PAR INSTRUMENS PIQUANS
un moyen simple, auquel je n'ai pensé qu'après sa guérison, c'est l'injection d'eau tiède dans la vessie, dont je me suis servi avec succès dans une blessure pareille à celle dont je viens de faire le détail.
0ns. II. Plaie d'arme bl.Tncbe, pénétrant dans le flanc droit; hématurie;
plusieurs saignées, Lains ; convalescence lo dixième jour. (Dupuy, médecin do la Nouvelle-Orléans. Jotirn. gènér. de méd. t. lxiv, p. 182).
Le sieur W., Français, nouvellement arrivé à la Nouvelle- Orléans , reçut en duel, le i3 février 1818 , un coup d'un fleuret aiguisé et tranchant, qui, entrant par le côté droit du tronc , entre la première et deuxième fausse côte, pénétra fort avant dans l'abdomen. Le blessé se rendit paisiblement à pied chez lui, à un quart d'heure de chemin. Deux heures après son accident , M. Dupuy le trouva soulTrant de douleui s sourdes dansla région lombaire, et ne pouvant se coucher que sur le côté malade , il rendait du sang qui paraissait presque pur par la voie des urines; son pouls était petit, irrégulier {saignée de huil onces, cataplasmes èmolliens sur le ventre, limonade minérale 'prise froide, diète et repos parfait, potion calmante pour la nuit, avec camphre et opium).
Le lendemain, agitation, douleur profonde du côté delà blessure; envies fréquentes d'uriner , urines rares, moins rouges, mais sédimenteuses ; altération de la face, pouls petit et irrégulier, vomissemens fréquens (bain de dix-huit minutes, saignée de six onces, cataplasmes èmolliens, eau de gomme avec un gros de crème de tartre , lavement laxatif). Les vomissemens cessèrent vers le soir ; mais le malade éprouvait des tiraille^ mens très douloureux depuis les lombes jusqu'aux parties génitales, avec rétraction convulsive des testicules. Le bain fut renouvelé, urines plus abondantes, évacuations alvines ^ soulagement marqué, mais les accidens reparurent la nuit, et l'on lit une troisième saignée.
Le troisième jour, la force des accidens parut s'apaiser; lemalade urinait plus facilement, et il rendit plusieurs petits caillots de sang de la forme d'un petit tuyau de plume , consistans, et de la longueur de six à huit lignes. Depuis ce moment , le sou-
26o PLATES DES REINS
lagement parut plus marqué , et les accidens diminuèrent sensiblement ; cependant, comme, ils parurent vouloir se renouveler vers le milieu du troisième jour, on fit une quatrième saignée de six onces.
Le quatiièine jour, le malade rendit encore quelques caillots de sang avec les urines, cependant il pouvait se coucher dans toutes les positions , son ventre était moins douloureux ; mais comme il n'avait point évacué depuis deux jours , on lui donna un laxatif qui détermina difficilement quelques selles.
Les envies fréquentes d'uriner, avec douleur à la verge , se renouvelèrent le cinquième jour, mais la fièvre et la douleur du ventre étaient beaucoup diminuées : cependant on continua le cataplasme et la potion calmante, et l'on donna une boisson faite avec de la décoction de pain et une pomme aigre.
La nuit du sixième jour fut mauvaise ; le malade renditplusieurs selles striées de sang , et même du sang pur ; le fréquent besoin d'uriner se renouvela; la plaie parut douloureuse dans tout son trajet; sécheresse de la peau , piostralion des forces langue chargée, rouge et sèche sur ses bords. Ces accidens se calmèrent insensiblement vers le soir, et le malade passa une assez bonne nuit.
Le septième jour, le malade n'éprouvait plus que la douleur qui des lombes s'étendait vers la verge ; cette douleur se continua le huitième jour et fut accompagnée de la sortie d'une petite quantité de sang coagulé , rendu avec les urines. Les accidens diminuèrent encore le neuvième joui", et le dixième la convalescence parut décidée; le malade se leva, prit des alimens et les forces revinrent insensiblement.
Obs. III. — Blessure par un instrument tranchant dans le flanc droit; bématurie ; fistule urinaire; guérison (D. P. Mcoli. Oiom. med, Wapol. vol. 8, fnsc. 5, p. 75. — Bulletin de Férussac, t. xviïi, p. 445).
Cette histoire est relative à une jeune fille d'environ 20 ans, qui fut blessée à la région rénale du côté droit par un instrument ti-anchant. L'hématurie qui survint, ayant fait juger au docteur Meoli que le rein était lésé , il employa la médication
l'Ail IJYSTRUMKNS TIQUANS. 'l6l
prescrite eu j>areille circonstance ; niais au douzième jour , l;i malade fut saisie d'une grande fièvre jusqu'au vingl-et-unièmc jour. Alors la suppuration devint plus abondante, et la fistule se manifesta; cependant la plaie diminua, sans autres soins que ceux que l'instinct ne manque pas d'indiquer. Enfin, le trajet fistuleux est fermé et la malade parfaitement rendue à la santé.
Obs. IV. — Conp d'épée aux lombes; urines sanguinolentes ; issue d'une grande qu.intité d'un liquide séreux par la plaie; saignées; dilatation des plaies ; guérison en six semaines (Delamolte. Traité complet de chirurg. t. II, p. 445. in-12. 172a ).
Au mois de juin 1697, ^''^^ apporta à l'hôpital un cavalier qui avait une plaie d'une large épée à la région des lombes , qui traversait du côté droit au gauche , en biaisant, de manière que l'entrée du côté droit était bien plus en arrière vers les flancs , que la sortie. Je trouvai ce blessé très faible, à cause qu'il avait perdu beaucoup de sang. L'épée , n'ayant pu faire ce trajet sans ouverture de quelque vaisseau, a même blessé les reins. Après une mûre réflexion, je ne vis autre chose à faire sinon de panser cette plaie avec deux tentes proportionnées à l'entrée et à la sortie de ce coup. Avec le reste du pansement , je veux dire, les bourdonnets , plumaceaux , emplâtres, compresses , le bandage comme à l'ordinaire, qui était tout ce que je pouvais faire de mon côté, laissant le reste aux soins delà nature, qui souvent a des ressources que nous ne pouvons ni expliquer, ni comprendre; comptant que si ce blessé se tirait d'affaire, ce ne serait qu'à grande peine, beaucoup de souffrances, et à la longueur du temps , ce qui ne pouvait arriver qu'après une belle et louable suppuration , qui me marquait la nécessité de dilater les tégumens , afin de tenir la plaie plus long-temps ouverte , par laquelle il sortit beaucoup de sérosité dans la suite pendant plusieurs jours ; et le blessé rendait beaucoup de sang par les urines qui se coagulait au fond du pot de chambre, nonobstant quoi je le saignai encore, tant pour prévenir la fièvre, que pour empêcher la fluxion et l'iuUammalion , lui faisant observer un régime exact , et boire de lu
262 PLAIES DES KEINS
tisane faite avec l'orge, lebugle, sanicle, aigremoine, plantain et réglisse, de laquelle je lui faisais donner aussi des lavemens tout simples et sans miel, et lui fis prendre pendant cinq matins consécutifs deux gros de térébenthine lavée, avec un peu de sucre , dans du pain à chanter.
Je continuai les pansemens sans y rien changer, sinon que je couvris les tentes et pluinaceaux de digestifs, et que j'eus soin de continuer loug-temps l'embrocation de l'huile rosat. Eu observant cette méthode , tant au moyen des remèdes généraux que particuliers , ce blessé cessa de rendre du sang par les vxrines le septième ou huitième jour, et il ne sortit plus de sérosité par la plaie , la suppuration devint belle et louable , la plaie fut incarnée et cicatrisée ; et le blessé parfaitement guéri en six semaines.
Obs. V. — Coup d'épée dans l'bypochondre droit ; hématurie, épanchement de sang dans le tissu cellalaire extra-rcnal; mort le quarantesixième jour (haurent, Journ, gén. Je méd. t. lxxiv, p. 417)-
Un homme, dans la force de l'âge, reçoit à l'issue d'un dîner copieux, un coup d'épée dans l'hypochondre droit, en avant de l'intervalle de la troisième à la quatrième côte asternale. Manifestation subite des accidens nerveux qui accompagnent les plaies pénétrantes de l'abdomen et quelquefois même les plus légères blessures. Une ventouse appliquée sur la plaie fait sortir en un instant , et d'un seul jet, environ trois onces de sang artériel. Emission par l'urèthre d'une livre de sang , écumeux, rutilant, liquide et très pur {laveme?it anodin, trente sangsties sur le ventre, ve7itouses scarifiées j cmbrocalion huile camphrée et opiacée, potion ajitispasmodique). Après quelques syncopes, plusieurs vomissemens d'alimens aigris, peu élaborés et mêlés de beaucoup de vin, un calme très sensible a lieu; aussitôt après, une saignée du bras est pratiquée, mais donne peu do sang.
Le lendemain, douleur et tuméfaction bornées au côté droit, sur lequel seul le blessé peut se tenir couché; émission, sans efforts et sans douleui-s , d'une petite quantité d'urine claire
PAR IIÏSTRUMENS PIQUANS. ^63
(diète sévère, lo{sso7is relâchantes , saigjièes locales, nonvelle saignée cbt iras pins copieuse que la première).
Les jours suivans , diapliorèsn nocturne ; la convalescence paraît certaine. Ecarts de régime ; nouvelle hématurie très abondante ; depuis lors et jusqu'à l'époque de la mort survenue le 46° jour après le duel , reloui^ fréquent des douleurs abdominales, tension douloureuse de la région hypogastrique, dans tout le trajet de l'urèthre jusqu'au col de la vessie , sensation insupportable, et tout-à-fait semblable à celle que causerait une brûlure. Retours fréquens d'hématurie; le cathétérisme, souvent mis en usage, non sans résistance du côté du col de la vessie , apporte peu de soulagement, à cause des caillots qui remplissent la vessie et dans l'épaisseur desquels le bec de la sonde pénètre. Plusieurs fois des saignées locales et générales furent mises en usage ; on employa un régime antiphlogistique approprié : le tout fut imitile.
Ouverture du cadavre. L'instrument avait pénétré entre la 3* et la 4° côte asternale, puis traversé le bord libre du foie , dans une direction oblique de haut en bas. La plaie extérieure était très petite et bien cicatrisée, sans la plus légère trace d'inflammation. La plaie de la face interne était triangulaire , et présentait un petit lambeau qui , ne s'étant pas réuni , annonçait qu'il y avait eu déchirure. Le rein traversé dans ses trois quarts inférieurs , à l'endroit qui correspondait à la plaie interne du foie, paraissait également avoir été déchiré dans tout son bord interne. Une cicatrice bien marquée montrait toute l'étendue du désordre, un épanchement de sang assez considérable et qui paraissait avoir eu lieu dans le premier moment delà blessure , se remarquait dans le tissu cellulaire qui sépare le rein du carré des lombes et du psoas. La face interne des tégumens du bas-ventre , du côté droit, le psoas, la surface pubienne de la vessie , le cœcum et la portion correspondante du colon étaient d'un brun ardoisé. Ayant divisé le rein à sa partie convexe, nous trouvâmes le bassinet légèrement dilaté, une petite tumeur rosée, de lu forme d'une fraise, faisait saillie à l'entrée de l'infundibulum , et paraissait fournir du sang par un grand nombi e de petits pores. Un
264 ^ PLAILS DES lU-lMS
Stylet introduit dans rai tère rénale, traversait ce tubercule et venait aussi se rendre à une petite ouverture qui en était à deux lignes de distance et qui était bouché par un très petit caillot. Il paraît hors de doute que ce tubercule étaitun caillot en partie librincux , qui, formé dans le bassinet après les premiers instans qui suivirent celui de la blessure, avait suspendu d'abord l'hémorrhagie , et empêché que celle-ci ne fût plus promptemeut mortelle. L'uretère était à l'état naturel, et la vessie ouverte à sa partie antérieure , laissa sortir environ une livre d'urine fortement colorée, dans laquelle nageait un caillot récent du poids de deux onces environ. La membrane muqueuse était partout dans l'état naturel.
Le blessé , auquel on avait caché la gravité de sa blessure , ayant commis de fréquentes erreurs de régime , et montré fort peu de docilité aux avis de son médecin, M. Laurent pense qu'il est des cas où il faut, de nécessité, s'emparer de l'imagination du blessé , et lui faire connaître le danger de sa position afin d'obtenir qu'il se soumette avec résignation au traitement qu'il ne peut enfreindre en partie , sans le rendre inutile. Il est encore, ajoute l'observateur, pour les plaies des reins avechémorrhagie par l'urèlhre , une condition qu'il faudrait obtenir pour empêcher la récidive par la chute prématurée du caillot, ce serait de suspendre ou de diminuer , autant qu'il serait possible la sécrétion de l'urine, en supprimant presque absolument les boissons et trompant la soif par la présence de l'eau à l'état de glace, ou par des tranches de citron dans la bouche.
Obs. VI. — Blessure par uu large couteau au-dessus de la dixième fausse côte, séparant entièrement le tiers inférieur du rein du reste de l'organe, mort le dixième jour. Heineken (Heake's Zeitsclir. i3. Ergànzungshft, S. 161-175).
Une femme étant baissée fut blessée dans le dos, par son mari en colère, avec un large couteau à deux tranchans. La blessure avait un pouce et demi de long et était située juste au-dessous delà dernière fausse côte du côté gauche, àunpouce àxjiproccssus sjnnosus de la première vertèbre des lombes. Il ne sortit que très peu de sang de la blessure, et l'écouleineut cessa
PAU INSTllUMENS PJQUANS. aÔD
bientôt entièrement. Oa trouva la malade pâle avec le pouls petit et faible , mais ayant sa parfaite connaissance , elle se plaignait de nausées et d'une douleur brûlante en urinant. Le bas-ventre n'était pas douloureux même au toucher. Le lendemain matin il y eut une selle naturelle, la malade prit de la limonade sulfurique ; et une vessie remplie de glace fut appliquée sur la blessure ; le pouls s'était un peu relevé j le ventre restait sans douleur. Il était sorti, de la blessure, du sang noir, caillé; un Terre d'urine claire comme de l'eau fut rendue en produisant une sensation modérée d'ardeur. Les nausées continuaient, et la nuit fut agitée. Le jour suivant, le pouls était plus petit, faible, et on comptait 104 pulsations. La malade prit du calomel au lieu de l'acide minéral; vers le soir il y eut une évacuation d'une petite quantité d'excrémens, mais il s'écoula beaucoup d'urine sanguinolente. Le pouls était à i3o ; le troisième jour, on remplaça l'application de la glace par des cataplasmes chauds pour appeler la suppuration ; dans la nuit deux selles abondantes. La malade était de plus en plus découragée, et sa faiblesse augmentait d'un jour à l'autre. Les bords de la plaie prirent un mauvais aspect. Le délire survint dans la nuit, quoique la raison ne fût pas troublée le jour. Il n'y eut jamais de douleurs dans le bas-ventre. Le dixième jour il survint tout-à-coup des frissons auquels succéda un évanouissement profond , puis la mort. A l'autopsie , on trouva cinq onces de sang épaissi, mais non coagulé, dans la cavité du ventre, le couteau avait atteint le rein à travers les muscles postérieurs du ventre et du dos, et le tiers inférieur de ce rein était entièrement séparé du reste de l'organe.
Obs. VII. — Chute sur une fourche, dont le manche pénètre clans l'anus, déchire le rectum et sépare le tiers supérieur du rein gauche (Murphy. Monthly Archiv., march. i834).
Le cas suivant rapporté par J. Murphy est lout-à-fait extraordinaire :
Un journalier travaillant aux champs , avait glissé d'une meule de foin très haute et était tombé sur une fourche placée au bas de la meule ; le manche lai était entré dans l'anus à une
a66 PLAIES DES REINS
profondeur de 18 pouces. Il se plaignit tout aussitôt de violentes douleurs dans la région des deux vertèbres inférieures du dos, il était pâle, défiguré, et si agité , qu'il ne pouvait rester quelques minutes dans la même position. Le pouls était très petit, la voix faible , le doigt introduit dans l'anus fut retiré sans trace de sang. Au bout de deux heures il y eut une évacuation d'urine sanguinolente par les voies ordinaires. La douleur s'étendait toujours et augmentait d'intensité , quoiqu'une forte pression extérieure ne l'augmentât pas , l'urine était presque entièrement composée de sang , l'agitation et l'épuisement croissaient, et la mort eut lieu 19 heures après l'accident. La paroi postérieure du rectum au niveau du promontoire du sacrum était tout-à-fait déchirée. Le rein gauche était déchiré à la partie supéiieure et antérieure, et il ne tenait plus que par un tiers de son épaisseur au reste de l'organe. On trouva une très petite quantité de sang extravasée dans la cavité du ventre.
S 33o. Blessures des reins par armes à feu.
Obs. VIII.— Plaie produite par une balle qui, après avoir pénétré dans l'iiypocliondre droit entre la neuvième et la dixième côte, fut extraite vers l'apophyse transverse de la dernière vertèbre dorsale ; hématurie , accidens divers; deux abcès à la région lombaire ; fistule urinaire; le huitième mois, guérison après la sortie d'un morcean de drap engagé dans l'urèthre et qui avait causé une rétention d'urine ( Extrait de John Hennen. Principles of military surgery. édition, page 422'1'Ondon, in-8).
Un officier reçut, le 9 décembre i8i3, une balle de fusil, entre les neuvième et dixième côtes du côté droit, au milieu de l'espace compris entre le sternum et les vertèbres. Le jour suivant on fit l'extraction de la balle veis l'extrémité de l'apophyse transverse de la dernière vertèbre dorsale. Des symptômes graves , semblables à ceux de l'agonie, se manifestèrent immédiatement après l'accident; l'urine était fortement teinte de sang {saignée, lavemens) ; douleur de ventre, délire [saignées rèjiétèes) ; douleur à l'épaule droite oii le malade s'imagine être blessé. Pendant quatorze jours il ne prit que du thé, en petite quantité ( ve'iica^OiVw a7t ventre et à la poitrine, potion et pilules calmantes). Par