DESCRIPTION GÉNÉRALE
A ces symptômes locaux se joignent ordinairement des accidens spasraodiques , de l'inquiétude , des voraissemens; il survient des douleurs, dans la région de l'estomac, dans la direction de l'uretère, dans le testicule, ou dans la cuisse correspondante ; et si riiémorrhagie est considérable , il survient des évanouisseraens; le pouls est petit, irrégulier, précipité.
Peu de jours après, si l'inflammation inséparable de la blessure fait des progrès, l'abdomen se tend, devient douloureux; la langue est rouge sur ses bords ; la peau aride et chaude.
Lorsque l'inflammation s'est étendvie au bassinet , l'urine est d'abord plus ou moins chargée de mucus ; lorsque le pus , produit de la blessure du rein (surtout si elle a été occasionée par une arme à feu), s'est fait jour dans son conduit excréteur, l'urine contient une certaine quantité de pus.
§ 322. Le pissement de sang et une douleur dans la région rénale survenant à la suite d'une blessure dans une des régions lombaires, ne sont pas des signes, d'une certitude absolue, d'une plaie du rein correspondant , à moins que l'héinorrhagie ne suive presque immédiatement la blessure. Par le seul effet d'une inflammation traumatique des muscles et du tissu cellulaire des lombes , le rein peut s'enflammer, devenir douloureux, et l'urine peut se charger de sang. Mais le diagnostic n'offre pas d'incertitude si l'urine ou un liquide urineux sort par la plaie.
Dans les cas douteux, la direction de la plaie et sa profondeur, indiquées par l'examen comparatif de la plaie et de l'instrument, l'attitude du malade au moment oii il a été blessé , peuvent faire soupçonner que le rein a été lésé.
Des explorations avec la sonde ou avec le doigt , si elles sont rendues nécessaires par la présence d'un corps étranger, lancé par une arme à feu , peuvent confirmer ou réformer le jugement résultant d'une première impression.
Au reste , le diagnostic n'est complet que lorsque le chirurgien a reconnu toutes les circonstances, tous les effets de la blessure. Alors il peut prévoir les accidens immédiats ou plus ou moins éloignés qu'elle doit entraîner. De ces accidens, les
aSo PLAIES DES REINS.
plus ordinaires sont, sans contredit, la péritonite, l'inflamraalion du tissu cellulaire extra-périlonéal, ou un large épancheraent de sang dans les mêmes parties.
§ 323. La sentence de Celse (i): « Scrvari non jyotest cnî renés vulnerati suni ,1) heureusement n'est pas toujours vraie.
Si la maladie doit se terminer d'une manière favorable, la fièvre et la douleur locale diminuent, et la convalescence est quelquefois assez prompte. On a vu cependant la guérison n'avoir lieu qu'au bout de plusieurs mois.
Lorsqu'une plaie des reins ou du bassinet communique avec la cavité du bas- ventre , une péritonite mortelle est la suite inévitable de l'épanchement de l'uiine ; la mort est aussi plus ou moins prompte, lorsque l'instrument a divisé quelques vaisseaux ou pénétré dans l'intestin.
§ 32 4. Le pronostic des plaies des reins a été de tout temps considéré comme très fâcheux; mais, sij'enjuge par des expériences faites sur les animaux, la gravité des blessures rénales tient moins aux accidens qu'elles produisent par elles-mêmes ( en exceptant les cas de division du bassinet ou des calices, des artères ou des veines rénales), qu'à cette circonstance qu'il est difficile que le rein soit blessé, surtout à sa partie antérieure, sans que d'autres parties, telles que l'intestin, le péritoine, etc. , ne soient atteintes par l'instrument ou le projectile qui a causé la blessure.
Si l'instrument ou le projectile a pénétré par la partie postérieure du corps, le pronostic est moins gi'ave. Le danger varie suivant la profondeur de la blessure ; suivant la quantité de l'écoulement du sang ; suivant que des vaisseaux d'un petit ou d'un grand calibre ont été divisés, que l'instrumenta pénétré dans le bassinet ou les calices, etc.j suivant enfin qu'on a lieu de supposer qu'un corps étranger est resté ou non dans la plaie. Toutefois dans ce cas même , la guérison est encore possible. En juillet i83o (2), un homme reçut dans le flanc un coup de feuj la bulle se perdit dans l'abdomen, la
(1) Celsus. De re medicd, lib. v, sect. 26. § 2.
(2) Traité historique et pratique des blessures par armes de guerre, rédige
DESCRIPTION GIÎNIÉIIALE. 26 1
seule ouverture d'entrée qui existât donnait issue à uu liquide qui fut reconnu pour être de l'urine. Aucun accident grave ne survint, et le malade sortit de l'hôpital au bout de quinze jours étant en voie de guérison ; plus tard on apprit que la plaie était lout-à-fait cicatrisée.
Je rapporterai plus loin, d'après M. Hennen, un exemple de guérison plus remarquable encore.
Mais, si l'artère rénale, la veine rénale , ou leurs principales divisions ont été intéressées; si le bassinet ou l'uretère a été divisé en même temps, et le péritoine ouvert, et surtout si par suite de ces déchirures le sang et l'urine se sont épanchés dans la cavité péritonéale, la blessure est promplenient mortelle.
De toutes ces lésions , l'hémorrhagie par suite de la blessui'e du tronc des vaisseaux rénaux est celle qui amène le plus rapidement la mort. Cette funeste terminaison est annoncée par une angoisse inexprimable, par des évanouissemeus ou des syncopes, par la pâleur et le refroidissement progressif du corps , par la petitesse du pouls qui devient en outre irrégulier et précipité.
La mort est inévitable aussi lorsque l'instrument ou le projectile a traversé la paroi antérieure de l'abdomen, a blessé le foie, la rate, ou l'intestin; circonstance que la situation de la plaie extérieure et les accidens éprouvés par le malade peuvent faire soupçonner, mais qu'on ne peut, le plus souvent, reconnaître d'une manière positive qu'après la mort.
Après des lésions très graves des reins ou des parties voisines , plusieurs blessés n'ont succombé qu'au bout de deux ou trois septénaires. M. Sanson a soigné un malade d'une plaie contuse du rein, compliquée de lésion du diaphragme, et la mort n'eut lieu que le vingt-deuxième jour, après un épanchement purulent dans les plèvres.
Il peut arriver que des abcès consécutifs à la blessure, forment entre le péritoine et les muscles sacro-lombaires des col-
d'après les leçons cliniques de Dupuytrcn, par MM. Marx et Paillard, i83o, deuxième partie, ckip. t. Dlessiuos de l'abdomen.
iBl PLAIliS DES REINS.
lections purulentes plus ou moins considérables, qui se vident incomplètement à l'extérieur; ces clapiers entretiennent une fièvre qui finit par devenir continue et hectique ; et presque toujours elle entraîne la mort des malades , après de longues et pénibles souffrances.
On a vu aussi, plusieurs semaines après la blessure, desbémorrhagies intérieures survenir autour des parties affectées et occasioner presque subitement la mort.
§ 325. Lorsque, à la suite d'une blessure, le reina été lésé, s'il n'y a pas désignes d'bémorrhagie considéi-able, tels que syncopes , évanouissemens , etc. , il faut pratiquer sur-le-cbamp une saignée abondante, et la répéter, plusieurs heures après, surtout s'il survient un mouvement fébrile de quelque intensité ou d'autres symptômes inflammatoires.
Lorsque la blessure a été produite par une arme à feu, s'il existe des corps étrangers dans la profondeur de la blessure , il est quelquefois nécessaire de débrider l'ouverture extérieure, pour procéder immédiatement, avec prudence et plus de sûreté, à leur recherche et à leur extraction.
Dans le premier pansement, on appliquera, sur la plaie et sur les parties voisines , des compresses imbibées d'eau froide. Le malade, tenu à une diète rigoureuse, sera couché convenablement. On administrera des boissons adoucissantes , en petite quantité , surtout si le sang est rendu abondamment avec l'urine par la plaie extérieure ; on prescrira des lavemens émoUiens ou un léger laxatif : le soir on donnera une potion opiacée , surtout s'il survient des spasmes ou des vomissemens.
Pour calmer l'inflammation locale , des applications de sangsues sont quelquefois nécessaires; des applications émollientes le sont toujours : les bains tièdes sont utiles si le malade peut les supporter sans trop de fatigue.
Si des caillots engagés dans le col de la vessie on dans l'urèthre déterminaient la rétention de l'urine , il faudrait pratiquer le cathétérisme , et injecter de l'eau tiède dans la vessie pour diviser les caillots et en favoriser l'expulsion.
Si, après s'être écoulée abondamment par la plaie, l'urine cesse d'en baigner l'ouverture ; si en même temps la douleur