêtes des bases et des parois sont remplacées par des facettes. A ces trois formes , on peut rapporter un grand nombre de variétés résultant : i" de la différence dans les dimensions ; la longueur l'emportant sur la largeur ou celle-ci sur la première ; 2° de la présence d'une arête entre les faces de nouvelle formation , ou d'une facette , l'une ou l'autre pouvant être plus longue que large; 3° de l'état net ou régulièrement tronqué des arêtes qui remplacent les facettes des angles; 4° de la forme
ALTÉRATIONS DE l'uRINE. [pllOSpIiates). lo5
anguleuse des bases ou de la section des extrémités, etc.; disposilicoi"^ qui peuvent exister isolées ou réunies sur le même cristal. Indépendamment des variétés de forme , ces cristaux peuvent offrir beaucoup de différences dans leui s dimensions ; ' l'aspect qu'ils présentent tient aussi quelquefois à la manière dont ils sont éclairés; quelques-uns sont brisés, tronqués, irréguliers (Voyez les planches).
Ces cristaux sont ordinairement mêlés à une poussière grise, amorphe, de phosphate de chaux, plus rarement à de l'urate d'ammoniaque (si on excepte les[[urines acides au moment de l'émission et devenues alcalines par décomposition ; cas dans lequel le mélange du phosphate ammoniaco-raagnésien et de l'urate d'ammoniaque en poudre amorphe , en cristallisation globuleuse ou aiguillée , est presque constant). Souvent le dépôt des urines alcalines , offrant des cristaux de phosphate ammoniaco-inagnésien neutre au moment de l'émission, contient en outre des globules rauqueux ou purulens.
Ces cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien peuvent être formés artificiellement si on ajoute goutte à goutte à une urine acide une très petite quantité d'ammoniaque, de manière à la rendre neutre ou alcaline (Voyez lièphriie. Diaihèse p/tosphatique.)
§ i63. Phosphate ammoniaco-magnésien Mbasiquc. Ce sel, très peu soluble, se forme dans la décomposition très avancée de l'urine, oii il apparaît , lorsqu'on examine au microscope le crémor ou le dépôt , en cristaux aiguillés qui se groupent sous des angles de 60 degrés , de manière à figurer les nervures d'une feuille pinnée ou bipinnée. Il se montre aussi sous la forme à laquelle on a donné le nom générique de feuilles de fougère. Quant à la disposition de ces feuilles , celles qu'on trouve les plus nettes sont ordinairement unies deux à deux par leurs bases, de manière à figurer les décorations que l'on appelle crachats (1). On peut produire artificiellement ce sel
(i) ConsuUez tur le mode de cristallisation des phosphates ammoniacomagncsicns neutre et biha»ique, les expériences rclutccs dans les deux mémoires d'un de mes élèves, M. Yigla {l'Expér. t. i. p. igS. — p. 407).
1 o6 PROLÉGOMÊÏTES.
ea ajoutant lout-à-coup à une Urine acide une quantité considérable d'àmiTidiliaqué. Je ne l'ai jamais rencontré dans l'urine al(ialine au moment dë rémission ou peu de temps après. La formation dé ses cristaux j dans l'uHne, paraît être favorisée par la présence d'un excès d'urée et pai* un passage très prôinpt de l'urine à l'état alcalin.
Les urines avec excès de phosphâtes, spécialement dé phosjjhàteë de châux et dé magnésie, ofifrent en même temps un défaut proportionnel d'acide urique ou d'urate d'ammooiàqué ; mais toutes ces urines n'ont pas la même composition chiinique ; quélquefois il y a diminution ou absence de plusieurs séls de l'urine ; d'autres fois il y a en outre dihiinutionj ou même al)sénce de l'urée selon quelques observateurs.
Ces urineS) avec excès de phosphates , sont souvent troubles au raomeut de leUr émission j neutres oti alcalinesj et déposeût Un sédiment qui est généralement blanc j d'apparence terreuse OU crayeuse, et Cristallin s'il est uniquement formé de phosphate ûmmoniaco-magnésien. Le plus ordinairement, il apparaît au microscope comalë un mélange de cristaux dérivés du prisraè rectangulaire droit (phosphâte ammoniacoi-magnésien neutre , Bërzelius) , et d'uné poudre amorphe (phosphate de chaux)i
L'excès de phosphates a été observé dans plusieurs conditions rtiorbideà dilféi éûleis ! datiâ le rachitisme, ou lorsque les os se ramollissent , dans la carié et surtout dans quelques espèces dé gravelle. (i)
$ 164. La iotide^ la. potUSsU él V athfHdniaqUe exislent dans le isàng et l'uririé saine > à l'état de chlorhydrates, de sulfates èt de lactates. On i'eConhaît l^ammoniaque à son odèur particulière, lorsqu'elle a été mise étt liberté par un alcali fixe ; on s'assure de la piTseiiCfe dés àéls de potassé , âprès l'élh minatioti des matières brgaiiiquesj par lé précipité insolubife qu'ils produisent avec le chlorilre dé platine; on reconnaît la soude à la configuration de ses combinaisons salines, vues au
(r) Fourcroy. mémoire sur la Hature des altérations qU'éproiipent tqiiilques humeurs animales, par l'effet des maladies et par faction dés rermèdes (tS.éûi. de la sociûté royale do inéd., iu-4> Paris, 1782-1783. l. v. p. 495)-
ALTÉRATIONS I)E l'uIUNE (ttr. «/cfl/wc). IO7
iliicrbscope. Je ne connais paS dè inèilàdië des Vôiës iirinàires dans laquelle on ait constaté l'abseiice de ces sels.
Ces alcalis peuvent âussi sé trouver dâiis l'urinè -, à l'état de carbonates, mais seulement par suite d'une médication alcaline ou d'une altératioti morbide ou chimique de l'ùrine. C'est ainsi que leS dépôts de phosphates terreux dans l'urinè sont presque toujours accOinpagnés , sinon immédiatemèfat prodiiits , par Un excès de carbonate d'ainmoniaque. Quelquefois cependant le carbonate d'ammoniàqtië èxiste dans l'urine en grande abondance; lorsque le& pho&phatés iie sont Tpàs en excès, et sont mêine moins abôiidaus qu*à l'ordinaire. La source la plus fréqUèhté dé là préisénce du càtboiiàtë d'ammoniaque eât la décompbsitiori de l'uréé;
§ i65. L'excès des alcalis, soit qii'il réstilte de léiir administration comme médicament ét dë leur passage dans le sang et dans l'urine, soit qu'il résulte d'un actë sécrétoirë des i-eins ou dë la décomposition de l'tirée , bu du passage du sérum du âang j rend l'uriné neutre ou alcalihè, suivant quë la quaiitité de l'alcali ëstplus ou mbiils au-dëssus de l'état tiorrhal;
En général, les urines alcâlines sont pâles et décolorées, et troubles au moment dë leilr érriission, lorsque la proportion deà phosphates est considérable; Il petit arriver cepëhdaiit <JUé l'urine soit alcalinë quoique foncée ën couleur. Ce cas est très rare; tel était celui d'un homme âgé, atteint d'un rétrécisse-» ment de l'ùrèthre, et dont l'urine, rendue, en ma présence, dans Un Vàse lavé et bieû nettoyé immédiatetnent avant qUé le màlade is'en servit^ était d*un rouge foncé, parfaitement transparenté , et ramenait fortement aù bleu le papier de tournesol rougi par un acide.
On reconnaît qu'une urifae est alcaline à ce qu'elle ramène aU bleuie papier dë toUlrnësol rougi par Un acide. Enfaisâùt cétté expérience, il ne faut pas laisser plonger le papier dans l'uriné trop long-teiîlps, car il pourrait se décolorer par le lavage ; l'immersion doit êtré seulement assez prolongée pour que la réaction ait lieui Le papier rouge doit êtfe convenablënlent préparé poUr être très sensible : l'acalitiilé d'ilii cérlaiù nombre d'urittes étant peu marquée.
lo8 PROLÉGOMÈNES.
§ 1 66. Non-seulement toutes les urines alcalines p'ont point la même composition ; mais l'alcalinité de l'urine n'a pas la même signification, suivant que l'urine a été sécrétée alcaline , suivant qu'elle l'est devenue dans la vessie , ou par son mélange avec du sang ou du sérum ; suivant, enfin, qu'elle a présenté ce caractèrejplus ou moins rapidement après avoir été abandonnée à elle-même et exposée à l'air libre.
En traitant des altérations spéciales de la sécrétion urinaire, je rapporterai plusieurs faits qui prouvent que, dans certaines conditions encore peu connues, et notamment dans des états cachectiques de la constitution, l'urine est sécrétée alcaline. Cette espèce d'urine , entre autres caractères , se dislingue de celle qui l'est devenue accidentellement par suite de sa décomposition spontanée , en ce qu'elle n'a point l'odeur de putréfaclion.
§ 167. Parmi les urines alcalines, plusieurs ont des caractères particuliers.
1° Ainsi, j'ai vu, dans une espèce de cystite chronique, avec affection des reins, altération de l'intestin et tubercules pulmonaires, l'urine, alcaline et trouble au moment de son émission, se troubler davantage par l'acide nitrique (ce qui est le contraire des urines alcalines les plus ordinaires). Celte particularité tenait à ce que cette urine contenait une certaine quantité d'albumine. Les phosphates étaient redissous par l'acide nitrique; mais un nouveau trouble résultait de la précipitation de l'albumine. Soumise à l'action de la chaleur seule, sans addition d'acide nitrique , celle urine se li oublait également,- par l'eau de chaux elle donnait un piécipilé très abondant, mais on n'en pouvait rien conclure pour la quantité des phosphates, parce que l'albumine n'en avait pas d'abord été séparée. Dans ce cas, l'urine était expulsée très fréquemment de la vessie sans qu'il existât d'autres phénomènes d'inflammation de cet organe.
2° Un jeune artiste que je soignais pour une gravelle phosphatique, et dont l'urine, trouble et alcaline au moment de l'émission , laissait déposer presque immédiatement un sédiment bl^nc, formé en très grande partie de phosphate de chaux amorphe et de cristaux de phosphate aramouiaco-magué-
ALTÉRATIONS DR l'urine. (itr. alcaliné). log
sien, s'était mis à l'usage d'un régime très animalisé. Traitée par une petite quantité d'acide nitrique, son urine s'éclaircissait , puis se troublait de nouveau ; ce qui prouvait incontestahlement que , si son défaut de transparence tenait encore à la précipitation des phosphates, l'acide nitrique, après les avoir dissous, précipitait quelque autre matière. Cette matière n'était point de l'albumine, car soumise à l'action de la chaleur, après avoir été traitée par l'acide nitrique, l'urine devenait complètement transpai-ente, sans flocons, sans grumeaux j je reconnus que le nouveau précipité était composé d'urate d'ammoniaque, qui, par l'action continuée de l'acide nitrique, ne tardait pas à se transformer en beaux cristaux prismatiques, rhomboïdaux, d'acide urique (Voy. Gravelle phosphaiiquc).
3° Chez un homme atteint d'une gastrite chronique, l'urine était quelquefois alcaline et trouble au moment de l'émission. Traitée par l'acide nitrique, la matière en suspension (phosphates) se dissolvait immédiatement et complètement; elle différait donc des deux urines précédentes en ce qu'elle ne contenait pas d'albumine et en ce qu'elle contenait fort peu d'acide urique combiné. Cependant elle devenait rose par l'addition de l'acide nitrique, et, si on la soiimettait à l'action de la chaleur, cette teinte passait au rouge violet foncé. Traitée par l'eau de chaux, cette urine donnait un précipité abondant. ' 4" Chez un homme adulte, l'urine, qui avait offert un sédiment rose briqueté pendant la durée d'un rhumatisme articulaire aigu, présenta , pendant la convalescence, une particularité assez remarquable. Au moment de l'émission elle était parfois légèrement acide, parfois neutre, plus rarement alcaline. Dans ce dernier cas même, l'urine était claire, transparente, très peu colorée. Elle se troublait très peu par l'eau de chaux, ce qui prouvait qu'elle ne contenait qu'une quantité minime de phosphates. Si on y ajoutait une grande quantité d'acide nitrique , elle restait également transparente , mais elle prenait une teinte légèrement violacée, qui disparaissait par l'action de la chaleur.
5" L'urine d'un diabétique dont je rapporterai l'histoire, était quelquefois neutre, et, comme la précédente, elle rougissait vm peu par l'addition de l'acide nitrique.
no PROLÉGOMÈNES.
§ i68. Certains alimeus et quelques médicamens peuvent reur dre l'urine alcaline. Des expériences de M. Chevreul prouvent que l'urine devient alcaline chez les chiens nourris avec des substances non azotées. Un homme sain ou malade dont l'urine est acide , rend une urine alcaline s'il prend des doses convenables d'eau de chaux, de bicarbonate de soude, de souscarbonate de soude. Dans çe pas elle conserve le plus ordi-r naireraent sa transparence. Certains fruits acides, pris en grande quantité, les cerises, les pruneaux, etc., rendent l'urine neutre ou alcaline, (i)
L'alpaljni|é dp l']irine (iéterminée par l'ingestiqn des boisr sons, des alimens et des médicamens en une ou deux doses, ne se montre le plus souvent que dans une portion de l'urine rendue en 24 heures. On peut s'assurer de cp fait en examinant comparativement et séparément l'urine des divierses éipis : sio^^s de la journée.
§ i6g. L'uiine est alcaline dans plusieurs maladies des voies urinaires. Elle est alcaline dans )a gravelle phospbatique, et par le repos elle donne ordinairement un sédiment abondant j elle l'est aussi dans une maladie des reins, rare et ppu connue, dans laquelle l'urine est rendue fréquemment et en petite quantité à-la-fois (vingt et trente émissions en vingt-quatre heures)^ et dont l'existence est quelquefois liée à une inflammation de la vessie.
J'ai observé la qualité alcaline de l'urine, mais d'une ma: nipre passagère , dans certaines néphrites albumirjpuses ; l'urine est plus souvent alcaline da^s les néphrites simpl,e^ chroniques.
Dans des cas d'hydropisie de l'ovaif e avec cpmpressipn de I'ut retèrp et probablempnt avec modification des fonctions dej} reins, j'ai observé , mais plu^ rarement, l'alcalinité de l'urine.
§ 170. Il y a long-temps que l'on a lemarqué que l'urine c^lSr yeuait qi^lqi^efois ^inm,oniac^le, lorsque pe liquide était j;'^;;
(i) Wôljler. Recherches sur les substances qui passent dans Surine, Heidelberg, 1824 ( Arch. gén. de méd., t. vu,' p. 577). — Changemens quejonf subir à l'urine certaitu i/iéJicameiu (Ârcb. gén. do aéd., t. J^vi, !>• 268).
ALTERATIONS DE l'urine. {iiT. alcaline). I I I
tenu dans la vessie ; cependant il n'est pas rai'e de trouver l'urine très acide dans de semblables rétentions.
M. Guibourt a constaté que des urines alcalines au moment de rémission, et qui avaient séjourné plus ou moins de temps datis la vessie, contenaient proportionnellement moins d'urée que l'urine saine. Cette alcalinité de l'urine, dans les cas de ré-: tention, a été assimilée, par quelques palhologistes, à la décomposition que l'urine éprouve lorsqu'elle est abandonnée à elle-même et à l'air libre. Mais comme il est constant que l'urine qui n'est point exposée au contact de l'air ne se putréfie pas, même à une terapéi-ature de 33 degrés, il est probable que celle qui , dans des cas de rétention , contient du carbonatç d'ammoniaque , doit ce caractère à un acje de sécrétion plutôt qu'à la putréfaction.
Toutefois il faut remarquer que les urines qui ne sont pasi devenues alcalines après avoir été conservées pendant longtemps dans des vases bien fermés , étaient des urines saines , et que les résultats d'une semblable expérience ne peuvent être comparés à ceux que donne l'urine qui a séjourné dans la vessie avec du sang, du mucus, du pus et d'autres élémens qui agissent à la manière des alcalis ou qui peuvent provo-? quer la décomposition de l'urée. Au peste, il suffit de mettre une certaine quantité d'urine saine dans un bocal hermétiquement fermé, et dans un autre bocal une même quantité d'urine avec une petite quantité de pus alcalin, pour recon^naître que l'urine ne se comporte pas de la même manjèïta dans les deux cas.
§1 171. On a annoncé que l'urine était souvent alcaline chez les sujets atteints de typhus, de fièvre typhoïde ou de fièvre putride. Je ne puis rien dire relativement au typhus épidémique , n'ayant point eu l'occasion d'examiner l'urine dans celte maladie. Quant à la fièvre typhoïde , je crois pou-r voir avancer, d'après de très nombreuses expériences, que l'urine n'est presque jamais alcaline dans cette maladie, même dans ses périodes et ses formes les plus grayes, iSur cinquante cas , je p'ai trouvé , dans \^ période la plus caraf.érisée de pelte fièvre, l'urine alcaline que deux fois, et pendant trois jours
seulement. Dans la fièvre typhoïde avec rétention d'urine , elle est même presque constamment acide : ainsi dans un cas de dothinentérie hémorrhagique , accompagnée de rétention , et d'une dilatation de la vessie tellement prononcée qu'elle s'élevait presque jusqu'à l'ombilic (épistaxis , selles sanguinolentes, pétécliies à la peau, délire, soubresauts des tendons), l'urine était acide.
D'un autre côté , l'urine est moins rarement alcaline dans les états cachectiques qui suivent les fièvres graves, que dans ces fièvres elles-mêmes.
Le docteur Graves (i) rapporte avoir constaté la présence du carbonate d'ammoniaque dans l'urine d'un jeune homme atteint d'une fièvre continue avec pètèchies , et la disparition de ce sel lorsqu'il y eut amélioration dans l'état du malade. Si cette fièvre continue était une fièvre typhoïde, le phénomène qui a été observé est, pour moi, exceptionnel.
M. Graves rapporte encore avoir constaté la présence du carbonate d'ammoniaque dans l'urine d'un homme affecté d'anasarque pour avoir travaillé dans l'eau et commis des imprudences. L'urine était pâle , très alcaline , et ne contenait ni urée, ni albumine j elle laissait précipiter du phosphate de chaux et du phosphate ammoniaco-magnésien ; elle faisait effervescence par les acides. L'examen de la vessie, fait après la mort, démontra qu'elle était saine et que ce sel n'avait pu se former dans cet organe. M. Graves ne dit pas si cette ana . sarque avait une cause organique,
§ 17a. M. Brodie (a) a observé que l'urine était alcaline à la suite de lésions traumaliques ou autres delà colonne vertébrale; Hunkel (3) a fait une remarque analogue. L'urine qu'il a analysée était puriforme, et il y avait inflammation de la membrane muqueuse de la vessie ou du bassinet. Suivant moi, l'influence directe de la moelle épinière sur l'alcalinité de l'urine, dans ces cas, peut être regardée comme rare : j'ai exa-
(1) Journal de chimie médicale, 1. 1, 2* série, p. 34^.
(2) Brodie, Lectures on the diseases o/lheurinary organs, In-8'.LonJon, l83a.
(3) Joum, de chim. méd. , 2" série , 1. 1 , p. 38.
ALTiÎRATiONS DE l'urtne {ur. alcalîné). ii3
miné l'urine d'un grand nombre d'individus atteints de paralysie avec atrophie des membres , produite par des affections de la moelle épinière et de ses membranes, et j'affirme que le plus souvent j'ai trouvé l'urine acide, lorsqu'il n'y avait pas d'intlaramation de la vessie.
Les auteurs ne paraissent pas avoir fait la distinction nécessaire des cas dans lesquels l'urine est sécrétée alcaline par les reins inflammés, et ceux dans lesquels elle le devient après avoir été retenue un temps plus ou moins long dans la vessie , et mélangée avec du mucus ou du pus. §i73.M.Berzelius ditque, lorsque l'urine est trouble et alcaline au moment de son émission, elle contient du carbonate d'ammoniaque et du carbonate de soude. Le sédiment qui se forme est du phosphate dechauxmêléà du phosphate amraoniaco-magnésien , avec beaucoup de mucus (i). Recueilli sur un filtre , le sédiment a l'apparence du mucus ; mais, en se desséchant, il devient terreux , pulvérulent , et doux au toucher. Des acides étendus lui enlèvent les sels terreux en laissant le mucus. Un individu dont les urines offraient une semblable altération , prit, d'après les conseils de M. Berzelius , de l'acide phosphorique à doses croissantes; l'acide finit par purger le malade j mais alors l'urine prit le caractère acide , recouvra sa transparence et déposa de l'acide urique. Ces phénomènes cessèrent avec la purgation , et ni l'usage continu de l'acide phosphorique, ni celui de l'acide acétique, ne purent ensuite empêcher la formation du sédiment et l'alcalescence de l'urine : le malade tomba peu-à-peu dans l'épuisement et mourut.
S 174. Silice. Je ne ferai qu'une remarque relativement à la silice ; c'est que son existence dans l'urine est confirmée par sa présence dans quelques calculs urinaires. (2)
Quant à l'extrait alcoolique de viande (Berzelius), et à la
(1) Si la quantité du mncns est en excès dans la plupart des urines alcalines , il en est d'autres qni contiennent à peine de traces de mucus.
(2) Fourcroy et Vauquelin {^Annales de chimie, t. xxxii. p. 221 ). — Gucranger {Journ, de chimie médicale, t. vi, p. 129. — t. vu. p. aaS. — Lassaigne. Journ, de chimie médicale, t. vi. p. 449-
1 1 4 PROLKGOSIÈNES.
matière insoluble dans l'alcool qu'on rencontre dans l'urine, il est très probable que ces siabstances éprouvent dans leurs proportions des changemens plus ou moins remarquables par l'effet des maladies; mais aujourd'hui on manque de données positives à cet égard.
§ 175. Epithèlhim, L'épilhéliura, qui existe sur les membranes muqueuses des voles lu'inaires, et celui qui tapisse les grandes et les petites lèvres des parties génitales de la femme , éprouvent une desquamation continuelle dans l'état naturel, et à un plus haut degré dans quelques maladies. Au moment de l'émission de l'urine, et quelquefois pendant son séjour dans les calices et la vessie , l'urine sé charge d'une certaine quantité de ces lamelles d'épithélium , que le microscope peut faire reconnaître.
Ces petits débris d'épithélium , recueillis avec une pipette dans le sédiment , ou dans l'urine lorsqu'ils y sont encore tn suspension , apparaissent au microscope comme de petites lamelles excessivement ténues, dont la transparence n'est interrompue que par des lignes très fines qtii forment des réseaux de difïérentes largeurs ; quelques points paraissent correspondre à de très petites ouvertures.
Il y a, sous le microscope, de ces lamelles de toutes grandeurs. Quelques-unes paraissent comme plissées , roulées sur elles-mêmes , et ont alors une moindre transparence. Leur forme est irrégulière , leur circonférence, découpée, inégale, déchiquetée , leur couleur, blanche, tirant un peu sur le gris.
Ces petits débris d'épithélium peuvent exister dans l'urine, sans troubler sensiblement sa transparence.il est très commun de voir ces lames en quantité assez considérable dans les nuages très fins qui se forment dans certaines urines quelque temps après qu'elles ont été rendues. On trouve aussi ces débris d'épithélium le plus souvent dans les sédimens de toute espèce, mêlés à d'autres substances qui, déposées à leur surface, peuvent changer leur aspect et môme les rendre opaques, Ou en apparence noirâtres. Chez l'homme , la présence de ces petits corps ne constitue pas un phénomène morbide , im signe de maladies des bassinets et de la vessie , à moins que la quan-
ALTÉRATIONS DE l'uRINE {mUCUs). I I 5
tité de ces lamelles ne soit très considéraJjle ; chez la femme, ces lamelles proviennent quelquefois du pudendum. Dans les cas douteux, il faut examiner comparativement l'urine retirée de la vessie au moyen de la soude, et celle qui est rendue na^' turellement.
Après la mort , j'ai observé de semblables lamelles dans l'urine retirée des calices ou des bassinets.
Les lamelles d'épithélium les moins transparentes pourraient être confondues avec celles que forment des parcelles de fibrine ou d'albumine coagulée, dans certaines urines, (i)
On aperçoit encore dans l'urine d'autres lamelles de matières organiques , moins transparentes que les précédentes , d'ur^ aspect grenu ou ponctué , assez sérié , d'une belle couleur jaune comme dorée ; elles m'ont paru plus distinctes, plus brillantes au moment de l'émission de l'urine qu'à tout autre moment.
Sans le microscope , ou à l'œil nu , les nuages foi'més dans l'urine par les débris de l'épitliélium ne pourraient être distingués sûrement du mucvis , ni même de quelques sels qui , en se précipitant, par le refroidissement , forment de légers nuages.
§ 176, On sait que la membrane muqueuse des voies urinaires, dans l'état sain, sécrète une certaine quantité d'un mucus qui se trouve mêlé à l'ui'ine , même lorsque celle-ci paraît être parfaitement transparente au moment de son émission.
C'est à ce mucus que l'urine , saine et exempte d'albumine, doit la propriété de mousser , quand on l'agite au moment de son émission. Ce phénomène est, au reste, beau-
(i) Les lames de verre qui seryent à recevoir l'urine que l'on soumet à l'inspection microscopique , seraient lorsqu'elles ont été essuyées un certain nombre de fois. Les espaces circonscrits par ces lignes peuvent affecter des formes assez bizarres , qui le plus souvent rappellent celles d'insectes ailés; on les distinguera des lamelles dont nous parlons, à leur fixité et à leur transparence parfaite , dans l'intervalle des raies qui les circonscrivent, et aux caractères mémo de ces raies qui sont très nettes et tvès fines et qui restent sur les lames de verre lorsqu'on les a essuyées.
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coup plus marqué lorsque l'urine contient en cuire accidentellement une certaine quantité d'albumine.
Le mucus qui sort avec l'urine saine est rarement visible , parce qu'il est très divisé et qu'il a presque la même réfrangi— bililé que l'urine; mais, lorsqu'il existe en proportion morbide, ou lorsqu'il se précipite, l'urine cesse d'être complètement transparente.
Chez un homme sain , la quantité de mucus contenue dans l'urine est quelquefois si peu considérable (o,ooo32) qu'on ne le voit point se rassembler, par le repos et le refroidissement, sous la forme d'un léger nuage dans ce liquide. Mais, dans une foule de maladies, et surtout dans les inflammations aiguës et dans les inflammations chroniques peu intenses des voies urinaires, on le voit d'abord divisé dans l'urine, qu'il obscurcit; puis il se rassemble à la partie supérieure et moyenne du vase en flocons légers , comme lanugineux, semi-transparens , lesqtiels, au bout d'un certain temps, viennent se déposer dans le fond , presque toujours avec une certaine quantité d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque, lorsque l'urine est acide , ou de phosphate ammoniaco-magnésien et de phosphate de chaux lorsqu'elle est alcaline.
Quand un médecin d'hôpital a l'habitude de faire l'examen comparatif d'un certain nombre d'urines, et qu'il sait depuis combien d'heures elles sont émises, il peut, d'après le volume et l'aspect du nuage suspendu dans l'urine et la plus ou moins grande transparence de ce liquide , juger approximativement que l'urine est plus ou moins chargée de mucus d'une manière anomale ; et j'en ai agi ainsi dans un grand nombre d'observations, lorsque je me suis borné à dire que l'urine était plus ou moins chargée de mucus dans plusieurs cas de pyélite, de cystite, etc. Toutefois il est toujours préférable de s'assurer , au moins une première fois , par l'inspection microscopique, que le nuage est réellement formé par du mucus, et non par un sel tenu en suspension (i), ou par ces diverses substances à-la-fois.
(i) «J'ai va souvent, dit M. Prout , l'acide iiriqnc et l'uratc d'ammoniaque
ALTÉRATIONS DE l'uRINE {lllUCUs). 1 I 7
riusieuis fois aussi j'ai pu juger approximativement la quaatilé de mucus coutenue dans l'urine, en remplissant, de ce liquide, de petits tubes cylindriques de cinq à six pouces de longueur et d'un derai-pouce de diamètre. Dans le dépôt ou sédiment formé au bout de vingt- quatre heures, on peut reconnaître le plus souvent le mucus qui en constitue la trame ou couche inférieure , surmontée d'une certaine quanlilé d'acide urique, d'urates ou d'autres sels, et qui se détache du fond du tube sous la forme d'un petit crachat.
§177. Les chimistes indiquent un procédé en apparence plus exact, mais qui, hien que fort simple, offre des difficultés pratiques. Si on filtre, disent-ils, une urine contenant du mucus tandis qu'elle est encore chaude, il reste sur le filtre en grumeaux isolés, transpareus et incolores ; il se resserre ensuite sur le papier, à la surface duquel il forme un enduit hrillant comme vernissé : dès qu'on l'humecte avec de l'eau, il reprend ses caractères ordinaires. J'ai fait filtrer un certain nombre d'urines contenant une quantité notable de mucus, qui apparaissait sous la forme de nuages au moment de l'émission de l'urine, ou sous la forme de dépôt après le refroidissement; et en examinant le filtre encore humide sur lequel j'avais projeté une certaine quantité de cette urine, je ne pouvais y reconnaître distinctement la présence du mucus. Sur le filtre desséché, souvent il n'était pas plus reconnaissable , quoiqu'il fiit bien certainement resté à sa surface, puisque l'urine filtrée était devenue transparente. Je ne prétends pas dire que les caractères ci-dessus indiqués n'appartiennent pas au mucus, mais seulement qu'ils ne sont pas apparens dans un assez grand nombre de cas.
Lorsqu'on ne recueille le mucus sur un filtre qu'après le refroidissement de l'urine , on y remarque , suivant M. Ber-
»c précipiter de l'urine à l'état d'hydrate et sous une forme gélatincase, tellement analogue à celle du muens que jp les avais d'abord confondus avec ce dernier corps. »
Sans l'inspection microscopique , une semblable méprise, dans une foule de cas, est inévitable.
ilB PROLÉGOMÈNES.
zelius, pendant qu'il se dessèche, une Wullilude de petits cristaux anguleux, qui sont de l'urale d'ammoniaque et qui se forment dans les cas mêmes oîi l'urine reste claire en se refroidissant. On ne les aperçoit qu'après la dessiccation. En examinant au microscope du mucus ainsi recueilli, ou pompé à l'aide d'une pipette au fond du vase qui contenait l'urine, j'ai trouvé le mucus mélangé soit de cristaux prismatiques et rhomboïdaux d'acide urique, soit d'une poudre amorphe , soit de cristallisations globuleuses, où globuleuses et aiguillées d'urate d'ammoniaque, lorsque l'urine était acide; soit de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien , dérivés du prisme rectangulaire droit, soit de phosphate de chaux amorphe ou d'autres matières, lorsque l'urine était alcaline.
Il est très commun de voir se former dans l'urine , chez quelques personnes , peu de temps après l'émission , un nuage dont la teinte est blanche avec un reflet légèrement brillant qui ffeste en suspensioil dans la colonne du liquide. Ce nuage est souvent formé par du mucus.
§ 178. L'inspection microscopique du mucus de l'urine recueilli sur le filtre donne les résultats suivans :
Dans une gouttelette de mucus placée sur le porte-objet , il petit arriver, mais ce cas est rare, qu'on ne distingue ni lamelles d'épithélium, ni globules miiqUeux. Dans les énéorèmes et les dépôts qui offrent l'apparence ordinaire du mucus rassemblé en quantité un peu considérable , c'est-à-dire une couche où une masse blanche ou grisâtre , transparente , assez cohérente , légère èt tremblante Comme une gelée qùand on l'agite , on voit des globules âplatiS , circulaires , blancs , à surface chagrinée, sans que le nombre des granulations qui leur donnent cet aspect soit constant et susceptible d'être compté; à circonférence nette, bien déterminée par uii cercle légèretnént noir, et qui ne peuvent être distingués de ceux du pus. Lorsque ces globules sont peu nombreux, ils sont ordinairement isolés. Ils peuvent exister en quantité assez considérable et se réuuir en nombre indéterminé , se grouper de difféi'entes manières; alors on en wril qlii sont moins réguliers^ défonné5,elc. Ces caractères leur sont communs avec ceux du pus , d'où la
ALTERATIONS DE l'oRINE (mUCUs). IIQ
dénomination de muco-pns, pax- laqucll»je désigne cette espèce de mucus.
Si une goutte de mucus très chargé de globules ne peut être distinguée par la seule inspection microscopique d'une goutte de pus , la distinction du pus et du mucus peut être rendue possible par l'action de l'éther qui, versé sur le pu^, dissout la matière grasse, laquelle devient apparente sur la lame de verre après l'évaporation de l'éther.
Les globules du mucus , comme ceux du pus , susceptibles d'être attaqués par l'ammoniaque, sont altérés par les urines alcalines ; ils deviennent tout-à-fait méconnaissables ou disparaissent complètement , après un certain temps , lorsque la quantité d'ammoniaque contenu dans l'urine est considérable.
Lorsqu'on examine au microscope une goutte d'ujrine provenant d'un nuage ou d'un dépôt qui réunit les caractères physiques ou chimiques qui ont été assignés au mucus , ou mieux lorsqu'on examine des mucus recueillis sur le filtre , il peut arriver une des trois choses suivantes : t" que le liquide soit parfaitement transparent} a° qu'il offre des lamelles d'épilhélium avec ou sans poussière amorphe ; 3° enfin qu'il contienne des globules circulaires, grenus, et plus gros que ceux du sang.
Le mucus que l'on obtient en filtrant l'urine saine j et qui ne contient pas de globules j paraît être le mucus physiologique de l'urine. Celui qui présente des globules et qui par ce caractère se rapproche tellement du pus, lorsqu'il en contient un grand nombre, que le microscope ne peut les distinguer l'un de l'autre,! doit être considéré comme une sécrétion morbide , comme du muco-pus. Je dois ajouter cependant que le mucus sécrété, dans l'état naturel par quelques membranes muqueuses , le mucus nasal , par exemple , contient un grand nombre de globules , dans des états de la membrane pituitaire qui sont considérés généralement comme normaux ; ce qui conduit à penser que les globules sont naturellement en plus grand nombre dans certain mucus, ou que la sécrétion de quelques membranes muqueuses peut être viciée sans symptômes locaux appréciables.
§ 179. Si on recueille après la mort (i), du mucus dans les différentes parties des voies urinaires, on pourra constater les faits suivans :
1° Dans les calices et le bassinet , le mucus contient souvent de petites lamelles, ou des globules, et quelquefois ces deux élémens. *
2" Le mucus de la vessie saine contient de petites lamelles et des globules rauqueux.
Lorsque la quantité de ce mucus a été augmentée par une irritation sécrétoire de cet organe , on y distingue toujours un très grand nombre de globules ; c'est un fait que j'ai souvent constaté dans la convalescence de la cystite, et lorsqu'il ne restait plus aucun signe de l'existence de cette maladie.
3° Le mucus del'urèlhre contient des squames épidermiques, et des globules très nombreux pendant et après la blennorrhagie.
4° Enfin, le mucus, ou si on aime mieux, la m7<co«te' est évidemment un corps complexe , dont une matière particulière , le miicvs , forme l'élément caractéristique auquel peuvent être ajoutés , des lamelles, des globules rauqueux et de l'albumine.
§ 180. On trouve des globules de mucus dans une foule d'urines acides ou légèrement alcalines, contenant ou non de l'albumine, etc.
Chez l'homme , le mélange du sperme ou de l'humeur prostatique avec l'urine y introduit un certain nombre de 'globules muqueux.
Chez la femme atteinte de blennorrhagie ou d'inflammation aiguë des parties génitales externes, l'urine, pendant son émission, se charge également de globules muqueux ou purulens.
Les petits filamens blancs que quelques malades, surtout ceux qui ont eu des blennorrhagies , rendent dans la première partie d'une émission d'ui'ine , filamens visibles à l'œil nu ,
(i) £a faisaut cet examen, le plus promptemeat possible après In mort, il faut éviter de racler la membrane muqueuse avec le scapel ; se serait une source d'erreurs graves; on trouverait alors dans le mucus des élémens qui lui sont parfaitement étrangers, même des globules sanguins.
ALTÉRATIONS DE L URINE (jnUCUs). 121
qui ont de une à deux lignes de longueur , sont du mucus concret , qui le plus souvent provient des lacunes de l'urèlhre. Leurs dimensions et leur composition s'opposent à ce qu'on puisse les regarder comme des débris de cils vibratiles.
D'après M, Berzelius, si, après avoir uriné dans deux vases une égale quantité d'urine, on la laisse reposer pendant quelques jours, on voit des cristaux se former dans l'intérieur et à la surface du mucus de la première portion, tandis qu'on n'observe pas un semblable dépôt dans le second vase qui ne contient pas de mucus. M. Berzelius assure également que., si , après être resté tranquille pendant plusieurs heures, on urine dans trois vases, de manière à partager le liquide en trois portions égales, la première de ces parties est celle qui contient le plus de mucus j il y en a moins dans la seconde; il n'y en a point du tout dans la troisième, parce que, ajoute-t-il, le mucus, dans l'état de repos , s'accumule dans le fond de la vessie et sort avec l'urine qu'on expulse en premier lieu. En répétant cette expérience, j'en ai reconnu l'exactitude; cependant je n'ai pas toujours obtenu les mêmes résultats : ainsi , un jeune malade atteint d'une inflammation du bassinet et de l'uretère du côté gauche, produite par un calcul rénal et accompagnée d'une forte sécrétion de mucus , urinait chaque fois, d'après mon invitation, dans trois petits bocaux; et en les comparant entre eux , j'ai plusieurs fois constaté que le mucus était en proportion'plus considérable, tantôt dans le premier, tantôt dans le second, tantôt dans le troisième.
§ i8i. Lorsqu'on soumet de l'urine chargée de mucus pur à l'action de la chaleur, il se dissout ou se divise tellement qu'il cesse d'être visible; mais il ne faudrait pas conclure, d'après celte seule expérience , que la matière du nuage est du mucus ; l'urate d'ammoniaque en suspension dans l'urine a quelquefois la même apparence et se redissout de même par la chaleur. Pour lever les doutes, la matière du nuage doit être traitée pari acide nitrique étendu, puis examinée au microscope, qui montre des cristaux d'acide urique lorsqu'elle était constituée par un urate. Si l'urine contient une matière raucoso-puru-
lente, le liquide devient un peu plus transparent par suite de la transformation de l'albumine en très petits grumeaux, et de la dissolution du mucus, de l'urate d'ammoniaque et des autres sels dont la précipitation, en s' opérant, augmentait le volume et l'opacité du nuage ou du dépôt. Ainsi, le mucus suspendu dans l'urine avec une certaine quantité d'urates ou d'autres sels qui tendent à se précipiter, paraît se dissoudre par la chaleur.
Lorsque la mucosité donne , par la chaleur, de petits grumeaux qui se précipitent au fond du tube de verre dans lequel l'urine a été soumise à l'ébullition, et qui sont insolubles dans l'acide nitrique, elle contient de l'albumine.
Le tannin précipite Je mucus de l'urine sous foirne de flocons blancs, et c'est un des moyens qu'on a proposés pour en déterminer approximativement la quantité. Toutefois , le tannin précipitant également l'albumine, il convient de constater, avant d'interpréter le précipité, si l'urine est ou non albumineuse. Le tannin précipitant aussj la matière extractiforme, il faut également tenir compte de cette circonstance. Au reste, le précipité formé dans l'urine d'un homme bien portant est très faible et ne devient bien sensible qu'au bout de quelque temps.
Le mucus est dissous en grande quantité par l'acide nitrique (i), mais il ne se dissout pas dans l'acide sulfurique (Berzelius).
M. Burdach (a) dit que le mucus de la vessie urinaire est soluble dans l'acide acétique et l'acide hjdro-chlorique ; qu'il se dissout dans les alcalis , dont les acides ne le précipitent plus ensuite j après la dessiccation, il se ramollit dans l'eau, mais çans redevenir mucilagineux.
§ iSa. L'ipspection microscopique , aidée des réactifs , peut conduire à distinguer une urine muqueuse d'une urine contenant une très petite quantité de pus. S'il y a une telle analogie
• ' (i) Çeci njc doit s'entendrp que du mucus pur; car certains tnncns do U vessie coQtiponçDt de lVll>uuiine (J: donnent un léger coagulum parl'acid« jiitrique. îli 'nli:
(2) M. Burdach. TrtfUé de physiologie, trad. franc, vol. vjl. p, 419.
ALTÉRATIONS DE l'URINE (mUCUs). 123
entre les globules da pus et ceux de certains mucus, qu'il est irapossible de les distinguer les uns des autres ; d'un autre côté , le mucus ne donne pas par l'acide nitrique un coagulum aussi considérable que le pus, et jamais le mucus traité par l'élherne donne des traces aussi évidentes de matière grasse que le pus.
§i83.La présence d'une quantité anomale de mucus dansl'urine est souvent le seul signe d'une inflammation légère de la vessie, des uretères ou du bassinet. L'augmentation de la sécrétion du mucus est souvent l'indice de l'extension de l'inflammation sur une plus grande surface des voies urinaires. La diminution de la sécrétion du mucus indique un progrès vers la guérison ou une diminution des accidens. Cependant plusieurs circonistances peuvent faire varier la quantité proportionnelle de mucus contenue dans l'urine, et quelquefois même sans qu'on puisse en accuser des cbangemens pathologiques. Pour acquérir la preuve de cette assertion, il suffit de faire uriner dans dix ou douze bocaux différens, à des intervalles plus ou moins éloignés , dans l'espace de vingt-quatre heures , un malade atteint, soit de cystite, soit de pyélite peu intenses ; il n'est pas rare alors de voir une assez grande quantité de mucus dans un des bocaux, tandis que l'urine contenue dans un autre est transparente comme l'eaU pure. La quantité des boissons, différens actes, et en particulier ceux de la digestion, expliquent ces variations. On conçoit dès -lors la nécessité d'examiner comparativement toutes les urines rendues dans vingt-quatre heures , lorsque la quantité du mucus sécrétée ess prise pour signe de la marche de l'inflammation.
§ 184. Il arrive parfois que l'urine contient en même temps du mucus et de l'albumine, soit dans des cas d'inflammation de la membrane muqueuse des voies urinaires avec suintement séreux ou hémorrhagique^ soit dans les cas de néphrite albumineuse avec inflammation des calices, des uretères ou de la vessie , etc.
On voit quelquefois une urine abondamment chargée de mucus être remplacée par uneurine qui contient des quantités plus ou moins considérables d'une matière filante et glaireuse. Ce changement est en général l'indice d'une aggravation ou d'^n
progrès de l'inflammalion des voies urinaires. Lorsqu'au contraire une urine filante et glaireuse est remplacée par une urine muqueuse, ce phénomène est d'un heureux augure. Toutefois l'apparence glaireuse de l'urine peut être le résultat d'un excès d'alcalinité, sans aggravation ou sans extension de l'inflammation.
§ i85. Indépendamment des changemens que l'urine peut éprouver par suite de modifications dans la proportion de ses élémens naturels, il en est d'autres qui sont dus à la présence de principes accidentels , tels que le soufre, une matière phosphorescente, les acides parpurique, rosacique, hippurique, benzoïque , butyrique , mélanique, nitrique, carbonique , et le fluor. Des humeurs animales, le chyle, le sang, ou ses élémens organiques (albumine, fibrine, globules), le sperme, des matières grasses (de la stéarine, de l'oléine, de la cholestérine), la matière colorante de la bile, le pus, peuvent aussi se trouver accidentellement dans l'urine.
§ 186. Suivant Proust, on reconnaît la présence du soufre (1) dans l'urine, en la faisant chauffer dans une bassine d'argent; celle-ci noircit, par suite de la formation d'un sulfure d'argent. Cependant M. Thenard a plusieurs fois répété cette expérience sans succès ; ce qui prouve que, dans les exemples cités par Proust, la présence du soufre était accidentelle ou provenait plutôt de la décomposition des sulfates. Dans plusieurs cas de rétention d'urine, j'ai remarqué, après avoir pratiqué le cathétérisme , que la sonde était devenue noirâtre. J'ai également constaté que l'urine chyleuse , abandonnée à elle-même, dégageait, au bout de quelques jours, une odeur prononcée d'hydrogène sulfuré ; un petit morceau de papier blanc , mouillé et imbibé d'acétate de plomb , appliqué sur le goulot du bocal qui contenait l'urine , a bruni. Vogel (2) avait indiqué ce moyen de reconnaître la présence du soufre dans
(i) Proust (Louis). Expériences sur l'urine ('Annales de cliimic. vol. XXXVI. p. 258). — Faits pour la connaissance des urines et des calculs (Annales de chimie et de physique. 1820. t. xiv. p, aS^).
{pi) Annales de cAwi/t;, t. Lxxxvii. p. 217.
ALTÉRATIONS DE l'uriniî {mal. pliospli.). laS
l'urine, le sang et la bile. La présence du soufre dans le calcul de cysline autorise aussi à penser que l'urine contient quelquefois accidentellement du souû e.
§ 187. On a vu dans certains cas, l'urine contenir une assez grande quantité de matière phosphorescente (i) pour rendre luraineuK les objets qu'elle touchait. De l'urine phosphorescente a été rendue par des personnes qui jouissaient d'une santé parfaite , et qui n'avaient jamais éprouvé la moindre sensation extraordinaire dans les voies urinaires. Jurine (a) a vu trois fois dans le cours d'un hiver, sa propre urine sortir lumineuse de l'urèlhre, briller pendant une demi-minute, commeun ver luisant, sur des planches qui la recevaient et diminuer ensuite d'éclat. Le docteur Guyton (3) a observé le même phénomène, également en hiver ; mais l'urine ne commençait à luire que lorsqu'elle frappait le mur. Driessén (4) l'a remarqué trois fois, en automne, en hiver et au printemps; la phosphorescence commençait dès que l'urine coulait, et durait deux à trois minutes. Esser (5) l'a vu , après s'être échauffé et fatigué à la promenade pendant l'hiver ; l'urine ne brillait qu'en tombant à terre. Kastner l'a observé aussi sur un jeune homme.
Quant à l'explication de ce phénomène, elle est encore fort incertaine. D'abord on sait que l'urine n'est pas phosphores-
(1) Annales de chimie, février i8i4, t. lxxxix. p. 182. — Poggendorff. Annalen, f. XLix. p. 291. — Voyez aussi Ephemerides natur. Car. Decad. i. ann. ti et vu. Obs. igS.
(2) Rec. pérod. de la Soc. de Mèd. ; par Scdillot, t. XLViii. p. 49< — Bibliothèq. médic. t. xtu. p. 260.
(3) Guyton de Morveau. Annales de chimie, t. lxxxix. p. 182). En citant ce travail , M. Burdach ( Traité de physiolog., trad. franc, t, viii. pag. 362 ) s'est trompé en disant que Guyton de Morveau a observé le phénomène de la pliosphorcscence de l'urine. L'auteur de l'observation était un docteur Guyton cité par Guyton de Morveau. M. Burdach est allé aussi an-delà de la pensée de Guyton de Morveau , en lui faisant dire qu'il présumait que la phosphorescence était due à du gaz azoto pbosphoré.
(4) Poggendorff, Annalen, t. lix. p. 262.
(5) Kastner. Archivfuer die gesammte Natwiehre, t. yiir. p. 4i5.
PROLÉGOlkrÈNES.
cente chez les personnes qui ont pris du phosphore, à l'intérieur ; elle ne le devient pas non plus quand on fait digérer du phosphore dans ce liquide. Guy ton de Morveau dit que le gaz azote phosphore, donnant, même à une basse température , une lumière phosphorescente en absorbant l'oxigène de l'air, expliquerait le phénomène si on pouvait expliquer la production de ce gaz dans l'urine. C'est sans doule pour compléter cette hypothèse que Driessen admet que l'acide phosphorique de l'urine est désoxydé par le carbone de l'm'ée et que son phosphore se combine ensuite avec l'azote de cette dernière ; du reste , il a remarqué que , vers l'époque à laquelle son urine brillait, elle était toujours trouble et lactescente, avec un dépôt de phosphate calcaire , la plupart du temps sans, acide libre , quelquefois avec une odeur ammoniacale. En résumé , il n'est nullement prouvé non-seulement que la phosphorescence du l'urine tienne à de l'azote phosphoré , mais même à un principe phosphoreux quelconque.
Je n'ai point observé d'urines phosphorescentes ; on n'en a point publié d'observations dans ces derniers temps ; le cas doit être très rare.
§ i88. On a trouvé des traces de /èrdans l'urine d'individus atteints de diabètes, de néphrite albumineuse , etc. ; l'analyse chimique a également démontré l'existence du fer, dans plusieurs calculs urinaires (i). Dans la néphrite albumineuse, dans la pyélite et la cystite calculeuse , les globules sanguins passent souvent dans l'urine ; il n'est donc pas étonnant qu'où y ait trouvé du fer, puisque c'est un des élémens du sang.
§ 189. M. Berzelius dit qu'il existe quelquefois dans l'urine du fluorure de calcium (2) ,• ce fait ne s'est représenté à aucun autre chimiste. On reconnaîtrait ce corps, en produisant, avec le fluorure de calcùini, de l'acide fluorhydrique, lequel a la propriété de corroder le verre ; mais pour le rechercher il faudrait opérer sur des dépôts provenant de grandes masses d'iu-ine.
(1) Lehmann. iVbc. Comment, ae. se. imp, Petrop, 1766. t> x« p. 4-
(2) Annales de chimie , tome p. a56.
ALTÉRATioMS DE l'urine {cic. purpuriqué). 127
Ç 190. M. Prout (r) a annoncé que les sddimens briquetés et les sédimens roses {-pink) contenaient parfois de l'acide nitrique dans un état pai'ticulier de combinaison. Ce fait l'a conduit à supposer que l'acide nitrique et l'acide urique existant ensemble dans certaines urines , l'acide nitrique agissait sur une portion de l'acide urique et le convertissait en acide purpuriqué, et qxi'il se formait des purpurates qui donnaient une teinte rose ou briquetée à ces sédimens (a). Selon lui , ces sédimens contiennent des purpurates d'ammoniaque et de soude ; M. Taylor (3) croit avoir trouvé du purpura te d'ammoniaque dans trois échantillons de calculs.
Le fait est que lorsque l'on verse de l'acide nitrique pur, étendu d'environ cinq à six fois son poids d'eau, sur de l'acide urique pur, et qu'on chauffe légèrement le tout , la dissolution contient de l'acide purpuriqué, une matière organique qui devient rouge dans certaines circonstances et une petite quantité d'acide oxalique. Il est également certain que lorsque l'on verse de l'acide nitrique dans une urine très chargée d'acide urique , l'urine prend une couleur pourpre ; mais ce dernier phénomène est susceptible de diverses interprétations.
D'un autre côté, Yauquelin (4) assure que l'acide purpuriqué pur est incolore, que les sels qu'il produit avec la plupart des oxides sont blancs , et que sa teinte pourpre doit être attribuée à une matière colorante particulière. Suivant lui , le purpurate d'ammoniaque cristallisé est d'un jaune chamois , mais sa dissolution passe au rouge , au contact de l'air.
M. Berzelius dit que l'acide purpuriqué est d'un jaune clair et que le purpurate d'ammoniaque passe au rouge, même sans le contact de l'air ; mais il fait remarquer que la couleur rouge
(1) Medico-chintr. trans. t. ix. p. 481.
(2) Prout (William). Description d'un principe acide , extrait de l'acide lithique ou urique ( Annales de chimie et de physique, 1819. t. xr. page 47. )
(3) Taylor (Tli.). On urinary calculs (Lond. med. Gaz. vol. xxit. p. 189).
(4) Vauquelin {Mémoire du muséum d'histoire naturelle, t. vi. p. 253. t. ix. p. i55). Voyez aussi une note publiée par U.'Ldiisax^ïiC^Amalesdechinùa et dcphjsique, t. xxti. p. 334). '
des aédimensne pouvait être attribuée au purpurale d'ammoniaque, attendu que ce sel n'est pas solulile daus l'alcool, tandis que la matière colorante de ces dépôts s'y dissout.
Les chimistes les plus exacts, en chimie organique, n'étant pas d'accord, même sur les propriétés physiques de l'acide purpurique et des purpurates, ce sujet doit être de nouveau examiné (Voyez Sédimens).
§ 19 t. Le sédiment de quelques urines contient une matière solide, d'un rouge de cinabre très vif, connue, en France, sous le nom diacide rosaciqtie (i). C'est surtout dans la cirrhose, dans le troisième stade des fièvres intermittentes et quelques affections nerveuses, que cette matière, unie à des urates, se dépose sous la forme d'un sédiment amorphe, rosacé.
Ayant examiné au microscope ces sédimens roses, considérés jusqu'à ce jour par les cliimisles français comme une combinaison d'acide urique ordinaire avec un acide particulier {acide rosacique), ils m'ont paru formés d'une poudre amorphe qui , traitée par l'acide nitrique étendu au 8"^, a donné une grande quantité de cristaux prismatiques , rhomboïdaux , d'acide urique. D'oix il résulte que des urates, et non l'acide urique, unis à une matière colorante rose, particulière, constituent au moins en grande partie ces dépôts colorés.
Cette matière colorante, appelée Tnoieerc rosacée par Proust; décrite comme un acide particulier par Vauquelin ( acide rosacique) , est évidemment la même que celle que Prout, et d'après lui les chimistes anglais ont considérée comme des purpurates. Elle doit donc être examinée de nouveau.
Suivant Vauquelin , la combinaison de cette substance avec l'acide urique semble être très intime j car, quoique beaucoup plus soluble que ce dernier, elle ne l'abandonne point lorsqu'il
(i) Cet acide, découvert par Proust, en {Annales de chimie, t.
XXXVI. p. a65), a été étudié par M. Vauquelia en 1811 {Annales du muséum d'histoire naturelle, t. xvn. p. i3)3.— Bulletin de pharmacie, t. m. p. 416), et par M. Vogel en t8i6 {Journal de pharmacie, t. ri. p. a? — Annales de chimie, t. xcvi. p. 3o6).
ALTi^RATiONS DE l'urine {cLcîde hippurique) . 129
se pricipile de sa dissolution, et la liquev.r ne conserve point de couleur quand l'acide urique est entièrement séparé. Gela est d'ailleurs démontré par l'urine elle-même , qui , quand elle a déposé , ne fournit plus par l'évaporatiop que de l'acide urique blanc.
L'urine rose, examinée par Vauquelin , contenait de l'acide pliosphorique libre. Après avoir été évaporée en consistance de sirop , au moyen d'une chaleur très douce , elle fut traitée par l'alcool à 36 degrés, qui en précipita du sulfate de potasse , des muriate et phosphate de soude , et l'alcool filtré déposa, au bout de quelques jours, des cristaux de phosphate acide d'ammoniaque.
M. Thenard pense que c'est peut-être l'acide rosacique qui colore l'urine qu'on connaît sous le nom d'nrïne ardente.
Suivant Vogel , l'acide sulfurique concentré transforme l'acide rosacique en une poudi-e blanche qui a toutes les propriétés de l'acide urique.
Pour obtenir cette matière colorante {acide rosacique), on lave avec de l'eau, une certaine quantité des dépôts roses dont je viens de parler, afin de les débarrasser de l'urine- On les iraite ensuite par l'alcool bouillant, et on fait évaporer la dissolution.
§ 193. Uacide hippurique (i), qui existe surtout dans l'urine des quadrupèdes herbivores, tels que le cheval et le bœuf, a été rencontré dans celle des jeunes enfans , en combiuaison avec la soude, et dans l'urine des diabétiques (2).
Pour obtenir cet acide, lorsque l'urine en contient, on la réduit au moins à un huitième de son poids , et on y verse de l'acide chlorhydrique. Au bout de quelque temps, l'acide hippurique devenu libre, mais impur, apparaît sous la forme d'un précipité cristallisé, d'un jaune brun. On dissout ce précipité dans un mélange de chaux, et d'eau ; on fait digérer la liqueur avec du charbon animal, et, lorsqu'elle est incolore,
(i) Liebig {Annales de chimie et de physique, t. xi.iit. p. 188). — Boutin {Joiirn. de chim. niédic, t. x. p. 126).
(a) Lclimann, Présence de Vacida hippuriqui: dans l'urine di<diétiqne (Joiirn, de pharmacie et des sciences accessoires, mars i836.)
1 3o PROLliGOMÈNES.
on la filtre chaude ; on y verse de l'acide chlorliydrique jusqu'à ce qu'elle ait une saveur acide, et on la laisse refroidir lentement. L'acide hippurique se dépose en longues aiguilles incolores , pendant le refroidissement.
M. Lehmann pense que l'acide hippurique est un produit de l'altération de l'urine elle-même. *
§ 194. \j' acide oxalique n'existe, ni dans le sang, ni dans l'urine saine; mais ou le rencontre dans l'arine, en quelques cas maladifs, combiné avec la chaux, quelquefois en sédiment verdâ- Ire ou noirâtre, et moins rarement sous forme de gravelle ou de calcul. Lorsqxi'on brûle ce sel , il donne de la chaux vive pour résidu ; si on le fait bouillir avec un excès d'acide sulfurique, l'acide oxalique obtenu séparément, peut être reconnu à ses caractères chimiques.
M. Prout pense que l'acide oxalique se forme dans l'urine par la décomposition de l'acide urique : ce qui le prouve, dit-il, c'est que très souvent le noyau d'un calcul est formé par l'acide urique et les couches suivantes par l'acide oxalique.
Plusieurs cas de gravelle et de calculs d'oxalale de chaux ayant été observés, après l'usage de l'oseille comme aliment habituel, on a supposé que l'acide oxalique pouvait ainsi passer dans l'urine. Cette circonstance qu'on a souvent citée, est cependant, d'après mes recherches et mes observations, une des causes les plus rares de la graveelle d'oxalate de chaux.
§ 195. L'acide henzoïque n'existe, ni dans le sang, ni dans l'urine saine. On a dit, d'après Schéele, qu'on en trouvait dans l'urine des enfans. M. Berzelius et M. Prout ne l'ayant jamais rencontré dans l'urine, ont émis des doutes à cet égard.
Proust dit que cet acide peut être reconnu à la rapidité avec laquelle il se cristallise et se vaporise lorsqu'on concentre l'urine qui en contient.
Dans l'analyse d'une urine d'apparence laiteuse, Wurzer (i) assure avoir trouvé 1/900" du poids de l'urine , d'acide benzoïque.
(t) /oKTO. de physique, 1802. t. i.xxrv. p.ngc i63. — L'Expérience tome r. p. 670.
ALTÉRA.TIONS DE l'uriivf, {acïde butfriqué). i3i
§ 196. M. Brande pense que l'acido carbonique existe naturellement, àTclat libre, dans l'urine. On l'obtient, dit-il, en faisant |)asser sous une cloche l'écume blanche qui recouvre l'urine au moment où elle commence à bouillir. Suivant Alexandre Marcet et M. Vogel (t), on peut aussi le recueillir en plaçant, sous le récipient de la machine pneumatique, un vase plein d'urine et auquel se trouve adapté un tube recourbé qui plonge dans de l'eau de chaux. Lorsqu'on vient à faire le vide ; l'eau de chaux se trouble. Cependant, M. Berzelius ayant répété l'épreuve en versant sur l'urine une couche d'huile d'olive d'un pouce d'épaisseur , l'eaxi ne s'est pas troublée. Ce résultat, qui contredit formellement l'opinion de Brande, ne s'applique toutefois qu'à l'urine saine; et, si on n'a pas démontré l'existence de l'acide carbonique, à l'état libre, dans l'urine, il est certain qu'on y rencontre quelquefois du carbonate de chaux et du carbonate de magnésie en sédiment amorphe ou sous forme de gravelle.
Woehler rapporte qu'ayant essayé ses urines après avoir bu beaucoup d'eau chargée d'acide carbonique , il ne put y reconnaître cet acide. Sa présence dans l'urine doit être rare.
§ 197. M. Berzelius est parvenu à séparer, de l'urine, de l'acide huiyrique en la distillant avec de l'acide sulfurique (2;.
§i98.Brugnatelli(3)dit avoir trouvé, dans l'urine d'un hydropique, de l'acide prusstqiie qui , après avoir été saturé par la potasse , précipitait le fer en bleu.
§ tgg. D'après Proust^ l'urine contiendrait de la résine et une siiJjstance wo^Ve particulière. On se procure, dit-il, la résine en versant de l'acide sulfurique ou chlorhydrique sur de l'extrait d'urine ; cette matière se précipite sous la forme d'unehuile noire et grasse ; on la purifie en la lavant à l'eau chaude. Cette substance purifiée, d'une couleur fauve, al'odeur et la saveur de l'urine; elle est très soluble dans les alcalis.
(1) Vogel. Sur V existence de l'acide carbonique dans l'urine (Bull, de la Soc. pliilomat., A. i8t5, p. 58).
(2) Journ. de chiin. méd. t. vi. p. 5.20.
(3) Annales de chimie de Crell. i',87. t. n. p. io3.
iSa PROLÉGOMÈNES.
Quant à la snlstance noire; on l'oblieut en lavant la résine à grande eau; la subt lance noire est emportée sous forme de povissière.
Ces matières sont le résultat de l'action des réactifs employés, et elles ne paraissent appartenir ni aux principes naturels, ni aux principes accidentels de l'urine.
§ 200. M. Braconnot (i) a désigné sous le nom de cyanourine une matière particulière qu'il a trouvée dans des urines bleue», et sous celui de weZœwo7<rî/ie une autre substance noire, qui se trouvait avec la précédente dans d'autres urines qu'il a analysées (Voy. Urines bleues).
% 201. Le docteur Marcet (2) a donné le nom à! oxyde xanthiqiic à une substance qui constitue une variété très rare de calculs rénaux. Cet oxyde, qui n'existe pas dans le sang n'a été observé qu'une fois dans l'urine par le docteur Marcet, une autre fois par Laugier (3) , enfin tout récemment par MM. VVohler et Liebig (4). Il tire son nom de la propriété qu'il a de produire une couleur jaune-citrine quand on le traite par l'acide niti'ique (Voyez Calculs urinaires).
§202. La cystine (5) , découverte par Wollaston et appelée d'abord par lui oxyde cyslique, n'existe point dans le sang, mais elle forme des calculs urinaires dus à l'agglomération de cristaux confus, demi Iranspai'ens, jaunâtres, insipides. On reconnaît la cystine , en ce qu'elle précipite, en lames hexagones incolores et transparentes , visibles au microscope , lorsqu'on traite sa dissolution dans la potasse par l'acide acétique, ou bien encore , comme M. Guibourt et moi l'avons constaté, en
(1) Annales de cliimie et de physique. \X. xxix. p. 252.
(2) Marcet.^» essajr on calculous disorders, la-S, second édit., 1819, p. xo3.
(3) Jour, de chim. méd. t. v. p. 5i3.
(4) Annalen derPhysik und Cheinie, vol. xli. cab. 2. p. 293. — VExpé' rience. vol. 1. p. igr.
(5) Annales de chimie, t. lxvi. p. 11. Voyez aussi les observations de Robert {Joum, dffkarm. t. viii. p. i65), de Stromeyer {Annales de chimie, t. xxvn.p. 221), de 0. Henry {Journal île pharmacie, t. xxfrr. p. 71) de Lassaignc {Annal. <lc chimie et de physique, t. xxiii. p. 329), do M. Taylor {Lond. med, Gazette, loin. xxii. p. 189).
ALTÉRA.TIONS DE l'uRINE (saUg). l33
dissolvant la cystine dans l'ammoniaque , d'où les cristaux se précipitent par l'évaporation spontanée.
L'oxyde cystique peut être , en outre, distingué par sa solubilité dans les alcalis et dans les acides nitrique, pliosphorique, sulfurique, etc., et par Podeur caractéristique qu'il dégage en brûlant (Voyez Calculs urinaires).
§ 2o3. Pendant le cours de plusieurs maladies, le sang , ou un de ses élémens organiques (albumine , globules sanguins, fibrine) peut se ti'ouver accidentellement dansl'ui'ine.
Le sang, rendu dans l'urine, peut venir des reins, des uretères, de la vessie, de l'urèthre, etc. (Voyez Hèmorrhagics rénales, cancer des reins , etc . ).
Le sang rendu avec l'urine est dans divers étals. Tantôt il est délayé dans ce fluide , qui prend une teinte plus ou moins foncée, semblable à l'eau dans laquelle on aurait fait une saignée du pied; ou bien, lorsque l'hémorrliagie est plus abondante , il se forme de véritables caillots , qui finissent par se décolorer et dont l'expulsion est quelquefois difficile. Ils ont ordinairement la forme d'un ver ou d'une sangsue , lorsqu'ils se sont formés dans les uretères; ils sont au contraire sans forme déterminée, lorsque le sang s'est coagulé dans la vessie;"
Les urines sanguinolentes, abandonnées à elles-mêmes, qu'elles soient acides ou alcalines, donnent un sédiment rougeâtre pliis ou moins considérable , composé de globules sanguins et de fibrine.
L'urine sanguinolente précipite par l'acide nitrique et se trouble par la chaleur j elle offre des globales sanguins au microscope.
Lorsque la quantité de sang contenue dans l'urine n'est pas très considérable, l'urine peut être acide ; mais elle devient plus promptement alcaline que l'urine saine.
La couleur rouge des urines n'est pas un indice certain de la présence du sang,(§ iig. JLorsque le sang est rendu pur ou presque pur, ou en caillots, l'examen microscopique de l'urine, superflu pour indiquer la présence du sang, est nécessaire pour déterminer si l'urine contient en outre des globules de pus, des malièies cristallines, des animalcules, etc.
l34 PROLÉGOMÈJNJKS.
§ 204. L'urine, clans l'clat de santé, ne contient pas à'albu' mine; mais on peut en extraire des quantités plus ou moins considérables dans plusieurs maladies (1) (notamment dans la néphrite albumineuse ) et dans plusieurs autres afl'eclions dans lesquelles le sang pur, le sérum ou tout autre liquide conte nant de l'albumiue est versé accidentellement dans quelques parties de l'appareil excréteur de l'urine.
Toutes les fois que l'urine contient une matière coagulabic par la chaleur et par l'acide nitrique, et qu'elle ne précipite pas par l'acide acétique, elle est albumineuse. La réuuion de ces caractères chimiqiies ne laisse aucune incertitude.
Une urine qui contiendrait du lait ou de la caséine , soit naturellement, soit par addition artificielle, offrirait, par la chaleur, un coaguluni et précipiterait par l'acide nitrique, comme les urines albumineuses; mais elle serait aussi coagulée par l'acide acétique; d'ailleurs, des urines véritablement laiteuses n'ont jamais été observées à ma connaissance; celles que l'on a données pour telles , étaient ou des urines purulentes ou des urines chyletises , ou des urines albumineuses et graisseuses, ou des urines contenant des matières grasses.
§ 2o5. Lorsque l'urine est albumineuse et qu'on l'expose,
(i) Cruiclislianli (J.). [in, Rollo. Cases of the diabètes meUitus. in-8. Lond. 1794. second edjt. page 443), Nysten [Rech. de phys.etde chimie palhulog. iii-8. Paris. 1811), ont indiqué la présence de l'albumine dans l'urine, dans l'hydropisie généralejWeïls l'a signalée {Trans.ofasocieljforlhe imjircv.of médical nnd chirurg, knowledge. vol. m. p. 167. Lond. 1812) dans l'hydropisie qui survient à la suite de la scarlatine et dans quelques autres ; Blat-kall (0/>s. on the nature and cure of drnpsies, in-8. Lond. tliird edit. ïStS) a fait de la présence et de l'absence de l'albumine dans l'urine le signe distinclif de doux espèces fondamentales d'hydropisies ; M. Brigbt (Repolis of médical cases, in-4. 1827) a rattaché ce signe à des lésions rénales particulières ; deux de mes clères, M Tissot (de V Hydropisic causée par Vaffeclion granuleuse des reins, Paris. i832), et M. Désir (De la présence de l'albumine dans l'urine, considérée comme phénomène et comme signe dans les maladies, in-.\, Paris, i835) ont publié des observations et des remarques sur la présence de l'albumine dans l'urine, dans l'hydropisie par affection de reins et dans quelques autres maladies. (Voy. Néphrite albumineuse).
ALTÉRATIONS DE l'urine (albuminé). i35
dans un tube de verre, à la chaleur d'une lampe à l'espritde-vin, ou sur des charbons ardeiis , on voit bientôt le liquide se troubler : un nuage blanchâtre ou des stries se forment près des parois du vase et gagnent le centre à mesure que la chaleur augmente.
Si l'urine est très chargée d'albumine, elle prend plus rapidement, par la chaleur, l'apparence laiteuse; le nuage s'étend bientôt à toute la hauteur du liquide et devient plus épais. Avant l'ébuUition , on Voit déjà beaucoup de grumeaux ou de flocons blancs, suspendus dans toute la colonne du liquide , et qui se prennent quelquefois en une masse solide.
Si la quantité d'albumine est peu considérable, au contraire, l'urine se trouble légèrement et présente un nuage dans lequel on voit de petits flocons qui ne forment jamais une masse solide comme dans le cas précédent.
Lorsqu'il n'y a qu'une petite quantité d'albumine, et qu'on prolonge l'ébuUition , l'urine , prend une teinte légèrement laiteuse , et on voit en suspension de petits grumeaux d'albumine qui se précipitent ensuite au fond du tube.
L'ébuUition prolongée racornit l'albumine coagulée et diminue son volume.
Lorsqu'on se sert d'une capsule , l'albumine, si elle est en quantité notable, se ramasse au moment dè l'ébuUition, à la surface du liquide en une pellicule blanchâtre; puis elle se réunit en flocons plus ou moins épais, d'abord suspendus dans le liquide , et qui gagnent ensuite le fond du vase.
§ 206. Lorsqu'une urine albumineuse est alcaline au moment de l'émission, oulorsqu'elle est devenue telle après son exposition à l'air, si on la soumet à l'action de la chaleur, l'albumine ne se coagule pas ordinairement; quelquefois même l'urine ne se trouble point, si elle était transparente. Cependant, lorsque la quantité dé l'albumine est considérable, l'urine prend une teinte laiteuse. Alors , si on ajotite plusieurs gouttes (r) d'acide nitrique , l'albumine se coagule à l'in-
(i) Lorsqu'une urincest à-la-fois albumineuse ot alcaline, elle'ne se trouble pas ordinairement par l'ébuUition, parce que, ainsi qu'on le sait depuis long-
l36 PROLÉGOMÈNES.
stant , et se précipite ; l'urine devient transparente dans sa partie supérieure, et prend une teinte citrine ou rougeâtre, s'il y a réaction de l'acide nitrique sur la matière colorante ou sur l'acide urique.
Lorsqu'une urine est alcaline, et qu'elle se trouble par l'action de la chaleur, il faut se garder d'attribuer ce phénomène à la présence de l'albumine j il est dû ordinairement à la précipitation des phosphates; ces espèces d'urines deviennent claires etsans dépôt, par l'addition de l'acide nitrique. Elles ne se troublent pas par l'ébuUilion lorsqu'on les a rendues acides avant de les exposer à l'action de la chaleur. J'insiste sur ces faits, car j'ai vu prendre pour albumineuses {à la vérité par des personnes peu habituées à ces sortes de recherches, quoique fort instruites d'ailleurs) des urines alcalines qui se troublaient ainsi par la chaleur et qui ne contenaient pas un atome d'albumine.
Lorsqu'une urine , après avoir été filtrée , si elle est trouble ,
temps, les cnibonates alcalins solublcs et leurs alcalis s'opposent à la coagulation de l'albumiuc par la chaleur. On a recommandé de nentraliscr préalablement l'alcali par uu acide, et on a supposé que, dans tous les cas, on rendrait à l'albumine la propriété d'être coagulée par le calorique. Mais il n'en est pas toujours ainsi. En effet lorsqu'à une urine albumineusc et .ilcalinc, ou seulement neutre , on yjoute une très petite quantité d'acide nitrique, par exemple, une goutte sur un gros, l'urine ne se trouble pas par l'ébullition ; mais la précipitation a lieu, à froid comme à cliaud, par l'addition de plusieurs gouttes d'acide nitrique. Désirant connaître à quoi était due la non-coagulation de l'albumine de l'urine dans le premier cas, nous avons fait, M. Guibourt et moi , des essais sur l'action réunie de quelques acides et du calorique sur l'albumine du blanc d'œuf. Voici quels en ont été les résultats :
Lorsqu'on étend du blanc d'ccuf de 6 à 8 fois son poids d'eau, le liquide filtré se trouble fortement par l'ébullition ou par une addition suffisante d'acideuitriquc ; mais si à ce liquide filtré on .njoiitc seulement de 1/72"' a 1/100° d'acide nitrique, la liqueur conserve sa transparence, même à In température de l'ébullition. Elle se coagule aussitôt qu'on augmente la quantité d'acide.
L'action des autres acides sur l'albumine présente aussi quelques particularités remarquables. L'acide pbosplioriquc ordinaire, en petite ou en grande quantité, ne trouble pas une solution d'albumiuo et lui enicre la propriété
ALTÉRATIONS DE l'urine {alhumiiié). i37
et acidulée si elle est alcaline , est soumise à l'action de la chaleur, soit dans un tube(0, à !a liamnie d'une lampe, soit dans line pliiole, sur le feu, ou dans de l'eau bouillante au bainniarie, et qu'elle se trouble ou donne un coagulum insoluble dans l'acide nitrique , on peut conclure qu'elle contient de l'albumine.
§ 207. L'acide nitrique, versé dans une urine albumineuse , la trouble plus ou moins, et en précipite des flocons d'un blanc laiteux, ou d'un gris jaunâtre ou blanchâtre, qui, après avoir été lavés, se dissolvent dans la potasse caustique et
de se coaguler par l'ébullition. L'acide acétique, en petite ou en grande quantité, ne précipite pas l'albumine. Lorsqu'il est en très petite quan> tité , il ne lui ôte pas la propriété de se troubler par l'ébullition; mais en augmentant la quantité d'acide, l'albumine reste parfaitement dissoute .1 la température de l'ébullition. Dans ce cas, comme pour l'acide pbospboriquc , l'albumine est toujours coagulable par l'acide nitrique.
L'acide chlorbydrique , en petite quantité , ne précipite pas l'albnmlne à froid, mais il ne lui enlève pas la propriété de coaguler par la chaleur. L'acide sulfurique affaibli, en petite comme en grande quantité, ne précipite pas l'albumine à froid. Lorsqu'on fait bouillir , la liqueur se trouble, mais moins que s'il n'y avait pas d'acide.
11 résulte de ces expériences que l'acide nitrique en très petite quantité , l'acide acétique et l'acide pliosphorique , enlèvent à l'albumine la propriété d'être coagulée par l'ébullition, mais non celle d'être précipitée par l'acide nitrique. Or, comme il serait possible qu'une urine contint à-la-fois de l'albumine et un peu d'acide phospborique libre, on voit que l'acide nitrique est un moyen plus certain et plus général que l'ébullition pour y faire reconnaître la présence de l'albumine, si on a soin surtout d'examiner la matière coagulée ou précipitée, au microscope. Toutefois il est toujours bon de contr61er l'une des réactions par l'autre , l'action de la chaleur par celle de l'acide nitrique.
(i) Il faut mettre peu d'urine dans les tubes, afin de pouvoir prolonger convenablement l'ébullition; sans cette précaution le liquide s'élance hors du tube, ou bien, l'action de la chaleur étant interrompue, l'urine, sJ elle ne contient qu'une petite quantité d'albumine, peut ne pas présenter de grumeaux ou de filanicns, par une légère ébuUition. J'ai vu des urines qui, soumises à une trop faible ébuUition dans d(!s tubes , ne donnaient point de traces d'albumine, et qui en offraient de très sensibles daps «Tic capsule, ou l'ébullition était plus prolongée.
ne peuvent être précipités de cette dissolution par l'acide acétique.
Le précipité déterminé par l'acide nitrique dans quelques urines, peut être formé d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque , lorsque cet acide ou ce sel existe abondamment dans l'urine. Dans ce cas, l'urate d'ammoniaque peut être redissous par un excès d'acide nitrique; mais l'acide urique ne se redissout pas , à moins d'un grand excès de l'acide ajouté, et il reste déposé sur les parois du tube. Il faut donc se garder de considérer comme albumineux (et j'ai vu commettre celte erreur), tous les précipités que l'on obtient en versant de l'acide nitrique dans l'urine. Certaines urines d'un rouge très foncé, rendues par des malades atteints d'ascites symptômatiques de maladies du foie , ou affectés de péritonite , de rhumatisme , etc., donnent par l'acide nitrique un précipité considérable d'urate d'ammoniaque ou d'acide urique, dont la proportion est très grande dans ces espèces d'urines ; mais dans ce cas, le précipité formé disparaît par un excès d'acide ou par la chaleur, et la liqueur reprend sa transparence et se colore en rouge ou en rose pourpre. Si on abandonne ensuite ces urines à ellesmêmes, par le repos et le refroidissement elles laissent déposer une grande quantité de grains rouges d'acide urique uni à une matière colorante ; grains que l'on trouve attachés sur les parois ou au fond du tube.
Le précipité fait dans quelques urines par l'acide nitrique est quelquefois, comme je l'ai déjà dit, composé d'albumine, d'urate d'ammoniaque et d'acide urique. Pour distinguer ces précipités complexes des précipités simples d'albumine , il sui&t de les examiner au microscope; l'albumine coagulée a une apparence lamelleuse, chagrinée, particulière,- la présence de l'acide Urique ou de l'urate d'ammoniaque dans le précipité est indiquée, dans le premier cas, par les cristaux d'acide urique, et dans le second par une poudre amorphe bientôt remplacée par de semblables cristaux, lorsque l'action de l'acide nitrique sur ce sel est complètement opérée.
La proportion de l'acide urique ou de l'urate d'ammoniaque peut être indiquée par l'acide acétique qui ne précipite
ALTÉRATIONS DK l'drine (albuniine). 189
point l'albumine; et la proportion de cette dernière, par la chaleur, qiii rend la dissolution de l'urate d'ammoniaque plus complète, et coagule l'albumine.
§ 208. Lorsqu'on traite l'urine par l'acide nitrique, il faut avoir le soin de le verser presque goutte à goutte; il faut aussi éviter d'en mettre une trop grande quantité qui crisperait l'albumine de manière à donner l'image d'une moins grande quantité de ce principe.
C'est à tort que quelques personnes ont dit que l'albumine contenue dans l'urine se dissolvait dans un excès d'acide nitrique; mais, l'urate d'ammoniaque, qui se précipite quelquefois en même temps que l'albumine, se dissolvant dans un excès d'acide nitrique, le précipité d'abord oblenupeutparaître moins considérable. Le même phénomène a lieu dans les urines albumineuses qui contiennent d'autres urates.
§ 209. Lorsqu'une urine est rougeâtre , si elle doit cette couleur à de l'albumine chargée de cruor (globules sanguins et matière colorante du sang), en la traitant par l'acide nitrique on précipite l'albumine, les globules et la matière colorante.
Une urine d'une teinte foncée, due à la matière colorante de l'urine, et à laquelle on ajoute artificiellement de l'albumine, ne se décolore pas lorsqu'on précipite cette dernière substance par l'acide nitrique. D'ailleurs, en soumettant au microscope les urines albumineuses rougeâtres, on dislingue toujours, dans la liqueur, des globules sanguins , jaunâtres , qui se dissolvent dans l'eau et dans l'acide acétique. En outre , lorsqu'on examine au microscope de petites parties du coagulum formé par la chaleur ou par l'acide nitrique, on voit les globules sanguins enchevêtrés dans les lamelles de l'albumine coagulée.
En résumé, la chaleur et l'acide nitrique aidés de l'inspection microscopique , sont d'un usage facile dans les expériences cliniques; leur action combinée est un moyen suret prompt, mffttie pour reconnaître des quantités minimes de matière albumincuse, avec ou sans globules sanguins ou muqueux, si l'on prend les précautions indiquées plus haut (§ 3o6), pour éviter toutes les chances d'erreur.
§ 210. Pour reconnaître la présence de l'albumine dans l'u-
l4o PROLÉGOMÈJVES,
l ine , on a proposé d'autres réactifs. Ainsi, un mélange de prussiate de potasse et d'acide acétique étendu donne sensiblement les mêmes résultats que l'acide nitrique, relativement à la coagulation de l'albumine. C'est un bon réactif, mais il a l'inconvénient de colorer l'urine en bleu-vert.
L'alcool , le sublimé corrosif, l'alun, le tannin, indiqués pareillement comme réactifs de l'albumine , dans l'urine sont des agens complètement infidèles.
Deux parties d'alcool sur une d'urine, déterminent rapidement la coagulation de l'albumine contenue dans l'urine; mais l'alcool trouble fortement toutes les urines chargées de mucus. En outre, en s'emparant de l'eau qui tient certains sels de l'urine en dissolution, ce réactif donne souvent lieu à des précipités non albumineux que la chaleur fait disparaître. Toutefois, en examinant au microscope le coagulum produit par l'alcool, on pourrait reconnaître s'il contient ou non des globules rauqueux ; il serait encore préférable de filtrer les mines avant de les traiter par ce réactif.
Le tannin précipite non-seulement l'albumine , mais encore le mucus et d'autres principes que l'on rencontre dans l'urine : aussi la plupart des urines, traitées par le tannin , se troublent-elles ou fournissent-elles des précipités : c'est donc un réactif infidèle de l'albumine. Et lors même qu'on aui-ait la précaution de filtrer d'abord l'urine , afin de la débarrasser du mucus , d'autres matières animales contenues dans l'urine pourraient encore être précipitées par le tannin.
Le sublimé corrosif est également un réactif infidèle ; il est peu d'urines dans lesquelles il ne détermine un précipité plus ou moins abondant, qu'elles contiennent ou non de l'albumine. En effet, ce sel est décomposé par les sels de l'urine (sulfates, phosphates), et par des matières animales contenues dans l'urine.
L'alun (i) trouble une urine qui contient de l'albumine,
(i) 37 urines , dont une seule .-irnit donne un coagulum par la chaleur et l'ociJc nitrique , ont été traitées par l'alun en dissolution , et neuf ont donné uu précipité abondant.
ALTÉRATIONS DE l'uiune {albumiiiè). \L\\
mais il occasionne également des précipités dans des urines non albumineuses.
<5 au. Les urines albumineuses diffèrent entre elles, nonseulement, parla proportion d'albumine qu'elles contiennent, mais encore par des proportions inégales des autres élémens de l'urine, surtout de l'urée et des matières salines, ou même par la présence de divers principes accidentels. Ainsi lorsque, dans le purpura, une certaine quantité de sang se mêle accidentellement avec l'urine, la proportion de l'urée et des sels est quelquefois naturelle ou même considérable, et la pesanteur spécifique de l'uriue est au-dessus de celle de l'ui'ine saine. Dans la néphrite alburaineuse chronique, au contraire, la proportion de l'urée et celle des sels sont peu considérables , et la pesanteur spécifique de l'urine est le plus souvent au-dessous de celle de l'urine ordinaire ; il est impossible de confondre entre elles ces deux espèces d'urines qui n'ont de commun que la présence de l'albumine. Dans le rhumatisme aigu , dans la péritonite, dans la fièvre typhoïde, surtout lorsque la diarrhée est abondante, et dans plusieurs autres maladies aiguës , l'urine contient aussi quelquefois de l'albumine (rarement en proportion notable comme dans la néphrite albumineuse) ; mais dans cette dernière affection, jamais l'albumine n'est associée à un excès d'urate d'ammoniaque j jamais l'urine abandonnée à elle-même ne donne un précipité abondant de ce sel. Dans l'urine mélangée de pus, l'acide nitrique et la chaleur décèlent bien la présence de l'albumine; mais la présence des globules purulens , et parfois celle d'une proportion considérable d'urates ou de phosphates séparent nettement ces urines les unes des autres. Dans l'urine chyleuse, l'albumine est associée à une grande quantité de matière grasse, etc. C'est pour n'avoir pas convenablement étudié ces différences, que quelques personnes sont restées si incertaines, si indécises dans le diagnostic de la néphrite albumineuse. La réunion des résultats fournis par les réactifs de l'albumine , par la balance ou l'aréomètre, et par l'analyse de l'urine et l'inspection microscopique, est donc d'une nécessité absolue pour le diagnostic des maladies avec urine albumineuse, et, notammen t
l/ja PROLIÎGOMKNFS.
pour celui de la néphrite albumineuse avec ou sans hydropisie (Voyez Néphrite albumineuse).
On jugera approximativeineut de la quantité d'albumine , par la proportion du coagulmn eu égard à la masse du liquide ; ou bien , après avoir coagulé l'albumine par la chaleur, on filtrera la liqueur, on prendra le poids du précipité ainsi obtenu, après l'avoir lavé à l'alcool et desséché, et, en le retranchant du poids du liquide employé , on déterminera la proportion de l'albumine. La chaleur a de plus l'avantage de n'ajouter aucun principe à l'urine , si l'on veut pousser plus loin son analyse. Le coagulura albumineux contient loujoiu-s un peu d'urée, §216.
Lorsque de l'albumine et des globules de sang ou de mucus existent dans l'urine, si on la soumet à l'action de la chaleur ou de l'acide nitrique, le coagulura entraîne avec lui les globules qui, avec une petite quantité d'urée, en augmentent le poids.
§ 212. Sous le rapport de leur couleur les urines albumi-r neuses offrent entre elles des différences remarquables.
Au début de la néphi'ite albumineuse, elles sont souvent rougeâtres, et, en les examinant au microscope, on reconnaît que cette couleur est due à la présence de globules sanguins ; plus tard, elles sont le plus souvent d'un jaune paille ou d'une teinte jaune pâle verdâtre, analogue à celle du petit lait non clarifié , et sont plus ou moins troubles ; souvent alors elles s'éclaircissent par l'éther, qui dissout la matière grasse à la présence de laquelle elles doivent leur opacité. D'autres restent louches après avoir été traitées par l'étlier, parce qu'elles tiennent en suspension une quantité notable de mucus qui au microscope présente des lamelles et des globules muqueux; car, lorsque ces urines albumineuses ont été filtrées, elles sont parfaitement limpides.
L'urine albumineuse peut être transparente, si elle est acide au moment de son émission, et qu'elle contienne très peu de mucus et très peu de matières grasses.
^ ax3. M. Christison (0 a constaté que, dans les hydropisies
(i) Christison (Robert). On the cause of the milky and whey-like appea-
ALTÉRATIONS DE l'urine {albumine). il\?>
avec urine coagulable, le sérum du sang avait fréquemment l'aspect du petit lait; en le traitant, par l'éllier sulfurique, il en a séparé une matière grasse, qui dans un cas était dans la proportion de i pour loo.
D'un autre côté , dans la même maladie , en traitant par l'éther plusieurs échamillons d'urine, j'en ai extrait une quantité de matière grasse évidemment supérieure à celle que contient l'urine saine. Ces urines albiimino-graisseuses offraient un coagulum albumineux par l'acide nitrique et par la chaleur , et ne précipitaient pas par l'addition de l'acide acétique.
Le rapport de l'excès de la matière grasse dans le sérum du sang, avec un excès de matière grasse dans l'urine, a donc lieu très probablement dans un certain nombre de cas, quoiqu'il n'ait point été constaté à l'occasion d'un fait particulier.
Thomson ( i) avait déjà remarqué que l'urine, dans certaines hydropisies , était laiteuse et coagulable par la chaleur.
% ai4' L'urine est tantôt rougeâtre, tantôt d'un fouge-brunâtre assez semblable à de la lavure de chair, lorsque la matière colorante du sang a passé en certaine quantité dans l'u rine en même temps que l'albumine , comme dans l'état aigu de la néphrite album ineuse , dans le purpura avec hématurie, dans la néphrite avec hémorrhagie rénale , etc. C'est presque toujours au début de ces maladies, dans leur période d'acuité ou dans leurs exacerbations, qu'on observe la teinte roiigeâtre de l'urine.
Lorsqu'on laisse reposer les urines albumineuses rougeâtres, au bout de quelque temps on voit au fond du vase des flocons filamenteux rougeâtres, qui, quelquefois, sont fournis parla partie fibrineuse du sang, d'autres fois par du mucus et une petite quantité d'albumine , ou enfin par des proportions inégales de ces trois corps.
§ 2i5. Les urines albumineuses offrent des différences re-
rance, sometimes observed in ihe blood (Ediub. med, and surg. Journ, april. iâ3o).
(t) Thomson. Sysicme de chimie, i, ix. p. 5i83.
l44 PROLÉGOMÈNES.
marquables dans leur pesanteur spécifique, suivant la nature des maladies dans lesquelles on les observe. Ainsi, dans la néphrite albumineuse, devenue chronique , la pesanteur spécifique de l'urine , en général , est moindre que dans l'état de santéj la moyenne est de ioi3 à 1018; tandis que chez l'homme sain elle est, suivant moi, d'environ 1018 et, suivant d'autres, de 1024 à 102G. Ces calculs résultent, nonsevilement d'expériences faites par M. Gregory sur cinquantedeux sujets bien portans et cinquante sujets affectés d'urines albumineuses, mais encore d'expériences analogues faites depuis plusieurs années dans mon service à l'hôpital de la Charité. J'ai vu des cas exceptionnels de néphrite albumineuse dans lesquels la pesanteur spécifique de l'iuine était très augmentée (loSs); mais dans ce cas, l'uiine contenait une quantité considérable d'albumine et de globules sanguins. i~- § ai6. Lorsque l'urine est sécrétée albumineuse, ou lorsqu'elle contient de l'albumine par suite de son mélange avec des humeurs qui, elles-mêmes en contiennent, la quantité de l'urine excrétée peut être ou non en rapport avec les boissons. Ainsi lorsque l'urine est rendue albumineuse par son mélange avec une certaine quantité de pus, de sang, etc. , la quantité excrétée, en 24 heures, peut être jusqu'à un certain point en rapport avec celle des boissons. Dans la néphrite albumineuse avec hydropisie, souvent la diminution est peu sensible; quelquefois la sécrétion de l'urine égale et surpasse même la sécrétion normale; dans d'auti'es cas, la diminution est pi-esque de la moitié, surtout s'il y a en même temps un mouvement fébrile et de la diarrhée.
M. Guibourt et moi, en examinant l'urine d'individus atteints delà néphrite albumineuse , nous y avons toujours constaté, avec la plus grande facilité la présence de l'urée , quoique en moindre proportion que dans l'urine saine , en coagulant l'albumine parla chaleur, filtrant, faisant évaporer le liquide à siccité, traitant le résidu par l'alcool rectifié afin d'éliminer toutes traces d'albumine et les sels insolubles, évaporant l'alcool, et traitant le produit, concentré et froid, par de l'acide nitrique. Mais des expériences ultérieures nous ont dé-
ALTÉRATIONS DE l'drini: {cilhuminé).
montré que l'albumine, en se coagulant, entraînait avec elle line certaine quantité d'urée.
M. Mac-Gregor(0 a évité l'inconvénient que nous venons de signaler ; mais il est tombé dans un autre bien plus grave, en ne recherchant l'urée que dans le coagulum. Pour s'assurer de la présence de l'urée dans l'urine albumineuse, il faut, dit-il, coaguler l'albumine par la chaleur, la sécher avec soin au bain-mariej ensuite diviser au lant que possible le coagulum elle traiter par l'alcool bouillant, qui dissout l'urée. Or, nous avons répété le procédé de M. Mac-Gregor. Une urine fortement albumineuse a été coagulée à l'aide de la chaleur, et le coagulum, recueilli sur un filtre, a été lavé une fois avec de l'eau distillée. Le coagulum lavé a été desséché, pulvérisé et traité d'abord par l'éther. L'éther, décanté et évaporé, a laissé un léger résidu, composé d'une quantité minime d'urée entourée par un grand cercle de gouttelettes d'une huile jaune et transparente. L'albumine, épuisée par l'éther, a alors été trailée par l'alcool rectifié bouillant; l'alcool, évaporé, a laissé un résidu bien plus considérable que l'éther, et qui contenait une forte proportion d'urée ; car il se solidifiait entièrement par l'acide nitrique. Ainsi l'albumine , en se coagulant par la chaleur, avait réellement e:atraîné avec elle ou retenu entre ses particules une certaine quantité d'urée. Mais l'urine dont nous avions séparé l'albumine par la chaleur et le filtre, ayant été évaporée, a laissé un résidu incomparablement plus considérable que celui qui provenait de l'albumine coagulée, et la quantité d'urée démontrée, dans ce résidu, par l'acide nitrique , était certainement plus de cent fois plus considérable que celle qui avait été extraite de l'albumine.
Il résulte donc de ces diverses expériences que, pour apprécier rigoureusement la quantité de l'urée dans une urine albumineuse, il ne faut ni se borner à traiter le coagulum
(i) M. Mac-Grcgor. An expérimental inquiry inlo the comparative state of urea in healthy and discased urine, etc. (Loudon incdic.il g.izette, raay, 1837. p. 268). — Ce mémoire a été i)u))lié dnns la Presse médicale, iSJy. p. 3i3 , avec des notes de MM. Guibourt et Rayer.
obtenu par la chaleur, comme le conseille M. Mac-Gregor, ni négliger les parties albuminouses conlenues dans le coagulum, ainsi que noua l'avions fait et que' d'autres le font encore.
Dans quelques cas de diabète, on a vu l'albumine se trouver dans l'urine en même temps que le principe sucré; les procédés employés ordinairement pour constater la présence de l'albumine sont également applicables dans ce cas.
§ 217. Lorsqu'une urine alburaineuse contient eu outre une quantité plus ou moins considérable de matière grasse , il faut la débarrasser d'abord de celte dernière, en la traitant par l'é-r ther, avant de recourir à l'action de la chaleur ou de l'acide nitrique pour coaguler l'albumine. Sans cette précaution, l'albumine, en se précipitant, entraînerait une quantité notable de matière grasse, et sa proportion ne pourrait être exactement appréciée (Voyez Vrines chyleuses: Hématurie endèmiqiie).
M. Prout(i) a émis l'opinion que, dans l'urine chyleuse, l'albumine était dans un état particulier qu'il a désigné soiis le nom à'i7ic{pient albumen. J'ai eu l'occasion d'exa-r miner, avec M. Guibourt , plusieurs de ces urines chyleuses (2) , et nous avons constaté qu'elles devaient leur aspect laiteux à une matière grasse ; que , traitées par l'ér tber, elles devenaient transparentes; enfin que, lorsqu'elles étaient acides ou rendues convenablement acides par l'acide nitrique, elles étaient coagulables par la chaleur et par l'acide nitrique. Nous n'avons pas remarqué que, dans ces espèces d'urines, débarrassées par l'éthcr de la matière grasse , Fal^ bumine ge comportât autrement que dans les autres urines albumineuses , lorsqu'on les traitait par l'acide nitrique ou la chaleur.
§ 2 1 8. Lorsqu'on examine les urines albumineuses au moment oii elles sont leudues, surtout dans la néphrite albumineuse, on remarque presque constamment, à la surface de l'urine et
(i) Prout (W.). Oa the phenomena 0/ sanguificalîon (Ânnals of pbilosopliy, t. XIII. p. 12).
(a) 11' Expérience, vol. i. pag. SgS et suiv.
ALTÉRATIONS DE l'urine (albumine). i47
contre les parois du vase , un grand nombre de bulles qui restent très long-temps sans s'affaisser; ce qui n'arrive pas de la même manière aux urines ordinaires. Si on agite le liquide ou si on insuffle dedans de l'air, à l'aide d'un tube ou d'un cha' lumeau,il se forme à l'instant même un grand nombre de bulles très volumineuses superposées les unes sur les autres , comme celles que les enfans s'amusent à produire dans l'eati de savon. En insufflant dans des urines saines , on produit bien un grand nombre de buUes comme dans les urines albu^mineuses et muqueuses, mais elles n'acquièrent jamais une aussi grande dimension , et s'affaissent bientôt après qu'on a cessé d'agiter le liquide. Si on ajoute à des urines saines une petite quantité de sérum , pour les rendre albumineuses , on voit, après l'insufflation, des bulles rester à la surface du liquide comme dans les urines naturellement albumineuses.
En étudiant au microscope les parties troubles des urines albumineuses, on aperçoit des lamelles d'apparence membraneuse, de dimensions variables, et irrégulières, et quelque? fois festonnées à leur circonférence. Leur couleur est quelquefois blanchâtre , mais plus souvent jaunâtre ou légèrement dorée (ce qxii tient peut-être à des dépôts salins à leur surface). La surface de ces lamelles est grenue, aréolaire, ponc-^ tuée , demi transparente. La transparence n'est pas la même sur tous les points : presque complète axir quelques-uns, surtout vers la circonférence , sur d'autres elle est rejuplacée parune opacité complète. Ces derniers points sont très grenus , raultiponctués et forment des espèces d'îlots. J'ai spécialement observé ces lamelles lorsque l'urine abumineuse était notahlee ment acide, et déposait des grains d'acide urique cristallisé.
§ 219. Les urines albumineuses d'une teinte légèrement rour geâlre, contiennent quelquefois une si grande q\iantité de globule^ sanguins et de globules rauqupux, que l'inspection vp,\ti croscopique employée comme moyen unique d'observation ^ conduirait à penser que ces espèces d'urines sont de nfiture sanguinolente et purulente. D'un autre côté , les réactifs or^n dinaires de l'albumine, l'acide nitrique et la chaleur, u'indir: queraienl pas la présence des globules du sang , des globules du
i/|8 prolégom]<;nks.
pus ou du mucus, et la connaissance de l'urine serai t incomplète ; d'oii la nécessité de faire marcher constamment de front l'inspection microscopique et les réactifs dans l'étude des altéralions de l'urine.
Si on met sur une lame de verre une goutte de ces urines albumineusesrougeâtres, et contenant un grandnombre de globules grenus ou de globules sanguins, et qu'on laisse tomber une gouttelette d'acide nitrique sur l'urine, elle devient immédiatement opaque et d'un blanc laiteux ; et, si alors on l'examine au microscope, on l'econnaît l'albumine coagulée à des lamelles épaisses dans lesquelles un assez grand nombre de globules sont encbevêtrés. Si, après avoir coagulé ces urines par l'action de la chaleur, on examine au microscope un des grumeaux qu'elle a formés, on distingue également des lamelles d'albumine coagu^lécj contenant enchevêtrés les mêmes globules, qui, en en général, paraissent moins grenus qu'avant l'ébullilion.
$ 9.20. J'aurai plus tard (art. Néphrite albumijieiisé) l'occasion de m'expliquer sur la valeur de la présence de l'albumine dans l'urine , comme signe, comme élément du diagnostic dans les maladies, et je me borne ici à quelques propositions sommaires.
i° Quand l'urine est albumineuse, il existe une lésion de l'appareil génito-urinaire ou de ses fonctions, ou vme altéiation du sang.
Cette proposition sera développée et discutée lorsque je traiterai du diagnostic de la néphrite albumineuse.
2° Dans une hydropisie dépendant de la néphrite albumineuse , quand l'urine est fortement albumineuse , il y a en même temps diminution de l'urée dans l'urine; alors on a quelquefois retrouvé l'urée dans le sang et dans les liquides des cavités séreuses.
3° Dans la néphrite albumineuse, il n'y a pas seulement passage de l'albumine du sang dans l'urine , il y a vice de sécrétion j l'urine contient peu d'urée et moins de sels, et sa pesanteur spécifique est peu considérable. Elle est, en outre, quelquefois chargée de mucus ou de globules sanguins, facilement reconnaissables au microscope.
4" Dans le cours d'un traitement mercuriel , l'urine n'est pas
ALTihiAïiONS DE l'urine {cilbiiiiiiiie). 149
habltuellemeut albuinineuse, à moins d'une afleclion générale (scorbut, purpura), ou d'une maladie intercurrente de l'appareil urinaire. J'ai constaté ce fait, les années précédentes, contradictoirement à l'opinion de plusieurs pathoiogistes ; je l'ai plusieurs fois constaté de nouveau, cette année.
5° Dans plusieurs maladies aiguës, l'urine peut contenir accidentellement une certaine quantité d'albumine, et durant plusieurs jours. Ce phénomène, qui coïncide presque toujours alors avec une augmentation de la pesanteur spécifique de l'urine, avec un excès d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque, indique ordinairement une congestion sanguine des reins, des xiretères ou de la vessie.
6° Cbez un homme sain, l'urine peut être accidentellement et pendant vingt-quatre heures albumiueuse à la suite d'une excitation directe ou indirecte des voies nrinaires , et quelquefois par son mélange avec une certaine quantité de sperme et d'humeur prostatique; pendant la menstruation, l'urine, lors de son émission peut se charger d'une petite quantité de sang et par conséquent d'albumine.
7° Dans la pyélite et dans la cystite aigaës , l'uriue contient beaucoup de mucvis simple, ou du mucus purulent, rarement du pus d'un blanc mat laiteux; dans ces maladies, lorsque l'urine es* colorée par une certaine quantité de sang, elle est toujours plus ou moins albumineuse.
8''Danslea hématuries, l'albumine peut se trouver dans l'urine avec la matière colorante du snng, avec ou sans libriue ou avec peu de fibrine (urines sanguinolentes), ou bien s'y trouver seule ; sa présence ne s'y manifeste h lors par aucun autre signe physique que l'augmentation de la pesanteur spécifique. L'acide nitrique et l'ébullition font reconnaître la présence de l'albumine, et indiquent que l'hémorrhagie continue d'une manière incomplète.
9" lioraque l'urine contient beaucoup de mucus et qu'elle est légèrement albumineuse, s'il existe en même temps des douleurs suivant le trajet des uretères ou dans la région des reins, ces symptômes doivent être rattachés , dans le plus grand nombre des cas, ù une inlUiramutiorj. aigué do la mem-
T 5o PROLÉGOMÈNES.
brane muqueuse des calices, des bassinets ou des uretères (pyélite), et non à une inllammalion delà substance propre des reins (néphrite); les néphrites albumineuses avec inflammation du bassinet Du de la vessie, dans lesquelles oii observe un état analogue de l'urine, sont ordinairement accompagnées d'hydropisie.
10" Si, dans l'urine, on voit un dépôt oti des flocons contenant de l'albumine coagulée, ce dépôt fcfù ces flocons proviehiient presque toujours dfe là Vessie ou des uretères , deS bassitiets ou des calices enflammés d'une manièr-e chronique; Cependant cette coagulation spontanée d'une matière albumirieuse a été observée dans des cas d'urine chyleuse (Prout).
11° Lorsque la matière tuberculeuse est déposée dans les calices et les bassiiietS , dans la vessie ou l'urèthre , l'urine donne des flocons albutnineUx par la chaleur et par l'acidfe nitriqite; mais elle ofi're d'autres caractères dislinctifs.
12° Un abcès de la prostate ou des parties environnantes qui s'ouvre dans la vessie, rend l'urine purulente et albùmineUse ; comme dans la pyélite chronique} elle offre lin sédiment blanc, compacte, formé par le pus , dont les globules sont reconnaissablés au microscope.
i3° Une urine albumineuse et purulente, dans un câs de tumeur des reins , est un des principaux symptôme^d'une pyélite chronique avec distension du bassinet et des calices, et le plus souvent d'un calcul rénal.
i4° Une urine albumineuse et purulente devient glaireuse et filante (catarrhale) par l'addition d'un alcali, ou lorsque l'urine est sécrétée alcaline; dans ce cas, les globules du pus Sont la plupart altérés ou détruits.
1 5° Une urine albumineuse, filante, glaireuse, dite catarrhale, non spermatique (l'absence des animacules étant constatée au microscope), annonce le plus souvent une inflammation chronique de la membrane muqueuse des voies urinaires, et spécialement de la vessie.
i6° Une urine sperraatiqUe, traitée par la chaleur et l'acide nitrique, se trouble quelqucfdis comme une urine ttès légèrement albumineuse; si l'ôbserVatioti microscopique y démontre
ALTÉRATIONS DE l'urine {albumine). l5l
l'existence des animalcules spermatiques , elle décèle la nature de cette urine.
17" L'iirine albuinineuse , chargée de matière colorante du sang, et rendue habituellement, est un symptôme commun à la pyélite calculeuse, au cancer des reins, aux tumeurs fongueuses de l'appareil urinaire , aux hématuries essentielles , à toutes les maladies enfin dans lesquelles une certaine quantité de sang peut être versée dans les voies urinairesj d'une manière passagèrej continue ou intermittente. Souvent alors, lorsque l'héraorrhagie est rénale j les malades rendent en même temps des caillots fibrineux , vermiformes.
18° Si une urine pâle et louche, ordinairement sans dépôt donne, par la chaleur et par l'acide nitrique, un coRgulum albumineux abondant, qu'elle contienne ou non d'autres élémens du sang, si sa pesanteur spécifique est au-dessous de la pesanteur normale; s'il y a en même temps diminution de l'urée j de l'acide urique, des urates et des phosphates j et hydropisie générale, quelque légère qu'elle soit, et que ces phénomènes persistent avec ou sans fièvre, avec ou sans douleur dans les lombes» on peut affirmer qu'il existe une des trois altérations du rein décrites par M. Bright, ou plutôt vme des six que je décrirai sous le nom de néphrite alhiimineiise,
19° Une urine albumineuse d'une faible pesanteur spécifique, offrant les caractères de celle qui est indiquée dans le paragraphe précédent, chez une pérsontie qui ne présente pas d'autres signes de maladie, suffit pciur faire reconnaître line néphrite albumineuse et pour faire prévoir le développement ultérieur d'une hydropisie, si la maladie se prolonge.
20° Si, après avoir été excessivement abondante, avec une saveur plus ou moins sucrée , l'urine devient coagulable par la chaleur et l'acide nitrique , ce phénomène indique , suivant M.Thenard et Dupuytren , un progrès vers la guérison ; d'autres le signalent comme un passage vers l'hydropisie , et j'ai plusieurs fois constaté l'exactitude de ce présage.
52i°D'un autre côté, j'ai vu un diabétique devenir hydropique, sans que l'urine fût albumineuse, et par le fait d'une véritable cachexie.
l52 PROLÉGOMÈNES.
3 2° En résumé, la présence de l'albumine dans l'urine esl un phénomène commun a plusieui's maladies aiguës ou chroniques des voies urinaires, à quelques maladies générales (purpura, scorbut, fièvres éruptives hémorrhagiques, etc.). Pour acquérir une signification positive dans le diagnostic de plusieurs maladies oîi il est observé, ce phénomène demande le concours de la connaissance des autres conditions de l'urine, de plusieurs autres symptômes, ou de quelques signes négatifs.
La présence ou l'absence de l'albumine dans l'urine a une importance capitale dans le diagnostic des hydropisies et des affections qui les produisent; lorsqu'il existe en même temps une diminution de l'urée et de la pesanteur spécifique de l'urine, c'est , comme j'ai déjà dit , le symptôme le plus constant, et pendant la vie le signe le plus positif de la néphrite albumineuse.
§ -2^1. L'urine albnmineuse et graisseuse se distingue facilement de l'urine , contenant artificiellement du caséum ou du lait. L'acide acétique ne précipite pas l'albumine, tandis qu'il trouble et coagule en grumeaux le caséuni. Si l'on traite par l'acide acétique une urine albumineuse, qu'elle ait ou non un aspect laiteux dû à une matière grasse, il ne se forme point de grumeaux, et l'urine passe trouble à travers le filtre; si, au contraire , on traite par l'acide acétique de l'urine à laquelle on a ajouté une certaine quantité de lait, le caséum se coagule, et l'urine , après avoir été filtrée, est transparente.
§ 222. Glohules sanguins. A l'aide de l'inspection microscopique, on peut reconnaître les globules sanguins, soit dans l'urine, soit dans un sédiment qui n'offre point de caillots fibrineux, lorsqu'ils sont en trop petit nombre pour que l'œil puisse en soupçonner la présence. Dans les maladies chroniques du foie, l'urine et ses sédimens ayant une teinte rouge très foncée, indépendante du sang, l'inspection microscopique est souvent nécessaii-e pour reconnaître l'existence des globules sanguins. Dans les urines rougeâtres des individus atteints de néphrite albumineuse, on aperçoit toujours des globules sanguins bien caractérisés. D'autres n'oflVent pas de noyau central , mais ont conservé leur couleur jaune; d'autres paraisseut déformes et ont
ALTÉllATlONS HE l'uRINE {gloù. SCUlg.). l53
une forme elliptique; d'autres eufin sont déchiquetés sans être grenus comme cexix du pus ou du rauco-pus.
Les globules sanguins s'altèrent et disparaissent assez prompteraent dans Purine abandonnée à elle-même , à l'air libre. Leur forme change ; la couleur jaune paraît persister plus long-temps. Au reste, ces résultats sont modifiés par l'acidité ou l'alcalinité de l'urine.
§ 223. Si on étudie comparativement une gouttelette de sang pur étendue d'eau sucrée, et une gouttelette du même sang dans une urine naturellement très acide, au bout d'un certain temps, on voit que les globules du sang , dans l'eau sucrée , ont conservé leur volume et leurs dimensions, tandis que ceux qui ont été dans l'urine éprouvent plusieurs modifications. La plus remarquable , c'est l'irrégularité de leur circonférence, qui, souvent, apparaît comme crénelée, et toujours plus ou moins déformée. En outre, la dimension de plusieurs de ces globules est évidemment diminuée , et leur tache centrale moins régulière. Toutefois, un assez grand nombre conservent assez longtemps leurs caractères propres. Ces changemens m'ont paru devoir être attribués à l'action de l'acide libre de l'urine. On remarque, en outre (toujours en comparant ce mélange avec la gouttelette de sang étendue d'eau sucrée), qu'il existe dans la première des lamelles, avec ou sans globules enchevêtrés, qu'on ne voit pas dans la dernière.
J'ajoute que, si on met une gouttelette d'urine sanguinolente sur une lame de verre, et qu'on laisse tomber dessus une très petite gouttelette d'acide nitrique, on voit que les globules sanguins diminuent de volume, se coercent, s'agglomèrent en quelques points, où on les voit réunis par une lame jaunâtre, obscure, qui n'est probablement que de l'albumine coagulée. Quant à leur circonférence , quoique moins régulière que dans l'état naturel , elle paraît moins déchiquetée que dans le premier cas. Au total, leur apparence ne peut être mieux comparée qu'à celle qu'ofiriraieiit, au même grossissement, les petits globules du ferment.
L'éther n'a pas d'action sensible sur les globules du sang mêlés à l'urine.
t54 PROLlîGOMÈNESi
Les globules sanguins se dissolvent immédiatement dans l'acide acétique; ils sont insolubles, au contraire, dans l'acide nitrique et ils y prennent Urie formé annulaire.
Ils s'altèrent et finissent par se dissoudre dans les urineS ammoniacales.
§ 224. Fibrïnei Lorsque le sang est viersé abondamment dans les voies urinaires,la fibrine, en se coagulant, formé des caillots dans lés bassitifets j les uretères 5 OU la vessies Dans ce càs, Turine chargée des globules sanguins recdnnaissables au microscope, et d'albumine coagulable par la chaleur ou par l'acide nitrique , coutieut en suspension des lamelles qui , au microscope, Ont l'aspect de l'albumine coagulée, et des filamens d'apparence fibrineUsë.
D'autres Inatières ailimalës pouvant offrir, dans l'urine, la forme de lamelles ou de filanlens, pour dissiper les doutes, il faut filtrer l'urine et traiter la matière restée sur le filtre, si elle s'y trôUVë ën quantité assez considérable ^ par les réactifs de l'albuminë ët dé la fibriiie.
§ 2a5. L'urine contient quelquefois du chyle^ ou du sang dont les propriétés physiques et chimiques sont analogues à celles du chyle (i). De totites les observations faites sur les urines chyleuses , celles de M. Prout {"i) soiit , sans contredit , les plus cOncluaiites j (juoitju'il n'indique pas le caractère important que présente cette espèce d'urine à l'inspection microscopique; fcàractère qui la distingue, ëd particulier, des urines purulentes bii dés Uriilès rëtidùes aftificiéllemént laitëuses ou naturellethënt laiteilses, s'il èn existé.
Le caraclèt-e d'une Uriùe chj^leùsé est de tontenir les élémens dîrgatiiqiies du chyle , savblr : des globules analogues ou semblables aux globules sanguins , reconnaissables au microscope , ët, cbrtiine eux, se dissolvant dans l'eau fet dans l'acide acéti-
(1) Rayer. Revue critique des principales observations faitet en Europe sur les urines chyleuses, alhumlno-graisseuses , diabétiques-laiteuses, givisseuies et huileuses {L'Ex-pét'ience, t. r, pag. CS^).
(2) Proùt (W.). An inquiry into the nàltit-e and ttvatment bf diabètes', calculus , etc,. Lonion , in-8 , 1825 , -p. ^o.
ALTERATIONS DE l'urine {ifiat. gmsses). l55
que; de l'albumine, et, suivant M. Proiit, de l'albumine dans ùn état particuliër • de la fîbi-itie , ët une quantité de matière grasse assez cotjsidérablfe pour dontièr au liquidé, dii à une pBi'tion de cè liquide, lorsqu'il est abandonné à hii-rtiêihb, titi aspect laiteux ou d'Un blanc roSé»
Abandonnées à elles-mêmes, ces tirines offrent, au bout d'Ùii certain nombre d'heures j iiné cbùche d'aspect crétii eux à leur surface, line teinté opâliile où laiteiise dans toute là hauteur dù liquide, étun dépôt sanguinolent oli fibrinettx, où d'apparence gélàtineusé.
Ces Caractères physiques peùvefat , jusqu'à ùii céi-taiil jpbint, les faire distinguer des urines sanguinolentes, purulentes' , 'et même sanguinolentes et purulentes ; mais l'inspection micrbscopiqùe fournit des caractères plus positifs. En effet , si, dans les urines sanguinolentes èt puruleiites, on trouve, comme ddhè les urines chyleuses, de l'albumine, de la fibrine , dés globules sanguins et mêine une certaine quantité de iîiatière grasse, on y rencoriti'e, en oùtrë, des globules de pus, et jamais il ne se formé â la sùrface de l'urine purulente et sanguinolente un crémor très apparent dë màtièré grasse, commé dans l'urine chyleUse.
Là ebexistence de l'ùrine cbylëuSë àvëC ùîi étkt thyleux dù isang a été dëUx fois constatée (Yoy. Urine chylexise).
Ç i'2&. Matières grUssés. On adnlét aujourd'hui assez généralement que l'urine saine contient des traces de matière grasse. M. Dutnénil (i) a trouvé, dans l'analyse d'une livre d'urine Saine, Q graiD8o5o (jg stéarine et oléine. M. Chevreul (2) a reconùu Uiiè inatière grasse dans l'urine d'une personne malade j cette graisse était en si grande quantité que l'uriile que cette përsbnne rendait avait l'opacité et les caractères physiques du ciiyle. M. Chevallier a signalé la présence d'une matière grasse dans (Quelques calculs urinaifes (3) et dans l'urine d'une femme malade (4). M; Gùiboùrt a constaté plusieurs fois également là
(1) Journ. de chim. méd. t. II. p. 333.
(2) Journ. de chimie médicale, t. u. p. 333.
(3) Jnum. de chimie médicale, t. i. p. 454. iSaS.
(4) Journ, de chimie médicale. 1. 1. p. 179. avril iSaS.
j56 PKOLlÎGOMliJNES.
présence d'une matière grasse dans les calculs urinaires, M. Ern. Bai-ruel (i) a aussi retiré de plusieurs calculs une malièie onctueuse, fauve, d'une odeur nauséabonde, qui, traitée par l'eau, ne s'y est point dissoute; elle s'y est gonflée et s'y est comportée comme la matière grasse du cerveau. Celte matière, desséchée de nouveau au bain de vapexir, mise siu- du papier-joseph et exposée à une chaleur de 5o à 60°, s'est fondue , a graissé le papier , en lui donnant de la transparence , caractère des matières grasses. Ces faits et plusieurs autres que j'ai observés et que je vais rappeler prouvent incontestablement l'existence d'une matière grasse dans l'uiune et dans quelques concrétions urinaires.
§227. On désigne sous le nom d'urines graisseuses celles qui contiennent une quantité de matières grasses plus considérable que celle qui existe dans l'urine saine.
M. Bizio (2) assure avoir trouvé, dans l'urine laiteuse d'un homme bien portant d'ailleurs , outre les parties constituantes ordinaires et beaucoup de mucus, une matière semblable à du beurre. J'ignore si l'urine analysée par M. Bizio contenait de l'albumine en même temps que de la matière grasse ; je fais cette remarque , parce que toutes les urines d'apparence laiteuse , chargées de matières grasses , que j'ai été dans le cas d'examiner, contenaient toutes une quantité notable d'albumine.
J'ai dit plus haut que les urines chyleuses contenaient toujours une quantité considérable de matière grasse.
Quant aux circonstances dans lesquelles la graisse a été trouvée dans l'uiùne, elles sont encore bien peu déterminées. On a dit (3) que, chez les Européens très gras qui passent aux Antilles, la graisse, fondue par l'influence du climat, était résorbée, et qu'on la voyait dans les déjections et dans les urines. On a dit encore que, dans la phthisie pulmonaire , la graisse
(1) Jûurn, de chimie médicale, t. vu. p. 1 14-
(2) Schweiger. Journ. fuer Chemie. t. xi. p. 246.
(3) Virey. Art. Graisse {Dictionnaire des sciences médicales, t. six. pag« 5o2 ).
ALTÉiiATioNS DTî l'urine (sucre). 1 5'J
était évacuée par les urines ; aucune de ces assertions n'a été élayée de preuves suffisantes.
Des urines de nature bien différente peuvent contenir une matière grasse ; pour s'en convaincre , à défaut d'expérience personnelle, il suffirait de comparer entre elles les observations que j'ai rapportées ailleurs (i)-
§ 238. Lorsque l'urine contient du sjicre (2), sa pesanteur spécifique est toxijours considérable , quoique ses élémens naturels (urée, sels) soient notablement diminués.
On peut constater, par le goût, si une urine est sjicrec; mais on emploie ordinairement la levure de bière pour découvrir le sucre contenu dans l'urine, à laquelle elle fait éprouver la fermentation alcoolique. Cette expérience est d'autant plus nécessaire que le sucre diabétique est quelquefois presque aussi insipide que la gomme. La quantité de gaz acide carbonique, qui se dégage, et qu'on recueille sur la cuve à mercure, (ou qu'à défavit de cet appareil on fait passer dans du sousacétate de plomb , et qu'on précipite ainsi à l'état de carbonate de plomb) peut, comparée au volume d'urine sur lequel on a opéré , indiquer la proportion relative du sucre contenu dans ce liquide.
La présence du sucre dans l'urine est le signe palliognomonique d'une maladie très grave (Voyez Diahètc siicrè).
Le sucre n'existe pas naturellement dans le sang : plusieurs cbimistes ont annoncé qu'il existait dans celui des diabétiques ; je rapporterai leurs expériences en les soumettant à une analyse critiqiie.
Pour reconnaître le sucre, dans une urine diabétique, il suffit d'y verser une once de sous-acétate de plomb en dissolution , de filtrer la liqueur, d'y faire passer un courant de gaz sulfhydrique, de filtrer de nouveau et de l'évaporer en qonsistance sirupeuse.
(t) Il Expérience, t. l, p. 658 et suirantes.
(5) Pront. Meelic, chirurg. transact. vol. viir, p. 537. — Dnpnytrcn et Tlien.nrcl. Jnn. de cliini. t. xi.iv. p. 45 et t. lix, p. 41. — Cbcvrcul. Ann. de c/ii/îi. vol. xcv. 3rf).
Pour se procurer le sucre diabétique à l'état de pufeté, on fait digérer dessus, à plusieurs reprises, de l'alcool froid, Just: qïi'à ce que ce liquide s'en écoule incolore ; on le dissout ensuite à chaud dans l'alcool ; par ce procédé, le sucre se trouve sér paré des substances étrangères; il cristallise assez rapidement, et on peut l'avoir très pur en répétant la cristallisation.
Depuis long-temps les chimistes considèrent ce sucre comme identicjue avec le sucre d'amidon. M, Prqut (i) a trpuvp que ce sucre renfermait 36 à 4o pour loo de carbone, et par consé-; quent 64 à 60 d'hydrogène et d'oxygène combinés dans le même rapport que dans l'eau. M. Péligot(i) a prouvé que le sucre de diabète avait, comine le sucre d'amidon et de raisin, la propriété de se combiner avec le sel marin.
La composition du sucre diabétique paraît être la mêipe qijp celle sucre de raisin (Ghevreul). Si le doclei^r Prput en a retiré une petite quantité d'azote (3), cela tient sanç doute à ur peu d'urée qui n'en avait pas été séparée.
On trouve quelquefois, dans l'urinp diabétique, une espèce de sucre qui est si peu sucré qu'on le prendrait pour i^fle sorte de gomme. Cependant dans l'eau, et inis en contact avec Ip fer^ ment, il entre aussi bien en fermentation que le sucre diabétir. que ordinaire (4). J'ai observé plusieurs exerapleg de cette espèce de diabète.
Enfin, il est une variété r^re de diabète, dans laquelle l'urine contient abondamme^it \ijae iîipi|ièrp gRsse qui lui donnç un aspect laiteux ^5).
(1) Prout. On, the ultimate çQptfOfition of simple'^ alimenlary ^ubslanpes, (ft^, (Philosophie, transact. of the royal spciety of London, for the ypar 182^).
(2) Péligot (L). Recherches sur la nature ft les propriétés chimiques des sucres in -8" i858.
(3) Prout (W.). Observations sur la nature de quelques-uns des principes immédiats de l'urine, avec quelques remarques sur les moyens de prévenir les maladies qui accompagnent l'état ntprl/i/ique de ce Jlufde (Anqales de Chimie et dp Physique, t. x. p. SGg),
(4) Then^rd. Traité de chimie. i^-8o, i835. t. ly, p, ^Si,
(5) L'Expérience. Yo\. i. p. 664»
ALTÉRATIONS DE l'uRINE (luit?). J
M. Mac-Gregoi" (i) a démontré que l'urine diabétique devait d'abord être traitée par le ferment avant qu'on ne procédât à la recherche de l'urée par les procédés ordinaires.
§ a^y. La gèlatiîie a\&it été admise^ à tort, au nombre des élémens de l'urine par Séguin , Fourcroy, elc; depuis quelques années, aucun chimiste ne l'a rencontrée dans l'urine saine ou altérée en sa composition par suite d'une maladie des voies urinaires. La matière en forme de gelée observée par M. Jut lia (2) dans l'urine de deux personnes atteintes de gravelle, n'était probablement autre chose que du pus ou du mucus glaïr veux.
Le tannin indiqué et employé par Fourcroy, comme réactif de la gélatine, précipitant également le mucu^, l'albumine, et d'autres élémens de l'urine , a dû nécessairement conduire à admettre la présence de la gélatine dans l'urine, bien que ce principe n'y existe pas.
§ a3o. Urine laiteuse. C'est une opinion assez générale parmi les patbologistes, que la présence véritable du lait dans rurin§ a été observée , surtout chez les femmes qui allaitent ou à la suite de$ cpviches. Le sang possédant toutes les qualités pour 1^ sécrétion du lait, si les mamelles n'accomplissent que d'une manière incomplète leur^ fonctions, les reins se chargent, dit-on , d'y suppléer. Un des plus savans physiologistes de l'Allemagne, M. Burdach (3), admet sans restriction cette opinion , qu'un examen attentif de^ faits sur lesquels on l'a étayée rend fort contestable.
En effet, les observations publiées sous le nom d'urinç laiteuse peuvent être rangées en cinq séries : 1° les cas d'ul■io^ dans lesquels ou assure , sau9 m donner des preuves couvaiiir
(j) mental inquiryr intc^ the comparative state of urea m heaj,-
thy and diseased urine, etc. (Lond., Med. Gazette, may 1837).
(2) . Julia. Mem. sur l'existence de la gélatine dans l'urine humaine (Annales cliniques de la soc. de méd. prat. de Montpellier, 1814. — ^iblioth. méd., t. iliv. p. 243).
(3) Burdacb. Traité de physiologie, trad. de Jourdan, in-8", Paris, ï^38, vol. VII. p. 244-
canles, avoii' trouvé dans l'iiritie tous les élémens du lait ou au moins le caséum ; 2" les cas d'urine d'apparence laiteuse, coagulable par la chaleur ou par les acides, mais dans lesquels l'existence du caséum ou des globules graisseux n'a pas été constatée; 3" les cas d'urines chyleuses; 4° les cas d'urines évidemment purulentes et désignées sous le nom de laiteuses , seulement d'après leur apparence; 5° enfin les cas d'urine contenant des phosphates on des urates, qui, en restant en suspension, donnent à l'urine une apparence jumenteuse ou laiteuse.
En parlant de l'urine laitonse, M. Bcrzelius dit (i) : « L'urine laiteuse a été quelquefois observée. Cette urine déposait de la crème et se coagulait par l'ébuUition ; le caillot avait la propriété du caséum , et l'éther en relirait de la graisse. Cette altération particulière a été observée tant chez les femmes que chez les hommes , à la suite de causes internes inconnues , et même quelquefois sans que la santé en souffrît d'une manière notable. »
J. B. Canubio a observé, chez une femme pendant l'allaitement, une urine qui avait toute l'apparence du lait. L'examen n'y montra ni xirée , ni acide urique ; l'urine était constituée par un lait véritable , qui seulement était extrêmement étendu dans une grande quantité de sérum (2),
Mayer (3) assure que du lait injecté dans les veines passe dans l'urine : « Je fais couler du lait de vache ordinaire dans la veine crurale des lapins. Trois à quatre onces de ce liquide sont promptement introduites et supportées sans incommodité. En tuant l'animal au bout de quelques minutes, non-seulement on trouve le sang chargé de lait dans la partie droite du cœur , mais encore le lait se retrouve dans le sang des cavités gauches du cœur, de l'aorte et de la veine-porte- Il est à remarquer qu'aussi long-temps que le sang est liquide , on ne re-
(ï) Traité de chimie, vol. vu. Art. Urine.
(2) Schweiger's Journal, iSaS, cab. i.
(3) Mayer, in : Zeilschri/l fuer Physiologie ^ t. lit , p. S3. — Journal complém, des sciences médicales, vol, xxxr, p. 334.
ALTERATIONS DE l'uRINE {lait?). l6f
marque presque aucune trace de lait, même dans le sang de l'oreillette droite du cœur, et qu'il ne se sépare que peu-à-peu, à mesure qrie la coagulation du sang s'opère. Si on laisse vivre l'animal plus de quinze minutes , on aperçoit moins distinctement le lait; il n'y en a déjà plus de traces au bout d'une heure , époque à laquelle il est en grande partie , du moins la partie séreuse, expulsé par f urine , dont l'animal rend une grande quantité peu de temps après l'expérience. »
Le passage du lait dans l'urine , ou de plusieurs de ses éîémens, est sans doute indiqué dans cette expérience, mais la réalité de ce passage n'est pas démontrée ; M. Mayer ne dit pas s'il a cherché à constater la présence du caséum ou de la matière grasse.
J'ai moi-même observé deux fois des urines qui non-seulement offraient les caractères chimiques distinctifs du lait , mais encore des globules laiteux à l'inspection microscopique. Nous découvrîmes que du lait avait été ajouté artificiellement à l'Tirine par les malades (i). Il se peut que, dans le cas oii le caséum a été retrouvé dans l'urine , une semblable fraude ait eu lieu à l'insu du médecin ou de l'observateur.
§23i. Une observation d'Alibert (2) et de Gaballe, ayant été citée dans plusieurs TraiVe* de chimie, comme établissant la possibilité de l'existence du caséum dans l'urine , et M. Burdach ayant tout récemment encore reproduit cette opinion , je fei-ai quelques remarques à cet égard. Les auteurs de l'observation semblent attribuer l'aspect laiteux de l'urine au caséum, mais il est reconnu aujourd'hui que l'opacité du lait est due uniquement à la matière grasse, et que la caséine, pas plus que l'albumine à l'état de dissolution , ne peut donner à l'urine l'apparence laiteuse. Tout ce qu'on peut présumer de cette apparence laiteuse, c'est donc que l'urine en question renfermait une matière grasse, quoique aucune expérience chimique n'en ait constaté la présence. Restait encore à décider si cette
(1) Vigla : Etude microscopique de l'urine (L'Expérience, vol. t. p. 187).
(2) Urine laiteuse chez une Jeune 'veuve jouissant d'une bonne santé (Annales de cbimic, t. lv. p. 64).
matière grasse était mélangée à de l'albumine ou à de la caséine, et c'est dans ce dernier cas seulement que l'on pourrait dire que l'urine était véritablement de nature laiteuse. Or, aucun des essais mentionnés n'a prouvé l'existence de la caséine dans l'urine ; tous les phénomènes observés dans les essais s'appliquent aussi bien à l'albumine qu'à la caséine.
Ces remarques critiques sont applicables aux observations rapportées par M. Pétroz (i) et par M. Lutrand. (a)
Suivant M. Nauche , si on laisse reposer l'urine d'une femhie grosse , trente ou quarante heures , elle dépose une matière blanche , floconneuse , pulvérulente ou grumeleuse , qui est du casèum ou la même substance qui se forhie dans les seins pen-« dant la grossesse. M. Cummin (3) , après avoir rapporté cëttè opinion j dit que son collègue, M. Pél^eira, a trouvé « du caséum ou de l'albumine coagulée dans l'urine des femmes avancées dans leur grossesse. Mais il ajoute qu'elle n'existait pas toujours dans celle qui était rendue dans les priemiers mois. 5)
J'ai examiné un assee grand nombre d'urines de femmes grosses pour potivoir assurer que, si elles cOùtieniient quel^ quefois du caséum , ce fait doit être très rare , et qu'aujourd'hui un tel fait doit être appuyé d'expériences rigoureuses. Quant à l'albumine, c'est uUé âull-e qUéâtion. Lâ grossesse eSt une cause assez fréquente de maladies des vbiés Urinaires, à la suite desquelles de l'albumine peut êtrë déposée dans l'urine.
Le docteur Graves (4), dans Une lecture sut* le diabète , admet aussi ; d'après des expériences du docteur Aldridge, l'exiatence de la caséine dans l'urine: « J'appfelleirai , dit-il à sM élèves , votre attention sur un exemple remarquable de
(1) Joum. de chimie médicale, t. iv. p. 56, — Arch. génér. deméiec. t. XVI j p. 3o2.
(2) Lutrand (Fréd.). Examen chimique d'une urine laiteuse (Jonrnal de pharm. du midi. Janv. 1837, p. 207).
(3) Cnmmin (W.) Lectures on forensic medicine. (London med. Gazette,
t, XVI. pi 302),
(4) Cliiiical lectures (London medic. Gazetté,*!. 29, Avril 183';* p. 68).
ALTÉRATIONS UE l'cjRINK (lait?), l63
diabète qui se trouve à présent dans les salles. Lorsque le malade fut reçu, il se plaignait seulement de maigreur, dé faiblesse et de soif. Gomme nous ne pouvions expliquer ce dernier symptôme, je chargeai l'élève auquel ce malade était particulièrement confié, d'examiner attentivement l'état de la sécrétion urinaire, car je supposais que ce pouvait êlre un cas de diabète, et cette supposition fut trouvée vraie. En examinant l'urine peu après l'entrée du malade , on n'y trouva pas d'urée. Ces deux derniers joUrs, elle a été analysée avec grand soin par le docteur Aldridge , et il m'a appris qu'elle contenait à présent une quantité considérable d'urée. Vouâ voyez donc que le résultat du traitement a été favorable. L'urée, qui avait disparu lorsque la maladie était au plus haut degré, commence à reparaître. Le docteur Aldridge n'a pas pu découvrir de sucre dans l'urine de cët homme, mais il y a trouvé une matière animale parliculière, dontl'eiistence dans la sécrétion urinaire mérite une attention spéciale et présente quelques points d'un grand intérêt physiologique. Je ferai observer que, quelque temps avant que le docteur Aldridge eut fait son analyse , on m'avait averti que l'urine de cet homme était alhumineuse, fait qui ne me surprit pas du tout; car l'albumine a été souvent observée dans l'urine deS diabétiques et des hydropiques. Et on a observé dans quelques cas de diabète sucré que l'albumine venait remplacer le sucre en proportion de la diminution de la maladie, et qu'elle y restait quelque temps après que les symptômes diabétiques avaient diminué de gravité. Mais dans le cas présent, le docTeur Aldridge a découvert que la màtière animale contenue dans l'urine de notre malade n'était pas de V albumine, mais de la caséine {i)..., tes deux substances diffèrent certainement très peu dans leurs principes , mais beaucoup dans leurs propriétés, tellement que c'est à ces dernières seules qu'il faut s'arrêter pour tirer entre elles une ligue de
(r) Il est il regretter t}Ue M. Gravés n'ait pas rapporté lës expériences d'après lesquelles le docteur Aldridge a rccoùnu que lil matière étslt de ià caséine et non de l'albumine; qu'il n'ait point indiqués! l'urino élaît ttoublc, si cUc contenait ou non de la matière grasse, ëtc.
l64 PROLÉGOMÎ'.NFS.
démarcation bien marquée. Si nous examinons la caséine par rapport à ses propriétés chimiques, nous verrons qu'elle diffère beaucoup de l'albumine. Faites fermenter de l'albumine autant que vous le voudrez , vous ne pourrez pas produire du fromage , et si vous laissez se putréfier et moisir celte matière fermentée, il n'y naîtra pas de mites. De plus, la caséine n'est pas, comme l'albumine, séparée et précipitée du liquide par l'ébullition, comme le prouve l'exemple familier de l'ébuUilion du lait. C'est en cela et autres propriétés semblables que réside la différence entre la caséine et l'albumine. ( i)
« Maintenant, si cette découverte du docteur Aldridge est confirmée par des investigations futures, elle formera un incident remarquable dans l'histoire de l'urine diabétique. Elle est aussi intéressante sous le point de vue pathologique, et il est remarquable de trouver le principe animal du fromage dans l'urine de l'homme ; la seule sécrétioa humaine dans laquelle on le trouve en quantité considérable est le lait de la femme et parfois aussi accidentellement l'urine de la femme grosse.
« Ici, nous avons de la caséine sécrétée en abondance parle rein. Vous savez tous que le même organe sécrète des quantités considérables de sucre. Vous voyez donc qu'il ne nous manque que de l'huile pour que la sécrétion du rein del'hommesoit analogue à celle du sein de la femme. Lorsque nous réfléchissons alors à la quantité d'huile que contient le sang de quelques hydropiques , on peut en conclure que le rein pourrait séparer de l'huile de leur sang, par conséquent l'existence à'urines laiteuses rangée parmi les contes absurdes, peut être fondé sur un fait. )>
Il ne peut entrer dans mon esprit de chercher à diminuer la
(i) La distinction que fait le docteur Graves, an sujet de l'albumine et de la caséine, fondée sur ce qne celle-ci, eu se putréfiant, produit du fromage, paraît frappante au premier abord, et peut-être est-sUe réelle. Toutefois , pour admettre cette différence entre l'albumine et la caséine > il faudrait placer ces deux corps dans les mêmes circonstances, c'est-àdire priver la caséine de la matière grasse qui l'accompagne dans le lait et priver l'albumine de l'alcali qui l'accompagne dans le blanc d'œuf ; alor? seulement on aurait nne expérience comparative.
ALTÉRATIONS DE h'VRlNM (lait ?J. l65
confiance de M. Graves dans le témoignage du docteur Al dridge , mais il conviendra que , lorsqu'il s'agit d'un fait rare et controversé, des expériences positives et publiées sont nécessaires , pour le mettre hors de contestation.
§ 23a. Oswald (i) fait mention d'urines laiteuses déposant uu sédiment analogue à du fromage, dans plusieurs observations de fièvre puerpérale. Mais il n'a fait aucune expérience chimique propre à constater l'existence du beurre ou du caséum; la même remarque est applicable à un passage d'André Dulaurens, lequel assure avoir vu plusieurs nouvelles accouchées rendre le lait par l'utérus et la vessie. Enfin les obsei'vations de Smellie (2) , de Peu (5) et de plusieurs autres accoucheurs ne sont pas plus concluantes.
11 faut encore rapporter une observation de Yan der Wiel(4), une de Wurzer(5;, et une autre de M, Chevallier (6), aux cas d'urines d'apparence laiteuse, coagulables par la chaleur ou par les acides, mais dans lesquels l'existence du caséum ou des globules laiteux n'a pas été constatée.
Quoiqu'il existe certainement plus d'une incertitude sur la nature de l'urine dans un cas rapporté par Plater (7), il est évident qu'il ne s'agit pas d'une urine laiteuse.
§ 233. D'autres urines, dites laiteuses , étaient évidemment des urines purulentes et rendues telles par des inflammations du
(1) Oswald. Observ. sur la fièvre des femmes en couche ( Journ. de méd. pratique de Hufeland, t. xiv, a"' sect. , p. 140. i6g. 171 ).
(2) Smellie. Treatise on the theory and practice of midwijèiy , p. 420.
(3) Peu. Pratique des accoucliemens, p. 214.
(4) Stalpart van der Wiel. Observ, rarior, med, anat. c/iirurg. , l'n-ia. Leidas. 1727 1 1. 11. p. 5g t [Cac cum urina excretum).
(5) Wurzer. Catarrhe y gonjlement momentané des mamelles ; urine d apparence laiteuse j très petite quantité d'urée et environ i/yoo du poids de Vurine [d'acide benzoïque (Journ.de physique, 1802, tome lxx.iv. page i63 ).
(6) A. Chevallier. Examen chimique de l'urine d'une femme syphilitique, /oumise à un traitement mercuriel (Journ. de chimie médicale, tome i. page 179)-
(7) Plater (F.). Mictio lactea, : ObsCTvat. Lib.m. p, 8i8. Basil, 17S0.
l66 PftOLÉGOMilNES.
bassinet , des calices ou de }a vessie; tel est par exemple le fait suivant, cité par VVelsch : « Yirgo proveclte œtatis urinas reddebat omninà lacleas. Ex ulcère vesicœ laborare videbatur. Prœscripti trochisci Gordonii et pilul^ lerebenlbinaî. Aqua item dislillata ex belUde, veronica, violai'ia, flor. quercus^portulaca^ uuiinnularia, fl, papaveris, errât, plantag., baccis alkekengi aliisque. Successit mictus sanguinis; yesicas aprugnas prœparatas cum oie. inacis sumpsit. Ingenti démuni dolore acutum calculum excrevit. n ( G. H. Welschii. Jfecaiosiœa ii , obs, IV : urina lactea ).
Tels sont encore les suivans, cités par Bonet : urt?iarnm lactearum mictus ob renum ulcus a calculo inductum [Anat.pract. lib III, sect. xxviii, obs. x), urina turbida cum hypostasi lactea oh abscessus renis sinistri {ibid. obs. xiv); par Schenck (monstrosa et varia cum urina, micta : Obs. mecl. rar. lib. lu, in-fol,, p. 487); par Baillou {Opéra. Lib. 11, consil. xxxix), etc.
Enfin , on a donné improprement le nom de laiteuses à des urines contenant soit des urates, soit des phosphates en suspension , dont la précipitation s'opère très lentement j toutefois ces urines sont plus généralement désignées sous le nom (ïu^rines jumenteuses.
J'ai vu des urines, transparentes au moment de l'émission , se troubler complètement au bout de quelques heures , et rester ainsi opaqueselblanchâtrespendautplusieurs jours. Ces urines troubles, qui, au microscope, ne présentaient qu'une poudre amorphe, offraient de beaux cristaux d'acide urique, lorsqu'on les traitait par de l'acide nitrique étendu; elles s'éclaircissaient par l'action de la chaleur, et ne donnaient point de coagulum d'albumine. Ces espèces d'urines peuvent être facilement distinguées, aujourd'hui, par l'inspection microscopique et les réactifs , des urines qui , contenant des matières grasses , deviennent transparentes lorsqu'on les traite par l'éther.
§ 234. Je résume l'examen des observations publiées sur les urines laiteuses par les propositions suivantes :
1° L'existence d'urines naturellement laiteuses, quoique généralement admise par les chimistes , les physiologistes et les pathologistes, pour moi n'est démontrée par aucune expérience
ALTÉRATIONS DE l'uRINE (UV. huikuse). 167
rigoureuse. Quel que soit le mérite des observateurs , un tel fait ne peut rester dans la science sur de simples témoignages , isolés de preuves expérimentales.
k'- a° Tout ce qu'on peut conclure des faits publiés jusqu'à ce jour, c'est que la présence d'une quantité notable de matière grasse dans l'urine lui donne une apparence laiteuse.
3» La caséine et les globules du lait n'ont encore été vu? que dans les urines rendues laiteuses par artifice.
4° De semblables urines ou des urines naturellement lai" teuses, s'il en existe, peuvent être facilement distinguées aujourd'hui des urines chyleuses, albumino-graisseuses ou pu-* rulenles, par l'inspection microscopique aidée des réactifs.
5° Une urine laiteuse doit contenir de la caséine coagulable par l'acide acétique , et présenter des globules laiteux au microscope.
§235. Urine huileiise.M.- Berzelius a signalédans l'urine l'exis'' tance d'une buile colorante et de saveur poivrée; cette matière huileuse peut-elle exister en excès dans quelques urines et leur donner un aspect huileux? Cet aspect peut-il être le résultat de la présence d'autres matières grasses? Dans quelles maladies les urines huileuses ont-elles été observées?
Je ne répondrai que très imparfaitement à toutes ces ques-» tions. Je rappellerai seulement que l'existence d'urines huileuses dans quelques maladies est une opinion fort ancienne. Hippocrate (i) , Galien (2), Aetius (5), etc., etc., en font men«
(1) Hipp. Opéra, Drinarnin oleosarum pernicies. De mori. mulg. Lib. i. Obs. II et i3.
(2) Ex oleagineis arinis alia est elxucbroa, alia elxopliancs , alia else^des prima priDcipinm indicat colliquatioais adipis totius corporis,est vero ca, colorem olei retinens : cIxopbaDCs autem babet aliquid magis similc oleo quod suprà arinœ insidet : signifîcatque augmentum colliquatiouis : ela;odes est , quœ tota sui substantia et unde qua est Teluti oleum quae indicat statum et summani vigorcm colliquatiouis. Sunt autem bœ uriuse etiam ex colliqu.-itionc adipis renum ( Galeuo ascriptus liber : De iirinis : de speciebus oleageinomm ). •
(3) Aetius. Tetrabibl. 1 scrm. Cap. xxxviii. — Dijferentice urinarum. oleosarum et quid tignijicaiit.
l68 PROLÉGOMÈNES.
tion dans plusieurs passages reproduits et commentés par Fernel , Zacutus Lusitanus , Baillou et une foule d'autres. En général , ils supposaient que de telles urines étaient rendues dans les consomptions, ou dans les fièvres graves. Pour eux ce n'était point un phénomène rare. Il est inutile d'ajouter que, pour ces auteurs , urine huileuse ne peut signifier autre chose qu'urine d' ajijtarence huileuse j aucun d'eux n'a cherché à séparer l'huile de l'urine, à l'isoler comme nous pouvons le faire aujourd'hui en la traitant jiar l'éther.
Les opinions émises dans ces derniers temps sur les urines huileuses sont loin d'ètie en rapport avec les opinions des anciens.
« Quant à l'urine huileuse, dit Fourcroy (i), qui est extrêmement rare et qui peut-être même n'existe jamais réellement, on la regarde comme la preuve la plus forte d'une âcreté profonde, d'une décomposition avancée des humeurs; il y a lieu de croire que l'urine qu'on a désignée par ce nom, en raison d'une légère couche grasse en apparence , n'est pas véritablement huileuse, et que la couche superficielle prise pour de l'huile n'est que le produit d'une évaporation saline, comme on le voit dans beaucoup de dissolutions chimiques dont la surface offre par le contact de l'air une petite portion de leurs sels séparée de la liqueur. »
M. Landré Beauvais(2), après avoir décrit trois sortes d'urines , dites huileuses et qui correspondent à celles des anciens ajoute également : « Quoique ces trois espèces d'urine aient la couleur et l'apparence de l'huile ou de la graisse , elles ne sont pas pour cela véritablement huileuses ou graisseuses. On dit en avoir trouvé quelquefois dans laquelle il y avait de la vraie huile ou graisse ; je ne crois pas que le fait ait été démontré par l'analyse chimique. »
Ainsi les observations des anciens assurément fautives en beaucoup de points étaient devenues pour nous dans ces der-
(1) Fourcroy. Système des connaissances chimiques , t. x. p. i8o. Paris» In-S", au IX.
(2) Landré Seauvui). Se/néiotique, p. 236. lu-8. Paris, i8i5
ALTÉRATIONS DE ■l'vrih'E (ur. huUeuse). 169
niers temps tout-à-fait sans analogue, lorsque je rapportai, dans la séance de l'Académie de médecine du a5 août (i) i8ia6, un cas d'urine huileuse que je reproduis ici :
Un homme fort et bien constitué, ayant pris du punch le soir en se couchant , alluma un brasier dans sa chambre et fut asphyxié. Le lendemain, on le transporta à l'hôpital de la Charité , oii il mourut dans la journée. Le sang dans les veines de la tête, du tronc et des membres présenta une altération remarquable. Des globules jaunâtres d'apparence huileuse , surnageaient ce liquide, de semblables globules se faisaient remarquer dans l'urine. M Sérulas , à cette occasion , dit avoir observé le même fait à Strasbourg. MM. Chevallier et Virey citèrent des observations analogues faites à Calcutta et à Edinbourg, et celles qui avaient élé faites par un vétérinaire en ouvrant un cheval. M. Laugier, qui devait s'occuper de l'analyse de la matière huileuse qui surnageait le sang et l'urine de l'homme asphyxié , pensa qu'il y avait eu séparation de la stéarine et de l'oléine, et que cette dernière formait les globules observés.
Mon savant ami , M. EUiotson (2), a également observé de l'huile dans l'urine. Une vieille dame, dit-il, que j'avais soignée et dont je soignais la famille, a présenté un phénomène remarquable : je ne la vis pas dans cette maladie, mais M. Pearson a bien voulu me communiquer les détails suivans : Je vis le 28 mars 1829, madame W. , âgée de 79 ans, qui souffrait d'une violente attaque de calculs biliaires , maladie à laquelle elle était sujette depuis plusieurs années. Elle se plaignait aussi d'une vive douleur dans la région du foie , qu'elle avait ressentie légèrement depuis quelques mois. Elle avait eu de fréquentes douleurs de tête et des vertiges. Ces derniers revenaient en paroxysmes réguliers, à cinq heures, avant le dîner. Elle souffrait aussi d'un prurigo pudendi presque insupportable. Sa constitution était goutteuse, mais avait été assez
(i) Joum, de Chimie médicale , t. m , p. 5i4.
(a) Elliotson : On tlie discharge offalty matters Jrom (lie alimentary and urinary passages ( Med. clururg. transactions , vol. xviii , Part, i, i83a . l)»ge 80 ).
bonne jusqu'il y a deux ans. ÊUe avait toujours eu une vie très sédentaire. Depuis quelques mois , les évacuations fécales avaient été peu abondantes et presque sans odeur. L'urine était pâle et en quantité convenable.
«Elle guéritdc l'attaque; mais, un mois après, on observa dans ses selles une concrétion épaisse semblable à de la graisse; les selles étaient, comme je l'ai déjà dit, sans la moindre apparence de bile. Elle observa que l'huile sortait de l'intestin dans un état liquide et se concrétait rapidement ; qu'une huile semhla^ lile sortait avec l'urine et flottait à sa surface, qu'elle se concré-' tait, lorsqu'on l'enlevait, sous la même forme que la graisse des intestins. La quantité d'huile qui sortait des intestins obligeait cette femme à se garnir continuellement. Les selles étaient irrégulières, et chaque évacuation était ordinairement précédée de quelques douleurs. Divers remèdes furent employés par M.Pennington et par moi-même, mais sans succès. Sans offrir d'autres symptômes particuliers, la malade maigritet mourut, le «4 septembre de la même année. La quantité d'huile et de graisse rendue par l'intestin était d'environ une once et demie par jour, lorsque les selles étaient fréquentes , et d'un tiers d'once par la vessie. L'huile et la graisse s'enflammaient facilement dans le feu ; et, mêlées à l'alcali , elles formaient un bon savon. On ne permit pas l'examen du corps, après la mort.»
A cette occasion , M. Elliotson rappelle une observation curieuse de Tulp (i) , analogue à celle que je viens de rapporter.
Au reste, si ces faits démontrent qu'une matière huileuse peut exister accidentellement, en proportion assez considérable,
(i) Adeps , ab alvo, ac aiesiça prodiens : « Sed quld dicemus de Mar» garitâ Appelmaniâ , Lospitâ puLlicâ ? Quas, scptuagesimo oetatis anno , excrevit simillimuin'^adipem tuin pcr inlestina , tum per vesicam, itidcm sine febre , macie, ant fluxu colliquativo , sed non sine immodcrato illo ventris calore , a quo derivavimus prioris exempli rolliquationem. Accessit tamen Iiinc sub finem morbi evidens febris : ctijus œstu anile Locce corpusculum adeo emarcnit ; nt mors in ipsâ vis quidqunm reperiret , praîter exsiccnm ac aridnm cadavcr. >> Tulpii (Nicol). Obs. medicœ. Lib.iri , cap. 19.
ALT^ÉRATioNS DE l'urine (uv. huîleuse). lyr
dans l'iiriue, des observations cliniques ràpélées m'autorisent à dire que de tels faits sont très rares. Quant à l'existence de la graisse ou de l'huile dans l'urine pendant le cours des maladies de consomption, fait annoncé par les anciens, je ne le crois pas exact. J'ai traité par l'éther plusieurs urines de phlhisiques sans en obtenir sensiblement de matière grasse. Mais de telles recherches doivent être poursuivies sur une plus grande échelle.
§ 236. Enfin, plusieurs auteurs assurent que les matières huileuses introduites dans les organes digestifs ont été quel' quefois rendues avec l'urine : « nonnunquam animadverti ex poto oleo, hoc cum urinâ fluxisse, dit Fernel. » (i)
Bachetoni(2) rapporte que, chez une jeune fille atteinte d'une fièvre nerveuse et d'une rétention d'urine, on retira, par le ca»thétérisrae, de l'urine qui contenait de l'huile d'amandes douces qui avait été donnée à l'intérieur, trois jours auparavant.
Ce fait me paraît d'autant plus extraordinaire , que j'ai examiné nombre de fois l'urine, après l'injection d'un lavement huileux, sans observer d'huile dans l'urine.
Ii'huile de téi'ébenthine, prise intérieurement, donne à l'urine une odeur de violette; mais on comprend toute la distance qu'il y a entre ce fait et les précédens.
§ 2 37. Lorsqu'on abandonne à elles-mêmes un certain nombre d'urines, au bout de q4 ou 48 heures, il se forme à la sur^ face de plusieurs d'entre elles une petite pellicule {crémor des séraéiologistes) constituée souvent par des cristaux, mais quelquefois par une matière grasse qui s'est élevée à la surface du liquide , et à laquelle s'attachent de petits dépôts salins. En examinant au microscope plusieurs de ces pellicules, j'ai pu reconnaître, dans un très petit nombre seulement, de petites gouttelettes d'apparence huileuse, surmontées de petits cristaux, d'acide urique , d'urale d'ammoniaque ou de phosphate aramoniaco - magnésien ; la plupart de ces pellicules offraient
(r) Fernelii Pathologia, Lib. m, cap. xvt. De urinis. (2) Commentaires de Bologne, t. 11, Part. i. p. 218. — Meckel. Deutsches Archiv. t. III. p. 471'
seulement ces mêmes cristaux ou des poudres amorphes.
Cette pellicule ne doit pas être confondue avec la poussière qui reste quelquefois à la surface de l'urine conservée dans un bocal ouvert, ni avec la moisissure que présentent certaines urines abandonnées à elles-mêmes et exposées à l'air pendant une ou plusieurs semaines.
§ a 38. Dans plusieurs maladies du foie, dans toutes celles oii il existe un obstacle mécanique au cours de la bile, la matière colorante de la hile passe dans l'urine (i). Ce liquide tache alors, en jaune, le linge sur lequel on le fait sécher.
M. Berzelius indique l'expérience suivante pour constater la présence de cette matière colorante. On mêle à l'urine un volume, égal au sien, d'acide nitrique, le mélange devient d'abord verdâlre (composé de bleu et de jaune), puis d'un vert foncé, ensuite d'un rouge sale , et , au bout de quelque temps , brun. Cependant cette réaction cesse d'être perceptible quand la quantité de matière colorante de la bile est fort peu considérable. M. Berzelius conseille , dans ce cas , de traiter l'urine évaporée anbain-marie par l'alcool anhydre, et, après la volatilisation de l'alcool, d'ajouter au résidu de l'acide nitrique, qui produit alors d'une manière très sensible les réactions de la matière colorante de la bile.
J'ai souvent répété la première expérience, et elle a laissé des doutes dans mon esprit ; la réaction de l'acide nitrique sur l'acide urique et la matière colorante de l'urine modifiant plus ou moins les résultats , à l'égard de la coloration de l'urine. Lorsqu'on fait cette expérience sous le microscope , les chaugemens de couleur de l'urine bilieuse, par l'action de l'acide nitrique, sont plus sensibles. Toutefois, je pense, avec M. Prout,
(i) Consultez : Clarion (Jean). Mèm. sur la couleur jaune des ictériques (Journ. de méd. de Roax, Corvisart, etc., t. x. p. 288. — Orfila. Nouvelles recherches sur l'urine des ictériques, thèse, Paris, 18 n. — Braconnot. De l'urine d'un ictérique, etc. (Journ. de chimie médicale, t. m. p. 480). — • Bouchardat (A.). Recherches de chimie pathologique : Analyse d'une urine verte (Journ. de pbarm. et des soiouces accessoires, janvier i836.)
ALTÉRATIONS DE l'urine (sperme). 173
qu'un des moyens les plus faciles et les plus sûrs de reconnaître la présence de la matière colorante de la bile, dans l'urine d'individus qui ne font point usage de la rhubarbe, est de plonger un morceau de linge dans l'urine, qu'on en retire ordinairement teint en jaune.
§ aâg. Le sperme (ï) est quelquefois versé dans le canal de l'urèthre, pendant les elTorls que nécessite la sortie des matières fécales dans des constipations opiniâtres. J'ai soigné dernièrerement deux malades qui, en allant à la garde-robe, rendaient par l'urèthre du sperme pur , reconnaissable à la grande quantité d'animalcules spermatiques contenue dans la liqueur. Le sperme s'écoule quelquefois aussi involontairement dans l'urèthre à la suite des paralysies, à la suite des excès vénériens, etc. 11 peut même refluer dans la vessie et s'y mélanger avec l'urine, lorsqu'il existe un rétrécissement plus ou moins considérable au-dessous des orifices des conduits éjaculateurs; enfin, lorsque l'urine est rendue peu de temps
(i) Jacob Scbmid (Z>e urina per plures annos oleaginosâ : Ephem. nat. cur. dec. 2 ann. 2. p. 284 ) parle d'une urine oléagineuse rendue par un homme qui éprouvait des douleurs de reins et des pollutious nocturnes. L'apparence de cette urine était probablement due au sperme. Oarmann {^Ephem, tiat, cur. Dec. i. ann. m. obs. 41. p- Sg) r.npporte l'histoire d'un homme impuissant qui rendit, pendant quelques jours, une urine trouble qui, exposée au froid, se réduisait, pour la plus grande partie, en uuc matière semblable à dn blanc d'œuf. M. Lallemaud (jDej/>erief séminales involontaires, 8°, Paris j 1834) a dans ces derniers temps rappelé l'attention sur les causes des pertes séminales, sur leurs progrès et les autres accidens nerveux qu'elles produisent, phénomènes dont la source et la gravité avaient été anciennement indiquées par Hippocrate. M. Donné ( Mémoire sur les caractères distincti/s du pus : Arch. gcn. de méd. Paris, i836) a cité un cas curieux d'urine mélangée de sperme; depuis, il a étudie et décrit d'une manière plus spéciale les caractères microscopiques à l'aide desquels on reconnaît la présence du sperme dans l'urine {^Nouvelles expériences sur les animalcules spermatiques , etc., et sur la présence du sperme dans l'urine , in-8, Paris, 1837). J'ai observé plusieurs exemples de faits semblables, qu'il eût été impossible de reconnaître sans l'aide du microscope, la quantité du sperme mélangé avec l'urine étant trop peu considérable pour fournir un dépôt «permatique appréciable k )a vue simple, an toucher ou à l'odeur.
après le coït ou une pollution, elle se charge d'une èerbinê quantité de sperme en traversant le canal de l'urctlire.
Le mélange du sperme avec l'urine a lieu naturellement dans quelques animaux. MM. Prévost et Dumas (i) ont remarqué que les canaux déférens de la grenouille s'ouvrent dans les uretères, que ceux-ci forment une poche latérale qui se gonQe beaucoup au temps des amours, que l'urine sert véritablement à étendre le sperme , et qu'au printemps elle contient des animalcules spermatiqvtes.
§ 240. Les nuages ou les dépôts qu'on observe dans les urines mélangées avec une certaine quantité de liqueur séminale n'offrent point une apparence qui permette de les distinguer positivement des nuages ou des dépôts de certains mucus. Mais il est facile de reconnaître si une urine contient du sperme , en remplissant de cette urine des éprouvettes longues et étroites et en l'abandonnant à elle-même pendant vingt-quatre heures. Là pesanteur spécifique des zoospermes étant plus considérable que celle de l'urine, ils se déposent au fond du vase ; et, si on soumet au microscope le dépôt de l'urine , on ne tarde pas à apercevoir une quantité plus ou moins considérable d'animalcules spermatiques, dont la forme est tellement caractéristique qu'il suffit de les avoir bien observés un petit nombre de fois pour les reconnaître facilement : leur présence dans l'urine y indique l'existence du sperme.
Il Suffit d'une très petite quantité dé sperme d'adulte saiûj dans l'urine , pour qu'on découvre dans le sédiment, quelque peu considérable qu'il soit, les animalcules spermatiques; je m'en suis assuré plusieurs fois par des mélanges artificiels.
J'ai constaté chez des individus sains et chez d'autres qui étaient atteints de maladies étrangères aux voies urinaires, que l'urine rendue quelque temps après une pollution contenait presque toujours un certain nombre d'animalcules. Il faut noter cette circonstance, afin de ne pas considérer la présence des animalcules dans l'urine comme un fait constamment pathologique.
(i) Àhhàles des sciences hatur. t. t. p. 278. — f^oyez Spallanzanl , Exp. sur h générât.,!^, i53 ctai3).
ALTÉRATioîîS DE l'urine (sperme). 175
§ a4 1 . Si la pi'ésence des animalcules dans un sédiment d'urine indique, soit l'émission de l'urine après le coït ou après uné pollution , soit une perte séminale involontaire survenue dans d'autres conditions, il ne faut pas oublier non plus que l'urine, chez des individus épuisés par l'âge ou les maladies, peut être plus ou moins chargée de sperme, sans offrir d'à-*niraalcules à l'inspection microscopique. J'ai constaté que les zoospermes étaient rares dans le sperme de plusieuts phthisiques et de plusieurs vieillards. Quelques auteurs assurent aussi que le sperme ne contient point de zoospermes dans plusieurs maladies.
Si l'absence des zoospermes dans l'urine ne prouve pas l'absence du sperme d'une manière absolue , au moins pour tous les âges et toutes les conditions morbides , il faut reconnaître aussi que , lorsque ce caractère manque , le diagnostic est fort incertain ; toutefois l'inspection microscopique et l'aspect des urines qui contiennent du sperme, au moment de l'émission ou du mélange de ces deux humeurs, lorsqu'il est fait artificiellement, peuvent indiquer jusqu'à un certain pointia pi'ésence du sperme sans animalcules, lorsque la quantité de cette humeur est considérable. Ainsi , si Une urine est acide et louche dans toute l'étendue de la colonne du liquide, sans nuage isolé et sans dépôt; si, traitée par l'acide nitrique et la chaleur, elle reste louche et sans le devenir davantage,- ces caractères, indépendamment de l'odeur qu'exhalent le^ urines spel-matiques lorsqu'on les évapore, ont une valeur réelle. Sans doute les urineS muqueuses peuvent offrir à-peu-près la même apparence; mais, outre qu'elles contiennent ordinairement des globules muqueux, elles deviennent moins louches lorsqu'on les soumet à l'ébuUition. Les urines acidëS qui contiennent des Urates et de l'acide urique en Suspension, devenues louches par ce fait, s'éclaircisssent par l'action de la chaleur; au microscope, au lieu de globules muqueux ou de gouttelettes huileuses, elléS offrent des cristaux d'acide urique oU Une poudre amorphe, qui est bientôt remplacée par de semblables cristaUX , loi^squ'on là traite par l'acide nitrique au huitième. Les urines alcalines , troubles par le fait sëul dé leur alcallnitâ , ûë fe'éclairClsSent ■pài
par l'aclion de la chaleur, mais elles deviennent transparentes par l'addition de l'acide nitrique, ce que ne font pas les urines spermatiques. Enfin les urines albumineuses louches, les urines albumino-graisseuses, se coagulent par la chaleur et par l'acide nitrique. Une urine rendue louche artificiellement par l'addition du lait, coagulerait par l'acide acétique et offrirait des globules laiteux; quant aux urines chargées de matières grasses, elles se rapprochent quelquefois, parleur apparence, des xxrines légèrement spermatiques , sans animalcules.
§ 242. L'urine tue presque instantanément les animalcules spermatiques, tandis que le pus ne paraît pas leur nuire ; aussi voit-on quelquefois des zoospermes vivans dans les dépôts purulens des cystites chroniques , lorsque l'urine est rendue , dans de semblables conditions morbides , après une pollution ou une perte séminale involontaire. Dans ce cas, les zoospermes sont préservés de l'action délétère de l'urine par le pus au milieu duquel ils sont plongés. Lorsqu'on examine au microscope de semblables dépôts, on voit les zoospermes s'agiter entre les globules de pus.
Les cadavres des zoospermes se putréfient très lentement dans l'urine ; on les retrouve même dans le sédiment, plusieurs semaines après sa formation.
§ 243. h' humeur prostatique T^eut aussi se trouver mélangée accidentellement avec l'urine ; mais je ne sais encore aucun moyen de la reconnaître j Prout dit qu'elle précipite par l'acide acétique.
§ 244^* Lorsqu'une certaine quantité de pus est déposée dans l'urine, à la suite d'une inflammation de la membrane muqueuse des voies urinaires, ou d'un abcès qui s'est fait jour dans les conduits excréteurs de l'urine, la liqueur est trouble, blanchâtre ou lactescente, au moment de l'émission. Recueillie dans un vase transparent, et abandonnée à elle-même, elle se sépare bientôt en deux couches : l'une supérieure transparente ou légèrement trouble, ayant la teinte du petit lait ou de l'urine peu foncée en couleur ; l'autre inférieure , formée par un dépôt opaque , ordinairement d'une couleur blanche matte , laiteuse, presque semblable à celle delà cire, ou lé-
ALTÉRA.TIOJVS DE l'iTRINE [pils). I77
gèrement jaunâtre. Le niveau de cette couche purulente est bien trauché et ne se fond pas avec la dernière couche de l'urine qui l'a surmonte.
Quelque considérable que soit la quantité de pus contenu dans l'urine, celle-ci reste acide ou au moins ne devient pas immédiatement alcaline par l'eflet du mélange. Elle peut être alcaline, au contraire, dans d'autres conditions et lorsqu'elle ne contient qu'une très petite quantité de pus, s'il existe en même temps une néphrite simple, affection qui diminue toujours l'acidité de l'urine, et la rend même souvent alcaline:
Abandonnée à elle-même, à l'air libre, l'urine purulente devient prompteraent alcaline , du deuxième au troisième jour, surtout pendant les chaleurs de l'été , et les phénomènes de la putréfaction se développent avec beaucoup de promptitude.
Sous l'influence d'une basse température, le pus peut conserver en grande partie, pendant un temps plus ou moins long, son apparence, et former une couche recounaissable; mais du moment oii l'urine est alcaline, il devient filant, visqueux, et adhère fortement au fond du vase; caractères qui, joints à l'odeur particulière qu'acquiert l'urine , indique le développement et l'action de l'ammoniaque.
Si l'urine purtilente est en même temps fortement chargée d'acide urique ou de sels, le dépôt ou sédiment est souvent partagé en deux couches distinctes par leur couleur; celle qui est formée par le pus est toujours d'un blanc plus mat, et plus compacte.
§ 345. J'ai plusieurs fois constaté que le pus se mêlait facilement avec l'urine. Il résulte de ce mélange artificiel un liquide laiteux qui, après avoir été agité avec force, traverse le filtre de papier et se sépare de nouveau par le repos en une colonne d'urine moins trouble et en un sédiment d'un blanc mat. Soumise à l'ébullition , l'urine purulente donne un coagulum qui abandonne une quantité notable de matière grasse, quand on e traite par l'éther. La liqueur, filtrée après la coagulation, laisse, après avoir été évaporée, une matièi-e extractifonne.
Le pus dans l'urine, ou plutôt î'albumine qu'il contient, est
178 PROLÉGOMÎiNES.
coagulée par l'alcool et par les acides. La potasse caustique convertit le dépôt purulent de l'uriue en un liquide blanc homogène, visqueux et filant.
Lorsqu'on verse une certaine quantité d'ammoniaque sur un dépôt purulent, ou dans des urines chargées de pus, cette matière devient filante et glaireuse. Dans la cystite avec létention d'urine , lorsque l'urine est suffisamment ammoniacale, s'il y a sécrétion de pus, il se présente sous la forme d'un dépôt filant et glaireux dont la consistance varie suivant la proportion du pus et celle de l'alcali. Aussi suis-je porté à penser que la matière glaireuse qu'on observe dans l'urine, n'est pas sécrétée à l'état glaireux , et qu'elle est souvent, sinon toujours, une transformation du pus opérée par l'action de l'alcali. Une urine chargée de pus , rendue par une femme affectée d'une pyélitc chronique, ayant été recueillie dans un bocal, je constatai qu'elle était acide au moment de l'émission; quelques heures après , elle conservait son acidité et présentait un dépôt purulent d'un blanc mat et ayant presque l'aspect de la cire blanche ; trois jours après, Purine étant devenue ammoniacale , la matière purulente était filante et glaireuse.
J'ai répété plusieurs fois cette expérience et j'ai toujours obtenu le même résultat; et il m'a suffi d'ajouter de l'ammoniaque au dépôt purulent d'une urine, pour le transfonner immédiatement en une matière glaireuse et filante. (1)
§ 24^. Il peut arriver que le pus soit en assez petite proportion dans l'urine pour qu'il ne la trouble pas sensiblement, et qu'en se déposant avec l'acide urique, des sels ou du mucus, il ne soit point reconnaissable à ses caractères physiques, ou même à
(i) MM. Cap et Henry ont publié {Journ. de pharmacie, iSS^, t. xxin, p. 324) une analyse détaillée d'une urine qu'ils désignent sous le nom d'urine 'visqueuse, et qui, disent-ils, contenait une matière animale qui se rapprochait à-la-fois de la fibrine , de l'albumine ou de la spermatine et même du mucus. Cette urine était alcaline.
L'inspection microscopique au moment de l'émission et l'indication des symptômes de la maladie auraient certainement conduit à la connaissance d« la noture de celte urine, qui est restée indéterminée.
ALTliRATIONS DE l'uRINE (fUS). 1 79
l'aide des réactifs. 11 faut alors de toute nécessité avoir recours à l'inspection microscopique , i l'aide de laquelle ou dislingue facilement les dépôts purulens des dépôts salins, d'un blano plus ou moins mat. Examiné au microscope, au moment de l'émission , une goutte d'uriue acide , rendue trouiîle par le pus , offre une quantité considérable de globules , la plupart réguliers, sphéroïdes, plus volumineux que ceux du sang j leur circonférence est bien arrêtée, et leur surface demi trana-» parente est blanche, grenue; cette dernière apparence est due à un certain nombre de petits grains grisâtres contenus dans les globviles : grains dont le nombre n'est pas constant et dont l'arrangement est très variable.
Si, au lieu de prendre une gouUe d'virine trouble , on attend que le pus se dépose en nappe et qu'on examine au micros-»copo une goutte de ce dépôt puisée avec la pipette , l'image est confuse ; on ne voit qu'une masse blanche , différemment nuancée , presque opaque , nuageuse , à surface inégale , bos»» selée ; les globules de pus ne peuvent être bien distingués que sur les bords, et ne peuvent être facilement reconnus que par des observateurs habitués à ces recherches : pour voir des globules nombreux et bien distincts, il suffit de prendre avec une pipette une goutte de la couche d'urine qui est en contact avec le pus.
§ a47. Tous les globules de pus, dans l'urine, ne sont pas également réguliers j quelques-uns paraissent déformés , comme éraillés,et n'offrent plus que la moitié, les trois quarts d'un cercle ; il y en a dont la circonférence paraît échancrée. Sur celui-'ci on ne distingue que le cercle de la circonférence , sur celui-là ou ne voit qu'une réunion de quelques petits grains; là, enfin de petites masses d'un blanc nuageux indi" quent que les globules sont trop nombreux pour être distincts.
Les globules de pus forment aussi des groupes plus ou moins nombreux dans lesquels, par suite de leur superposition, la surface du plus grand nombre estmasquçe en tout ou en partie.
' Ces globules peuvent être mélangés de matières cristallines •ou amorphes, ou d'autres matières animales.
1 8o PROLlîGOMKNES.
Los globules de pus peuvent exislci- sans altération dans une urine qui contient du sucre. M. Velpeau m'ayant remis une certaine quantilé d'une urine trouble d'un malade qui oflrait des symptômes d'une maladie chronique de l'appareil urinaire , le dépôt de cette urine parut au microscope entièrement formé de globules purulens , le liquide fut abandonné à lui-même dans une fiole bien bouchée , et exposé à la température de l'atmosphère. Le sixième jour, cette urine avait une odeur alcoolique assez prononcée, elle était encore acide, et les globules de pus parfaitement reconuaissables au microscope n'étaient point encore altérés.
§ 248. Lorsque l'urine purulente, abandonnée à elle-même, à l'air libre , est devenue spontanément alcaline, et que le pus est déjà A'isqueux et filant , on peut encore reconnaître des globules le premier jour de ce changement; mais ils sont moins nombreux. Ils deviennent plus difficiles à distinguer les jours suivans, et quelquefois dès le milieu du second jour de l'alcalinité il n'en reste plus de bien caractérisés. Au reste, la disparition des globules étant en raison directe du développement de l'ammoniaque, on comprend que ce phénomène doit se produire plus ou moins rapidement suivant une foule de cii'constances qui favorisent la putréfaction de l'urine , telles que la température plus ou moins élevée de l'atmosphèie , etc.
La matière visqueuse et filante, qui a remplacé le pus, n'ofl're au microscope que des taches blanchâtres , disséminées sur la surface transparente du verre , et elle ne peut être distinguée du mucus filant et sans globules , que par sa moindre transparence et la présence d'une matière grasse soluble dansl'éther, et reconnaissable, après l'évaporation de l'éther, aux caractères qui sont propres aux matières grasses.
Si on abandonne, à elle-même, l'urine purulente plus longtemps encore , le pus diffluent offre au microscope un mélange de beaux cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien, d'urate d'ammoniaque, etc.
§ 249" A l'aide de l'inspection microscopique, j'ai pu distinguer une urine dans laquelle on avait ajouté des quantités minimes du pus, de la même urine sans mélange. Mais il y a
ALTERATIONS DE l'uRINE (/Jtfs). iSl
une telle ressemblance entre les globules de ccrlaiiies mucosités et ceux du pus , que la distinction de ces s^lobules, à l'aide du microscope, est à-peu-près impossible.
Comme l'urine à laquelle on a ajouté du lait, l'urine purulente contient une matière grasse , elle se coagule par la chaleur et l'acide nitrique ; mais elle ne présente point de grumeaux coagulés par l'acide acétique , ce qui suffit pour les distinguer l'une de l'autre. En examinant comparativement, à l'aide d'un microscope d'un grossissement de trois cents fois, de l'urine à laquelle j'avais ajouté une certaine qxiantité de lait, on pouvait facilement la distinguer des urines purulentes. Dans l'urine purulente, les globules du pus apparaissaient avec leurs bords irréguliei's et leur surface grenue ; dans l'urine laiteuse, on apercevait des globules sphéi'oïdes de diverses dimensions , mais généralement plus petits, et dout la circonférence était parfaitement régulière.
§ a5o. On ne connaît pas de caractère microscopique à l'aide duquel on puisse distinguer les globules muqueux des globules du pus , mais il existe entre le pus et le mucus des différences qui peuvent les faire distinguer l'un de l'autre; pour cela il faut filtrer l'urine qui contient la matièi-e considérée comme muqueuse ou purulente , et la traiter aUernalivement par l'acide nitrique, la chaleur, et l'éther j et, si cette matière contient une certaine quantité de matière grasse et d'albumine , ce sera du pus ou du muco-pus. Celte expérience peut être faite facilement en petit avec du pus et avec du mucus, comme termes de comparaison. Si, après avoir mis une goutte d'urine purulente, louche, sur une lame de verre, on laisse tomber dessus une très petite goullelelte d'acide nitrique, il se forme sur-le-champ de petits grumeaux d'un blanc laiteux et qui ont l'apparence de ceux de l'albumine coagulée. Examinés au microscope , ces grumeaux paraissent formé» par les globules du pus agglomérés, beaucoup moins déformés qu'on aurait pu le croire et enchevêtrés dans l'albumine coagulée.
D'un autre côté, si on ajoute une certaine quantité d'étber sur une matière muqueuse ou purulente placée sur une lame de verre, et qu'après l'évaporatiou de l'éther on examine celte
1 8a PROLILGOMKNES.
matière au microscope, on voit vers la circonférence du dépôt, lorsqu'il est oonslitué par du pus, une quantilc notable de matière grasse.
Dans les urines purulentes et sanguinolentes , les globules du pus sont mélangés de globules sanguins reconnaissables aux caractères déjà indiqués.
§ 201. Comme signe, la présence du pus dans l'urine a la plus grande valeur dans plusieurs maladies des voies urinaires. Toutefois il ne faut pas oublier que des abcès formés dans les vésicules séminales , dans la prostate ou dans le voisinage des conduits excréteurs de l'urine et de la vessie , peuvent s'ouvrir dans l'urèthre ou dans la vessie , et rendre l'urine purulente.
Si l'on en croit plusieurs cliirurgiens (i), on a vu l'urine contenir du pus à la suite de résorptions ou de métastases purulentes , et servir de voie ou de véhicvde pour l'élimination de cette humeur morbidci
Depuis sept ans, je suis à la recherche de ce phénomène, sans avoir jamais eu l'occasion de l'oliserver; et cependant j'ai examiné avec soin les urines provenant d'individus affectés de bubons en suppuration ou d'abcès, dont la résorption s'est opérée
(i) Une foule d'observations, dit Desanlt, prouvent que souvent ta crise des maladies aiguës se fait par les urines , qui prennent alors une appareûce puriforme . On a aussi un grand nomire de faits qui attestent que le pus des dépâts formés dans la poitrine , dans le foie , et dans toute autre partie du corps, s'est porté par la métastase sur les urines, et a été cracaé avec les urines. Ainsi, Anibroise Paré raconte qu'un Lonunc eut à la suite d'un coup de pistolet au bras plusieurs abcès , qui tantôt rendaient beaucoup de pus, tantôt n'en laissaient presque point écbapjier, et .tiers, ajou tait-il, les urines et les selles en étaient manifestement cbargées {Traité dts maladies des voies urinaires, rédigé par Xavier Bichat, l8i3. 3'' éd. revue par Roux, p. "Des faits analogues à ceux qu*à cités Desault, mais pas plus concluans, sont consignés dans les recueils suivans : Savimbifig anserlesener Abhandlangen fuer pracdsche Aerzte B. 7. ^ /^^-jS. — Epfiem, nat. tuiios. Dec. 2. An. 6. 1687. p- ao5(Empj'oma pcruiinas perfectè judicatom). — Novaacla acad. iial, car., t. I. j>. 14 (de Empycinntis malcris cum uriua excrela), etc.
ALTÉRATIONS DE LURINE (pUs). l83
sous mes yeux ; je l'ai particulièrement recherché dfttis des cas d'abcès du cou près la parotide, el dang des résorptiops purulentes survenues à la suite d'amputations des membres, dp Varioles en suppuration, etc. Peut-être le hasard ne m'a-t^il pas bien servi. Toutefois , je crois devoir ajouter que les .assertions émises à cet égard par d'anciens auteurs , me paraissent devoir être reçues avec une certaine défiance; ils ont pu raéconnaîti'e des maladies des voies urinaires, des abcès qui s'étaient ouverts dans ces conduits , et croire à des résorptions purulentes et à des excrétions métastatiques de pus, lorsqu'il provenait réellement des voies urinaires ou de parties voisines. On sait d'ailleurs combien les résorptions purulentes sont graves. J'ajouterai que, dans des cas de résorption d'épanchemens pleurétiques qui remplissaient tout un côté de la poitrine, je n'ai jamais rencontré, non-seiilement de pus, mais même d'albumine dans l'urine, quoique j'aie répété cette expérience un grand nombre de fois. De même encore, dans les hydropisies indépendantes de la néphrite alburaineuse (dans lesquelles l'urine n'était coagulable ni par la chaleur ni par l'acide nitrique) , et dont la guérison a été précédée d'un flux abondant d'urine, je n'ai jamais rencpntré d'albumine dans ce liquide. La résorption du pus et même de l'albumine , suivie de leur excrétion critique par les urines, est donc un phénomène extraordinairement rare , s'il a jamais été bien observé. Je n'ose pas aflirmer cependant que, dans quelques cas, la résorption d'un fluide albumineux ou purulent ne puisse être suivie de l'excrétion d'une très petite quantité de pus ou d'albumine avec l'urine. En effet, dans deux cas de résorption purulente , oii les poumons, le foie et les reins présentaient de petits dépôts de pus, j'ai trouvé les mamelons et les tiiJnili gorgés d'une humeur blanche, lactescente et d'apparence purulente. Mais dans ce cas, j'aime' mieux supposer que le pus, contenu dans les mamelons, avait été sécrété dans les conduits urinifères, enflammés par suite de l'infection, que d'admettre qu'après avoir été résorbé en nature avec tous ses élémena , et porté dans le torrent de la circulation, il était ainsi parvenu dans les voies urinaires.
l84 PllOLÉGOMÈNES.
Cependant M. Gaspard (i) a assuré tout récemment avoir retrouvé, dans l'urine, du pus injecté dans les veines. Je n'ai point répété cette expérience ; mais , en admettant qu'elle soit exacte , on comprend toute la distance qu'il y a entre ce fait et une métastase.
§ 2 5 2 . Lorsque la matière tuberculeuse a été déposée en quantité plus ou moins considérable dans l'épaisseur ou à la surface de la membrane muqueuse du bassinet, des uretères, de la vessie, etc., l'urine charrie quelquefois avec elle des grumeaux de cette matière. L'urine chargée de matière tuberculeuse est trouble ; traitée par la chaleur et l'acide nitrique, elle se comporte comme celle qui contient de l'albumine ; mais, lorsqu'on filtre l'urine, ;la matière tuberculeuse, si elle est abondante, reste sur le filtre ( Voyez Tubercules des reins ).
§ 253. Dans les cancers graves et profonds des reins, ou de la vessie , de la matière encèphaloïde mélangée avec du sang est quelquefois entraînée avec l'urine pendant son émission (Voyez Cancer des reins).
■ § 254. On a vu des poils être rendus avec l'urine. Cette pilimiction peut dépendre de plusieurs causes, d'un kyste pileux s'ouvrant dans les voies urinaires, de débris de fœtus passés de l'ovaire dans la vessie , ou d'autres productions pileuses accidentelles (Voyez Gravelle pileuse ).
§ 255. L'urine peut contenir encore d'autres corp* étrangers, des vers , des acéphalocystes , provenant des reins , de l'intestin ou de foyers en communication avec les voies urinaires ; des matières fécales , à la suite de fistules inlestino-vésicales ou de communications anomales de l'intestin avec la vessie ou le canal de l'urèthre (2) ; des débris de fœtus; diverses matières injectées ou introduites dans la vessiej des poisons ou des médicaraens qui ont traversé le torrent de la circulation.
§ 256. Il résulte de recherches récentes et surtout des nom-
(r) Journal de Magendie, t. 11. p. 7.
(2) Burze. ji trealise on tlie mal/ormalions , injuries and diseuses of the rectum and anus (Lond. lued. chir. rcvicw, jauuary i858 ).
ALTÉjR/VTioNs DE l'urine {inécUcameus , etc^. 1 85
breuses expériences deWœliler(i)etde G. A. Stehberger(a), de Tiedemann et Gmelin (3), qu'un grand nombre de corps introduits dans les voies digestives, passent dans l'urine, au moins en partie. D'autres substances , au contraire , suivant Wœhler et M. Berzelius , ne passent jamais dans les urines : ce sont les acides minéraux, qui n'en augmentent pas l'acidité, les préparations de bismuth et de plomb , l'alcool , l'éther , le camphre , le ieusc, le tournesol, le carmin , l'orcanette, le fer, dans les combinaisons où il existe à l'état d'oxide. (4)
§ 257. Wœhler a trouvé Viode : 1° à l'état d'hydriodate dans l'urine d'un chien qui prenait une solution alcoolique d'iode, a° dans l'urine d'une chienne, et dans le lait caillé trouvé dans l'estomac d'un des petits chiens qu'elle allaitait et qui mourut : l'urine de ce petit chien contenait aussi de l'iode. Canlu l'a trouvé, non -seulement dansl'uïine, mais encore dans la sueur, le lait, le sang d'une malade qui «prenait de l'iode. M. Guibourt (5) a constaté la présence de l'iode dans l'urine d'un jeune homme qui suivait un traitement ioduré. Bennerscheidt (6) a aussi trouvé l'iode dans le sang de ceux qui faisaient usage de ce médicament.
Wœhler dit que le meilleur moyen de reconnaître l'iode est de mettre un peu de chlorate de potasse et d'amidon dans l'urine , et d'y faire tomber une goutte d'acide sulfurique ou
(l) Wcclilcr. Expériences sur le passage des substances dans l'urine ( Journ. des progrès des sciences médicales, t. i. p. 41 , t. 11. p. gq). — Sur les changemens qu'éprouvent les urines par les médicamens ( Bulletin des se. mcd. de Férussac , t. xix. p. ag4' — Arch. gén. de méd. tome vu. page 584*
(a) Zeitschri/l fuer Physiologie, t. i, p. 128. — Expériences sur le temps durant lequel diverses substances introduites dans le corps humain se montrent dans l'urine. (Journ. complém. t. xiv. p. 52i ).
(3) Recherch es sur la rouie que prennent diverses substances pour passer de l'estomac et du canal intestinal dans le sang, etc. In-8°,trad. Heller i8ar.
(4) Traité de chimie, trad. franc, t. vu. p. 401,
(5) Guibourt. De l'iode dans l'urine d'un scro/uleux soumis au traitement ioduré (Journ. de cbim. méd. t. viir. p. 460).
(6) Journ, de cliim, méd, t. iv. p. 383.
l86 PROLÉGOMlCNES.
d'acide hydrochlorique; par ce procédé l'amidon devient violet, et on n'a point à craindre un excès do chlore qui iranaforinerait l'iode eu acido iodique.
M. Cantu (i) et d'autres observateurs disent avoir trouvé du mercure dans l'urine , après l'emploi des frictions mercui'ielles.
Fodéré assure y avoir rencontré l'arsenic ; Focke, Carminali, Tiedemann et Gmelin y ont trouvé du fer. (2)
M. Chevallier (3) assure qu'en prenant un bain d'eau chlorurée (quatre onces de chlorure de chaux liquide pour un bain), son urine devenait très acide et qu'elle décolorait le papier de tournesol; ce qui indiqiierait la présence du chlore dans l'urine. J'ai répété plusieurs fois cette expérience sur un malade atteint de prurigo, sans obtenir le même résultat. Ce malade urinait avant de se plonger dans un bain auquel on avait ajouté quatre onces de chlorure de chaux , et l'urine rendue n'a jamais décoloré le papier de toui'nesol. Une quantité de chlore suffisante pour être reconnaissable à l'odeui-, ajoutée à la même urine, ne lui communiquait pas la propriété de décolorer le papier de tournesol.
M. Berzelius ayant annoncé la présence de la silice dans l'urine de l'homme , Wœliler fit prendre à un cheval du silicate de potasse dissous dans l'eau; quatre heures après l'administi'ation du remède , on tua le cheval et on trouva de la silice dans son urine.
Un chien qui avait pris un demi-gros d'actde henzoïqut, ayant rendu de l'urine cinq heures après , Woehler reconnut qu'elle contenait cet acide, non à l'état libre, mais combiné avec une base, d'oîi il fut séparé par l'acide nitrique.
Un chien de moyenne taille fut tué cinq heures après avoir pris un gros à' acide galliqiic , dont il avait rejeté environ le tiers; Wœhler reconnut qu'une goutte de l'urine, contenue
(i) Annales de chimie et de physique, t. Hvij, p. 335. (a) Recherches sur la route que prennent diverses substances pour passer de l'estomac dans le sang. P. 29» ïOi.
(3) €,\i<îya{\Kï, Essai sur la dissolution de la gravelle, 8°. Paris. i837.i>.r26^
ALTiéRATiONS DE l'urine [médicamens, etc.). 187
dans la A'essie devenait noire , lorsqu'on la mettait en contact avec le perhydroclilorate de fer.
Un calculeiix qui prenait de la soude, du savon, de l'uva iirsi et du quinquina , rendait des urines qui, exposées à l'air, se coloraient en violet foncé. Reil attribue cette coloration à Vacille gallique contenu dans l'icva-iirsi. Après l'absorption delà âLècociion à' a7igushira spuria , Emraert a observé que l'urine se colorait en vert foncé par les sels de fer , ce que Wœhler attribue également à la présence de l'acide gallique.
Morichini (i) rapporte qu'après avoir bu beaucoup de limonade , il trouva V acide citrique et l'acide maliquc en si grande quantité dans son urine, que celle-ci ne lui parut être qu'une dissolution, de ces deux acides sans urée, ni sels de l'urine. Cette manière de s'exprimer est au moins empreinte d'exagération; car non-seulement j'ai trouvé dans l'urine de plusieurs personnes qui avaient bu largement de la limonade citrique, pendant les chaleurs de l'été, de l'urée et les sels de l'urine saine; mais je n'ai pu y constater la présence de l'acide citrique. Morichini a aussi annoncé la présence des acides malique et oxalique dans les urines des personnes qui font un grand usage de la tomate , fruit du solanum lycopersictim.
On a aussi observé que l'usage de L'oseille comme aliment pouvait donner lieu à la formation des calculs muraux, (a)
Un chien qui prit à jeun deux gros d'acide oxalique donna, huit heures après, une urine qui contenait de l'oxalate de chaux.
Un petit chien , tué cinq heures après avoir pris un demigros d'acide svccinique , fournit une petite quantité d'urine qui était trouble et alcaline; l'acide étant saturé par l'hydroclilorate de fer, on obtint un succinate de fer qui fut ensuite décomposé et amené à l'état de succinate d'ammoniaque (Wœhler).
(l) MemoTÎa sdpm alcune sàstanze che passano indeeomposte nelle uiine (Mcmorie délia sodetà itali.ina,i8l5, t.xvn).
(4) Joam. de pharmacie, tom. xvi. p. ^Si. {Foytz : Calcul» d'osalatc de cUaux.)
PROLIÎGOMÈKES.
Un chien pi'it deux gros d'acide tarlrique en poudre mêlés avec du pain et de la viande; cinq heures après, l'animal fut sacrifié. La vessie contenait environ quatre onces d'urine, qui, en se refroidissant, laissèrent déposer une quantité considérable de petits cristaux entièrement semblables aux cristaux d'oxalate de chaux; en précipitant l'urine par le nitrate de chaux , on obtint encore une quantité plus considérable de ces cristaux, en tout plus d'un demi-gros.
Soumis à la calcination , ce précipité répandait l'odeur particulière aux tartrates qui brûlent, et il donna pour résidu du carbonate de chaux, mêlé de charbon.
L'acide sulfhydrique ne se trouve pas dans les urines, après qu'on a pris des bains dans de l'eau contenant par bain quatre onces de sulfure de potasse. Cependant Wœhler dit que l'on trouve de l'acide sulfhydrique dans l'mine des animaux qui ont fait usage du foie de soufre, et Gamet dit avoir observé que du papier trempé dans une solution d'acétate de plomb était noirci par l'urine des malades qui avaient fait usage à l'intérieur d'un sulfure alcalin.
Un chien qui avait pris du soufre donnait des urines qui, traitées par l'acide chlorhydrique , fournissaient de l'hydrogène sulfuré (Wœhler).
§ a58. Un grand nombre de sels passent dans l'urine. L'acétate de potasse j suivant Wœhler, ne passe dans l'urine qu'après avoir éprouvé une décomposition partielle : les urines deviennent alcalines. Un petit chien , qui avait pris un gros d'acétate neutre de soude, rendit également des urines alcalines. Wœhler ayant pris de l'acétate de soude et en ayant fait prendre à ses amis , les urines qu'ils rendirent, d'acides qu'elles étaient auparavant, étaient devenues alcalines. J'ai mainte fois constaté le même fait dans mes expériences cliniques.
Selon Wœhler, le citrate de potasse, le tartrale de potasse, le tartrate acide de potasse , le tarlrate de potasse et de soude, produisent le même phénomène} et j'ai pu constater le même fait un grand nombi'e de fois.
Wœhler a retrouvé le borate de soude dans l'urine d'un cheval qui avait pris une livre de ce borate en dissolution.
ALTiiRATioNS DE l'uri\f. (inêcliccmiens ^ cJc). 189
J'ai déjà fail remarquer qvin les onrhonales alcali?!,^ passaient dans l'uriue.
Wœhler cite une observation de Brande, qui reconnut que les urines étaient alcalines six minutes après qu'il eut pris une tasse de thé chaud, contenant en solution deux gros de carbonate de soude. M. Bostock a constaté l'alcalinité de l'urine chez un malade qui prenait, tous les jours, deux onces et demie de carbonate de sonde: j'ai fait plusieurs fois la même obser- ■vation, sans donner des doses aussi considérables, et plusieurs heures après leur administration.
Un jeuue chien prit un gros de chlorate de potasse : l'animal fut tué au bout de quatre heures : une demi-once d'urine, contenue dans la vessie, donnait par l'acide sulfurique une odeur de chlore. Cette urine, évaporée à moitié, laissa déposer, par le refroidissement, du chlorate de potasse en aussi grande quantité que si l'on avait agi sur une solution de chlorate de potasse. L'urine , qui avait été recueillie avant la mort de l'animal , contenait aussi du chlorate de potasse.
WoUaston a retrouvé le cyanure jaune de ■potassium cl de fer dans les urines d'un homme qui n'en avait pris crue quelques grains en solution ; Marcet l'a remarqué dans l'urine d'une femme diabétique qui avait fait usage de ce selj Home l'a découvert dans l'urine d'un âne ; M. Magendie a reconnu ce sel dans l'urine des chiens auxquels il avait injecté une solution de prussiate de potasse ; MM. Tiedemann et Gmelin ont extrait ce sel de l'urine de chiens qui en avaient pris un à deux gros; Emmert etHœring en ont démontré la présence dans l'urine de chiens auxquels une solution de prussiate de potasse avait été injectée quatre heures auparavant dans la cavité abdominale; Westrumb , après avoir fait usage à l'intérieur de ce sel, en a constaté la présence dans ses urines et dans celles de lapins, de chèvres et de brebis, auxquels il en avait administré ; Seiler et Ficinus , l'ayant appliqué sur une plaie d'un cheval, l'ont retrouvé dans son urine, et dans celle d'un chien dans la trachée artère duquel on l'avait injecté; Wetzlar, après avoir pris six grains de ce sel en dissolution, l'a retrouvé dans son urine.
igo PROLiÎGOMi;rîEs.
Vingt grains de cyanure rouge de polassium et de fer ayant été donnés à un petit chien, il les rendit cinq heures après dans de l'urine , mais à l'état de protocyanure.
Yogel et Sœmmering firent prendre à un chien un gros de sîdfo-cyamire de potassium } l'animal succomba vingt-quatre heures après; son urine, par la solution d'un sel de peroxyde de fer, prit la couleur rouge foncé particulière du persulfocyanure de fer. Tiedemann et Gmelin découvrirent également ce sel avec la plus grande facilité dans l'urine d'un chien .
Tiedemann et Gmelin ont découvert le chlorure de barium dans les urines d'un cheval qui avait pris cinq onces de ce sel quatre heures auparavant. Ils remarquèrent que ce chlorure était en moindre quantité dans les urines que dans le sérum des veines raésentériques, Morichini dit l'avoir trouvé dans ses urines en le prenant à la dose de deux gros par jour.
Wœhler dit qu'on a trouvé du nitrate de potasse dans les urines d'un cheval qui fut tué après en avoir pris , à jeun , cinq onces en dissolution. Darvyin avait observé le passage de ce sel dans l'urine de l'homme , et M. Reynard, pharmacien à Amiens , avait signalé la présence du nitre dans l'urine d'un malade qui avait pris ce médicament.
Un petit chien ayant pris un demi-gros de tartrate de nickel et de potasse , l'urine , quatre heures après, donna , par l'hydrosulfate d'ammoniaque , des flocons d'un bleu foncé, que Wœhler pense être du sulfure de nickel.
Dans ces dei'uiex's temps, les médecins examinaient avec trop peu de soin l'urine , pendant le cours des maladies , pour qu'il leur vînt à la pensée de rechercher, si , parmi les médicamenSjil y en avait qui fussent, en partie ou en totalité, rejetés au-dehors, avec l'urine, quelque temps après leur administration. Aussi n'aurai-je, sous ce rapport, à mentionner ici qu'un petit nombre d'observations.
J'ai déjà rappelé les faits relatifs aux boissons alcalines, auK bicarbonates alcalins , au nitrate de potasse et à quelques autres sels , etc.
M. LavoUée a trouvé du sulfate de quinine dans l'urine
NUAGES, sÉDiMENS, cRiiJiORS^ de Vurùie. igi
d'un malade soigné par M. Piorry (i); depuis oa m'a assuré qu'on avait craint que le malade ne l'eût ajouté lui-même à l'urine, par supercherie. Quoi qu'il en soit, M. Quévenne (2) à constaté la présence de la. quinine dans une urine qui lui avait été remise par M. Leroy-d'Etioles , et qui avait été rendue par un malade auquel on avait administré cent grains de sulfate de quinine, en vingt-quatre heures; et ce second fait donne de la valeur au premier,
M. Lassaigne (3) et M. Dublanc (4) ont vainement cherché l'opium et la morphine dans l'urine d'individus qui en avaient pris des doses considérables.
§ 269. Nuages, sédimens , crèmors. Chez l'homme sain ou malade , l'urine, abandonnée à elle-même et à l'air libre, au bout de quelque temps, se trouble plus ou moins, et présente un nuage; au bout de quelques heures , elle dépose un sédiment qui est, en général, d'autant plus promptement formé et d'autant plus considérable , que l'urine est moins aqueuse , plus chargée d'acide urique ou de sels, et que la température de l'air extérieur est moins élevée. En même temps ou un peu plus tard, il se forme à la surface de l'urine une légère pelliculÉ connue sous le nom de crèmor.
Ces trois phénomènes ont été étudiés avec une attention toute particulière par les anciens, pour y chercher des signes des maladies des voies urinaires, et plus souvent encore pour y puiser les élémens du pronostic dans les maladies aiguës. AlUjourd'hui cette étude n'a pas perdu son importance, et elle peut être faite avec plus de fi'uit, depuis que l'analyse chimique a fait connaître les élémens naturels ou accidentels de l'urine et les réactifs qui en décèlent la présence , et surtout depuis que l'observation microscopique a rendu plus facile et plus positive la détermination de plusieurs de ces élémens , et en particulier celle des matières organiques.
(1) Gazette médicale de Paris, l836. p. 78.
(2) L'Expérience, t. 11. p. 97.
(3) Journal de chimie médicale, t, l. p. 507.
(4) Journal de chimie tnédicale, t, xu p. 349»
192 PROLIîGOMKNES.
§ a6o. L'urine dans laquelle on se propose d'examiner les divers dépôts {nuages, sèdimcns, crémors) doit être recueillie dans des vases de verre très propres, et versée dans des tubes étroits, tenus à l'abri de la poussière.
L'état acide, neutre ou alcalin de l'urine doit être constaté au moment de l'émission.
Il convient quelquefois djpxaminer comparativement l'urine rendue naturellement et celle qui aura été extraite par la sonde. Chez la femme, l'urine peut se charger de matières étrangères (mucus vaginal, sang menstruel), en traversant les parties génitales externes ; chez l'homme, elle peut aussi se charger de matières contenues ou versées dans l'urèthre.
Lorsqu'on fait iiriner une même personne malade, successivement dans trois vases, le premier contient quelquefois plus du mucus, de pus, de sang que les autres ; il faut examiner les phénomènes de dépositio7i , comparativement dans ces différens vases.
§ 36t. L'urine, dans une même maladie, varie à différens jours et même à différentes heures d'un même jour. Je l'ai vue acide et transparente le matin, trouble et chargée de phosphate de chaux dans le jour j je l'ai vue un jour chargée de pus, limpide les deux jours suivans, et purulente le quatrième. Ces différences remarquables tiennent quelquefois à ce que l'un des reins étant malade et l'autre sain , un calcul bouche momentanément l'uretère du côté malade, de manière qu'il n'arrive dans la vessie, pendant cet intervalle, que de l'urine saine. Dans l'hématurie de l'Ile-de-France, j'ai vu l'urine chyleuse et blanche comme du lait trois heures après le repas, puis sanguinolente ou parfaitement transparente à d'autres heures du jour. La conséquence pratique de cette remarque est qu'il faut examiner l'urine de toutes les émissions lorsqu'on étudie une maladie de l'appareil urinaire, ou une altération de l'urine.
Le temps qui s'écoule entre le moment de l'émission de l'urine et celui oii le nuage , le crémor et le sédiment sont complètement formés, varie d'une à plusieurs heures et même au-delà; suivant la nature des matières non dissoutes dans l'urine et la quantité de celles qui se déposent plus ou moins
NUAGKS, siîniMFNS, cRihroRS de V urine. 19'^
vito, parle refroidissement. Ces changemens se font beaucoup plus rapidement à une basse température , ou lorsque le vase ou le tube qui contient l'urine est placé dans de l'eau froide.
Les différentes parties d'une même urine , les nuages, le crémor et le sédiment, offrent souvent la même composition. Cette remarque ne s'applique pas seulement à l'acide urique et aux substances salines , elle est aussi applicable au pus et à d'autres matières animales. Toutefois, certaines substances, telles que les animalcules spermaliques et les globules sanguins , doivent être presque exclusivement recherchées dans les sédimens , tandis que les matières grasses se trouvent surtout dans les crémors.
On peut observer, dans une même urine , un nuage , un sédiment et un crémor.
Quand le sédiment est entièrement formé, l'urine redevient ordinairement transparente au-dessus duaédiment, à moins qu'elle ne contienne de l'albumine et des matières grasses.
Les nuages formés par des sels sont d'autant plus persistans , que le sédiment se forme plus lentement.
Il y a quelquefois un rapport réel, mais non constant, entre la formation et l'abondance du sédiment et celle du crémor.
§ 263, Il est le plus souvent impossible au médecin d'acquérir la connaissance de la composition des crémors, des nuages ou des sédimens que pi'ésente l'urine abandonnée à elle-même, par le seul examen et par l'interprétation des caractères physiques de ces dépôts, enfin par la méthode employée par les sémiologistes anciens et modernes , et recommandée par nos auteurs de pathologie générale. L'examen microscopique , aidé des réactifs , et éclairé par les résultats des recherches antérieures de l'analyse chimique, est aujourd'hui la seule méthode applicable dans l'élude clinique de ces dépôts.
Les urines acides, neutres ou alcalines peuvent, dans leurs dépôts, offrir les mêmes substances animales, pus, sang, sperme, mucus, etc.; mais les matières salines ne sont pas les mêmes dans les unes et dans les autres.
Les matières salines qu'on rencontre dans les nuages, les
ig/j PROLléGOMÈITES.
créraors, les sédiraens, ou dans l'urine évaporée, sont amorphes (urate acide d'ammoniaque, ura te acide de soude, urate acide de chaux, phosphate de chaux, etc.), ou cristallisées (acide urique , phosphate aramoniaco - magnésien , chlorure de sodium , etc.)-
Cette distinction, fondée sur des caractères physiques, facilement appréciables au microscope, est d'une grande utilité pratique.
§ 263. L'examen des sédimens est d'une grande importance dans l'étude des maladies de l'appareil urinaire , des maladies des autres organes et des maladies générales ; mais il est surtout nécessaire pour la détermination des diverses espèces de gravelles ou de calculs , pour celle des diathèses qui les produisent, pour celle des lésions des reins qui favorisent ou déterminent la formation de ces concrétions.
Quelques urines acides présentent ^e?/ ou point de sèdimehti Ce sont celles que l'on désigne quelquefois souâ le nom d'urines sur-aqueuses , et qu'on obsèfvé dans l'hystérie et dans le diabète insipide, ou bien encore celles qui sont rendues après une longue immersion dans un bain tièdey ou après l'ingestion d'une grande quantité d'eau pure ou d'une eau minérale pèu chargée de sel, l'eau de Contrexeville , par exemple.
Parmi les urines qui donnent des sédimens plus ou moins considérables, les unes sont transparentes au moment de leur émission, d'autres sont rendues troubles par du pus, du sang, etc., ou par des sels (ces dernières sontle plus souvent alcalines, quoique je les aie vties qtlëlquefois très acides et contenir une quantité coflsidérable de mucus , d'acide urique ou d'urates etl suspension);
Lorsque les urines sont déjà troubles au moment de leur émission, la formation dusédimentest plus prompte et sa quantité est ordinairement considérable.
§ 264. Lè meilleur moyen de constater la couleur des sédimens de l'urine, consiste à les rassembler sur un filtre et à les examiner pendant qu'ils sont encore humides.
L'acide urique et ses composés lorsque les urines sont acides^ dit phosphate de chaux et du phosphate artimoniaco-magné-
NUAGES, SIÎDIMENS, CRlÉMOnS (llT. acidé). 19$
sien lorsque l'ui-ine est alcaline, du mucus ou du muco-pus lorsque la membrane maqueiisc des voies urinaires est irritée, du pus lorsqu'elle est enllamraée , du sang et des matières grasseSj etc. , peuvent faire partie de ces dépôts , dont la nature varie suivant la composition de l'xirine dans laquelle on les observe.
§ 265. Nuages, cre'mors et sedttnens des urines acides. L'urine, dans l'état de santé, au moment de l'émission, paraît à l'œil nu parfaitement transparente j mais , en examinant plusieurs gouttes de ce liquide, on distingue presque toujours au microscope un certain nombre de petites lamelles transparentes et de lamelles dorées qui, la plupart au moins, sont formées de débris d'épitbélium obscurcis par des sels.
§ 266. Les urines acides , le plus souvent transpai-entes, sont quelquefois troubles au moment de l'émission, par la présence d'une matière organique étrangère à la composition de l'urine, telle que le mucus, le pus, le sang, le sperme, etc., ou par une quantité anomale d'acide xirique ou d'urates tenus en suspension.
Les miages et les énéorèmes qui se forment dans les premières heures qui suivent l'émission d'une urine acide, offrent le plus souvent, au microscope, un mélange de J)etites lamelles, d'urates en poudre amorphe^ et quelqxiefois de petits cristaux d'acide urique.
Certaines urines acides deviennent promptement troublesf et le restent long-temps; le plus souvent ce nuàgè est occasioné par la suspension j dans une urine légèrement albumineuse, d'une quantité notable d'urates et d'acide urique.-
Quelques nuages épais sont formés dé mucus contenant de l'acide urique cristallisé en suspension; d'autres, qui ont, à l'teil nù, l'apparence du mucus j sont formés d'urateS et spécialement d'urate d'ammoniaque amorphé.
Il n'est pas rare de voir les énéorèmes comme fortbment saupoudrés par des grains d'acide urique cristallisé, où par ïlne poudre amorphe d'urates. Dans ce dernier cas , l'énéorème est ordinairement assez dense et offre au microscope des globules rauqueux.
PROLIÎGOMÈNE.S.
D'autres nuages, d'une trame plus légère , sont formés d'une plus petite quantité de mucus, de lamelles d'épilhélium , d'acide urique cristallise ou d'urate d'ammoniaque amorphe.
D'aulres nuages plus légers encore, qui ont l'apparence d'une trame légère ou d'une gelée pi'esque transparente, contieunen* quelques globules muqueux, des cristaux d'acide urique, ou de l'urate d'ammoniaque amorphe; enfin du mucus qui n'offre point de globules et qui n'est reconnaissable que sur le filtre.
Dans quelques néphrites albumineuses , à la suite de quelques hématuries , on voit se former, l'urine ne déposant que très lentement , des nuages et des énéorèmes, constitués par les globules sanguins. Dans ces affections, de petites portions de fibrine et d'albumine peuvent aussi former nuage.
§ 267. Les dépôts inférieurs ou sèdimens des urines acides, quelle que soit leur couleur, sont principalement formés d'urates ou d'acide urique cristallisé ; ils contiennent aussi du mucus et quelquefois des sels peu solubles de chaux et de magnésie ; enfin ils peuvent être mélangés de matières animales (pus, globules sanguins, etc.). La distinction de ces élémens ne peut être faite à la vue seule , mais elle peut l'être par l'examen microscopique , aidé des réactifs ou de l'analyse chimique.
Je n'insisterai pas sur les apparences trompeuses que peuvent offrir les matières animales ou salines dans ces sédimens. Je dirai seulement que, si on peut quelquefois reconnaître, à l'œil nu , l'une de ces matières , l'acide urique , il est quelquefois difficile ou impossible même de la distinguer lorsque le sédiment en contient plusieurs autres, lorsqu'il est constitué par un mélange de cet acide, de mucus et d'urates, de sang et de pus , de pus et de sel.
On ne saurait trop se prémunir contre les erreurs inséparables d'un premier examen, à l'œil nu, de ces dépôts. Pour le diagnostic de ces sédimens, le microscope et les réactifs sont indispensables.
§ 268. Suivant M. Berzelius , le sédiment de l'urine saine est composé d'une certaine quantité de mucus et d'acide urique , souvent uni à une matière colorante et qui contient de faibles traces d'ammoniaque et de soude.
NUAGES, SÉDIMIÎNS, CUÉMOlîS (///'. (icicle). lOf)
Je n'ai jamais observé d'acide lu'ique cristallisé, dansTurino saine. J'ai vu cet acide cristallisé composer entièrement le sédiment de l'urine chez des personnes en apparence bien portantes, mais sujettes à la goutte; chez les personnes tout-àfait saines, le sédiment est amorphe.
Lorsqu'on étudie la formation de ce sédiment depuis le moment oii l'urine se trouble jusqu'à celui oii elle est redevenue transparente après l'achèvement du dépôt, on remarque que le mucus de l'urine se précipite le premier au fond du tube ou du vase dans lequel l'urine a été recueillie. Lorsque l'urine est peu chargée d'acide urique, d'urate ou d'autres sels, cette première couche a l'aspect d'une gcUc blanchâtre , semitransparente.
L'acide urique et les urates se déposent ensuite sur cette première couche et en forment une seconde ; ce n'est que plus tard que les phosphates en forment quelquefois une troisième. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, si après la formation du sédiment on agite l'urine, on n'observe plus la même régularité dans la formation successive des couches du nouveau dépôt.
§ 269. Quoique la couleur des sédiraens indique, en général, assez exactement leur composition , ce caractère n'est pas assez rigoureux pour être la base d'une distinction fondamentale ; cependant M. Prout s'en est servi.
Il admet trois variétés de sédimens dans les urines acides : 1° les sédimens ^y'awne* composés surtout d'urate d'ammoniaque teint par la matière colorante de l'urine; 2" les sédimens rouges composés , suivant lui , d'urate d'ammoniaque teint par la matière colorante de l'urine, mêlée avec une quantité plus ou moins grande de purpurales colorés; 3' les sédimens roses composés d'urates, teints par du purpurate d'ammoniaque seulement.
Quoique naturelle, en apparence, cette distinction des sédi mens des urines acides, d'après leur couleur, n'est pas assez exacte pour être conservée. Déjà M. Prout avait remarqué avec raison que la couleur de ces sédiraens variait réellement depuis la couleur presque blanche jusqu'à la couleur brune des noisettes parvenues à leur dernier degré de maturité, ce
qui comprend des nuances qui ne peuvent être qu'arbitrairement rattachées au jaune , au rovgc ou au rose.
En outre , M. Prout a vu des sédimens d'un blanc presque parfait , quoiqu'ils fussent composés en grande partie d'urate d'ammoniaque, et j'ai vu mqi-même plusieurs fois des urines très acides fournir un sédiment blanchâtre composé d'acide urique cristallisé et de mucus. D'autres sédimens d'une couleur pâle sont formés de substances amorphes , d'urates acides et de phosphate de chaux, (i)
Les enfans sont surtout disposés à cette espèce de sédiment qui se trouve souvent dans l'urine avec les dépôts crislallisés (voyez Gravellé). J'ai observé de semblables sédimens chez des vieillards atteints de gravelle urique blanche.
§ 270. Les sédimens d'acide urique cristallisé sont habituels chez les individus atteints de la gravelle urique; cet acide est rendu en même temps que l'urine , sous forme de petits cristaux , que les malades évacuent ou non de petits graviers ; ces sédimens peuvent être jaunes, gris ou roiigeâtres (voyez Gravelle urique). Dans les attaques de goutte et même dans les intei'valles des accès , l'urine offre aussi ordinairement un sédiment d'acide urique cristallisé plus ou moins considérable.
0n a pensé que le dépôt de l'acide urique cristallisé pouvait dépendre de ce que l'acide urique en excès ne pouvait être tenu en dissolution par suite de l'abaissement de température de l'urine , après son émission ; mais il paraît démonti é aujourd'hui que le dépôt de l'acide urique cristallisé est le résultat de la présence d'un autre acide (phosphorique, chlorhydrique, etc.), qui prévient la formation des urates ou les décompose.
M. Scudamore a observé, chez des goutteux, un fait qui vient fortifier cette opinion ; il a vu plusieurs fois des sédimens composés d'acide urique cristallisé dans des cas oh l'urine ne contenait pas plus d'acide urique que l'urine saine.
^i) Prouf (W.).. An int^miy into ihc nature and treatment of diabètes ^ etc., pag. 127. 8°. Loud. i835. — Lond, tned. Gaz, vol. xiv. p. 641 (Urinary sédiments).
NUAGES, SÉDIMENS, CRÉMORS {w. Ciciclé). I99
S 291. Prout(i), ayant examiné im sédiment ronge {reà or latcritious secUmetit) de l'urine, des mieux caractérisés, a reconnu qu'il était pi-esque entièrement composé d'urate d'ammoniaque. Les sédimens rouges, dit-il, sont essentiellement composés d'urate d'ammoniaque ou de soude, teints par une grande quantité de la matière colorante de Purine, et par une proportion variable de purpurate d'ammoniaque ou de soude; ces sels sont mêlés avec plus ou moins de phosphates. A quelques exceptions près, suivant M. Prout, ces sédimens contiennent d'autant plus d'urates et de purpurate de soude que leur couleur est plus foncée et qu'elle approche davantage de celle de la brique rouge.
Je regarde ces sédimens comme généralement composés d'urates colorés par la matière jaune de l'urine, et lorsqu'ils sont très rouges, comme colorés, en grande partie par la matière que les chimistes français ont appelée acide rosacique j ils peuvent également contenir une petite quantité d'acide urique cristallisé et des phophates terreux; je n'admets pas que ces dépôts soient colorés par des purpurates.
Dans la pneumonie , dans le rhumatisme articulaire aigu et plusieurs autres maladies inflammatoires, quelquefois même dans leur dernière période et après plusieurs saignées , et l'usage de boissons aqueuses et la privation de toute espèce de nourriture , j'ai vti l'urine offrir un sédiment rougeâtrc assez considérable, composé de petits cristaux d'acide urique et dhine matière amorphe déposés sur une petite masse de mucus.
Ayant examiné d'autres sédimens rongeâtres au microscope, j'ai reconnu qu'ils avaient une apparence pulvérulente; que, lorsqu'on traitait cette matière pulvérulente par l'acide nitrique, étendu à un huitième, il apparaissait un grand nombre de cristaux d'acide urique, sans qu'il restât de poudre amorphe sur le porte-objet; enfin, que la matière colorante de ce sédiment ae dissolvait, lorsqu'on le traitait par l'alcool , qui pre-
(1) Annales de philosophie, xy. p. lS5. — Annales de chimie et de physiquet t, XIV. p. 443. iSau.
200 PllOLÉGOMÈNES.
nait line couleur rouge analogue à celle que présentait d'abord le sédiment.
L'excitation fébrile , indépendamment de toute espèce de nourriture, a une influence réelle sur la production de l'acide urique ou sur celle des urales , soit par suite d'une modification du sang, soit par suite d'une modification de la sécrétion urinaire.
M. Prout a observé qu'une légère dyspepsie, dépendante d'erreur de régime, pouvait donner lieu à ces sédimens. Toutefois , cette influence des écarts de régime est beaucoup plus marquée chez certaines personnes que chez d'autres.
§ 272. Les sédimens roses (pink des Anglais) (i), comme les deux précédens, sont essentiellement composés d'urates. D'après M. Prout , ils en diffèrent en ce qu'ils sont privés du principe jaune de l'urine, et que leur couleur est due au purpurate d'ammoniaque ou de soude, suivant que le sédiment était lui-même composé d'urate d'ammoniaque ou de soude.
L'urine qui dépose ces sédimens , a ordinairement une pesanteur spécifique considérable.
Ces dépôts ont été spécialement observés dans l'urine rendue par des individus atteints de maladies du foie. Je les ai aussi observés dans des cas d'ascite non fébrile, et chez des individus atteints de gravelle d'acide urique, lorsqu'ils avaient été accidentellement sous l'influence d'une alFeclion jnorale plus ou moins vive.
J'ai déjà dit que M. Prout attribue généralement la forma^ tion des purpurates, qui, suivant lui, colorent ces sédimens, à la présence accidentelle de l'acide nitrique dans l'urine. «J'ai examiné, dit-il, il y a quelque temps , deux ou trois échantillons de ces sédimens qui, comme ou sait, se forment dans l'urine des personnes atteintes de maladies inflammatoires ou fébriles j dans chacun de ces échantillons, j'ai trouvé
(l) C'est à Proust, qu'on doit les premières observations cbimiques faites sur ce sédiment {Annales Je chimie, t. 36. p. 265 à 269), qui a été étudié ensuite par M. Prout {Phil. trans. i8i8. p. 420. — Medicn. ckir. trans., vol, IX. p. 420).
NUAGES, 6ÉDIMES ^ CRÉMORS {ui'. iicidé). 201
des traces manifestes d'acide nitrique. Pour découvrir cet acide, je procédai de la manière suivante : je fis digérer une solution de baryte pure sur le sédiment. Il se forma du nitrate de baryte soluble et d'autres composés presque insolubles ; du sulfate de potasse fut alors ajouté à la liqueur filtrée : dans un cas, j'obtins du nitrate de potasse cristallisé , et dans tous, la présence du nitrate de potasse fut reconnaissable à la manière dont il faisait brider le papier ou d'autres matières contenant du charbon, lorsqu'on les allumait. »
M.Wurzer a examiné seize sédimens en suivant le procédé de M. Prout[, et , dans l'un d'eux provenant d'une urine rendue , après un accès de fièvre, par une femme qui souffrait beaucoup de la goutte , il a constaté la présence de l'acide nitrique : le sédiment fut digéré dans l'eau de baryte; la liqueur filtrée fut traitée par le sulfate de potasse , et on obtint de petits cristaux de nitrate de baryte.
Si , comme tout le porte à croire , M. Wurzer a traité les seize sédimens, dont il parle,par l'eau de baryte, comme il n'a reconnu d'acide nitrique que dans un d'eux, ce résultat prouve que, dans ce cas,etbien certainement aussi dans ceux qui ont été cités par M. Prout, l'acide nitrique trouvé dans les sédimens ne provenait pas de la baryte employée ; M. Prout a d'ailleurs eu soin de dire qu'il s'était servi de haryte pure. Sans l'expérience de M. Wurzer, cette remarque eût été d'autant plus nécessaire que l'on sait que la baryte s'obtient en calcinant le nitrate de baryte, et qu'il n'eût pas été impossible que quelque portion de l'acide nitrique eût échappé à l'action de la chaleur, cequi eût été une source d'erreur.
Tout récemment (i) M. Prout a déclaré qu'il persistait à croire que ces sédimens étaient colorés par du purpurate d'ammoniaque, mais lia ajouté que l'acide nitrique ne possédait probablement pas seul la propriété de transformer dans l'urine l'acide urique en acide purpurique.
S 273. Pour moi, j'attribue la coloration de ces sédimens roses {pink) , non à des purpurates d'ammoniaque ou de soude
(i) Urinary secUmenls (Lond. med. Gaz,,^i834- vol. xtv, p. 641).
20a PROLÉGOMÈNES.
colorés, mais à une matière coloraule particulière, que Vaur qxielin a décrite spus le nom à'aciita rosacique.
D'ailleurs MM. Bretl et Bird (t) ont fait à M. Prout des objections que je crois fondées. Ainsi ils se sont procuré la matière colorante d'un sédiment rose {pink sedinimt) , en le li-aitant par l'alcool ; ils ont ensuite préparé le purpurale d'ammor niaque : puis ils ont traité comparativement, par les principaux réactifs, ces deux matières , qui ^ suivant M. Prout, devraient être identiques. Or, ils ont constaté qu'elles se comportaient très différeiiiment ; par exemple, que l'acide chlorhydrique ne produisait à froid aucune altération de la matière colorante rose obtenue de l'urine, taudis qu'il détruisait complètement la couleur du purpurate d'ammoniaque. En oixlre , ils ont répété une expérience curieuse de M. Prout, laquelle consiste à ajouter à de l'urinp saine une certaine quaptité de pui'purate d'ammoniaque qui s'y dissout ; puis à ajouter, au mélange^ del'urate d'ammoniaque qui se précipite en rouge ou en rose, suivant la proportion plus ou moins considérable du purpurate ajouté à l'urine. Or, ce sédiment rose artificiel s'est comporté autrement que le sédiment rose naturel, quoiqu'ils eussent tous deux la même apparence ; la couleur rose du sédiment artificiel , teint par. le purpurate d'ammoniaque , n'a pas été altérée par l'alcool , tandis que la couleur rose des sédimens naturels a été enlevée par ce yéactif. M. Berzelius avait déjà fait une remarque analogue.
On observe }es sédimens roses surtout chez les individus atteints d'hydropisie, de cyrrhose du foie.
§ 274. Après avoir été abandonnées à elles-mêmes pendant un ou plusieurs jours, les urines acides se décomposent , deviennent alcalines^ se troublent, et, entre autres phénomènes, il se dépose alofs du phosphate ammoniaco- magnésien. Qette décomposition do l'urine acide est d'autant plus rapide que la température de l'atmosphère est plus élevée, et que l'urine est moins aeide au moment de Pémission pu plus chargée d'urée ou d'autres matières animales. Aussi, relativement à cette al-
(i) On pmk deposiis m tke urine. (Luud. ined. Gai. Yol. i4« P.600-7S1).
NUAGES, SÉDIMENS, CRÉMORS {ur\ acide). 203
calinité par décomposition des urines acides , reraarqueHTon d'assez grandes différences dans les diverses affections des voies urinaires , «sous l'influence d'une mèine lempéran ti\re.
§ 375. Après l'apparition des sédimens et des créraors, les urines acides, abandonnées à elles-mêmes, restent encore assez long-temps acides , à moins qu'elles ne contiennent abondamment des matières animales , de l'urée , du sang ou du pus. Celles qui contiennent beaucoup d'acide urique et d'urates, notamment celles qui deviennent, peu de temps après l'émission, jumenteuses, et que l'on tient àPabri dvv contact de l'air, ou simplement renfermées dans un vase, ne deviennent alcalines qu'au bout d'un temps assez long, 8, 10, i5, ao jours et au-delà. Pendant que ce changement s'opère, le microscope fait voir, dans le dépôt et dans le crémor, et sur les parois du vase, de nouveaux corps, des globules noirâtres et des cristaux de phosphate aramoniaco-magnésien.
§ 276. Dans les sédimens et les crémors des urines acides, abandonnées à elles-^mêmes , et qui , peu de temps après leui' émission .offraient des sédimens; amorphes, il n'est pas rare de rencontrer, à l'inspection microscopique, des </ZoZiî<ie5 »ioîrâires, que je n'ai jamais observés au moment de l'émission , et que M. Quévenne, qui a bien voulu les examiner chimiquement, a reconnus pour être constitués par des tirâtes, et le plus souvent par de l'urate d'ammoniaque. Nous les avons vus se former dans l'urine abandonnée à elle-mêmCj depuis le 2* jusqu'au 21^ jour. Ces globules peuvent avoir jusqu'à a centièmes de millimètre, mais ils n'en ont ordinairement qu'un centième, et on en voit encore de plus petits. Leur couleur est d'un noir peu foncé, brillante, ressemblant un peu à la mine de plomb. Leur teinte , uniforme dans les petits , est un peu plus claire au centre des gros. Quand ils se sont formés dans une urine , ils y sont souvent en quantité innombrable ; ils sont isolés ou en groupes } plusieurs sont pourvus d'appendices ou de petits cristaux aiguillés très fins.
Bien que ces globules noirâtres , surmontés ou non d'aiguilles, paraissent susceptibles de se former dans loules les
204 PROLKGOMKNJiS.
urines acides, c'est cependant dans celles qui contiennent beaucoup d'urate ou d'urate d'ammoniaque pulvérulent qu'on les observe plus particulièrement ; on peut les trouver dans les sédimens et dans les créraors. Rien, à la vue simple, ne peut faire reconnaître leur présence dans l'urine.
Les globules noirâtres sont souvent mélangés de cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien neutre. En résumé, il résulte des expériences de M. Quévcnne (i), que j'ai suivies avec autant de soin que d'intérêt :
1° Que les globules d'apparence noirâtre se forment du 3* au 8% lo' ou ao® jour, lorsque l'urine est encore acide ;
a" Que ces globules noirâtres sont composés d'acide urique combiné à l'ammoniaque , et constituent un urate avec excès d'acide ;
3° Que ces globules noirâtres se forment principalement, sinon uniquement, aux dépens du sédiment amorphe, puisque nous l'avons vu prendre entièrement la forme globuleuse ;
4° Que l'ammoniaque est bien l'alcali qui , uni avec l'acide urique, les constitue le plus ordinairement;
5° Qu'il faut remarquer cependant que ces globules peuvent être constitués par des urates de différentes bases, par des urates de soude , de potasse, de chaux et de magnésie ; M. Quévenne ayant prouvé que tous ces sels, lorsqu'ils étaient avec excès d'acide , avaient une grande tendance à revêtir la forme globuleuse.
§ 277. Dans les crémors ou les sédimens des urines acides, abandonnées à elles-mêmes et encore acides , j'ai plusieurs fois observé des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien neutre (de Berzelius). Les jours suivans, ces cristaux devenaient plus nombreux, et ils l'étaient plus encore lorsque l'urine était devenue neutre ou alcaline.
§ 278. Plus taid, la putréfaction de l'urine continuant, les globules noirâtres ( urates et surtout urate d'ammoniaque) et les cristaux de phosphate ammoniaco-raagnésien sont le plus souvent mélangés d'ime assez grande quantité de
(i) L'Expérience, tom. i. p. 419 et sui?.
NUAGES, sÉDiMENS, CRKMORS {iu\ alcaliné). ao5
petits globules orgaiiiques fie nouvelle formation. Au micros-» cope , ils paraissent gris ou blancs, sans noyau ou cercle central ; ils sont circonscrits par un cercle noir, mince, et sont généralement ovoïdes; leurplus grand diamètre est de 1/1200® de railliuièlre.
En examinant les crémors de semblables urines , on y voit le plus souvent une infinité de ces petits globules organiques mélangés à une grande proportion de phosphate ammoniacomagnésien neutre.
§ 379. Nuages, sèdimens et crèmors des urines alcalines. Les remarques suivantes ne s'appliquent qu'aux urines naturellement alcalines au moment de l'émission , devenues telles par le fait d'un état morbide , et indépendamment de toute action médicamenteuse ou de la putréfaction à l'air.
Ces urines sont, en général, peu colorées ; elles sont louches ou troubles au moment de l'émission, lorsqu'elles contiennent une certaine quantité de phosphates; mais elles peuvent être transparentes lorsque la quantité de ces sels rendue en vingtquatre heures est très minime ou que la proportion de l'eau est très augmentée par des boissons.
Dans les urines alcalines, il n'apparaît de 7iuages que dans celles qui sont transparentes ou à-peu-près transparentes au moment de l'émission. Pour que des nuages se dessinassent dans des urines louches ou troubles, il faudrait qu'ils fussent très épais: la colonne du liquide étant déjà trouble dans toute sa longueur.
Les matières qui forment souvent les nuages j telles que le mucus et les débris d'épithélium , sont masquées par les sels insolubles en suspension , et entraînées plus tard dans leur précipitation.
§ a8o. Lorsqu'il se forme un sédiment dans une urine alcaline, il est ordinairement composé de phosphate de chaux, le plus souvent mêlé avec du phosphate ammoniaco-magnésien et avec une certaine quantité de mucus ; il peut contenir d'autres matières telles que des urates ou d'autres sels terreux (le cas est rare) , de l'albumine , du pus, etc.
Les dépôts phosphatiques recueillis sur un filtre, ontl'appa-
rencedu mucus j mais en se desséchant ils deviennent terreux^ pulvérulens et doux au toucher.
Si le dépôt ne contient que du phosphate ammoniaco-raagnésien (ce qui est très rare), on le reconnaît à sa forme cristalline (§ 162).
Lorsque le dépôt d'une urine alcaline est uniquement composé de phosphate de chaux, ce dépôt au microscope paraît amorphe , et, traité par l'acide nitrique étendu, il s'y dissout sans résidu (§ 161). A la vérité la même chose arrive pour le phosphate de magnésie; mais^ si on ajouté un excès d'àrnmoniaque à la solution, il se précipite dans ce dernier cas, au lieu d'une poudre amorphe, dés cristaux de phosphate ammoniacoraagnésien , reconnaissables à leur forme cristalline.
Lorsqu'un sédiment d'urine alcaline contient en même tenlps du mucus, les acides étendus lui enlèvent les sels terreux en laissant le mucus.
Lorsqu'un dépôt phosphatique contient en même temps des urates, si on le traite par l'acide nitrique étendu, les phosphates sont dissous , les urates décomposés , et il se précipite des cristaux d'acide urique visibles au microscope.
Si le sédiment consiste en phosphate ammoniaco-magiiésien, en phosphate de chaux et en pus altéré par l'ammoniaque ^ ces sels sont enveloppés dans un dépôt visqueux. Si on l'examine peu de temps après l'émission de l'urine , an. peut encore distinguer des globules de pxis qui ont échappé à l'action de l'ammoniaque et qui sont disséminés entre les cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien et la poudre amorphe de phosphate de chaux.
D'autres matières animales, telles que le spenne ou le sang, peuvent se trouver dans le sédiment des urines alcalines; ou les reconnaîtra aux caractères déjà indiqués;
§ 281. La composition des crémors et des dépôts qu'on remarque sur les parois du tube ou du vase rempli d'urine alcaline, diffère peu ou point de celle des sédimens des mêmes uri^ nés , sous le rapport des matières salines. Quant aux matières organiques, j'ai déjà dit que les globules sanguins , les zoospermes j les globules muqueux ou purulèns, etc., devaient
NUAGES, SÉDIMEIT3, CRÉMORS de l'urifie. iO'J
être recherchés dans les sédimens, tandis que les raatièreis grasses se rassemblaient surtout dans les créraors.
§282. On rencontre quelquefois d'autrès matières dans les sédimens de l'urine; la rareté de ces sédiraenS ij^'a déterminé à les réunir dans un pai'agraphe particulier.
1° Sédimens d'oxalatc de chaux. Ce sédiment est très rare.
J'ai examiné plusieurs échantillons de gravellé et de calculs d'oxalate de chaux, mais l'urine des individus qui les avaient rendus ne m'a point été remise.
M. Proul dit que l'oxalate de chaux ne se présente que très rarement , et peut-être jamais seulj sous forme de sédiment pulvérulent; mais qu'on le trouve quelquefois en petite quantité sans les sédimens uriques pulvérulens. 11 ajoute qti'on l'observe aussi très rarement sous forme de graviers cristallisés; M. Scudarhore (1) semble l'avoir observé avec cette apparence , mais sa description laisse dans l'esprit quelques incertitudes.
M. Brett (2) dit qu'il a trouvé plusieurs fois de l'oxalate de chaùx dans des dépôts pulvérulens qui consistaient principalement en urates, et il croit qu'on a pu le confondre quelquefois avec l'urate de chaux.
Pour constater la présence de l'oxalate de chaux dans un sédiment principalement composé d'vtrates , il faut, ajoute M. Brett > traiter le sédiment par l'eau bouillante ; si une portion du sédiment ne s'y dissout pas , sij après avoir été chauffé au rouge, il donne une cendre blanche qui se dissout avec effervescence dans l'acide chlorhydrique et qui ait les autres propriétés du carboiiate de chaux, il n'y a aucun doute alors que l'oxalate de chaux ne fasse partie du sédiment.
M. Brett a examiné un sédiment d'oxalate de chaux déposé sous forme pulvérulente. L'urine lui avait été remise par M. Bird. Le malade, âgé de 35 ans, avdit depuis 12 ans des oc-^ cupalions sédentaires; autrefois il avait servi cdmme militaire à
(1) Scudamorc. Traité sur la nàtûH et traitement dè la ^outtei etc. In-8i 3® cdit, tl-ad. ffailç. de Désclianrps fils, p. 167.
(2) Ohserv, on uriiiary déposils (Lond. œed. Gaicttdy t, xvii. p; 894).
ao8 PROLKGOMKNES.
l'étranger, où il avait pris l'habitude de manger, en grande quantité, de la chou-croûte ; mais il ne se rappelle pas avoir jamais mangé d'oseille. Il ya 12 ans environ, qu'essayant dans une altitude gênée de soulever, avec chaque main , un poids d'une centaine de livres, il sentit comme une sorte de ruptm-e dans la région des reins ; sensation qui fut suivie d'hématurie. L'hémorrhagie continua pendant quelques mois et cessa sans qu'on fît aucun traitement; mais depuis cette époque, après toute espèce d'exercice violent, l'urine se charge de mucus et de sang, et dépose un sédiment amorphe.
Pendant l'hiver, ces accidens étaient rares ; cependant ils se reproduisirent avec une grande intensité dans le mois de novembre i835. Le malade ressentit dans la région des lombes une très vive douleur qui ne se propageait pas suivant le trajet des uretères , sans engourdissement dans les cuisses , sans rétraction des testicules. Ce fut à cette époque que M. Brett examina l'urine : elle avait une couleur rouge-brunâtre foncée; une matière insoluble, tenue en suspension, la rendait opaque; l'urine était acide et cette acidité persista pendant plusieurs jours. Sa pesanteur spécifique était très considérable (1060). Au bout de a4 heures de repos, elle déposa un sédiment gris brunâtre, au-dessus duquel elle était encore trouble quoique à un moindre degré; filtrée, elle devint parfaitement transparente. La matière restée sur le filtre , lavée dans l'eau distillée jusqu'à ce que cette dernière ne se colorât plus, offrit une couleur grise-brunâtre , évidemment due à de la matière colorante du sang, que le lavage n'avait pas pu entraîner.
En traitant une portion de ce sédiment par l'acide nitrique affaibli et par la chaleur, on obtint une solution sans effervescence , et qui évaporée donna une pellicule saline d'une couleur pâle jaunâtre, sans qu'on pût découvrir aucune trace d'acide urique ou d'urates.
Une autre portion de ce sédiment incinérée se noircit, et fut rapidement transformée en une cendre blanche et volumineuse (la rapidité avec laquelle la matière charboneuse se détruit dans les calculs et dans les sédimens d'oxalate de chaux est véritablement caractéristique). Cette cendi'e blanche
NUAGES, SÉDIMENS, CR^MORS clc Vuiine. 209
était très solubledans l'acide chlorhydrique avec dégagement'de gaz acide carbonique. Cette solution soumise à l'ébuUition, traitée par un excès d'ammoniaque pure ne donna point de précipité, ce qui montre que la liqueur ne contenait pas des phosphates ; traitée au contraire par l'oxalate d'ammoniaque, la lit|ueur donna un précipité abondant.
L'urine dans laquelle s'était formé ce sédiment, soumise à l'ébuUition, devint opaque et déposa un très grand nombre de petits flocons d'un blanc rose; ces flocons, rassemblés sur un filtre, avaient une couleur rouge brique ; leur incinération fut difficile, et ils laissèrent un résidu d'un rouge pâle qui consistait principalement en oxyde de fer. Débarrassée de flocons, l'urine avait la couleur naturelle.
2° Wôhler ayant pris , à plusieurs reprises , de larges doses d'acide tartarique , a constaté que son urine en refroidissant déposait une poudre blanche cristalline , composée de tartrate de chanx ; il a reconnu, en outre, que les acides nitrique et malique, pris à l'intérieur, se retrouvaient à l'état de citrate et de malate de chaux dans l'urine.
3" Le carbonate de chaux a été rencontré dans plusieurs concrétions urinaires , en général en assez petit volume pour être expulsé avec l'urine au-dehors; mais je ne crois pas qu'on ait encore trouvé, chez l'homme, du carbonate de chaux en poudre amorphe.
4° Sèdimens ferrugineux {i). M. Wurzer (2) en analysant le sédiment de l'urine d'un jeune homme, du reste bien portant, a constaté que ce dépôt était constitué par un mélange d'acide
(i) On a trouTc du fer dans le sédiment de l'urine (Gehlen's neues Joum, der Chemie, B. 4. S. 121. — Scbweiger's, i^oKma^. B. 32. S. 47°); dans l'urine d'nn diabétique (Schwciger's, Journal, B, 26. S. 56); dans l'urine d'un chameau (Gelilen's, Journ./àr Cli. u. Ph. B, 7. S. Sai); dans celle du rhinocéros (Ibid. B. ig. S. i56). Beaucoup d'observations prouvent aussi que la noix de galle noircit les urines des personnes qui font un grand usage d'eaux et de préparations ferrugineuses (^Hist. acad. des se. de Paris, 1702. p. 208. — Comment. JBononiens. t. 11. p. 3, p. 478).
(a) Wetzlar. Beiiràge zur Kenntniss des menschUchen Harnes etc. S. n. 12°. Francfurt-am-Main. 1821.
nrique , d'urale d'ammouiaque , d'urate de chaux , de phosphate de chauï et d'urate de fer; M. Wurzer ajoute que la présence du fer dans ce sédiment l'étonna, quoiqu'il l'eût déjà coeÇ statée dans le calcul vésical d'un homme , dans le calcul rénal d'un cheval et dans celui d'une vache.
John et Brande avaient déjà trouvé du fer dans le sédiment d'une urine diabétique.
J'ai déjà dit que j'ai constaté l'existence du fer dans des urines albumineuses chargées de globules sanguins-
On constate la présence du fer dans l'urine en l'incinérant fortement après l'avoir fait évaporer. Le résidu doit être traité par l'eau , puis par l'acide chlorhydrique qui dissout les phosphates insolubles y compris celui de fer (le fer existant le plus ordinairement dans l'urine à l'état de phosphàte, comme dans les calculs urinaires et dans la plupart des humeurs animales). Si les phosphates dissous dans l'acide chlorhydrique contiennent du fer, leur dissolution concentrée a la couleur jaune de chlorure du fer; mais cette couleur disparaît à l'instant oii l'acide chlorhydrique s'évapore par la dessiccation ; et le résidu est aussi insoluble dans l'eau qu'auparavant. De plus , la liqueur très concentrée (afin de contenir le moins possible d'acide chlorhydrique), puis étendue d'eau , se colore en noir par la noix de galle , et précipite en bleu par le cyanure de potassium et de fer.
C'est de cette manière que M. Guibourt a constaté la présence du phosphate de fer dans la plupart des concrétions animales, urinaires ou autres.
5° Sèdimens llezis. Un sédiment de cette couleur était constitué par une matière particulière que M. Braconnot (i) a désignée sous le nom de Cyanourine, et qu'il sépara de l'urine par la simple filtration. Une des propriétés les plus remai^ quables de la cyanourine est de s'unir aux acides comme les alcalis faibles , et de former des combinaisons qui au raini-
(i) Braconnot. Examen d'une matière colorante hJeue particulière h certaines urines ( A.nnalcs de chimie et de phys. t. xxxix. p. aSa). — Journ. de chim. médicale, t. i .p. 455. ,
NUAGES, sÉDiMENs, cRi^MORs de Vurine. i\\
mum d'acide sont brunes, et d'un rouge brun de carmin magnifique lorsqu'elles en contiennent une plus grande quantité.
MM. Julia Foutenelle (i), Batt et Mojon (a) assurent avoir constaté que la couleur d'autres sédimeus bleus est due à de riiydrocyanate de fer.
Enfin, des sédimens bleus ont été décrits par des observateurs qui n'en ont point reclierché la nature ou la composition chimique (3). (Voyez Urines bleues).
§ 283. Après avoir exposé le mode de formation des sédimens, les différences qu'ils offrent dans leur couleur, celles que l'analyse chimique, aidée de l'inspection microscopique , a reconnues dans le nombre et dans la nature des élémens variables, salins ou organiques, qui les constituent, je crois devoir indiquer, en terminant, la marche à suivre dans l'examen des sédimens que l'urine fournit le plus ordinairement.
La première chose à faire est d'en calculer la proportion, relativement à la quantité de l'urine et à sa pesanteur spécifique au moment de l'émission; pour cela, on pèse une quantité déterminée d'urine et on note la pesanteur spécifique. Une autre portion de la même urine est recueillie dans un tube, pour être soumise à l'inspection microscopique. Après la formation du sédiment, on filtre la liqueur; puis le sédiment est séché et pesé.
Si l'urine est acide, le sédiment peut contenir de l'acide urique cristallisé, des urates d'ammoniaque, de soude, de chaux et de magnésie, et une petite quantité de phosphates. Si elle est alcaline, le sédiment contient toujours des phosphates terreux et quelquefois des urates.
En traitant , par l'eau bouillante , le sédiment recueilli sur le filtre et séché , on dissout les urates ; les phosphates et l'acide
(1) Journ, dj chimie médicale, t. I. p. j3o. — Arck. gén, de méd. t. ii. page loG.
(2) Batt (W). De urina tedimentum cœruleum demitlente, Qeaux, in-S".
(3) Garnicr. Obs. d'une èjiciioiiuréthrale bleue (.'oura. de rnud. t. i.xxii. p. 174. l82o).J
2 I a PROLÉGOM ÈNES-
urique cristallisé restent non dissous. La liqueur filtrée, étant évaporée ensuite à une douce température, le poids du résidu, entièrement composé d'urates, rapproché de celui de l'urine, en indiquera la proportion.
L'acide urique, s'il en existe, et le pliosphale de chaux, restés sur le filtre, sont ensuite recueillis et pesés; puis le tout est traité par l'acide nitrique étendu qui dissout le phosphate de chaux, et l'acide urique reste au fond de la capsule.
Une pareille analyse ne peut être bien faite qu'avec une quantité considérnble de sédiment.
Dans la plupart des cas , le médecin, n'en ayant à sa disposition qu'une petite quantité, est obligé de se borner à la recherche du nombre des élémens ; la détermination de leur proportion offrant des difficultés pratiques presque insurmontables. On procède alors de la manière suivante : l'urine est reçue dans un tube gradué, afin qu'on juge du volume du sédiment. Ou obtient celui-ci en décantant le liquide surnageant , et on en examine une petite partie au microscope. Il peut arriver d'abord que ce sédiment présente des cristaux bien formés, jaunâtres et rhoraboïdaux , d'acide urique , auquel cas il est rare qu'il en offre d'une autre nature ; ou bien le sédiment paraît amorphe au microscope, ce qui indique qu'il est forme principalement d'urates et le plus souvent d'urate d'ammoniaque ou de phosphate de chaux, ou de ces deux sels à-la-fois. Dans ce cas , deux essais suffisent pour eu déterminer la nature : les urates se reconnaissent à ce que le précipité amorphe, traité par l'acide nitrique étendu au huitième, se convertit, à mesure qu'il se dissout, en cristaux déterminés d'acide urique; on découvre le phosphate de chaux en décanant latdissolutiou nitrique de dessus les cristaux d'acide urique qui ont pu se former, et y versant de l'ammoniaque liquide, laquelle y détermine un nouveau précipité blanc, amorphe.
Enfin, le sédiment de l'urine peut offrir, très rarement avec l'acide urique , mais bien plus souvent avec les dépôts amorphes d'urate d'ammoniaque et de phosphate de chaux, de beaux cristaux prismatiques de phosphate ammoniaco-magnésien que leur forme suffit pour déterminer. Ces cristaux
ALTÉRA.TIONS DE l'urine {putréfuction). a l3
se dissolvent dans l'acide nitrique , lorsqu'on traite le sédiment par cet acide 5 mais ils ne reparaissent guère par l'am* moniaque , qu'il est difficile de ne pas ajouter en excès , et qui donne alors au sel une autre forme également caractéristique, celle de feuilles pinnées ou bipinnces , souvent disposées en étoiles à six rayons. Un dernier cas peut se présenter : l'urine étant très ammoniacale, le sédiment offre directement le phosphate double, cristallisé en feuilles bipinnées, toujours mélangé alors de phosphate de chaux et souvent d'urate d'ammoniaque, tous deux amorphes.
L'existence des matières organiques (globules de mucus, lamelles d'épithélium , globules sanguins, globules de pus, zoospermes, globules de ferment, globules organiques de nouvelle formation , etc.) se reconnaît facilement à l'aide de l'inspection microscopique (§ 176. 178. 222. aSg. etc.).
% 284. Pour ce qui est des matières soluMes , contenues dans l'urine acide ou alcaline, qu'on ne trouve ni dans les sédimens, ni dans les nuages, ni dans les crémors, on peut chercher à les déterminer en recueillant , avec une pipette, une certaine quantité de l'urine , après la formation des dépôts; en la laissant évaporer sur un verre de montre ou sur une lame de verre , et en l'examinant au microscope. De la sorte, on pourra quelquefois reconnaître le chlorure de sodium , l'hydrochlorate d'ammoniaque, etc., à leur forme cristalline; le chlorure de sodium à de petits octaèdres, et le chlorhydrate d'ammoniaque à des cristallisations en forme de barbe de plume, dont les élémens sont des cubes (i) ; mais il est préférable de recourir aux réactifs de ces différens sels pour en constater l'absence ou la présence.
§285. Abandonnée à elle-même , pendant pKisieurs jours ,
(i) Fonrcroy et Vauquelin ont remarqué, les premiers, que le clilorure de sodium cristallisait en octaèdres dans l'urine évaporée, et dans la dissolution d'urée {Annales de Chimie , tom. s.xxt. ji. i. — xxxii. p. gS-iSo), et que la forme primitive, octaédrique, du muriatc d'ammoniaque était changée en cube par son union avec l'urée [Annales de Chimie, toiu.xxxi. p. 67. — xxx(. l'Si).
ai4 PROLÉGOMÈNES.
à la température ordinaire, Turine se putréfie : l'urée, le mucuse ainsi que d'autres matières animales que contient ce liquid, se décomposent, y développent de l'ammoniaque, (§ 275," et l'urine acquiert une odeur presque insupportaljle.
Proust a observé que l'urine qui a subi un certain degré de décomposition putride laisse déposer de petits cristaux de carbonate de chaux , sur les parois du vase qui la contient.
Ces cristaux proviennent probablement de la décomposition de l'urate de chaux.
J'ai déjà remarqué que l'urine chyleuse, en se putréfiant, dégageait de l'hydrogène sulfuré ; il paraît que ce gaz a pu se former, dans quelques cas rares, dans la vessie, sans communication avec l'intestin, et sortir avec l'urine avec bruit par la sonde, (i)
Si la putréfaction continue, la couleur de l'urine devient en général plus foncée ; certains éléraens des sédimens disparaissent et d'autres matières se déposent; l'odeur urineuse est remplacée par une odeur ammoniacale de plus en plus fétide ; quelques jours plus lard la plupart des urines deviennent filantes comme un sirop étendu d'eau , et plusieurs se couvrent d'une véritable moisissure.
Quoique de l'observation isolée des phénomènes de la putréfaction spontanée de l'urine (2), on ne puisse retirer d'indices d'une grande valeur sur la nature de ce liquide; cependant il suffit d'opposer les phénomènes que présentent la plupart des
(1) <• L'urine est très fétide, trouble, rougeâtre, contenant un fluide clas- « tique qu'on entend sortir avec bruit parle pavillon de la sonde, laquelle « devient noire pour peu qu'elle séjourne dans la vessie. » (OUiTer d'Angers. Traité de la moel/e épinière et de ses maladies. 8". 2® édit. 1. 11. p. 554- Paris. 1827). D'autres auteurs font mention de gaz rendus par l'urèthre (G. Wolfgang Wedcl : Jlalus per pencm emissi (Mise. nat. cur. Dec. I, aun. 2, pag. 85). M. Ribcr a vu un enfant qui présentait ce phénomène (Brièrc de Boismont. Recherches sur les pneumatoses, p. i5. in-4°. 1825).
(2) Consultez les observations de Hallé sur la formation du sédiment et la décomposition spontanée de l'urine (Hallé , Ohs. sur les phénomènes et lei variations que présente Purine, dans l'état de santé. — Mémoires de la Société royale de méd. vol. 3. Année 1779. p. 469).
ALTÉRATIONS DE l'uRINE {pUtréfaCtîoil). 21 5
urines (putréfaction) à ceux qu'on observe dans l'urine diabétique (fermentation alcoolique), la formation des globules d'urates dans les urines acides et leur non-formation dans la \ plupart des urines alcalines, pour reconnaître que cette étude même n'est point sans intérêt.
J'ajoute que, si on abandonne à la putréfaction un certain nombre d'urines , et qu'on étudie comparativement les phénomènes de leur décomposition putride , on remarque des différences très sensibles (eu égard à la promptitude ou à la lenteur du phénomène , eu égard aux changemens qu'éprouvent la couleur et l'odeur de l'urine), entre les urines aqueuses des hystériques ou des individus atteints de diabète insipide, et celles qui sont chargées de pus, de sang, de matières grasses ou qui contiennent de l'albumine; mais Texposé détaillé des phénomènes de la décomposition putride de ces diverses espèces d'urines, sera mieux placé dans la description des maladies oii on les observe le plus ordinairement.
§ 286. Indépendamment des petits (jhhules blancs, organiques , que nous avons observés dans diverses espèces d'urines abandonnées à elles-mêmes, à l'air libre, nous avons vu dans le sédiment d'une urine diabét(que d'autres petits globules blancs que M. Quevenne (i) a reconnus pour de véritables globules de ferment, semblables à ceux qu'on observe dans la levure de bière. Il résulte, en effet, des recherches de M. Quevenne que le ferment trouvé dans le sédiment de l'urine diabétique est un corps qui se présente toujours à l'état de globules assez uniformes, dont le diamètre varie depuis i/^oo" jusqu'à i/i5o'' de millimètre; que ces globules ont la propriété de produire la fermentation alcoolique quand on les met en contact avec de l'eau sucrée; qu'ils offrent une réaction acide qu'ils doivent à des acides qui leur sont étrangers, et au nombre desquels se trouvaient l'acide lactique et l'acide phosphorique ; que ces globules offrent une grande force de résistance aux agens de décomposition les plus puissans, tels que les acides minéraux concentrés, les alcalis, etc., la cha-
(i) L'expérience , t. i. p. 4o5.
2 1 6 PB OLÉGOMÈNES.
leur étant nécessaire pour déterminer l'action de ces derniers; enfin, que le ferment de l'urine diabétique et le ferment de bière paraissent être identiques, et quç, s'ils présentent des différences, elles doivent être peu sensibles, puisque les globules qui les constituent ont la même apparence et les mêmes propriétés chimiques.
Historique.
§ 287. Frappés des cbangeniens que l'urine présente dans le cours de plusieurs maladies, les médecins de l'antiquité les avaient étudiés avec un soin tout particulier ; et, quand on réfléchit à tout ce qui leur manquait pour faire celle étude avec succès , on est moins étonné de leurs erreurs que de l'exactitude de quelques inductions pronostiques qu'ils tirèrent de leurs observations.
Hippocrate (1) cherche à apprécier l'influence de la nature et de la quantité des boissons et des alimens sur l'odeur, la couleur et les autres propriétés de l'urine.
Pour les maladies de la vessie et des reins , il indique les signes fournis par les urines purulentes , sanguinolentes, ou par les urines chargées de sable , de flocons, de furfures.
Dans les affections générales et dans celles qui n'appartiennent point aux voies urinaires, il note l'aj)parencc de l'urine, surtout dans le but d'en tirer un indice de la marche j de la durée , ou de l'issue de la maladie.
Presque toujours il rapproche les données fournies par les urines d'autres phénomènes pathologiques , des convulsions , de la dessiccation des ulcères, etc. Dans ce fragment de sa pathologie, on retrouve la théorie de la coction : il oppose souvent les urines crues, ténues , transparentes et sans sédiment aux urines cuites qxii donnent un dépôt plus ou moins considérable.
Il note, dans les observations des Épidémies , l'apparence
(i) Hippocratis Oy^era omni<i , in-fol. Francof. 1621. — Vid. art: Urina ( Index in Uippocratem tjui res et 'Verba continet ) et particulièrement 1» livre : De PrœdicUonihus.
ALTÉRATIONS DE l'urine. {Iiistoriquc). 217
des urines, et presque toujours dans le but de montrer un rapport entre la crudité des urines et la maladie , entre leur coction et sa solution.
Ces remarques d'Hippocrate, sur les urines crues , pâles et transparentes ; sur les urines épaisses et cuites (probablement chargées d'acide urique ou d'urates) j sur les urines noires (probablement sanguinolentes); sur les urines chargées de sable; sur celles qui offrent des sédimens plus ou moins considérables, etc. , ont été long- temps la seule richesse des séméiologistes et le thème de leurs commentaires. Mais , il faut le dire, ils ont tout reproduit, le plus souvent sans choix et sans examen. Tous ont répété, d'après Hippocrate, que les urines étaient épaisses chez les enfans et que leur transparence était d'un mauvais signe {in piieris aquosœ , urinœ deterrimœ) , et pourtant rien n'était plus facile que de s'assurer du contraire.
Tous ont signalé la formation de dépôts de l'urine à la fin des maladies aiguës, sans ajouter que les urines devenaient souvent transparentes et moins chargées, lorsque la solution de la maladie ou la convalescence se déclare; presque tous ont attaché, à la situation des nuages , à leur élévation ou à leur abaissement, des signes pronostiques que l'observation n'a jamais donnés.
Toutefois, malgré ces lacunes, et malgré ces erreurs que je signale nettement parce qu'elles ont été reproduites dans des milliers de volumes , les observations d'Hippocrate sur l'urine offrent un véritable intérêt.
Galien(i( les a reproduites et commentées.
Mais, je le répète , tout en reconnaissant le prix de ces premières observations , il ne faut pas s'en exagérer la valeur. L'observation clinique démontre en effet que les inductions que Galien tire des diverses espèces d'urines ténues ou d'urines épaisses sont loin d'avoir l'importance ou la signification qu'il leur attribue.
(i) Galcno Ascripius liber de «rmw, Joseplio Struthio polono interprète. (Galeni Opéra in-fol. Basiloa; i5Gi, 4» classU, t. 2, p. 249). Voyez aussi: JJe crisibus.
2ï8 pholiïgomknes.
Les différences qu'il veut établir (i) entre les urines de l'homme, de la femme et des enfans,sont purement théoriques ; mais il fait quelques remarques utiles sur les variations de l'urine , en santé {De differenliis urinarum in hominibus sanis).
Le petit nombre d'annotations de Celse (2) sur les urines , sont empruntées à Hippocrate. Théophile (3) les a délayées et commentées d'une manière obscure.
Avicenne (4) a ajouté quelques remarques aux observations des médecins grecs. Les urines qu'on examine le matin , dit-il, peu de temps après leur émission, ne doivent point être confondues avec celles de la nuit; il faut tenir compte de l'influence des boissons , des alimens , des jeûnes , des veilles , du travail , de la colère, etc. ; il faut tenir compte aussi de l'influence de quelques substances qui peuvent colorer accidentellement l'urine.
Dans un ouvrage remarquable par le grand nombre d'observations qui y sont rassemblées, et par la méthode avec laquelle il les a présentées, Actuarius (5) expose avec soin toutes les apparences morbides de l'urine, toutes les variations de sa couleur, toutes les modifications physiques de sa substance plus ou moins épaisse, plus ou moins ténue ; il décrit ses sèdimens et leurs diverses apparences. Il entre dans des détails pratiques, minutieux sur le choix des vases dans lesquels l'iirine doit être recueillie; sur le lieu et le temps le plus propre à son examen, qui doit porter sur ses différentes couches, depuis la superficie jusqu'à l'hypostase ou dépôt.
(1) In mnlieribus tamen urina secundum naturam alhioris coloris esse débet, quam in viris, Labcreque hypostasim majorem ; in puerili verA Éetate nccesse est grossiorem esse hypostasim propter edacitatem pucrornm , etc. ( Op. cit. 4a class. p. 253 ).
(2) Celsi de re medicâ lib. viii. p. 48- 5t, Parisis, in-i2. iSaS.
(3) TheopLili libellas De urinis, ed. Tli. Guidot. Lugd.batav. iu-i2. 1731.
(4) Avicennœ Liliii de re medicd omnes (Lib. i, fen 2, doctrina de urini In-fol. Venctiis, i564.
(5) Actuarius. De urinis lihri septem de grœco scniwne in latinmn conversi, in-8°. Parlsiis, i522.
ALTÉRATIONS BE l'uRINE {hlStOliqué). 21^
Les différences que présente l'urine , suivant les âges ; les apparences de l'urine des enfans , des adultes et des vieillards; l'influence des saisons, de l'exercice ou du repos, du sommeil ou de la veille , de la faim ou de l'abstinence, etc. , sont sinon bien décrites, au moins indiquées comme sujet d'étude.
Quant aux inductions tirées des apparences de l'urine dans les fièvres , dans les maladies du poumon , du foie , des reins , delà vessie, du cerveau j dans les aflTections de l'intestin, "de l'utérus , etc. , elles sont souvent incomplètes , même fautives dans beaucoup de cas ; mais dans le temps , elles eurent leur utilité, faute d'autres élémeus de diagnostic et de pronostic, et elles ont encore aujourd'hui une valeur réelle, ne fût-ce que comme origine d'observations plus complètes.
§ 28S. Quand l'étude des apparences de l'urine eutfotirni ce qu'elle pouvait donner, les médecins cherchèrent à pénétrer la composition de cette humeur, dans l'espérance d'y trouver de nouvelles lumières. Là commença une seconde série d'observations et d'expériences. Ouverte par Van-Helmont (i), la période chimique fut signalée par les recherches de Bellini (2) , et plus tard par celles de Willis (3) et de Boerrhaave (4).
Après avoir observé les résultats de l'évaporation de l'urine par la chaleur , sa couleur brunie, sa consistance presque solide, son âcreté forte et piquante, Bellini reconnut que, si on rendait à l'urine l'eau qu'elle avait perdue , le résidu se redissolvait; et qu'à mesure qu'on ajoutait l'eau, l'urine repassait par divers états de couleur et de saveur de moins en moins forts , jusqu'à ce que , contenant une quantité d'eau égale à celle qui avait été évaporée , elle eût repris sa première apparence. Et cette simple expérience le conduisit à penser que les différences que l'on observe dans la couleur , la saveur
(1) Van Helmont. De lilhiasi ( Opuacula medica ineditn. Lugduni , înfolio, i655 ).
(2) Bellini. De tirinis ( Opuscula practica. In-40. Lipsiœ, 1734 ).
(3) Willis (Th.). De iirinis (Opéra omnia. in-4°, Amstelodami , 178a, Toi. I. p. i53 )•
(4) Boerrbavii, Elemenia chimiœ, in-4o, 2 vol.Lcyde, 1732.
220 PROLÉGOMÎCWES.
et la fluidité de l'urine devaient résulter de proportions inégales d'eau et de matières fixes : c'était là évidemment un progrès.
Th. WilHs fit aussi des recherclies suivies sur l'urine ; et , le premier, il remarqua qu'elle contenait un principe sucré dans le diabète.
Boerhaave donna à cette étude tout le poids de son nom et de son exemple. Médecin, il développa l'opinion fort ancienne que l'urine {lotium) est destinée à évacuer hors du corps humain les matières putrescibles; chimiste, il fit connaître neuf procédés pour la recherche des éléraens de l'urine.
§ 289. Mais la connaissance de ces divers élémens ne pouvait être acquise sans le concours actif des chimistes proprement dits. Brandt et Kunckel (i) découvrirent le phosphore, que Boyle (2} parvint aussi à obtenir. Margraff (5) démontra que le phosphore provenait des phosphates contenus dans l'urine ; Rouelle le cadet(4) découvrit l'urée (i773) , isola les sels contenus dans l'urine, compara l'urine del'hommeavec celle des herbivores, etfit voir que cette dernière ne contenait pas de phosphates , mais du carbonate de chaux et une matière analogue à celle des fleurs de benjoin. Schéele (5)^ plus tard, annonça que l'urine renfermait du phosphate de chaux dissous dans un excès d'acide , et de l'acide urique auquel il attribua la formation de tous les calculs urinaires. Tiergmann (6) prouva que tous les calculs n'é-
(1) Voyez : Homberg (G). Manière de /aire le phosphore brûlant de Kunc' Ae^ (Recueil de l'Acad. des sciences, 1692 ).
(2) Boyle (Robert). The aerial noctiluca, or some new phœnomena, ete, London, in-80. 1680.
(3) Margraff ( A. S. ). Chymische Untersuchung eines sehr merkwuerdigen Urinsalzes , welches das Satire des Phosphorut in sîch enthaelt. Leipzick. 1757, in.4°.
(4) Rouelle le jeune. Observations sur l'urine humaine et sur celle de vache et de cheval ( Journ. de méd, nov. 1773 ).
(5) ScLéele (Cari. Guill.). Opuscula chimica et phjrsica, 2 vol. in-8. Lips. 1788-89.
(6) Bcrgmann. Acta yJcad, rcg. suec. aniio, 1776. — Dïssert. De acido sacchar. Upsal, 177(3, iu-8'.
ALTÉRATIONS DE l'uRINE. {Idstonque). 221
taient point formés d'acide iirique comme l'avait cruScliéele, mais qu'ils contenaient souvent en outre du phosphate de chaux et quelquefois de l'acide oxalique. WoUaston (t) fit voir qu'il fallait mettre au nombre des matériaux des calculs urinaires, l'oxalate de chaux, le phosphate ammoniaco-niagnésien et l'oxyde cystique. Fourcroy et Vauquelin (2) ajoutèrent l'urale d'ammoniaque et la silice. Ils firent de nombreuses i-echerches sur l'urine (3) déjà analysée par Proust (4) et plus tard, avec plus de succès, par M. Berzelius (5), qui démontra qu'elle contenait de l'acide lactique, du lactate d'ammoniaque, de la silice. Dans un cas , le même chimiste y reconnut du fluorure de calcium (6j. M. Marcet (7) a décrit deux nouvelles espèces de calculs. Enfin, MM. Wohleret Liebig(8) ont publié des recherches très importantes sur la constitution de plusieurs élémens de l'urine (urée, acide urique ).
De leur côté, des médecins-chimistes se livrèrent à de laborieuses recherches sur des points plus intimement liés à la pathologie. Gruickshank (9), en faisant l'analyse d'une urine diabétique , y découvrit une matière sucrée. Il compara cette
(1^ WoUaston. Philosoph. transact.for 1797. Part, ir, no 17. (Annales de chimie, tom. Lxxvr. p. 21). — On goiUj and urinary concrétions, 8°. Lond. 1796.
(2) Fourcroy et Vauquelin. Sur le nombre, la nature et les caractères distinctijs des dij/èrens matériaux qui forment les calculs, etc. (Annales du Muséum d'histoire naturelle, t. i. p. gS, 1802).
(3) Fourcroy et Vauquelin. Mémoire pour servir à Vhistoire naturelle et médicale de V urine humaine (Mém. Je l'Institut national, an vu, t. iv.p. 3i3). i (4) Proust. Mémoire sur l'urine (Annales de chimie, tome xxxvr. page 258 ).
(5) Berzelius. Analyse de Curine (Annales de chimie, t. lxxxix. p. 22).
(6) Lettre de M. Fauquelin sur lejluate calcaire dans les os et dans l'urine, (Annales de chimie, t. lvi. p. 256).
(7) Annales de chimie et de physique, t. xiri. p. 14.
(8) Wœhlcr et Licbig : Ueber kànstliche Bildung des HarnstoJ/es.C'eU-K. dire , Sur la formation arliCciellc de l'urée. — Ueber die Zerseizung des Ilamsloffes und der Harnsaùre durch hôhere Temperatur. C'est-à-diro , Sur la décomposition de l'urée et de l'acide urique à une température élevée.
(9) Rollo. Cases o/the diabètes mellilus, etc., second cdit. Lond. 1798.
espèce d'urine avec l'urine saine, et avec les urines rendues dans d'autres maladies ; il reconnut la propriété qu'a l'urée d'être précipitée par l'acide nitrique. Physiologiste , chimiste et médecin, comme Cruickshank, Nysten (i), comme lui, fît plusieurs remarques importantes sur les altérations de l'urine.
A la même époque, M. Prout (2), par l'importance et la variété de ses recherches , se plaçait au premier rang parmi les médecins chimistes qui ont fait une étude spéciale des altérations de la sécrétion urinaire. Ses travaux forment un faisceau auquel se rattachent les recherches de Brande (3), de
(1) Nysten. Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , in-8". page 233 , etc., 181 r.
(2) Prout (W). Inqiùrr into the nature and treatment 0/ diabètes, calculas etc. First edit. London. 1821. — Second edit. Lond. 1825. — Spontaneous plyalism accompanied by a dirninished sécrétion oj urine (Annais of med. aud surgery, vol. i. p. 129.) — Pink sédiment of urine (Annais of med, and surg. vol. XV. p. i55), — Description of an instrumentjor ascertaining the spécifie gravity of the urine in diabètes and other diseuses ( Annals of med. and surg. new ser. vol. ix ). — Observations on the nature of some of the proximate principles of the urine; with a few remarks upon the means of preventing those diseuses, connected with a morbid state of that Jluid ( Lond. med. cbir. Iransact. vol.viir. p. 11. 1817). — Further observations on the proximate principles of urine. (Lond, med. cbir. transact. vol. ix, p. 11. Description of a urinary calculus, composed qfUlhateor urate of ammonia (Lond. med. chir. transact. vol x, p. ti, 1819). — Note lo Alex. MarceC s Account of a singular niariely of urine which turned black soon after being discharged. ( Ibid. vol. xn. p. I. 1822). — Description of an acid principe prepared from the Uthic or uric acid ( Philos, transact. 1818, part il, page 420-2S ).
(3) Brande (W. Th.). An account of some changes from diseuses in the composition of human urine ( Transac, of a society for tbe improvemeut of med. and cbir. knowledge, vol. iii. p, 187.) — A letter on the différences in the structure of culcuii , which arise from their being formed in différent parts of the urinary passages (Pbilos. transac. vol. 98. i8o8. P. 2. art. i5. p. 223). — • Observations on the effecls of magnesia in preventing an increased formation of uric acid. Communie, to tbe soc. for tbe improv. of animal cbemistry, etc. (Pbilos. transac. vol. 100, P. r, p. 156-47. — Annales de Chimie, t. 75* p. 2i4-24). — Addidonal observations on the effects of magnesia, in preventing an increased formation of uric acid s with remarks on t/te
ALTiÉRATioNS DE l'urine (historîque). i-ii
W. Henry (Oj de Marcel, et les observations plus récentes de MM. Bostock, Christison, Rees(2) , etc.
M. Wurzer (5), professeur à Marburg, a fait aussi de nombreuses expériences sur les calculs, sur la présence du fer dans
influence of acids upon the composition of the urine. Communie. Ly tlie soc. for improving animal chemistry (Philos, transac. vol. io3, i8i3. P. 2. art. 26, p. 2i3-26. — Annales de Chimie, t. 91. p. 28G-3o3). — Observations on the chemico-medical treatinent of calculons disorders (Journ. of science and the arts, vol. 6. 18 ig. p. igS).
(1) Henry (William). Diss. inaug. De acido urico et morhis a nimio ej'us secrelione ortw. Edinb. 1807. — Experiments on the urine discharged in diabètes mellitus with remarks on tkat diseuse (houd. mei, chir. transact. vol. ri.
On the urinary and other morbid concrétions ( Ibid. vol. x , part. i.
1819 ). — A memoir on the iiric acid Mem. of the litt. and philos, societ. of Manchester, 2 séries, vol. ir. i8i3 ). — Sur l'absence de l'urée dajis les mal. du J'oie (Thomson's Annals of philosophy, voL vi. p. 392).
(2) Rees. On the analysis of the blood and urine in health and disease. London. i836.
(3) Wurzer : Progr. narratio de analysi urinœ insolitas, Marburgi, 18 10, in-l". — Progr. ad novi Jjrorcctoris etc.: Analysis chiinica calculi renalis equini. Marburgi, i8i3, in-4°. — Progr. ad novi prorectoris etc : Analysis chemica calculi renalis vaccini, Marburgi , 1817, in-4°. — Chemische Analysewesentlich verschiedener Harnstcine, etc., c'est-à-dire, Analyse chimique de pierres urinaires essentiellement différentes qui ont été rendues en peu de temps par une seule malade, Marburg et Cassel 1829 , in-S" — Analyse d'un ca/cu/ (/e 'vewie (Annales de chimie, t. 60, 1806, décembre, p. 3io-3i3.) — Analyse zweier Blasensteine , c'est-à-dire , Analyse de divers calculs urinaires (Gehlen, Journal der Chemia, Bd. 2. 1807). — Eisen in dem Blasenstein etc., c'est-à-dire, Jifer trouvé dans le calcul urinaire d'un /lomme (Schweigger, Journ. fiir Chem.und Physik. Bd.i3, i8i5. H. 3, S. 262-65. — Eisen in den etc., c'està-dire, Ji'sr trouvé dans les sédimens de l'urine humaine, ibid. Bd. 32. (Jabrb. Bd. 2. 1821. H. 4» S. 470-72). — Chemische Untersuçhong, etc. , c'est-àdire, Recherche chimique de plusieurs espèces de graviers qui ont été rendîtes avec V urine par le même individu, ibid. Bd. 34 (Jahrb. Bd. 4. 1822. H. 3, S. 437-50). — Analyse ungewohniicher, etc., c'est-à-dire, Analyse de calculs urinaires humains, extraordinaires, Ibid. Bd. 49 (Jahrb. Bd. 19. 1827. n. 2. S. 197-200). — Analyse d'un calcul urinaire humain (Schrift der Gcselisch.des Naturw. zu Marburg. Bd. i. 4.723. Art. 2). — Uebor Harnstcine etc. sur des pierres urinaires et sur la recherche de petites quantités de phos-
2a4 PROLOG OMKNlîS.
les sédiniens et dans les calculs, et il a appelé l'attention sur cette circonstance , que le même malade rendait des calculs de nature essentiellement différente.
J'ai indiqué les expériences physiologiques de Tiedemann et Gmelin et de Wohler sur la sécrétion urinaire ; je mentionnerai, en outre, ici, les expériences non moins intéressantes de Krimer(i), de Laemmerer (2) et de Westrumb (3), soit concernant l'influence nerveuse sur la sécrétion urinaire, soit sur le temps qui s'écoule entre l'injection de certaines substances et leur passage dans l'urine.
Tout récemment, les recherches microscopiques se sont dirigées vers l'urine (4) , à laquelle elles n'avaient point été appliquées depuis Leuwenhoeck (5). Aidé de la coopération active d'un de mes élèves , M. Vigla (6), et de celle de MM. Guibourt et Quevenne, j'ai fait, à l'hôpital de la Charité , de nombreuses expériences qui n'ont laissé aucun doute sur les avantages de celte méthode.
Enfin , je ne puis passer sous silence les recherches de Four-
phate de chaux (Archiv. des Apothekerverelns. Bd. 3, iSaS, H. 2, S. a68. 269). — Cliemische Analyse, etc., c'est-à-dire Analyse chimique de pierres urinaires essenliellement différentes , rendues en peu de temps par la même ma-' lade (Arcblv. des Apoth. Bd. 3o, H. 3. S. 3i3-iS). — TJeber die Verscliie" (lenheit etc. Sur la différence des pierres urinaires chez un même ma lade, en différens temps. (Arcli. des Apotlick. Bd. 33, i83o, H. 2. S. i53).
(1) Krimer. Physiologische Vnlersuchungen. Leipsick. 1820. in-S".
(2) Laemmerer. Observ. de nervorum in secretiones imperio, eonimque vi irritamentorum impressiones conducendi. Tuh'mg. 1819.
(3) Westrumb (A. H. L.). y a-t-il ou non passage immédiat des substances appliquées au corps animal, etc. (Joura. compl, des scienc. méd. tom. XVI. p. 225).
(4) Donné. Nouvelles recherches sur les animalcules spermatiques, in-8, Paris 1837.
(5) Leuwenlioeck. Arcana nat. détecta, in-40. 1722, t. 11 Epist. 61, p. 86, et seq. id. p. 23.
(6) . Vigla. Etude microscopique de Purine éclairée par Panalyse chimique L'Expérience, tome i. p. 177 ). — Nouvelles observations sur l'étude nùcrot» eopique de l'urine (l'ExpériencCt t, l. page 4oi).
RAPPOllTS DES ALTERAT, de Vut'. tt du SURg. 3 25
croy etde Vauquelin (0, deM.Wurzer, de M. Lassaigne (a), sur l'urine ou les calculs urinaires des animaux ; sur ce point, plus que sur aucun aulre , la pathologie de l'iiomme peut s'éclairer des observations et des expériences de la physiologie et de la pathologie comparées.
Rapports des altérations de la sécrétion uri^ naire avec les altérations du sang et des autres humeurs.
§ 290. La science ne possède encore sur les altérations physiques et chimiques du sang qu'un petit nombre d'observations exactes ; aussi ai-je compris tout d'abord que l'étude des rapports de ces altérations avec celles des altérations de la sécrétion urinaire serait non-seulement incomplète, mais stérile en. beaucoup de points. Cependant cette considération n'a pu me détourner du projet que j'avais formé de m'arrêter un instant sur ce sujet. En rappelant quelques faits importans, fournis par cette étude comparative, en montrant combien elle avait été négligée jusqu'à ce jour par les médecins, même dans les circonstances pathologiques les plus favorables et les plus importantes, j'ai espéré que ces remarques contribueraient peutêtre à dissiper les préventions que les médecins vitalistes purs entretiennent contre ces sortes de recherches.
$ agi. La sécrétion urinaire modifie la constitution du sang,
(1) Vanquelin : Annales de chimie, t. Lxxxil, p. 197 (urine de lion, de tigre et de castor, etc. ).
(2) Lassaigne : Urine d'un cheval diabétique (Journ. chim. médicale, t. vr.
p. 422)- — Calcul trouvé dans Purèthre d'un agneau mdle (Ibid.t. Yl. p. 849)
Examen chimique de petits calculs trouvés dans l'urèthre d'un chien, (Ibid. t. V. p. 633). — Analyse de calculs trouvés dans la /vessie d'un rat (Ibid. t. vir. p. 289). — Analyse d'un calcul vésical d'un cheval. (Ibid. a""" série, t. i. p. 58 1); avec Cberallier -.Analyse d'une concrétion trouvée dans la fosse navi~ culaire d'un cheval (Jonrn. de Sédillot, t. 69. p. 77). — Sur l'existence du carbonate de magnésie dans les calculs /vésicaux des animaux herbivores (Annales de chimie et de physique, t. xxii. p. 440). — Sur l'oxide cystique dantUculcul vésieat d'un chien{knn, de chim. «t dephys. t.zxiti.p. 382.)
soit en lui enlevant accidentellement certains principes nécessaires, soit en ne le débarrassant pas des élémens dont elle doit naturellement s'emparer, ou dont elle doit diminuer la proportion.
D'un autre côté , les altérations de l'urine sont quelquefois la suite ou la conséquence des altérations du sang ; parfois enfin, dans une même maladie, on observe une double anomalie , l'altération dé l'urine par l'altération du sang, et l'altération du sang par le vice de la sécrétion urinaire.
§ 292. Les élémens organiques du sang (fibrine, albumine, globules sanguins) sont non-seulement modifiés dans leur propor" tion, mais encore dans leur apparence à la suite de plusieurs altérations de la sécrétion urinaire. Ainsi dans les dernières périodes de la néphrite albumineuse , du diabète et des hématuries consécutives avLX cancers des reins ou de la vessie, si on examine le sang au microscope , les globules sanguins apparaissent plus rares, et plusieurs sont plus volumineux et décolorés.
Dans la néphrite albumineuse , après quelques mois de durée, plus tôt ou plus lard,la proportion de l'albumine dans le sang est sensiblement diminuée, et la pesanteur spécifique du sérum est notablement moindre que celle du sérum provenant du sang d'un individu sain du même âge et de la même constitution; à la suite des hématuries prolongées, j'ai également observé cette diminution de la pesanteur spécifique du sérum.
^ 293. Les changemens que la fibrine éprouve dans sa proportion n'ont pas été déterminés avec pi'écision. Les observateurs ayant pris, pour terme de comparaison, le caillot composé de fibrine et de globules , le plus souvent ils se sont bornés à dire que le sang était riche ou pauvre, suivant la plus ou moins grande proportion du caillot relativement à celle dtt sérum.
Quant au caillot lui-même, il n'a pas présenté de caractères particuliers, dislinctils, dans les maladies des voies urinaires qui ont nécessité la saignée. Le sang est généralement coueuneux dans toutes les néphrites aiguës, et surtout dans la néphrite rhumatismale.
RAPPORTS DES ALTiÎRAT. de l'ur. et du sang. 227
§ 394. Dans les hydropisies avec urine coagulable, dans lé diabète et dans plusieurs autres maladies des voies urinaires; on a remarqué que le sérum du sang contenait quelquefois une quantité anomale de matière grasse. Dans la chylurie ,\aL proportion de cette matière est si considérable, que le sang, d'après son aspect, a été désigné sous le nom de sang laitetix.
Quelques observateurs ont assuré que le sang exhalait Une odeur urineuse dans les rétentions d'urine , mais ce fait n'est pas bien établi ; d'autres ont ont reconnaître que , dafts le diabète , le sérum du sang avait un goût moins salé ; d'autres disent même l'avoir trouvé sucré (Dobson). M. Guibourt, à ma prière, ayant examiné du sérum de sang diabétique, là trouvé salé comme le sérum ordinaire ; de sorte qu'il n'est pas possible de tirer des conséquences positives , générales , de ces premières observations.
Ces courtes remarques résument à-peu-près tout ce que la simple observation et l'inspection microscopique ont appris sur les modifications physiques que les élémens organiques du Sang éprouvent , soit dans leur proportion relative , soit dans leur constitution , par suite des maladies des voies urinaires, ou avant leur développement.
§ 295. Des résultats plus importans ont été fournis, dans ces derniers temps, par l'analyse chimique.
Lorsque la sécrétion de l'urine est entièrement suspendue , le sang qui, à l'état sain, n'ofl're pas de traces d'urée, en présente alors de non équivoques. Prévost et Dumas (1), après avoir extirpé les reins à un chien , ont, en effet, constaté la présence de l'urée dans le sang. Le sang fut extrait des veines, lorsque tout annonçait que l'animal n'avait plus que quelque temps à vivre. Le sérum et le caillot, desséchés par les procédés ordinaires, furent traités par l'eaubouillante jusqu'à ce que ce véhicule eût cessé d'avoir sur eux une action sensible. Les lavages évaporés furent repris par l'alcool qui opéra la dissolution de la matière désignée sous le nom de suLstancc mucoso-extractïve (mélange de laclalede soude et d'une matière animale parti-
(l) Annales de chimie, t. xxui. p. 96.
PROLiGOMÈNES.
culière). Du sang sain, traité delà même manière, donna un résidu deux fois moins considérable; il était, dans les deux cas , de couleur brune , soluble dans l'eau et dans l'alcool , attirant vivement l'humidité de l'air , précipitant l'acétate et le nitrate de plomb ; mais le résidu fourni par le sang des animaux néphrotomisés, se concrétait en tine masse llanche et cristalline , par l'acide nitrique.
On laissa le composé sur du papier sans colle, pendant quelques heures ; on sépara ainsi tout le lactale de soude qui attire l'humidité atmosphérique et s'imbibe entièrement. En redissolvant le nitrate d'urée dans l'eau , celle-ci laissa un petit résidu qui parut être une combinaison de l'acide nitrique avec la matière animale, précipitable par le plomb. L'évaporation du liquide reproduisit le nitrate d'urée en paillettes parfaitement blanches, d'où on put extraire l'urée pure et cristallisée.
§ 296. Après l'extirpation des reins , MM. L. Gmelin et F. Tiedemann (i) ont soumis à l'analyse : 1° le liquide épanché dans la cavité péritonéale ; 2° le sang recueilli après la mort dans les gros vaisseaux (sa quantité pouvait être évaluée à a onces); 3" la bilej 4° contenu de l'intestin grêle; 5, les matières fécales.
Ces substances furent desséchées au bain-marie, puis traitées par l'eau bouillante. Filtrées, elles furent traitées par l'acétate de plomb et filtrées de nouveau. On débarrassa le liquide filtré du plomb qu'il contenait , en partie par le carbonate d'ammoniaque , en partie par l'acide hydrosulfurique.
Le liquide péritonéal , le sang et la bile furent traités par le carbonate d'ammoniaque : les liquides filtrés et évaporés à siccité fixrent traités par l'alcool anhydre ; le résidu que fournit l'évaporation de la solution alcoolique, fut dissous dans un peu d'eau, et à cette solution aqueuse débarrassée, parla filtration, de quelques flocons , de l'acide nitrique concentré fut ajouté
(i) Fenuche ueber des Blut, angeslellt in Ferbindung mit E. Mitscberlich von L. Gmolin et J. Tiedemann. ( Poggendorff , Annalen, i834. Band XXXI, 3o3).
SA.PPORTS DES ALTERAT. deVllV. Cl du SUHg. 229
lentement et .par gouttes ; pendaut ce temps le liquide était placé dans un petit tube de verre entouré de glace , de manière à éviter tout écliaufferaent.
^Les matières du canal intestinal furent débarrassées du plomb , par l'acide hydrosulfurique j puis filtrées , desséchées et traitées delà même manière par l'alcool, l'eau et l'acide nitrique. Nous obtînmes, disent MM. Gmelin et Tiedemann , les résultats suivans : le liquide fourni par le sang donna avec quelques gouttes d'acide nitrique un précipité abondant, blanc, jaunâtre, critall.isé, qui, après 24 heures, formait la moitié du volume du mélange. Pour obtenir plus d'exactitude dans le résultat, le précipité fut réuni sur un petit filtre, lavé avec un peu d'eau froide , puis exprimé et séché. Une partie chauffée dans une cuillère de platine , laissa une trace de charbon qui brûla sans donner presque de résidu. Une autre portion chauffée modérément avec une solution de potasse , ne laissa pas dégager d'ammoniaque. La troisième partie du précipité , et la plus considérable, fut chauffée avec de l'eau et du carbonate de baryte : à ce mélange on ajouta une égale quantité d'alcool anhydre, puis on filtra. Le liquide filtré, qui ne se troublait pas par l'acide sulfurique , donna» par l'évaporation spontanée, de longues aiguilles incolores d'urée , dont la quantité était d'environ a milligrammes, et qui se reconnaissait à leur solubilité dans l'eau et dans l'alcool, à leur volatilisation par la chaleur , et à leur précipitation par l'acide oxalique , et l'acide nitrique.
Ces expériences prouvent la présence de l'urée dans le sang et peut-être dans le liquide des épanchemens.
M. Mayer, de Bonn (i), après avoir extirpé les reins à des animaux, n'a pu constater la présence de l'urée dans le sangj mais il afiù-me qu'après cette opératiou , la sérosité déposée dans diverses parties, telles que le péritoine, la plèvre, le péricarde, les ventricules cérébraux, la conjonctive, l'estomac, etc. , présentait les caractères physiques de l'urine.
(l) Maycr. Sur ^extirpation des reins et ses résultats (;Jouru. compl. àth it. méd. I. XXVII. p. 35). — Journ. des progrès, vol. iv. p. 541).
a3o PROLÉGOMÈNES.
Cette sérosité fut soumise à l'analyse chimique qui ne donna aucun résultat , la quaqtité de sérosité étant trop peu considérable pour que les recherches fussent faites convenablement. Ces expériences sont donc moins concluantes que les précédentes.
M. Marchand (i), au lieu d'extirper les reins, a fait la ligature de leurs nerfs et de leurs vaisseaux , dans le but d'opérer la mortification de ces organes. Un mouton chez lequel cette opération avait été pratiquée fut sacrifié à la fin du second jour; 4oo grammes de son sang donnèrent deux grammes d'urée ; 6p grammes de matière provenant de l'estomac donnèrent également 2 grammes d'm'ée.
§ 297. Dans le choléra asiatique on a vu souvent la sécrétion ui'inaire se suspendre pendant plusieurs jours. M. Marchand assure avoir obtenu des cristaux de nitrate d'urée en traitant deux livres de sang cholérique par le procédé ordinaire. M. Herraann (2), au contraire, n'a pu en découvrir de traces, en faisant la même expérience : je regrette de ne point m'êlre occupé de celte question lorsque j'étudiais le sang des cholériques.
M. O'Shaughnessy (3) dit avoir trouvé de l'urée dans le sang des cholériques, dans les cas de suppression notable de l'urine.
Antérieurement à toutes ces expériences, Nyslen (4) avait constaté la présence accidentelle de la matière huileuse à laquelle l'urine doit, suivant lui, sa couleur et son odeur, dans
(1) Marchand. De l'existence de l'urée, etc. ( L'Expérience, tome 11. page 43 ).
(2) Hermann. Changemetis qu'éprouvent les sécrétions de l'organisme humain parVeffel du choléra. ( Annalen der Pbys. und Chemie. Band xii. S. r6i. — Extrait (Bulletin des sciences médicales de Fcrussac, tome XXVII. p. 7 ).
(3) Gazette médicale de Paris, t. m. p. 109. i832.
(4) Nysten. Rech. de phys. et de chimie path. p. 286. in-S". l8ii. — Dans ce passage, Nysten dit positivement que la sérosité ne contenait point d'urée; mais dans un mémoire lu à l'Institut, le 10 août i8io,oùsont exposés la plupart des faits consignés dans ces Recherches , il dit au contraire, faisant probablement allusion à d'autres caç,: «La ponction, dans deux «as d'hydropisic ascitc , a permis à M. Barrucl et à. moi de constater que
RAPPORTS DES altjêrat. de Vur. et du sang. a3 1
la sérosité de certaines hydropisies. Boerhaave(i) avait annoncé, sans le démontrer par l'analyse chimique , qu'il avait trouvé un liquide urineux dans les ventricules du cerveau d'un négociant, mort de rétention d'urine. Plus tard, en analysant la sérosité de plusieurs malades du docteur Bright , et qui étaient atteints d'hydropisie avec urine coagulable , M. Bostock (a) trouva, dans cette humeur, une matière qui possédait des propriétés particulières et qui semblait analogue à l'urée.
g 298. Quelque temps après, M. Christison (3) est arrivé à des résultats plus positifs : il a trouvé , dans un cas d'hydropisie , une quantité considérable d'urée, en analysant le sang après la mort. Une once environ de sang fut prise dans la veine cave (en ayant grand soin que rien d'étranger s'y mêlât) j le sang était noir, liquide et presque entièrement exempt d'odeur de putréfaction. On le chauffa au bain-marie à une température un peu au dessous de 212 degrés Fahrenheit, en ayant soin de l'agiter aussitôt qu'il commençait à se coaguler. Il se prit en une masse épaisse, brune-rougeâtre , granuleuse. On y ajouta une petite quantité d'eau distillée , et, après avoir agité le mélange, on le versa sur le filtre, qui laissa passer un liquide rouge-cerise : chauffé à 200 degrés F,, ce liquide déposa d'autres flocons brunâtres, et devint d'un jaune vineux. Évaporé aubain-marie, à une température au-dessous de 200 degrés F., il exhalait une odeur fétide. Quand le liquide commença à prendre une consistance sirupeuse, on en traita une goutte par l'acide nitrique qui la rendit opaque et produisit un coagulura considérable, mais sans y former de cristaux. L'extrait sirupeux , traité par l'alcool bouillant, donna une solution de couleur jaune pâle.
le liquide obtenu contenait de l'urée en quantité suffisiinle , quoique très petite, pour en constater les propriétés distinctives.» {Journ. de chim. mèd. deux, série, t. m. p. 268 ).
(1) Haller. Comment, ad H. Boerrliaave Prœlect. académie, tom. ru. pag. 3i5.
(2) Edinb. ined. and surg. Joum. t. xixh, p. a85,
(3) Cliristison (R). Oôs. on the rvariely 0/ drop.iy, etc. (Ediub. mcd. aud turg. Journ. t. xxxii. p. 371. 285 ).^
aSa pnoLÉGOMÈNES.
Évaporé dans un petit vase dé verre jusqu'à consistance sirupeuse, cet extrait dégagea également nue odeur fétide ; et, lorsqu'on y ajouta un petit nombre de gouttes d'acide nitrique , il s'en exhala une odeur tout-à-fait semblable à celle de l'extrait d'urine, lorsqu'on le traite de la même manière. Au même moment, il se forma des cristaux aiguillés d'un rouge grisâtre , floconneux et perlés : c'était évidemment , dit M. Christison , des écailles de niti'ate d'urée.
Dans un autre cas, du sang fut tiré du bras d'un hydropique ; la pesanteur spécifique du sérum était 1024)8 ; chauffé, il donna un coagulum un peu moins ferme que du sang sain ; ce coagulum (dont la proportion était de 8i,apouriooo du liquide) fut séché au bain-marie, puis soumis à l'ébullition dans l'eau. L'eau évaporée ensuite à siccité au bain-marie, donna un résidu qui fut soumis à l'ébullition dans l'alcool pur. Cette nouvelle solution filtrée fut concentrée par l'évaporation , et il se forma de nombreux cristaux écailleux, transparens, incolores et très déliquescens ; ces cristaux furent dissous dans une petite quantité d'eau et furent ensuite traités par l'acide nitrique. Dans sa réaction, il s'exhala, comme dans l'expérience précédente , une odeur semblable à celle qui se dégage lorsqu'on ajoute de l'acide nitrique à l'extrait d'urine. Dans l'espace de deux à trois minutes, des cristaux incolores, aiguillés , soyeux, se formèrent en petites masses radiées.
On fit en même temps , et comparativement , l'analyse du sérum du sang d'une jeune femme qui feignait d'être malade, afin de rester à l'hôpital. La pesanteur spécifique de ce nouveau sérum était de io38,8; il contenait ao2,a parties solides pour looo; la solution alcoolique de cette matière solide donna par l'évaporation des cristaux granuleux, qui, dissous dans l'eau, ne cristallisèrent point par l'acide nitrique.
Ainsi, dit M. Christison, dans le premier cas, j'ai obtenu, d'une manière non équivoque, des cristaux de nitrate d'ul'ée, semblables à ceux qu'on peut former avec l'extrait d'urine. Dans le second cas , les cristaux offraient bien l'aspect brillant et nacré du nitrate d'urée, mais ils n'en avaient pas l'apparence écailleuse, M. Ghrislisou a recherché une troisième
BAPPOUTS DES ALTÉRÂT, tle VuV. et duSUIlg. 2 33
fois l'urée dans le pcrum du sang d'une femme dont l'urine, quoique peu abondante, ne contenait environ que la cinquième partie de la proportion ordinaire de l'urée. On avait appliqué des ventouses scarifiées sur les reins; le sérum du sang ainsi obtenu fournit un extrait qui, traité par l'acide nitrique, dégagea une odeur semblable à celle que produit l'acide nitrique sur l'extrait d'urine, et, en deux ou trois minutes, tout le liquide fut converti en une belle masse radiée de cristaux foliacés et nacrés. Ces cristaux, séchés sur du papier - brouillard , ne différaient en rien des aiguilles de nitrate d'urée ordinaire.
Ces expériences de M. Christison me paraissent tout-à-fait concluantes, quoique je n'ignore pas qu'il existe, dans le sang et dans la sérosité des liydropiques, une matière distincte de l'urée par plusieurs propriétés et notamment par son apparence au microscope, mais qui, comme elle, se prend en masse, lorsqu'on traite l'extrait alcoolique par l'acide nitrique.
Cependant la preuve de l'existence de l'urée dans le sang ou le sérum de ces liydropiques eût été plus complète, si M. Christison eût, comme MM. Prévost et Dumas, isolé l'urée de la masse produite par l'action de l'acide nitrique.
Dans trois autres cas de la même maladie , M. Christison a répété ces expériences sans obtenir de nitrate d'urée; mais, dans ces cas, la proportion d'urée dans l'urine était environ deux fois plus considérable que dans les cas cités plus haut. Il ne se forma pas des cristaux par l'addition de l'acide nitrique dans les extraits alcooliques du' sang; mais une matière granuleuse se précipita, et il se dégagea une odeur semblable à celle que produit cet acide sur un extrait d'urine.
Je rapporterai plus loin mes recherches et celles de M. Guibourt sur ce sujet. Je me borne à dire ici qu'elles sont tout-àfait confiimatives de celles de Nystenet de M. Christison; mais nous avons reconnu un fait assez important, savoir : qu'on obtenait de petites masses solides qui simulaient le nitrate d'urée ( Yoyez Nephrile albumineusc ) , en traitant certains extraits alcooliques du sang ou de la sérosité par l'acide nitrique.
M. Rees (i) a annoncé également, dans ces derniers temps, qu'il avait trouvé de l'urée dans le sang des individus atteints d'iiydropisie avec urine coagulable.
^ 299. Dans ses expériences, M. Christison ayant fait mention du dégagement d'une odeur urineuse, lorsqu'on traite l'extrait alcoolique du sang par l'acide nitrique , M. Brett et Bird (a) ont fait des expériences intéressantes dans le but d'apprécier la valeur de ce phénomène comme signe de la présence de l'urée dans le sang. Or, ils se sont assurés qu'une matière extraite du sang et distincte de l'urée dégageait cette odeur lorsqu'on la traitait par l'acide nitrique. Ainsi l'extrait alcoolique du sang d'une diabétique dégagea une odeur urineuse, lorsqu'on le traita par l'acide nitrique. Cette substance diffère de l'urée par les caractères suivans : 1° la solution aqueuse et étendue d'urée se décompose par l'ébuUition prolongée ; la même chose a lieu, lorsqu'oi; conserve cette solution avec des matières extractives , surtout lorsqu'elle est impure; la substance particulière dont nous parions peut au contraire être gardée à une température de 224° Fahrenheit, pendant vingt minutes et même plus, sans perdre de ses propriétés : et, lorsqu'on l'expose à l'air, jusqu'à ce qu'elle exhale de l'hydrogène sulfuré, elle dégage encore l'odeur urineuse, lorsqu'on la traite par l'acide nitrique ; 2° l'urée a une cristallisation bien déterminée ; un trentième de grain d'urée donne une cristallisation distincte; la matière particulière dont nous parlons ne se comporte pas de même ; 3° l'urée fond à une température de 248 degrés Fahrenheit, tandis que la matière animale particulière ne donne aucun signe de fusion à cette température; 4° enfin l'urée et le nitrate d'ui'ée ne dégagent pas une odeui' mineuse lorsqu'on les traite par l'acide nitrique.
Nysten , M. Christison et M. Guibourt ayant retiré du sérum du sang, dans les hydropisies avec urine coagulable , du véritable nitrate d'urée bien cristallisé , les remarques de MM. Brett
(1) Lond. med. Gazette, vol. xii. p. 765.
(2) Lond, med, gazette, vol. xii. pag. 494* — Ibiil. pag. 567. — Ibid. {I. 8o5.
RA.PPORÎS DES ALTERAT, de Vur. et du sang. ^35
et Bird n'infirment pas les résultats qu'ils ont obtenus ; mais elles ont une véritable importance en ce sens , qu'elles prouvent que l'odeur urineuse observée par M. Christison dans plusieurs de ses expéiùences a pu être due à l'action de l'acide nitrique sur une matière particulière qui se trouvait avec l'urée dans l'extrait alcoolique du sang. Elles prouvent en outre qu'on ne doit pas accepter, comme des exemples avérés de sécrétions morbides urineuses, les cas dans lesquels l'odeur urineuse, dégagée par l'acide nitrique, serait la seule preuve donnée de la réalité du phénomène.
En résumé, il est démontré que l'urée que l'on n'a pas encore pu découvrir dans le sang sain (Prévost et Dumas , Tiedeman et Gmelin) a été trouvée dans le sang, soit à la suite de l'extirpation , ou de la mortification du rein , pratiquée sur des animaux, soit dans la néphrite albumineuse ou dans l'hydropisieavec urine coagulable; 2^ que, dans cette maladie (néphrite albumineuse) , l'urée a été également trouvée dans la sérosité des membranes séreuses; 3o que le dégagement d'une odeur urineuse, obtenu par la réaction de l'acide nitrique sur l'extrait alcoolique du sang, n'est point une preuve de l'existence de l'urée j cette odeur ne se développant pas dans la réaction de l'acide nitrique sur l'urée pure, et se dégageant pendant l'action de l'acide nitrique sur des substances qui se trouvent dans le sang à l'état sain ; 4° enfin, que la formation d'une masse blanche, solide , lorsqu'on traite l'extrait alcoolique du sang par l'acide nitrique, n'est point une preuve suffisante de l'existence de l'urée , si cette masse n'ofire point de cristaux bien distincts de nitrate d'urée ; des matières grasses contenues dans l'extrait alcoolique du sang pouvant donner un précipité par l'acide nitrique ; 5° que , dans les cas où la cristallisation est confuse , on doit chercher à extraire l'urée du précipité , par les procédés ordinaires.
§ 3oo, Un médecin d'un grand savoir, M. Copland (i), a pensé que chez les goutteux, l'urée était .en excès dans le sang.
(l) Dictionnary of praclical medicine. Mt. Blood. Gout,~ Lond. med. Ças. 1837. ToL XX p. 36o.
Il s'est élevé entre lui etM. Weatlierhead (i) une discussion sur la propriété de cette opinion ingénieuse ; mais ni l'un ni l'autre n'ont démontré que le sang, dans cette maladie, contînt de l'urée.
§3oi. Jedois rappeler encore que la plupart des pathologistes admettent que la fièvre, dite iirineuse, est due à la présence de principes urineux dans le sang.
Bichat (2) dit que l'urine injectée dans l'artère carotide d'un animal a sur le cerveau une influence mortelle, tandis que l'injection de l'urine n'est point mortelle si on la fait par l'artère crurale. M. Ségalas (3) alErme que l'injection de deux onces d'urine dans les veines d'un chien de moyenne taille détermine promptement la mort. D'un autre côté , W. Courten (4) , rapporte qu'une once d'urine d'un homme à jeun, injectée dans les veines d'un chien, détermina, en arrivant au cœur, de l'inquiétude, chez l'animal, mais point de convulsions, et que presque immédiatement après , l'animal mangea du pain avec appétit, et sa santé n'en fut point ultérieurement dérangée.
J'ai fait la même expérience sur deux jeunes lapins : à l'un d'eux, deux gros d'urine acide, rendue par un homme bien portant, et à jeun , furent injectés doucement par la veine jugulaire, à l'aide d'une seringue d'Anel; à l'autre, deux gros et demi du même liquide furent injectés par la veine jugulaire ; dans les deux cas, l'injection fut dirigée du côté du cœur. Chez un de ces animaux , la respiration fut accélérée pendant quelque temps, après l'opération. Dans la journée et les jours suivans , les lapins ne parurent éprouver aucun malaise et mangèrent comme de coutume. Nysten (5) assure aussi que l'urine injectée dans le sang n'occasionne la mort que par la
(1) Lond. med. Gaz, vol. xx. pag. 3ii.
(2) Bicbat. Recherches physiologiques sur la me et la mort, pag. 225. 8" Paris. 1825.
(3) Ségalas. Traité des rétentions d'urine, pag. 48. 8°. Paris. 1828.
(4) Philosophical transactions (1712). 335. Ces expériences ont été faites en 1678-79.
(5) n J'ai injecté quelques-uns de ces liquides (builc , urine , |bile, e te, d»ns l'artère carotide, sans produire d'effet funeste; lorsqu'ils déterminent
RAPPORTS i>ES ALTERAT, de l'uv. et clu saiîg.
compression qu'elle cause sur le cerveau. Quoi qu'il en soit, ce qui est au moins bien certain , c'est que l'urine , ainsi injectée et à petite dose , n'a pas d'action fâcheuse ou du moins mortelle sur le sang.
§ 3o j. M. Ségalas a injecté dans le sang, à des chiens , et sans inconvénient, deux onces d'une forte solution d'urée dans l'eau; j'ai administré l'urée à très forte dose à des hydropiques, et je n'ai jamais observé chez ces malades aucun des phénomènes qu'on attribue à la fièvre urineuse.
§ 3o3. A la suite de la rétention ou de la suppression de l'excrétion de l'urine, quelques observateurs assurent avoir trouvé l'urée dans à'autres humeurs.
Nysten(i) rapporte que , pendant l'évaporation du liquide vomi par ixne jeune demoiselle de 26 ans, atteinte d'une affection nerveuse et de suppression totale d'urine, suivie de vomissemens , il se développa une odeur urineuse , très prononcée. L'évaporation ayant été poussée jusqu'à consistance sirupeuse, l'extrait fut traité par l'alcool qui se colora en rouge brun, et la dissolution alcoolique rapprochée donna des cristaux micacés par l'acide nitrique. Les cristaux ayant été lavés à l'eau froide, l'eau de lavage se colora en rouge brun et présenta d'une manière très évidente l'odeur urineuse.
Dans un autre cas (2), Nysten trouva, dans des matières vomies par une malade, de l'urée, de l'acide urique, du phosphate amraoniacq-magnésien , des sulfates et des urates , c'est-àdire presque tous les matériaux de l'urine ; mais on reconnut plus tard que c'était réellement de l'urine que la malade avait mêlée avec d'autres matières, et qu'elle présentait comme le résultat de vomissemens naturels.
Nysten affirme que, dans le premier cas, la personne chez laquelle il avait constaté la présence de l'urée dans des matières vomies, était, par sa naissance et par ses vertus, au-dessus
la mort, ils agissent tous de la même manière, c'est-à-dire mécaniquement en comprimant le cerveau. ( Nysten. Rech. de phys. et de chimie, pathol. page i6a ).
(i) Nysten. Rech. de physioU et d* chimie pathol, p. 280. (q) Ibid. p. aSS.
de tout soupçon. Je n'en dirai pas autant d'une malade qui, à l'hôpital de la Charité, m'a trompé avec une habileté peu commune. Cette femme, qui perlait dans le flanc droit une tumeur assez volumineuse, m'ayant entendu dire que cette tumeur pouvait être formée aux dépens du rein, imagina, pour prolonger son séjour à l'hôpital ou pour se rendre l'objet de l'attention du médecin et des élèves, de simuler des voraissemens urineux. Plusieurs fois les personnes de service me déclarèrent qu'ils l'avaient vue vomir, et elle vomissait réellement , mais à ce qu'il paraît sans beaucoup de fatigue. Plusieurs fois nous constatâmes que les matières conservées sur sa table de nùit et qu'on me présentait, à la visite, avaient l'odeur urineuse. Ces vomisseraens n'avaient pas lieu tous les jours ; je fis épier la mailàde avec soin ; mais elle mettait tant d'adresse à ajouter de l'urine qu'elle avait consei'vée aux matières alimentaires ou autres qu'elle vomissait à volonté, que ce ne fut que long temps après que nous reconnûmes la fraude. Dans cet intervalle , j'avais prié M. Guibourt d'examiner les matières vomies , et on pense bien qu'il y avait trouvé de l'urée.
Lors donc qu'on croit observer des vomissemens urineux, il faut multiplier les recherches, afin de bien s'assurer qu'on n'eSt pas dupe d'une supercherie.
§ 3o4. Je passe à des cas dans lesquels on n'a pas démontré l'existence de l'urée dans le sang, ni dans les humeurs, mais dans lesquels des observateurs instruits et dignes de foi assurent que ces humeurs avaient pris les caractères de l'urine , ou au moins une odeur urineuse. Pour commencer parles faits les plus récens, je rappellerai que M. Mayer de Bonn assure qu'après avoir extirpé les reins à un cochon d'Inde, non-seulement la sérosité du péritoine, des plèvres, etc., avait une odeur nrinéùse, mais encore que les testicules , l'épididyme, les canaux déférens, les vésicules séminales regorgeaient d'un liquide parfaitement semblable à de l'urine.
§ 3o5. Nysten rapporte, d'après différens auteurs , plusieurs cas de vomissemens urineux chez des femmes hystériques (i) j
(i) Une religieuse, âgée de 35 ans, vomit nn liquide urineux pendant
RAPPORTS DES ALTERAT, de l'ur. et du sang, a 39
mais je crois que ces observations ne doivent être acceptées que comme des renseigneraens pour des recherches ultérieures , car ces femmes sont éminemment enclines à simuler les choses les plus extraordinaires.
D'autres exemples de vomissemens urineux ou d'une odeur urineuse ont été observés chez des individus atteints de rétention d'urine ou d'anurie. (i)
§ 3o6. M. Burdach cite plusieurs faits dans lesquels la vessie a été trouvée remplie d'urine, ou a continué de sécréter de l'urine quoiqu'il y eût obstruction complète de deux uretèi'es (a) , ou même lorsque les reins n'existaient pas ou étaient sans communication avec la vessie. Il paraît porté à penser que , dans ce cas, la sécrétion urinaire a pu s'opérer à la surface de la membrane muqueuse de la vessie. Je ne nie pas la possibilité
40 jours ; il ne s'écoula pas une seule goutte d'urine par l'urèthre ( Mém, de Vacad. des sciences. Année I7i5, Obs. de Marangoni). — Après dix-huit jours d'iscburie, une demoiselle de dix-huit ans eut des vomissemens urineux ( Vallisnieri. Oper.Jisico-medic. t. m. p. 338. Veilezie , lySS). Une
demoiselle neryeuse, âgée de 3o ans, eut des vomissemens urineux après une ischurie ( Ancien joum, de méd. t. xxx. p. 558. ). Une femme âgée de 21 ans, fut atteinte d'une ischurie qui dura près de deux ans, et suivie de vomissemens urineux et de calculs ( S. Kœnig. Specim. lithol. hum. p. 26. 1686. etc.).
(1) Une jeune fille âgée de 18 ans , à la suite d'une blessure des parties génitales, éprouve de la dysurie, puis une ischurie complète, suivie de vomissemens urineux. On constata à l'ouverture du corps que l'uretère droit n'avait aucune communication avec la vessie , et que de l'eau injectée dans l'uretère gauche pénétrait difficilement dans la vessie {Ment, di maternât, efisica, t. vi. p. gS. Terona 1794). — Nouveau journ. de médêc. t. V. p. 197). — Un vieillard calcnleux est atteint d'une isohurle à la suite de laquelle il a des vomissemens d'uriûe très salée ( Stalpart van der Wiel. Obs. rar, med. Lcydo 1687 ).
(2) Ficker (Harley. Neue Jahrhuecher der deuisclieh Medicin. t. iv, cah. ri), chez un homme qui avait rendu de l'urine, rencontra au lieu de reins une substance dissoute et un peu grenue , sans nul mestige des uretères. — Autenricth assure que les uretères d'un chat partaient; de là vessie et disparaissaient en se ramifiant dans le péritoine sans communiquer avec tei feins {Handbuch der Physwlogie, B. 11, S. 54o), et cependant l'animal urin&it,6tc
PROLÉGOMÈICES.
d'un tel fait, tout extraordinaire qu'il serait, mais je ne trouve pas, comme M. Burdach, sa réalité suffisamment établie, La nature urineuse du liquide excrétée par la vessie n'a point été constatée ; le défaut complet de communication de ce réservoir avec les reins dans quelques cas ne me paraît pas démontré, et les deux autres faits sont si extraordinaires qu'il est permis d'attendre qu'un fait analogue ait été bien observé avant d'adopter les conséquences qui en découleraient.
§ '07. Plusieurs observateurs assurent que, dans la rétention d'urine , la traiispiration pulmonaire pf end une odeur urineuse. (i)
La même remarque a été faite à l'égard de la transpiration cutanée. (2)
On a dit même avoir observé des excrétions urineuses par les mamelles (3) , par la bouche. (4)
§ 5o8. En résumé, après avoir examiné attentivement tous ces faits de vomissemens urineux, de déjections alvines urineuses, de transpirations pulmonaires et cutanées urineuses , de sécrétions d'un liquide urineux par les testicules ou les mamelles, etc. , je suis resté convaincu que plusieurs de ces phénomènes avaient été simulés ou mal observés ; quant à l'odeur urineuse des excrétions, je n'en conteste pas la réalité en quelques circonstances , qu'elle tienne ou non à la présence des principes de l'urine , mais je ne l'ai jamais observée même dans des cas d'obstruction complète des deux uretères (Voyez Pyélite calculeuse).
(1) Boerrbaave {Prœlect. academicœ. Goetting. iT^i. tom. iii. p. 3i5). — Amussat {Clinique des hôpitaux, X, 2. p. 4i)-
(2) Sur les sueurs urineuses Consultez : Meckel. Nova expérimenta et observât, de finihus /venurum ac 'vasorum Ijrmphaticorum in diiclus visceraque excretoria corporis humani, — Journ. de médec. de CorTisart, etc. t. v. p. 197 (Obs. de Zeviani).
(3) Sur les sécrétions urineuses par les mamelles, [coasahex {Ane. journ. de médec. t. vilt. p. Sg ).
(4) Conaultez sur l'urine rendue par la louche ( Soc. litt. Dptal.
RAPPORTS DES ALTERAT, de Vur. et du SGUg.
§ 3og. Je n'ai examiné jusqu'à présent que les altérations du sang et des autres humeurs par suite de dérangement de la sécrétion urinaire; dans d'autres cas l'altération du sang et celle de l'urine ont lieu par la présence accidentelle d'un même principe (matière colorante de la bile, sucre), ou par l'exagération d'un principe naturel (raatièi'e grasse), ou bien enfin ces deux humeurs se trouvent accidentellement contenir des poisons ou des médicamens introduits par les organes digestifs ou par d'autres voies.
§ 3io. J'ai indiqué plus haut (§ 227) des observations qui prouvent incontestablement que l'urine chyleuse qui contenait une grande quantité de matière grasse, était liée à une altération du sang , dans laquelle on a constaté également un excès de ce principe. J'ai cité aussi quelques faits qui établissent la liaison d'un excès de matières grasses dans le sang et dans l'urine; j'ai rappelé les observations de M. Bostock et de M. Christison sur le sérum laiteux dans l'hydropisie avec urine coagulable; maladie dans laquelle j'ai plusieurs fois constaté une proportion anomale de matières grasses dans l'urine. J'ai également cité (§ a35) des cas dans lesquels on a vu le sang et l'urine contenir des globules huileux ; de sorte que la liaison d'un excès de matières grasses dans le sang avec une excrétion plus abondante d'une semblable matière dans l'urine, paraît bien démontrée, au moins pour un certain nombre de cas : il est possible que, dans d'autres, la matière grasse en excès dans le sang, non excrétée par les urines , se dépose dans d'autres humeurs ou dans d'autres organes.
On a publié quelques observations de sang laiteux dans lesquelles on n'a pas fait mention d'altérations concomitantes de la sécrétion urinaire ; mais cela lient probablement à ce que, dans un certain nombre de cas, l'urine n'a pas été examinée.'
§ 3ii. La constitution du sang éprouve des modifications remarquables par les évacuations séreuses , répétées et très abondantes, qui ont lieu dans le choléra (1). Aloi-s, la sécrétion
(i) O' Scbaughnessy {^Gazette médicale de Paris, t. m. p. 7-H0. — Rayer et J. Yonng. Gazette médicale de Paris, t. nr. p. Szg).
de l'urine est toujours diminuée et quelquefois suspendue pendant plusieurs jours. Des recherches de M. Hermann(i) ont, en outre, établi que la proportion des matières solides de l'urine était considérablement diminuée ; que la pesanteur spécifique de ce liquide n'était que 1006; que l'urée et les sels ordinaires de l'urine n'existaient qtie dans la proportion d'un tiers de leur quantité naturelle. Dans ce cas, la diminution des principes solides de l'urine était eu rapport avec la diminution du sérum du sang.
§ 3i2. Personne à ma connaissance n'a démontré la présence accidentelle de l'acide iirique dans le sang , soit comme cause, soit comme efl'et des maladies ; personne non plus n'a établi par des expériences^ qu'on y rencontrât des vraies ; m.A\s ce que l'analyse chimique n'a pas démontré, l'induction pathologique tend à l'établir. En effet, on a constaté que les dépôts arthritiques autour des gaines fibreuses des tendons étaient principalement constitués par l'urate de soude (2); et on a attribué la formation de ces dépôts arthritiques à cette circonstance qu'on n'avait point rencontré l'acide urique , dans l'urine , pendant les accès de goutte.
Il se dépose quelquefois à la surface de la peau (3) une
(1) Herinann. Analyse de l'urine d'un cholérique ( Bull, des sciences mé» dicalcs de Férnssac, t, xxvit. p. 17).
(2) Fonrcroy Syst. des connais, chirn. t. x. p. 267 ), WoUaston (On gouly ami urinary concrétions. — Philos, transact. 1797,8. 11, p. 386 ), Vogel (^Bulletin de Pharmacie, t. m. p. 568), Scudamore {Traité de la goutte, trad. de Deschamps, pag. 290, 421), Laugier {Joum. de chimie mêd. t. t. p. 6 ), ont en effet trouvé que les concrétions goutteuses étaient composées d'itcide urique combiné avec la soude ou la chaux; M. Barruel les a trouvées composées d'urate de soude et de phosphate de chaus (Cm» veilhier, Anat. pathol. , 10" livraison, p. 5).
(3) M. Masson Good a supposé qu'un dépôt bLinc observé sur tonte la surface du corps p;ir Swediaur, dans un cas de goutte très invétérée , était de l'urate de soude [Lond. Med. Gaz. vol. xv. p. 19). D'autres pathologistes ont émis la même opinion sur la nature de ces dépôts. Je dois dire cependant qu'un fait rapporté par Scudamore est plutôt défavorable que favorable à cette opinion. M. Scudamore dit qu'il a examiné nyoc M. Prout m
RAPPORTS DES altiJra j . de Vuv. et du sang.
matière rose ou une poudre légère chez les goutteux qu'on a supposée être formée d'urates et de phosphates.
On a dit aussi que l'analyse des osléides qu'on observe fréquemment dans les artères de goutteux, y avait démontré l'existence d'une certaine quantité d'urates.
De sorte qu'il paraît très probable que le sang, dans la goutte, est chargé d'acide inique, d'urates ou de leui'S élémens.
Galvani (i) a vu la ligature des uretères, chez les oiseaux, être suivie d'un dépôt de matière saline sur les membranes séreuses.
M. Marchand assure avoir trouvé de l'acide urique dans les matières évacuées par l'intestin , dans le choléra. M. Hermann a fait les mêmes recherches , sans découvrir cet acide. M. Marchand aurait du donner quelques détails.
On a dit aussi que certains sels qu'on rencontre dans le sang et dans l'urine , étaient quelquefois, dans le premier, en excès j que le ■phosphate de chaux, par exemple, était en excès dans le sang, chez les diabétiques.
§ 3i3. Depuis qu'on a constaté la présence du sucre dans l'urine diabétique , on a été d'autant plus porté à chercher du sucre dans le sang , que les reins , après la mort , n'offraient généralement pas d'altérations remarquables , à part leur hypertrophie.
WoUaston (2), Nicolas et Gueudeville (3 ), Yauquelin et M. Sé-
gilet de flanelle, porté depuis long-temps par un goutteux, rougi eu plusieurs endroits par une matière animale qui avait l'apparence du sédiment rose ou briqucté de l'urine. Les portions colorées de la flanelle furent plongées dans une solution délayée de potasse pure; la liqueur fut filtréej ou ajouta de l'acide muriatique; mais il ne s'ensairit pas de précipité [Traité de la goutte , trad. de Deschamps, p. 56o). (r) Tiedemann. Zoologie, B. ii, S. 553.
(2) Wollaston. On t/te non existence 0/ sitgar in the blood of persans labouring K/i(/er diabètes mellitus, in a Icltcr to Alex. Marcet, with a reply of Marceton the saine subject (Philosoph. transact. 1811 p. 96-106).
(3) Nicolas et Gacudcville. Recherches et expériences sur le diabète sucré in-S. Paris, i8o3.
5244 PROLÉGOMKNES.
galas(0, MM. Henry fils etSoubeiran (2), Kane (3), ontcherché vainement du sucre dans le sang des diabéliques. Dans ces derniers temps l'opinion générale était qu'il n'y existait pas. Cependant Dobson disait l'y avoir trouvé (4) ; et Rollo (5) avait remarqué que le sérum du sang diabétique donnait plus d'acide oxalique lorsqu'on le traitait par l'acide nitrique que le sérum du sang sain.
§ 3i4. Ou en était là lorsque M. Ambrosiani (6) publia qu'i avait extrait itne once de sirop sucré et ferraentescible d'une livre de sang diabétique. Un tel résultai parut si extraordinaire, et les détails des expériences étaient tellement fautifs , qu'on n'y attacha pas une grande importance. L'analyse de M. Maitland parut plus concluante. Une nouvelle expérience de M. Mac-Gregor (7) est venue tout récemment en confirmer les résultats. Un diabétique fut saigné sept fois, d'une livre chaque fois, à des intervalles de trois jours; le sang réuni fournit un sérum d'apparence laiteuse , d'une pesanteur spécifique de io33 ; il fut coagulé par la chaleur et complètement séché au bain-marie; le coagulum fut ensuite bouilli dans de l'eau après avoir été soigneusement divisé ; la liqueur filtrée et concentrée par l'évaporation , fermenta fortement pendant plusieurs heures, par l'addition de la levure. L'expérience répétée plusieurs fois avec le même sang, donna les mêmes résultats.
A ma prière , M. Guibourt a bien voulu aussi rechercher le sucre dans le sang d'un diabétique, qui fut saigné dans le
(1) Jouin. de chimie médicale, t. I. p. I.
(2) Henry fils et SonJjeiran {Journal de pharmacie, tome xii. page 320 ).
(3) Kane (J). On ihe composition of tlie urine and blood in diabètes ineU litus (Lond. med. Gaz. toI. x. p. 61).
(4) Dobson (M). Experiments and ohs, on the urine in a diabètes ( Medt obs. by a soc. of. physic. in Lond. vol. v).
(5) EoUo (J.). Cases of the diabètes mellitus, 8°. Lond. 1798.
(G) A-vahrosiani. Journal de chimie médicale. — iS3(}, vol. ïi, a'sér. p. i3o. (7) Mac-Gregor. jiln expérimental inquiry in(o the comparafivf slqte 0/ wea, (le, (Londt med. Gaz- vol. xx. p. 271).
HAPPOllTS Di:S ALTÉRÂT, de rUV. Ct clu SUIlg. 2/{5
cours d'une pneumonie, et il n'a pu acquérir la preuve de la présence du sucre.
11 paraît donc démontré que du sucre a été léellement trouvé par MM, Maitland et Mac-Gregor dans le sang des diabétiques, oii son existence avait été soupçonnée parRollo(i); mais on peut affirmer aussi, qu'il n'y existe pas toujours et dans tous les cas.
§ 3i5. M. Clarion (2), à l'aide de réactifs , a constaté dans le sang ictérique la présence de principes colorans plus ou moins analogues à ceux de la bile; M, Orfila (3) y a trouvé la matière résineuse verte. M. Chevreul (4) a trouvé, dans le sang d'enfans attaqués à-ia-fois d'ictère et d'endurcissement du tissu cellulaire , un principe colorant rouge, un principe colorant vert, et peut-être un principe colorant bleu, toul-àfait identiques, à ceux de la bile humaine. M. Félix Boudet(5) a séparé du sang des ictériques les principes colorans, jaune, vert et bleu, et avec eux un savon alcalin et de la cholestérine. M. Lecanu (6) a trouvé aussi, dans le sang des ictériques, les principes jaune et bleu , reconnus par M. Chevreul. M. Collard de Martigny (7) a aussi trouvé une matière jaune et une matière verte, D'un avitre côté, les analyses faites sur les ru ines ictériques ont fourni des résultats tout-à-fait concordans. M. Braconnot(8) a extrait de l'urine des ictériques une matière d'un jaune verdâire qu'il regarde comme identique avec la matière colorante de la bile (§ 238).
En résumé, dans l'ictère, les l'ésultats des analyses du
(i) RoUo. Cases oj'tlie diabètes mellitus, in-i„, Lond. 1798. (a) Clarion. Mém. sur la couleur jaune des ictériques (Journ. de mcd. de Roux, Corvisart, t. x. p. 2S8).
(3) OrèXa, Elémens de chimie, t. n. p. 526'. 5'' i;dit. i85t.
(/() Chevreul. An. sang: Dictionnaire des sciences naturelles. Lcvrault
(5) Boudet. Essai critique et expérimental sur te sang, p. C4, S". Piirii,' i833.
(6) Lecanu. Journ, de pharmacie, t. xvi t. p. 485.
(7) Collnrd dç Martigny. Journ. de chimie médicale, t. m. p. 4!i5. (S) Journ. de chimiii médicale, t, in. p. 48 It
sang et de l'urine , s'accordent pour y démontrer l'existence de matières colorantes bilieuses, quoique la bile n'y soit point en nature.
§3i6. Si, pour faireavec fruitl' étude des altérations de l'urine dans les maladies des voies urinaires, il ne faut pas l'isoler de l'étude des altérations du sang et des autres humeurs,il n'est pas moins utile d'étudier comparativement les altérations du sang et de l'urine dans les maladies générales, ou dans les maladies étrangères à cet appareil. Cette étude comparative des altérations de l'urine et du sang, dans toutes les maladies, est le seul moyen d'apprécier la valeur de certaines altérations de l'urine , comme état morbide , ou comme signe , soit dans les maladies des voies urinaires, soit dans les maladies générales ou des autres appareils. C'est, en outre, une donnée nécessaire à quiconque cherche à pénétrer la nature de ces maladies.
§ 317. Il y a peut-être quelque rapport entre le passage d'une petite quantité d'albumine et l'excès d'urates dans l'urine, à certaines périodes de la fièvre typhoïde, et la mollesse du caillot ; ou bien avec la modification que le sang éprouve par suite d'évacuations alvines répétées et du ti'ouble général des fonctions.
Dans le purpura et dans le scorbut , la fibrine diminue dans le sang que contiennent les vaisseaux ; le sang s'infiltre dans le tissu cellulaire , ou flue à la surface des membranes muqueuses; et l'albumine et les globules sanguins passent quelquefois dans l'urine.
M. Reid Clanny(i) et M. Stevens (2) ont fait quelques i-echerchessur l'altération du sang dans les fièvres; mais leur attention ne s'est pas assez portée en même temps sur l'uiùne. Ce sont des recherches à reprendre et à continuer.
§ 3i8. Je me borne à mentionner que toutes les matières, poisons ou médicamens (§ 255-256), qu'on a trouvées dans l'urine, quelque temps après leur administration, ont été éga-
(i) Edinb, med and. surg.joum. TOl.xxx; 22 it (a) ntedico-chirurg, Ret>i0n>, t. xxv. 217.
RAPPORTS DES ALTÉRÂT, de Vuv. et diù saug. 247
leinent rencontrées dans le sang ou au moins dans le sang de certaines régions du corps.
Quant aux relations qui peuvent exister entre les diverses altérations de l'urine et certaines altérations concomitantes , du lait, de la bile, de la salive , etc.; quoique réelle , l'existence de ces relations ne repose encore aujourd'hui que sur un petit nombre de faits qui seront plus utilement indiqués dans d'autres chapitres de cet ouvrage (Voyez Néphrite , Hématurie, Diabète, etc., etc.).
§ 3 19. Les difficultés qu'offre l'analyse organique et chimique du sang et de l'urine , aujourd'hui insurmontables pour la plupart des médecins ; le peu d'attrait que cette étude d'un autre côté , a pour les chimistes proprement dits; l'opinion oîi sont généralement les médecins, que le sang, véritable organe, éprouve dans les maladies des modifications plus graves que celles que la chimie peut découvrir ; toutes ces circonstances ajourneront probablement encore à une époque éloignée, une étude générale, sérieuse et scientifique des altérations de ces humeurs. Toutefois la décoviverte de l'urée dans le sang et dans plusieurs autres humeurs , en des cas de suspension ou d'altération de la sécrétion urinaire , celle du sucre dans le sang des diabétiques, celle des urates dans les dépôts salins des goutteux, celle de l'excès des matières grasses dans la chylurie, sont des faits pathologiques d'une haute importance et qui doivent attirer les observateurs vers ces sortes de recherches.
Plaies des reins.
Renibus vero percussis, dolor ad inguina testiculosque desceadit, difficulter urina redditur, eaque aut estcruenta,aut cruor fertur ( Celsus. De re medicd, liL. v, sect. 26 ).
§ 320. Les plaies des reins sont très rares.
La situation profonde de ces organes, leur petit volume, et la ésistaace des parties qui les recouvrent, font qu'ils sont bien rrareraent atteints, soit par les instrumens piquans ou tranchans , soit par les corps contondans autres que ceux qui sont lancés par la poudre à canon.
§ 321. On reconnaît, en général, une plaie des reins au siège , à la direction , à la profondeur de la blessure , et surtout aux symptômes suivans :
Le malade éprouve, dans la région du rein blessé, une doulem* plus ou moins vive. Souvent cette douleur s'étend j usqu'à l'aine et parfois au testicule correspondant} et elle est quelquefois accompagnée de rétraction de cet organe , ou de contiaction spasmodique du scrotum.
Dans les premiers momens de l'accident, une quantité plus ou moins grande de sang est ordinairement rendue avec l'urine par l'urèthre; et de l'urine ou un liquide d'odeur urineuse s'écoule plus tard par la plaie extérieure.
Lorsque l'hémorrhagie rénale, trauinatiquCj est considérable, l'évacuation de l'urine peut êli e difficile ou complètement empêchée par des caillots engagés dans l'uretère , l'urèlhre ou le col de la vessie.
L'issue de l'urine par la plaie n'a lieu le plus souvent que lorsque l'instrument a pcuétrc dans un calice ou dans le bassinet.