COMMOTION ET COITTUSION DES REINS
quoique protégés en arrière par d'épaisses coùches musculaires, les reins peuvent cependant être atteints de contusions ou de déchirures.
Une forte contusion sur la région lombaire , ou une chute d'un endroit élevé , est la cause la plus ordinaire de la déchirure des reins j elle est toujours accompagnée d'hémorrhagie et le plus souvent suivie d'inflammation. La violence de la commotion a quelquefois produit l'écrasement des reins.
§ 332. Lorsque la déchirure du rein a été produite par un coup ou par toute autre violence extérieure, le plus souvent on observe une large ecchymose dans la région lombaire j toutefois, l'existence d'une ecchymose extérieure n'est pas constante. Morgagni (i) cite un cas dans lequel le rein fut déchiré par un coup de bâlonporlé sur la région rénale, sans lésion delà peau, sans ecchymose apparente à l'extérieur.
Lorsque la déchirure du rein survient à la suile d'une chute d'un endroit plus ou moins élevé, il est rare que les contusions et les ecchymoses que l'on observe à la surface du corps correspondent aux régions lombaires.
Lorsque le rein a été contas ou déchiré , les malades rendent presque toujours une certaine quantité de sang avec l'urine, ou au moins l'urine est sanguinolente; pendant les premières heures, il s'écoule quelquefois plusieurs livres de sang. Toutefois , la substance corticale du rein peut êtie déchirée superficiellement, sans que la plus petite quantité de sang soit rendue avec les urines.
Dans d'autres cas , on a vu une hématurie se déclarer le onzième jour.
La région rénale est ordinairement sensible ou douloureuse à la pression ou dans les mouvemens du corps. Quelquefois là douleur se propage suivant la direction des vaisseaux spermatiques. Le malade sent de l'engourdissement dans la cuisse ; et il éprouve d'autres accidens communs aux hémorrhagies traumaliques, des évanouissemens, des envies de vomir j le pouls est petit, fréquent, précipité, etc.
(i) Morgagni. De sedibus et caus, morh, Epist. MV. § i5.
DESCRIPTION G^NiRALE. 27 1
Lorsque la déchirure du rein a été produite par une chute d'un endroit très élevé , les effets généraux de la commotion, les accidens qu'entraînent les déchirures du foie ou de la rate , ceux qui accompagnent d'autres lésions , soit des vaisseaux ou des autres organes du bas-ventre , forment un ensemble de symptômes tellement grave , si compliqué et si rapidement mortel, que les signes propres à la déchirure des reins ne peuvent être distingués , à moins que l'urine rendue ne soit chargée de sang.
§ 335. Une hématurie plus ou moins considérable indique sans doute que le rein a souffert ou a été lésé , soit à la suite d'une commotion générale du corps, soit dans un effort pendant lequel les muscles des parois de l'abdomen se sont violemment contractés , soit à la suite d'une contusion de la région lombaire ; mais il est impossible de dire, dans la plupart des cas, si le rein a été déchiré en un ou plusieurs points, ou si sa substance corticale a été contuse et s'est infiltrée dé sang (ecchymose), ou enfin si l'hématurie est simplement l'eflFet de la pression ou de la commotion que le rein a éprouvée par ces différentes causes.
Au reste, il ne faut pas attacher une très grande importance à celte incertitude de diagnostic entre des lésions très voisines les unes des autres, par leur nature. j/'> • ■
J'ai acquis la certitude que , lorsque les déchirures des reins n'intéressent que la substance corticale et qu'elles sont peu profondes, elles sont susceptibles de guérison, tout aussi bien que de simples ecchymoses. De la lymphe coagulable ou du sang épanché entre les lèvres de la déchirure , en préparent la réu-»nion ou la cicatrice , et préviennent l'épanchement de l'urine dans le tissu cellulaire extra-péritonéal (Atlas, pl. I, fig. 1).
D'un autre côté, il est certain que la substance corticale contuse peut être infiltrée de sang et même légèrement déchirée , sans que l'urine soit chargée de sang. Dans ce cas, la nature des douleurs, lorsque les malades en éprouvent dans la région lomrbaire, ne peut conduire à reconnaître si elles doivent être attribuées à des infiltrations sanguines dans les muscles , dans le tissu cellulaire, ou dans le tissu rénal. Cependant , si le malade
a COMMOTION ET CONTUSION DES REINS.
se plaignait d'une vive douleur dans la région lombaire, sans dérangement appréciable de la sécrétion urinaire, on devrait être porté à croire que les lésions sont extra-rénales.
§ 334. La commotion ou la contusion du rein par une cause quelconque donne assez fréquemment lieu à la néphrite; et celle-ci occasionne des accidens secondaires ou consécutifs qui seront ultérieurement décrits (V oyez Néphrite trmimaiiqité). Mais je crois devoir noter ici (car c'est un fait qui n'a pas assez fixé l'attention des pathologistes ), que ces lésions rénales traumatiques prédisposent aux aflections calculeuses et particulièrement à certaines gravelles.
§ 335. Les observations particulières qui termineront ce chapitre prouveront au lectexir, mieux que toute autre remarque, combien on doit être réservé dans le pronostic au sujet de semblables lésions : des cas très graves ont été promptement guéris (Obs. m), tandis que des accidens beaucoup moins sérieux en apparence se sont terminés presque tout-à-coup par la niort ( Obs. VII ).
§ 336. Le traitement des contusions de la région lombaire doit être d'autant plus actif qu'il y a probabilité ou certitude d'un épanchement considérable de sang sous la peau , dans le tissu cellulaire intermusculaire ou «xtra-péritonéal , avec contusion ou déchirure du rein. Une ou plusieurs saignées da bras doivent être faites dans les vingt-quatre heures, ïlnsuite , il est souvent nécessaire de faire une application de sangsues sur les régions contuses ou de répéter la saignée les jours suivans. Le pansement consiste en compresses trempées dans de l'eau froide, que l'on aura soin de renouveler.
Des caillots dans la vessie peuvent donner lieu à une rétention d'urine qui rend le cathétérisrae nécessaire.
Si , malgré ces premiers soins , il survient une inflammation du rein ( Néphrite traumatique), du tissu cellulaire extra-rénal, du péritoine , ou de quelque autre viscère de l'abdomen , il faut alors recourir à des nouvelles émissions sanguines et aux autres moyens antiphlogistiques , dont on usera avec une activité proportionnée au nombre et à l'intensité des accidens. § 337. En outre, c'est ici le lieu de rappeler qu'après une
ITISTORIQUK. '273
cessation complète ou presque complète des accidens, et eu particulier de la douleur locale , on a vu plusieurs fois la douleur renaître d'une mauière sourde , cesser momentanément pour se reproduire ensuite, et cela pendant plusieurs mois ou plusieurs années à des intervalles plus ou moins éloignés; et qu'à la suite de ces accidens on a vu survenir, soit des abcès , soit des aflections calculeuses. Il importe donc de ne pas perdre de vue, au moins pendant quelque temps, après une guérison apparente , les individus qui ont éprouvé une contusion des reins, afin de combattre efficacement, et dès le début , ces recrudescences ou ces nouvelles atteintes de l'inflammation rénale.
Si à la suite d'une contusion , il se forme sous la peau ou dans les muscles, une collection purulente annoncée par une fluctuation sourde, par un œdème ou un empâtement souscutané de la même région , il faut s'empresser de pratiquer, au pus , une issue à l'extérieur.
Dans le. cas oii il surviendrait, soit peu de temps après les premiers accidens , soit à une époque plus ou moins éloignée , des symptômes non équivoques d'une hémorrhagie interne , considérable , indépendamment des moyens déjà indiqués , il faudrait appliquer de la glace sur la région lombaire.
Historique et observaMons particulières.
% 333. On connaît quelques exemples de commotion, de C07itusion et de déchirure des reins. Galien (1) a rapporté le premier exemple de commotion, avec hématurie. Dans son mémoire sur
(i) " Quidam etiam , qunm cecidisset, manente spina illa;sa, in primis qoidem magnam sanguinis copiam cum urina einisit , i)osteà vero omninù suppressa est urina. Cujus rei causam esse conjccioiusque concreli sanguinis grumus intùs se opposuit : quo cirrà demissn per colcin iîstula paulum urinx reddidit, cxtracta dcindc fistula apparuit iu ipins orc grumi indieium (Galeni, Opéra omnia : de locis affectis, lib. vi, cap. 4; 4.1 classis, vol. 2 , in-fol. i56i),
2y4 COMMOTION ET CONTUSION DES REINS
les contre-coups , Bazile (i) rapporte un cas de commotion des reins. B. Houllier indique l'hématurie suite de l'équitation (2); Anibroise Paré (3) eut une hématurie après un voyage en poste; mais dans ces deux derniers cas, le sang put provenir, non-seulement des reins, mais encore d'autres parties des voies urinaires.
Ravalon, Thouvenel, Ai'an, B. Cooper, etc., ont publié des cas de contusion des reins (Obs. i, 11, m, v).
J. Laub a publié un cas (4) de déchirure du rein observé chez un marin tombé du mât d'un vaisseau ; Melzger (5) a observé un cas de rupture du rein produite par un coup , sans lésion des tégumens ; Yerduc (6) , etPyl(7), etc., en ont aussi publié quelques observations.
Morgagni (8) cite deux cas de déchirure des reins : l'un est l'observation de Mauchart (9) ; l'autre est le cas publié par Laub.
(1) Bazile. Mém. sur les contre-coups (Prix de l'Académie de cbirargie« t. IV. p. 626).
(2) HoUerius, Comment, ad Aphor. 78. sect. 4-
(3) « Il y a , qui , pour avoir esté long-temps à cheval , ont pissé le sang: je le say par moi-même; allant en poste au camp de PeriJignan, estant près de Lyon, je pissais le sang tout par (Paré. OEuvres, lib. 17. cbap. 3i).
(4) Lan!) (Hjeron). Lienis et rems niptura ex casu ab alto lethalis (Acta physico-medica nat. cur. vol. 11. pag. 49).
(5) Metzger. Pr. de rené ruplo. RegLomontie. 1783.
(6) Verduc (J. P.). La pathologie de chirurgie, Paris, 17 17.
(7) Pyl. (J. Th.). Aujsaetze und Beobachtungen aus der gerichlUchen Arzneywisenscha/i, — Berlin. 1787. iu-8'', c. a, d. Instructions et obs. de méd. légale ).
(8) Morgagni. De sedibus et caiis. morb, Epist. Liv. § l5.
(9) " Quanta sit ejusmodi percussionum vis plurima demonstrant cxempla, e. g. baculi teretis, non acuti validissima ac pernicissima impulsio ad abdomen, citra uUam contiuui solutiouuni, sed tamen ex opposite crcpanti» bine lethaliter medii renis, qunlo baud ita pridem Stuttgardi» babuiinus tragicum spécimen. Maucbait (B. D.). De mydriasi, % 3a (Uallcr. Disput. ehirurg, vol. i. p. 565).
CONTUSION DU REIK.
Obs. I. — Chute do cbeval, sur le côte droit, le coude étant appuyé sur le flanc; douleur subite à la région du rein droit, hématurie considérable; prompte guérison (Thouvenel). — (^L'Expérience, t. i. p. 5og ).
M. G. médecin à Melun, âgé de 4^ ans, d'un tempérament lymphatique, et d'une constitution forte et pléthorique , revenait de voir ses malades dans les environs. Son cheval marchait dans un sentier étroit , sur un talus incliné , ayant la rivière à gauche; ce talus ascendant à droite ; le sol était humide et glissant. Contre l'usage ordinaire, M. G. tenait les rênes de la main droite , l'avant-bras fléchi sur le bras et le coudé au niveau du flanc droit. Tout-à-coup le cheval manqua des quatre pieds et entraîna son cavalier , qui tomba sur le côté droit. Le coude porta sur une petite saillie du terrain et fut profondément enfoncé dans le côté entre la dernière fausse côte et l'os iliaque. M. G. se releva avec peine ; il éprouvait une violente douleur dans le flanc droit ; cependant il eut encore la force de gagner sa maison distante d'environ quatre cents pas. En arrivant il fut pris d'envie d'uriner, et rendit avec de vives douleurs une quantité de sang équivalente à deux livres environ; ce sang était mêlé d'une très faible proportion d'urine y car en le faisant bouillir on obtint un caillot fort volumineux. Un médecin appelé sur ces entrefaites, conseilla l'application de trente sangsues sur le point contus qui présentait une ecchymose.
XJn quart d'heure après la première émiction , M. G. rendit de nouveau par l'urèlhre une livre de sang, et dans l'espace de deux heures , à une demi-heure d'intervalle, il s'en écoula six livres. C'est à ce moment que je vis le malade pour la première fois. La face était pâle et décolorée, la faiblesse extrême^ les pieds et les mains presque froids , le pouls petit , faible , sans être fréquent. Le flanc droit était le siège d'une vive douleur qui augmentait par la pression ; le décubitus était dorsalj et le malade ne pouvait se tenir sur le côté gauche. Après avoif interrogé le malade sur toutes les circoilstances , je diagnosli» quai une déchirure du rein avec hémorrhagie. En conséquence^ on appliqua de la glace sur la partie contuse ; le malade rendit
coivTïTsiOA' nu liiîm.
encore deux fois de l'urine mêlée de sang , mais celui-ci dans une proportion bien moindre. La quantité du sang alla sans cesse en diminuant, et le lendemain les urines étaient revenues à l'état normal. On a continué pendant deux jours l'application delà glace, à laquelle on fit succéder l'eau froide. Le quatrième jour , le malade se plaignit d'une douleur assez vive au côté conlus , douleur qui rendait tout-à-fait impossible le décubitus sur le côté gauche, et qui disparut en grande partie après l'application de quinze sangsues loco dolcnti- Trois semaines après l'accident , M. G. reprit ses occupations habituelles sans que sa convalescence ait présenté d'accident remarquable.
Obs. II. — De 1.1 contusion d'une halle à la région du rein gauche. Ecchy. mose ; hématurie; guérison; convalescence longue (Ravaton , Chiiurgie d'armée, page /(7. in-8". 1768).
, Le 16 mai i^SS, il arriva dans celte place, un garde de la Manche , qui avait reçu à la bataille de Deislengen , un coup de balle qui avait formé une forte contusion vers la région du rein gauche ; cet officier avait été saigné cinq fois, et avait pris plusieurs clystères. Il m'apprit que les urines coulaient dilILcilement, et qu'elles étaient souvent teintes de sang; que son ventre était serré, qu'il était tourmenté de vents, qu'il souffrait des douleurs aiguës à l'endroit de la contusion lorsqu'il se remuait , qu'il ne dormait point, et que le peu de fièvre qu'il avait, redoublait le soir. L'ecchymose des tégumens étant en partie dissipée, je lui fis faire des embrocations d'huile de lin sur toute la région gauche de l'abdomen , et mis à l'usage d'une potion composée d'eau de bourrache et de laitue, de chacune deux onces; yeux d'écrevisses et de corail rouge de chaque deux gros ; sirop d'orange une once : et pour boisson ordinaire, une tisane faite de guimauve, de graine de lin renfermée dans un nouet, de miel de Narbonne, et de cristal minéral, et lui fis donner plusieurs clystères avec du bouillon gras. La nuit du 16 au 17, il fut assez tranquille, mais sans sommeil ; le 18 je fis fondre quatre onces de manne dans une pinte d'eau de sellz, et lui en fis bojre huit verres, à dislançe é^ale,
CONTUSION J)U lltlN. '277
daus toute la journée; ce purgatif doux évacua beaucoup de matière d'une odeur très forte; le 19, la lièvre le quitta, le sommeil et l'appétit reparurent ; je lui permis de prendre deux potages par jour, mais la douleur de la région du rciuj quoique inoins vive, continuait toujours. Le a3 , il prit un demi-bain d'eau de rivière pour tenter de calmer la douleur; il s'en trouva si soulagé, qu'il les continua pendant quinze jours, je le purgeai ensuite et il partit peu après pour ae rendre chez lui , étant encore assez faible.
Ous. III. — Chute de cheval, produisant une vlolcate commotion , avec sentiment de déchirure dans les reins; hématurie; trois suigaées, gucrison le quatorzième jour. (J. J. D. Florence. Diss. sur l'hémaluric. in-4"- 1821. p. 10. Obs. de M. J. Cloquet).
M. B... , âgé de 4a ans, d'une vigoureuse coraplexion, fut emporté par un cheval fougueux, et jeté à la renverse sur le sol. La chute occasiona un ébranlement général de tout le blessé , et produisit surtout une violente commotion, accompagnée d'un sentiment de déchirure dans la région lombaire. Le malade , secouru et porté chez lui , ne tarda pas à s'apercevoir qu'il rendait avec les urines une grande quantité de sang pur et vermeil, non coagulé, dont l'émission se faisait facilement et sans douleur. On prescrivit le repos le plus absolu, la diète, les boissons délayantes, des layemens émoUiens; on pratiqua successivement txois saignées du bras. Les douleurs lombaires se calmèrent peu-à-peu. Cependant le sang sort avec les urines jusqu'au quatorzième jour, époqvie à laquelle le malade enlra en convalescence. Depuis ce temps, M. B... n'a éprouvé aucune incommodité de cette chute grave et s'est constamment bien porté.
Obs. IV. — Coup de hâlou sur lu région du rein droit; iiémalurie ; guérison ( Obs. de M. Dubrcull , communiquée par M. Uô/eimcris ).
Dominique Viennet Piérot, maçon, âgé de 37 ans, d'une forte constitution, étant ivre, reçut dans une rixe , le 10 janvier au soir, un violent coup de bâton sur les fausses côtes du côté droit. Il était encore dans un état d'ivresse, lorsqu'on l'apporta à l'Hôlcl-Dieu ; il vomit , à son arrivée, une quantité couaidé-
a-jS CONTUSION DU REIN.
rable de vin et d'alimens non digérés. L'espace compris entre les dernières fausses côtes et l'os des îles était extrêmement douloureux, ainsi que les parties voisines. Le toucher rendait cette douleur insupportable ; néanmoins, la peau ne présentait aucune altération; mais il y avait à craindre quelque lésion des organes situés profondément. Dès que l'ivresse fut dissipée, on pratiqua une saignée copieuse. Le lendemain , la douleur n'avait pas diminué ; le pouls était fort et fréquent , la peau sèche, le mal de tête violent; les urines étaient formées par du sang presque pur : ce qui ne laissait pas de doute sur l'organe lésé. On pensa avec raison que le rein droit avait éprouvé une forte contusion et donné lieu à cette hématurie par la déchirure de quelques vaisseaux {notivelle saignée, pelit lait, décoction de racine de guimauve édulcorée, lavcmens). On s'abstint des diurétiques comme pouvant être contraires en excitant l'action de l'organe malade. Le 12, les urines sont encore chargées de sang , quoique moins que la veille, et présentent un aspect noirâtre, moins parce que le sang qu'elles contiennent peut être veineux , que par l'altération que leur mélange fait ordinairement subir au sang le plus vermeil. C'était surtout à prévenir l'inflammation et ses suites qu'on devait s'attacher : aussi , une troisième saignée fut ordonnée; continuation de la diète et des adoucissans. Les jours suivans, les urines cessèrent peu-à-peu d'être sanguinolentes, mais restèrent encore quelques jours jaunâtres, sans doute parles débris de matière fibrineuse qu'elles entraînaient. La région du rein n'était plus douloureuse. Le 18, le malade était parfaitement bien et voulait sortir; mais Dupuytren , craignant que le genre de vie actif et l'intempérance du malade , substitués au repos et aux adoucissans, ne donnassent lieu à une inflammation du rein , le fit rester jusqu'à l'époque à laquelle il sortit parfaitement rétabli.
Obs. y. — Coup de pied de cheval à la région lombaire; plnsienrs saignées; urine sanguinolente; guérison complète le aS' jour (Aran. Essai sur thématurie. p. 9 in-4'*. Paris i8ïi ).
Un chasseur , pendant le pansement, reçut un coup de pied
COJSfTDSION DU REIN. 279
de son cheval précisément sur la région lombaire; il s'évanouit quelque temps après avoir élé frappé, et ne reprit connaissance que lorsqu'il fui porté dans sa chambre. Je fus appelé à l'in^r stant même et je l'examinai avec la plus grande attention. Je vis une large ecchymose à l'endroit oii le coup avait élé porté ; en palpant les alentours , je le trouvai presque sans douleur manifeste ; la respiration était gênée ; le pouls petit, dur , fréquent ; je le saignai sur-le-champ ; je fis appliquer sur l'abdomen des fomentations émollienles ; pour boisson , je prescrivis l'eau d'orge, légèrement nilrée; quelques tasses de bouillon pour toute nourriture. Quatre heures après, je retournai le voir; les accidens avaient singulièrement augmenté ; l'abdomen était ballonné, tendu et très douloureux ; la respiration très pénible; la fièvre commençait à se manifester, l'altération se faisait sentir; le malade n'avait point uriné; je le saignai une seconde fois, et lui tirai une plus grande quantité de sang qu'à la première. Trois heures après, je recommençai; on lui donna un cljstère, et les autres moyens furent continués; les accidens persistèrent pendant toute la nuit ; il fut horriblement tourmenté par l'envie d'uriner, sans pouvoir la satisfaire. En examinant l'abdomen , on voyait la vessie y faire une saillie considérable. J'introduisis une sonde , et j'évacuai une assez grande quantité d'urine, d'abord de couleur naturelle, mais qui devint, peu après, sanguinolente. Il éprouva dès cet instant un mieux marqué; les accidens diminuèrent rapidement; mais un quart d'heure après l'introduction de la sonde , il s'aperçut d'un écoulement de sang qui dura pendant une heure entière, et qui procura un grand soulagement; la fièvre, la douleur , la tumeur de l'abdomen cessèrent entièrement; la respiration devint facile; deux heures après, l'urine sortit naturellement. L'hématurie persista pendant trois jours consécutifs et à des intervalles plus ou moins éloignés. Au sixième jour , il ne lui restait qu'une légère douleur à la région lombaire ; il n'en éprouva d'autres inconvéniens que la terreur dont il fut frappé en voyant couler son sang, sans cause à lui connue , ce qui, dans cette classe d'hommes, ne laisse pas quelquefois que d'avoir des suites fâcheuses; car il est démontré que la frayeur.
28o CONTUSIOJN DU REIN.
eu pareille circonstance, peut donner lieu à des suites bien graves. Le quinzième jour, il put se promener, et le vingtcinquième, il reprit son service.
§ 339. Une hématurie plus ou moins considérable est l'accident le plus constant des contusions des reins ; mais il est excessivement rare que le sang, après s'èlre coagulé dans l'uretère ou le bassinet, s'y accumule de plus en plus, progressivement, de manière à distendre le rein et à le transformer en une poche volumineuse qui, de l'hypochondre, s'étende vers la fosse iliaque. Les tumeurs rénales de celte dimension sont ordinairement la suite d'une pyélile, d'un hydronéphrose , ou d'une dégénération cancéreuse, tuberculeuse, enkvslée ou hydatique. On pourra reconnaître ou au moins soupçonner que la distension des reins est la suite d'une hémorrhagie intézieure, à la cause de l'aflection, à la rapidité du développement delà tumeur, etc. Sans doute il sera difficilede distinguer,pendant la vie, une tumexu" formée par un épanchement de sang autour du rein et en dehors du péritoine, d'une tumeur résultant de la distension du rein par du sang accumulé dans sa cavité. Toutefois, dans les liéinori'hagies extra-rénales, les tumeurs apparaissent ordinairement dans les premiers jours de l'accident, et elles ne sont pas circonscrites comme les tumeurs rénales. Une tumeur due à du sang épanché dans la cavité du bassinet, se l'orme plus tard et plus leutejneut qu'une infiltration sanguine dans le tissu cellulaire sous-céreux ; le rein se distendant plus difficilement que le péritoine ne se soulève.
Obs. VI. — Coutubiou cliireiu gauclie; plubieursîliématuries; Hjip.'irition d'une tumeur dans la régiou rénale; pleurésie; mort; distension coniiidérable du rein par du sang coagulé; épanclicmeat pleorétirjiic (Communiquée par M. Danyau fils).
Un jeune ouvrier, âgé de ib ans, fut apporté à l'Hôtel-Dieu dans les premiers jours du mois d'octobre i835 : il s'était fortement conlus la région du rein gauche contre un comptoir. A la suite de celle contusion (il s'était antérieurement bien porté), il avait rendu du s.tng avec ses urines. Quelque temps après, l'écoulemenl du sang ;iyanl crs.'jé cl ses urines cluut redevenues
CONTUSIOJN DU KKIN. '-^^f
claires, il avait toiit-à-coup pissé trois à quiilre paletlos de sang pur et vermeil, et qui s'était coagulé dans le vase sans séparation d'une seule goutte de sérosité. Des symptômes de péi'itonile, antérieurs à ce subit écoulement de sang, s'étaient réveillés après cette seconde héraorrliagie; combattus la première fois avec succès par de fortes applications de sangsues, ils cédèrent plus difficilement à la seconde , et persistaient lorsque M. Roux vit le malade pour la première foisj le 19 novembre (à son retour de Belgique, où je l'avais accompagné). A cette époque, le ventre était fort douloureux, à la pression, à riiypogastre et dans le flanc gauche, oii se sentait une tumeur rémittente, allongée dans la direction de l'uretère, mais trop superficielle pour qu'on persistât long-temps dans l'idée qu'on avait eue d'abord qu'elle dépendait d'une tuméfaction de ce canal. A cette époque aussi, la vessie contenait des caillots de sang, qui, se dissolvant peu-à-peu dans l'urine, la teignaient en rouge. Il y avait rétention d'urine, et le cathétérisme était très douloureux. L'état général était très alarmant : pâleur, affaiblissement considérable, pouls petit, fréquent. Injections d'eau tiède dans la vessie, pompemens répétés, bains entiers, amélioration progressive , retour apparent vers la santé. Mais quelques jours s'étaient à peine écoulés qu'une troisième hémorrhagie eut lieu presque aussi abondante, avec les mêmes caractères que la seconde. Après le sang pur, il y eut pendant quelque temps des urines sanguinolentes, et, sans devenir plus douloureuse , la tumeur du flanc gauche devint plus saillante et plus large; l'abattement et la faiblesse allèrent en augmentant. Cependant, les urines cessèrent de contenir du sang, et coulèrent même pendant les dix ou douze derniers jours toutà-fait claires, sans que pour cela l'état général s'améliorât; ce qui s'expliquait bien, d'ailleurs, par le développement d'une pleurésie avec épanchement dans le côté gauche de la poitrine, qui fit périr le jeune malade, qui succomba le a6 novembre.
A l'autopsie du cadavre, on trouva un épanchement trouble et floconneux dans la plèvre gauche. Dans le ilanc gauche existait une tumeur étendue de la partie interne du rebord des
38a DÉCHIRURE DU REIN.
fausses côtes au rebord du détroit supérieur du bassin, tumeur circonscrite en haut et en dehors par le colon transverse , le descendant et l'iliaque. Tumeur profondément adhérente dans le flanc ainsi qu'à l'intestin qui l'entom-e, mais libre par sa face extérieure, que recouvrent quelques anses d'intestin grêle. Cette tumeur, un peu molle au toucher, offre une enveloppe assez épaisse, jaunâtre, recouverte par une couche péritonéale. A son intérieur, on ne trouve qu'un amas de sang noirâtre coagulé et ayant déjà subi un commencement de décomposition ; on ne trouve plus aucune trace de la substance mamelonnée, ni de la substance corticale du rein. Elles ont l'une et l'autre disparu, effet qui semble être le résultat de la pression excentrique causée par l'épanchement du sang dans les calices, le bassinet et le commencement de l'uretère. Ce n'est plus qu'une poche contenant du sang, et dont les parois sont formées par la tunique fibreuse du rein , sur laquelle sont venues s'appliquer les couches condensées du tissu cellulaire voisin. En examinant l'intérieur de la poche avec attention , on a cru découvrir l'orifice d'une artère rénale bouchée par un caillot. L'uretère est sain inférieurement ; le rein et l'uretère du côté droit sont sains; la vessie est saine, médiocrement distendue par de l'urine claire.
Obs. YI(. — Chute d'environ 6 pieds de hauteur; douleur vive à la région du rein droit; hématurie; collapsus; cessation de l'hématurie; mort 36 heures après l'accident; épanchement considérable de sang dans Je tissu cellulaire autour du rein droit et jusque dans le flanc gauche ; rein droit déchiré en deux parties ( Obs. communiquée par le docteur Donnellan).
William Kemp, jeune Anglais, âgé de neuf ans, bien constitué et fort pour son âge , ayant toujours joui d'une parfaite santé, en jouant, le 20 septembre i836,avec ses camarades, dans le jardin des Tuileries , tomba d'une échelle, de la hauteur de six pieds environ, sur le sol uni du jardin, poussa à l'instant un cri aigu et perdit connaissance ; mais il ne tarda pas à revenir à lui. Il fut relevé par les personnes présentes, qui le portèrent chez son père, demeurant dans une rue voisine, à trois
D]^CHIRURE DU REIIT.
ou quatre cents pas environ du lieu oîi l'accident était arrivé. L'enfant se plaignit beaucoup, pendant le chemin, de la douleur que lui causaient les bras des personnes qui le portaient, et, arrivé au bas de l'escalier de la maison qu'il habitait, il ne voulut plus être porté, et monta à pied au troisième, appuyé sur le bras de son père. Arrivé chez lui , on le coucha et il éprouva alors quelques envies de vomir, et il eut un petit vomissement de matières glaireuses.
Dans l'éloignement oli les parens se trouvaient de leur médecin, le docteur Scratchley qui demeurait au haut des Champs- Elysées, ils me firent appeler auprès de leur enfant; je le trouvai présentant toutes les apparences de la santé. Il avait seulement à la tempe droite une petite écorchure superficielle , sans tuméfaction ni ecchymose. Le récit que je venais d'entendre appela plus spécialement mon attention vers l'examen des organes encéphaliques ; mais je n'y trouvai rien qui pût justifier mes soupçons. Toutes les fonctions de la vie de relation étaient dans leur entière intégrité. La seule souffrance qu'accusait le petit malade était une douleur vive dans le flanc droit. Il n'y avait cependant pas de traces de contusion, ni sur cette partie, ni svuc aucune autre partie du corps. La pression la plus légère, exercée sur cette région, augmentait considérablement la douleur; la main y sentait une légère saillie, et la percussion y faisait entendre un bruit tel qu'on l'entend dans l'état de santéj plutôt tympani que qu'autrement. Un examen assez scrupuleux du foie et de la rate ne foiu'uit que des résultats purement négatifs ; enfin, le pouls était celui de la santé. Dans cfet état de chose , j'avoue que je ne pus pas me rendre raison des soufirances vives du petit malade, et le pronostic était bien loin de me paraître aussi fâcheux qu'il ne tarda pas à le devenir. J'ordonnai l'application de 12 sangsues loco dolenti, des cataplasmes émoUiens sur le ventre, et le repos au lit.
Le docteur Scratchley arriva une à deuxheuresaprès,et trouva l'enfant dans une pâleur et un coliapsus qui lui inspirèrent des inquiétudes. Il ne savait s'il devait attribuer cet état à la perte de sang causée par les sangsues. Désirant apprendre de moi l'état dans lequel j'avais trouvé l'enfant, il me fit demander.
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et il voulut bien m'associer aux soins assidus qu'il lui prodigua dans la suite.
A notre réunion , je fus bien étonné de trouver l'enfant que j'avais vu, peu auparavant, avec les joues et les lèvres colorées , pâle et exsangue, avec un pouls faible et précipité. Cet état ne pouvait certes pas s'expliquer par la perle de sang qu'occasionnent douze sangsues, chez un enfant fort. No us n'hésitâmes pas à le rapporter à sa vraie cause, à une héraorrhagie interne; mais quel était le vaisseau ou l'organe lésé? On sait combien sont fréquentes les déchirures du parenchyme du foie dans des cas de chute d'un lieu élevé. La rate aussi a été assez souvent déchirée dans des accidens semblables; mais il y a moins d'exemples de la rupture du rein. Cependant, l'enfant venait de pisser du sang, et celte hématurie, jointe au siège de la douleur, ne pouvait laisser de doutes que ce ne fût le rein droit qui fût le siège de la lésion. Comment le coUapsus n'avait-il eu pas lieu immédiatement après l'accident.' la nécropsie en rendra bienlôt raison.
Malgré l'état d'épuisement de l'enfant, nous lui ouvrîmes la veine ; mais , ne pouvant tirer que quelques cuillerées de sang, nous lui fîmes remettre douze sangsues avec ordre de les faire saigner autant que possible.
Le ai , de grand matin , l'enfant eut quelques heures d'un sommeil paisible. Pendant la nuit, il se dit mieux; mais la pâleur était extrême , les lèvres et les conjonctives étaient complètement décolorées, et les batlemens du pouls presque insensibles. La douleur du flanc était cependant diminuée ; mais le palper la réveillait d'une manière très vive. Une tuméfaction diffuse, très légère, paraissait s'y dessiner, et la percussion donnait un son un peu plus clair que la veille; l'hématurie avait complètement cessé. Elle n'avait eu lieu qu'une fois, et depuis, les urines avaient été p arfaitement claires et limpides.Cette circonstance, qui trouvera sa facile explication dans la destruction presque entière du rein et,par suite, dans l'anéantissement de ses fonctions, avait un peu ébranlé notre diagnostic, tandis qu'elle n'aurait dû que le confirmer et même nous éclairer sur l'étendue de l'allératiGH qui avait frappé cet enfant.
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Nous lâcliàines de nouveau, mais aussi iufruclueusement que la veille, de tirer du sang d'une veine, et, à défaut de ce moyen, nous eûmes recours aux saugsues , et nous ordonnâmes d'en appliquer deux ou trois, toutes les heures, et de les faire saigner autant que les forces de l'enfant le permettraient ; notre intention étant de le tenir dans un état proche d'une syncope continuelle, autant pour prévenir la péritonite ou toute autre inflammation, que dans l'espoir très éloigné, il est vrai, que la nature trouverait dans ses ressources, si souvent impénétrables un moyen de salut pour l' enfant, une fois que l'héraorrhagie intérieure aurait cessé.
Vers le soir , le petit malade s'affaiblit tellement qu'on fut obligé de cesser l'application des sangsues. Nous ordonnâmes d'y revenir du moment que les forces paraîtraient renaître; nous ordonnâmes également quelques cuillerées de bouillon de poulet froid ou d'une solution aqueuse d'arrow-root. Il est inutile de dire que nous avions perdu tout espoir de sauver cet enfant.
Pendant la nuit son état empira d'une manière marquée; il se manifesta un délire sourd ; il commença à ne plus connaître les personnes qui l'entouraient; il salit son lit. Le pouls devint imperceptible, convulsif, et il expira à trois heures du, matin, trente-six heures environ après l'accident.
La nécropsie de la cavité abdominale seule nous fut permise. Le péritoine parfaitement sain ne contenait ni sérosité, ni aucun autre liquide ; il n'offrait point de traces d'injection ou d'inflammation. En refoulant les intestins qui occupaient le flanc et la fosse iliaque du côté droit, nous découvrîmes une large plaque noire qui s'étendait au devant du rein et se dessinait en relief, à travers le péritoine qui au reste était parfaitement intact. Après avoir incisé et détaché le péritoine, nous trouvâmes un large caillot de sang qui enveloppait tout le rein droit et s'était frayé un passage au dessous de cette membrane et allait s'épancher dans le flanc gauche. Après avoir détaché ce caillot du rein droit, nous trouvâmes cet organe déchiré transversalement et assez exactement en deux parties égales, qui ne tenaient plus ensemble que par les vaisseaux