DESCRIPTION GÉNÉRALE
locale augmente ; s'il survient des frissons ou d'autres symptômes qui fassent craindre que l'urine ou du pus ne s'infiltre dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ; il faut porter un bistouri boutonné dans la plaie, et en agrandir l'ouverture.
Ce débridement doit être également pratiqué, et plus largement encore , si on n'a pas prévenu à temps l'extension de l'infiltration urinaire ; si l'urine, du sang , du pus, infiltrés ou rassemblés en foyer dans le tissu cellulaire, augmentent les désordres locaux , favorisent par leur présence le développement d'une inflammation gangreneuse, et entretiennent des accidens généraux très graves. Après l'écoulement de cette sanie, on déterge le foyer ou les clapiers à l'aide d'injections d'eau tiède ou d'eau miellée.
§ 326. Quant aux fistules rénales qui suivent les plaies des reins ou les abcès lombaires que ces plaies ont déterminés , il faut les entretenir tant que l'humeur qui s'écoule par leur ouverture a une odeur urineuse. Si on négligeait cette précaution, il se formerait de nouvelles infiltrations d'urine ; un nouveau travail inflammatoire se ferait dans le foyer ; la fistule se rouvrirait ou il s'en établirait d'autres; enfin l'inflammation pourrait même se transmettre à d'autres organes. On a vu aussi le pus se faire jour dans la cavité du bassinet et être rendu avec l'urine, habituellement ou à la suite de crises plus ou moins graves (Voyez : Fistules rènaiçs ).
Au reste, après la cessation des accidens généraux, lorsque les parties qui avoisinent une fistule rénale ne sont le siège d'aucun empâtement, d'aucune douleur^les chirurgiens conseillent avec raison aux malades de se borner aux soins de propreté ; de prendre habituellement des bains lièdes , d'éviter toute pression , toute fatigue qui pourrait rappeler un travail inflammatoire dans les parties qui ont souffert; et, au bout de plusieurs mois, la fistule ou les fistules se tarissent et se cicatrisent , à moins qu'il ne soit resté quelque corps étranger au fond de la plaie, ou que l'uretère ne soit oblitéré par suite d'une inflammation adhésive, ou de la présence d'un corps étranger.
§ 327. Que le bassinet et les calices aient été primitivement ou consécutivement lésés, le fc^it est qqe le développement d'unç
pyélito n'est pas un accident rare à la suite d'une plaie du rein. Cette inflammation peut s'étendre du bassinet à l'uretère et de l'uretère à la vessie. Dans ce cas , ou lorsque le pus épanché dans du tissu cellulaire extra-rénal se fait jour dans la cavité du bassinet, l'urine est toujours plus ou moins chargée de globules de pus. Alors , indépendamment des soins chirurgicaux que réclament les suites de la blessure , on doit chercher à guérir ou à modérer l'inflammation chronique de la membrane muqueuse des voies urinaires, par un usage modéré des balsamiques.
Enfin le malade ne doit se livrer aux fatigues de la vie ordinaire que lorsque l'examen de l'urine et des parties aflTectées a démontré qu'il n'existe aucun signe d'inflammation du rein, de son conduit excréteui' ou des parties environnantes.
Historique et observations.
§ 328. Hippocratc et Galien ne font point mention des plaies des reins.
Celse (i) indique les principaux symptômes des blessures de ces organes. Jean de Vigo (2) signale entre autres symptômes l'issue par la plaie d'un sang aqueux. Amb. Paré ne cite point de faits particuliers (5). P. Foreest (4) rapporte un exemple de guérison d'une plaie du rein droit • avec suppression de
(1) De re medicd, lib. v. sec. 26, § ir.
(2) Valnerationis rennm signa sumuntar a regione loci , et a sanguine aqnoso a vulnere exeunte ( J. A. Vigo. Pracdca, Lugduni, in-12, i56i, page 294 ).
(3) Si les rognons sont offensez, le malade a difficulté d'ariner et pisse du sang; a douleur aux ainea, à la verge, et testicules. Si la vessie ou pores uretères sont navrez, le malade sent douleur aux flancs, les parties du penil sont tendues, et au lieu d'urine fait du s.ing, ou l'arine sanglante, et quelquefois mesmc sortent par la playe (Paré. OEuvres , lib. x. chap. 35, des playes du ventre inférieur).
(4) Foresti. Opéra, in-fol. lib. xxv, obs. 20. ( De sanguine concrelo , ex rcnis dextri vnlnere, ischuriam inferentc).
HISTORigrE. 2 55
l'urine pendant six jours , quoiqu'il n'y eût presque point de fièvre; il attribue cette suppression à des caillots de sang dans la vessie.
Fallopc (i) a vvi guérir une plaie du rein gauche , produite par uu coup do poignard aux lombes. Dans un cas analogue , Dodoens (2) a vu la blessure , d'abord accompagnée d'urines sanguinolentes, puis suivie d'ui'ines purulentes, guérir plus tard sans fistule.
Heister (3) cite un cas de blessure du dos , dans la région du rein droit, qai fut guérie en un mois, quoiqu'il fût sorti pendant plusieurs jours du sang et de l'urine sanguinolente parla plaie et par l'urèllire.
Haller (4) rapporte qu'un étudiant en médecine fut blessé à la région lombaire , que le rein fut atteint, et que la guérison fut obtenue par une diète très sévère , le malade n'ayant presque uniquement pris pour nourriture , pendant trois mois , que de l'émulsion d'amandes et quelquefois de la décoction d'orge.
Un autre exemple de plaie du rein est rapporté dans les annales de médecine d'Edimbourg. (5)
Garengeot (6) rapporte un cas mortel de blessure de la veine éraulgente produite par un coup d'épée.
Duraont fils (7) rapporte un cas analogue observé chez une femme qui reçut un coup de couteau dans la région lombaire.
Morgagni (8) rapporte un cas très remarquable de blessure du rein droit, du foie, etc., avec hémorrhagie considérable dans la cavité de l'abdomen.
(x)jrallopiœ. Lib, De a/ulneribus capiùs, c. 12.
(2) Dodonœi, Obs. medicin, in scholiis ad cap. Sa. Schenck a reproduit ces deux observations ( Obs. medio. ïih. m. — Renum vaincra ).
(3) Heister. Instk. chimrg. part. 2. sect. v. cap. i4o, §. 14-
(4) Uallcr. Opuscula patliologica, obs, fig.
(5) AtmaU of medicine , vol. iv. p. 466.
(6 ) Garengeot. Mémoire sur les épaachemens dans le bas'ventre ( Méili. de l'ac. royale de cLirurg., in-4. t. ii, p. 117).
(7) Dumont fils. {Journ, de méd, t. xix. p. 456).
(8) Morgagni. De sedib. et causis morbor, Epist. LUI. art. tiOt
M. Pascal Monard (i) cite le cas d'un soldat blessé par une balle dans la région lombaire et qui éprouva des douleurs vives, avec urine sanguinolente , et un engourdissement de la cuisse du côté affecté. La balle profondément située dans la plaie fut extraite à l'époque de la suppuration.
Dupuytren (2) a vu une plaie du rein produite par un coup de feu. M. Sanson (3) a publié récemment l'histoire d'une plaie d'arme à feu dans l'hypochondre gauche, avec lésion du diaphragme et lésion du rein dont le bord convexe offrit une plaie inégale, labourée, à fond grisâtre , qui intéres sait la couche corticale et un peu la substance mamelonnée. Partout ailleurs le parenchyme du rein était à l'état normal ; le bassinet et les calices ne contenaient pas de pus. M. Yoisin (4) cite un cas de plaie d'arme à feu dans lequel le rein fut traversé par une balle.
Le docteur Eisner (5) a étudié les plaies des reins sous le rapport de leur gravité et de leur mortalité ; circonstances qui dépendent des lésions des vaisseaux , de l'épanchement de l'urine, ou de la lésion d'autres viscères.
Je n'ai pu me procurer la dissertation de Gitler (6) , citée par les bibliographes.
J'ai cru devoir reproduire ici plusieurs exemples de blessures du rein , à cause de la rareté de semblables blessures , et surtout parce que, dans les faits particuliers, il y a toujours quelque circonstance importante ou quelques remarques pra-
(1) Monard ( Pascal). Considérations générales sur les fistules urinaires, in-4". Paris. 181 8.
(2) Leçons de Dupuytren. Blessures par armes de guerre l83o, deuxième partie, chap. 5. Blessures de Fabdomen, —
(3) Gazette médicale de Paris, l832, page 432.
(4) Lancette française, t. Vf. p. 237.
(5) Ferletzungen der Harnwerkzetige in Bezug au/ihre Toedtlichkeit (Henke's Zeitsch. Hft. 3. f. d. Staatsarzueik. B. vii, Hft. 3, S. 94-101. — Bulletin de Férnssac, t. xiv. p. 180 : Lésions des organes urinaires ^ considérées sous le rapport de leur mortalité"),
(6) Gitlerus. Diss, de renum wulnere ei qui huic 'succedit, cruento mictu. Lipsix, iSgô,
PAU mSTRUMRNS PIQIIANS. 2^7
tiques qu'il est impossible de reproduire avec la même vérité et le même intérêt dans une description générale.
§ 329. Plaies des reins 'par instnimcns j)igua7is.
Obs. I Coup de baïonnette dans la région lombaire droite, pcuctrant
dans la substance du rein ; hématurie (Bouricnne, Jnurnal de médecine , chirurg, pharm, par A. Roux, décembre 1774 , tome XLil, page 554).
Un caporal du régiment de Quercy fut porté à l'hôpital militaire de Bastia , le 18 juillet 1772. Il avait reçu d'un de ses camarades un coup de baïonnette dans la région lombaire droite. Les accidens annonçaient que le rein du même côté était lésé ; le blessé éprouvait une douleur vive à l'endroit de la plaie, des envies de vomir, une tension générale dans toute l'étendue du bas-ventre , la rétraction du testicule du môme côté. La plaie était sans hémorrhagie et sans gonflement ; elle fut pansée simplement ; quatre saignées furent faites au blessé en peu de temps : la diète, une tisane adoucissante, des laveraens , des embrocations sur le ventre , servirent à combattre les premiers accidens. Le lendemain le malade eut des envies d'uriner : en vain fit-il des efforts pour débarrasser la vessie , les attitudes qu'il prit furent inutiles. Les remèdes dénommés ci-dessus furent continués. Le blessé rendit dans la joui née, par l'urèlhre, deux palettes d'un sang vermeil, et qui confirmaient que le rein était blessépar l'instrument, et assez profondément. Après que la vessie fut débarrassée du sang qu'elle contenait, les urines reprirent leur cours. Dans la nuit du deuxième joui-, il survint par la plaie une hémorrhagie assez considérable : le sang fut arrêté avec de la charpie , soutenue par une légère compression. La saignée fut réitérée. Le troisième jour le blessé eut des envies d'uriner : malgré les efforts qu'il fit, il ne put rendre une seule goutte d'urine. Comme la vessie était extrêmement tendue, que les douleurs étaient vives dans cette région , j'eus recours à la sonde ; mais là tension et l'érélhisme s'étaient propagés jusqu'au canal de l'urèthre, ce qui formaitun obstacle à l'entrée de la sonde dans la vessie. Avec des précautions et du temps , je parvins à sonder le malade, sans pouvoir retirer d'urine: en retirant ma sonde, il sortit nn caillot de
sang de la longueur de trois pouces : ce corps étranger étant sorlij le blessé urina avec aisance , les douleurs qu'il éprouvait se dissipèrent. Les mêmes remèdes furent continués, j'ajoutai seulement une potion acidulée.
Le sixième jour les douleurs se réveillèrent, le pouls était dur, la région ombilicale était tendue, ainsi que celle de la vessie j le blessé se trouvait dans un malaise général , il était tourmenté d'inquiétudes, la chaleur était violente et la peau sèclie; cesaccidens me firent réitérer la saignée, dont l'effet produisit tin relâchement et dissipa en partie les accidens. La plaie extérieure allait bien, une douleur vive se faisait sentir dans la substance du rein. Le blessé a continué l'usage de la boisson adoucissante} etlesautresremèdes dénommés ontété continués. La douleur vive de la substance du rein s'est calmée ; mais une autre très vive au col de la vessie y a succédé. Le malade ne pouvait uriner , et se tourmentait singulièrement. La sonde dont je me suis servi n'a pu entrer dans la vessie : je n'ai point voulu forcer, dans la crainte d'ajouter éréthisme à éréthisme, et par là rendre les accidens plus graves. A force de tourmens et d'efforts, le blessé a rendu trois caillots de sang assez considérables ; après leur sortie les accidens ont diminué , les urines ont pris leur cours avec aisance. Les lavemens et les fomentations ont été continués. Le douzième jour, le malade était tranquille et n'éprouvait plus qu'une douleur supportable à la région de l'estomac. Un jaune d'œuf dans le bouillon a été l'époque oii le malade a cessé sa grande diète j petit à petit il a fait usage d'aliraens plus solides. Les douleurs ont cessé entièrement, la plaie s'est trouvée cicatrisée j le blessé a acquis des forces, et est sorti parfaitement guéri , le vingt-quatrième jour de son entrée à l'hôpital.
Le blessé qui fait le sujet de cette observation a éprouvé des douleurs vives , des angoisses , difficulté d'ui'iner, etc. Le sang coagulé dans la vessie formant corps étranger , ne permettait pas à l'urine de sortir même en employant l'algalie ; les efforts de la nature ont déterminé petit à petit le caillot de sang às'engager dausl'urèthre, et à être poussé au dehors. J'aurais pu épargner au blessé beaucoup de douleurs , en mettant en usage