‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] (volume 3)Chapitre 55 sur 81 · ET FOLIE · texte numérisé non relu

ET FOLIE

Je n'ai fait que peu de recherches sur l'état des reins chez les aliénés. Je rapporterai le fait assez curieux d'un maniaque , qui croyait avoir le cliahlc dans le côté droit, vers la région lombaire, et chez lequel , après la mort , on trouva le rein droit altéré et l'urclcre correspondant très dilaté. De tels faits doivent être rares, et leur diagnostic est d'une grande dillicullé. Au milieu du désordre général des idées des aliénés, il est bien difficile d'apprécier la valeur d'une plainte, d'une douleur locale , dans le coié ou dans les lombes; des maladies du foie, des calculs biliaires, des péritonites spléniques ou des maladies de la rate, peuvent aussi donner lieu à des douleurs lombaires avec ou sans vomissemens , etc. L'examen de l'urine, fait avec soin pendant plusieurs jours, pourrait, seul, dans quelques cas lever les incertitudes.

Oes. LXIX. — Folie ; douleurs dans tout le corps , et spécialement dans la région lombaire du cûté droit; chute; fracture du col du fémur; scorbut; traces de néphrite et graviers dans le rein droit; dilatation de l'uretère correspondant.

Un homme de 56 ans , d'une taille peu élevée , bien conformé, d'un tempérament bilieux-sanguin , fut frappé d'aliénation mentale. Sa démarche était lente ; sa physionomie exprimait la souffrance et une sorte de terreur,- ses plaintes étaient continuelles ; il ne cessait d'accuser des douleurs dans toutes les parties du corps, mais particulièrement dans le côté droit de l'abdomen. 11 fatiguait le médecin par le récit minutieux de ses mauK, auxquels il assignait tous les jours quelques causes nouvelles ; il demandait instamment des remèdes, et très souvent il se plaignait de douleurs insupportables dans la région lombaire droite, et disait avoir le diable dans ce côte (i). Du reste, il n'avaitpas la conscience de l'exercice des

(i) M. Esquirol a remarqué que les douleurs qui surviennent quelquefois aux .iliénés, dans diverses régions du corps, sont pour eux autant de causes XilUisions. Il cite plusieurs exemples analogues à celui que je viens de rapporter (Esquirol , Des maladies ineniales, t. i. p. 207. in-8. Paris. r838).

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fonctions les plus évidentes. On l'a vu se plaindre de ne pas aller à la selle lorsqu'il avait im fort dévoieraent , etc. Il offrait en niêrae temps les symptômes d'une maladie du cœur : palpitations quelquefois tumultueuses et très fortes, teinte violacée des extrémités pelviennes, et parfois oedème de ces mêmes parties j gêne de la respiration.

Ayant fait une chute de sa hauteur, sur le côté droit du corps, il se fractura le col du fémur de la cuisse droite. Il fut ensuite atteint du scorbut et mourut.

Je supprime, ici, tous les détails relatifs aux altérations occasionées par le scorbut , et qui avaient été recueillis par M. Fabre avec beaucoup de soin, et je note seulement les altérations du rein droit, évidemment consécutives à une néphrite chronique , et qui peuvent avoir été la source de la pensée si souvent reproduite chez ce malade , qu'il avait le diable dans le côté droit. En effet le rei?i droit présentait une atrophie remarquable. Il offrait une diminution de plus d'un tiers de son volume. La surface extérieure de l'organe était interrompue, d'espace en espace, par de petits enfoncemens de plus d'une ligne de profondeur, sur plusieurs de largeur. La membrane propre du rein ne tapisse pas ces enfoncemens et passe d'un bord à l'autre , de manière que la cavité de ces dépressions est remplie d'un tissu fîbro-celluleux. Si on pratique une incision au niveau des parties atrophiées, on voit que l'atrophie est opérée aux dépens de la substance corticale. La membrane fibreuse s'enlève facilement. Dans l'intérieur des calices du même côté , on trouve plusieurs petits graviers, jaunâtres , irréguliers. Le bassinet et l'uretère sont très dilatés ; la largeur de ce dernier égale presque celle de l'intestin grêle d'un enfant de douze ans. L'orifice vésical est libre ; l'épaisseur des parois de la vessie est très grande ; la tunique muqueuse est saine et blanchâtre.

§ 429- L'excrétion de l'urine se fait d'une manière si irrégulière dans les cas de démence ^ et sm tout dans ceux qui sont compliqués de paralysie , que des inflammations chroniques des reins ne doivent pas être très rares , dans de semblables

ET HIÉMIPLIÎGIE.

conditions. Les remarques de M. Galmeilsont un premier pas vers l'étude de cette complication.

Obs. LXX. —Attaque et perte do connaissaoce ; bémiplégie da c6té droit, cris; résolution complète de l'intelligence; rétention et incontinence d'urine; mort. — KamoUissement rose do tout le corps strié gauche ; traces d'une double néphrite chronique (anémie et granulations), avec dépôt récent de lymphe plastique dans le rein droit (néphrite aiguë).

Bernard, Annette, âgée de 54 ans, veuve , domestique , fut admise à l'hôpital de la Charité , le aS octobre i856.

Cette femme est d'une constitution assez forte ; le cou est court. Elle fut apportée à l'hôpital sans connaissance ; elle était tombée spontanément dans la rue , oii elle fut ramassée.

Elle présentait l'état suivant : décubitus dorsal , immobilité dans le lit , perte de connaissance , paralysie de tout le côté droit, du mouvement et du sentiment. La bouche est relevée à gauche ; les deux yeux sont dans le strabisme et se dirigent du côté gauche. Dilatation et immobilité des pupilles, respiration stertoreuse. Le pouls est petit , le cœur donne une impulsion forte , ses batteraens sont irréguliers , mais ne présentent point de bruit anomal. Les extrémités sont froides, et la peau est généralement fraîche. Une forte saignée fut pratiquée immédiatement, et un lavement purgatif administré ( syncope pendant la saignée ; point de garderobe par le lavement). L'intelligence et les sens étaient abolis ; la malade ne reprit point connaissance; mais, dès le lendemain de son arrivée, elle poussa continuellement, et surtout la nuit, des cris aigus. On fit une seconde saignée , on appliqua des ventouses derrière les oreilles ; émissions sanguines qui furent complètement inutiles. Les lavemens purgatifs (lavemens des peintres) ne purent déterminer de selles que la veille de la mort.

La malade n'urina point le lendemain du jour de son entrée. Le surlendemain, elle urina par incontinence, sans distension notable de la vessie , qui ne faisait point de saillie au-dessus du pubis. Les urines ne purent être recueillies et ne furent point examinées. Il y eut à peine de contraction des membres paralysés, d^ns les derniers raorocns. Lorsque la malade futapporléç

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à l'hôpital , il y avait résolution complète. Du coté des reins, on ne nota rien pendant la vie. La maladie du cerveau ayant entraîné la résolution complète de l'intelligence , la malade ne pvit faire aucune manifestation de douleur dans ces parties. Après les cris survint le coma, et la malade mourut le 5i octobre i836.

Auloj}sie du cadavre. — Têle. Des adhérences très fortes nécessitent l'enlèvement du cei'veau avec la calotte du crâne. Développement et injection du réseau vasculaire sous-séreux de l'arachnoïde. La partie de la substance corticale, extérieure à la moitié postérieure du corps strié, présente un ramollissement notable; en laissant tomber un petit filet d'eau, on la réduit en pulpe, et on pénètre jusqu'au corps strié, qui est tout entier complètement ramolli. Ce détritus est rosé et n'a pas du tout l'aspect crémeux des raraoUissemens blancs. La couche optique du même côté ne participe point à ce ramollissement. La substance cérébrale de l'autre côté a une consistance normale.

Abdomen. Rein droit, pesant trois onces et demie. Tissu un peu plus ferme qu'à l'ordinaire ; surface extérieure , avec de petites saillies et des dépressions ; deux ou trois dépressions plus marquées ; couleur générale , bistre , avec certains points d'anémie jaunâtre et d'autres points plus colorés (signes d'ancienne néphrite). Petits kystes, gros comme des têtes d'épingles. De plus, on aperçoit une grande plaque de lymphe plastique d'un blanc jaune, d'un pouce et demi de longueur sur deux à quatre lignes de largeur, présentant quelques stries rougeâtres, et entourée d'une auréole rouge de vaisseaux ( traces de néphrite aiguë). Ce dépôt ne pénètre pas dans toute la profondeur du rein : la plus grande partie ne dépasse pas le niveau de la surface du rein d'une à deux lignes. Quand on a fendu le rein a son milieu jusqu'au bassinet, on voit, dans les fibres de la substance corticale, un dépôt de lymphe plastique du volume d'un très gros pois. Point de lymphe plastique dans le reste de la substance corticale ; point de traces de pyélite.

Rein gauche : même aspect extérieur et mêmes caractères morbides, sauf la lymphe plastique. Il n'y a, ici, que trois petits

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points purulens, gros comme une têle d'épingle, situés sur la face antérieure da rein près de la scissure , et superficiels.

La vessie est contractée, revenue sur elle-même ; elle contient peu d'urine; elle ofFre des arborisations rouges, très fines et très serrées.

La membrane muqueuse de l'estomac est pâle ; un peu de rougeur dans l'intestin grêle ; point de plaques apparentes, ni de follicules saillans j coloration noirâtre du gros intestin.

Rien autre de notable , si ce n'est une petitesse extrême de la rate.

Poitrine, Poumons adliérens à leur sommet ; tous deux emphysémateux , et sans tubercules ; membrane muqueuse bronchique normale; deux cuillerées de sérosité lyrapide, jaunâtre, dans le péricarde; vaisseaux sous - péricardiens assez apparens; point de taches, ni de fausses membranes. Cœur plus volumineux qu'à l'état normal ; valvule mi traie rétrécie et insuffisante; valvule tricuspide insuffisante; valvules aortiques et pxilraonaires saines.

§ 43o« Rapports de la néphrite avec les maladies de la moelle

èpinière.

Les rapports des inflammations des voies urinaires avec les maladies delà moelle épinière, ont été entrevus et signalés par plusieui's observateurs ; mais la plupart ont borné leur attention à l'état de la vessie. M. Ollivier d'Angers attribue l'inflammation de cet organe à une altération de l'urine, déterminée par la lésion de la moelle. Dans la plupart des cas , l'inflammation de la vessie est consécutive à la rétention qu'entraîne la paralysie plus ou moins complète de cet organe.

Ces rapports des maladies de la moelle épinière et des inflammations rénales , n'ont pas été suffisamment étudiés ; dans des cas oii des altérations très notables de la sécrétion urinaire avaient été constatées pendant la vie, l'examen de l'appareil urinaire, et des reins en particulier, n'a pas été fait après la mort.

A la suite des maladies de la moelle épinière, je n'ai jamais vu su)-venir de néphrite aiguë ou clironique, sans qu'elle fût précédée de rétention d'urine complète ou incomplète, et le

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plus souvent de cystite ; toujours aussi il y avait en même temps rétention habituelle des matières fécales, et paralysie des membres inférieurs.

Dans ce cas, l'urine est souvent trouble, mélangée de pus ou de mucus, à peine acide, ou alcaline, et laisse déposer, par le repos, du pus ou du muco-pus et des phosphales. Ainsi s'explique une remarque de Dupuytren, souvent citée, savoir que l'urine était constamment chargée de sels, chez les malades affectés de paraplégie traumalique, et que les sondes s'en incrustaient plus souvent dans la paraplégie que dans toute autre maladie.

§ 43 1 . M. Jefifrey (i) , MM. Tyrell et Cline (2) , M. Stanley (3), M. Smilh (4), M. Curling (5), M. Burne (6), M. Brodie (7), ont plusieurs fois constaté l'alcalinité de l'urine , à la suite de lésions traumatiques ou autres de la colonne vertébrale j mais ils ont professé des opinions différentes sur les causes qui amènent l'alcalinité de l'urine. MM. Tyrrel et Cline attribuent ce phénomène à une décomposition que l'urine éprouverait dans la vessie. M. Stanley paraît avoir la même opinion, et tout récemment elle a été reproduite par M. Burne, qui a soutenu que l'urine n'arrivait pas alcaline des reins ; que le premier effet des lésions de l'épine était la rétention d'urine; le second, sa décomposition; le troisième, l'irritation , l'inflammation et l'ulcération de la vessie produites par

(r) Jeffrey, Cases oj fractured spine (Lond. jned. and snrg. journal, jnly. 1826). Obs. Fracture des septième et huitième vertèbres dorsales; paralysie, érection du pénis; urines involontaires , peu abondantes et colorées; trois jours après , urines alcalines. — Obs. Fracture de la dernière vertèbre dorsale ; paralysie de la sensibilité et du mouvement dans les membres ; paralysie de la vessie et du rectum; érection du pénis; myélite chronique.

(2) Lond. med. Gazette, vol. I. p. 225. 1827.

(5) Lond. med. Gaz. vol. ix. p. 66 r.-

(4) Lend. med. Gazette, vol. ix. p. 66r. l832. — Jobnsons. Medico-clii' rurgical review , vol. vi. p. 60t.

(5) Lond. med. Gazette, vol. xnr. p. 76. i833. — Ibid. vol. xvin. p. 325. i836.

(6) Lond. med. Gazette, vol. xiti, p. 353, l833.

(7) Lond. med. Gaz., vol. viir. p. 5,

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l'urine ammoniacale. M. Smith, au contraire , a émis l'opinion que l'urine était sécrétée alcaline, et s'est appuyé de l'expérience suivante. Dans un cas de lésion traumatique de la moelle épinière, l'urine était très ammoniacale ; on vida la vessie à l'aide de la seringue de Read, et on injecta ensuite de l'eau tiède à plusieurs reprises, dans la vessie, jusqu'à ce que l'eau n'ofFi'ît plus aucune trace d'ammoniaque; alors on injecta de nouveau line petite quantité d'eau tiède dans la vessie ; on la laissa séjourner pendant l'espace de vingt à trente minutes ; après quoi on en fît l'extraction, et elle était ammoniacale; d'oii M. Smith conclut que l'urine arrive ammoniacale dans la vessie.

M. Curling pense, au contraire , que l'alcalinité de l'urine dans les maladies de la moelle épinière est due primitivement à une sécrétion morbide de la vessie , et secondairement à une altération de la sécrétion urinaire , déterminée par un état d'irritabilité et de faiblesse de l'économie, et par une afl'ection sympathique du rein et de la moelle épinière.

§ 432. J'ai déjà dit (§ 172) , que cette alcalinité de l'urine, dans la plupart des cas de lésions de l'épine chez l'homme , me paraissait liée à une néphrite ou à une irritation des reins consécutive à une cystite par rétention. Il est vrai que MM. Westrumb , Krimer et Lcemerer (§ aSg) , ont vu l'urine être sécrétée très aqueuse après la section de la moelle épinière ; que j'ai vu moi-même l'urine neutre ou même alcaline à la suite d'attaques d'hystérie ou d'épilepsie ; mais , dans tous ces cas, elle était transparente au moment de l'émission.

Il est réellement bien à regretter que, dans plusieurs cas de maladies de la moelle épinière , dans lesquels on a noté que l'excrétion de Vurine était voloîitaire, quoiqu'il y eiît paralysie complète du mouvement, on n'ait point fait mention de l'état de la sécrétion urinaire, et en particulier de l'alcalinité ou de l'acidité de l'urine. Et cela est d'autant plus regreliable, que j'ai vu l'urine être acide dans des cas de paraplégie récente, qui n'étaient point accompagnés de rétention d'urine.

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Dans plusieurs cas où l'inflammation de la vessie a été reconnue comme considérablo, l'élat des reins souvent n'est pas indiqué; dans une foule de cas oii l'excrétion involontaire de l'urine a été notée, il n'est point fait mention des qualités de l'urine j ni de l'exploration des reins. Et si j'en jugeais d'après mes seules observations , je dirais que, dans les maladie de la moelle épinière , lorsque l'urine contenue dans la vessie est alcaline, elle l'est , non par l'effet d'une décomposition, difficile à expliquer sans le contact de l'air et dans un court lap de temps , mais bien par un vice de sécrétion des reins qui doit être attribué, dans la plupart des cas, à une irritation inflammatoire de ces organes. J'-ijouterais que le cathélérismej répété plus de deux fois par jour, pour vider l'urine, dans le but d'en prévenir la décomposition, fatigue souvent la vessie; que les injections acides et l'usage intérieur des boissons acidulées ne remédient point aux conditions qui rendent l'urine alcaline; et que l'application des ventouses aux régions lombaires et les autres moyens conseillés contre les inflammations rénales sont de tous les remèdes contre l'alcalinité de l'urine ceux qui doivent être généralement préférés dans de semblables conditions.

Ous.LXXI. — Chute d'un second étage dans la rue; paralysie des membres inférieurs; douleur vive daus la région lombaire, occasionée par le plus léger mouvement; rétention d'urine, suivie d'incontinence; eschnres au sacrum et aux trocLanters ; diai rbée; mort. — Traces d'inflammation dans le gros intestin; pleurésie à droite; fracture d'une vertèbre lombaire, en partie consolidée; pus entre les fibres du nerf cciatique du cûté gauche; reins doublés de volume et parsemés de jjoints purulcns ; urine légèrement acide ; rougeur de la membrane muqueuse de la vessie, en plusieurs points.

Un fort de la halle, âgé de trente-sept ans, avait bu pendant une partie de la journée du 1 5 juillet i836; des i-eproches lui sont adressés à son retour chez lui , et, d'un second étage, il se précipite par la croisée dans la rue. Il resta sur le coup sans connaissance. C'est daus cet état qu'il fut apporté à l'hôpital. Cet homme avait l'habitude de boire ; d'un caractère violent , il

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