ET GROSSESSE
se propagent aux veines rénales , en suivant la veine ovarique.
D'un autre côté, des inflammations graves des reins, et, en particulier, des néphrites et des pyélites calculeuses ontété notées comme des causes d'avortement.
Chez l'homme , relativement h la néphrite, on a indiqué l'influence des maladies de la prostate, et peut-être celle de quelques engorgemens des vésicules séminales et du tigsu cellulaire qui les entoure. Quant aux i-apports des maladies de l'urèthre, j'en ai également traité, en décrivant les maladies des voies urinaires.
§ 430. La grossesse et surtout les grossesses répétées ont sur les reïns une influence analogue à celle qu'exercent les tumeurs situées dans l'excavation du bassin. Et si les douleurs de reins, dont se plaignent souvent les femmes, à une certaine époque de la grossesse, doivent être attribuées, dans le plus grand nombre de cas, à la compression des viscères abdominaux, à la distension et aux tiraillemens qu'éprouvent les parties voisines de l'utérus et les plexus nerveux sacro-lombaires, il est incontestable aussi, que ces douleurs dépendent quelquefois d'une aflfection rénale qui serait considérée comme moiqsrare si elle était plus souvent recherchée.
Parmi les maladies que l'on observe chez les femmes grosses, les accoucheurs ont signalé la rétention et l'incontinence d'urine, la dysurie et la strangurie. On a cité des cas de néphrite, on en a trouvé des traces, non équivoques à la suite de grossesses répétées.
Si la grossesse peut occasioner la néphrite , à plus fortç raison est-elle un état fâcheux pour les femmes atteintes de néphrite, de pyélite ou de pyélo -néphrite çhronique- En décrivantla pyélo-néphrile calculeuse, je rapporterai plusieurs observations (1) qui prouveront que ces maladies ont, dans quelques cas, déterminé l'avortement ; que, dans quelques autres, elles ont rendu l'accouchement très pénible et très douloureux, et qu'à la suite des couches elles ont été l'occasion d'accidens graves et quelquefois mortels.
(i) Conaultoz : Plater. Observai, lib. il. p. 467. — Morgagni. De sedibus et causis inorborum. Epist. 4o. sect. iS.
Tr:ÉPHRITE SIMPLE
Obs. LXIII. — Chute sur le côté droit au cinquième mois de la grossesse; à six mois et demi, nouvelle chute sur le côté droit; urines purulentes et alcalines ; pyélo-néphritc et cystite.
Marie-Judilb M... , lingère, fut admise le 17 décembre i835 à l'hôpital de la Charité. Agée de 24 ans, d'une taille moyenne, d'une constitution assez forte, ayant toujours été bien réglée, elle était à sa première grossesse. Elle rapporte qu'elle eut , au début de sa grossesse, des vomissemens de sang et de bile. A cinq mois le pied lui glissa dans un escalier, et elle tomba sur le côté droit. Elle éprouva , dans ce côté , une douleur très vive, et ne put se relever elle-même ; cependant elle marcha pendant un quart d'heure, étant soutenue, mais se plaignant toujours de sa douleur. Elle fut saignée le lendemain , prit de la tisane de mauve et huit bains de siège. Un mois après elle reprit son travail. Elle n'avait point uriné de sang.
Quinze jours avant d'entrer à l'hôpital, nouvelle chute (r; sur le côté droit; point d'urine sanguinolente; le malade remarque seulement qu'elle rend un peu de sang par le vagin.
Le lendemain de son entrée, on reconnaît dans l'urine du pus, qui, par le repos, se dépose dans le vase et forme au fond une couclae d'un blanc mat. Les urines sont alcalines {.chiendent, réglisse; eau de Contrexeville ; régime doux). Développement du ventre , comme au septième mois de la grossesse. Avec le stéthoscope on entend les battemens du cœur de l'enfant, le souffle placentaire, et, par intervalle, un mouvement de choc communiqiié par le fœtus. La région rénale est maintenant moins douloureuse (il y a eu antérieurement douleur vive au côté droit des lombes); point de douleur dans la direction de l'uretère, mais picotement dans la région de la vessie; l'émission des urines , plus fréquente qu'en santé , se fait à-peu-près huit fois dans la journée, avec un sentiment de chaleur à la vessie lorsqu'elles ont été rendues. La cuisse n'est point douloureuse j mais, quand la malade va pour se lever, elle
(i) J'ai soupçonné que les chutes et les bains du siège i>onvaicnt être une manœuvre pour provoquer un avortcment.
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éprouve un engoiirdissement dans la cuisse et la jambe droite ; point d'envies de vomir, selles naturelles, digestions faciles, appétit excellent, respiration normale, pouls bon.
Les jours suivans, identité complète des symptômes. Tous les jours, on retrouve dans les urines, au fond du vase , une couche de pus, d'une à deux lignes de hauteur, d'un blanc mat semblable à celui de la cire ; l'urine est alcaline , la fin de l'émission est douloureuse.
Les 5 et 6 janvier, le malade éprouve, dans le dos et les reins, des douleurs extrêmement vives (sans exagération des autres symptômes de l'affection des voies urinaires), douleurs qui font croire à un avortement prochain. Le 7, ces douleui s se calment, et, jusqu'au 1 1 janvier, jour oii la malade quitte l'hôpital , contre mon avis, rien ne vient changer . l'uniformité quotidienne des symptômes.
Obs. LXIV. — Au quatrième mois de la grossesse, palpitations; hypertrophie du cœur; inflammation du sommet des poumons et broDchorrée;mort; inflammation latente du rein droit.
Une brodeuse , âgée de 2g ans, d'un tempérament lymphatique-sanguin, blonde, entra à l'hôpital de la Charité, le 7 février i836, dans le service de M.Rullier. Celte femme, grosse de quatre mois, se plaignait de palpitations, de maux de tête ; le pouls était fort et plein; baltemens du cœur énergiques, oppression, abdomen assez développé {saignée , tisane de tilleul). La saignée est répétée à la fin de février ; palpitations sans bruits morbides au cœur; dyspnée; on entend et on senties mouvemens du fœtus, et, en appuyant fortement le stéthoscope sur l'hypogastre , on perçoit les bruits du cœur du fœtus ( teinture de digitale XV gouttes, ■pilules de camphre el d'opium).
Dans le mois de mars, nouvelle oppression, nouvelles palpitations , pesanteur de tête ( saignée). Le 18 mars , sur les dix heures du soir, grande oppression, douleur de poitrine, étouffemens. L'élève de garde appelé fait mettre des sinapismes qui semblent calmer les accidens; ils reparaissent avec plus d'intensité daps la nuit, et la malade meurt à cinq heures du ma-
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tin. On pratique l'opération césarienne , et le fœtus est retiré mort. J'assistai à l'ouverture du cadavre.
Autopsie, le ao mars. — Téte. Le cprveauest ferme et fortement injecté ; quantité notable de sérosité rose dans les ventricules latéraux. Thorax. Environ une livre de sérosité cilrine dans la plèvre droite; dans la gauche huit onces au plus de sérosité. Anciennes adhérences. Hépatisalion rouge d'une grande partie du lobe supérieur des deux poumons, surtout du poumon droit. Il sort des autres parties de ces organës une grande quantité de sérosité rouge, spumeuse. Lesbronches sont complètement remplies d'une écume rosée qui refluait par la bouche, avant l'autopsie , lorsqu'on pressait sur le thorax.
Le cœur est hypertrophié ; il y a <^elques plaques blanches cartilagineuses à sa surface.
Abdomen. Foie sain; quelques plaques osseuses et cartilagi'^ ueusesàla surface delà rate; vessie petite, contenant un peu d'urine trouble, jaunâtre ; sa membrane muqueuse est rouge et injectée. Rein gauche sain. Le rein droit, dur et ferme, offre à sa surface, de petites plaques blanches. A sa partie moyenne, on trouve , dans l'épaisseur de sa substance , une excavation pouvant loger un petit œuf de pigeon, et qui contenait un pus liquide, mélangé de grumeaux noirs , s'écrasant facilement entre les doigts. Deux autres petits foyers purulens existaient dans ce rein. Le bassinet et les calices étaient dilatés et contenaient du pus. L'uretère du côté droit était dilaté, et ses parois étaient ahiincies. L'appareil digestif était sain. L'utérus avait les dimensions qu'il offre ordinairement à cette époque de la grossesse.
Obs. LXV. — Dix-sept grossesses. — A r.^ge critique, symptômes de maladie du cœur; hydropisie générale; urines non cosgulables; traces de néphrites (endurcissement; granulations et dépressions de la substance corticale) ; dilatation du cœur ; traces d'enJo - péricardite ; bruit de rouet; épancLemens séreux dans l'abdomen et la poitrine.
Marie-Louise Deschamps, âgée de 53 ans, blanchisâeusé , entra à l'hôpital de la Charité, le i5 juin i835. Cette femme, d'une bonne conslitulion, réglée à la ans , n'a
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cessé de l'être que depuis trois mois. Elle a eu. dix-sept enf'ans qu'elle a nourris. Elle affirme qu'elle n'avait jamais été malade, lorsqu'ily a deux mois, tout-à-coup, et sans qu'elle fût antérieurement indisposée, elle éprouva des batlemens de cœur, se trouva mal et tomba dans la rue; On la ramena chez elle, et ce ne fut qu'après trois heures de souHranceet de malaise qu'elle se remit de cet accident.
Auparavant, elle n'avait jamais eu de palpitations, ni de douleurs dans la poitrine; jamais elle n'avait en la respiration courte i jamais la marche, ni le travail, ne lui avaient occasioné d'étouffemens ou de battemens de cœur. Mais, pour la première fois, ses règles lui manquaient. Depuis ,les battemens du cœur, les palpitations , la gêne de la respiration, les étouffemeos ont continué , variant beaucoup d'un jour à l'autre. Elle ' est restée chez elle , en repos , ne prenant que fort peu de nourriture; elle n'éprouvait pas de douleurs à la région du cœur» Elle sentait quelquefois une barre à la base de la poitrine.
Depuis i5 jours ( 6 semaines après la chute) , les pieds, les jambes et les cuisses se sontœdémaliés. Uy a delasérosilé épanchée dans la cavité du péritoine; les flancs et l'hypogastre sont mats à la percussion , jusqu'à trois travers de doigt au-dessus du pubis. La respiration est pure ; le haut de la poitrine résonne assez bien; mais à la base il y a matité complète, et on y entend fort peu la respiration. Les battemens du cœur sont très irréguliers, rapides, et s'entendent dans tous les points de la poitrine; le pouls bat plus de 120 pulsatiuns par minute. A gauche , le premier bruit du cœur , accompagné d'un bruit de frottement, se prolonge jusqu'au deuxième bruit, de sorté qu'on ne reconnaît pas le petit intervalle qui les sépare ordinairement.
Les urines, moins abondantes qu'en santé, ne précipitent pas par l'acide nitrique et ne se troublent pas par la chaleur»
Le i6,lamaladea eu des étouffemens; elle estobligée de rester presque toujours assise; respiration courte, pas de toux, ni crachats, ni râle. Pouls fréquent, plus de lao pulsations par minute, irrégulier, petit. La malade sent Une barre à là base de la poitrine, et, si elle fait des iflouvemens un peu étendus,
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le cœur lui bat très fort , la respiration, manque , et elle est obligée de rester inamobile quelques inslans ; ces crises ne durent pas plus d'une minute et demie à deux minutes.
Le 17, même état ; l'auscultation du cœur donne les mêmes signes; à gauche, les deux bruits du cœur sont réunis en un seul; la fin de ce bruit est sourde; on compare ce bruit à celui d'un rouet; plus fort au début, plus faible au milieu, il se termine par un choc sourd.
Le 19, le plus petit mouvement de la malade, celui même pour prendre sa tasse et boire , lui fait éprouver un accès d'étouffement. Les battemens du cœur sont forts et rapides; le pouls est petit , à peine sensible.
Le 20, la malade est dans la plus grande agitation; la face est pâle , les lèvres violettes , le pouls à peine sensible aux artères radiales. Les membres inférieurs sont plus enflés; le liquide épanché dans le ventre s'élève jusqu'au nombril. Matité à la base de la poitrine , lorsque la malade est assise ; matité dans la moitié postérieure des côtés de la poitrine , si elle est couchée ; gémissement et râle sibilant, en arrière et en haut des deux côtés, siirtout dans l'inspiration.
Le pouls , à peine sensible , bat plus de iSo fois par minute. Bruit de frottement à la pointe du cœur et sous le téton gauche ; à gauche les deux bruits du cœur réunis ; à droite les deux bruits du cœur distincts ( saigjièe du bras, vèsicaioire ait sternum, sinapisme, potion èlhèrée). Le soir, même état. Mort le 2 1, à 8 heures du matin.
Aitiopsieàn cadavre, 24 heures après la mort. État extérieur. OEdème considérable des membres inférieurs et des parties externes de la génération ; ventre distendu.
Tête. Le cerveau et le cervelet n'oflfrent pas d'altération ; il n'y a presque pas de sérosité infiltrée dans la pie-mère; les ventricules cérébraux contiennent environ deux onces de liquide. Poitrine. Il y a plus d'un litre de sérosité cilrine, transparente , et sans flocons dans chaque plèvre ; les poumons , refoulés par le liquide en avant, s'y trouvaient maintenus par d'anciennes adhérences celluleuses. Il n'y a pas d'œdème à la partie postérieure des poumons, qui sont crépitans et ne pré-
jf/i* grossesse.
sentent ni engouement, ni hépalisation, ni tubercules ; la membrane muqueuse des bronches est un peu rouge.
Le péricarde contient au moins quatre onces de sérosité presque limpide et de petits flocons blanchâtres. Le cœur, volumineux, distendu par du sang, est gros deux fois comme le poing du sujet. Sur sa face antérieure, à un pouce et demi de la pointe, il y aune plaque blanchâtre, de douze lignes de haut sur six de large , de consistance cartilagineuse, polie à la surface ; sur l'oreillette droite , on trouve quelques petits flocons blanchâtres, qu'on enlève facilement avec le scalpel , et on remarque quelques ecchymoses au-dessous du feuillet séreux du péricarde ; on en voit aussi au-dessous de la plèvre et du péritoine.
Cœur volumineux ; dilatation sans'augmentation d'épaisseur de ses parois. Le tissu du cœur a sa consistance naturelle, mais il est un peu pâle ; sa membrane interne est transparente dans toute l'étendue du cœur droit; les valvules de l'artère pulmonaire et la valvule tricuspide sont loul-à-fc^it à l'état sain. La valvule mitrale (auriculo-ventriculaire gauche) est blanche, opaque, épaissie, cartilaginifiée , peu élastique et assez solide pour qu'elle ne puisse pas complètement s'appliquer sans la pression du doigt , et fermer la communication avec l'oreillette. Vu de l'intérieur de l'oreillette, l'orifice est infundibuliforrae , et le sommet de la valvule fait une espèce d'anneau solide qui laisse passer le doigt indicateur. Les valvules de l'aorte sont également altérées, épaissies par le dépôt d'une substance blanche , semblable à celle qui se trouve sur les feuillets de la valvule mitrale j c'est surtout leur bord libre qui est induré j on voit à chacune d'elles, sur la face qui répond au cœur, une espèce d'appendice, long d'une ligne et demie , assez dur, de la consistance de l'épiglotte , et qui , par sa présence ,' rétrécit notablement l'orifice aortique. La base de ces valvules étant exempte d'altération, elles peuvent assezbien se réappliquer l'une contre l'autre de manière qu'il n'y ait pas d'insuffisance. L'orifice aortique est notablement rétréci.
La membrane interne de l'oreillette gauche a perdu sa transparence,elle est blanchâtre, épaisse. Dans l'appendice deVcjr ciU
5l4 NÉPHRITE SIMPLE
lette on trouve deux caillots durs, en tout semblables à ceux qu'on rencontre dans les veines enflammées; ils ont un aspect marbré de blanc et de rouge, et ressemblent à un mélange de sang coagulé avec un peu de madère plastique grisâtre. Si, avec le doigt, on frotte la membrane interne du ventricule gauche dans quelques points circonscrits, aux environs des valvules aorliques oii elle est opaque, on enlève un petit feuillet blanchâtre, très mince.
L'aorte ne présente pas de dilatation. A un pouce de sa naissance on voit j au-dessous de la membrane séreuse , deux petits dépôts d'une substance plastique ; sa face interne n'offre pas de rougeur.
Abdomen. La cavité du péritoine contient environ quatre liti'es de sérosité citrine; de petites fausses membranes sont déposées en forme de granulations fines à la surface du foie.
La rate est dure , longue de quati'e pouces sur deux et demi de large. Il y a dans son tissu quelques portions plus noires , comme des ecchymoses.
Le foie, de volume ordinaire , est gorgé de sang. A la coupe , son tissu offre un mélange de grains jaunes et de grains rouges ; les voies biliaii'es n'offrent pas d'altération.
L'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin présentent, à l'intérieur, une rougeur générale presque uniforme, dépendant de l'injection des petits vaisseaux. Nulle part on ne trouve de rougeur pointiliée , ou d'ecchymoses , ni de ramollissement de la membrane muqueuse; dans l'intestin grêle, on remarque quelques follicules isolés, assea développés et saillans au niveau des plaques de Peyer.
L'utérus, assez gros et durj ne présente pas d'autre altération; les ovaires sont gros 5 les trompes et les ligameus larges sont unis par des brides celluleuses anciennes.
Le rein droit, plus près de la ligne médiane qu'à l'ordinaire, est presque au-devant de la colonne vertébrale du côté droit ; il semble avoir fait un mouvement de rotation par suite duquel le hile se trouve porté en haut et le bord convexe en bas. Le reingauchese trouve à laplace ordinaire. Ils sont tous deux très durs et résistans; leurs membranes fibreuses se détachent dif*
ÈT MALADTTIS DE l'UTERUS. 5i5
lîcilement ; leur surface , d'uu rouge brun, grenue, rugueuse autouclior, offre des saillies et des dépressions, ou de véritables enfoncemens dont le fond est noirâtre. Celte altération s'étend à une ligue et demie dans l'épaisseiu' de l'organe. Les uretères sont sains.
La vessie présente intérieurement une teinte rouge, analogue à celle de l'intestin.
§ 4a I . A la suite des cojiches, les reins et plus souvent les veines rénales s'enflamment , quelquefois par suite de l'extension de la phlébite ovarique (Voyez Phlébite rénale). J'ai vu aussi, mais malheureusement je n'ai pas recueilli les détails de ce fait intéressant,, un cas de pyélo-néphrite hémorrhagique et gangreneuse chez une nouvelle accouchée qui mourut rapidement après avoir présenté les symptômes d'une fièvre purulente.
A la suite d'accouchemens longs et laborieux ou de manœuvres douloureuses dans le vagin , on a vu assez fréquemment survenir des rétentions d'urine et des inflammations de la vessie, qui, dans quelques cas, se sont propagées aux reins.
§ 4*2. Une foule de faits démontrent aussi les rapports des maladies de reins avec celles de Vutérus et de ses annexes. Les déplacemens , les rétroversions , les antéversions , les abaissemens de l'utérus , déterminent très souvent des rétentions d'urine et par suite des pyélo-néphrites ; les inflammations du vagin et de l'utérus, s'étendent quelquefois aux voies urinaires ; quelquefois aussi on a rencontré, en même temps, du pus dans l'utérus et dans les reins (i). On a publié, en outre, un assez grand nombre d'exemples d'inflammations rénales, survenues à la suite de dégénérescences cancéreuses ou squirrheuses de la matrice (a) et du vagin ou de tumeurs développées dans l'intérieur de ces organes.
Les tumeurs de l'ovaire, en comprimant l'uretère correspon-
(1) Cruveilliicr. Diss. Essdi sur tanalomie pathologique , page ']5. in-4''. Paris. 1816.
(2) Louis. Mémoire sur les concrétions calculeuses de la matrice (Mém. de l'Acad. royale de chir. t. 2. p. x4r).
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dant, s'opposent au passage de l'urine dans la vessie ; et, quoique l'hydronéphrose soit la suite la plus ordinaire de cette compression, on a vu néanmoins survenir despyélo-néphriies.
0ns. LXVI. — Légère déviation et abaissement de l'utérus; douleurs dans la région rénale droite; urines pâles, louches, muqueuses, et très peu acides.
Matillon, âgée de 25 ans, lingère, mariée, entra, le 31 septembre ï836 , à l'hôpital de la Charité.
Cette femme, très sanguine, d'une forte constitution , d'un teint coloré, n'a jamais eu la plus petite indisposition Elle a eu quatre enfans , le premier il y a huit ans , et le dernier il a cinq mois. Elle a nourri trois de ces enfans, le quatrième est anort, au bout de quatre jours, de convulsions. Tous les accouchemens ont élé naturels et sans accident, excepté le dernier; les suites de couches n'avaient pas été abondantes , et, cinq semaines après la délivrance, il y eut une perte qui dura quinze jours, et qui cessa d'elle-même. Malgré cette métrorrhagie , la malade se levait et travaillait. Depuis, elle sent un poids sur la vessie^ et elle a de fréquentes envies d'uriner. 11 y a dix jours, elle fut prise de frissons, d'une fièvre assez forte et de douleurs dans le flanc droit, à la région rénale. Auparavant elle n'avait jamais éprouvé de douleurs pareilles. Jamais ses urines n'avaient oilert de sang, ni de glaires; jamais de rétention. Trois jours après son admission à l'hôpital , elle présentait l'état suivant : douleur fixe dans le rein droit ; pression en avant et en arrière du rein , douloureuse ; cette douleur l'empêchait de dormir' sur le côté opposé , il fallait qu'elle reposât sur sou côté malade ou sur le dos. Les mouvemens de latéralité du corps sont douloureux ; le mouvement qu'elle fait pour se mettre sur son séant ne l'est point. Absence de douleur dans la direction de l'uretère et dans la vessie; point de déformation du flanc, ni de développement anomal du rein , au moins appréciable. Urines troubles, très légèrement acides et en moindre quantité que dans l'état sain. Leur couleur est d'un jaune pâle et sale.
Pouls à 94. Peau chaude , humide. Riçn de notajjlç au cœur.
ET MALADIES DE l'uTÉRUS. Sl'J
Langue blanche , soif, inappétence , point de nausées , ni de vomissemens, constipation depuis quatre jours. Le ventre n'est douloureux que dans le point que nous avons indiqué. Depuis la perte, les règles sont assez régulières ; un peu de (lueurs blanches. L'utérus est situé plus bas qu'à l'ordinaire , et les lèvres du museau de tanche, qui d'ailleurs sont lisses et sans altération notable, sont un peu tournées à gauche. Sonorité naturelle de la poitrine , excepté à la partie inférieure et postérieure du poumon gauche , ou. il y a une diminution assez notable du son, bien que la respiration y soit bonne, sans bruits morbides.
La malade fut traitée par le repos au lit, les bains, la tisane de chiendent et de réglisse; la fièvre ne dura que trois jours, la douleur diminua sensiblement, et, loi'sque la malade quitta l'hôpital, le 26 septembre, la douleur rénale avait complètement disparu; les urines étaient encore troubles et chargées de mucus ; mais elles étaient plus acides.
Ob«. LXVII. — Cancer do l'utérus et néphrite chronique.
Une femme, d'une quarantaine d'années, mourut, à l'hôpital de la Charité, d'un cancer de l'utérus. Les deux reins, durs, atrophiés , offraient en ouls e un grand nombre de petits kystes séreux. L'un d'eux (le droit) était marbré de jaune et de rouge; la surface du second présentait un grand nombre de mamelons durs, et plus rouges que les portions déprimées qui les séparaient. On voyait, dans la substance tubu.leuse, de petits kystes du volume de la tête d'une épingle; il y en avait d'autres dont la cavité pouvait contenir une noisette. Dans un cône de la substance tubuleuse existait un petit caillot de sang. Les uretères étaient un peu plus larges que dans l'état sain. Leur membrane interne et celle des bassinets étaient d'un blanc mat laiteux , bien distinct du blanc bleuâtre qu'ils offi'ent dans l'état sain. La vessie offrait quelques traces d'inflammation chronique.
Obs. LXVIII. — Tnmeur ostéo-cartilagineuse dans l'utérus , pneuniojjie ultime, et néphrite chronique.
Une femme d'un âge avancé mourut, à l'hôpital de la Charité,
5l8 NÉPHRITE SIMPLE
d'une pneumonie ultime , après quelques jours seulement de séjour. Depuis long-temps elle éprouvait souvent le besoin d'uriner, et son urine était foncée en couleur. Celle fréquence dans l'émission de l'urine était due à la présence d'une énorme tumeur osléo-cartilagineuse , qui occupait la face antérieure de l'utérus, le refoulait en bas et en arrière el soulevait le péritoine. Chacun des reins était dur, rugueux , et présentait, à sa face antérieure, une large dépression blanchâtre. Dans ce point la membrane fibreuse et le tissu cellulaire sous-fibreux étaient épaissis. A. la coupe nous vîmes que la substance corticale avait disparu, dans ce point.
§ 423. Cœlius Aurelianus (i) indique les excès vénériens ( libido venerea vehemens ) comme une des causes de la néphrite. P. Foreest (2) et Th. Bonet (3) citent des exemples de néphrites produites par cette cause. Wedel (4) a vu deux jeunes gens être atteints de néphrite, peu de temps après le mariage. Corvisart et Le Roux (5) ont rapporté un cas d'inflammation de bas-ventre , principalement du rein gauche et de la vessie , causé par des excès de débauche 5 Chopart (6) a soigné un malade atteint d'une néphrite, promptenient mortelle, survenue à la suite d'excès vénériens et d'excès d'auti'e nature. Quoique tous ces faits ne soient pas également coucluans, ils tendent certainement à prouver qu'une vive excitation des parties génitales peut , dans quelqties cas, être une cause d'inflammation des reins.
§ 4^4- Je ne sache pas que des lésions trauraatiques des Us-
(1) Cœlins Ânrelianas. De morbis acutis etchronicis: De renali passione. p. 567. "111-4°. 1709.
(2) Forestus. Observât, et curât, médicinales : De rennm morbis. — Obs. 11 et m, t. 3. p. ii5 et 116, in-fol. Rothomagi iC53.
(3) Bonet. Anat. pract. t. 2. p. 55(). De lumborum dolore, iu-folio. Lugduni 1700.
(4) Wedel. Biss. de injlammalione renum. lena. i63o.
(5) Corvisart et Leroux. Joum. de niéd. chir, et pharin. I. ir. p. 99. an rx.
(6) Chopart. Traité des maladies des voies winaircs , t. ir. p, 20. in-8". Paris i83o.
ET MALADIES DES TESTICULES. SlQ
tîcjilcs ou de leurs enveloppes aient jamais été suivies de néphrite. Quant aux douleurs vives que les malades éprouvent quelquefois aux régions rénales, dans le traitement de l'hydrocèle par injection, ces douleurs sont passagères, et ne sont jamais suivies de néphrite. On a vu survenir une inflammation de la couche celluleuse qui enveloppe le reiu^ à la suite de la castration , lorsqu'on pratiquait la ligalui'e en masse. M. F. Pascal (i) rapporte le cas d'un boucher qui fut atteint, à la suite de la castration, d'une maladie douloureuse des reins, à laquelle il succomba plus tard sans qu'on pût en constater la nature par l'ouverture du corps. M. Leblanc m'a assuré qu'on n'observait presque jamais la néphrite chez le cheval et chez d'autres animaux, lorsque cette opération était pratiquée sur un animal sain. Pkisieurs fois j'ai vu la coïncidence de l'orchite avec la néphrite , mais c'était dans des cas de blennorrhagie très intense, et dans lesquels l'inflammation s'était propagée aux reins par la vessie ; les testicules s'étaient en même temps ou consécutivement affectés.
§ 425. Les maladies des reins semblent, au contraire, avoir une influence réelle sur les testicules. La douleur testiculaire et la rétraction du testicule sont des phénomènes très communs dans la néphrite j et surtout dans la pyélite calculeuse; il paraît même que , dans quelques cas , le testicule peut éprouver une altération profonde à la suite d'inflammations rénales ; témoin cette observation de Yan Swielen : « Yidi in homine nephritidi calculosœ obnoxio , sinistram scroti partem doluisse, ima cum levi intumescentiâ testiculi ejusdem lateris; hsec tamen mala brevi evanuerunt (2) 5). Le docteur Wentzke (3) a vu également une orchite se déclarer spontanément chez un vieillard de 63 ans, alité depuis long-temps, après une pyélo-népbrite
(t) Chopart. Traité des maladies des voies tirinaircs , t. i.p. 127.
(2) V.nn-Swietcn. Comment, in Hemi. Boerrhaa'v. Aphorism, t. v. p. 255^ in.4° 1773.
(3) Wentzte. Veher die Krankheiten der Nieren, welche durch Entziindung etc. (Rust's M.igazin fur die gesaromtc Hcilkundc. Band.sxiv, S. 452, in-S. Bcilin 1827).
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du même côté , à laquelle il succomba. M. Howsliip (i) cite aussi un cas de gonflement du testicule dans une inflammation l'énale.
Ç 4a6. Van Swieten (2) a vu l'atrophie des testicules dans un cas de néphrite calculeuse : « In juvene , dum omnia signa docebant majorera calculum in rené hœreie, incipit minui sensim testiculi cjusdera lateris moles, ita ut tandem vix uUum ejus vestigium in scroto tangi posset. » Polt (3) rapporte aussi le cas d'un jeune homme, qui, s'étant baigné dans une rivière, après un fort exercice, fut saisi d'une violente douleur de reins suivie d'un léger gonflement des testicules et de leur atrophie. Au reste, les rapports des reins avec les testicules sont beaucoup moins marqués que ceux de la vessie , de son col, et de la portion prostatique de l'urèlhre. On sait que M. Civiale (4) a fait remarquer que l'orchile était un des accidens les plus communs de la lilhotritie.
§ 427. Rajjporls de la néphrite avec les maladies cérébrales.
Divers actes des fonctions cérébrales et plusieurs maladies du cerveau ont une influence incontestable sur le développement de la néphrite. Le docteur Carraud (5) et le docteur Sellier (6) ont rapporté des cas de néphrite survenus après des émotions morales vives. Les commotions cérébrales, les épanchemens cérébraux traumatiques, les apoplexies , etc. , toutes les maladies cérébrales enfin qui donnent lieu à des rétentions d'urine, peuvent indirectement devenir des causes de néphrite, et surtout de néphrite chronique. Chez les hémiplégiques,
(1) Howsbij) (J). A piaclical treatise 01 the symptoms, etc., of ihe most important complaints that afject the sécrétion and excrétion of the urine, \>. 8. Lond. in-S. i823.
(2) Van Swieten. Comment, in Herm. Boerrhaav, Aphorism,, t. v. p. a56.
(3) Pott. Practical remarlis on the hydrocele, Case. Sy. page 22, in-8. Lond. 1762.
(4) Civiale. Traité de l'affection calculeuse, p. 444. ia-8. Paris i838.
(5) Carraud. Diss. surla néphrite, ^, 2-}. ia-f{. i8i3.
(6) Sellier, ûiss. sur néphrite, p. i.',. in-4. 1822.
ET MALADFES CÉRÉBRALES. 5a 1
jamais la vessie ne se vide complètement, et la rétention d'urine finit par occasioner des cystites légères , habituelles, et presque toujours des pyélites et des pyélo-néphrites.
En d'autres cas , non-seulement il survient rapidement des symptômes cérébraux très graves dans la néphrite (§ SyS), mais il peut même se déclarer de véritables affections cérébrales. De tels accidens surviennent non-seulement à la suite des néphrites, mais encore par le fait d'autres maladies des reins dont la nature n'est pas évidemment inflammatoire. Un des symptômes les plus frappans de ces affections est la suspension de la sécrétion urinaire à laquelle succèdent l'altération du sang et le développement des accidens cérébraux ; accidens accompagnés ou non d'épanchemens séreux, et qu'on a désignés, dans ces derniers temps, sous le nom de -fièvre hydrocèphaliquc ou de fièvre cérébrale , ou bien qui se terminent par des attaques convulsives ou èj)ilepti formes . Il faut rapprocher des observations de Willan et d'Abercrombie faites à ce sujet, et qui ont déjà été indiquées (^Sgi et 392), celles de Sir Henry Halfort (i) , de M.J. Fosbroke (2), et du docteur Bright (3). Ces affections cérébrales se distinguent des vraies hydrocéphales aiguës et des méningites, en ce que celles-ci ne sont pas précédées de la suspension de la sécrétion urinaire.
Au reste, lorsque je traiterai du développement des symptômes cérébraux et de l'altération du sang chez les individus atteints de néphrite arthritique ou de néphrite albumineuse, et lorsque je ferai l'histoire de l'ischurie, j'aurai l'occasion de revenir sur ce sujet important, dont l'étude offre à-la-fois tant d'intérêt et de difficultés. Mais je crois devoir rappeler ici, que cette influence des affections rénales et des altérations de la sécré-
(i) Halfort (Sir Henry). On the necessky oj caution in, ihe eslimalinn 0/ symptoms in the last stages 0/ some diseuses (Médical, transact. publisLed by the collège of pliysicans in London, vol. vi. p. 398.
(9.) Fosbroke (John). Practical observations on certain pathological relu' lions wliick exist between the kidneys and other organs cf the human hody especially tlie brain, etc. in-8. Cbelteuham, iSaS.
(3) Brigbt. Reports 0/ médical cases, vol. 11. (Eiliait: Loi\d. med. Caj, vol. IX. p. (j44).
52a NÉPHRITE SIMPLE
tion urinaire , sur le développement des symptômes et des accidens cérébraux, trop peu étudiés dans ces derniers temps, avait très anciennement attiré l'attention des observateurs. Sans doute, il n'est pas démontré que les douleurs lombaires mentionnées par Hippocrate (i), comme pouvant être suivies de symptômes cérébraux très graves, eussent leur siège dans les reins; mais l'attention appelée sur ce point devait conduire plus tard à des observations plus complètes.
Arélée (2) nota le développement des symptômes cérébraux dans la néphrite. Long-temps après, Baillou(3) cita un cas de suppression d'urine suivie de coma; Yan Helmont (4) elJ. B. Moutano (5), remarquèrent des cas de suppression d'urine suivie de convulsioîis, etc.; enfin Morgagni (6) rapporta plusieurs exemples de maladies des reins ou de suppressions d'urine, suivies de convulsions ou d'autres accidens cérébraux.
§ 428. M. Calmeil (7) dit que, chez les aliénés, les reins sont à-peu-près toujours sains. Sur cent cas de folie avec ouverture du corps, il n'a noté qu'une fois du pus dans les reins, et quatre fois une rougeur morbide du tissu de ces organes.
Suivant le même auteur (8), la néphrite se manifeste presque exclusivement chez les paralytiques en démence, dont la vessie est comme hypertrophiée. L'urine s'épaissit et contracte une odeur désagréable; elle séjourne dans les bassinets et dans les calices ; le rein devient d'un rouge très foncé ; il est le siège d'une congestion sanguine très vive , et deux fois même , dit-il, il a recueilli du pus dans la substance corticale des reins. Ces néphrites n'avaient pas été diagnostiquées.
(1) Hippocratis Opéra , 2 sect. p. 168. ed. Foës.
(2) Arctœi De causis et signis acutor. et diulurn. morhoruin, p. 54.
(3) Ballonii Opéra. Paradigmata, ï38.
(4) "Van Helmont. De Uthiasi, cap. 7.
(5) Moutanus (J. B.) Consil. n°. 52.
(6) Morgagni. De sed. et caiis. morbor, Epist. s. art. i3.
(7) Dict, de méd, 2* édit. p. 200 {Maladies des aliénés).
(8) Dict. de méd. 1" édit. p. ig6 (art. Folîi). — M. Bonilland a pnblîé un cas de uéphritc observé chez une femme atteinte d'une démence scnilc {Joiirn. complém., tom. xxi. p. i5).