DECHIRURE DU REIN
de laquelle se trouvait le rein droit divisé transversalement en deux parties. Les vaisseaux du rein étaient sains, à l'exception de la veine rénale , dont la membrane interne offrait un peu d'injecLion. Le rein gauche était mou comme les deux moitiés du rein déchiré. Ces deux organes ne présentaient pas d'autres altérations.
Obs. XI. — Chute d'un troisième él.ngc; déchirures superficielles des reins et du foie ; fractures des c6tcs et de la jiimbe, etc.; amputation ; mort le quatrième jour.
Un maçon, âgé de 22 ans, ayant fait une chute de la hauteur d'un troisième étage , est transporté à l'hôpital de la Charité. On constate une fracture comminulive des deux os de la jambe avec broiement des muscles de sa partie antérieure , et plusieurs fractures de côtes. En outre dysurie et anxiété extrême. Le lendemain , le pied de la jambe brisée commence à se gangrener : amputation. Persistance des accidens généraux ; pouls petit, très accéléré, face profondément altérée, dyspnée, anxiété, délire; mort, deux jours après l'amputation. Al'auLopsie du cadavre, on constate la fracture de cinq côtes sans déchirure du poumon correspondant. Plèvre couverte défausses membranes, Epanchenient de sang dans toute la cavité de l'abdomen. Le foie, sur sa face convexe, présente des stries de sang coagulé; sous ces épanchemens de sang, on remarque des déchirures qui pénètrent à près de trois lignes dans la substance de l'organe. La circonférence du moignon est déjà envahie par une vaste suppuration.
Le rein gauche n'offrait point d'altération particulière, mais on remarquait, sur les deux faces du rein droit et surtout sur la face postérieure, des ligues d'un rouge brunâtre, d'un pouce à un pouce et demi de longueur, au-de.ssous desquelles la substance du rein était évidemment divisée : c'étaient de véritables déchirures (Atlas, pl. I. iîg. 9), qui s'étendaient à une ou deux lignes de profondeur dans la substance corticale.
La commotion qui avait produit ces déchirures à l'extérieur du rein avait aussi donné lieu à deux ou trois points d'inflammation vers son extrémité supérieure, où l'on voyait de
DiîcniniiiiE DU REIN. 29 1
petits dépôts d'une matière d'urï blanc jaunâtre, fibrineuse , cernés par une ligne rouge.
La vessie était très distendue par de l'urine.
Obs. XII. — Mort subite d'un enfant de 7 ans, produite par un tratncau qui avait passé sur son corps; diverses lésions ; déchirure du rein {Auf' sàize ttnd Beobaclitungen aus dcr gerichtUchen Artznefwissenchajï. Fiinfte Sammlung. Berlin, 1787. Seiteôa).
MM. Mezger et R. , appelés à constater la cause de la mort d'un enfant, reconnurent : 1° une mobilité extraordinaire de la tête et un intervalle insolite entre la première et la seconde vertèbres du cou, produits par une luxation j a" à l'ouverture de l'abdomen , ils observèrent un épancbement considérable de sang dans toute l'étendue de la cavité péritonéale. Ën cherchant l'origine de cet épancheraent avec beaucoup de soin, on vit que le rein droit avait été déchiré à sa partie moyenne et à sa partie inférieure. L'épanchement du sang provenait de la déchirure des vaisseaux.
Quand on eut découvert cette seconde cause d'une mort prompte et inévitable, on pensa qu'il était inutile d'ouvrir la poitrine et la tête.
Il n'y avait pas d'autres signes de violences extérieures que deux petites taches bleuâtres à la tempe droite , et Une ecchymose au côté droit du dos et à la fesse droite.
§ 34o. L'influence des lésions locales des reins sur le développement de la gravelle et des calculs ne saurait trop fixer l'attention des praticiens. Déjà , avant les observations de M. Earle (i), plusieurs faits tendaient à démontrer cette influence. Ainsi Dehaen (a) avait rapporté un cas d'abcès extrarénal et de calcul dans le bassinet, survenus à la suite d'une contusion. Bazile (3) avait recueilli une observation non moins intéressante, que je reproduirai malgré quelques explications hypothétiques dont il l'a bien inutilement surchargée. Depuis^
(1) Earle (H.). Mecl, chirurg, Irans. vol. xi. p. 21t.
(2) Pehacn. Ralin medendi, pars ix. rap. i. toin. vi. p. ar. in-12. Parislls, 1775.
(3) Mém. de l'Acad, royale de chinirg., t. iv. p. (126.
29'^ DÉCHIRURE DU RÈIN.
M. Wilson (i) a vu un caillot de sang former le noyau d'un calcul rénal , chez une personne qui n'avait jamais eu de douleurs dans les lombes avant une chute grave faite sur cette région du corps. Auptin a cité un cas analogue.
Obs. XIII. — Chute à califourchon sur une barre de fer; hématurie suivie de coliques néphrétiques (Bazile). — Mém. acad. royale de chirurgie, t. iv. p. 626.
J'ai vu un homme , jouissant auparavant d'une très bonne santé , uriner le sang presque pur, plusieurs jours de suite , et cela pour être tombé à califourchon, d'environ deux pieds de haut, sur une barre de fer. Il a été sujet, depuis cet instant, à des coliques néphrétiques et à une fréquence d'urine, avec sortie habituelle de petits graviers; maladies qui lui étaient absolument inconnues avant sa chute. D'oii venait le sang qu'il rendait; venait-il de la vessie ou des reins? comment le contrecoup a-t-il pu produire hémorrhagte dans les voies iirinaires, et donner lieu aux coliques néphrétiques habituelles qui toui*mentent le malade? Ce sont des questions dont la solution serait aussi utile que satisfaisante; je me garde bien de vouloir la donner. Il me paraît cependant, d'après une douleur assez marquée que le malade me dit avoir ressentie dans l'instant de sa chute , vers la région lombaire, d'après la douleur sourde qui existe dans cette région depuis ce temps-là , il me paraît , dis-je, qu'on peut regarder les reins comme un des organes urinaires qui éprouvèrent le plus vivement la commotion. Les divisions du plexus rénal, vivement ébranlées dans l'instant du choc, purent étrangler le système vasculaire au point de produire hémoirhagie dans l'intérieur de l'organe , ou peut-être les distributions nerveuses laissèrent-elles les couloirs sécréteurs dans une telle atonie, que le sang put, dans ces premiers temps de trouble, passer pêle-mêle avec la sérosité qui devait se séparer dans le rein; et enfin un pareil désordre dans l'organisation intérieure de ce viscère, ne serait-il pas propre à fa-
(i) Wilson. Lectures on tJie urinaiy and génital organs, p. 216. in-8, Lond. 1821.
INFLA.MMA.T10NS DES IIEIUS.
voriser la formation des graviers que le malade rend habituellement depuis cette époque? Elle date de plus de huit mois , pendant lesquels il a pris habituellement beaucoup de tisane d'allhéa et de graine de lin ; tisane qui a bien pu contribuer à entretenir sa disposition à la néplirétiqvie. Le bon effet qu'il ressent des savonneux et des balsamiques astringens , dont il fait usage depuis quelques jours, sembleraient vérifier mes conjectures.
TJîJFLAMMi^TIONS DES REINS.
§ 341. Jusqu'à ce jovir, on avait généralement réuni et confondu, sous le nom de nèjihrite , toutes les inflammations des divers tissus qui entrent dans l'organisation des reins, celles des substances rénales proprement dites, celles de leurs membranes, de leurs vaisseaux et des conduits excréteurs de l'urine.
D'un autre côté, des observations récentes ont mis en lumière de nouvelles espèces de l'inflammation des reins, trop distinctes par leur nature , quoiqu'elles aient un même siège, pour être réunies dans une seule description.
Cette double circonstance m'a déterminé à établir des divisions sans lesquelles il m'eût été impossible de caractériser les élémens variés d'un groupe pathologique aussi compliqué; d'exposer le diagnostic diflFérentiel des diverses lésions dont il est composé 5 et conséquemment d'indiquer les règles thérapeutiques applicables à chacune d'elles et à leurs diverses périodes. De la sorte, non-seulement j'ai été conduit à diviser les inflammations rénales d'après leur siège, mais encore à distinguer, dans ces groupes anatomiques, de nombreuses espèces, soit d'après la nature des causes qui les produisent, soit d'après la nature particulière de la maladie.
i'' groupe. NÉrHRiTE, ou inflammation des substances corticale ou tubuleuse des reins.
Ce groupe comprend : 1° la néphrite simple ; 2" la néphrite par poisons morbides; 3° la néphrite arthritique (néph. goutteuse, néph. rhumatismale); 4" la néphrite albumineusc.
2*^ groupe. Pyélite , ou inflammation du bassinet et des
NÉPHRITES.
calices. Les principales espèces de ce groupe sont : i° la pyélile simple; a" la pydile Wennorrhagiquej 3° la pyélite calculeuge; 4'^ la pyélite vermineuae.
groupe. Périnéphbite , ou inflammation des membranes celluleuse et fibreuse extérieures des reins, ou du tissu cellulaire graisseux qui les enveloppe.
Non-seulement, les inflammations réunies dans ces trois groupes sont distinctes par leur siège, mais encore elles ont des caractères anatomiques propres, et toutes offrent, pendant la vie, des symptômes particuliers. Toutefois, de même que la bronchite, la pneumonie et la pleurésie sont quelquefois réunies , de même aussi il n'est pas rare d'observer à-la-fois , dans un même rein, rinflammation du bassinet et celle des deux substances du rein et de ses membranes, ou la pyélo-néphrite.
La PHLÉBITE kénale, le plus souvent consécutive à l'inflammation de la veine cave ou de la veiue ovarique , sera décrite avec les autres pialadies des vaisseaux des rein^.
Néphrites.
§ 342. Les maladies réunies dans ce groupe, distinctes par leur nature, quelquefois par leurs causes, toujours par leurs symptômes et par les apparences des reins après la mort, ont pour caractère anatomique commun, à leur invasion, une bypérémie partielle ou générale d'un ou des deux reins, devenus plus pesaus et plus volumineux que dans l'état sain; hypérémie suivie et le plus souvent accompagnée , soit d'une anémie partielle avec gonflement j soit de dépôt de pus, de lymphe coagulable ou d'autres élémens du sang ; soit d'induration, de ramollissement ou de gangrène des points affectés.
Les résultats ou les suites de l'hypérémie et du ti-avail inflammatoire ne sont pas uniformément les mêmes, et ne se produisent pas avec la même fréquence dans les diverses espèces de néphrites dont ce groupe se compose; il est même des altérations et des phénomènes qu'on observe exclusivement dans certaines espèces. Les points purulens , les nappes ou les dépôts de pus sont une terminaison fréquente de la néphrite simple; dans les néphrites goutteuse et ihumatismale , on re-
NJÎPHiuTE SIMPLE (causes). 295
marque souvent des dépôts de lymphe plastique dans la substance corticale des reius, et de grains d'acide uriqvie dans cette substance ou dans les mamelons. La gangrène et le ramollissement gangreneux appartiennent plus spécialement à la néphrite par infection qu'à toute autre espèce. L'anémie consécutive à l'hypéréraie, avec augmentation du poids et du volume des reins, ainsi que les taches ouïes granulations laiteuses, est l'apparence la plus ordinaire de la néphrite albumineuse. L'induration avec décoloration des reins se rencontre dans toutes les espèces de néphrite , hors celles qui sont produites par les poisons morbides, et dont la durée est rendue fort courte parla rapidité avec laquelle la mort survient.
Dans chacune de ces espèces, l'urine offre des caractères particuliers dont la détermination est de la plus grande importance pour le diagnostic.
Néphrite simple.
§ 343. Je comprends, sous le nom de néphrite simple, toutes les inflammations des substances corticale et tubuleuse des reins , produites par une caiîse mécanique ou accidentelle , et qui sont indépendantes d'une disposition constitutionnelle, d'une dialhèse , ou de l'action d'un poison morbide,
§ 344- Causes. Le rein peut s'enflammer à la suite d'une contusion dans la région lombaire , à la suite d'une plaie qui a divisé ses fibres, ou d'une commotion qui l'a fortement ébranlé, et même à la suite d'un effort musculaire, dans lequel les parois du ventre se sont violemment contractées.
L'inflammation du rein peut encore être déterminée par d'autres causes dont l'action est toute mécanique: par un calcul, par des vers, ou tout autre corps étranger dans la substance du rein, dans le bassinet ou les calices; enfin par l'urine retenue dans ses conduits excréteurs.
Cette influence de l'urine accumulée dans les bassinets, sur le développement de la néphrite simple, bien évidente, lorsqu'on étudie les rapports de cette maladie avec les maladies des uretères, de la vessie, de la prostate et de i'urèthre, ne l'est pas moins dans plusieurs affections de l'utérus, des ovaires et du
'jtc)6 KKpniuTE SIMPLE (causcs).
rectum, qui déterminent aussi la rétention de l'urine dans les uretères, la distension des bassinets et des calices , et par suite, leur inflammation et celle des substances rénales.
Les maladies de l'appareil cérébro-spinal ont une influence analogue sur le développement de la néphrite et spécialement sur celiii de la néphrite chronique; seulement cette influence n'est point dii'ecte. A la suite des paralysies ou des paraplégies, l'urine s'accumule dans la vessie, dont elle n'est expulsée qu'incomplètement ; et sa rétention dans le bassinet et dans les calices, occasionne l'inflammation de ces conduits et de la substance des reins. Les maladies cérébro-spinales agissent donc, en définitive, d'une manière mécanique.
Dans tous ces cas, la maladie se déclaie presque toujours, d'abord dans le bassinet, et les substances du rein s'enflamment consécutivement.
Les cantharides, le nitre, l'huile essentielle de térébenthine, quelques substances âcres, les diurétiques à haute dose, etc., absorbés par la peau , l'estomac ou l'intestin , et portés dans le torrent de la circulation, en passant en nature ou modifiés dans l'urine, peuvent enflammer les reins. Toutefois leur influence paraît subordonnée à certaines conditions ; ce sont des causes rares d'inflammation rénale.
L'impression du froid et de l'humidité sur le corps en sueur ou en transpiration , a été , dans plusieurs cas , la seule cause à laquelle on ait pu attribuer le développement d'une néphrite simple. C'est aussi la cause la plus ordinaire de la néphrite albumineuse.
Il est impossible de dire aujourd'hui dans quelle proportion les effets de cette influence se font sentir sur les reins comparativement avec le poumon, la plèvie et le péritoine, etc. Mais je suis convaincu, par expérience, que la proportion des inflammations rénales, de quelque nature qu'elles soient, produites par cette cause , ou même seulement celle des néphrites simples , n'est pas aussi faible qu'on le croit généralement. Celte influence du froid et de l'humidité devient plus manifeste dans quelques cas oii elle est favorisée par d'autres circonstances, et en particulier par une autre maladie des
KÉPIIRITE SIMPLE (cailSCs). 297
voies urinaires. C'est, eu effet, une observation vulgaire dè pratique, que la fréquence des douleurs des reins et même de véritables néphrites chez les individus atteints de rétrécissement du canal de l'urèlhrc, lorsqu'ils éprouvent accidentellement l'impression du froid et de l'humidité.
Les reins peuvent aussi s'enflammer par contiguïté, à la suite d'abcès lombaires ou d'une péritonite des flancs ou des hypochondres.
Enfin, on voit la néphrite simple, comme la pneumonie, l'érysipèle , etc. , survenir à la fin de plusieurs maladies aiguës et chroniques comme un phénomène ultime, précurseur de la mort.
L'hérédité de la néphrite arthritique est un fait incontestable; je ne connais pas d'observations qui prouvent l'hérédité de la néphrite simple.
§ 345. Lorsqu'on auza réuni un grand nombre de faits indi^ viduels, on pourra calculer la proportion relative, ou le degré de fréquence de la néphrite suivant les âges; aujourd'hui on ne peut l'indiquer que d'une manière approximative.
Si les néphrites simples sont plus communes à un âge avancé qu'à toute autre époque de la vie, l'explication de ce fait est donnée par une plus grande fréquence, à cet âge, des rélrécissemens de l'urèthre, de l'engorgement de la pi'ostate , des maladies de l'utérus et de ses annexes, de la cystite chronique , des maladies cérébro-spinales avec paralysie; affections qui entraînent souvent larélention de l'urine ou son excrétion incomplète.
A peine a-t-on quelques observations de néphrites recueillies chez les nouveau-nés et cliez les enfans au-dessous de sept ans. A cet âge, la cause la plus fréquente de néphrite simple est sans contredit la présence des calculs dans la vessie , le bassinet ou les uretères. L'influence du froid et de l'humidité a été peu étudiée ; celle des cantharides a été plusieurs fois constatée.
Dans l'impossibilité oii je suis d'établir des calculs sur des chiffres assez considérables, je ne puis dire si la néphrite est plus fréquente chez l'homme que chez la femme , tandis qu'il m'est bien démontré que la pyélile chronique avec distension du bassinet est bien plus fréquente chez cette dernière que chez l'homme. Si les maladies de l'urèlhre et de la prostate sont
agS NÉPHRITE SIMPLE (cuuses).
pour l'homme une cause de néphrite, les maladies de l'utérus et des ovaires, la grossesse et l'accouchement, la fréquence des tumeurs abdominales, sont pour la femme une série de causes non moins influeutcs de la même maladie. Au reste, il importe moins au praticien de connaître le norabie proportionnel des cas de néphi'ile dans les deux sexes, que la nature des causes qui produisent celte afiection et leur degré d'inQuence.
§ 346. Lorsqu'une néphrite est occasionée par une maladie de la prostate , de l'urèthre ou de la moelle épinière, et toutes ies fois que la caxise peut agir sur les deux reins, presque toujours ils sont attaqués en même temps; mais ils ne présentent pas toujours l'inflammation au même degré d'intensité , ni sous la même forme. Ainsi, d'un côté, le bassinet peut être dilaté et très enflammé, et le rein n'ofirir que quelques points purulens, tandis que le rein du côté opposé est largement et profondément imprégné depi^sj et cela, sans que cette différence puisse être expliquée.
Lorsque l'inflammation est déterminée par une contusion ou par une blessure du rein, celui du côté opposé peut rester complètement étranger à la maladie; cependant, soit eflet de la lésion du rein blessé, soit conséquence du mouvement fébrile qui se déclare, presque toujours après une blessure, la sécrétion urinaire est diminuée et quelquefois suspendue dans les deux reins. Toutefois, cette influence du rein malade sur le rein sain est, en général, passagère. De même encore, lorsque l'inflammation du bassinet, des calices et de la substance rénale, est déterminée par un calcul, il n'est pas rare de trouver, à l'ouverture du corps, l'autre l'ein parfaitement sain et augmenté de volume.
Plusieurs fois aussi on a vu l'absorption des cantharides, l'impression du froid et de l'humidité , et d'autres causes qui n'agissent pas plus spécialement sur un rein que sur l'autre , borner cependant leurs efi'ets à l'un d'eux.
C'est une opinion fort ancienne, née d'un petit nombre d'observations, que le rein gauche (i) est plus exposé à i'inflam-
(i) Coy tfsr{Exteriiarum etinternarum princ'niaUum humani corporis parliùm
NÉPHRITE SIMPLE {foriue àîguë). 299
matiou que le rein droit; les calculs sur lesquels repose cette assertion doivent être rfipctcs sur une plus grande échelle.
Quant à la fréquence de la néphrite simple dans les différens climats, il est encore plus difficile d'avoir une opinion à cet égard; car on manque de tableaux comparatifs^ dressés avec soin sur un certain nombre de points. Je n'accueillerai donc qu'avec une extrême réserve quelques observations particulières qu'on s'est hâté de généraliser. Ainsi, on a dit que la néphrite et les affections calculeuses étaient plus communes dans les pays froids et humides que dans les pays chauds ; mais , d'un autre côté, on sait que la gravelle urique, , l'hématurie et les coliques néphrétiques sont endémiques à l'Ile-de France , située sous les tropiques.
§ 347. Les lésions et les symptômes de la néphrite simple diffèrent tellement à l'état aigu et à l'état chronique , qu'il est indispensable d'exposer isolément les caractères de ces deux variétés.
Néphrile simple aiguë. Que la néphrite aiguë survienne à la suite d'une plaie, d'une contusion du rein, de l'impression du froid et de l'humidité, de l'absorption de substances acres ou vénéneuses, d'une rétention d'urine, etc., son invasion est presque toujours marquée par un frisson plus ou moins prolongé. Lorsque la maladie est légère, lorsqu'elle ne porte que sur un des reins ou sur quelques points seulement de sa surface, le frisson peut être léger et passer inaperçu. Un frisson général avec refroidissement de tout le corps, et qui se prolonge au-delà d'un quart d'heure, annonce presque toujours l'inflammation des deux reins, ou de la totalité de l'un d'eux. Ce frisson est suivi de chaleur, de soif, d'agitation, et de tous les phénomènes généraux qu'on observe dans les accès fébriles.
tabulœ, atque analomicce exercitationes, etc. Obs. xxiii, § 3. Louvain i635. jn-fol.) a avancé, au contraire, que le rein droit était plus souvent ulcéré que le rein gauclic. CeUe assertion a été combattue par Morgagni ( De sed, et caiis. morbor. epistol. analoin, XL. § ï'i). A l'appui de son opinion sur la plus grande fréquence des calculs et des suppurations du rein gauche , Morgagni cite les observations de Boorrbaavc {Prœlect. ad instit. § 352), de Frédéric Hoffmann [Mcdic. rat. t. iv. p. 2. sect. 2. c. 6. tbes. pathol. § fi); de Ch. Lcpois (Oif. tic morbis a serosâ colluvie, s, 4. c. a pbs. c).
3oo wjipHRiTE SIMPLE {forme aiguë).
Si l'inflammation se déclare à la suite d'une plaie ou d'une contusion, la douleur rénale, qui s'était calmée ou qui avait complètement cessé, un certain nombre de jours après la blessure, devient plus intense ou se déclare de nouveau.
Lorsque la néphrite aiguë survient chez des individus atteints de rétrécissement de l'urèllire, de maladies de la prostate ou de la vessie , c'est presque toujours à la suite d'une rétention prolongée de l'urine, d'un abcès urineux ou d'une exaspération des douleurs vésicales ou uréthrales , que le frisson précurseur de l'inflammation se déclare. Si l'inflammation rénale est produite par l'ingestion de substances acres et vénéneuses , le frisson, peu marqué ou tout-à-fait passager, est promptement suivi de vomissemens, et la douleur rénale ne se fait quelquefois sentir qu'au bout de plusieurs jours.
§ 348. L'époque à laquelle survient la douleur indique moins rigoiireusement que le frisson, l'invasion de la maladie. Le frisson ne manque jamais complètement.
La douleur peut exister dans les deux reins ou dans un seul; elle peut être plus prononcée dans le rein droit que dans le rein gauche, ou n'être sensible qu'à la pression.
On a dit que dans les inflammations du rein gauche la douleur s'étendait de la onzième côte jusqu'à l'os des îles, et que, pour le rein droit, elle commençait un peu plus bas vers la douzième côte , et qu'elle se prolongeait vers la crête iliaque. Cette manière de limiter la douleur est loin d'être rigoureuse.
Une douleur qui provient du rein est plus profonde qu'une douleur émanant des muscles lombaires; elle est plus sensible en arrière du flanc qu'à sa partie antérieure. Chez quelques malades, la douleur est parfaitement circonscrite dans un point moins étendu que la surface du rein; chez d'autres, la douleur est générale dans le flanc. La douleur s'étend quelquefois aux parties voisines du rein, même lorsqu'il n'existe aucun indice de phlegmon exti'a-rénal.
Quelquefois la douleur rénale est si vive et en apparence si superficielle qu'elle est aggravée par le plus léger attouchement. D'autres fois, elle est sourde, profonde et à peine augmentée par une légère pression, ou bien, elle est si obscure
NEPHRITE SIMPLE {formc aiguë). 3oi
qu'on ne peut reconnaître le rein enflammé qu'en comprimant comparativement et alternativement, avec la même force, les deux reins; l'un, par cette pression, devient douloureux, tandis que l'autre ne le devient pas.
On a di t que la douleur rénale élalt quelquefois pulsative ; mais il est bien rare qu'elle se présente avec ce caractère : ce sentiment de pulsation est, au contraire, ordinaire dans les périnéphrites. La douleur rénale est rarement continue au même degré ; elle oflre des momens de relâche dans son intensité , ou au moins de rémission.
Si on pose une main sur la partie antérieure de la région lombaire, et qu'avec l'autre main appliquée en arrière de la même région, on presse fortement, le malade, pour éviter la douleur, soulève quelquefois brusquement le bassin, en arquant la partie inférieure du tronc. La douleur rénale augmente lorsque les malades s'asseyent, se courbent en avant, etc., par la commotion de la toux, par l'éternuement, par une inspiration profonde, et généralement dans tous les mouvemens du tronc; les douleurs produites par l'inflammation dû péritoine s'aggravent aussi sous les mômes influences.
La douleur rénale peut être augmentée par le coucher sur le côté affecté ; lorsque les deux reins sont enflammés, le malade est étendu sur le dos; la chaleur du lit ou l'application de corps chauds augmentent quelquefois la douleur.
La douleur rénale, rarement circonscrite dans un point ou dans toute l'étendue de l'organe affecté, irradie quelquefois supérieurement vers le diaphragme ou le colon transverse, ou bien elle s'étend inférieurement dans la direction de l'uretère et jusqu'à la vessie , à l'aine ou aux testicules correspondans , ou aux ligamens ronds chez la femme. La vessie est quelquefois le siège d'une douleur assez vive plus sensible encore au momient de l'émission de l'urine, et qui s'étend dans l'urèthre. On a même vu des cas dans lesquels la douleur à la vessie était plus vive que la douleur rénale ; il y avait en même temps émission fréquente de très petites quantités d'une urine décolorée et ti'ansparente, sans globules muqueux; et dans des cas oixla vessie avait été le siège principal, sinon exclusif, des
3o2 NÉPHRITE SIMPLE informe aiguë).
douleurs , elle n'a présenté , après la mort , que des lésions très légères, tandis que les reins étaient profondément altérés.
Le testicule du côté affecté est quelquefois rétracté vers l'anneau inguinal d'une manière douloureuse ; mais ce phénomène est plus fréquent dans la pyélite et dans l'urétérile calculeuse.
§ 349. On a dit que la peau était plus chaude dans la région du rein, lorsqu'il existait une néphrite; mais cette augmentation de température ne m'a paru sensible que dans quelques cas de périncphrite ou d'abcès extra-rénal.
§ 35o. Quoique le volume des reins augmente sensiblement dans la première période de leur inflammation aigué, bien rarement cette augmentation va jusqu'à produire une véritable tumeur, comme dans les pyélites avec rétention d'urine ou de matière purulente. Cependant j'ai observé ime exagération extraordinaire des dimensions du rein par le fait d'une inflammation aiguë (Atlas, pl. I, fig. 2), L'extrémité inférieure du rein, très sensible au toucher et à la percussion, dépassait le bord libre des côtes.
§ 3 5 1. Lorsque la maladie est à son début ou dans son état, l'urine est modifiée dans sa quantité , dans son apparence et dans sa composition. La sécrétion de l'urine est toujours diminuée et quelquefois complètement supprimée, surtout lorsque les detix reins sont affectés. L'excrétion de l'urine est rare (deux ou trois émissions dans les vingt-quatre heures), ou bien le malade , tourmenté par des besoins continuels d'uriner , ne rend que quelques gouttes d'urine à-la-fois ; et si l'on introduit une sonde dans la vessie, on ne retire que quelques gouttes d'urine très colorée.
Dans la néphrite simple aiguë, les principaux chaugemens que peut éprouver l'virine sont les suivans : r" elle contient une certaine quantité de sang ou d'albumine; 2° ellç est peu acide, neutre ou alcaline ; 5° enfin elle peut contenir du pus dans des cas rares oii une suppuration du rein communique avec le bassinet , ou bien , ce qui est beaucoup plus ordinaire, lorsque la néphrite est compliquée de l'inflammation de la membi anc muqueuse des voies urinaires, du bassinet, de la vessie ou de l'urèthre.
NÉPHRITE SIMPLE (fomc aiguë). 3o3
§ 55a. L'urine contient toujours une certaine quantité de sang dans la néphrite aiguë trauniatique, lorsque l'inflammation se déclai e peu de temps après la blessure. On voit aussi quelquefois une certaine quantité de sang ou de sérum se mêler accideuLellement avec l'urine, la rendre sanguinolente ou albumineuse, dans d'autres néphrites simples, aiguës, produites par l'impression du froid et de l'humidité , ou par l'absorption des cantharides. Eufin , lorsque la néphrite simple est consécutive à des altérations de la vessie, au cancer par exemple , à des maladies de la prostate ou de l'urèlhre , l'urine peut être mélangée avec une certaine quantité de sang, avant ou pendant son émission.
La présence d'une certaine qviantité d'albumine dans l'urine lapproche la néphrite simple aiguë d'une autre inflammation rénale, la néphrite albumineuse, lorsque cette dernière n'est point encore accompagnée d'hydropisie ou lorsque l'hydropisie a disparu. Pour le moment, il me suffira de remarquer que la présence de Palbumine dans l'urine est un symptôme constant à toutes les périodes de la néphrite albumineuse, tandis que c'est un phénomène accidentel et passager dans la néphrite simple.
Les émissions d'une urine sanguinolente ou albumineuse par des individus atteints de néphrite simple aiguë, difièrent des émissions d'urine coagrdable par des personnes atteintes de la néphrite albumineuse aiguë, en ce que, dans celte dernière aflection, la quantité d'urine rendu© et les proportions d'albumine sont toujours plus considérables. Dans la néphrite simple , lorsque la présence du sang n'est pas due à une maladie de la vessie ou de l'urèlhre, après une ou deux saignées, l'albumine disparaît complètement de l'urine; ce qui n'a pas lieu ordinairement dans la néphrite albumineuse.
Par son caractère légèrement acide , quelquefois neutre ou alcalin , l'urine , dans la néphrite simple aiguë , se rapproche assez des conditions dans lesquelles on trouve l'urine dans la néphrite albumineuse j l'alcalinité est un phénomène plus commun et plus persistant dans la néphrite simple chronique. Dans l'urine d'individus afi"eclés de néphrite simple, aiguë, l'acide urique et les urates sont en moins grande proportion
3o4 Tv^PiiRiTE SIMPLE (j'ormc aîguè).
que dans l'urine saine; mais cette diminution de l'acide urique et des urates est encore plus marquée dans la néphrite albumineuse.
Si , dans la néphrite simple , l'urine offre souvent un dépôt muqueux et quelquefois un léger sédiment de pus , cette circonstance s'explique par la fréquence d'une inflammation concomitante du bassinet et des calices, ou bien par la coïncidence d'une inflammation de la membrane muqueuse de la vessie et de l'urèthre. Les dépôts muqueux oupurulens ne sont pas, à proprement parler, un phénomène de la néphrite simple. Ce sont réellement des efiets des maladies auxquelles elle est le plus souvent associée.
§ 353, L'apparence ou les caractères physiques de l'urine sont nécessairement variables dans la néphrite simple. Lorsque l'ux'ine contient une certaine quantité de sang, elle peut être d'un rouge plus ou moins vif ou d'un brun foncé; ce qui a fait dire à quelques pathologistes que dans la néphrite l'urine avait une teinte plus foncée .que dans aucune autre maladie inflammatoire.
Dans une autre variété de néphrite (néphrite arthritique), l'urine présente quelquefois une teinte foncée due à un excès de la matière colorante de l'urine. Dans ce cas, l'urine est très acide et offre par le refroidissement un dépôt considérable d'acide urique ou d'urates.
Lorsque la néphrite simple aiguë est dans son état, ou à son summum, et lorsqu'elle n'a pas été produite par une* plaie ou une contusion, le plus souvent l'urine ne contient pas de sang; alors elle est pâle ou peu colorée, peu chargée d'acide urique et de matière colorante; ce qui a fait ajouter que, dans la néphrite, au plus haut degré d'intensité, l'urine était tout-à-fait aqueuse.
Dans la néphrite simple aiguë, l'urine est trouble, lorsqu'elle est mélangée d'iine certaine quantité de sang ou de mucus provenant de la membrane muqueuse des voies urinaires. Elle a quelquefois une odeur ammoniacale. Elle peut être alcaline à un très haut degré, lorsque la néphrite aiguë simple est consécutive à une maladie de la prostate ou à une cystite , ou lorsqu'elle est entée sur une néphrite chronique.
NEPHRITE siHPLiî {forme algue). 3o{)
§ 354. On a dit que dans la néphrite l'urine était trouble et purulente lorsque la maladie se terminait par suppuration et que l'urine présentait alors un sédiment blanc et purulent; mais ce caractère appartient bien rarement à la néphrile. Ordinairement le pus est le produit de l'inflammation de la membrane interne du bassinet, de l'uretèie, de la vessie, et de l'urèthre qui complique souvent, il est vrai, celle des substances rénales proprement dites. Dans des cas de néphrite simple aiguë avec dépôts de pus dans la substance corticale, sans inflammation du bassinet et des autres parties des voies urinaires, j'ai constaté plusieurs fois, pendant la vie, que l'urine ne contenait pas de pus. On a regardé comme provenant de la substance rénale proprement dite, en suppuration, le pus fourni par de véritables pyéliles, aiguës ou chroniques. Je n'ai rencontré, dans l'urine, le pus provenant des substances rénales que dans des cas très rares où les mamelons étaient atteints d'une inflammation ulcéralive, ou lorsqu'un foyer de pus, formé dans le rein, s'était fait jour dans le bassinet.
En résumé, de tous les caractères que présente l'urine dans la néphrite simple aiguë, il n'en est aucun qui, considéré isolément, et en lui-même , puisse faire reconnaître cette maladie. On observe la diminution ou la suspension de la sécrétion urinaire dans d'autres maladies des voies urinaires (voyez Ischurie), et même dans plusieurs affections fébriles. La présence de l'albumine dans l'urine est un phénomène commun à plusieurs maladies des voies urinaires , à des maladies des autres appareils, et même à des affections générales. Une quantité anomale de mucus ou la présence du pus n'indique ordinairement que l'existence d'une inflammation primitive ou consécutive de la membrane muqueuse des voies urinaires, inflammation qui peut être indépendante d'une lésion des reins. La diminution d'acidité, l'état neutre ou alcalin de l'urine, se rencontrent aussi dans d'autres affections ; mais lorsque deux ou trois de ces circonstances se trouvent réunies, la rareté de l'urine et son alcalinité, par exemple, avec une douleur dans la région lombaire, ces symptômes acquièrent alors une grande valeur, surtout s'ils se présentent avec d'autres phénomènes de la néphi'ite simple aiguë.
3o6 NÉPHRITE SIMPLE {forme aîguè ).
Après le frisson et la douleur rénale qui ont annoncé le début de la maladie , il survient ordinairement une réaction fébrile pendant laquelle la peau est chaude et sèche , le pouls fréquent et développé; mais il n'y a pas un rapport constant entre l'intensité de la fièvre et de la douleui- rénale , entre le mouvement fébrile et la diminution de la sécrétion urinaire.
Souvent on remarque un dérangement notable dans les fonctions de l'appareil digestif : la bouche est enduite d'une matière muqueuse , épaisse et blanchâtre; le malade se plaint d'un très mauvais goût, d'envies de vomir, de voraissemens^ et plus rarement de douleurs intestinales ; le ventre est quelquefois ballonné; souvent ily a constipation j le pouls, dur et développé au début , devient plus petit et concentré, surtout pendant les efforts de vomissement. Les matières vomies sont muqueuses ou bilieuses, et ont quelquefois une odeur urineuse.
§ 355. L'exposé général de tous les symptômes que l'on rencontre dans la néphrite simple aiguë, forme un tableau confus dans lequel on chercherait vainement l'image des faits individuels.
Si après avoir rassemblé un grand nombre d'histoires particulières de néphrite simple, on rapproche les unes des autres, celles qui ont le plus d'analogie entre elles, soit par leur bénignité, soit au contraire, par leur gravité, soit par le nombre des accidensysoit par la prédominance de tel ou tel symptôme, on peut créer artificiellement des groupes de symptômes plus voisins de la nature et des principales formes de la néphrite simple aiguë.
1° Certaines néphrites qui siu'viennent, soit à la suite d'une contusion , d'une plaie , d'un rétrécissement de l'urèthre, etc., et qui sont principalement caractérisées par une légèz'e douleur rénale, une diminution peu marquée de la sécrétion urinaire, un léger mouvement fébrile , et dont la résolution s'opère facilement en quelques jours par un traitement auliphlogislique modéré, forment un premier groupe auquel ou peut donner le nom de : Néphrite si7nj)le aiguë, hénùjnc,
2° Plusieurs autres faits particuliers , quoique beaucoup plus graves ne diffèrent réellement de ceux qui sont compris dans la
NÉPHRITE siMPLK (fonue aiguë). So-j
première série que par une plrisgrancld intensité de la douleur et du mouvement fébrile, et par une plus grande prédominance des symptômes inflaramatoirns , qui nécessite plus impérieusement un traitement anliphlogislique très actif {Néphrite simple inflammatoire).
3° D'autres faits, parleur expression symptoraa tique, s'éloignent davantage des précédens. La diminution ou la suppression de l'urine, en forme un des principaux caractères. Quelquefois la douleur rénale est obscure; les symptômes cérébraux, accompagnés de voraissemens, sont prononcés dès le début {Néphrite avec ischurie et symptômes céréhfiiux).
4o Enfin, ce qu'il y a de plus frappant dans les observations d'un quatrième groupe , ce sont les phénomènes de malignité ou deputridité. Les malades éprouvent peu ou point de douletJf dans la région rénale , à moins qu'on ne la comprime fortement. Ils sont couchés sur le dos , immobiles, dans un état de stupeur, répondant difficilement et incomplètement aux questions qu'on leur adresse; l'excrétion de l'urine est rare, quelquefois involontaire ; des accès de frisson se déclarent plusieurs fois le jour; les dents èont noires ou fuligineuses ; la langue est noire et sècbe; le pouls est fréquent, il y à peu de soif. Parfois, indépendamment de ces phénomènes putrides, on voit survenir chaque jour, à- peu-près aux mêmes heures, de véfi-* tables accès qu'on a pu prendre pour des accès de fièvre ititét*^ tnitlente pernicieuse; mais les accès dè fièvi-é dë la néphrité aiguë diffèrent des accès de fièvre interinittente légitiftiè dtl cé que, dans les premiers, la rémission des accidens n'est jamais complète , et en ce qu'ilâ sont accompagnés d'une altération de la sécrétion urinaire qtt'on n'obséfve pas dans la vraie fièvre intermittente pernicieuse.
C'est surtout dans la néphrite dotible que surviennent lëé suppressions d'urihe avec ces redoublemelis oU ces accès dé fièvre pernicieux. Quant à des néphrites réelleWent intermittentes, je ne crois pas qU'On doive én admettre l'exiStenCe, d'après le petit nonibrë de faits qu'on a aiilâl désignes, et qUl ne me semblent pas concluans.
S 356. La néphrite simple aigtiëpeut offrjr toutes lesterminai-
3o8 NiîpiiRiTE SIMPLE {forme aiguë).
sons de l'inflaramation. On regarde généralement une prompte cessation des accldens comme l'indice de la résolution. Elle est annoncée par la diminution de la douleur, la rémission de la fièvre et de la chaleur^ par la souplesse du pouls, l'humidité de la langue et quelquefois par une sueur abondante. Je n'oserais pas affirmer cependant qu'une prompte disparition des symptômes de la néphrite aiguë indique nécessairement que le rein est revenu entièrement à l'état sain, et que du sang ou de la lymphe coagulable ne se sont pas déposés dans son tissu. En examinant avec soin, après la mort, les reins de quelques vieillards qui avaient éprouvé des attaques de néphrite , et qui étaient morts accidentellement d'autres maladies, j'ai remarqué souvent que ces organes^ en plusieurs points, étaient indurés, rugueux ou déprimés, et que leur surface ou leurs membranes offraient des colorations morbides, grises ou noirâtres. Il est donc probable que, dans un certain nombre de cas, la résolution n'est point complète, bien que tous les phénomènes de la résolution aient élé observés.
§ 357. On a dit que la présence du pus annonçait la terminaison de la néphrite par suppuration. J'ai déjà fait remarque cette assertion était inexacte pour le plus grand nombre de casj l'urine ne se charge pas de pus, par cela seul que la substance rénale en est infiltrée. On a pris pour des suppurations des substances rénales , des sécrétions de pus par la membrane muqueuse du bassinet et des calices enflammée; état qui le plus souvent est accompagné d'une atrophie de la substance rénale.
Ce sont d'autres phénomènes qui peuvent faire présumer cette fâcheuse terminaison de la néphrite aiguë par suppuration : la pei'sistance de la douleur et du mouvement fébrile , l'apparition à différentes heures du jour de frissons irréguliers, le développement de symptômes cérébraux et typhoïdes j la fréquence et la petitesse du pouls.
§ 558. Quant à la terminaison par gangrène , je ne crois pas qu'on l'ait observée dans la néphrite simple, sans qu'il existât en même temps du pus déposé ou infiltré dans un grand nombre de points des swJjslances rénales. On comprend dès-lors
NÉPHRITE SIMPLE {foime aiguë). 3o9
qu'il est à-peu-prcs impossible de distinguer, parmi les symptômes cérébraux ou typhoïdes qui surviennent par le fait seul de la suppuration des deux reins, ceux qui peuvent être propres à la gangrène. D'ailleurs, la terminaison de la néphrite simple parla gangrène est extrêmement rare; et c'est d'après les phénomènes observés dans un petit nombre de cas qu'on en a indiqué les symptômes : diminution suliite de la douleur, tandis que les extrémités deviennent froides, le pouls petit, intermittent; vomissemens continuels, hoquet, sentiment inexprimable d'angoisse, rêvasseries promptement suivies de délire; urines d'un brun noir, comme de l'eau de fumier, fétides , ou suppression complète d'urine ; parfois pétéchies à la surface du corps.
Toutes les fois que j'ai observé la gangrène dans la néphrite simple, le rein était en même temps infiltré de pus, et le malade avait présenté , pendant la vie, les symptômes typhoïdes ou putrides des néphrites terminées par suppuration et ramollissement gangréneux. Quant à l'urine noire , fétide , comme l'eau de fumier, je ne l'ai point observée avec la gangrène de la substance corticale du rein ; mais j'ai vu l'urine acquérir cette apparence dans deux cas oîa la gangrène avait frappé plusieurs mamelons et le bassinet dont le détritus se mélangeait avec l'urine (voyez : Néphrite par poisons morbides).
§ 559. D'après le grand nombre de cas dans lesquels j'ai rencontré, après la mort, chez des individus qui avaient succombé à des maladies étrangères aux voies urinaires, des parties plus ou moins considérables des substances rénales, indurées, je suis très disposé à penser que l'induration est une terminaison fréquente de l'inflammation simple des reins.
Il est très probable que des indurations légères et partielles peuvent exister dans les deux reins sans déranger sensiblement la sécrétion urinaire. Dans des cas d'induration totale d'un des deux feins , la sécrétion urinaire peut même continuer d'une manière assez régulière. En effet, j'ai plusieurs fois trouvé, chez des individus morts accidentellement, avec toutes les apparences de la santé, un des reins complètement induré; mais l'autre était hypertrophié. J'ajouterai même que plusieurs fois j'ai trouvé les deux reins durs et rugueux à leur surface , chez
3io NÉPHRITE SIMPLE {^forme chronique).
des vieillards bien constitués, morts de pneumonie. Et il me paraît impossible de dire aujourd'hui jusqu'à quel point l'induration rénale doit èti'e portée poiu* être incompatible avec l'exercice à-peu-près régulier de la sécrétion urinaire.
§ 36o. L'expression symptomatique de la néphrite simple aiguë peut être modifiée par la pjéexistence ou la coïncidence d'autres maladies des voies urinaires ou d'autres appareils. Je m'abstiens ici de détails à ce sujet; ils seront plus naturellement exposés un peu plus loin, à l'occasion de quelques exemples de ces complications. Je renvoie également à cet appendice quelques remarques sur la néphrite aiguë , chez les nouveau-nés, chez les femmes grosses et chez les nouvelles accour; chées ; et quelques observations sur les particularités que la néphrite peut olFrir dans des cas d'anomalie de situation des reins.
§ 36i. Néphrite simple chronique. Les véritables caractères de la néphrite chronique , et les symptômes qui révèlent son existence n'ont pas encore été exposés clairement par les pathologistes. En efFet, les symptômes qu'ils lui avaient assignés, et en particulier l'excrétion ha])ituelle d'une urine purulente, et le développement d'une tumeur dans la région lombaire , appartiennent en réalité , non à une inflammation chronique des reins , mais à une inflammation chronique du bassinet et des calices (voyez Py élite). En outre , il m'est démontré qu'un grand nombre de néphrites chroniques, surtout lorsque la maladie n'attaque qu'un des reins , ne peuvent être soupçonnées pendant la vie, sans un examen très minutieux de la sécrétion urinaire , lorsqu'il n'existe point de douleurs dans la région des reins ou lorsqu'une pression exercée comparativement sur les deux régions lombaires n'indique pas que l'une d'elles est plus sensible que l'autre {Néphrite chronique latente).
Des douleurs habituelles dans une des régions rénales ou dans toutes les deux , coïncidant avec une diminution de l'acidité, avec l'état neutre et surtout avec l'alcalinité de l'urine (qu'il existe ou non une rétention de ce liquide), et un sentiment de faiblesse daijs les membres inférieurs, senties principaux ca-rractères de la néphrite chrpnique.
NÉPHRITE smvLTi (forme chronique). 3ii
Dans la néphrite chronique, lorsque l'urine est alcaline, presque toujours elle est trouble, à moins que la proportion des phosphates ne soit très peu considérable. J'ai vu de ces urines alcalines donner un sédiment amorphe , presque entièrement composé de phosphate de chaux, dans lequel on ne distinguait pas de cristaux de phosphate ammoniaco - magnésien , de globules muqueux, etc. ; plus rarement, ce sédiment était presque entièrement composé de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. Enfin, dans la plupart des cas, l'urine contenait ces deux sels et des globules muqueux en suspension, et une petite quantité d'urates. En somme, la néphrite chronique est une des conditions les plus favorables à la production des calculs phosphatiques.
Il est bien rare que la douleur rénale, qui est très obscure dans la plupart de ces cas , et ne devient sensible qu'à la pression, se propage suivant la direction de l'uretère. Elle n'est presque jamais accompagnée de douleurs dans les testicules. En général, l'urine estrendue fréquemment, mais en petite quantité.
Lorsqu'il n'y a ni engorgement de la prostate , ni paralysie , ni inflammation de la vessie , les malades n'ont point de fièvre ; mais ils maigrissent et dépérissent insensiblement. Ils se plaignent, en outre, d'une grande faiblesse ou d'un engourdissement dans les membres inférieurs.
§ 36a, Lesmoyèns théi'apeutiques confirment quelquefois, par leur efficacité , le diagnostic des inflammations chroniques des reins. Ainsi, dans des cas douteux où l'une des régions rénales était à peine plus sensible que celle du côté opposé à la pression, et lorsqu'il n'existait d'autre symptôme de lésion des voies urinaires qu'une urine alcaline et trouble, j'ai vu l'urine devenir acide et parfaitement transparente, pendant plusieurs jours, et le rein cesser d'être sensible à la pression , après l'application de ventouses scarifiées. La douleur rénale était facilement reproduite par le plus petit écart de régime , par la fatigue, par l'impression du froid , etc. , et l'urine redevenait trouble et alcaline.
Ces alternatives dans la douleur rénale et dans les qualités de ;l'urine s'observent fréquemment chez les individus atteints
3ia NÉPHRITE smj>L^ {forme chronique).
d'inflammallon chronique des reins , quelquefois même dans un même jour. Plus souvent on voit des intermissions de plusieurs semaines, pendant lesquelles l'urine est à-peuprès naturelle, et la douleur dans les lombes tout - à - fait nulle.
La douleur dans la région des reins est, en général, si obscure, que le plus souvent les malades n'en feraient pas mention, si on ne les questionnait à cet égard , et si on ne la rendait sensible, en pressant plus ou moins fortement, avec la main, les régions lombaires. Le plus souvent, ce n'est que lorsque la maladie existe depuis plusieurs années, lorsque les émissions de l'urine sont devenues très fréquentes et incommodes , ou lorsque l'urine est habituellement trouble, que les malades déjà affaiblis viennent réclamer des conseils. Parfois même, les malades n'appelleraient point l'attenlion du médecin sur l'état des reins et de leur sécrétion, sans la coexistence d'une autre alFection des voies urinaires, telle qu'un rétrécissement de l'urèlhre ou une maladie de la vessie.
Les individus atteints de rétrécissement de l'urèthre éprouvent quelquefois de légères douleurs aux reins sans y apporter de remèdes ; et ces douleurs, préludes de néphrites chroniques, se reproduisent à des époques plus ou moins éloignées. Alors l'urine est peu acide, neutre ou alcaline, et elle contient toujours du mucus. La douleur n'exisle quelquefois que pendant un petit nombre d'heures , et l'altération de l'urine, pendant quelques semaines. Plus lard, les attaques se rapprochent, la douleur rénale devient habituelle , mais sourde, et la sécrétion urinaire est dérangée pour long-temps. En outi'e, cet état persiste tant qu'on n'a pas guéri le rétrécissement.
Lorsque la néphrite chronique a attaqué les deux reins, son principal symptôme est la détérioration lente et graduelle de la constitution. Cette cachexie favorise le développement de plusieurs autres affections, et en particulier celui des catarrhes et des tubercules pulmonaires.
La néphrite simple chronique n'est quelquefois qu'une succession d'inflammations aiguës, très légères, qui attaquent successivement plusieurs points des substances rénales. L'in-
NÉPiiniTE SIMPLE {forme chronique). 3i3
duralion du tissu du rein est sa forme anatomique la plus ordinaire.
Lorsqu'une inflammation aiguë vient s'enter sur un rein déjà induré, cet état est ordinairement annoncé par une aggravation de la douleur et un mouvement fébrile très prononcé. Le retour de l'urine de l'état alcalin à l'état acide s'obtient difficilement lorsque la maladie est ancienne.
Dans la néphrite simple chronique, lorsqu'il n'existe point de maladie de la vessie, de la prostate ou de l'urètlire, l'urine contient rarement du sang ou de l'albumine; mais on y rencontre très fréquemment du mucus en excès. Il peut s'y trouver du pus, lorsque la néphrite est compliquée d'une inflammation chronique du bassinet ou d'autres points de la membrane muqueuse des voies urinaires.
§ 363. Si l'alcalinilé de l'urine au moment de l'émission, si son aspect trouble dû à la précipitation des phosphates, si uu affaiblissement des membres inférieurs et un état cachectique de la constitution, sont des circonstances qu'on observe dans les néphrites chroniques graves, je dois ajouter qu'on voit quelquefois la réunion des mêmes circonstances chez des malades auxquels une forte pression ne provoque point de douleurs rénales, qui n'ont point de maladie de l'urèlhre ou de la prostate, ni de maladies de la vessie, et qui assurent n'avoir point éprouvé antérieurement de douleurs dans les lombes. Ont-ils un simple dérangement de la sécrétion urinaire sans lésion des reins , ou bien sont-ils atteints d'une néphrite chronique analogue aux inflammations non douloureuses de quelques autres organes? je l'ignore; je n'ai pas encore eu l'occasion d'examiner, après la mort, les reins d'individus dont l'urine était ainsi altérée , sans qu'ils eussent éprouvé de douleurs rénales.
L'alcalinité de l'urine a été observée dans quelques cas d'affaiblissement de la constitution, dans des maladies de la moelle épinière, parfois dans les dernières périodes des fièvres typhoïdes graves, et dans quelques diathèses; mais, d'un autre côté , on voit les cachexies les plus profondes , chez des phthisiques, chez des individus atteints de cancer de l'estomac et
3i4 NÉPHRITE SIMPLE {cumct, anatomiques).
de l'intestin, accompagnées de l'excrétion d'une urine acide. Si donc il est démontré qu'on ne doit pas constamment attribuer à une néphrite chronique l'alcalinité morbide de l'urine et son émission fréquente; d'une autre part, ce dérangement de la sécrétion urinaire n'est pas toujours expliqué par l'existence d'un état cachectique.
Des grossesses répétées, des rétrécissemens de l'urèthre, des maladies de la prostate, de la vessie et des uretères, certaines plaies des reins compliquées de corps étrangers, l'existence de calcids dans la vessie, sont les causes les plus ordinaires de la néphrite chronique.
§ 364. Caractères anatomiques. Les élémens et les apparences des lésions anatomiques produites par l'inflammation simple des reins , varient suivant Je degré et l'ancienneté de la maladie.
1° Au début de l'inflammation, dans la forme aiguë, le volume de la totalité ou d'une partie des reins est augmenté, suivant que l'afTection est générale et partielle. Toutefois ce n'est que dan squelques cas rares que le rein acquiert des dimensions triples ou quadruples de son volume ordinaire ( Atlas, pl. I, fig. 2).
2° Au début de la néphrite, lorsque les points affectés ne sont point encore infiltrés de pus , ils offrent une teinte rouge morbide, plus ou moins foncée ou quelquefois d'un brun d'ecchymose ; les vaisseaux corticaux sont plus apparens et les petits polygones veineux de la surface extérieure du rein sont ordinairement bien dessinés (Atlas, pl.V, fig.3). En outre, on distingue , même à l'œil nu, à la surface extérieure du rein, une foule de petits points d'un rouge vif, qui ne font aucune saillie. Ces petits points rouges, également très apparens dans le premier degré de la néphrite albumineuse (Atlas, pl. VI, fig. i, et pl. X, fig. 3) sont quelquefois entremêlés de points noirs et de petites vésicules ,• ces points sont souvent entourés d'un réseau vasculaire extrêmement délié, visible à la loupe.
A la coupe, la substance corticale de ces reins enflammés offre également un grand nombre de ces petits points rouges, distincts des orifices des vaisseaux divisés; points disposés
ITBPHRITE SIMPLE (caract. anaiomiques). 3i5
en lignes, plus rarement en groupes, et qui ne sont autre chose que les glandules de Maipighi très injectées. Quelquefois aussi ces glandules apparaissent à la coupe, et souvent à l'extérieur du rein , sous la forme de petits points noirs isolés , ou rapprochés, soit en groupe ou en stries.
Quelquefois aussi la surface des reins présente une teinte rouge inégale, parsemée de petites plaques d'un rouge plus vif que les parties voisines; ces plaques sont formées par les plexus veineux qui entourent les aires de petits polygones, et qui, fortement injectés, ofl'rent une véritable imbibilion de sang. Enfin certaines rougeurs morbides des reins, dans leur inflammation aiguë, sont le résultat de véritables ecchymoses disposées en taches, en lignes ou en bandes, surtout à la base des infiltrations purulentes.
3° Par suite d'une inflammation aiguës les reins, augmentés de poids et de volume, peuvent présenter un endurcissement rouge des deux substances. Cette espèce d'endurcissement rouge est presqtie toujours général; la substance tubuleuse participe même toujours plus ou moins, à la rougeur et à l'endurcissement. Toutes les fois aussi que je l'ai observé, les petits points rouges, produits par l'injection sanguine des glandules de Malpighi, étaient très apparens.
Si, après les avoir divisés, on comprime ces reins durs et d'un rouge brun entre les doigts , la quantité de sang qui s'en écoule est toujours plus abondante que dans l'état sain ; cepen-^ dant j'ai vu plusieurs de ces reins très rouges, très durs et cassans qui laissaient suinter peu de sang à la coupe et même à la pression. Dans aucun cas, on ne pouvait exprimer le sang facilement, comme cela a lieu dans les hypérémies passives des reins qu'on remarque dans les maladies du cœur, par exemple.
J'ai observé, mais rarement, un aspect morbide des reins , produit par un mélange de cet endurcissement rouge et de parties anémiques, également fermes et dures.
Dans d'autres états de la néphrite simple aiguë, on voit quelquefois de petites portions ou de larges surfaces anémiques, en même temps qu'on remarque, sur d'autres parties, des rougeurs morbides avec des ecchymoses ou un grand nombre de points
3i6 NÉPHRITE siiMPLE {cavact. anaLomiques).
purulens (Atlas, pl. II, fig. r, 2). Les plaques rouges et plus rarement les plaques blanches se dessinent presque toujours en relief à la surface du rein, sur lequel elles forment de légères érainences aplaties et plus rarement des bosselures. Enfin dans les néphrites chroniques qui, quelque temps avant la mort, ont présenté un paroxysme d'acuité, les reins offrent quelquefois un mélange d'anémie et d'hypérémie (A-TLASj pl. II, fig. 4 et 6), ou une décoloration complète delà substance corticale, dont la surface extérieure est inégalement mamelonnée (Atlas, pl. II, fig. 3).
Dans la néphrite albumineuse, on observe aussi quelquefois sur des reins augmentés de poids et de volume, cet aspect marbré produit d'un mélange irrégulier d'anémie et d'hypérémie (Atlas, pl. VI, fig. 2).
4° Le dépôt de pus dans les substances rénales a lieu sous diverses formes, qu'on rencontre surtout dans la substance corticale, plus fréquemment enflammée que la substance tubuleuse. Pour être reconnus, plusieurs de ces dépôts exigent une assez g^rande attention. Ainsi, de petits dépôts de pu^, du volume de la tête d'une grosse épingle, situés au centre des polygones du réseau vasculaire du rein apparaissent à l'œil nu comme un grain de sable blanchâtre , entouré d'un liseret d'un rouge brunâtre j presque toujours aussi, ils sont entremêlés de petits points rouges dans lesquels le pus n'est point encore déposé. Dans les reins de nouveau-nés (Atlas, pl. I, fig. 7), le pus produit par l'inflammation est quelquefois aussi déposé en grains d'une très petite dimension.
Chez l'adulte, à la suite de l'inflammation simple des reins, surtout lorsqu'elle est intense, les dépôts purulens sont généralement plus apparens que dans les cas précédens : leur volume égale à-peu-près celui d'une grosse pustule d'impétigo. Tantôt ils sont disséminés (Atlas , pl. II, fig. i); tantôt rassemblés en groupes (Atlas, pl. II, fig. 2), ou bien ils semblent former, à la surface de la substance corticale, des nappes confluenles d'une étendue plus ou moins considérable (Atlas, pl. I, fig. 3, 5). Enfin, le pus est quelquefois rassemblé dans cette même substance en petits foyers du volume d'une noi-
NÉPHRITE SIMPLE {cai'act. anatomîques). Siy
selte ou d'une plus grande dimension (Atlas, pl. I, fig. 5). Mais ces foyers sont une terminaison rare de l'inllammation. La plupart des cas qu'on a décrits comme des abcès des reins n'étaient réellement, comme je l'ai démontré depuis long temps, que des collections purulentes du bassinet ou des calices
(Voyez : Pyèlite).
Les points purulens, solitaires, sont le plus souvent entourés d'une petite auréole d'un rouge plus ou moins vif; la base des groupes des pustules est aussi presque toujours cernée par un cercle ou une bande rougeâtre qui les détache des parties environnantes, alors même que l'inOammalion est le plus générale. A la coupe, on reconnaît que les dépôts purulens, observés à l'extérieur des reins enflammés, pénètrent à des profondeurs inégales dans leur épaisseur. Lorsque l'inflammation est intérieure et profonde, des portions plus ou moins considérables de la substance corticale sont infiltrées de pus (Atlas, pl. I, fig. 4) j ces parties sont plus molles et se déchirent plus facilement que les parties saines qui les circonscrivent, et on peut en extraire des gouttelettes de pus très épais, avec la pointe du scalpel.
J'ai plusieurs fois trouvé, sur quelques points seulement, la substance corticale d'un blanc jaune, ramollie et comme imprégnée d'un pus plus liquide, dont quelques gouttelettes pouvaient être exprimées à la pression. Les ramoUissemens par infiltration purulente sont distincts de quelques autres et en particulier de certains ramoUissemens jaunâtres qu'on observe également dans la néphrite simple, et dans lesquels, à l'œil nu, je n'ai pu distinguer de pus. Il est bien rare que la substance tubuleuse soit plus infiltrée de pus que la substance corticale. J'ai fait figurer un cas dans lequel les mamelons en étaient véritablement gorgés, tandis qu'il n'existait que peu de pus dans la substance corticale (Atlas, pl. III, fig. 6). Enfin, j'ai TU les mamelons ulcérés lorsqu'il n'existait que peu de pus dans la substance corticale (Atlas, pl. III, fig. 2).
5° Quant au ramollissement gangréneux des fibres de la substance corticale ou tubuleuse , terminaison extrêmement rare de la néphrite, on le reconnaît à la tei,Qtç d'un brun noirâtre
3i8 wiiPHRTTE smvhF. '(caract. analomîques).
des fibres, à leur disposition en filamens, à leur aspect lomenteux lorsqu'on les plonge dans l'eau et quelquefois à l'odeur spécifique de la gangrène qui s'en exhale (Atlas ^ pl. III, fig. i).
6° Dans la néphrite traumalique , et particulièrement à la suite d'une déchirure des reins, il se dépose le plus ordinairement, non du pus , mais de la lymphe plastique , principalement constituée par de la fibrine décolorée (Atlas, pl. I, fig. 6), Ces dépôts fibrineux analogues à ceux que l'on trouve fréquemment dans la rate, à la suite de la splénite aiguë , sont le résultat à-peu-près constant du travail inflammatoire dans une autre espèce de néphrite , dans la néphrite rbumatismale.
§365. D'autres altérations caractérisent la néphrite simple chronique :
1° Lorsque l'aflFeclion est générale, le plus ordinairement lé volume des reins est moindre que dans l'élat sain. Celte règle souffre cependant des exceptions ; ainsi les reins présentent quelquefois une véritable hypertrophie de leur substance corticale sur laquelle sont disséminées des taches blanches proéminentes , qui semblent constituées par une matière fibro-cellulcuae, située entre la surface extérieure du rein et ses enveloppes (Atlas, pl. IV, fig. i). J'ai vu des cas dans lesquels les reins d'un volume ordinaire offraient extérieurement des taches beaucoup plus larges, d'un blanc jaunâtre , formées par une matière qui avait l'apparence d'anciens dépôts de lymphe coagulable. En général, le tissu des reins ëst plus dur, et, sous ufl même volume, ils sont plus pesans que dans l'état sain.
a° La surface extérieure des reins, naturellement lisse et polie, est tantôt légèrement grenue (Atlas, pl. IV, fig. i), plus ou moins rugueuse, ou bien elle présente des marbrures variables pour la couleur, la forme et la dimension (Atlas, pl. IV, fig. i2, 6;pï. V,fig.4).
3» Dans plusieurs cas de néplirite chronique simple, le tissu des reins m'a présenté une coloration rouge, remarquable, qui était peut-être le résultat d'un travail aigu survenu peu de temps avant la mort et enté sur de plus anciennes lésions, telles que de petites bandes blanches ou des indurations mamelonnées (Atlas, pl. IV, fig. i, a).
NÉPHRITE SIMPLE {camct. matomiques). 819
4° Une décoloration anémique des reins, partielle ou générale, le plus souvent avec augmentation de densité de leur tissu est aussi une des apparences de la m; phri te chronique; lorsque cette décoloration est générale, elle peut être facilement distinguée des anémies produites par des hémorrhagies ou par des maladies de consomption : les reins devenus anémiques par suite de ces dernières allections, n'offrent point à leur surface les érainences et les mamelons des reins enflammés (Atlas, pl, II, lîg. 5). Quant aux reins dont l'aspect marbré est le résultat d'un mélange d'anémie et d'hypérémie, et qui offrent des dépressions, des points indurés et quelquefois des taches mélaniques (Atlas, Pl. II, fig. 6), l'analogie de cet aspect marbré avec celui qu'on voit dans quelques néphrites aiguës (Atlas , pl. IIj fig. i), et surtout la nature des symptômes observés pendant là vie, ne peuvent laisser aucun doute sur l'origine inflammatoire de ces lésions.
Dans ces anémies rénales chroniques, partielles, la décoloration delà substance corticale ne s'étend pas ordinairement à la substance lubuleuse (Atlas, pl. II, fig. 7). Toutefois, j'ai Vu les deux substances rénales généralement décoloices, dans un cas où le rein était induré et atrophié, par suite d'une désorga-" nisation considérable de toute l'épaisseur de la couche corticale (Atlas, pl. III, fig. 4). Dans un autre cas plus remarquable et vraiment extraordinaire , oLi la smface externe du rein avait une teinte rougeâtre , les deux substances corticale et tubuleuse semblaient ne former qu'une seule masse dure, anémique, d'un blanc mat légèrement bleuâtre, sans traces de stries ou de points vasculaires (Atlas, pl. IV, fig. 4)-
5° Parmi les lésions consécutives à la néphrite simple, une des plus fréquentes est une espèce particulière d'atrophie pai'tielle ou générale du rein affecté. Plusieurs caractères distinguent celte atrophie de celle qui résulte d'un arrêt de développement et de celle qui survient progressivement après une compression accidentelle ou de longue durée. La surface dû rein est chagrinée ou rugueuse dans quelques points ; les Vaisseaux qui se rendent aux parties atrophiées , dans une sorte d'isolement, paraissent volumineux, eu égard aux parties aux-*
Sao NJÎpnniTE simple {caracl. anatomiques).
quelles ils se distribuent. Ils peuvent être facilement suivis dans leurs principales divisions. Us entourent la substance tubuleuse comme les branches d'un vieil arbre ; et de leur convexité partent des ramifications tortueuses qui s'anastomosent avec des branches semblables, fournies par les arcades voisines. Coupés en travers, ces vaisseaux font une saillie analogue à celle des vaisseaux divisés d'une matrice de vieille femme.
Sur les points où la substance corticale.est atrophiée, on remarque quelquefois de véritables cicatrices, reconnaissables à «ne ou plusieurs dépressions grises , brunâtres ou ardoisées , auxquelles la membrane fibreuse est très adhérente, quoiqu'elle en soit séparée par la membrane cellulaire qui, en ce point, est beaucoup plus dense et plus épaisse. Les dépressions sont quelquefois si profondes que la base des pyramides est contiguë aux membranes rénales.
A la suite de la néphrite rhumatismale , on voit des dépressions analogues (Atlas, pl. V, fig. 5, 6, 7),
Quelquefois le fend de ces dépressions offre seul une teinte grisâtre ardoisée, ou d'un gris noirâtre ou mélauique, ou d'un rouge plus foncé que la substance saine qui les entoure , ou bien il paraît surmonté d'un grand nombre de vésicules. J'ai vu souvent les diverses teintes morbides de ces dépressions se prolonger dans l'épaisseur du rein et se présenter, à la coupe, sous la forme d'un petit cône dont la base correspondait à la dépression. Les vaisseaux situés au-dessous d'elles sont souvent aussi plus développés que dans l'état sain.
Par suite de leur induration , les mamelons de la substance tubuleuse éprouvent diverses déformations , et se présentent quelquefois comme des cônes très aigus d'un blanc jaune. Les mamelons peuvent être infiltrés de pus ou érodés (Atlas, pl. m, fig. 6, 2). Je les ai vus ulcérés et présenter une dépression remplie d'un liquide purulent; le bassinet contenait une urine purulente,
% 366. Les membranes extérieures des reins participent souvent aux inflammations de ces organes, et offrent par suite plusieurs altérations qu'il me suffira d'indiquer. Dans la né-
NÉpnRiTi; SIMPLE {diagnoslic). 3cit
pluito aiguë , les vaisseaux de ces membranes sont très apparens et très injectés (Atlas, pl. I, fig. a); plus tard et surtout clans la néphrite chronique, ces membranes deviennent très adhérentes sur les points affectés. Dans l'atrophie par inflammation, elles s'épaississent, elles éprouvent quelquefois des transformations fibreuse, cartilagineuse et osseuse, ou présentent des colorations morbides, noirâtres ou ardoisées, etc.
Quant aux vaisseaixx des reins, leur inflammation est presque toujours indépendante de celle de ces organes (Voyez Phléhite réîiale)] j'ai cependant plusieurs fois observé la phlébite dans la néphrite albumineuse. Les vaisseaux de la surface extérieure de ces organes acquièrent quelquefois un développement morbide très remarquable (Atlas, pl. IV, fig. 3, 5),
Enfin, l'inflammation des i-eins est la cause la plus fréquente et la plus évidente de plusieurs altérations, corps cartilagineux, vésicules et kystes de la substance corticale , qui seront ultérieurement décrites. Souvent aussi la néphrite est accompagnée de lésions inflammatoires des bassinets et des calices (Yoyez Pyèlite).
§ 567. Diagnostic. Lorsque je décrirai la néphrite par poisons morbides, la néphrite arthritique et la néphrite albumineuse, je montrerai en quoi elles diffèrent de la néphrite simple. Je me bbrnerai ici à une seule remarque : dans la néphrite goutteiise , l'urine offre ordinairement des dépôts d'acide urique cristallisé qu'on n'observe pas dans la néphrite simple; la néphrite par poisons morbides survient dans le cours des fièvres typhoïdes, de la fièvre jaune, de la variole, des affections charbonneuses, etc.; enfin , la néphrite albumineuse est accompagnée ou suivie d'hydropisie ; dans cette dernière espèce de néphrite, la présence de l'albumine dans l'urine est constante et sa quantité, considérable, tandis que, dans la néphrite simple, la présence de l'albumine dans l'urine est accidentelle et passagère, et qu'on ne l'y trouve qu'en faible proportion.
Il est impossible de distinguer la néphrite aiguë de la pyé~ lo-7ièj)hrile ou de la pèrinèphrite peu intense. Toutefois, si , lorsque du mucus est en proportion morbide dans l'urine, on parvenait à constater que le canal de l'urèthre et lai
32 2 NÉPHRITE SIMPLE (cliagnOStic) .
vessie sont sains, comme le mucus ne pourrait èlre fourni que par le bassinet, les calices et les urpières enflammés , le diagnostic n'offrirait aucune difficulté; mais il est très difficile pour ne pas dire impossible, dans la plupart des cas, de s'assurer que la vessie est entièrement saine. D'un autre côté, lorsqu'il existe une inflammation assez aiguë du bassinet pour produire une sécrétion abondante de mucus, il est bien rare que le rein ne participe pas lui-même à l'inflammation. Seulement on peut affirmer que les substances rénales sont enflammées , lorsqu'à une douleur aiguë dans un des reins se joignent des vomissemens, des symptômes cérébraux ou des symptômes putrides.
Il est plus facile de distinguer la pyélite chronique de la népkrite chronique. DansJ la première, il y a constamment sécrétion de pus ou de mucus purulent , et le plus souvent une urine trouble et un dépôt purulent. Dans la néphrite chronique, si l'urine est trouble, cela tient le plus ordinairement à la présence des phosphates en suspension. J'ajoute que , dans la plupart des pyélites chroniques, surtout dans celles qui sont produites par la présence d'un calcul, le pus s'accumule dans la cavité du bassinet et des calices, les distend, et transforme le rein en une tumeur multiloculaire , reconnaissable au palper et à la percussion ( Voyez Pyélite ).
Lorsqu'à la suite d'une contusion ou de toute autre cause , il se développe dans le tissu cellulaire extérieur du rein une inflammation accompagnée de douleur, si la maladie est à son début , il est souvent difficile de la distinguer de l'invasion d'une néphrite. Toutefois, il est rare qu'on obsei-ve dans ce cas une diminution aussi marquée de la sécrétion urinaire que dans la néphrite. Quand l'inflammation du tissu cellulaire se termine par suppuration, il est plus facile de la distinguer de la néphrite clironique. La douleur devient pulsative, et, lorsque l'abcès extra-rénal a acquis une certaine dimension, la région lombaire est saillante ou œdémateuse, et on finit par y découvrir de la fluctuation (Voyez Périnèyhrite).
Ces remarques sont aussi applicables aux abcès lombaii'es provenant de la perforation de l'intestin.
^îKPHRiTE SIMPLE {clicignostic). SaS
La néplu-ite simple peut, eu général, êlre distinguée des coliques nèphrèliques en ce que, dans ces dernières, l'invasion de la douleur est brusque, instantanée, et en ce qu'elle peut être portée jusqu'à défaillance. Les coliques néphrétiques se distinguent, en outre, par l'agitation extrême des malades, par la suppression brusque et cornpièle de l'urine, par la dépression du pouls, qui, comme dans l'étranglement de l'intestin, dans la péritonite très intense, ou dans une indigestion grave , devient petit, intermittent, irrégulier; enfin par la violence des vomissemens ou des efforts pour vomir : accidens qui cessent presque immédiatement après l'émission d'un ou de plusieurs graviers.
Il est encore plus facile de distinguer la néphrite simple aiguë des coliques hépatiques. Dans cette espèce de coliques , les reins ne sont pas doulourevix , même à la pression. La douleur répond à la vésicule du fiel , à la partie descendante du duodénum ou au foie. Il n'y a point de suppression d'urine, et le plus souvent il se déclare un ictère.
Quant klanéphralgie, maladie des plus rares, dans laquelle il survient des douleurs vives, aiguës, dans les deux reins ou dans l'un d'eux , je me borne à remarquer que ces douleurs sont , en général, beaucoup plus vives que celles de la néphrite ; que , par leur intensité , elles se rapprochent de celles qui caractérisent les coliques néphrétiques , et qu'elles en diffèrent en ce qu'elles ne sont pas produites par des corps étrangers qui iu«terceptent le cours de l'urine. Elles se distinguent surtout de la néphrite en ce qu'elles se montrent presque toujours sous la forme d'accès, sans fièvre, et sans chaleur morbide.
Dans la plupart des cas , on ne sera pas exposé à confondre la néphrite avec la cysiile; la douleur se fait sentir aux lombes dans la cystite, à l'hypogastre dans la néphrite. Dans cette première , l'urine est chargée de mucus et de pus. Toutefois je dois rappeler qu'on a vu des néphrites et des pyélites calculeuses s'annoncer par des douleurs de la vessie ou de l'urèthre et que la coïncidence fréquente des maladies de la vessie et des maladies du rein fait que les symptômes propres à la cystite sont souvent réunis à ceux de la néphrite.
324 NÉPHRITE SIMPLE (cUagnOStic).
Le liimhago , né le plus souvent sous l'influence du froid et de riiumidité , presque toujours accompagné ou précédé de douleurs rhumalisinales , attaque ordinairement les deux côlés des lombes ; la douleur qui l'accompagne s'exaspère plus sensiblement que celle de la néphrite, par certains mouvemens du corps que les malades font pour s'asseoir lorsqu'ils sont couchés ou pour changer d'attitude. Cependant les douleurs rénales sont quelquefois augmentées par de certains mouvemens ou de légères pressions et par la toux ; mais dans le lumbago jamais on n'observe ni la diminution notable de la sécrétion urinaire , ni l'angoisse, ni les autres symptômes graves de la néphrite.
Il est plus facile encore de distinguer la néphrite simple du psoUis. Dans cette dernière maladie la douleur correspond au trajet du psoas, les mouvemens d'exleusion ou d'abduction du membre abdominal coi'respondant sont très douloureux; il n'y a point de diminution notable de la sécrétion urinaire, ni de douleurs dans la région rénale proprement dite.
Quant à la yèriloiiUe i)artielle qui se développe quelquefois dans le flanc , elle occasionne des doulexirs plus vives , plus aiguës , que la néphrite simple ; le pouls est en général plus déprimé, les envies de vomir sont plus fréqueutps, et, lorsque la péritonite se termine par suppuration , le pus, accumulé et renfermé dans un espace circonscrit par des adhérences, peut doniier lieu à une matité qu'on ne rencontre pas dans la néphrite. Dans la péritonite la douleur est plus facilement réveillée par une inspiration profonde , et, dans la période la plus aiguë, elle ne donne point lieu aux symptômes putrides ou typhoïdes qui surviennent assez fréquemment dans la néphrite grave.
Quant aux néphrites latentes, sans douleur dans la région des reins, qui s'annoncent à l'extérieur par des symptômes généraux (abattement, décubitus dorsal, enduit fuligineux de la langue, etc.), ilestplus difficile de les distinguer d'autres maladies des voies urinaires et des fièvres intermittentes pernicieuses. Ou voit des abcès de la prostate, des cystites compliquées d'inflammation suppurative des vésicules séminales, èire accompa-
NIJPHRITE SIMPLE (prOHOStic). 32 0
gnés des mêmes symptômes généraux qiie les néphrites aiguës latentes, si coiamunes chez les vieillards. L'exploration do la région prostatique par le rectum, l'examen de l'urine toujoius chargée d'une quantité considérable de pus ou de matière purulente dans ces diverses altérations, suffiront pour les distinguer de la néphrite simple.
Lorsqu'il n'y a point de douleur dans les lombes, ni de maladies antérieures des voies urinaires , il est quelquefois difficile de reconnaître certaines inflammations graves des reins ; et il est arrivé que les médecins ont pris pour des accès de fièvre intermittente 'pernicieuse , légitime , les accès pernicieux produits par des néphrites ou des pyélo-néphrites calculeuses ou non calculeuses , terminées par suppuration ou par gangrène.
J'ai recueilli plusieurs exemples des complications de la néphrite simple avec la péritonite , le cancer de l'estomac, le cancer du foie , l'ulcération de l'œsophage : on comprend que les symptômes propres à des maladies aussi graves peuvent masquer les accidens qu'occasionne l'inflammation des reins, et même conduire à ne pas en soupçonner l'existence.
§ 368. Pronostic. Le degré de gravité de la néphrite simple, ses modes probables de terminaison , les chances de guérison ou de mort, de rechute ou de récidive , ne peuvent être appréciés qu'autant que la cause de la maladie est bien connue , et que, par une interprétation rigoureuse des symptômes, on peut arriver à reconnaître l'étendue et l'intensité de l'inflammation.
En généi'al on ne doit pas considérer comme graves les néphrites produites par une plaie ou une contusion du rein, si ces blessures n'olFrent pas de danger par elles-mêmes , si elles ne sont pas accompagnées de lésions des gros vaisseaux, du bassinet et des calices, d'infiltration d'urine : ces inflammations cèdent rapidement au traitement antiphlogistique.
Les néphrites simples produites par l'impression du froid et de l'humidité ne doivent pas non plus être considérées comme très graves, lors même qu'elles attaquent les deux reins.
Quant aux néphrites qu'on observe à la suite d'un empoisonnement parles canlhaiides ou par d'autres substances acres, le danger qu'elles offrent tient burlout à la gravité des lésions
326 Nl^PHRITli SIMPLE (pwnOStic).
des autres organes, et aux autres circonstances de Tempoisonnement.
On prévoit d'avance que le degré de gravité des néphrites qui surviennent à la suite d'une maladie de l'uièthre, de la prostate, de la vessie , ou d'une rétention d'urine, tient non-seulement à l'état plus ou moins altéré des reins, mais encore au degré de gravité des lésions dont la néphrite est la dernière conséquence. Le pronostic sera d'autant plus grave, que les lésions de l'urèthre, de la proatale, de la vessie, seront elles-mêmes, par leur nature et par leur ancienneté, plus ou moins difficiles à guérir, ou tout-à-fait incurables. On comprend en effet toute la distance qu'il y a entre une double néphrite produite par l'impression du froid et de l'humidité et la même maladie survenue à la suite d'un cancer de la vessie ou d'un énorme gonflement de la prostate chez un vieillard.
La même remarque est applicable aux rechutes et aux récidives que la plus légère impression du froid et de l'humidité, les écarts de régime, en apparence les plus insignifians , suffisent pour provoquer chez les individus déjà atteints d'autres maladies des voies urinaires.
On sait aussi que les néphrites qui se déclarent tout-à-coup chez des individus déjà atteints d'une maladie ancienne de la vessie, ou d'une autre partie des voies urinaires, sont, en général, des plus graves. Ainsi les néphriles qui surviennent après l'opération de la taille ou de la lithotritie, et quelquefois même après de simples explorations avec la sonde , chez des calculeux , sont promptement mortelles. Ces brusques et fatales terminaisons se voient aussi assez fréquemment dans les néphrites qui surviennent chez des vieillards atteints depuis long-temps d'incontinence d'urine et, depuis quelques jours seulement, de rétention.
Enfin, lorsque la néphrite se déclare dans le cours ou dans les dernières périodes de maladies clironiques étrangères aux voies urinaires, la mort arrive presque toujours après le développement des premiers symptômes de l'afl'ection des reins.
Ce que j'ai dit plus haut des formes plus ou moins graves de la néphi*ile simple et des symptômes qui en indiquent la béni-
NÉpniiiTE SIMPLE {tmUenient). 327
gnité ou la gravité, rend presque superflu de nouvelles observations à cet égard. Toutefois, si on ne puisait les élémens du pronostic que dans l'ensemble des symptômes, il ne serait réel'lement très grave que dans les formes ou les périodes de la néphrite dans lesquelles on observe une suppression presque complète d'urine et des symptômes céi'ébraux, oudes symptômes de putridité. Mais, dans beaucoup d'autres cas, malgré la bénignité des premiers symptômes, on doit porter un pronostic très fâcheux, si la néphrite est produite par une cause qui ne permette pas d'en arrêter la marche et les progrès.
J'ai indiqué les phénomènes de la résolution (§ 356), et par conséquent ceux qui annoncent la guérison dans les cas les plus simples. La persistance de l'ischurie ou de la diminution de la sécrétion urinaire, la continuité du mouvement fébrile et de la douleur rénale, le retour des accès fébriles oudes frissons à des époques plus ou moins éloignées , annoncent que la maladie se prolongera au-delà de deux septénaires : on ne peut dire alors quelle sera sa terminaison. Plusieurs malades ont guéri complètement après un mois et plus de souffrances j nonseulement la douleur rénale a cessé , mais encore la sécrétion urinaire est redevenue tout-à-fait naturelle, bien que les reins eussent été très probablement altérés en plusieurs points , ainsi que je l'ai constaté dans un petit nombre de cas oii la mort est survenue plusieurs années après, par le fait d'une autre maladie.
Si la néphrite passe à l'état chronique , la douleur rénale diminue, la fièvre cesse; mais l'altération de la sécrétion urinaire persiste.
Enfin la mort peut survenir par les progrès de la suppuration ou par une recrudescence de l'inflammation annoncée par des accès fébriles, accompagnés de vomissemens, de suppression d'urine et de symptômes cérébraux.
% 369. Le traitement de la néphrite simple est subordonné à ses causes, à sa forme aiguë ou chronique, à ses périodes, à ses complications, à l'âge et à la constitution du malade.
Lorsqu'à la suite d'une plaie, d'une contusion, d'une commotion , d'un effort, le rein s'enflamme, il faut pratiquer de
32 8 NÉPHRITE SIMPLE {irciitement).
bonne heure une ou plusieurs saluées. Le malade doit être mis à la diète et à l'usage des boissons délayantes ou mucilaglneuses , telles que de l'eau de lin, les émulsions, la tisane de chiendent et de mauve, prises en petite quantité. On couvrira la région lombaire de cataplasmes laudanisés. Le lendemain , le malade prendra un bain tiède éraoUient, si l'on croit qu'il puisse le supporter sans fatigue.
Si , par ces moyens , la fièvre a très sensiblement diminué et que la douleur rénale persiste, on appliquera un certain nombre de sangsues sur le point douloureux. Il est impossible d'indiquer exactement la quantité de sang qu'on doit tirer, le jour et le lendemain de l'invasion de la maladie. Toutefois il. est préférable d'user largement de la saignée que de l'employer avec trop de i-éserve. Il ne faudrait pas surtout se laisser arrêter dans l'emploi des émissions sanguines par la petitesse et la concentration du pouls, si la douleur dans le flanc était vive et surtout si elle était accompagnée de vomissemens et d'autres accidens dépendant d'une péritonite dans le voisinage du rein enflammé. Après la saignée le pouls devient plus large et plus développé.
Lorsqu'à la suite d'une blessure du rein, la fièvre a complètement cessé ; lorsque la douleur est peu considérable , si l'émission d'une certaine quantité de pus avec l'urine indique que la suppuration s'est établie dans le rein enflammé, il faut s'abstenir des émissions sanguines, prescrire un régime assez sévère et des pansemens réguliers (Voyez Plaies des rcùis). Si la suppuration se prolonge, le régime doit être moins rigoureux , un certain degré de force chez le malade favorisant la guérison. Une sévérité de régime aussi excessive que celle du jeune étudiant dont Haller a rapporté l'histoire (§ 528) serait tout au plus applicable à des cas de néphrite traumatique, compliquée d'entérite ou de péritonite.
On a bien rarement l'occasion de traiter des néphrites produites par les canlharides, 1rs diurétiques acres, et d'autres substances vénéneuses. Lorsque ces sortes d'accidens se bornent à une légère irritation de la vessie et des reins, lu guérison s'obtient facilement. On a été obligé de recourir aux émis-
NÉPHRITE S1MPL15 [traitement). 329
sions sanguines, aux bains, aux boissons mucilagineuses dans des cas plus graves , et plusieui s se sont terminés par la mort. Ce qui a constitué la gravité de l'aiTection dans ces cas , c'est moins la néphrite que les lésions de l'appareil digestif et l'existence d'un principe vénéneux dans le torrent de la circulation. En pareil cas, il faut être plus réservé dans l'emploi des émissions sanguines que dans les néphrites produites par des causes mécaniques. Le camphre a été recommandé pour prévenir ou pour calmer les accidens déterminés par les cantharides; je n'ai pas été dans le cas de m'assurer par moimême de son efficacité , dans de semblables empoisounemens.
Quant aux néphrites produites par l'impression du froid et de l'humidité , lorsqu'elles se déclarent avec un caractère inflammatoire très prononcé, chez des individus bien constitués, elles doivent être traitées activement par la saignée. Il faut la répéter deux fois dans les vingt-quatre heures qui suivent l'invasion. Le traitement doit encore être plus actif lorsqu'il existe en même temps une pleuro-pneumonie, complication qui a été plusieurs fois observée. Si, après la soustraction du sang, la fréquence du pouls diminue notablement , s'il survient une moiteur ou une transpiration considérable, et que la douleur rénale persiste, quoiqu'à un moindre degré , des boissons légèrement sudorifiques , une application de sangsues, ou mieux encore des ventouses scarifiées sur la région lombaire , hâtent la résolution de la maladie. Le lendemain et les jours suivans, on prescrira des lavemens de guimauve et de pariétaire, des applications émoUientes, sur la région lombaire, des boissons douces et mucilagineuses , une diète sévère, des bains tièdes, à une douce température, et de plusieurs heures si le malade peut les supporter sans fatigue.
Le bain est contre-indiqué lorsque la fièvre et la chaleur sont considérables, ou lorsque la faiblesse est très grande.
Après plusieurs jours de rémission et d'apyrexie, s'il se déclare un frisson, suivi de chaleur et de douleur dans la région des reins, on pratiquera immédiatement une large saignée, si le malade n'est pas d'un âge très avancé. Dans ce dernier cas, on ae bornerait à tirèr environ huit onces de sang par
33o NÉPHRITE SIMPLE {traitement).
des ventouses scarifiées appliquées aux régions lombaires.
Quoique la néphrite simple soit rarement compliquée de gravelle, on a cependant observé plusieurs fois cette coraplica' tion à la suite de plaies ou de contusions des reins. Le traitement de cette complication varie suivant l'espèce de gravelle ; c'est quelquefois de la gravelle urique, et plus souvent de la gravelle phospliatique (Yoyez Gravelle),
Chez les enfans, on voit rarement survenir une néphrite à la suite de l'impression du froid et de l'humidité. A cet âge, la saignée ne doit pas être pratiquée avec la même libéralité que chez un adulte. On peut cependant faire une saignée de dix à douze onces à un enfant de sept ans et la répéter le lendemain, si l'intensité du mal l'exige.
Lorsque la néphrite arrive, pendant les premiers mois delà grossesse il faut, après une première saignée^ recourir aux ventouses scarifiées sur la région lombaire.
§ 370. Chez les nouvelles accouchées, la néphrite est quelquefois précédée ou accompagnée d'une inflammation de la veine ovarique. L'apparition des douleurs rénales exige que l'on examine avec le plus grand soin l'état de l'utérus et de ses annexes. Comme toutes les inflammations des nouvelles accouchées, la néphrite a une grande tendance à se terminer par la suppuration. Malgré les fatigues et la perte de force qui suit l'accouchement, il faut user largement de la saignée, et cela avec d'autant plus de promptitude que la maladie a été souvent méconnue les premiers jours de son invasion ; les douleurs lombaires qu'elle avait provoquées ayant été prises pour des accideus dépendant des fatigues de la couche.
Le meilleur moyen de prévenir la néphrite consécutive aux rétentions d'urine, déterminées ;par des maladies des voies urinaires ou du système nerveux cérébro-spinal, est d'évacuer soigneusement la vessie et de ne pas employer de sondes à demeure.
Lorsque la néphrite est causée par un rétrécissement de l'urèlhre, par une maladie de la prostate, elle débute rarement d'une manière aiguè et avec un appareil inflammatoire très prononcé. La première indication est d'évacuer l'uriue retenue
NÉPHRITE SIMPLE {traitement). 33 1
daus la vessie. Si le cathétérisme ne peut être pratiqué immédiatement, on introduit une bougie jusqu'à robstacle : souvent, quelques heui'es après, l'urine s'écoule, oii la sonde pénètre dans la vessie. Dans ce cas, il y a souvent plus d'avantage à appliquer des sangsues à la marge de l'anus que sur la région des reins. Le malade doit être plongé dans un bain tiède, dont on prolonge la durée pendant plusieurs heures.
Si, après l'évacuation de l'urine, la douleur rénale continue; si le malade est assovxpi et prostré, le pouls ayant encore une certaine plénitude, il faut pratiquer une saignée, et appliquer des ventouses scarifiées aux lombes. Plusieurs fois j'ai vu la douleur rénale céder aux ventouses, lors même que les douleurs et l'inflammation de la vessie persistaient.
Souvent l'application des ventouses sur la région lombaire suffit pour faire complètement disparaître la douleur rénale, lorsqu'elle est survenue à la suite d'un simple rétrécissement, sans rétention d'urine. Mais la douleur renaît facilement sous l'influence de la plus légère cause , lorsqu'on ne parvient pas à rétablir le cours libre et régulier de l'urine, et lorsque la cause qui a déterminé la rétention ne peut être détruite ou palliée. Alors les reins finissent par éprouver une altération profonde contre laquelle échouent tous les moyens thérapeutiques.
Lorsque les malades éprouvent des vomissemens et qu'ils tombent dans un état comateux, ces accidens exigent des soins particuliers, en outre de ceux qui ont été déjà indiqués. On frictionnera l'épigastre avec du laudanum ; des boissons gazeuses seront données par gorgées; le malade sucera des petits morceaux de glace pour étancher la soif; des corps chauds seront appliqués aux extrémités inférieures ; des compresses imbibées d'eau froide seront posées sur le front; des purgatifs salins seront administrés et répétés jusqu'à ce qu'ils aient procuré des évacuations abondantes.
Les purgatifs sont encore plus impérieusement indiqués lorsque l'attaque de néphrite a été précédée de plusieurs jours de constipation, chez des individus atteints de maladie de la prostate ou de la moelle épinière. L'huile de ricin pourra quelquefois être substituée aux purgatifs salins, mais il faull'ad-
332 NÉPHRITE SIMPLE {imîlement).
ministrer en lavement, et à haute dose, car elle est souvent rejetée par le vomissement.
§ 371. Si des symptômes de piitridiiése sont déjà déclarés, si la langue est noire, les dents fuligineuses, le malade affaissé et dans un état voisin du coma, les chances de guérison sont presque nulles, quelque moyen qu'on emploie. Le traitement antiplilogistique échoue comme celui qui se compose principalement de toniques. Je rapporterai cependant un exemple de guérison, lorsque le malade offrait déjà des] symptômes putrides.
Dans ces cas graves, après avoir vidé la vessie , si elle était distendue; après avoir pratiqué dans sa cavité des injections d'eau tiède , si elle contenait du pus ; après avoir fait appliquer des ventouses scarifiées sur les reins et administré de légers purgatifs; si au bout de vingt-quatre heures les symptômes ne s'améliorent pas; si le pouls, au contraire, devient plus fréquent; si l'affaissement fait des progrès, nul doute que la maladie ne se termine par la mort, et il ne faut pas fatiguer les malades par des remèdes douloureux et inutiles.
§ 57a. Les ventouses scarifiées, les bains tièdes, les applications émoUientes , sont les moyens les plus propres à faire cesser les accidens qui caractérisent les exacerbations des néphrites chroniques, qui, en réalité, sont de légères attaques de néphrite aiguë entées sur un mal ancien.
Lorsque la maladie semble ne plus consister que dans un dérangement de la sécrétion urinaire, avec un affaiblissement plus ou moins marqué de la constitution, la première indication est de prévenir de nouvelles attaques , de nouvelles exacerbations. Les malades doivent se vêtir de flanelle et éviter les causes d'excitation des voies urinaires et d'affaiblissement de la constitution. Lorsque après la cessation delà douleur rénale l'urine reste alcaline et trouble, ce dérangement de la sécrétion urinaire est le plus souvent le signe d'une induration des reins. Alors les émissions sanguines seraient nuisibles.
Lorsque la néphrite chronique n'est pas produite par un rétrécissement de l'urèthre, par une maladie de la vessie ou de la prostate, des éruptions artificielles ou des exutoires peuvent
NÉPHRITE SIMPLE {tmUemenl). 333
quelqxiefois prévenir ou éloigner le retour de nouvelles attaques. Cependant il ne faut pas s'exagérer l'utilité de ces moyens j je les ai employés sans succès chez des individus amaigris, et qui, après avoir eu pendant long-temps les deux régions rénales douloureuses^ présentaient pour tout symptôme de néphrite chronique, l'émission fréquente d'une urine alcaline et trouble^ et un amaigrissement dont nulle autre circonstance ne donnait l'explication.
On a conseillé l'usage des acides végétaux ou minéraux et en particulier celui de l'acide muriatique pour faire cesser l'alcalinité de l'urine et empêcher la précipitation des sels phosphatiques qui peut donner lieu à la formation de concrétions calculeuses. Par l'usage des acides , on atteint rarement le but qu'on se propose : le plus souvent l'urine reste alcaline et trouble ; l'état de la constitution ne s'améliore pas, et l'estomac se fatigue ; le plus souvent ces remèdes , à doses élevées , sont plus nuisibles qu'utiles (§173).
J'ai vu, chez des ouvriers atteints de néphrite chronique, l'urine redevenir acide et transparente, après une quinzaine de jours de repos et d'une bonne alimentation, et après une ou plusieurs applications de ventouses scarifiées; mais elle se troublait quelquefois de nouveau à la suite d'une moins bonne nourriture ou après de nouvelles fatigues.
J'ai essayé comparativement le régime végétal et le régime animal, et j'ai reconnu que ce dernier était préférable. Sous son influence , non-seulement la sécrétion urinaire a été avantageusement modifiée dans un certain nombre de cas, mais l'état de la constitution s'est amélioré, lors même que le dérangement de la sécrétion de l'urine a persisté.
Lorsque les malades atteints de néphrite chronique avec urine alcaline et trouble , sont fatigués par le besoin fréquent de rendre l'urine , on peut quelquefois calmer cet accident par l'opium, par des lavemens opiacés et camphrés, par des onctions narcotiques et par l'usage répété de bains de siège émolliens. On emploie quelquefois aussi avec succès la décoction de pareira-brava acidulée , l'extrait d'uva-ursi , combiné avec l'extrait de houblon et de jusquiame, la décoction d'uva-ursi ,
334 NÉPHRITE SIMPLE (JdstOîiqué),
l'infusion de graines de carotte, ou celle de feuilles de diosraa crenata.
Ces préparations étant toutes plus ou moins excitantes , on doit en suspendre l'usage dans les paroxysmes des néphrites chroniques .
Le repos, les bains narcotiques , les exutoires aux lombes , le régime animal, les boissons toniques et résolutives, les préparations ferruginevises, tout échoue et rien n'arrête les progrès du mal, dans certains cas de néphrite chronique double. Alors la maladie se complique tantôt de diarrhées qui hâtent l'épuisement des forces , tantôt d'un catari'he pulmonaire ou d'une (affection tuberculeuse. L'usage de la thériaque, du diascordium, ou de l'opium à dose fractionnée ( un grain et demi dans les vingtr-quatre heures , par quart de grain), des soins habituels dans le régime , une foule de précautions que la fortune ou l'aisance permet de se procurer , un emploi bien calculé de certains palliatifs, ont pu quelquefois prolonger la vie pendant plusieurs années; mais, chez les individus de la classe ouvrière, que le besoin oblige à de rudes travaux ou expose à de fréquentes variations de température , les rechutes se multiplient, les complications s'aggravent, et la mort ne se fait pas long-temps attendre.
Historique.
% 373. Hippocrate (i) décrit quatre maladies des reins; mais aucune d'elles ne peut être rattachée à la néphrite simple. Les
(1) Quatuor ex renibus oriuntnr morbi. In primo sicaeger affligitnr, dolor acutus in renem, lumbos, et testem ad renis regionem ingroit, fréquenter nrinam rcddit , et paulatim urina supprimitur. Simulque cnm ea arena egreditnr, et cum per urinœ fistulam arena exit, veliementem in ea dolorem exhibet. Ubi vero cum urina exiit, remittit dolor, deinde rnrsns iisdem vexatnr doloribus. Cum autem urinam reddit, colem pra; dolore confricat. Plerique vero medici cum morbum non noscant , si areoam yideant, yesicam calcalo la-
borare cxistimant In secundo renum morbo, dolores quidem véhémentes,
velut in priore urgent... boc casu per initia morbi sanguinem unà cum urina reddit, deinde pus progressu temporis. Hic si corpore qnieverit, citissime convolescit. Si enim qnndammodo laboret, dolores multo magis detincbnnt.
NÉPHRITE SIMPLE {Jdstorique). 335
symptômes qu'il assigne à la première de ces maladies sont ceux de la néphrite aiguë, compliquée de gravelle ou de calculs. Dans la seconde , on reconnaît évidemment l'inflammation du bassinet et sa distension par le pus. Les caractères de la troisième et de la quatrième espèce sont moins nettement exposés. Dans la quatrième, on retrouve les signes de la distension du rein par le pus, et dans toutes deux des symptômes qui peuvent dépendre d'une affection de la vessie. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, ce qu'il y a de plus remarquable dans Hippocrate, ce sont ses vues générales ; et il en fait l'application, lorsqu'il étudie l'influence des airs, des eaux et des lieixx (i), et celle des âges (2) sur les maladies des reins et de la vessie par la formation des calculs.
La description de la néphrite par Rufus (3) d'Ephèse est beaucoup plus précise et des plus remarquables. Aétius (4) l'a reproduite, et le tableau qu'il fait de cette maladie et des causes capables de la détei-miner , peut , par son exactitude et sa précision, être mise en parallèle avec une des meilleures descriptions des temps modernes , avec celle de Boerrhaave.
Ubi igitur ren pnrnlentus fuerit ad spinam intumescit. Hune cum ita habne-
rit, qua parte tumor est, altissima quidein sectione ad renem secato et si
quidem pus intro rnmpatur, et ad intestinam rectum feratur, evadendi spes
est quod si alterum renem .sttingat periculum est ne pereat (Hippocratis
Opéra, de intemis affectionibus, sect. 5, p. SSg. in-fol. Francofurti. i6ai).
(1) Hippocratis Opéra : de aere, locis et aquis, p. 286.
(2) Ibid. Aphorism. sect. vi. 6.
(3) Rufus. De 'vesicœ renumque ajfeclibus ( signa renum inflammatione laborantium), Ed. Cllncb. in-4''. 1726.
(4) « Ob plurimas causas renés inflammantur. Nam et bumores corrupti , et plagx, et attritiones, et pbarmacorum potiones inflammationem générant, et praesertim equitationes continua et Tchementes. Accedit œgris dolor pulsatitis rétro jnxta primum dorsi verticultim, paululum supra spurias costas. Distendit antem dolor sursumque ad bcpar, praesertim dextro rené affecto, deorsum ycro usque ad vcsicam et pudcndum , lumbosque et coxendices, pectinem item ac femora. Cousequitur ctiam stupor propinqui cruris, et neque recta crigi possunt, ucque pedibus ingrcdi, et sivc stcrnutatio, sive aliqua alia concnssio evctiiat, Tcbcmeoti dolore lancinantur. Erigent eorum cxtrema, et magis sura; ac pcdes. A.dcst urina: emittendie difficultas, min-
336 ivi^PHRiTE SIMPLE (Jiistorique).
Galicn dit que toute alTeclion rénale est appelée néphrile, quoique cette dénomination s'applique spécialemen t aux calculs rénaux (i). Il indique quelques signes à l'aide desquels on peut reconnaître les inflammations rénales à leur début , et lorsqu'il n'y a pas eu d'émission de graviers ; il fait mention, entre autres symptômes, des accès fébriles irréguliers; enfin, il compare, pour en établir les différences, les douleurs rénales avec les douleurs intestinales, et il indique le parti qu'on peut tirer de l'examen de l'urine et des matières fécales. En outre, il a rassemblé les principaux remèdes conseillés par Asclépiade, Andromaque , Archigène et plusieurs autres médecins célèbres , contre l'inQammation, l'ulcération et les calculs des reins. La plupart de ces remèdes sont ceux qu'on emploie encore aujourd'hui.
Déjà Pline (a) avait indiqué un grand nombre de substances contre les doulejirs des reins , mais sans aucune remarque pathologique qui pût en régler ou même en justifier l'application.
Celse (3) a résumé , en peu de mots, presque tout ce qu'on savait du traitement des maladies des reins.
Arétée (4) établit la distinction de l'inflammation des reins en
guntque assidui ac luborïSsi , in principiu quidem tennia et aquosa , in qnïLus nibil subsidet, inflammatione vero <n pejus proficiente, rnbicundiora, deinde etiam crassa et mucosa, adsuntqae febres vebcmentes. Qaoad si adhuc amplins inflammatio augescat, bxc omnia itidem fîunt vehementiora. His accedit nansea et stomacbi morsus et vomitus bilis. Qaidam autem ipsorom usque ad animi deliquium anguntur et exsudant, etc. (Aetil Tetra' hibl., serm, 3. p. 604. in-fol. i54g). »
(1) Galeni Opéra : (de renum affectuum dignotione et medicatione) :«Oinms
affectus , quo ren laborat , quanquam nephrkis dicitur proprie tamcn
litbiasis, id est calculi morbus nepbritis appellatur » (7a classis. 385. B. ). in-fol. i562. — Pour les autres détails, consultez : le Novus index in omnia quiE extant Galeni opéra, in-fol. Basileœ. i562.
(2) Plinii Socundi Hist. natur, liber xxxvii. in-fol. Lugd. 1587.
(3) Celsi De re medicd, lib. iv. sect. 10. ed. nova, in-12. Parisiis. iSsB.
(4) Aretxi De causis et signis acutorum et diulurnorum morhonun : " De enratione acnti morbi in renibus, p. 109. — De rennm affectibus, p. 52. IiUgd. Batav. 1735.
NKPniTE siiMPLK [/lisforùjue). 337
aiguës et chroniques; et ce n'est pns sans étonnement qu'on voit plus tard Cœlius Aurelianus parler de la néphrite comme d'une maladie lente {tarda passio), sans ajouter qu'elle peut se montrer sous une fonne aiguc. Arélée décrit très bien les accidens cérébraux et souvent morlels qu'amène la suppression ou la rétention d'urine. Pour combnttre l'innammation du rein, il conseille surtout la saignée du bras et l'application des ventouses scarifiées aux lombes.
Sous le nom de passio rcnalis, nephritis des Grecs, Cœlius Aurelianus (t) n'a réellement décrit que l'inflammation chronique du bassinet et des calices j et peut-être quelques abcès extra-rénaux faisant saillie aux lombes. Comme causes de cette maladie, il signale les coups, les chutes sur les fesses, les excès vénériens, les alimens et les médicamens acres , et, en particulier, les cantharides; mais il ne fait aucune mention des calculs rénaux , de toutes les causes la plus fréquente.
Paul d'Egine (2) décrit d'une manière brève, mais nette, l'inflammation aiguë des reins, qu'il recommande de traiter par la saignée et d'autres remèdes antiphlogistiques. Il expose clairement aussi les caractères des abcès des reins {pyèlitc chronique); mais ce qui mériterait surtout d'être remarqué, s'il ne se trouvait déjà dans Aetius , c'est un passage (3) relatif à l'induration des reins {duriiies renum) et aux symptômes qui accompagnent cette altération.
En résumé, à cette époqxie on connaissait déjà les principaux symptômes de la néphrite aiguë; ceux des collections de pus dans le rein, et la transformation de cet organe en une tumeur saillante aux lombes; les fistules rénales dans l'intestin, et les symptômes de cachexie qui dénotent l'induration des reins.
(1) Cœlius Aurelianus. De morhis acutis et chronicis : a De renali passione quam Graed VECppiTiv appellant. » P. 567. 10-4". 1709.
(2) Pauli ^ginetaî Opus de re medica , pag. 79 et 81, in-fol. Parisiis.
(3) « QujB durities in rcnibus contraliuntur, nnllum sane dolorem mo- ▼ent, sed videntur renés Ipsi tanquam ab aliis suspendi, coxoe stupcnt, crura Tacillant , urina modica cgeritnr. Totus dcniquc linbitus iisque potissimum qui aqua subter cutcm laborant, similis est (Pauli ^gincta: Opus de re medica, p. 81).
338 NÉPHRITE SIMPLE {Justorique).
Les Arabes n'ont fait faire aucun progrès à l'hisloire de la néphrite.
La description de l'inflammation , de l'abcès , et de l'ulcère des reins par Feruel (i) , est un résumé de ce qu'on connaissait alors sur ce sujet. Il pensait, et un grand nombre de médecins le croient encore aujourd'hui, que, dans la néphrite, le pus passe dans l'urine par suite de la rupture d'un abcès rénal [rtvpto autemahscessUjpus cumurïna defcrtur. Fernel)j tandis qu'en réalité, dans presque tous les cas , le pus est fourni par le bassinet et les calices dilatés et enflammés.
HouUier (2), Dodoens (3), Pierre Foreest (4), Lazare Rivière (5), Félix Plater (6) , Cabrol (7)^ Stalpart van der Wiel (8) , YieussensCg), Stahl, etc., (10) ont enrichi la science d'un certain nombre de cas de néphrite simple ou de néphrite calculeuse. Mais, si les recherches d'anatomie pathologique duxvii* et du xviii* siècle éclairé plusieurs points de l'histoire de la néphrite calculeuse (pyélite calculeuse), elles ontlaisSÉ peu de documens sur les caractères anatomiques de la néphrite simple. On pourra facilement se convaincre de ce que j'avance en consultant les recueils de Schenck(t 1) et de Bonet (12), et le bel ouvrage de Morgagni.(i5)
(1) Fernelii Vniversa medicina : Renura morbi causx atque signa, p. 532. in-fol. Coloniae Allobrogum. 1679.
(2) HoUerii Omnia opéra practica, p. 404. 4o5. etc. in-fol. Parisiis. 1664
(3) Hodonai Médicinal, observât, exempta rara, Lugd.-Batav. i585.
(4) Foresti Observât, et curât, medicin. : De renum morbis, t. iii. p. i5 et scq. in-fol. Rotbomagi. i653.
(5) Rivierii (Laz.) Obs. medicœ, in-4''. Parisiis. 1646.
(6) Plateri (Felicis) Observalionum Ubri très. in-8°. Basilex. 1680.
(7) Cabrol. AXçaPviTOv avaTO|J.t)cov. 1606. in-4".
(8) Stalpart van der Wiel. Observât, rar, medic. anat, chirurg., iai\i.
(9) Vieussens (Raymnnd.) Novum uasorum cçrporis humani sjslemu, Âmstelodami. i joS. in-ia. p. igr et seq.
(10) Stabl. Co/legium çasuale, casus 63.
(i i) Scbenck. Observât, médicinal., lib. iii. Do renibus. p. 439. in-fol. Ludgduni, 1644*
(12) Bonet. Anatom, pract, Ub. iii, sect. xxii. De lumbornm dolor*, nephritide et calcule renom.
(13) Morgagni, De sedibus et cousis morborum : £pist. XL, De Inmbornm
NEPHRITE SIMPLE \}iîsio7'ique). 33^
Soiis le nom de fehris nej^hrcUcaj Frédéric Hoffmann (i) a compris toutes les inflammations rénales, qu'il divisait en superficielles et bénignes n'attaquant que les membranes extérieures des reins , et en profondes et plus graves , intéressant toute l'épaisseur des substances rénales. Sauvages (a) a proposé d'autres distinctions plus vi aies, plus nettes et plus pratiques. Les trois espèces de néphrites qu'il admet doivent être conservées { i' nephriUs veraj — 2° nephritis calculosa; — 3° ne-rj)hrilis artkriiiea).
Enfin , plusieurs dissertations sur la néphrite simple et sur la,néphi"ite calculeuse {pyèlite calculeuse] j publiées par des élèves de l'Ecole de Paris, méritent d'être consultées , non pour les vues générales qu'elles renferment (elles ne sont pour la plupart qu'une reproduction plus ou moins exacte des descriptions antérieures), mais pour les faits particuliers dont elles sont enrichies et qui offrent un intérêt pratique. A cet égard , j'engage le lecteur à consulter les dissertations de MM. Boullet (3), Terrel (4), Carraud (5), Bressand (6), Sellier (7), Ber*!nardy (8) , Nayel (9) , etc., etc.
Parmi les dissertations des médecins étrangers , celle de Wedel (10) a été souvent citée.
dolore. — Epist. xii. De urins snppressionei — Epist. 3.)Ài. De oiinse difâcaltate, ardore, etc.
(1) Hoffmann (Fred,). Opéra omnia : De febre nephrçticâ, t. ii. p. 147. infol. Genevae. i-jGr.
(2) Sauvages. Nosol. metliod.j tom. I, p. 5o3, iii-4, Amstelod.,' 1768,
(3) Boullet (F.). De la néphrite ou inflammation des reins, an xii. in-4''.
(4) Terrel (J.»B.). Diss. sur la néphrite ou inflammation des reins, in-40f Paris. 1808.
(5) Carraud (G. -G.) Dissert, sur la néphrite ou inflammation des reins, iii-4' • Paris. i8i3.
(6) Bressand ( Albert ). Diss, sur la néphrite ou inflammation des reins. îa-40, Paris. 1814.
(7) Sellier (J.-P.-P,-Marie). Disi. sur la néphrite, in-40. Paris. 1822.
(8) Bernardy (Nicolas). Considérations générales sur la néphrite idiopalhique, iu'/^o. Paris. i83o.
(9) Nayel (Cliarlcs). De la néphrite, in-40. P.iris. l835.
(10) Wedel. Diss. de inflammatione renum, Jcna;, 1697.
3/fO NIîPIIRlTF. SIMPLK
Les recherches de pathologie comparée ont porté surtout sur la néphrite simple du cheval (i), qu'on attribue généralement à des efforts musculaires.
Observations particulières.
§ 374- Lorsqu'une maladie offre encore, dans son histoire , plusieurs points obscurs; lorsqu'elle est regardée comme rare par un grand nombre de praticiens ; lorsque toutes les causes qui peuvent la produire n'ont pas été convenablement appréciées ; lorsque l'étude de ses rapports avec les autres maladies a été à peine effleurée ; lorsque plusieurs de ses formes ont été caractérisées par des symptômes qui ne lui appartiennent pas et que ceux qui lui sont propres ont besoin d'être établis par des exemples; lorsque ses expressions symptomatiques reçoivent, des âges , de la grossesse , de l'accouchement ou de quelques anomalies de situation des reins , des modifications qui peuvent rendre son diagnostic obscur; par un heureux choix des observations particulières autour desquelles viennent se grouper la plupart des faits connus, on peut, non- seulement compléter les vides inévitables d'une description générale, mais encore montrer l'état et les besoins de la science sur un point de pathologie : tel est le but des observations qu'on va lire.
§ 375. Néphrite traumatiqtie.
Lorsqu'on compare entre eux un certain nombre de cas de néphrites traumatiques , ce qui frappe d'abord , ce sont les différences individuelles que présentent ces faits , relativement au nombre, à la gravité Ôu à la durée des accidens, et à la variété des soins qu'ils ont exigés. Une autre circonstance de la néphrite traumatique mérite aussi de fixer fortement l'attention des pathologistes : je veux parler du développement de la gravelle, des calculs rénaux et des coliques néphrétiques à la suite des plaies, des commotions ou des con-
(i) Recueil de médecine vétérinaire, 1. 1. p. r. — Même recueil, i836. p. 408.
ïllAUMATIQUJi.
lusions des reins. Ces faits prouvent, en effet, que, si certaines dispositions constitutionnelles favoi'isent le développement de ces concrétions, une inflammation aiguë ou chronique d'un des reins peut en êti'e la cause occasionnelle.
Sous ce double point de vue, il sera bon de comparer les observations suivantes entre elles et avec quelques autres que j'ai déjà rapportées ou qui ont été publiées par CoYillard(i), L'OEilley (2)j M. Howship (5), M. Baudens (4) et d'autres praticiens .(5)
Obs, I. — Coup de pied de cheval sur la régiou lombaire droite; plusieurs saignées; urines rares; Tomisseniens; Lématurie; douleur rénale persistant long-temps après l'accident ; guérison apparente le vingt-cinquième jour (kran. Essai sur rhématurie,-p. 11, 4"- Paris. 1818).
Un maréchal-de-logis , après avoir été renversé par un coup de pied, qu'il reçut sur la région lombaire du côté droit, resta pendant près de quatre heures sans connaissance ; je le visitai à l'instant même qu'il venait d'être transporté dans sa chambre. Le pouls était faible , la face décolorée , la respiration très gênée, l'abdomen excessivement douloureux, principalement du côté où il avait reçu le coup. Je lui fis sur-le-champ appliquer des serviettes imbibées d'une décoction faite avec des plantes émollientes , sur toute l'étendue de l'abdomen; on lui administra quelques tasses d'une boisson chaude, légèrement acidulée; environ une heure après, le pouls se développa, la fièvre et la difficulté de respirer augmentèrent beaucoup , l'abdomen était ballonné , très douloureux, le visage coloré , une
(1) Covillard. Observations iatrockirurgiques , pag. m. in-S. Strasbourg. ^791-
(2) L'OEilley. Plaie d'arme à feu; lésion du rein; fracture de cotes; quatre saignées en douze heures (Jour, de Médecine de Vandermonde , in-12. t. XXXV. p. 45o).
(3) Howsbip (Jolin). A praclical treatise, elcipn llic mosL important complaints that affect the sécrétion and excrétion on the urine, pag. 6, Lond. in-8. i833.
(4) Gazette des hôpitaux, in-4. i836. p. 494.
(5) Robinson. Lond. med. Gazette, t. xiv. p. 797. ~ Hawkius. Lond. med. Gazelle, t. m. p. Syg.
ecchymose considérable occupait tout le côté qui avait reçu la percussion. Je lui lis une forte saignée ; on continua les fomentations, on lui donna à boire de l'eau d'orge nitrée; il prit quelques lavemens; il fut misa la diète. Deux heures après, les accidens ne diminuant pas, Nouvelle saignée ; il urina avec assez de facilité, mais en très petite quantité. Comme rien de tout ce que j'avais fait jusqu'alors pour le soulager n'avait pu réussir, je le saignai encore une foisj la douleur augmenta avec la tension de l'abdomen , principalement du côté droit j l'urine coulait avec la plus grande peine ; il passa la nuit avec une ardeur considérable au col de la vessie ; il eu rendit quelques gouttes sur le matin. Son état commençait à l'affecter beaucoup; les nausées, les hoqttets, suivis de vomissemens d'un sang noir et épais, se manifestèrent j on les aida par quelques tasses d'eau tiède légèrem ent miellée. Le sang qu'il rendit devint de plus en plus rouge et les accidens se calmèrent; l'éjection d'une urine sangviinolente devint assez facile; l'hématurie se manifesta complètement. Cependant, comme le malade en éprouvait un grand soulagement , loin de s'en effrayer il en parut satisfait ; au reste elle ne fut pas de longue diu'ée. On insista, pour tout traitement, sur les boissons acidulées et nitrées, les fomentations , la diète , jusqu'au dixième jour. Le quinzième il put sortir; au vingt-cinquième, quoiqu'il fut complètement rétabli, la douleur était encore assez forte pour l'empêcher de tousser et de monter à cheval. Ce ne fut même que très long-temps après qu'il put reprendre son service.
Obs. II.MCbute sur une rerguc de vaisseau; urines sanguinolentes; douleur vive dans la région du rein gauclie, et persistant malgré plusieurs saignées; plus tard, urine, ténue, aqueuse, pais enfin suppression d'urine ; langue noire et sèche; pus dans le reingaucbe, ramolli (Boullet. De la nophnte. Diss. înaug. p. 3. Paris, an xii. in-4'').
Dans le courant du mois de prairial, an ix, l'escadre française qui croisait devant l'île d'Elbe , débarqua à Livourne un certain nombre de malades, dont line partie fut évacuée sur l'hôpital militaire de Pise , du service duquel j'étais alors chargé en chef; painii ceux-ci je distinguai le citoyen A....,
TRAUM4TIQUE. ^43
matelot âgé de 3o ans , d'un tempérament bilieux sanguin , dont les parens , au moins , selon les dernières nouvelles qu'il en avait reçues, jouissaient encore d'une bonne santé. Il y avait dix jours qu'en travaillant à un mât, il s'était laissé tomber sur une vergue, d'une manière telle qu'il reçut une forte contusion sur la région des reins, surtout du côlc gauche; dès-lors, douleur violente dans cette partie , et qui l'obligea de se mettre au lit; bientôt après, excrétion d'urines sanguinolentes; fièvre très vive qui ne tarda pas à s'accompagner d'une diminution notable dans la sécrétion des urines, qui cessèrent de contenir du sang ; mais toujours douleur aiguë dans la partie correspondante au rein gauche. Je ne pus rien savoir du traitement qu'on lui avait fait , sinon qu'il avait été saigné quatre fois en deux jours... Lorsque je le vis, il était dans l'état suivant : peau sèche, chaleur assez vive, altération des traits de la face, yeux un peu abattus , bouche point amère , mais sèche , grande soif, respiration petite ; le malade se plaignait d'une douleur constante et fixée dans le rein gauche , où il disait ressentir de grands élancemens ; il ne pouvait se coucher que sur ce côté ; il éprouvait de la stupeur à la cuisse; son pouls était fréquent , dur ; il rendait un peu d'urine ténue , aqueuse, le ventre était resserré ( décoction ^orge et de chiendent , èmulsion camphrée, lavement èmollient avec deux onces d'huile d'olives, très large cataplasme sur la partie douloureuse, et re~ nouvelé trois fois dans le Jour).
Le lendemain, onzième jour delà maladie ^ peavi très sèche, pouls fréquent et dur , physionomie décomposée , langue sèche, quelques frissons le long de la colonne vertébrale, continuation de la douleur {même prescriiytion).
Le douzième, symptômes plus alarmans encore, forces très abattues , langue noire et sèche, pouls fréquent et toujours dur, douleur très aiguë, constipation, entière suppression d'urine {èmulsions camphrées et nilrées , cataplasmes).
Le treizième, rémission de la douleur, évacution, avec les urines, d'une grande quantité de pus; plusieurs selles, mais le visage n'était point du tout rassurant; les forces étaient encore plus diminuées, le pouls petit el très fi'cqucnt ( /z-
344 JViPPiniTE SIMPLlî
sanc vineuse miellée j fomentations aromatiques sur la rétjion lomhaire).
Le quatorzième , pi'ostratiou extrême des forces , pouls à peine sensible et intermittent , diarrhée coUiquative ; plus d'urines ni de pus ; face et yeux d'une couleur plombée , langue noire et sèche , sueur froide , mort à l'entrée de la nuit.
Je fis l'ouverture du cadavre conjointement avec mou ami et collaborateur, le citoyen CafFce. Nous trouvâmes, dans la cavité abdominale, une assez grande quantité de sérosité sanguinolente ressemblant à de la lavure de chair : nous l'évaluâmes à près d'une pinte; l'estomac et les intestins, flasques, ne montrèrent d'ailleurs rien d'extraordinaire; le foie était sain, mais décoloré; le l'ein droit n'offrit rien de remarquable, le gauche était mollasse extérieurement et détruit en grande partie à l'intérieur ; il ne contenait guère qu'une once de pus sanieux extrêmement fétide.
§ 376. L'obseiTation suivante offre deux particularités assez singulières : l'une est l'excrétion de sable rouge après une chute, suivie de douleurs dans la région du rein droit; l'autre est le passage de l'urine acide, à l'état neutre, c'est-à-dire la manifestation d'un autre étal morbide.
Obs. III. — Chute d'un endroit élevé; douleur dans la région du rein droit; urine acide et donnant un sable rougo; application de ventouse et de vcsicatoires aux lombes; urine neutre (Cœsar Havrkins. Lorul. Mecl- Gazette. t. m. p. 399).
W. Giles , âgé de quarante-six ans , fut reçu le a6 de janvier 1829 dans le service de M. Csesar Hawkins. Cet homme, ayant rêvé qu'il allait être étranglé par quelqu'un , se jeta de la hauteur de deux étages et tomba sur un auvent qui arrêta sa chute et lui sauva probablement la vie. Il reçut un choc violent aux lombes (sur lesquelles on voit les cicatrices de deux anciens abcès lombaires). Cette chute occasiona une douleur si vive qu'elle lui ôta la faculté de se mouvoir, quoiqu'elle ne produisit pas de paralysie ou de perte de sensibilité. On ordonna de tirer douze onces de sang par des ventouses scarifiées ; on lui fit prendre cinq grains de caloiuel et de poudre anlimouiale ,
TRAIIMATIQUE.
une potion avec le séné, et on fit des applications spiritueuses.
Le 29, la douleur était presque bornée à la région du rein droit, oii il existait une grande sensibilité et une douleur qui revenait par intervalles et qui s'étendait de cette région à l'aine, en suivant le trajet de l'uretère vers la vessie; le malade rendait son urine avec beaucoup de peine, et seulement en se mettant debout, mais non plus fréquemment qu'à l'ordinaire. L'urine, sécrétée en quantité ordinaire , contenait beaucoup de sable rouge qui rendait l'urine trouble et se déposait sur le vase de nuit. L'urine était fortement acide; elle ne contenait pas de sang ; il n'y avait ni fièvre , ni trouble général des fonctions. U était évident que le choc avait dérangé les fonctions du rein droit et par là afifecté les autres organes urinaires {ventouses tirant dix onces de sang, et dont on répète l'application le 3i).
Le 3 février, le malade peut se mouvoir un peu plus facilement et il a moins de douleurs. Un vésicatoire est appliqué sur le côté droit des lombes infus. Rosae l iss. Magn. sulph. 5 ss. trse cinchonœ 3 j M. bis die sumend.).
Le 7, l'urine commence à devenir moins trouble, la douleur diminue, et le malade peut uriner plus facilement. On avait été obligé d'employer le cathétérisme, tant il lui était difficile d'uriner. Le i3, l'urine est claire et ne produit pas de changement sur le papier de tournesol. Le malade peut se coïicher sur le côté affecté et se mouvoir sans beaucoup de douleur. Il reste un peu de sensibilité aux lombes. On ordonne un autre vésicatoire.
Obs. IV. — Coup de couteau d.ins le côté di'oit; doulear dans la région rénale, se propageant suivant la direction de l'uretère; rétraction du testicule; urine sanguinolente; sortie de l'urine par la plaie ; accès de fièvre rémittente; issue d'une matière urinense et purulente par la plaie; guérison douze mois après la blessure (Rust. Magazin fiir die gesammle Heilkunde, 8°. Berlin. 1824. Band xvii. Seite 114).
ï". P., âgé de II ans, né de parens pauvres, fut blessé dans la rue, le 16 juillet iSaS, au côté droit, par un soldat, avec un couteau de poche ordinaire. Après avoir reçu cette blessure , cet enfant se hâta de se lendre chez ses parens, qui demeuraient a environ un quart de lieue de là j mais, en arrivant , il tomba
346 NEPHIUÏJE SIMPLE AIGUE
épuisé. Un chirurgien qu'on fit appeler déclara que la blessure n'intéressait que la peau,- il prescrivit de l'eau-de-vie tiède à l'extérieur , et pour boisson une infusion de valériane. Le docteur V.Treyden vit cet enfant, le troisième jour de la blessure. La plaie avait trois quarts de pouce d'étendue ; elle était située au côté droit du corps , à trois pouces environ des dernières vertèbres du dos. Comme on avait négligé de tenir la blessure ouverte par un bourdonnet , elle s'était fermée depuis vingt - quatre heures. Après avoir rompu cette cicatrice, on ne put pénétrer, avec une sonde, qu'à un demipouce de profondeur , et en produisant beaucoup de douleui- ; le malade ressentait dans la blessure une forte douleur qui s'étendait dans la direction de l'uretère du côté droit. L'abdomen était considérablement gonflé et tenduj le testicule droit était rétracté d'une manière spasraodique. L'urine était sanguinolente, mais elle était rendue sans douleur j par momens, il y avait des nausées , et la fièvre était considérable. Une quantité notable d'urine sorlait par la blessure. La situation de la plaie et les symptômes qui l'accompagnaient annonçaient, d'une nianière certaine, la blessure dui'ein. Le docteur Y. Treyden fit poser aussitôt des sangsues, prescrivit des applications froides sur la plaie, et oi'donna une émulsion niti'ée avec addition d'un peu d'extrait de jusquiame. L'excrétion de l'urine sanguinolente cessa au bout de vingt-quatre heui es; mais les autres symptômes continuèrent; la douleur pongitive et la fièvre inflammatoire diminuèrent ; il survint un sentiment de froid, des frissons et des accès de fièvre rémittente. H sortait delà plaie un mélange d'urine et de pus dont la quantité augmenta beaucoup pendant les deux semaines suivantes. Ce jeune garçon maigrissait visiblement, et ses forces diminuaient de plus en plus; enfin il survint un dévoiement qui l'aflaiblit beaucoup. Aussilôt que celte consomption rénale s'établit, on fit prendre alternativement au malade une décoction de salep, du lichen , du quinquina et du lait avec de l'eau de chaux , et il fut mit à un régime analeptique. Sous l'in- Uutnce de ces moyens , vers la fin de septembre , la fièvre purulente se modéra ; il s'écoula moins de pus et d'urine par l'ou-
verture extérieure j le malade reprit des forces et des cliairs; la plaie se i-emplit de plus en plus, et, douze mois après l'accident, la blessure était tout-à-fait fermée; enfin, après une atondanle excrétion d'urine , cet enfant fut complètement guéri.
Obs» V.— Coup d'épée dans la région lombaire gauche; ischurie alternant avec le pissement de sang; douleurs néplirctiques pendant trois ans (Bohu. De renuntiatione lulnerum, seu Dulnerum lethalium examen. Leipsik, 1755. 8". — Hibl. inéd., t. XV. p. 3o4).
Un garçon baigneur reçut un coup d'épée dans la région lombaire gauclie ; axissitôt, hémorrhagie considérable suivie de défaillance; puis, nausées, vomissemens, et tous les symptô^ mes propres à l'inflammation du rein. L'ischurie alterne avec le pissement de sang. Ce n'est qu'au bout de trois mois que les accidens se calment. Le blessé vécut encore trois ans pendant lesquels il fut sujet à de violens accès de néphrétique.
§ 377. Néphrite simple aiguë {si/mpiômes inflammatoires).
Cette forme de néphrite est une des moins graves, lors même que les symptômes inflammatoires sont le plus prononcés. Les observalionsYIet VII sont des exemples biencaractérisés de cette forme de néphrite et du traitement qui lui est généralement applicable. Les symptômes de la maladie sont si tranchés que le diagnostic ne peut offrir aucune incertitude. J'ai, à dessein, rapproché de ces deux observations un troisième exemple de néphrite offrant aussi des symptômes franchement inflammatoires, mais qui, par sa marche et par la succession presque non interrompue des attaques, appartient réellement autant à la néphrite chronique qu'à la néphrite aigué. Une autre circonstance de ce fait mérite encore d'être notée : c'est le soulagement que le malade éprouvait lorsqu'il expulsait des gaz de l'intestin. On ne peut supposer que, dans ce cas, la douleur fût produite uniquement par une coUque venteuse, car il y avait suppression d'urine, rétraclien du testicule gauche, engourdissement de la cuisse du même côté , et d'autres symptômes de néphrite.
348 WÉPHRITK SIMPLE AICUE
D'autres exemples de néphrite simple , caractérisée par des symptômes franchement inflammatoires, ont été publiés par Hoffmann (i), par MM. Carraud (2), Bressand (3), Duchemin (4), Sellier, etc.
Obs. VI. — A la suite de veilles, douleurs dans la région rénale gauche ; rétraction dn testicule ; engourdissement de la cuisse ; plusieurs saignées ; bains, guérison (Terreux (P. Philibert). Essai sur la néphrite aiguë simple, p. lô. in-4''' Paris. 1824).
M. K...J étudiant en droit, né de parens sujets à la néphrite, âgé de 25 ans, d'une constitution forte, et menant une vie régulière , à la suite de travaux prolongés pendant plusieurs nuits, est pris le matin de douleurs sourdes, profondes, dans la région rénale gauche; quinze sangsues, des cataplasmes èmolliens furent appliqués, le soir, sur l'endroit malade. Quelque temps après l'emploi de ce moyen , les douleurs s'exaspèrent, le malade n'ose plus se remuer; le testicule est rétracté, la chaleur mordicante , la langue rouge , la soif vive, le pouls petit, serré, fréquent; les urines sont rares, brûlantes, la respiration est précipitée ; la cuisse est le siège d'engourdissement, d'une torpeur profonde. Le matin, deuxième jour, on pratiqua une large saignée au bras ; on couvrit la région rénale de cataplasmes faits avec la morelle noire. Léger soulagement dans les douleurs , les autres symptômes inflammatoires parcourent leur période {nouvelle saignée au hras , quinze sangsues à la marge de l'anus, continuation des cataplasmes, diète absolue, bains lièdes). Soulagement instantané : le malade dormit une partie de la nuit. Le troisième jour, on observe une diminution dans les symptômes inflammatoires {diète, iains tiède s , ioissons adoucissantes). Quatrième jour : la chaleur est assez
(1) Hoffmann (Fred.). De /eùre nephrelicâ, obs. 4-
(2) Carraud. Diss. sur la néphrite, obs. i. p. 25. in-4°. Paris. l8l3.
(3) Bressand. Diss. sur la néphrite, p. i5. Paris. 1814.
(4) Duchemin, Diss. sur la néphrite, obs. 2. Paris. 1818, (Dans cette observation , l'intensité de la douleur était telle que la maladie ressemblait à une colic[ue néphrétique : il n'est cependant pas fait mention de gravellc.)
AVEC SYMPTÔMES INFLA.MMAT01IIES. 349
naturelle, le pouls est movi, moins fréquent, les urines sont colorées; elles déposent un sédiment rougeâtre : la convalescence commence. On a eu recours, depuis cette époque, aux boissons adoucissantes, aux lavemens, aux bains, aux cataplasmes, et le malade a repris ses occupations. Cependant , comme il éprouve encore quelques douleurs très légères , il est allé con- Sïdter un professeur decette école , qui lui a conseillé les eaux minérales alcalines, dont il s'est très bien trouvé.
Obs. VII. — Douleurs très aiguës daos'Ia région rénale gaacLe ; émission rare et douloureuse de l'urine ; urine rougeâtre et peu abondante; saignée, ventouses scarifiées; guérison rapide ( Sellier ( Jean-Pierre-Paul-Marie ). Biss.surla néphrite, p. i5. in-4''. Paris. i823. Obs. communiquée par M. le docteur Gondret).
Caron , âgé de 45 ans , d'une forte constitution , cocher de M. le lieutenant-général comte de Béthisy, fut pris tout-àcoup et sans cause connue, dans la nuit du 27 au a8 juin 182 1 , de douleurs extrêmement aiguës dans la région du rein gauche, qui se propageaient dans tout l'hypogastre. Le 28 juin i8ai , à six heures du matin , il me présenta le tableau suivant : tout le corps est couvert de sueur; la face offre l'expression de l'anxiété; la langue est un peu sèche; la circulation est caractérisée par quatre-vingt-dix pulsations, qui résistent fortement au doigt. Le malade accuse des douleurs lancinantes dans le jein gauche. La région iliaque gauche et celle de la vessie sont légèrement tendues et très sensibles au toucher. Le malade se plaint également de sensation de chaleur et de pesanteur dans ces parties ; l'émission des urines est rare et douloureuse ; ce liquide est rougeâtre et en petite quantité. Ainsi que je l'avais plusieurs fois pratiqué dans la néphrite, d'après le conseil d'Arétée, de Cappadoce, j'applique sur la région lombaire gauche une ventouse scarifiée , à l'aide de laquelle il sort environ une once et demie de sang; le malade commence à sentir du soulagement. Je pose ensuite des ventouses également scarifiées sur la région iliaque gauche et au périnée : il en résulte l'évacuation de deux onces de sang, et, au même instant, tout l'appareil morbifique se dissipe presque entièrement. Le mou-
35o wÉpnRiTr simple aiguk
vement de la circulation est ralenti jusqu'au type naturel. Je prescris de l'eau de graine de lin et du sirop de gomme pour boisson , un lavement simple , un demi-bain ; et , comme je rie pouvais revoir le malade de quelques heures , j'ordonne l'application de dix sangsues à l'anus, pour le cas seulement oii les douleurs se renouvelleraient. Ce dernier moyen fut toutà-fait inutile. Dans la journée même, la santé de Caron était parfaitement rétablie; il n'a pas éprouvé, depuis un an, la moindre atteinte de cette affection.
Obs. VIII.— Douleur lombaire du côté gauche; suppression de l'urine; rétraction du testicule ; engourdissement de la cuisse; cessation et retour de ces accidens à plusieurs reprises; soulagement extraordinaire à la suite d'un dégagement de gaz par l'intestin (Bernardy (Nicolas de). Considérations générales sur la néphrite idiopathique , p. ii. Paris. ï83o. in-4'').
Le sieur B... , âgé de 22 ans, ayant joui constamment d'une bonne santé , fut atteint tout-à-coup d'une douleur très forte dans les lombes du côté gauche , avec suppression d'urine , rétraction du testicule et engourdissement de la cuisse du même côté. Cette attaque de néphrite bien caractérisée fut quelque temps sans se renouveler ; elle avait cédé , la première fois , à l'emploi d'un lavement et d'un cataplasme de farine de graine de lin. La deuxième attaque fut plus violente et céda difficilement aux laveraens, aux boissons émoUientes et aux cataplasmes; les troisième et quatrième^ survenues à distances plus rapprochées , furent beaucoup plus douloureuses et plus opiniâtres. Enfin , cette alternative d'attaques et de repos dura à-peu-près trois mois; alors elles devinrent plus rapprochées, et ne laissèrent au malade qu'un ou deux jours de repos pendant deux mois. Les médicamens mis en usage contre cette affection furent inefficaces ; et , au bout de cinq mois , la néphrite , au lieu de tendre vers sa fin, fut journalière , et si violente que les vomissemens avaient assez souvent lieu. Le testicule du même côté était très douloureux et tellement rétracté , qu'il disparaissait sous les tégumens de l'abdomen. La cuisse participait énergiquement à ce désordre ; le pouls était dm- , précipité, la peau brûlante, la soif, d'ailleurs, peu vive ; les
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urines ne coulaient presque pas; leur expulsion était très difficile et douloureuse; elles présentaient uno couleur jaune , et, quand on les laissait déposer dans le vase, on remarquait dans le fond une légère couche de couleur roussâtre.
Les lavemens, les boissons et les applications émoUientes, les diurétiques faibles administrés journelleinent , ne produisaient pas la résolution de la maladie , pas plus que les sangsues à l'anus. Les attaques se renouvelaient tous les jours et quelquefois deux fois , surtout le soir après le léger repas que prenait le malade, et presque toujours avec beaucoup d'intensité. C'est dans un moment de ces fortes douleurs, et après une heure de cruelles souffrances , que le malade , assis sur une chaise basse et ayant les jambes croisées, appuya assez fortement la main gauche sur les lombes , sentit du soulagement par cette pression, la continua en l'augmentant , rendit beaucoup de gaz, et se trouva, au bout de quelques instans, guéri d'une des plus fortes douleurs qu'il ei\t éprouvées.
Le malade s' apercevant que les remèdes n'avaient pas amené la résolution de la maladie, renonça à leur emploi, et, toutes les fois qu'il ressentait de la douleur dans le rein, il se plaçait sur une chaise basse, croisait fortement ses jambes, pressait avec le pouce sur la région du rein ; si la douleur était très forte , une pression de dix minutes à un quart d'heure suffisait ; si elle était plus faible, quelques minutes faisaient disparaître la douleur.
Le malade a souffert et s'est constamment guéri de cette manière , pendant quatre ans. Alors, sa position a changé; il n'a plus été assujéti à la contrainte qu'il éprouvait j l'appétit est revenu, les digestions se sont bien faites, l'embonpoint a fait place à un amaigrissement considérable , et les douleurs ont disparu comme par enchantement. Depuis six ans qu'il est guéri , il n'en a pas éprouvé une seule atteinte.
$ 378. Néphrite simple aiguë {symptômes cérébraux).
Le diagnostic de cette forme de la néphrite simple offre quelquefois des difficultés et des incertitudes. La continuité et
352 NÉPHRITE SIMPLE ATGUÉ
l'intensité des vomisseraens peuvent faire supposer l'existence d'une inflammation très violente du péritoine, de l'épiploon ou de l'estomac. Toutefois, dans le plus grand nombre des cas, le siège de la douleur dans la région lombaire, la diminution de la sécrétion de l'urine, ou sa suppression, indiquent que le rein est l'organe affecté; mais pour cela, l'incertitude n'a pas cessé complètement. De tels accidens peuvent être produits par un calcul ou des graviers engagés dans les calices, le bassinet ou l'uretère. Toutefois, la marche de la maladie et l'examen cliimico-microscopique du sédiment de l'urine, permettent quelquefois d'apporter dans le diagnostic toute la précision désirable.
La suppression d'urine est presque toujours complète pendant quelques jours, dans cette forme de néphrite. Aussi, plusieurs auteurs l'ont-ils décrite sous le nom à'ischurie rénale. D'un autre côté , le développement rapide et l'intensité des symptômes cérébraux, surtout chez les vieillards, ont pu tromper sur le véritable siège et sur la nature de la maladie, dans des cas oiila douleur rénale était peu prononcée. Du reste, on n'observe pas une très grande variété dans les symptômes cérébraux : ce sont quelquefois des mouvemens convulsifs et le plus souvent un état comateux, précédés d'insomnie ou de rêves pénibles et fatigans. On n'a encore publié qu'un petit nombre d'exemples bien caractérisés de cette forme de néphrite ; mais on trouve, sous d'autres noms, des faits qui se rapprochent évidemment de cette forme, par leurs symptômes et quelquefois par leurs lésions anatomiques. Telles sont, une observation de Foreest (i), une de Tweeddale (a), et plusieurs observations d'Abercrombie (3), de M, J. A. Wilson (4).
(i) Forestns. Ohs. et curât, med. : De renmn morbis, obs. 8.
(a) LoTid. med. and phys. Journal, febr. 1822 Biblioth. méd,, t. usviii,
(3) Abercrombie. Observations on ischuria renalis (Edinb. med. and snrg. journ., vol, xvii. p. 210).
(4) Lond. med. Gazette, vol. xt. p. 777. (On fits and sndden death in connexion -with diseases of tlie kidneys). — Archiv, génér, de méd., 2* série, tom. xvtr. p. 406).