ET HYDROPISIE
La mort arriva vers minuit, api-ès de fortes convulsions.
A l'autopsie on trouva les deux reins très augmentés de volume ; et très enflammés à leur surface et dans leur intérieur; la membrane externe de ces organes était lisse, marbrée, et d'urt rouge de sang. Les substances rénales étaient d'une couleur pourpre très foncée et gorgés de sang ; l'inflammation s'était aussi étendue aux calices et aux bassinets des reins. Ces parties et l'intérieur des uretères jusque dans l'intérieur de la vessie, étaient d'une couleur rouge très prononcée^ et d'un aspect velouté j la vessie, qui ne contenait que peu de liquide muqueux, n'offrait aucune trace d'inflammation.
Les vaisseaux sanguins de l'estomac étaient fortement distendus; la paroi postérieure de cet organe était enflammée sur plusieurs points ; il contenait une humeur trouble , d'un vert bilieux, d'une odeur urineuse désagréable. Les intestins grêle et le gros intestin étaient enflammés et gangréués. La substance du foie était très molle.
§ 457. Rapports de la néphrite simple avec l'hydropisie,
Oribase (i) et d'autres auteurs anciens (2) ont pensé que l'hydropisie, et en particulier l'anasarque , pouvaient résulter
(1) c< Quœcnnque. durities circà. renés oboriantur, dolores qnidcm non amplius iafernnt; aegris autem ex vacuo ventris loco veluti quippiam pendere videtur, et stupor adest coxendicum, et impotentia crurium, ininguntr qne pauca, et reliquo corporis habita aqua inter cutem laborantibus maxime slmilcs existant. Qaidam etiam temporis progressa manifeste bydropem incnrrant, veluti etiam ab aliis visceribus induratis contingit. » Oribase cité ■par A.ei\us {Tetrabiblon, m, sermo 3, cap. x']. De duritie reraum, in-4°. Basile». 1549. P- 606).
(2) « Et qnandoqae est (hydropisis) per communitatem renum, et proptei: irigiditat<3m renum aut propter caliditatem oorum proprie; aut propter oppilatioaem in eis, et duritiem;,quace! non. attrahunt aquositatem', etc. ■» (Â.Ticennx, Libri iw.re medica omnes, lib. m, fen. i4- tract. 4j cap. 4. De hydropisi. p. 769, in-fol. Vcnetiis. i564). — À renibus vero non solum fit, commnnicantia noxœ per se, aed ex accidenti, si aquositatcm [non purgent nndc multa remanet in venis; fitque sanguis aquosus et excolatur sérum,» (Foreest. Observ. et carat, med,, tom. ir. p. 871. lib. xix. Obs. 28. Scbolia, ia-fol. Rotbomagi. i65i). ■
6o8 NÉPHRITE SIMPLE
ieVinduralionidurilies) ou d'autres lésions des reins. On a aussi signalé l'ischurie, l'anurie, elles rétentions d'urine dans diverses parties des voies urinaires , comme pouvant donner lieu à l'hydropisie. Toutefois, les anciens ont exprimé d'une manière beaucoup trop générale cette influence de l'induration des reins sur le développement de l'hydropisie. Depuis que mon attention s'est dirigée d'une manière particulière sur les maladies des reins, je n'ai pas recueilli un seul exemple de néphrite simple chronique ayant déterminé une hydropisie générale , ou une anasarque , au moins sans qu'il existât en même temps d'autres lésions plus ou moins graves. Deux observations de Morgagni , une de Reisel, une autre citée par M. Civiale , et une cinquième recueillie dans mon service , et d'autres faits déjà cités § SgS, quoique incomplets sous beaucoup de rapports, doivent cependant engager à rechercher de nouveau , si l'hydropisie peut réellement quelquefois résulter de la manière imparfaite dont les reins, atteints d'inflammalion chronique ou d'autres maladies , remplissent leui' fonction.
§ 458. En traitant de l'ischurie, je citerai un assez grand nombre d'exemples d'hydropisie attribués à cette cause. En décrivant la rétention d'urine dans les diverses parties des voies urinaires, dans la vessie et dans les reins, je citerai également plusieurs faits qui établissent que ces rétentions ont quelquefois déterminé l'œdème des membres inférieurs par suite de la compression des veines', et que, dans d'autres cas de rétention, l'ascite ou une cachexie séieuse de toute l'habitude du corps , a paru être la conséquence de la suppression ou de l'altération de la sécrétion urinaire.
J'ajoute que l'anasarque et l'hydropisie de toutes les cavités du corps constituent un des symptômes les plus fréquens et les plus rernarquables d'une autre espèce d'inflammation Fer nale(Yoyez Néphrite albumitieiise).
ET HTDROPISIE.
Obs. XCVII. — Douleur dans la poitrine, toux, expectoration purulente; douleur réniile, urines sanguinolentes, tuméfaction des pieds et du yentre. Mort. Traces depleurésle chronique à gauche. Calcul cordiforme et rameux dans le rein droit; sérosité cltrine abondante dans la poitrine elle bas-ventre (S. Reisclius, Mise, cur,, ephem. nai. cur. Dec. l, ann. 3, 1672, obs, rgi):
Hanoviae miles pracsidiarius quadragenario major purulenta tussiens c rca diaphragma sinistrum vehementissime doluit , levatus f st expectorantibus et diuscule se solatus pauper succo uasiurtii aquatici et hederse terrestris, accusavit quoque simul renum dolores, ardorem et cruentationem urinae. Tandem uoniiisi spumosum spulum rejicions, ventre primum in- (lalo et sonanle, nt tyrapaniticum judicasses, dein et pedibus tumentil>us, superiora consumptus , sunima s£epe et tanlum non suffocante at)gustia ob adscensum muci aiit seri in jugu— lum, saiiguinea intérim ssepe mejens, post 21 seplimanas , quibus di cubuit, sceleto faciem simillimus vero ascitide obiit 1671, 16 julii. Aperto cadavere, parenchyma sinistri pulmonis fera toium consuratum, bronchia vero relicta cum pauco parenchyin;ite et ipso pericardio firmissima cicatrice ceu callo cosn.s adnata coaluerunt, ita ut propter diulurnura dolorem hoc laiere compresse depressoque , gibbosus altero latere factus fil' Ml miser. Diaphragma quoque solito crassius lienem firmi^siine affixura ostendit. In abdoraine et thorace aeri meraci et citrini multœ mensurae latuere , quœ adacto scalpello instar salientis fontis projeclœ. In dexlro rené calculus cordiformis, in quo quatuor veluli vasorum Irunci absciasi, appendices accreverunt, hinc iiide denigratus, et siccati sanguiuis colore obsolelus invenlus, juxta quem plures alii minores plerique nigri, friabilrs , et quasi ex concreto sanguine naii fuere. Quse forma calculi et coalitus pulmonura post vulneraria mulla , altero lîttere fere adliuc intpgro forte meretur observationem.
08s.XCVin. — Exobs iructione urinx lotius corporis inturaesccntia cnrata (G. Sam, Polisii, Ephem. nal. cur. Dec, 2, ann. 5, obs. 162).
« Comiiom Mansfeldicum prœdictus avus meus ex relcntione
6lO NÉPHRITE SIMPLE
lotii toto corpore inlumescenlem, proque hydropico habitum féliciter lioc modo restituit; usus est balneo ex lacté, lierbisque emollientibus j deinde raphanus sylvestiis contususacin sacculo inaqua adpropriala decoclus peui pubiquebis aul ter calens adposilus , unde urina copiosè effluxil,^(,simulque calculus grandis ejectus fuit : intus tamen et nephritica exbibita fuêre prœsidia. (i) »
Obs. XCIX. [Guérison de la gale à l'aide d'un, onguent; suppression d'urine ; vomissement, douleur lombaire du côté gauche; bydropisie générale; reins plus volumineux que dans l'état sain (Morgagni. De sed. et caus. morb,
L epist. XLi, art. 4).
Juvenis, agricole, ctijus duo fratres, etipsi juvenes^ anuis superioribus ex aculis morbis circà vernum œquinoclium inleirierant, eodem anni tempère ad hune niodum decessit. Scabiera sibi,nescio quoadhibilo unguento, abegerat : panlo fost urina suppressa est non sine vomitn, et dolore interditm ad lumbjim sinistium. Urinam lamen aliquoties postea excrcTil, sed paucam, et saturali lexivii similem, et cum dolore : cujus exilum cathelere expedire, nequicquam lentaturat est- Tandem corpus jcniversttm intumuit: et, accedente laboriosa ac magna respiV ratione , posiridie, circà vigesimum primum a suppressione diem , mors ingruit. Vesica et renés sani erant, nisiqucdhi dUiptanto majores.^ illa autem libras coiitinebat circiler duas uriuse ejusniodi qualeni diximus. Sed et in ventris cavo humer stagtiabat, urinam oleus, csetertim limpidœaquœ similis. Qui in vilreo vase asservatus, multa divulsa quasi urinarum co^itenta exhibuit. Igni aulem imposilus, primum turbidits est faclus, et vacciui seri consimilis, mox lactis ipsius, denique sicconcrevit, utovi albumen prorsus referret : cujusraodi concrelionem in uuUo morbido humore qui iu corpore stagnaret, uuquara
(i) J'ai cru devoir citer, ici, ces deux faits quoiqu'ils n'appartiennent pas à la néphrite simple, et cela afin d'établir qu'on a vu survenir des hydropisies dans des cas de maladies des reins autres que des néphrites albumincuses. Je regrette de n'avoir pu consulter la dissertation de Bruckmann [Diss. de hjrdroi>, pcctoris a renum calcu'o oriundo. Gicssen 1724).
ET HYDROPISIE. 6ll
antea Talsalva viderai. In thorace pulmooes quidem multiim aeredisteuli,plein'œque, addorsum, annexi; sani tamenfuerunt. Cordis ventriculus dexter polyposain concretionein mediocri magnitudine, sinisler niiuorem continebat. j
Obs. c. Hydrotliorax survenu chez nne jeune fille .atteinte de calcals iirinaires et d'un dérangement de la sécrétion urinairc (Morgagni. De sed. et caus. morb. epist. xtr, art. 6).
Virgini qiioque diu propter calculas urina substilerat, ii.t jara deploratam existimarent, cum sudor immani copia prorupit, urinam olens. Is quandiu duravit (duravit autem ad dies) virgo melius habuit. kx, eo cessante , intra dies paucos ihoracis hydrofc absunipta est.
Obs. ci. — Cystite calculense ; néphrite ; œdème des membres inférieurs mort. (Cîviale. TraUé de ta/fection calculeuse, Paris i838, in-8.p. 453),
Ghevals , âgé de 62 ans, avait depuis long-temps les fonctions urinaires dérangées : deux années auparavant , on s'était assuré de l'existence d'xme pierre. Les douleurs , peu fortes , mais progressives pendant dix-huit mois , diminuèrent ensuite d'une manière lenle et insensible. Quand je fus appelé, la pierre me parut d'un petit volume; mais la vessie ne se vidait pas. La maladie était compliquée d'oedème des extrémités inférieures et d'une légère douleur au rein gauche. Ces circonstances, et surtout la disproportion que je remarquais entre les^ symptômes locaux et l'état général, me firent hésiter sur le parti à prendre : une consultation eut lieu , et l'on reconmit que la maladie ne tarderait pas à avoir une issue funeste. En effet, des symptômes adynamiques se manifestèrent l^enlôt, et le malade y succomba. Il y avait un petit abcès dans le rein gauche ; la vessie, enflammée , contenait une petite pierre aplatie. Ses parois étaient minces et sans traces d'inflammation.
Obs. CII Traces de néphrite clironique chez un enfant hy<lropique ;
nombreuses ulcérations à la fin de l'inlostin grêle et dans le cœcum ; tubercules ( rus dans les poumons.
Pierre Musard, âgé de 16 ans, gantier, fut admis, le 3r juillet i835, à l'hôpital de la Charité;
6l2 NÉPHRITE SIMPLE
Cet enfant, de consliliUion grêle , à teint pâle et terreux , est déjà dans le marasme; il paraît avoir à peine douze ans, les membres inférieurs sont œdématiés, les parois du ventre sont infiltrées et consei'vent l'impression du doigt. Il tousse un peu, mais ne crache pas; la poitrine résonne assez bien à la percussion , les battemens du cœur sont réguliers. On écoute avec attention les bruits du cœur pour savoir si l'hydropisie peut être rattachée à une maladie de cet organe. Le tic-tac est régulier et naturel ; le ventre est un peu balloné ; ce qui tourmente le plus cet enfant , c'est la diarrhée qui date de plusieurs mois et pour laquelle il a déjà été traité à l'hôpital de la rue de Sèvres. La langue est sèche ; beaucoup de soif, pas de voraissemens , peu d'appétit. L'urine blanche, incolore, sans flocons , rougit très légèrement le papier de tournesol et ne se trouble pas par l'acide nitrique , ni par la chaleur. {Décoction blanche j nn demi- gros de thériaque , lotiillon soupe).
Le 3 août. La diarrhée augmente ; cinq ou six selles par jour ( décoction blanche, thériaque , bouillon). Le 4- La diarrhée est moins abondante, même état pendant plusieurs jours. Le »4. Diarrhée plus abondante. On ajoute aux prescriptions ordinaires un quart de lavement d'amidon laudanisé. Le malade va toujours s'afFaiblissant et succombe le i"" de septembre.
Autopsie du cadavre, trente heures après la mort. B^ai ea:iérieur : marasme, maigreur, infiltration des membres inférieurs ; peau très pâle et fine.
Tête. Le cerveau et le cervelet d'une bonne consistance n'offrent pas d'altération ;mais la pie-mère est un peu infiltrée, et les ventricules contiennent une quantité notable de sérosité.
Poitrine. Le cœur est à l'état naturel pour le volume , les dimensions des cavités, des orifices et l'épaisseur des parois; très peu de sérosité dans le péricarde. A leur partie postérieure les poumons sont un peu œdémateux; il n'y a pas d'adhérence entre eux et la plèvre costale. Au sommet de chaque poumon on trouve trois à quatre tubercules crus , durs, à peine gros comme un pois. Dans le reste de leur parenchyme, on en rencontre encore cinq à six; aucun de ces tubercules n'est ramolli.