‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 18 sur 42 · AVEC LES FIÈVRES. IQI · texte numérisé non relu

AVEC LES FIÈVRES. IQI

d'hydropisie(i); mais plusieurs faits dont j'ai élé témoin (Obs. XV) ue laissent aucun doute sur la possibilité du développement d'une hydropisie à la suite d'une semblable lésion des reins.

§'716. Rapport de lapyèlite avec les fièvres.

On lit dans plusieurs observations de pyélite que les malades ont offert, avant la mort, des accès de fièvre (2), et plus souvent encore des états fébriles continus , souvent d'un très mauvais caractère (0). Ces accès de fièvre et ces états fébriles indiquent presque toujours un nouvel état d'acuité de l'inflammation du bassinet et du rein lui-même, ou bien un trouble général dépendant du défaut d'accomplissement des fonctions rénales, trouble analogue à celui qu'on observe souvent dans les cas d'iscburie ou de rétention d'urine indépendante de calculs rénaux. Ces accès fébriles, souvent accompagnés de nausées et vomissemens, et de délire, de coma ou de convulsious dans les cas les plus graves , n'offrent pas le gonflement delà i-ate si commun dans la fièvre intermittente légitime. De tous les remèdes qu'on peut tenter contre ces accès fébriles, celui qui offre le plus de chances de succès, consiste en ventouses scarifiées appliquées aux lombes. Mais que peuvent nos agens thérapeutiques, lorsque le parenchyme des reins est désorganisé, lorsque les bassinets et les calices sont remplis de pus , lorsque les substances rénales sont atrophiées, ou lorsqu'il se déclare des symptômes non équivoques de résorption purulente, de perforations du rein dans l'intestin, dans le péritoine, etc..*'

Ces accès fébriles sont toujours un symptôme des plus fâcheux, dont le retour ne peut être sûrement prévenu par le sulfate de quinine administré aux doses les plus élevées.

(1) Dans un cas cité par Meekren [Obs. med. chirurg. cap. xlv), il y avait à-la-fois des calculs dans les reins et une maladie du foie.

(2) ^ui\. Magazin Jûr die gesammte Heilkunde,'^. xxix,S. 554.

(3) Mediciuisclie Ze'Uung, i832, n. 6. — Hufcland. /oitmn^ derprak. ffeil-

liunde,- Oct. iS32,S. 96 Mémoires de l'Acail. royale de Chirurgie, tom. l,

p. 4oi- — Ccrsou. Maguzin des auslcendischcn LiUeratur, 1828, H. G, S. 460. — Howsliip, {oc. ««.jp. X47.

PYÉLITES COMPLIQUÉES

§ 7 ïy. Rapports de la j)yèLile avec In godille.

Depuis long-temps on a cru remarquer un rapport réel entre la goutte, les Ciilculs urinaires et les inflammations qu'ils produisent dans le rein ou son conduit excréteur (i). M. Liebig (a) a soutenu tout récemment que la pierre et la goutte n'étaient qu'une seule et même maladie dont la direction était modifiée par l'influence du climat et du genre de vie. Toutefois il n'y a pas entre la goutte et les calculs urinaires un rapport aussi général que ces opinions semblent l'indiquer. Le seul rapport bien démontré est celui de la goutte avec les calculs uriqucs; et ce fait explique un passage de lioflraann dans lequel il dit (3), avec raison, qu'il est plus ordinaire do voir la pierre se développer chez un goutteux que la goutte chez un calculcux.

La plupart des remarques que j'ai faites à l'occasion de la néphrite goutteuse, sont applicables à la pyélile. Je me bornerai donc, ici, à rapporter une observation curieuse de M. Ribes fils :

Obj. XXXIII. — Emission de graviers dans l'enfance; après l'âge mur, alternatives d'accès de goutte et de douleurs néphrétiques ; souvent nrines sanguinolentes et purulentes; hons effets de In térébenthine coutrc la goutte et la sécrétion morbide du mucus (Ribes fils. Diss. sur la néphrite calculeuse , n. i5a, soutenue le 24 juillet 1824, p. 35).

Un herboriste, âgé de 60 ans, d'un assez grand embonpoint, était depuis près de sept ans retenu dans la chambre par des accès alternatifs de goutte et de néphrite qui ne lui laissaient presque point de repos. Depuis son enfance il avait très souvent rendu des graviers ; il avait les articulations des doigts et des orteils pleines de nodosités, les pieds et les mains singuliè-

([) Voyez: Buchner. De nexii podagrœ cuni calcula renum et vesica;. Halle, 1752. . — Scbroeder. Viss. de cognatione inter arthridilem et ca!culum' Goettingen, 1768. — Ecim. Disst. de origine calculi inviis urinariis, et quatenus arthritiilii est efj'ectus , Halle, 1772. — Sydenham. Opéra, p. Sgo et 422,

(2) Annalen der Pharmacie, B, m, H. I, S. iio, i832.

(3) Hoffmann, Med. rat., tom. iv, pars 2, p. 365.

AVEC L,V gouttt:. I9''>

remenl (linbrmes. Il rondait souvent du sang et du pus avec les urines, qui avaientune odeur fétide. Cet homme racontait que, lorsqu'il était dans le fort d'uu accès de goutte, la saignée le soulageait; quand il s'était fait saigner au commencement, son accès avait toujours été plus fort. Il avait d'abord cru que, s'il se faisait tirer du sang dans l'intervalle, il rendrait l'accès suivant moins intense; mais il avait éprouvé continuellement le contraire. Le plus souvent l'accès était plus fort et plus rapproché, de sorte qu'il avait pris le parti de ne se faire saigner que lorsque les douleurs étaient portées au plus haut degré et qu'elles étaient intolérables. Il se trouvait alors soulagé presque immédiatement après la saignée, et la suite de l'accès devenait supportable. Le médecin qu'il consulta en dernier lieu, lui conseilla contre les accidens de la néphrite , l'usage de la tisane de bourgeons de sapin, ou de l'eau de goudron. Il répondit qu'on lui avait déjà proposé la tisane de bourgeons de sapin, non pas contre la gravelle, mais contre la goutte ; qu'on lui avait assuré que celte tisane, prise à forte dose, était un remède souverain non-seulement pour apaiser et éloigner les accès de goutte, mais encore pour guérir radicalement cette maladie. Il ajouta que, par son état d'herboriste, il avait eu occasion de faire prendre cette tisane à quelques malades goutteux, et qu'effectivement ils s'en étaient très bien trouvés ; mais malheureusement il n'en avait pu faire usage pour lui-même parce que toute sa vie il avait eu une répugnance invincible pour les boissons aqueuses, il en pouvait seulement prendre quelques gorgées et encore de loin en loin j en revanche , il aimait beaucoup le vin et les liqueurs fortes , et en grande quantité, et il en buvait souvent. D'après la répugnance qu'il éprouvait pour les boissons aqueuses, on lui proposa de lui faire prendre de la térébenthine. Il y consentit. Voici l'effet ; que cette substance produisit sur le malade, et la manière dont il en fa usage.

On fit composer une masse avec demi-once de térébenthine molle et demi-once de poudre de réglisse ; on divisa cette tnasseen trente pilules. Le malade en prit dix le matin, dix à midi, et dix le soir. Dèsle premier jour il urina beaucoup ; l'n-

'94 PYÉLlTJi: COMPLIQUÉE

rine devint très odorante et perdit l'odeur infecte qu'elle exhalait auparavant. Il n'eut point de coliqups, les selles ne furent point augmentées, mais les matières qu'il rendit paraissaient avoir les caractères de la térébenthine délayée ou liquide. Un mois après, le malade se trouva assez soulagé: il avait rendu une assez grande quantité de petits graviers; l'écoulement du sang et de pus avec l'urine était moins abondant. On lui conseilla alors de prendre six gros de térébenthine divisés en quarante-cin j pi ules; il eu prit quinze le matin, quinze à midi, et aùtant le s iir. Mais, le premier jour de cette augmentation de dose, il sentit de la chaleur et un poids très incommode dansTeslomac; il eut des envies de vomir, le ventre devint tendu et un peu douloureux ; il eut plusieurs garderobes ; ce qui engagea à diminuer la dose et à la réduire à demi-once par jour et à dix pilules par prise. L'emploi en fut continué^ toutefois on diminua graduellement la dose de la térébenthine à mesure que les accidens s'apaisaient; de demi-once on descendit à trois gros, ensuite à deux gros dans la journée ; mais àcette dose le malade en continua l'usage pendant dix-huit mois et avec un succès inespéré. Les reins étaient presque entièrement dégorgés; il n'éprouvait presque plus de douleur vers les lombes, et, chose remarquable, c'est que les accès de goutte devenaient moins intenses, beaucoup plus éloignés, et ils seraient devenus peut-être plus rares si le malade avait fait moins d'excès de vin et de liqueurs fortes. Se trouvant mieux, il partit pour la Bourgogne, son pays natal.

Ç 7V8, Jià^p'Ort dë la jiyèltie avec les affections de la pean.

M. Civiale cite le fait suivant: « Un malade, à son entrée dans le service des calculeux, faisait des efforts tellement considérables pour uriner, que, dans l'espace d'une nuit, la peau fut soulevée par un (jonflcmentèrysipèlateux occupant la presque totalité du corps. La vessie était appliquée avec tant de force sur la pierre qu'il en résultait une exhalation de sang, que le ]naladerendait par gouttes et mêlé à l'urine. Celle-ci devint de plus en plus rare, quoique les efforts fussent inouïs et le malade njenacé de congestion cérébrale- On pratiqua plu-

AVEC DES MALADIES CUTANÉES. igS

sieurs saignées générales et locales, qui ne diminuèrent pas les contractions de la vessie. L'urine se supprima , la fièvre survint, et le malade mourut. La vessie, dont les parois avaient beaucoup d'épaisseur, était collée à la pierre : sa membrane muqueuse avait une teinte rouge-brun vers le col, oîi l'on voyait des ulcérations larges, mais superficielles. La pierre avait le volume d'un petit œuf de poule. Les reins, dans lesquels on n'avait soupçonné aucune altération, étaient le siège d'une plilegmasie interne; celui du côté droit surtout était criblé de petits abcès ; le gauche contenait plusieurs calculs. Les uretères étaient très dilatés.» (i)

J'ai rapporté plus haut (Ous. xiv) un cas de pyélile calculeuse, dans lequel on observa des plaques érythémattiuses à la peau.

Historique de la py élite,

§719. Je diviserai cet aperçu historique en deux parties. Dans la première, je m'attacherai à prouver que, sila connaissance des calculs rénaux et celle de l'existence de collections purulentes dans les reins, remontent à la plus haute antiquité, ce n'est réellement que dans ces derniers temps que les altérations produites par les calculs dans les bassinets et les calices et par suite dans les substances rénales , ont été exactement appréciées. Dans la seconde partie, j'esquisserai succinctement l'histoire de la néphrotomie.

S 720. — i''" Partie. Les anciens se sont généralement exprimés, en parlant des altérations des reins occasionées par des calculs, comme s'ils avaient la croyance que ces corps étrangers se développent ordinairement dans les suhstanccs rénales. Tous supposent que les calculs enflamment la substance des reins, dans laquelle ils se sont formés; qu'ils y occasionnent des abcès; que les abcès s'ovvrent dans le bassinet; et aue le pus mélangé avec l'urine est expulsé au-dehors avec elle.

Lorsqu'il traite de collections purulentes dans les reins, Hip-

(l) Civialc. Traùé de l'aj/celioii cairuleuse, p. 4/, x, in-8, Paris, i838.

PYîCLiTE (historique).

pocrnte (i) fait mention à' ulcères, mais le texte semble faire allusion aux ulcères des lombes. Dans un autre passage (2), c'est bien réellement de véritables ulcères des reins, qu'Hippocrate parle et il les attribue à des ruptures de veines. Dans un de ses aphorismes (3) , il indique les deux principaux symptômes des ulcères des reins et de la vessie ; et dans un autre (4), il mentionne un signe de la suppuration des reins {urinœ stillicidium) sur lequel on a de nouveau appelé l'attention dans ces derniers temps.

En traitant de la suppuration des reins ( de suppuralîs renibus), Rufus dit (5) que cet état est annoncé par une fièvre irrégulière, par le développement d'une tumeur aux îles, et par l'excrétion de pus avec les urines. Suivant Rufus, le pus s'épanche dans les conduits excréteurs de l'urine par une sorte de rupture, et peut aussi se faire jour dans l'inleslin. Rufus prescrit le lait d'ânesse ou le lait de jument mélangés avec le miel, contre les suppurations des reins. Le vomissement est quelquefois indiqué.

(jalien (0), dans son Traité des lieux affectés , donne mie bonne description des symptômes de la gravelle, de l'abcès qu'elle détermine dans le rein, de l'ulcère qui peut en être la suite , et rappelle que l'évacuation du pus avec l'urine est un des principaux symptômes de cette maladie. Dans son Traité

(i) Hippocratis Opéra omnia, iu-fol. Fr.incof. i6ar, p. S/jO. De intern. affect.

(2^ Ibid. : « Oritur antem morbiis ex atmbile, qua>, cum ad venulas qiias ad renem fcruutur, conâuxcrit, cumquo constherit, eas rencmqtie cxulcernt. Ex ulcère igitur taie qnid cum urina prodit. »

(3) Si sanguis aut pus cum urina redditur, renum aut vesicae exulceratio significatur {^Apli., sect. iv, apb. 74. — Ibidem., p. laSî). Dans d'autres apborismes, Uippocrate indique quelques signes , à l'aide desquels il croit qu'on peut reconnaître si le sang vient des reins ou de la vessie {Aph., sect. ir, aph. 77, 79, 80).

(•4) « Recto inlestino inilammato, et utero infiammato et renibus suppnratis stillicidinm supervcnit » (Apb. 58, sect. v).

(5) Rufus cité par Aetius, TetrabiU. scrmo iii, cap. 18, p. 606.

(6) Gfîleni Opéra omnia, classis iv , Do lnci.<i affoct., lib. vr, cap. 3, p. J»-

PYÉLiTE {historique). 197 des vlccrcs, Galien recommande le miel et les diurétiques contre les ulcères des reins. (0

Arétée (2) dit que certains calculs sont blancs et semblables à de l'argile, et que d'autres sont jaunes. Les premiers, dit-il, se trouvent dans la vessie des jeunes gens, tandis que les seconds sont formés habituellement dans les reins des vieillards. Il suppose que le printemps engendre les hématuries et les abcès des reins, et que l'hiver et l'automne produisent les calculs. Si des ulcères sont la conséquence de ces calculs, ces ulcères sont inguéiissables.

Paul d'Egine (3) essaie de donner des signes , à l'aide desquels on puisse distinguer les ulcères des reins, des ulcères de la vessie.

En résumé, les médecins grecs et latins ont connu la formation du pus dans les reins; l'influence des calculs sur sa production ; et le mélange et l'excrétion du pus avec l'urine, comme symptôme. Quant à la lésion qu'ils ont désignée sous le nom d'ulcères des reins , il est évident qu'elle n'est autre chose , au moins dans la plupart des cas, que l'inflammation suppurative du bassinet et des calices (la pyélite). D'un autre côté, si les anciens attribuent les ulcères des reins à une rupture de veines, cela tient très probablement à ce que la suppuration du bassinet est souvent précédée d'hémorrhagie.

Ce que les médecins arabes disent des ulcères des reins, me paraît devoir être également rapporté aux inflammations des bassinets et des calices. Avicenne (4) leur assigne pour causes la rupture d'une veine, l'issue d'un calcul ou des excoriations par une humevir cholérique. Des fistules incurables peuvent être la suite d'ulcères des reins {et muUoties quidem proveniunt ex ukeribus renum fistulœ quœ nullo modo sanantur). Avicenne insiste, en outre, sur les caractères qui distinguent les ulcères des reins de ceux delà vessie. Dans les ulcères des reins,

(i) Galeni Opéra, classis vri.lib. 4, cap. 7.

{1) Aretaîi Cappadocis, De causis et signis morb. acut. et diutum., in-fol. Lngduni Batavorura, 1785, p. 52 et suiv., lib. 11, cap. 3, De renum affcctibus.

(3) Pauli jîigiuctaî Ojitts de re medicd, lib, iii, p. 80.

(4) Avicenue. Libn inre medica omîtes, lib. m, Fcd. xviii, liact. 2, [>. 85t).

198 PYi^LiTE {historique).

dit-il, l'émission de l'urine se fait facilement; elle est difficile dans les ulcères de la vessie. Le siège de la douleur diffère aussi dans les deux maladies.

Les médecins et les chirurgiens de la renaissance, pas plus que les auteurs qui les avaient précédés, n'eurent une idée exacte de la manière dont les substances rénales s'atrophient dans les cas d'inflammation suppurative des bassinets et des calices. Presque tous ces auteurs désignent, sous les noms de reins consumés par la suppuration, de reins tombés en colliquation, les reins atrophiés par suite de la dilatation des bassinets et des calices. Tous croient que, dans les cas de néphrite calcùleuse, la matière purulente est formée aux dépens des substances rénales; aucun ne dit que, dans ce cas, l'atrophie des reins est consécutive à la compression exercée, de dedans eu dehors, sur le rein par le pus et l'urine accumulés dans le bassinet et les calices.

""î"ernel (i) indique cette consomption du rein et sa transforlîon en une espèce de poche; mais, comme Rufus, il attribue les ulcères des reins à la rupture d'un abcès, dont le pus se mélange avec l'urine.

Paré (2) s'exprime comme les Arabes : «Il vient, dit-il, ulcère aux reins pour quelque humeur acre et mordicante qui y. coule ou pour quelque aposteme qui dégénère en ulcère. j>

Mercado (3) adopte la même division.

Loin de supposer que les calculs se développent dans le bassinet et les calices, ainsi que cela a lieu presque constamment , plusieurs auteurs crurent que les collections purulentes qu'on trouve dans ces conduits excréteurs dilatés, étaient de véritables votniques , formées dans les substances rénales.

D'autres, avec Hercule de Saxe (4); crurent que la substance

(r) « Rupto autem abscessu, pus cum urinâ defertur vacuato expnr-

gatoque .'ibcei)Su , ulcus manet, diuturaum admodum, et ferè immedicibilc (Fcrnelii l'alliologia, lib. vj, cap. xri. De morbis renuin, p. 535).

(2) Paré. OEuvres, liv. xtn, cbap. 18 : «des ulcères des reins et de la vessie.»

(3) Mercati. De morb. curât,, liv. xv, cap 7.

(4) Hercul. Saxonia. Observalio, Vid. Schenck. Obs. lib. m. De renibu». — Scliohograpit. ad cap. Sa, lib. i. IfolleiU de morb, intenus.

PYÉLITE {historique). 199

re7iale pouvait être en partie ou même complètement évacuée avec l'urine sous forme de caroncules; opiuion qui a pu prendre sa source dans quelques passages d'Hippocrate oix il est fait mention de ces caroncules.

Long-temps après, on a continué de croire généralement que les calculs des reins étaient situés dans la substance de ces organes, et que c'était à la suite d'une ulcération ou d'une déchirure qu'ils se trouvaient dans la cavité du bassinet. Euslachi (i;, contradictoireraent à cette opinion, affirma que des calculs pouvaient passer de la substance des reins dans le bassinet, sans en opérer Ja rupture. Eustachi était évidemment dans l'erreur, si, en s'exprimant ainsi, il faisait allusion, non au passage des calculs, des calices dans le bassinet, mais bien, comme le texte semble le dire, au passage d'un calcul situé dans la substance des reins ; car une semblable issue de calculs n'a lieu , sans déchirure , que dans les cas extrêmement rares oii de petits calculs se développent dans des lacunes accidentelles des mamelons.

L'opinion ancienne qui plaçait le siège des calculs des reins dans la substance de ces organes, continua de régner parmi les médecins et les chirurgiens. Ferrand l'aîné (2) fait mention d'un calcul, d'un volume considérable, dont les branches se ramifiaient in rcmim suhslantiâ. De même, Ledran (3) dit: a Si le volume des pierres formées clans le rein, ou quelques angles qui s'y trouvent, les empêchent de couler dans le bassinet, plies grossissent dans le rein,- elles y restent pour loujouri et elles sont souvent la source de très grandes maladies. Il en arrivera de même, si, ayant coulé jusque dans le bassinet du rein, elles n'enfilent pas la route de l'uretère. La maladie se termine alors très souvent par la pourriture des reins ou par un abcès. S'il se fait un abcès , la place que la pierre occupe dans le rein, décide. Si la pierre est placée dans le bassinet ou dans la substance mamelonnée , l'abcès se fait du côté de l'in-

\i) « De renibus, cap. 467, cité par Scbenck, Oh. mec^. rar., lib. ïfi, p. 452.

(a) Fcrrandi De nephrisi et lilkiasi, in-t8. Parisiis, 1601. (3) Ledran. Traité des opérations de chirurgie, p. a63.

200 pyÉLiTJi: {Jiistorique).

térieur du ventre, et peut percer dans cette capacité ; mais, si la pierre occupe la substance médullaire tout près de la corlicale, l'abcès se continue jusque dans la tunique adipeuse. Mais il n'est pas impossible qu'il se manifeste au-dehors, au-dessous des fausses côtes, à trois ou quatre travers de doigts de l'épine ; pour peu qu'on sente la fluctuation , il faut l'ouvrir promplement, et presque toujours la pierre sort noyée dans une grande quantité de pus. »

Lafitte (i) s'exprime dans le même sens : « Lorsque, dit-il, le germe ou noyau pierreux est d'un volume ou d'une figure qui s^opposc à son entrée dans le bassinet ou dans les uretères, il se forme quelquefois des abcès, et même assez considérables, pour détruire toute la substance de ce viscère, et inonder le tissu adipeux qui' l'avoisine. » Et ailleurs (a), il ajoute : « Je n'en observai point (du pus) dans les urines ; ainsi, il y a lieu de croire que le sac qui contenait les pierres ne communiquait point avec le bassinet. »

Toutefois on ne serait pas fondé à avancer que toas les auteurs se sont trompés en disant qu'ils avaient vu des pierres dans les substances rénales. Ces cas sont rares; mais je les ai observés et figurés (Atlas, Pl. xxv, fig. 5). Dans les deux observations suivantes, il est probable qu'il s'agissait réellement de pierres situées dans les substances rénales. Ainsi , Grég. Horst(3) dit qu'il a trouvé de petits calculs dans la substance d'un rein, et un calcul volumineux dans le bassinet du même rein; elPlater (4), en parlant de graviers miliaires, trouvés dans un rein, ajoute : « Plcrique sicut grana milii rcnum cami infixi. »

Dans ces derniers temps, on avait bien noté que les calculs rénaux existaient presque toujours dans les bassinets ou dans les calices , et qu'on n'en rencontrait dans les substances rénales que dans des cas très rares et exceptionnels; mais on

(i) Lafitte. Sur les cas ou la néphrolomie se fait avec succès {Mémoires de l'Acad. royale de chirurgie, tom. ii, p. 233). (q) Ibidem., p. 235.

(3) Borst. Observ., lib iv, obs. XLvi.

(4) Pl.-iler. Observai, lib. ai, p. 892.

pYÊLiTJi {hislurique). aoi

n'avait pas assez remarqué qu'une foule d'observateurs avaient commis, dans leurs descriplions de la néphrite calculeuse, une erreur analogue à celle dans laquelle on était tombé à l'égard de la pleurésie. En effet, de même que d'anciens auteurs, eu relatant des cas de pleurésie chronique, avaient noté les poumons comme consumés par la suppuration, d'autres, et même dans ces derniers temps, ont indiqué, comme ulcérés ou consumés par un» fonte purulente, des reins atrophiés et affaissés par suite de la distension du bassinet et des calices. Dans la pleurésie chronique, l'affaissement et l'atrophie du poumon s'opèrent par suite d'une compression extérieure; dans la pyélite avec rétention d'urine et de pus, l'affaissement et l'alrophie du rein sont consécutifs à une compression exercée de dedans en dehors. J'a-

• joute qu'entre ces deux cas pathologiques, il y a cette différence ; que la néphrite proprement dite et la pyélite ne marchent

jamais aussi nettement séparées l'une de l'autre, que l'inflammation du poumon et celle de la plèvre. Au reste, il suffira de comparer la description que j'ai don- 3 née des caractères anatomiques de la pyélite, § 635, avec tout ce 1 qui a été décrit sur la néphrite calculeuse, pour reconnaître 1 que l'histoire anatomique de cette maladie était encore fort incomplète.

% 721. On n'a fait jusqu'à ce jour que peu de recherches sur t les inOamraations pseudo-membraneuses et gangréneuses des 3 calices et des bassinets. Dans un cas de néphrite terminée par , gangrène, cilé par Duret, dans ses commentaires sur Hou- . lier (i); dans un autre cas de néphrite suivie de gangrène, rapporté par Fabrice de Hilden (2); dans un troisième cas rapporté par J. M. Olto (3) ; il n'est pas dit si le bassinet et les calices étaient affectés. MM. Letenneur et Pigné ont présenté à

(i) Holleri(J.). Omnia opéra practica, iu-fol. Parisiis, 1664, cap. 1,1, De in-

• flammatione renum. Annot. Dureli, p. 404. (a) Fabricius (Hild.). De litliotomia vesicce, cap. 25 , cité par Bonet. SepiiU

cretum,\\h. ai, sect. xxii, obs. xxni, 1. 11, p. 568.

(3) Otto. Historia renis sinistii maxime lumidi et corrupti, Hallcr, Disputatiouea ad morbor. bist. et curât, in-/,. Lausannia,*, 1763, t.iv.p. 90.

ao2 PTÉuTE {liisiorique).

la Société anatomique des reins atteints de pyélite calculeuse et qui présentaient des points gangréueux. M. Crosse (i) a aussi rapporté deux cas de gangrène partielle des reins, produite par des calculs dans le bassinet.

M. Guillon m'a montré les reins, les uretères et la vessie d'un homme atteint depuis long-temps de rétrécissement de l'urèthre, et qui eut une suppression d'urine presque complète, plusieurs jours avant sa mort. Les deux reins étaient volumineux, gorgés de sang et d'une teinte livide ; l'un pesait 6 onces a gros, et l'autre un peumoins. Ces reins, extrêmement mous, exhalaient une odeur repoussante et lout-à-fait semblable à celle de la gangrène. Après avoir enlevé la membrane fibreuse du rein droit, nous aperçûmes, à sa surface, une lâche d'environ un pouce de diamètre, grisâtre, décolorée ; la substance du rein ayant été incisée dans ce point, il s'en écoula une sanie grisâtre, et nous pénétrâmes dans un foyer non purulent, donl les parois offraient une sorte de gazon, quand le rein était plongé dans l'eau. Le bassinet de ce même rein, considérablement dilaté, et d'un rouge livide , contenait une sanie sanguinolente d'une odeur excessivement fétide. On voyait, à la surface du rein, surtout vers sa partie supérieure, des plaques proéminentes d'un jaune brunâtre , filamenteuses ; ei autour d'elles Li membrane du bassinet était piquetée et d'un brun foncé. Lorsqu'on plongeait le rein dans l'eau, la surface de ces plaques du bassinet ofl'rait une foule de filamens. L'autre rein était moiu^ altéré 5 l'intérieur de son bassinet offrait de fausses membranes qui n'avaient ni l'aspect, ni l'odeur gangreneuse d!u bassinet de l'autre rein.

Les uretères des deux reins présentaient, à leur surface interne, des éminences d'une couleur sale, jaune-brunâtre ; de ces éminences, les unes étaient entières, les autres offraient une légère déperdition de substance vers leur milieu, qui était brunâtre. On voyait aussi, dans l'uretère, d'autres plaques pseudomembraneuses jaunâtres et rugueuses, distinctes des éminencpd'un jaune brun , évidemment gangréneuses , mentionnées

(i) JolmGrcen Crosse. Atreadse on. the formation, constimenla and extraction oj'tite urinary calciilus, in-4. Lonclon, i835, p. 24 et 41.

PTÉLiTE {historique). 2o3

plus haut. Les deux uretères étaient considérablement dilatés, surtout le droit qui présentait une sorte de poche vers sa partie inférieui-e.

Ç 722. Je terminerai cet aperçu sur les descriptions anato-

i miques de la pyélite, antérieures à mes recherches, par une simple indication de plusieurs cas de pyélite plus ou moins re-

ii marquables.

Dodoens (i) rapporte l'histoire d'un homme opéré d'une hydrocèle, et qui mourut après cette opération de gangrène du : scrotum et du pénis ; le rein gauche était corrompu.

Baillou (2) a trouvé le rein gauche d'une femme morte du ! diabète, aussi grand qu'un rein de bœuf, et dans ce rein une pierre avec un peu de pus. Le rein droit était si petit qu'on put à peine le découvrir.

Bonet (3) rapporte plusieurs cas de tumeurs rénales qui avaient formé, au-dessous des fausses côtes, des tumeurs dont on n'avait pas connu la nature avant l'ouverture des cadavres. Il rapporte aussi un cas de pyélite calculeuse, compliquée de gangrène 4j-

Morgagni (5) a vu le rein droit aussi volumineux qu'une tête i d'homme et contenant onze pierres. Morgagni cite plusieurs autres cas d'abcès dans les reins (6).

Pearson (7) a vu, chez un enfant de cinq ans et demi , le rein ; droit peser i6 livres et 10 onces. Une autre fois (8), on a trouvé 1 un l ein de 35 livres. Chez uue femmo de 5o ans, le rein gauche était si volumineux qu'il pesait 45 livres et demie (9).

(1) î)odoneus.iye(f.oif.ea:«mp/ararfl,cap.xLi,in.i2,Hardci vici, l5ii,p. 7r.

(2) G. Ballonius. Opéra oinnia, in-4. Genevae, 1762. Epidem. et Ephemerid., lib. Il, pag. ji3.

(3) Bonet. Sepulcret., lib. m, sect. xxiv, obs. ir. — Bonet, Sepulcret., § 2, obs. XXII. — Sect. XVII, g 9, ob. xxx.

(4) Ibid., t. n, p. 562.

(5) Morgagni, De sed. et caus., existai. VYll, § 10.

(6) Uid. Epist. XL, § 12, i8.-Epist.iLn, § i3.

(7) 'î^'eJ.obs,andinquiries,'Lonà. 1784, vol. th.

fi^^t.deVAcad. des sciences, i-jii., n. vu, p. 40. — Commerc. liUer. Norimbcri;., nov. 1,37, p. 826.

(y) Med. obs. and inquiries.— Bibl. méd. de Blumenbach, tom. 11 ,§ 3o3.

204 pyiLiTii (Jiisturique).

Cabrol (i) a vu la subslance du rein gauche dclruile par le pus et sa membraue une fois aussi épaisse qu'une peau de mouton. Ce rein contenait 14 livres de pus.

Ruysch (2) cite le cas d'un diabétique chez lequel ou trouva du pus dans le bassinet.

Lindt (3) dit qu'à l'ouverture du corps d'une personne qui n'avait jamais offert d'indice de l'inflammation des reins, les deux reins furent trouvés distendus d'une manière anomale et remplis de pus. Les uretères étaient remplis de pus, et la vessie, dont les parois avaient presque l'épaisseur d'un doigt, renfermait au-delà d'une livre de pus fétide.

Sandifort(4) a vu, chez un homme de 42 ans qui avait ressenti, pendant les dernières années de sa vie, de violentes douleurs dans la région du rein droit , et qui souffrait d'une incontinence d'urine , le rein droit en suppuration et adhérent aux parties voisines. L'uretère , de l'épaisseur du pouce , était dur comme un cartilage. La vessie était contractée ; ses membranes avaient l'épaisseur d'un doigt.

R. B. Cheston (5) a ouvert un jeune garçon de 7 ans qui éprouvait tous les symptômes d'un calcul de la vessie et de grandes douleurs dans la région des reins. Son urine coulait tantôt involontairement, tantôt avec beaucoup de peine. Les deux reins étaient tellement dissous par le pus qu'ils représentaient des sacs pleins de pus. L'un pesait 4 onces, l'autre 3 onces. La vessie était épaissie et renfermait un calcul. Le même observateur (6) a trouvé, chez un homme de 3o ans qui élait incommodé de la pierre et de douleurs dans les reins, mais qui 71 avait jamais eu le moindre vestige de pus dans l'urine, les reius changés en deux sacs remplis de pus et une pierre dans la vessie.

(1) Cabrol. Alphab. anatom, Ob. xxviii. — Bonet. Sepiilci:, tom. 11, p. 366.

(2) Buyscli. Ois. anat. chirurg. xur. — Dilucidatio valvular. in vasis lymphal. et lactcis, Hag. Com., i665, cap. iv.

( 3) Muséum der Heilknnde, B. 1, v, § 69 et suiv.

(4) Sandifort. Exercilat. academ., lib. ii, cap. xi.

(5) Palholog, observations, cbap. 2.

(6) Ibid,

PYÊLiTE (historique). 2o5

Portai Chaudon (i) a trouvé le rein droit changé en un sac de pus de la dimension d'une tête d'enfant; la substance entière du rein était détruite ; le rein était rempli de concrétions pierreuses , moulées dans son intérieur, comme si on l'eût injecté de cire.

Schmidtmann (2) a trouvé, chez une femme qui n'avait jamais présenté de signe de maladie des reins, le rein droit tellement déuuit par la suppuration, qu'il n'en restait presqua plus de trace.

Chez une fille dont le ventre était volumineux , que l'on considérait comme enceinte , et qui mourut après de fortes douleurs aux reins, et après avoir rendu des urines purulentes, F. -A. Waller (3) trouva les deux reins extrêmement volumineux et altérés. Le rein droit était rempli de pus et de sang coagulé ; sa substance était tellement friable qu'elle se déchirait par le moindre attouchement. Ce cas a été considéré comme un exemple de gangrèjie du rein ; c'est évidemment une pyélile. L'autre rein était atteint d'hydro-néphrose.

M. Howsliip (4) a vu le bassinet et les calices très distendus et remplis par une matière jaune grisâtre qui était composée de carbonate de chaux et d'une matière animale. J'ai figuré un cas : analogue dans lequel la matière boueuse, blanchâtre, contenue dans le bassinet et les calices, était composé de phosphate de chaux (Atlas, Pl. lix, tig. 4)'

Enfin, on trouvera dans les journaux de médecine un grand nombre de cas de pyélite rapportés sous les dénominations d'abcès des reins, de néphrite , de néphrite calculeuse ou de coliques Jiéjihrétiqnes ; je me bornerai à en indiquer un petit nombre (5).

(1) Médecine éclairée, tom. u.

(a) Hu/eland's prakt. Journ. der Jleilkunde. B. vu, S. 44.

(3) Waller (F.-A.). Krankheiten der Nieren, S. 5. § 12.

(4) Howsbip. Ouvrage cité, j).

(5) Howison. ^ Cflfe of inflammation and sero-purulent dropsr of the kidnepr {Edinb. med. and surg. Journ., vol. x vni, p. ôSy).— Houssard. Obs. sur quel'

ques a/JecUons des reins {Bibliothèque médicale, t. Lix, p. 353) Cassagoe.

Sur un abcès au rein gaucbe {Journal de médecine, t. i.xi, p. 5o5, 1784).—

^îo6 PYÉLiTE (Jii S torique).

S 72?, — 2^ Partie. Je passe à l'histoire du traitement des abcès rénaux , elpar suite à celle de la néjihrolomie.

Lorsqu'on réfléchit au peu de précision des connaissances anatomiques des anciens, on est vraiment frappé d'admiration, en lisant ce passage d'Hippocrate (1) : « S'il y a une tumeur ou une élévation à la région du rein, pratiquez une incision , et, après avoir fait sortir le pus , travaillez à débarrasser cet organe des graviers par l'usage des diurétiques. En faisant cette opération , il y a quelque espoir de guérison ; autrement le malade est perdu sans ressource. » Il répète à-peu-près la même chose dans un autre passage : « Lorsqu'il y a, dit-il, du pus dans le rein , il se forme une tumeur auprès de l'épine du dos; dnns ce cas, faites une incision à la partie tuméfiée, et coupez profondément jusqu'au rein. » Enfin un peu plus loin, il réitère encore ce même précepte, dont le temps a sanctionné la justesse.

Ce passage d'Hippocrate était clair, précis et positif. Que les tumeurs des \omhes , j)rovenant des reins, fussent des abcès

Baumes. Calculs rénaux avec des convulsions chez les en/ans {Gazette de santé, i^8g, p. 186). — Dupont. Sur un abcès du rein (Journal de médecine, 1770, t. XXXII, p. l35). — Guigneux. Ohs. anat. sur un homme qui n'avait qu'un seul rein (pyélitc calculeuse), {Journal de médecine, t. xn, 1760, p. 34S. — M. Swan. Cases of calculi in the bladder and diseuses of kidnejr {Edinb. ined. and surg Journ., vol. xxii, 1824, p, 91).— M. AUan. Case of obstmcted tireter, with ulcération 0/ the kidney and absces {Edinb. ined. and surg. Journ., Tol. xLviii, p. 5i). — M. Duncau {Edinb. med. and surg. Journ., vol. xxviir, p. 3o6) rapporte un cas très remarquahle de pyélo-néphrite avec empyème. — M. Flelclier, On failures in lilhotomy {Edinb. med. and surg, Journ.., vol. xxxvr, p. 433), rapporte un cas où cette opération est devenue mortelle par suite d'une pyélite. On trouvera aussi des cas de pyélites dans les tbèses soutenues à Paris, par Ribes (1824), Savin (1827) et de RoUet (1829) sur la néphrite calculeuse , et dans plusieurs ouvrages relatifs aux maladies des reins. — Walter. Krankheiten der Nieren u»d ffarnblase , in-4. Berlin, 1800. — Kœnig(G.). Praktische Abhandlung àber die Krankheiten der Nieren , in-8. Leipzig, 1826. — Wentzke. Ueber die Krankheiten der Nieren , welche durch Entziindung , etc. (Rust's. Magazin lar die gesammle J/eifkunde. B. xxrv, S. 439).

(t) Hippocratis Opéra omnia. De intern. affectionib., pag. 540, in-folio, Francofurti, 1621.

PYÉLITE {historiqiié). 207

extra- rénaux (ce qui est le cas le plus ordinaire), ou qu'elles fussent le rein lui-même énormément distendu, Hippocrale recommande de les ouvrir, sans distinguer ces tumeurs les unes des autres. « Incisez, dit-il, lorsque le rein malade fait tumeur aux lombes. » Les expressions dont il se sert ( tocjaveiv xarà TÔv veopiv ) , et dont le véritable sens est à'inciser jjrès du rein ou jusqti au rei?i, n'autorisent en aucune façon à supposer I qu'il ait eu la pensée d'inciser le rein lui-même pour aller chercher la pierre dans la cavité du bassinet et des calices; d'ailleurs, non-seulement il ne parle point de chercher à opérer par la plaie l'extraction des graviers ou des calculs rénaux, ou de leur pratiquer, par cette voie, une issue plus ou moins éloignée, mais il recommande de chercher à opérer l'expulsion des graviers par des diurétiques.

Cependant plusieurs auteurs ont vu, dans ce passage, la recommandation formelle de pratiquer la néphrotomie dans le cas de calculs rénaux. Ainsi Cardan (i) se plaint qu'on ne pratique plus b la néphrotomie, ce qui se faisait, dit-il, du temps d Hippocrate. ^ Mery (2) dit aussi qu'on a tort de négliger de tailler les reins calculeitx. k La connaissance que nous avons que la néphroto- ' raie a été pratiquée du temps d^ Hijipocrate, doit, dit-il, enga- ^ ger à y recourir. « Cette opinion de Mery a été reproduite par i les historiens des maladies de Breslaw (.3), par Gaspar Bauliin (4), ï Sçhenck (5) , Bonet (,6), Gasp. a Rejes (7), Meibom (8), Heis-

(1) Cardan De liliris propriis. Nuremberg, i544-

(2) Mery. Ol>s. sur la manière de tailler, -p, 1^2 et suiv. Paris, in-12, 1700.

(3) Uratislaviensis collcgia acad, nat, cur., an 1702, p. 356.

(4) Baubin,G. Ex ohs. prop. apud Scbenck. Obs.med,, lib. 3,curat. nepli. obs. vrir. « Unde liquet veram esse Hippocr.itis senteutiam qua; habetur lib. de morliis internis, calculos nitnirum a lateribus extrabi posse. »

(5) Scbenck. avance aussi que la népbrolomie a été pratiquée par le* anciens {Obs. med., p. 357).

(6J Bonet. Sepulcr., lib. ur, scct.22, obs. xx, est moins formel; il dit : « Et quanquam Hipp. (lib. de int. affect.) suadere mideatur, yix tamen tentauda e»t; nisi manifcstum sit ipsam et naturam apostemate quodam facto viam sibi qii^rere, ete.

(9) Gaspar a. Rejes. Elys. suc. quœst. camp., quœst. 86, n. 16.

(8) Meibfim. Comment, in Hippocrate. \\\il\iïS\nA., cap. xvf, p. i.'io.

2o8 PYKLiTH {Jti.iloriquc).

ter(j), qui affirment aussi qu'Hippocrate conseillait d'inciser le rein. Benoît Sinibald(2) dit qu'il ne faut pas priver le genrehuinain d'un si grand bienfait ; et Panaroli (3) émet aussi le vœu que cette opération puisse être pratiquée.

Mais d'autres auteurs ont soutenu, avec raison, qu'Hippocrate n'avait jamais eu en vue l'opération de la néphrotoniie ; qu'il s'était borné à recommander d'ouvrir Les abcès des lombes •provenant des reifis. De ce nombre sont : Michel Bernh. Valentini (4) et L. Schrœck (5), lesquels pensent que le précepte donné par Hippocrate, de faire une incision très profonde sur le rein suppuré , lorsqu'il se présente une tumeur près de l'épine^ n'a pas été bien compris par plusieurs auteurs.

Welsch (G.-H.) (6), Menjot (7), remarquent aussi qu'Hippocrate dit non pas d'ouvrir le rein, mais bien la région voisine du rein, comme l'a interprété Prosp. Marliano. (8)

Van Swieten (9) rappelle qu'Hippocrate prescrit non pas d'extraire les graviers et les calculs des reins par une incision aux lombes, mais bien d'évacuer le pus et de nettoyer, par l'usage des diurétiques, les reins remplis de sable et de graviers. Enfin Barthélémy Castelli(ro) s'exprime d'une manière nette et concise à ce sujet : « Sectio renum , de qua legi poterit apud Hipp. (de intern. aflect- xv , 19). Enim vero non ibi sermo est de sectione ijisoriim renum, sed de sectione abcessus juxta renés. Irapossibilis igilur potius habenda est renum seclio, cum Boneto Mercur.

(1) Heisler. Institutions de chirurgie, in-4, .ivignon, 1770, toin.ir, p. 292.

(2) Sinibaldi. Hîppocralis Antiphonon, iv, lib. v.

(3) Panaroli. Ob. med,, Pentecost. y, obs. XLir.

(4) Valentin. Cliirurg. medic, sect. m, cap. 6, § r, pag. 323.]

(5) Sclirœck. Mise. Nat. Cur. Dec. 2 anu. 3, in Scliol, obs. cxxxix.

(6) Welsch. Curationum propriarum consiliorum med. décades x, in-4. Vienne, 1698.

(7) Menjot. Diss. path., pars 11 , ex Bibl, med. pract. Manget., lib. xrr. — Bonet. Poljrallkes, Genev. 1691.

^8) Martianus (Prosp.). Magnus Hippncrates Cous explicatas, sive operum Jfippocralis inlerpretatio, Komx, in-fol., 1626.

(9) Van Swieten ifi Boerbaave. Aphorismos,, De A'iilner., tom. i. (to) CastcUi. Lextcnn. Kn. NiPunOTOMiA.

PYiiLiTE {historique). ^09

a au-

Compit. (lib. XII, p. 43.) » Enfin Bernard (I) pense qu ou n cune preuve que du temps d'Hippocrale, et même que plusieurs siècles après lui, on ait réellement pratiqué la néphrotomie; et il est certain, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, qu'Hip- . pocxate s'est borné à recommander d'ouvrir les abcès des \, lombes, provenant des reins, et qu'il n'a fait nulle mention de la recherche ou de l'exlraclion des calculs rénaux.

Rufus (2) dit que la tumeur formée aux lombes ne s'évacue pas par les rnns, dans certains cas {px>Sè pYipuoÔat èôsXei 'e twv vctppûv), mais qu'elle persiste jusqu'à ce qu'elle soit ouverle par les cau- II stiques ou par d'autres procédés. Or , l'incision recommandée > par Hippocrate, et que Rufus comprend probablement dans les autres procédés, est généralement préférable aux caustiques.

Galien (3) décrit deux espèces de calculs et de sables qui correspondent évidemment à la gravelle roiige et à la gravelle grise; il ; indique la douleur et le sentiment à! engourdissement de la cuisse \ qu'entraîne l'affection du rein (4). Il note que les calculs peuvent se trouver dans les reins ou dans l'uretère, et que cette affection est accompagnée d'une espèce de colique qu'il distingue des coliques intestinales. Il remarque qu'un grand nombre de personnes atteintes de douleurs sourdes dans les reins et dépendant d'une affection calculeuse , n'ont pas rendu antérieurement de sables; enfin, il énumère (5) les principaux symptômes de la suppuration des reins : les frissons vagues , les accès de fièvrt irréguUère, le sentiment de pesanteur dans la région rénale, l'évacuation du pus, du sang , et de grumeaux avec l'urine. Mais non-seulement il ne parle pas de la néphrotomie, mais, il ne fait pas mention des abcès des lomhes provenant des reins , ni de l'incision recommandée par Hippocrate , ni de la cautérisation indiquée par Rufus.

(i) ^trazrà. Philotophical transactions, ioT tlie montbs ofNov. and Dec. 1696, vol. XIX, p. 333.

(a) Rafi Epliesii de •vesicœ renumque morbis. Londres, in-4. (3) Galeni. Omnia quœ exstunt, Basile», in-fol., i562. — Class. vu cap. 3 ;■ de renum affectus dignot. et medic.

Comincnt. L in. Hipp, De moih. a/ulg,, liv. vi, clas. m, p. 3o4, t. ir. (5) Jbid. De locis affcct., lib. vr, cap. 3.— De ren. afject. dignoùonf. III. 14

2IO VYÉUTk [hisloiii^ae).

Cœlius Aureliaûus (t) a divisé leà inmeurs rénales , provenant de la néphrite , en légères et en fottes; lè traitement en est tout médical; il ne fait mention ni 'àél'incïsioii, ni de la cautérisation.

Celsé ; qui etltrë dkns tjUelques détails sur la taille de la vessie (a),tie dit pàs un mot des tutneui-â dés reins aùx ibrtlbeS, ni du traitement t[ue réclament ces tuméttrs.

At-tlligène él Pllilagrius (3) donnent de bon& préceptes Sur l'emploi de la saigiiée, des vésicatôires , des boissons diurétiques, de la diète lactée dans le traitement des inflammations dcS reiùs produites par des calculs; mais ils ne font mention ni de l'incision, ni de la cautérisation des tumeurs rénales pour doUUer iSâufe âU pus.

Aleiandi-e deTrallfes (4) cherche à distinguer le pus provenant deà reiiiS du pus provenaiit de la vessie ; mais il ne dit rien du traitement chirurgical des Inmeurs rénales contenant du pus.

PavU d'Egine (5) indique Une foule de topiques et de boissons qu'il regâi-de coihme pi-opres à guérir les nlcèrei des reins (les boissons adoucissantes , le lâil, un régime doux , les bains, etc.) ; mais il ne mentionne ni les tumeurs rénales, ni leur ti-aitethetit.

Eu résumé, leS tnédecitts de l'antiquité ont connu l'existence des graviers et des calculs rénaux , et les principaux abcidens que ces colps élfattgtrS peuvent produite ; mais Hippocrate et

(1) Cxiitis Auréli.Vnus. Morbor. clirorùc, lib. v, cap. m. Nephritis.

(2) A. d CélsUS De rè mùdica ,Yi\>. iv, câ'p. 10, p. 173, in-8. tugduni i565. Cclse. Ibidem, lib. Vii, cap. iiB, p. 38i.

(3) Cités Ji&f AtttikSi TetrahihUS; SfirUid iti, p. 594.

(4) Alei.Trall. il/ei/ianœ libri xit, ita''i6. Liigduni,'iS6o, p. 558. — «Quod igitur pus a supcrioribus partibus effertur, omnino cum urina ipsa accurate pcrmixtum iiiVènitui'! sin au'tcm hb inferioribbb excernàtnr, etiam sëditnentum in fundo matula? potius sul)siderc deprebendes. « Ibid., p. 646, 557, 55q, etc. ■< Colculo nffecti in acccssionibus quidem mBdibaibehtis curari debcnt qute laxarèv leuiV-e et pr«lérea cômminuei* et calcnluin edncfere possunt. — Qui pus excernunt, li'nilttis et abstcrgentibns ciirandi sunt. >■

(5) P.iuH /Esincta' Oims rie re medica, lib. m, p. 77, 78, 79, 80. Parisiis, in-4, ifia.

PYÉLiTE ( h is torique ) . 211

Rufus , seuls , ont décrit les tumeurs purulentes des lombes, provenant des reins. Hippocrate a recommandé de les ouvrir avec l'instrument tranchant, et Rufus, à l'aide de l'application des caustiques ou de tout autre procédé. Mais aucun auteur ancien, grec ou latin, n'a conseillé d'inciser le rein abcédé ou non abcédé , pour en extraire un calcul.

Cependant, soit par une fausse interprétation du passage d'Hippocrate, cité plus haut, soit (ce qui est moins probable) que d'autres médecins de l'antiquité dont les écrits ne nous sont pas parvenus, eussent réellement recommandé la néphrotomie; deux auteurs arabes, Sérapion et Avicenne, émirent l'opinion que cette opération avait été anciennement pratiquée. Sérapion (i) s'exprime ainsi : « Quidam antiquorum prœcipuerunt lapidem renum extrahi cum ferro incidente , rétro super latus duorura iliorura in loco renum. Êgo autem video quod hsec audacia est difficilis vehementer, et adminislratio istius curationis est maxime periculosa et suspecta de morte. »

Après avoir mentionné les ulcères des reins produits par les calculs ou par d'autres causes ; après avoir indiqué les symptômes qui distinguent les ulcères des reins des ulcères de la t vessie ; après avoir signalé les fistules rénales qui sont quelquei fois la conséquence de ces ulcères ; après avoir beaucoup in- ! sisté sur le traitement médical des calculs des reins, Avicenne (» ) » ajoute au sujet de la néphrotomie : « Et sunt quidam qui ! laborant extrahere ipsum (calculum renalem) per iocisionem i ilii et per dorsura. Sed est magnuls tiraor in eo , et operatio ejus qui ralionem non habet. y> Faut-il inférer de ces passages de Sérapiôn et d' Avicenne ' qtie les Arabes ont pratiqué la néphrotomie ? Freind (3) , nbli-seulemenl répond affirmativement , mais il va jusqu'à reprocher à Albucasis de ne pas parler de cette opération, et il ajoute : <c E Serapione et Avicenne cotostat hoc aliquando iis

<i) Sérapion. Prax., tract, iv, cap. 22.

(a) Avicenne. Libri in re inedica onmcs, lib. m, fan 18, tract. 2, cap. 10, in-fol. Venetiui, i564.

(3) Freiuà, Hisi.med., trad, Wigau., iu-4, Parisiis, 1735, p. 273.

a 12 py ÉLITE [historique).

tcmporilnts praeslilum, quanquain operationem uterque valde ancipilem judicat (i). »

Mais d'après les ouvrages de l'antiquité qui nous restent, on peut affirmer, contradictoireraent à Sérapion et à Avicenne , que nul auteur, grec ou latin, n'a conseillé d'inciser le rein pour en extraire un calcul. Et malgré ce que semblent dire Sérapioa et Avicenne, il n'est pas plus prouvé que la néphrotomie ait été pratiquée par les Ai'abes. Sérapion et Avicenne, trop préoccupés de repousser l'opération de la néphrotomie, dont il n'existe réellement aucune trace dans l'antiquité, ont commis une autre faute; ils ont négligé de recommander le sage précepte qu'elle avait donné dans la collection hippocratique, celui à'inciser les abcès provenant des reins.

Le père de la chirurgie française, Guy de Chauliac (2), reproduisit les opinions des auteurs arabes ; comme eux, il rejeta l'opération de la néphrotomie, sans indiquer les abcès aux lombes, provenant des reins, et sans mentionner la recommandation faite par Hippocrate d'ouvrir ces abcès.

On en était là, quand de nouvelles observations vinrent démontrer tout l'avantage qu'il y avait à ouvrir les abcès des lombes, provenant des reins, ainsi qu'Hippocrate l'avait conseillé. Ces observations établirent, en outre, un nouveau fait : l'issue , dans quelques cas, d'un ou de plusieurs calculs par la plaie résultant de l'incision, ou par l'ouverture fistuleuse qui y succédait.

Louis Richieri, savant philologue, plus connu sous le nom de

(l) Hévin a traduit ainsi ce passage: « Il est certain, ajoute-t-il, que Sérapion et Avicenne, en disant que plusieurs //niA'^uaien^ cette méthode eu ce temps-là etc. (Hévin. Recherches sur la néphrotomie ,-Mém. de l'Acad. royale de chirurg., tom. m, p. 280).

(a) « Nihilominus chirurgus directe non liabet considerare de lapide renum nec aliarum intrinsecarum particularum, cum non contingat ipsum curare benefîcio cbirurgiœ... £t in renibns non débet incidi , in vesica est periculosa incisio» Guy de Chauliac. Chimrgiœ tractatus seplem cum and- (fotan'o. Lyon, in-8, i546. — [Delapide in -vesica, tract, vr, doctrina ir, cap. 7)' j

(3) Coclius Rbodiginius. Anùquarum lectionum Uhri xvr, Venetiis, in-fol. i5i6 (/iiiri xxr, Basili.T, i55o).

pyÉLiTE (hisLorique). '-^^^

■rlius Rhodtginius,^Ar\e d'une femme qui, après avoir soiifci t un grand nombre d'années de pesanteur dans les reins, près de l'épine, fut prise de démangeaisons dans la même parlie, s'y gratta, d'oii un ulcère aux lombes, par lequel sortirent dix-huit pierres de la grosseur d'un dé.

Cardan (i) rapporte, d'après le témoignage oculaire d'Albert, un cas tout-à-fait analogue, c'est celui d'une femme qui avait ïété long-temps tourmentée de violentes douleurs de reins, et à laquelle on ouvrit enfin la partie malade , d'où l'on tira dixihuit pierres de la grosseur d'un dé.

Les médecins arabes ayant avancé, d'une part, que les aniiciens avaient pratiqué la néphrotomie, et, d'autre part, que cette opération devait être rejetée ; des chirurgiens et des médeucins de Paris crurent qu'il serait bon de tenter cette opération sur un criminel atteint de la pierre dans les reins ; l'autorisation leur en fut accordée par Louis XI (2).

« Audit mois de janvier i474, advint que ung franc archier deMeudon prés Paris estoit prisonnier és prisons de Chastellet, pour occasion de plusieurs larrecins qu'il avoit faictes en divers lieux, et mesmement en l'église dudit Meudon. Et pour ilcsdits cas et comme sacrilège, fut conderapné à estre pendu et lestrauglé augibetde Parisnommé Montfaulcon, dont il appella lenla court de Parlement, ou il fut mené pour discuter de son I appel: par laquelle court et par son arrest fut ledit franc arichier, declairé avoir mal appellé et bienjugié par le prevost de i Paris, par devers lequel fut renvoyé pour exécuter sa sentence. l^En ce mesrae jour fut remonstré au Roy parles médecins et cirurgiens de ladite ville que plusieurs et diverses personnes estoient fort travaillez et molestez de la pierre, colicque, passion et maladie de costé , dont pareillement avoit été fort molestéleà'xt franc archier. Et que aussi desdictes maladies

(i) Cardan. De rentm varietate libri xvii, lib. 8, cap. 44, in-fol., BasUese, 1 1557.

(a) Les chroniques de Jean de Troyes, .ippelécs Histoire de Louys Un-

' """^y Autrement dicte la Chronique scandaleuse, publiées par Petitot

{CoUeclion comolàte des mémoires , relatif s k V Histoire de France, loin, xui, p. 452).

2i4 PTiéLiTE {historique).

estoit lors fort malade monseigneur du Bochaige, et qu'il seroit fort requis de veoir les lieux oii lesdites maladies sont conciees dedensles corps humains, laquelle chose ne povoit mieulx eslre sceué que inciser le corps d'ung homme vivant, ce qui povoit bien eslre fait en la personne d'icelluy franc archier, qui aussi bien estoit prest de souffrir mort, laquelle ouverture et incision fut faicte au corps du dudit franc archier, et dedeus icelluy quis et regardé le lieu des dictes maladies. Et après qu'ils eurent esté veuës, fut recousu, et ses entrailles remises dedens. Et fut par l'ordonnance du Roy fait tres-bien penser, et tellement que dedens quinze jours après il fut bien guery, et eut remission de ses cas sans despens, et si luy fut donné avecques ce argent. »

Remarquons d'abord que, dans cette relation, la seule qu'on puisse invoquer, il est dit que le franc archer avait souffert de la pierre, mais non qu'il en sotiffrail lorsqu'il fût pris pour sujet de l'expérience. J'ajoute que la chronique dit que, lorsque les parties malades (c'est-à-dire le rein) eurent été vues, la plaie fut recousue. Nulle mention n'est faite de l'extraction d'un calcul rénal. Tout ce qu'on peut inférer de ce fait, c'est que les chirurgiens cherchèrent à découvrir le rein, que le péritoine fut ouvert, puisque l'intestin sortit par la plaie, et que malgré cet accident l'archer guérit de cette opération.

Ambi oise Paré (i), en rapportant ce fait, évidemment d'après

(i) « Je ne pnis encore passer qae ne recite ceste bistoire prise aux chroniques de Moustrelet, d'un franc-arclier de Meudon, près Paris, qui estoit prisonnier au Cliastelet pour plusieurs larcins, dont il fut coudamoc d'estre pendu, et estranglé : il en appella en la cour de parlement, et par icclle cour fut déclaré estre bien jugS et mal appelle. £n mesme jour fut remonstre au Roy par les médecins de la ville, que plusieurs estoyent fort travaillez et molestez de pierre, collique passion, et maladie de costc, dont eseoit fort molesté ledit franc-arcber, et aussi desdites maladies estoit fort molesté monseigneur de Boscage, et qu'il seroit fort requis de voir les lieux où lesdites maladies sont concreées dedans les corps humains , laquelle j chose ne pouvoit estre mieux sceuë qu'en iucisaut le corps d'un bomme | vivant : ce qui pouvoit ostre bien fait en la personne d'iccluy franc-.ircb8r, ! qui aussi bien estoit prest de souffrir la mort : laquelle ouverture fut faite au corps dudit franc-arclier, et dedans iceluy quis, et regarde le lien dejdite»

PYÉLIT? {historique). 2i5

la même chronique, Ta involontairement altéré, en disant que l'archer souffrait de la pierre, tandis qu'il est dit dans la relation qu'il en avait noyffèrt. Plus tai d, Mézeray (i), en rappelant

maladies , et après qu'ils eurent esté veuz , fut recousu , et ses entrailles remises dedans. Et par ordonnance do Roy fut bien pensé, tellement que dedans quelques jours il fat bien guary, et eut su rémission, et luy fut donné avec ce argent. » (Paré. O^'acr^j, in-folio, liv. XXY, cbap. 16. « De cerlaines cftoses estran^es que nature repousfe par son incompréhensible ^^widence]. •>

Le même fait, rapporté, avec quelques variantes, dans une traduction latine de l'ouvrage de Paré, insérée dan.s le Thésaurus chirurgiie de P P. Uffenbach, in-f<:)|. Francofurti, 1610, p. 56^, répond litéralement au f passage d'une autre édition citée par Scbeqck : « Quod sequitur ex Mons' t treleti Chronicis, omnem superat admirationem. Immuuis quidam sagittarios ex Medono quatuor à Liutetia mili.iribns, propter latrocinia dnmnatus erat rei capitalis. Intérim a medicis régi renuntiatum est, multos tpm-! pestate calçulosis torminibus Lutetiae divexari, et prae cœteris Bosci dominuui : e re et sainte multorum futurum, si partes ipsas, in quihus tam diruin morbi I genus concresceret, oculis lustrare et conlemplari darctur ; longe id qieUus t in vivo bomine , qnam in mortui cadavere perspici ; experiri id licere in I sagittarii immunis morti addicti, et olim bis malis discruciari soliti corporCi l Impetratum a rege est : itaque , recluso corpore spirantis, partes coutcinpl^ti et ex voto rimati sunt medici, bisque diligentcr et exacte çpnsultis ac suo loco restitutis , jussu régis consutum corpus est , qua reclusupi fuerat, et summo studio adhibito curatnm. Ita factum est, ut sagittarius ille intra paucos dips convaluerit, culpxqne yeniaimpetrata, grandi insuper pecuni,-! donatiis. »

Paré, on son traducteur, ^'exprime ainsi sur ce fait: ■< Omnem superat admirationem, » et l'éditeur a ajouté en marge :« Superat bxpi^arratiQ non umnem modo admirationem, ?ed et fidem. »

Paré ne paraît pas avoir considéré ce fait cow^js v^a ffCRiple de nép))rotomic.

Scbenck rapporte ce fait d'après Paré (lib. ju. Z>ç Lilhiafi rçjmw, obs, m), avec le titre suivant : « Calcula renuin 'vexatus , vivus iacisus a, medicis, ut causas et ifaturam tantorum çmçialuum çt parlium rimarenfur : aO iisde/n (fenuo restitutus et seryattis. « 11 est à noter cependant qu'jl a, mis ce fait dans un chapitre distinct de celui où il traite exçlusivçi^ent <lc la pépbrûtç^ie {Calculi renum. çhirurgia).

(1) « La médecine s'y cultiva aussi plus fructueusement qu'auparavapf. Lçs ^Pcjcurs de cette f3çulté ayant scû qu'un archer ^e ?.agnole,t, fort sujçt à la grjyellB. ayqiç été pondampé à mort p.9;ç^^■ ^ej crigie^, supplierez le Çoy

21 6 PYiiLiTK {historique).

le même fait, lui fait subir une bien plus grave altération," en disant qu'on ouvrit le rein pour en tirer un calcul. Rousset (i) et Sainle-F oix (2) , altérèrent aussi ce même fait , ou le reproduisirent fort inexactement.

qu'il leur fût mis entre les mains pour faire expérience sur luy, si on pourrait ouvrir le rein et en tirer le calcul. Leur opération reiissit fort heureusement, et l'areher vécut encore long-temps en bonne sintc» (Mczeray. Abrégé chronolo^que de V Histoire de France, in-12. Amsterdam, 1701, tom. iv, p. 60).

Garnier {Histoire de France , depuis Vétablissement de la monarchie, jusqu'au règne de Louis Xïp^, in-12, tom. xviii, pag. i83, Paris, 1767), a répété peut-être d'après Mczeray, que chez l'archer de Mcudon on fit l'extraction de la pierre.

(1) Voici les termes dans lesquels ',Ilousset(27e part. casar.,sect.ïii, cap.7 , traduction latine de G. Bauhin, in-12, Basilcx, i , p. 5g) raconte le fait

« Uuc etiam rcforri potcst historia ipsius immunis sagittarii Modunensis calculosi, qu.-e a Monstreleto dcscripta , cum jam morti adjudicatus esset, concedonte tamen magistratu , ob instantem petitioncm medicorum Lutetianorum, venter npcrtus fuit, quo lapis perquirerelur, et locus lapidis observaretur : rcpositis dein intestinis, vnluus consutum fuit : ipse vero sanitatem pristinam ndeptus est: sententia etiam, qua morti erat adjudicatus, remissa, propler dolores , invite tum ab ipso perpessos. » Rousset ajoute que Paré, qui a rapporté cette observation, avait oublié de noter deux choses importantes, dont il aurait pu facilement s'assurer : « Primum est, calculus ne in ipso rené aut in vesica ab ipsis quœsitus fuerit; alterum, quo in loco exteriori scctio ba;c cœpta fuerit: an videlicet in lumbis, autaliain parte ipsius epigastrii (paroi antérieure du ventre) versus ilia. » Il est à noter qu'il y a ici deux variantes : d'abord, Rousset affirme positivement que le malade était un calculeux, et en second lieu, que l'opération lui fut faite malgré lui, on au moins sans le consulter; tandis que Tean de Troyes ne mentionne pas cette circonstance, et l'auteur de la Nouvelle histoire du règne de Louis XI dit au contraire que le roi répondit qu'il le voulait bien, pourvu que le franc archer y consentit; et que, pour l'y disposer, il lui promettait sa grâce, et une bonne somme d'argent de plus, au cas qu'il revînt de cette opération. Le criminel accepta ce parti. •

(2) Sainte.Foix, en parlant de même fait, d'après la cbroûiqoc de Louis XI, s'exprime ainsi :

<. Au mois de janvier 1474, les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI, que plusieurs personnes de considération étoienl ira-

pyÉLiTE {hislurique). --^«7

Le texte de Jean de Troyes , mal vérifié , altéré , et complètement défiguré, est ainsi devenu l'objet d'une foule d'interprétations plus ou moins inexactes. Colot (i) suppose toutà-fait gratuitement' que le rein de l'archer, fatigué par la pierre, s'élait enfiammé, qu'il faisait une tumeur considérable qui fut ouverte et dont on tira aisément la pierre; s'appuyant sur le passage de Mézeray , il conclut que l'on pratiqua, non le grand appareil, comme plusieurs l'avaient supposé, mais la néphrotomie. Méry (2) soutient au contraire que la maladie du franc archer était \a pierre dans la vessie ,

vaillées de la pierre, coltqae, passion et mal de côté; qu'il seroit très utile d'examiner l'endroit où s'engendroient ce» maladies; qu'on ne pouroit mieux s'éclaircir qu'en opérant sur nn homme vivant; et qu'ainsi ils demandoient qu'on leur livrât un franc archer qui venoit d'être condamné à être pendu pour vol, et qui a voit été souvent fort molesté desdits maux. On leur accorda leur demande, et cette opération, qui est, je crois, la première qu'on ait faite pour la pierre, se fit publiquement dans le cimetière de l'église de Saint- Séverin. Aprjès qu'on eût examiné et travaillé, ajoute la chronique , on remit les entrailles dedans le corps dudit frauc arrher qui fut recousu, et par l'ordonnance du roi très bien pansé, et tellement qu'en quinze jours il fut guéri, et eut rémission de tes crimes sans dépends, et il lui fut même donné de l'argent. (Sainte-Foix, Essais historiques sur Paris, 5* édit., tom. 1, p. 287. Paris, 1776).

Sainte-Foix termine sa narration par la réflexion suivante ; « Le cours des évènemens de la vie est quelquefois bien singulier ; il falloit qne ce misérable, pour être guéri de la pierre , fut condamné à être pendu. » On voit que Sainte-Foix croit à une opération pour débarrasser le franc archer d'un calcul ; Roussel parait, d'après la manière dont il s'exprime, avoir eu aussi la même^royance : « Ipse vero sanitatem pristinam adeptus est.» Et en parlant des médecins de Paris, il ajoute : « Qui cum Luteti.ne adeo féliciter rem tam periculosam, tanta etiam cnm utilitate conjunctam tentassent, mirum quod id literis non con»ignarint,imo tahulis asneis insculpserint posteritati cas consecrantes, et ut rem admiratione, imo saepius imitatione dignam, eas in scholis ipsorum erigentes. » Il n'est pas besoin de dire que rien, dans le texte de Jean de Troyes , n'autorise cette manière de voir.

(1) Colot (Fr.). Traité de Vopération de la taille, p. 36 cl suir. (a) Mery. Observations sur la manière de tailler dan* Us deux sexes, p. a et suiv.

ai8 PYÉLiTE (^historique),

et ce sentiment ditllévin (i), a prévalu dans ces derniers temps, non-seulement chez les historiens, mais encore chez les médecins et les chirurgiens. Ainsi, Vautour de l'Alrègè de VHUtoire ecclèsimtique dit que l'Europe fut reéfevable à Louis XI de l'art de tailler les personnes incommodées de la pierre, par la permission qu'il donna aux chirurgiens de Pans d'en faii e l'essai sar un Jiorame pondaniné à mort, qui en guérit et vécut longtemps après. A.-O. GoelicU, à cette occasion, montre son étopT neraent que Louis XI ait permis aux médecins de Paris d'o«vrir lejjérinée (2). L'auteur de l'art, anaïomie, dans l'^eyc/opèdie mèlhodipie, termine l'histoire du franc archer, en disant formellement que ce fut là , pour la première fois , depuis Celse, qu'on tenta Vojièration de la taille. Haller (3) croyait également que ce fut un cas de calcul dans la vessie opéré par Germain Colot dans le tçmps de Louis XI; mais, dit-il, cette histoire n'est pas claire, et paraît appartenir au haut appareil, puisqu'on lit qu'après avoir replacé les intestin, on fit la suture du ventre. Enfin, Tolet(/() affirme qu'il est facile déjuger queledit franc aicher n'était point incommodé de la pierre ; et qu'il y a apparence que l'opération qu'on lui fit était celle qui se pratique pour la maladie, nommée volviilus, qui survient lorsqu'un intestin est redoublé ou replié en lui-même !

D'autres faits qui ont eu moins de retentissement que l'ex-

(1) Freind (Ifistor, medicinw , pag. 374, i» Oper. omn, medic,, in-4, 1735), en racontant co fait d'après Mézeray, avance (et HéWn le répète) qae cela arriva sous Cbarles YIII. Or, la seule date connue de cettp expérience est celle qui est donnée par l'auteur de la Chronique de Louis XI (1474)- Charles VIII ne monta sur le trône qu'en i483. Freind a été proba^ blemeut conduit ii placer le lait sous Cbarles VIII, parce qu'il est consigné ^^ns uif résumé sur les prinoipans évèaemens du quinzième siècle, que Mézeray a mis à la Un du règne de Charles VIII, bien que ce résumé compreuae plusieurs autres faits passés sous le règne de Louis XI, et en particulier, l'importation 4p l'ùnp"ipei°ie à Ç{iris,en i470-

(2) Gcelick. Histoire anaU noitv. et antiq., § a4.

(3) Comment, in method. discend. medec. Boerhaave, i, », part. i3, cap. 2,

(4) Tolct. Traité de la lil/wtomie, cbap. i5, p. i.io et suiv.

PYÉLiTE {historique). 219

périence tentée sur le franc archer, mais qui ont réellement une plus grande importance scientifique, ne tardèrent pas à se produire.

Pierre de Bayro (i) rapporte l'histoire d'une pauvre femme qui avait souÉFert pendant long temps dans la région d'un des reins, où il existait une tumeur donnant un sentiment de Auqttuation profonde. Un chirurgien fut d'opinion qu'on devait attendre jusqu'à ce que la tumeur fût devenue proéminente. Mais, sur la représentation de Bayro que la malade serait morte avant que cela eût lieu, le chirurgien fit l'opération ; il s'écoula, pendant quelque temps, une grande quantité de matière, et la malade se rétablit. Bayro ajoute qu'il a vu mourir d'abcès aux reins plusieurs malades, soignés par de savans médecins qui n'avaient point osé faire l'ouverture de ces abcès. Celte pratique et ces remarques de Bayro confirmaient la justesse des préceptes hippocratiques.

Fernel (2), après avoir donné sommairement, mais d'une manière très précise , les caractères et les symptômes de la pyélite calculeuse et ceux des tumeurs lombaires provenant des reins, s'exprimait ainsi: « Yel ea sede congestun^ (pus), ilia lumbosque copia distendet, equibus etiam aperta cute diu multumque manat. Nonnunquam et illinc calculus ingens cum pureatoi exccssit,aliàs evulsus est». Comme on levpit, Fernel indique nettement que par l'ouverture des abcès provenant des reins, on obtient l'issue du pus et parfois la sortie spontanée d'un calcul ou qu'on peut en opérer extraction ; double circonstance qui n'avait point été exprimée d'une manière aussi claire par ses prédécesseurs.

AicholtzfS) rapporte le fait curieux d'un enfant iVun an qui n'avait point uriné pendant plusieurs jours; il fléchissait et éteu-

(() Bayrus. Praciica, lib. xx, cap. 4. — Cité par Scbenck. Obs. med rar., lib. m, renum tumores, ohs. vi, p. 460.

(2) « Ita sa.pe TÏdimus tota renis carne ac snbstantia peresa, ambiente tanquam marsupio raenjbrana, pus calculosqqc multos obvolvi (Fernel. Pailiol., lib, VI, cap. xrr. De morbis renum).

(3) AicLoliz cité par Scbenck. Obs, mcdk: rur. Lib. ni , de Ischunâ.

pyiîLiTK [hislorique).

dait alternativement les cuisses en criant, el ne voulait pas manger, quelquefois même il vomissait; les reins, changés de forme, bosselés et semblables aux reins de veau, contenaient plusieurs calculs; des calculs existaient également dans chaque uretère. Ce que Paré dit des ulcères des reùis, des différences du pus provenant des reins ou de la vessie, n'offre rien de neuf, et le traitement qu'il recommande contre les ulcères des reins, est purement médical. Mais Paré cite un fait curieux observé par d'Alechamps.

« M. d'Alechamps, dit Paré (i), recite en sa chirurgie, qu'il a veu un homme avoir un aposteme sus les lumbes , dont après la suppuration, icelle dégénéra en fistule, par laquelle jetta en diverses fois plusieurs pierres venant du rein , et enduroit le travail du cheval et des chariots. »

Cabrol (») rapporte aussi un fait remarquable, quoiqu'on ne puisse dire positivement s'il s'agissait, dans ce cas, d'un abcès extra-rénal, ou d'une pyélile simple en suppuration. Il ne paraît pas qu'il y eût de calculs :

« Anno 1578, vocatus fui ut N. secarem , annorura 40. In islius rené sinistro abcessum magnum reperi purulenla maleria plénum : pondus ipsius erat lib. xiv, cum cysti et rené; qam quidem cystis pellem vervecinam crassitie a;quabat. Aliquo post tempore juvenis quidam me accivit, qui cum eadem in parte vehementissimo dolore premeretur, alios tum medicos , tum cliirurgos accersendos esseputavi : in contrarias itum est senteutias, etenim maxima pars calculum esse in renibus conjiciebat, prsesertim cum aliquantulura puris cum urinis excerneret : ergo contra abscessum esse contendebam, abscessus illius prioris memor : paulo post patiens iterum me rogavit ut ipsum inciderem, aiens se malle semel mori quam tôt mortes vivendo perpeti. Ego precibus motus ipsum incidi, locumque materiam continentem reperi , sed nihil inde exiit; duabus post horas,

(1) Paré. Ouvr.cieé, liv. xxx, chap. i5, pag. 1044. Voyez: d'Alechamps. Chirurgie française. Annotations; page io44i >n-i2. Lyon, iSjo.

(2) Cabrol (Barth.). Alphabet, anat. obs. ixtui ; cité par Bonet. Sepulcr., lib. III, >ect. xxti, obs. xxiii.

FYÉLITE {historique). 221

apparalum primuni mutaluus accessi; tractoque peniciUo , pelvim accipere coactussum, cujus plus quam diraidia pars pure repletafuit, singulisque sequentibus diebus bis vacuatio fiebat, ita ut tummane tum sero calinus iUo pure impleretur, idque per raensera integrura et amplius. Tandem vero appositis remediis ulcus detersum , cicalrix inducta , ipseque peraanatus est.

Cbaumette (i) renouvelle la remarque hippocratique que le pus des abcès des reins se porte quelquefois à l'extérieur sous forme de tumeur.

Mercado (2) conseille l'ouverture des abcès lombaires, lorsqu'ils sont considérables ou lorsqu'ils se trouvent près de la membrane extérieure du rein. Il pense que l'ouverture des abcès du rein ne serait pas salutaire; les plaies de cet organe ne se consolidant jamais ou fort rarement, et les malades traînant ensuite une vie malheureuse et remplie de souffrances.

Camerarius (3) rapporte un fait intéressant : « Memini alium praeslantissimum medicum affirmasse se aliquando fuisse apud nobilera quemdam virum, ejusmodi doloribus misère excruciatum, qui non solum sectionem , sed mortem expetens tandem chirurgo persuasit , ut lapidera ob magnitudinera uretero irapactura excinderet, quod ille satis audacter, attamen féliciter aggressus est, lapidem enira non solum exemit, sed et locum sine orani noxa consolidavit. »

Rousset (4) rapporte qu'une femme d'un grand embonpoint, après avoir souffert pendant long-temps de douleurs néphrétiques, eut un abcès considérable à l'extérieur de la région du rein. Cet abcès fut ouvert avec le cautère actuel, en sa présence, par Gérard , chirurgien du roi Henri; il s'en écoula du pus. On entretint la fistule pendant vingt-six ans et plus, à

( l) Chanmctte. Enchiridion chirurg. extern, morh., p. 267.

(2) Mercati. Compit.—îionet. Lib.Xr ren. ajfec.,n. 11.

(3) Camerarius, cité par Schenck. Obi. med. rar., lib. iix, curatio nephriiicorum, obs. vm, p. 457, in-fol., Lugdnni, 1644.

(4) Rousset (Fr.). De part, cœsar., sect. m, cbap. vu. trad. lat. G. Baubin in.i2,Basile»,p, fi^ et suiv.

22a pyi5lite {historique).

l'aide d'une canule d'al-gent ^ concavBi et d'une bougie de six travers de doigt de long; par be moyen on évitait la douleur rénale, qui revenait quand la fistule n'était pas soigneusement entretenue. RoUBsel raconte également qu'un homme qui avait souffert pendant long-temps de douleurs néphrétiques avec vomissemens , présenta plus tard une tumeur considérable entre l'aine et l'os des îles , qu'un chirurgien très expérimenté en fit l'ouverture, qu'il en sortit de l'urine mélangée de pus, et une pierre de la grosseur d'une fève.

Sclienck (r), après avoir rapporté les opinions d'Hippocrale, d'Avicenne, de Cardan et de Rousset sur le traitement chirurgical des ahcès lombaires, provenant des reins, et après avoir reproduit le cas de l'archer de Meudon, conclut en faveur de la néphroloniie.

C'est ici l'occasion de remarquer que si la question de la néphrolotnie était déjà controversée, il y avait cependaut un accord à-ppu-prcs unanime, parmi les médecins et les chirurgiens de la plus haute autorité, pour recommander d'ouvrir les abcès des loiVibes proven&nt des l'eins> afin de donner issue, au dehors j au pus et quelquefois même à des calculs. Toutefois , Forcest fait une fdchcuse exception , qui paraît avoir été provoquée par l'impression que lui causa la terminaison malheureuse de deux cas d'abcès lombaires , traités par l'incision . et qu'il rapporte dans ses observations sur les maladies des reins. Foreesl (s) s'exprime ainsi :

« Ridiculum est, quod eam (voraica) matau aperire profitentur. Meinini foritisecus incisionem factam in M. Petro Zufco Hoghaho cationico , fratre domini Prœsidis HoHandiœ, eX cônsensu duorum medicorura alioqui excellentium , et

(i) o Lithotomiam renuin veterum, artem arduamet saepe necessariam, ob difCcuItatcm, iinperitism et mollitiem , a nostris neglectam , alque amusam, non tam formidandam impossibilcmque esse, qnam vulgo creditnr, rationibUB et «emplis illustribus comprobalur (Schenck. Obs. medic, lib. in, de renibus, In-fol., p. 457)-

(a) Forcstus. Obs, et cur. med., in-fol. RotLomagi, i653, lib. xxiv, obs. 33, SehoUa.

PTÉLitE {liisioricjue). 2^3

abcessu aperto materiam crudam et sanguinolenlaln effluxisse, et tertio die morlfeirt obiisse. « Et ailleurs (0, il affirme que ks ulcères provenant des reins , quoique de divers caractères, sont presque toujours de mauvaise nature. Foreest cite le cas suivant: «In Hadriano Junio medico doctissimo, jara in senectute, suomet consilio extteriùs incisio facta erat, fistûla tanien deitlde perpetuo illi adhœrente, et per intervalle pus eyomehle, donec moreretur, nostrse Batavise decus, mihique per totam vitam amicissimus. w

Un de nos anatomistes les plus célèbres , Riolan , s'atlaclia à démontrer, paf des considérations anatomiques (2), que nonseulement il y avait avantage à ouvrir les abcès des lombes provenant des reins, mais ehcore qu'il était possible d'inciser le rein, par la face postérieure, sans intéresser le péritoine. Frappé plus tard des difficultés qu'offrait l'opération , il modifia son opinion, mais seulement en ce qui touchait l'incisiori du i-éin pbttr en extraire un calcul. »

« S'il arrive, dit Jean Riolan (3), que la pierre devienne âi grosse qu'ejle cause la suppuration du rein, et que la ma- Uère tende vers les lombes, on peut mettre un cautère, et faili'eune oilverture très profonde, et par ce moyen en tirer le pus et même la pierre ; autrement, si la nature ne leur enseigne ce chemin, et qu'elle ne commence à le faire , c'est une entreprise trop hardie, de couper et ouvrir le rein, pour ceislijet, à caUse que ses chairs âoût. trop épaisses et trop enfoncées, »

Rivière (4) , en parlant deS collections piitulentes dans les reins, dit : '« AliqUando tumôr foras pl'odît, tûmquê Vel caùterio potenliali, vel scalpello aperiendus est. »

Cependant les cas d'ouverture, spontanée ou par l'art, de3 abcès des reins se multipliaient, et semblaient venir à l'appui

(i) Bld., obs. 37. Scholia.

(î) 'R:\o\m..Autrapographtie, lit. rt, ttp. 26.

(3) Riolan (J.). Manuel anatomiqiie et pathologique, ïn-12, tivôn, I682, p. 23o.

(4) Rivière. Pr«a;eo*, Hb.xiv, cap. m, D e mjlam. remm.

aa/j PYiîLiTF. [kisturiquc ).

des partisans de la uéphrotomie. Je me borne aux faiia suivans • Panaroli (i) a vu sortir deux calculs avec la matière de la suppuration, d'un abcès aux lombes, qui s'ouvrit spontanémem.

Job a Meekren (a) rapporte que chez un jeune homme qui avait éprouvé, pendant vingt-deux ans , des accès violens de néphrétique^ et qui avait rendu du pus avec les urines, il survint , vers le bas des lombes , une petite tumeur qu'on ouvrit, et qui donna issue à beaucoup de pus; la plaie resta fîstuleuse^ et l'écoulement du pus continua de se faire jusqu'à la mort. A l'ouverture du corps, on trouva, à la place du rein , qui était totalement détruit, une poche calleuse, contenant deux pierres, dont la plus grosse avait cherché à se faire jour par la fistule lombaire. Meeckren remarque que , si le chirurgien , après l'ouverture de l'abcès , eût fait les perquisitions nécessaires pour découvrir la pierre , il ciît été possible d'en faire l'extraction.

En i6a3, Jean Duclédat soutint, à la Faculté de médecine de Paris, sous la présidence de Jacques Cousinot, une thèse sur la question suivante : « Anut suppurato reni, sic calculoso ftrrumPel il conclut à ce que l'incision du rein fût pratiquée dans certaines conditions (3). 11 semble que Cousinot ait , non-seulement recommandé, comme Hippocrate, d'inciser dans les cas de tumeurs, mais encore lorsqu'on n'a pour guide que la douleur,

La question de la nèphrotomie occupa de nouveau la Faculté de médecine de Paris, en i66a.

Rousset(4) soutint une thèse sur ce sujet, sous la présidence de Sulp. Rigault , et conclut que cette opération devait être prati-

(1) Panaroli. Pentecost. v, ob«. Lxn.

(2) ioh a Meekeen. Obs. med. chir., cap. 44.

(3) « Si penitus renem obstruit (calculus)... satius ergo pyroticam admovere exteriori renis regioni quil parte tumet vel maxime dolet, dein ferrnm ad rsnis usque substantiam nuUo hemorrhagi» metu adigerc, quo Tel sponte ralculus exeat, vel inventus cathetere commodo iustrumcuto extraliatur. | Ergo ut suppurato reni, sic calculoso ferrum,

(/,) Roussel. £rgo renii/n cnlctilo neplirolomia.PxTism, jCCa.

py:élit£ {liisloriquc). 2^5

quée, lorsqu'il y avait tnmeur aux lomhes. Cette conclusion, conforme aux préceptes hippocratiques, et d'une bonne pratifjue, en ce qu'elle prescrivaitd'ouvrir les tumeurs deslombesprovenant des reins, n'était cependant pas rigoureusement exacte. \ En effet, Roussel semble supposer que, dans l'incision des turnneurs des lombes provenant des reins, l'instrument du chirurt gien pénètre dansle rein^ en un mot qu'on pratiquela néphrotoimie; or, cela n'a pas lieu dans la majorité des cas, le bistouri I plonge seulement dans un abcès extra-rénal. Au reste, les faits iqui tendaientà démontrer lesavantages de l'incision des tumeurs irénales des lombes, se multipliaient. Ainsi Fr. Colot (i) a vu ;M. Cressé, un des plus habiles chirurgiens de son temps, ounrrir à un homme âgé de quarante ans un abcès aux lombes, d'oii il tira une pierre. Déplus, ColotavuàLondres un jeunehomme, idu côté duquel sortaient, chaque jour, par des ouvertures fistulleuses, de petites pierres, une matière purulente et de l'urine. iCet homme mourut assez promptement ; le rein gauche, transiformé en une poche membraneuse, était rempli de sable et de (graviers.

Aymar, chirurgien de Grenoble, communiqua à Rivière (?) (le cas d'un homme qui portait une tumeur à la région lombaire, dont il sortit des calculs gros comme des amandes, et, plus lard, un calcul gros comme une fève. Pendant dix années consécutives , il suinta de cette fistule une humeur séreuse qui mouillait tellement les linges appliqués dessus que , dans l'espace de quelques heures, il semblait qu'on les eût trempés dans l'eau. La fistule se fermait de temps en temps pour s'ouvrir de nouveau, spontanément, quelques mois après.

Slalpart Yan der Wiel rapporte le cas d'une fille de 9 ou 10 ans qui, après avoir eu des douleurs aiguës, en urinant, et une excrétion d'urine purulente pendant deux ou trois ans, eut un abcès à la région rénale gauche , abcès qui s'ouvrit spon-

(0 Colot. Traité de l'opération de la taille, p. 36.

(a) La7.ari Rivcrii. Obs. med, et cm: insign.; Obs. communicata:., p. loo, I'. IX, in.4,Pari8us, 1646.

aa6 PYÉLITE {historique).

ta?iément après l'applicalioud'un calaplasme(i), Plus tard lecbirurgien agrandit l'ouverture, d'oii il sortit à plusieurs reprises une grande quantité de pus. Cette sécrétion purulente continua pendant plusieuis années, au bout desquelles la fistule se ferma, quoique la patiente souffrit toujours en urinant Elle vécut dix-huit ou vingt ans après l'ouverture de l'abcès, dans un état de santé médiocre. Elle mourut enfin d'une fièvre quarte et d'une aflection de la rate. A l'ouverture du cadavre, le rein gauche fut trouvé complètement consumé et réduit i ses membranes; l'uretère du même côté était épaissi. Stalpart Yan der Wicl ne fait aucune mention de calcul. Jean de Bevervï^ick (a) dit qu'il a eu plusieurs fois occasion de tirer ,de dépôts purulens formés dans la substance des reins , ngn-seulement des graviers, mais même des pierres. Il observe aussi que Mercuriali avait été témoin de faits analogues. Un semblable fait est aussi rapporté par Roonhuysen (3).

Toutes ces obsei-vations parlaient en faveur de la méthode hippocratique. Quant à la néphrotomie proprement dite, la question restait pendante, et nul chirurgien ne se décidait à tenter cette opération.

Après avoir rapporté le cas de l'archer de Bagnolet d'après Mézeray, Harder (4) dit qu'il n'a pas encore entendu dire qu'aucun praticien ait osé la pratiquer, à cause des chances de mort qu'elle ferait courir.

(1) C. Stalpart Van der Wiol. Obs, nar. nt«d. aaat. chir. , ceut, x, obi. m, in-l2, Leid», 1727, tom. i, p. 221.

(2) Bcvcrwick (J.). De calcula renum et vesicœ , cap. 8.

(3) Roonhuysen tira, par l'ouverture d'un abcès au rein droit, une pierre assez grosse, dont il doune la figure dans son ouvage ; il conduisit le traitement de la plaie, selon les règles de l'art, jusqu'à gnérison parfaite, de manicrc que !e malaâe vécut en bonne santé pendant deux années enlières. Au bout de ce temps, il survint an même endroit des lombes une nouvellt inflammation. Ce cliirurgien , ne doutant pas qu'il n'y eût encore quelque corps élianger, prit le parti de rouvrir la cicatrice, attira effectivement une seconde pierre, mais plus petite. La plaie réonie, et le malade a toujours, joui d'une parfaite santé.

(4) Harder, Apiarium, obs. nted, ts^ynt, Scbol.

cal

PYÉLITE ijiisiorique). 227 Tulp ( i), s'appuyant principalement sur la configuration des ilculs, montre toutes les difficultés qu'offrirait la néphrotomie. Il rapporte le cas d'un jurisconsulte, né de parens calculeux et sujet aux accidens néphrétiques , depuis sa jeunesse, et qui rendit un calcul par les lombes, oh il s'établit une fistule calleuse, donnant continuellement issue à de Tm-ine et à du pus. Ni le temps , ni les eaux minérales , ni aucun autre remède n'apportèrent de soulagement; et, la fistule s'étant fermée, le malade tomba dans une fièvre violente qui l'emporta. Tulp, à l'occasion de ce fait, ajoute que, dans son opinion, une fistule rénale n'est pas moins incommode qu'une pierre restée dans les reins, et qu'une fistule serait la suite inévitable de lanéphrotomie. A l'occasion d'un autre cas, il remarque que les deux reins contenaient des calculs pourvus de quatre branches , dia- ) posés en forme de croix et qu'il eût été impossible d'extraire j pai' la néphrotomie. Tulp rapporte, en outre, un cas depyélite ( et d'urétérite calculeuses, avecischurie complète pendant dixi huit jours; cas compliqué de vomisseraens, de fièvre et d'hé-

I morrhagie. Le rein gauche, gonflé et livide, contenait plusieurs calculs, dont le plus gros avait son extrémité la plus mince en

j gagée dans le goulot du bassinet.

Plusieurs observations témoignaient cependant des dangers de Vexpeciation. Willis(a) rapporte qu'une matrone qui avait rendu depuislong-temps une urine saguinolen te et purulente et contenant des flocons, fut prise d'une fièvre lente et d'autres accidens || graves. Il survint une tumeur purulente dans la région du rein. M Cette tumeur dégénéra en une fistule profonde et sinueuse, Y d'où, suintait un ichor ténu. La malade vécut ainsi pénible^

II ment pendant deux ans; elle eut enfin une suppression d'urine || pendant quatre jours, et mourut apoplectique. Le rein gauche

était complètement consumé. Il n'en restait que les membranes remplies d'une sanie semblable à celle qui sortait par la fistule.

(0 Tttlpii (N.). Obs. medic, lib. iv, obs. xxvtir. — IbiiL, lib. ir, obs.

W Willis cité par Lieutaud. Hist.mat., Hb. i,obs. Mcxxr.

2 28 py^LiTK [historique).

L'autre reia contenait une matière sablonneuse et des calculs dont un dans l'embouchure de l'uretère.

L'observation suivante , publiée par Charles Bernard (i) , a eu aussi un grand retentissement dans le monde savant :

« Hobson , consul de la nation anglaise à Venise , ayant souffert long temps d'une pierre qu'il avait dans le rein, fut à la fin saisi d'un accès de néphrétique si long et si violent, qu'il se trouva presque réduit au désespoir. Comme il n'avait été soulagé par aucun des moyens dont on s'était servi jusqu'alors, il s'adressa dans cette cruelle circonstance au docteur Dominique de Marchetti , médecin de Padoue, très célèbre et fort expéri" menté, et le supplia de vouloir bien lui tirer la pierre du rein par le moyen d'une incision. Hobson, qui était persuadé qu'il ne lui restait plus d'autre ressource pour se procurer du soulagement, ajouta qu'il n'ignorait pas à quel danger cette opération l'exposerait , mais que la mort même lui paraissait infiniment préférable à la vie malheureuse et souffrante qu'il menait depuis si long-temps. Marchetti témoigna d'abord une extrême répugnance à entreprendre une telle opération; et nonseulement il lui représenta tous les risques qu'il allait courir, mais encore, comme il craignait lui-même que l'opération ne fût impraticable, il insista sur ce qu'il ne l'avait jamais tentée, et crut échapper à ses pousuites, en déclarant que ce serait lui donner la mort que de hasarder une pareille entreprise. Hobson persistant dans ses intances, et lui protestant à son tour qu'il ne renoncerait jamais à ce projet, et qu'il le suivrait constamment jusqu'à ce qu'il eût trouvé quelqu'un qui voulût s'y prêter, le docteur Marchetti se vit enfin forcé de céder aux importunités du malade, et de se rendre à sa résolution; en conséquence, il entreprit cette cure, et le prépara comme il le jugea convenable.

« Pourfairel'opération, il seservitd'un bistouri, et dirigea par

(i) Cb. Bernard. An account of a gentleman's being eut Jbr the stone ia the kidney with a hrief enquirr into llte aiUiquity ami praclise of nephrolomy (Philosophical transactions, octob. 1696). — Hcvïd. Rech, sur la niphrotomie (Jtftfwi. acad. chir., tomiiir, ia-4, p. ^5p).

PYÉLiTE {historique). 229

degrés son incision sur la région du rein affecté. Le sang, qui coula d'abord en abondance , l'offusqua , et l'interrompit au point qu'il fut obligé de suspendre l'opération pour cette fois : il pansa donc la plaie, et remit la suite au lendemain. En effet, il reprit l'opération le jour suivant, et la finit en pénétrant jusque dans la substance du rein. Après en avoir tiré deux ou irois petites pierres, il pansa de nouveau son malade, qui depuis ce moment fut délivré des douleurs violentes qu'il avait éprouvées jusque-là. Au bout d'un certain temps , il eut la force de se lever et de marcher dans sa chambre ; il n'était sur \ venu ni hémorrhagie, ni fièvre, qui pussent le mettre en danger. Marchetti continua de le panser fort long-temps , mais il ne put jamais parvenir à cicatriser la plaie ; l'urine, qui s'écoulait continuellement par le sinus, l'avait rendu fisluleuse tout d'abord. Cependant, comme il n'en sortait qu'une petite quantité, Hobson, qui du reste avait repris ses forces et recouvré sa première santé , prit congé du professeur, et revint à Venise avec son épouse, qui prenait soin de le panser. Un matin que cette dame pansait la plaie, elle crut en l'essuyant avoir senti quelque chose de dur et d'inégal. Cette découverte l'engagea à examiner l'ulcère avec plus d'attention qu'à l'ordinaire , en se servant d'une aiguille à tête, au lieu de sonde. Il se trouva que ce corps dur et raboteux était une pierre de la figure et du volume d'un noyau de datte, qu'elle tira. Depuis que cette pierre eut été extraite, le malade ne se plaignit jamais de la moindre douleur dans la région du rein opéré.

« Dix ans ou environ après cette opération, continue Bernardj Hobson revint à Londres; et le docteur Douns, qui l'avait connu à Venise , nous fit inviter, le docteur Tyson et moi, à l'aller voir.

« Lorsqu'il nous eut fait lui-même le récit dont je viens de donner le détail, il nous permit d'examiner l'état de cette plaie fisluleuse, qui était effectivement toujoui's restée ouverte, et dont les bords étaient extrêmement calleux, de sorte même que, sans causer de douleur sensible au malade, j'introduisis ma sonde assez avant dans le sinus, pour nous faire estimer que 1 avais pénétré jusque dans le rein. La matière qui .s 'rtait

23o PY^LiTE {historique).

alors de la fistule, était en petite quantité, mais toujours mêlée d'urine, dont elle avait aussi une forte odeur. L'orifice extérieur de cet ulcère se fermait quelquefois pour trois ou quatre jours, et alors la matière s'évacuait par les routes naturelles, conjointement avec l'urine, sans trouver aucun obsacle, et sans occasioner la moindre douleur. On ne peut douter, poursuit toujours le narrateur, qu'il n'y eût adhésion du rein avec le muscle psoas. Dans le temps que nous avons visité le sinus fistuleux , Hobson n'appliquait au -dehors qu'une compresse de linge blanc, qui s'imprégnait toujours d'une forte odeur d'urine. Du reste, il paraissait en état de satisfaire à toutes les fonctions de la vie , et de soutenir les mêmes fatigues que tout autre homme de son âge : je pense qu'il pouvait avoir pour lors un peu plus de cinquante ans; le lendemain même de notre visite, il proposait de faire à cheval, et en poste, quarante ou cinquante milles d'Angleterre.

J'ai entendu dire que Hobson est mort depuis, mais je n'ai pii m'informer de quelle maladie. »

Bernard, chirurgien très insUuit et qui connaissait tout ce qui avait été dit d'important sur la néphrotomie, paraît considérer ce cas comme le seul exemple authentique de cette opération , si on excepte les cas d'abcès calculeux dans la région lombaire ouverts par des chirurgiens.

Haller croit aussi que ce cas est un exemple de véritable néphrotomie (i) : « Secti sunt certe renés per ipsum dorsum , et audax experimentum in legato britannico fecit Marchetti. »

Hévin (2) émet une opinion contraire : « Le détail de l'opéraration qu'on vient de lire, dit-il, quelque bien circonstancié et quelque authentique même qu'il doive paraître, n'est cependant exposé, comme Bernard l'avoue lui-même, que d'après le récit du malade opéré. Or, cette simple narration peut-elle, absolument parlant, nous garantir que Dominique de Marchetti, quoi-

(1) Haller. Comment, in Prœlect acad. Bocrliaavii, tom. in,§ 352, p. loî.

(2) Lieu cité, p. 262.

PYÉLiTE (hisloriquci). 23i que dise Haller de la cerlilucle de ce fait, n'ait été guidé dans l'exécution de celte opération par quelque tumeur ou dureté extérieure à la région lombaire, qui aurait pu d'ailleurs échapper à la connaissance du malade et de son épouse? Je veux cependant bien admettre pour un moment , que Marchetli ait véritablement pratiqué la néphrotomie sur le rein dans son intégrité; le cas n'était-il pas assez grave et assez extraordinaire pour que ce praticien , qui avait très long-temps résisté aux sollicitations les plus vives et aux importunités du malade, par l'extrême répugnance qu'il avait d'entreprendre une pareille opération, ne se déterminât pas à la pratiquer, sans y appeler quelques maîtres de l'art ? En supposant donc , comme on pourrait me l'objecter, la mort de Marchetti , survenue peu de temps après cette opération , serait-il croyable qu'aucun des assistans n'eût songé, à son défaut, à en publier le détail? Pourrait-on même se persuader que Pierre de Marchetti, propre frère de ce praticien, et qui aurait, sans aucun doute, été invité à celte opération, ou qui du moins en aurait eu quelque connaissance, puisqu'il n'est mort que depuis son fils Dominique, «n 1673, n'eût tenu compte d'insérer les détails dans ses papiers ? ou enfin que ceux qui, après sa mort, furent chargés de recueillir ses manucrits , eussent négligé de lui donner place avec se» autres ouvrages posthumes, dans la troisième édition de son SylUxje ohs. med. chir. rarior., imprimée en 1675. Je crois au moins qu'on ne disconviendra pas que c'est toujours un témoignage bien essentiel qui manque à celte observation, et que ce silence de l'opérateur et des témoins paraît jeter quelque» nuages sur la réalité d'un fait aussi intéressant à tous égards, d'un fait qu'on poxirrait regarder comme merveilleux, pour ne pas dire unique. Mais ne serait-il pas plus raisonnable de supposer, comme je l'ai fait, que Dominique de Marchetti fut guidé , dans son opération , par une tumeur ou par une dureté >d la région du rein? Et dans cette supposition, qui ferait naturellement rentrer cette néphrotomie dans la classe des opérations plus familières et déterminées, Marchetti se trouverait bien plus légitimement encore à l'abri du reproche du silence , d autant plus qu'il aurait jugé pouvoir se dispenser de publier

232 pyÉLiTE (historique).

un fait dont il se trouvait un nombre d'exemples dans les observateurs qui l'avaient précédé. 5>

E. Blancard (i) fait aussi mention d'un cas de néphrolomie tentée pendant la vie et qui ne put être terminée.

Scburig (a) rupporte le cas suivant : Un général a raconté en sa présence, au seigneur de Birckholtz, officier général au service du roi de Pologne, électeur de Saxe , et qui était violemment tourmenté pour lors de la pierre dans le rein , que, pendant le séjour qu'il fit en France peu d'années auparavant, il avait assisté à une opération de la néphrotoraie exécutée à Paris, et qu'il avait vu faire une incision au rein et l'extraction d'une grosse pierre. Schurig ajoute que le but de ce général était de persuader audit seigneur malade de se rendre au plus tôt en France pour se faire faire la même opération. Le seigneur de Birckholtz, qui souffrait non-seulement dans le rein gauche , mais encore dans l'uretère , mourut quelque temps après sans se faire opérer. Quant à l'opération que le général affirmait avoir été pratiquée à Paris, nul chirurgien français n'en a fait mention.

Mery (3), persuadé qu'on pratiquait la néphrotomie du temps d'Hippocrate, ets'appuyant d'ailleurs de cas bien connus dans lesquels des abcès des reins s'étaient fait jour par les lombes, conseilla de recourir, dans certains cas , à la néphrotomie.

John Douglas (4) essaya sur le cadavre d'un calculeux , âgé de 53 ans, l'opération de la néphrotomie , qu'on avait dit avoir été pratiquée avec succès par Dominique de Marchetti. Persuadé que ce sujet portait une pierre dans le rein droit, Douglas tenta l'opération sur ce côté des lombes, mais il rencon-

(1) « Cum in Frislandia cuidam personœ calculas ex rené secari deberet, apparebat in operatione, calculum non in pelvi, sed in ipsa carne hœrere » (Blancard, Prax. medicin., part, i, cap. 62, p. 421. — Cité par Schurig. Lithol. hist. med., cap. xni, § 10, De nephrotomia, p. 759 ).

(2) Schurig. Lithohgia liistorico-medica , in-4. Dresda et Lipsiae, 1744, cap. XIII, § 7, p. 756.

(3) mery. Obserrations sur la manière de tailler, p. 2 etsniv.

(4) Douglas. Observations sur des pierres trouvées dans les reins, avec des remarques sur la tiéphrotomie {Essais cf£dimburg, t. i, art. ao, ann. 1733).

PYÉî.fTK (Justorique). 233

Ira tant de difficultés dans cette opération, qu'il aurait souhaité que Marchetti eût indiqué la manière de la faire. Ce célèbre chirurgien ajoute que les difficultés qu'on rencontre dans cette opération viennent de l'épaisseur des tégumens communs et des muscles ; épaisseur qui , dans ce sujet , était d'environ trois pouces et demi. Lorsque le péritoine fut découvert, dit-il, j'observai que le colon était placé entre cette membrane et la surface convexe du rein. Après que j'eus écarté cet intestin, il se présenta un gros nerf qui passait précisément sur l'endroit du rein oii il aurait fallu faire l'incision ; mais la plaie était déjà si profonde, qu'il me parut impossible de pénétrer à travers la substance du rein jusque dans le bassinet; c'est pourquoi, ayant remis le cadavre dans la situation ordinaire, j'ouvris le rein selon la méthode usitée, et je tirai deux pierres. L'une, triangulaire, pesait une demi-once, et l'autre, qui pesait seulement seize grains, avait la forme d'un carré irrégulier.

Ledran (i) rapporte un 'cas d'abcès aux lombes, après l'ouvei ture duquel il sortit un calcul gros comme un pois.

Giinz(2) conseille d'ouvrir les abcès aux lombes provenant des reins, afin qu'ils ne s'ouvrent point à l'intérieur.

Tous ces faits témoignaient que l'expérience confirmait de plus en plus l'avantage qu'il y a d'ouvrir de bonne heure les abcès provenant des reins.

La question de la néphrotomie continuait à occuper les médecins et les chirurgiens. En 1 764, Th. de Bordeu (3) soutint de nouveau, à l'Ecole de Médecine de Paris, sous la présidence de Bringauh (Jean Ant.), la thèse de Cousinot , et absolument dans les mèraestermes, savoir : que les reins calculeux doivent être incisés dans le point oii ils font tumeur ou dans le point le phis douloureux. Dans une autre thèse soutenue, la même année (x 764), au collège de chirurgie de Paris, sous la présidence de Borde-

(i) Ledran. Observât, de chirurg., tom, xi, ob. i,xvi, p. 87, in-ia. Paris,

W Voyez: Platner. Inst. chirurg.,% in nota, (3) Ergh ut suppurato veni, sic calculosa /errum.

•34 PT^LiTE ' {historique).

nave, Masquelier (4) nia que la néphrotomie fût praticable lorsque le rein ne faisait pas tumeur. Il n'y avait pas absolument diversité d'opinion entre les deux écoles sur cette grave question, comme Hévin l'avance à tort; car, d'une part, ni Gousinot, ni Bordeu n'avaient soutenu qu'on dût pratiquer la néphrotomie in rené integro, et Masquelier ne dit pas qu'il faut s'abstenir d'ouvrir les aicès provenant des reins ou les reins formant tumeur. La question, n'étant pas posée dans les mêmes termes, put être résolue différemment sans qu'il y eût réellement opposition.

On continua d'ouvrir les abcès provenant des reins, soit par l'instrument tranchant, soit par le caustique.

Van Svyieten (a) rapporte le cas d'une malade qui, après avoir rendu du pus avec l'urine pendant plusieurs mois , eut, dans la région du rein droit , une tumeur qui fut ouverte par la pierre à cautère. Il en sortait du pus en abondance. La plaie resta fistuleuse, mais l'urine redevint naturelle; probablement que la sécrétion du pus se tarit, ou bien que la communication du bassinet avec la vessie fut interrompue.

Vers la même époque, Robinson (3) publia des remarques en faveur de la néphrotomie; mais elles ont peu de valeur. Elles reposent sur des faits obscurs ou tout-à-fait contestables. Robinson admet sans critique le cas du franc archer et celui du consul Hobson , comme des exemples de néphrotomie. Il ajoute et sans plus de fondement que cette opération avait été pratiquée, chez les Arabes, par des charlatans. Or, ce n'est pas, dit-il, une raison suffisante pour la repousseï-; car, avant Cheselden , le traitement des maladies des yeux, et surtout celui de la cataracte, étaient abandonnés en Angleterre k des opérateurs ambulans.

(l) £rgo reni calculoso integro ferrum non est adhibendum.

(a) Gerardi Van Swieten. Commentaria in U. Boerhaave aphorinnos, in-.i» Parisils, 1771, t. nr, p. 241, § looi.

(3) Robinson (N.). A complète treatise of the gravel and *to»«, in-8, London, 3^ edit,, 1784, part, u, cbap. 5, p. 326.

PYiLiTE {historique). 2 35

Les observations de calculs sortis par des fistules lombaires :ontinuaient de s'accumuler.

Fraumantin (i) rapporta un cas de fistule rénale lombaire, survenue après l'ouverture spontanée d'une tumeur inflammatoire. Cette fistule durait depuis vingt ans. Une excroissance fongueuse s'étant formée à l'ouverture extérieure de la fistule, Fraumantin détruisit à plusieurs reprises ces fongosités, et Morand père fit dilater, autant que possible, l'orifice de la fistule. Enfin, un jour, en se pansant, le malade sentit avec le doigt, à l'orifice du sinus un corps dur et pointu qui vacillait : c'était un calcul gros comme une noix , de volume médiocre et d'une grande dureté. Peu de jours après la sortie de cette pierre, la fistule se cicatrisa, et le malade fut parfaitement guéri.

Plusieurs observations d'abcès lombaires provenant des reins ouverts, soit avec l'instrument tranchant, soit avec la caustique, et d'oii on avait extrait des calculs rénaux, ont été aussi rapportées par Lafitte(2)et citées, à tort, comme des exemples de néphrotomie. Dans l'un, il s'agit d'une femme âgée de 35 ans qui, depuis quinze jours, avait une tumeur à la région lombaire gauche ; on l'incisa, et il en sortit beaucoup de pus. Plus tard , une sonde introduite à la profondeur de quatre ou cinq pouces , fit sentir un corps dur; l'orifice de la fistule fut agrandi par une incision, et deux pierres furent extraites à l'aide de pinces à anneau : la malade guérit. L'autre cas est celui d'un jeune homme de 25 ans, qui avait à la région lombaire droite une tumeur qui devint ensuite plus apparente à la région iliaque du même côté ; cette tumeur fut ouverte par la pierre à cautère , la plaie resta, fistuleuse pendant dix ans, au bout desquels on fit l'extraction d'une pierre ; cependant la fistule persista, un autre calcul existant probablement au fond du foyer. Le troisième cas est celui d'un homme qui portait une fistule aux lombes. Huit ans environ après le développement de la tumeur lom-

(1) Fraumantin, cîté par Hévin. Mém. de VAcadénu royale de chirurg,, tom. lîi, p. 324.

(2) Lafiiic. Sur les cas où la néphrotomie se fait a*ee succès {Mémoires de l'Acad. royale de chirurgie, t. u, p. a33, ui-4, 176g.

2^6 PYiÎLiTJi: (historique).

baire, il sortit naturellement de la fistule une pierre grosse comme la seconde phalange du petit doigt.

Bientôt après, Hévin ( ijexposa d'une manière large et complète les opinions et les observations qui se rattachaient à l'histoire de la néphrotomie. Ce qui distingue surtout ses belles et savantes recherches, ce senties efForIs qu'il fit pour préciser les conditions dans lesquelles on devait pratiquer la néphrotomie (et sous ce nom il comprenait surtout l'incision des abcès des lombes provenant des reins) de celles dans lesquelles cette opération devait être rejetée. On peut résumer ainsi ses conclusions , auxquelles se sont conformés plus tard nos plus fameux chirurgiens.

I* La néphrotomie ou l'incision du rein n'est, à proprement parler, praticable que dans le cas Habcès qu'on peut découvrir extérieurement par quelques signes , soit que le rein soit calcul eux ou non.

a" Il n'y a pas de temps à perdre en pareille occurrence , et on doit ouvrir l'abcès dès qu'on sent la fluctuation.

3° Si , après l'ouverture de l'abcès , on soupçonne une pierre dans le rein, on doit faire toutes les perquisitions nécessaires, soit avec la sonde , soit avec le stylet , soit même avec le doigt , pour la reconnaître et tâcher d'en faire l'extraction avec l'instrument le plus convenable.

4° Il faut s'opposer au rapprochement trop prompt des chairs , jusqu'à ce qu'on soit bien assuré qu'il n'y a plus de pierres ou de graviers dans le foyer.

6° Il faut agrandir ou dilater les fistules lombaires, consécutives aux abcès des lombes, pour opérer l'extraction des calculs qu'on peut rencontrer dans leur profondeur.

6" Enfin , la néphrotomie ne doit point être pratiquée lorsqu'il n'y a pas de tumeur aux lombes qui puisse guider l'opérateur.

Depuis lors , on a plusieurs fois cité comme des exemples de néphrotomie, des cas de simple incision d'abcès des lombes

(t) Hévin. Recherches hiitoriques et critiques sur la néphrotomie ou taille {Idém. deVAcad. royale de chirurgie, tom. i», aSS, Paris, in-4.

PYÉLiTE {historique).

provenant des reins. Tel est le suivant, rapporté par Hip-

peau (i) : , *

Un enfant de i3 ans, après avoir présenté les symptômes ordinaires de la pyélite , rendait des urines purulentes et était en proie à une fièvre lente; la région du rein droit était tendue et un peu œdémateuse. Hippeau proposa l'opération de la nétrotomie; mais l'enfant ne voulut point s'y soumettre. On eut recours alors à l'application de la pierre à cautère, qui produisit une eschare de deux pouces de long sur six lignes de 'arge. Le lendemain, Hippeau fit une incision cruciale surl'eslare jusqu'au vif; puis, ayant senti, au fond de la plaie, -omme une espèce de fluctuation , sans consulter le malade, il 'ncisa jusqu'au rein oii, dit-il , je rencontrai le dépôt. Il sortit ar la plaie un demi-verre de pus mêlé de sang et de matière rineuse. Pendant les six premiers jours, la suppuration était rès abondante. La fièvre céda entièrement le dixième jour de 'opération. Depuis cette époque, les urines cessèrent d'être urulentes. Le soixante-neuvième jour après l'opération, la laie paraissait cicatrisée , à l'exception d'un très petit trou fisleux par lequel s'opérait encore un léger suintement urineux. ix mois environ après l'opération , le petit malade travaillait ans le pays comme les enfans de son âge, et ne ressentait de douleurs que lorsqu'il se fatiguait beaucoup ; alors , on remar- "uait en lui un peu de claudication. L'auteur ne dit pas si, à ijcette époque , la petite ouverture fistuleuse était ou non cora- Iplètement fermée.

i Pour tout ce qui regarde le traitement chirurgical de calculs des reins et de tumeurs purulentes des lombes provenant des reins , Boyer (a) est d'accord avec Hévin , mais il décrit avec plus de netteté et de précision les deux foyers purulens gu'on rencontre souvent dans les tumeurs lombaires calcususesjl'un profond, ayant son siège dans le rein même, l'autre superficiel, situé dans le tissu cellulaire extra-rénal.

(i) Bippeau. Observation et reflexions sur une néphritis idiopathique, terminée par suppuration et guérie par l'opération de la néphrotomie (Recueil périodique de la société de médecine de Paris, par Sédillot, t. xi, p. 400). (a) Boycr, Traité des maladies chirurgicales, tom. viii, p. 4g8 et *uir.

238 py ÉLITE {Jiistonque).

M. Velpeau (i), comme Hévin et comme Boyer, pense que la néplirotomie ne peut être proposée que pour le petit nombre de cas où le flanc , devenu le siège d'une fluctuation évidente , après de nombreux signes d'afi'ections calculeuses dans le rein, permet d'arriver facilement et avec certitude dans le foyer morbide, ou bien encore pour ceux dans lesquels un ulcère fisluleux aurait permis de toucher immédiatement la pierre avec un instrument explorateur, ou bien enfin lorsque le calcul lui-même proémine à l'extérieur et peut être reconnu à travers les tégumens.

Sur celte grave question, je me suis exprimé à-peu-près comme ces habiles et savans chirurgiens (§ 656 et suiv.)-

Il résulte de cet îi perçu, que j'aurais désiré pouvoir abréger :

1° Que la description donnée par Hippocrale , des abcès des lombes provenant des reins, est des plus remarquables, et que le précepte qu'il énonce, ouvrir ces sortes d'ahcès , est une vérité pratique , confirmée par le temps et l'expérience.

2° Que ni Hippocrale, ni aucun autre médecin grec ou latin, antérieur aux Arabes , n'a parlé de la taille du rein y qu'aucun médecin de celte époque n'a mentionné la sortie spontanée, on l'exlriiclion d'un calcul rénal par les lombes.

3° Que si Sérapion et Avicenne ont avancé que des médecins de l'antiquité avaient pratiqué la néphrotomie ( Vincision du rein), rien ne le prouve; et que, si des médecins et des chirurgiens, postérieurs à la renaissance, ont cru et affirmé que celle opération avait été conseillée par Hippocrale, celle erreuiprovient d'une fausse interprétation d'un passage, d'ailleurs fort remarquable , du livre des Affections internet.

i° Que les premières observations d'issue de calculs par des abcès des lombes ouverls spontanément, ou par une incision, ou par des caustiques , ont été publiées par Ricchieri , D'alécharaps, Coiler, etc.

5° Que dans l'histoire du franc-archer de Meudon, rapportée par Jean de Troyes, il n'est point fait mention de l'extrac-

(i) Velpeau. Nouveaux éUniens de médecine opératoire, %" édit., tom. IT, p. 667,in-8, Paris, i83g;

PYÉLiTE {historique).

tiou d'un calcul , et que 1 elat de la région lombaire , avant l'opération , n'a point été indiqué.

6" Qu'en admettant (ce qui paraît incontestable) que Marcbetti ait extrait une pierre des lombes du consul Hobson, il reste à savoir s'il y avait ou non un abcès aux lombes , si la peau et les muscles seuls furent divisés , ou si l'incision porta ensuite sur le rein lui-même.

7° Que les chirurgiens et les médecins, d'accord pour recommander l'ouverture des abcès extra-rénaux , et pour repousser la néphrolomie lorsqu'il n'y a pas de tumeur lombaire, n'ont pas assez généralement reconnu l'utilité dont pourrait être la néphrotoinie pour les cas dans lesquels le rein , très distendu , est transformé en une énorme poche douloureuse, susceptible de se perforer.

8° Qu'il y aurait souvent danger, en de tels cas, à attendre, comme Boyer et la plupart des chirurgiens le recommandent, qu'un abcès extra-rénal se fût formé; la poche rénale pouvant s'ouvrir dausle péritoine ou dans l'intestin, et la mortpromptement survenir.

9° Que, lorsqu'un des reins forme tumeur dans le flanc, si celui du côté opposé vient à être obstrué , il faut inciser le rein le pKis anciennement affecté et formant tumeur.

10" Que, si le conseil donné par Hévin, de ne point inciser le rein , lorsqu'il n'y a point de tumeur aux lombes , a été généralement adopté ; il serait cependant permis de tenter la néphrotomie dans un cas de mort imminente par l'effet d'une pyélite calculeuse double,sans tumeur, mais avec anurie complète.

1 1" Que dans le traitement des tumeurs rénales l'incision est géuéralemenl préférable à la cautérisation et à la ponction.

§7*4. Jene diraiqu'un mot de VcxtirpationdCundesrtins qyie Blancard (i) et quelques autres chirurgiens ont cru pratiquable. Cette pensée aventureuse paraît avoir eu sa source dans ce fait, qu'on peut enlever un des reins à des chiens ou à d'autres ani-

(t) Blancard (E.). Lexicon nov. med. grceco-laUnum. , iii-8. 1690. art. ifKniROTOMiA, Dans l'édition postérieure du Lexicon de Blancard, publiée par ^senflamme (1777-78), on a supprimé ce (jui faisait allusion à l'extirpation d'un des reins.

PYJiLO-NÉPIIRlTE.

maux sans occasioner la mort. Mais, s'il est facile d'extirper un rein sain sur un animal; si cette extirpation a été plusieurs fois pratiquée par Jos. Zambeccari (O.par Comhaire (a) et parmoimème, sans entraîner la mort de l'animal, ce serait folie que de tenter, chez l'homme atteint de calculs, une telle opération. Chez les animaux même, on rencontrerait des difficultés sans nombre, s'il s'agissait d'un rein calculeux et en suppuration; les adhérences qu'il aurait contractées avec le péritoine et les parties environnantes , ne permettraient pas de l'extirper, sans occasioner des désordres mortels. ;

Pyélo-néph rite.

% 725. J'ai désigné, sous le nom de fyélo'nèphrite , la réunion de l'inflammation du bassinet et des calices avec l'inflammation des deux substances rénales. Dans ces cas complexes , on trouve à-la-fois plusieurs altérations du tissu du rein, déjà décrites (Ç634), et figurées dans la première livraison de cet ouvrage (3), et d'autres altérations produites par l'inflammation aigué ou chronique des calices ou du bassinet (§ 635) (4). De l'association de ces lésions résultent des états morbides, plus graves que ces lésions elles-mêmes, et qui peuvent être reconnus, pendant la vie, à des modifications notables dans la composition et l'excrétion de l'urine, et, après la mort, à un aspect particulier des parties affectées.

L'examen d'un très grand nombre de reins enflammés ne laisse aucun doute sur le fait que la pyélo-néphrite est beaucoup plus fréquente que les néphrites et les pyélites proprement dites.

Dans la pyélo-néphrite, l'inflammation débute presque toujours par le bassinet et les calices ; il est rare qu'une inflam-

( i) Zambeccari. Experim. circa divers, e var. anim, viv, exsec. vUc, — Supplem. ad act. nov. eruelit. Lips,, sect.vi, p. 275. — MangeU BibUoth. anatom., t. 11, p. iioi.

(2) Comhaire. i)iss. sur l'extirpation des reins, iD-4, Paris, i8o3.

(3) Atlas. Pl. i, 11, m, iv, v.

(4) Atlas. Pl. xi, xii, xiii, xv.

PYÉT.O-TVKPHRITR.

ination , primitivement dtWeloppôe dans les reins , sfi propage ensuite à leurs conduits excréteurs.

§ 726. La pyélo-néphrile peut être produite par toutes les causes qui déterminent l'inflammation du bassinet et des calices, telles que la présence de calculs ou de vers , ou par la rétention de l'urine, lorsque le passage de ce liquide dans l'uretère, dans la vessie ou dans l'urèthre se trouve intercepté.

Les inflammations de l'urèthre, celles de la vessie qui son t produites par des coi-ps étrangers, par la rétention de l'urine, rétention que causent les tumeurs ou les engorgemens de la prostate, les rélrécissemens de l'urèthre, etc. , ces inflammations , dis-je, après s'être propagées aux uretères et aux bassinets, s'étendent aussi quelquefois aux sxibstances du rein. Le plus grand nombre des cas depyélo-néphrites que j'ai observés, étaient consécutifs à des rétentions d'urine (Atlas, Pl. xvi, fig. i, 2), à des inflammations ou à des altérations organiques de la vessie, précédées ou non d'altération de l'urèthre ou de la prostate. C'est à l'inégale fréquence de ces dernières afi'ections, dans les difîerens âges, qu'il faut attribuer le nombre propoi Monnellementplus grand des pyélo-néphriles chez les vieillards. En étudiant comparativement les pyélo-néphritcs dans les deux sexes, j'en ai trouvé la proportion plus considérable chez l'homme. Mais la dififérence n'est pas aussi marquée qu'on pourrait le croire au premier abord, vu la fréquence des maladies de l'urèthre et de la prostate chez l'homme; chez la femme, le développement de la matrice dans les grossesses, les inflammations du vagin et de l'utérus, les cancers et les tumeurs de la matrice et des ovaires, sont des causes fréquentes de cystite et d'altérations organiques de la vessie , de distensions urineuses rénales, et par suite d'inflammation des uretères, des bassinets et des reins.

§ 727. La pyélo-néphrite peut affecter une marche aiguë ou chronique. Etudiée dans sanature , dans ses conditions de développement et d'existence, cette double inflammation forme un groupe composé de plusieurs espèces. Les principales sont les suivantes : i" pyélo-néphrite simple; q" pyélo-néphrile calcuculeusc; 5» pyélo-néphrite albumineuse ; 4° pyélo-néphrite hé* morrhagique et gangreneuse.

ni.

24 2 PTlÎLO-WKPirRITE,

Il y a pour toutes ces espèces un phénomène commun : la sécrétion morbide de mucus bu do pus, à la surface du bassinet et des calices entlanimés, rccounaissabie dans l'urine, quelques heures après son émission , aux caractères de ces humeurs morbides et en particulier à la présence de globules muqueux ou purulens , visibles an microscope; globules qu'on ne remarque point dans les néphrites proprement dites, c'est-àdire sans inflammation concomitante de la membrane muqueuse des voies urinaires. D'un autre côté, dans toutes léi pyélo-néplirltrs , il y a altération de la sécrétion urinaire ; il y a des phénomènes généraux analogues à ceux qu'on observe dans les diverses espèces de néphrites auxquelles les pyélonéphrites correspondent, et qui n'existent pas dans les pyélitGS i)roprement dites : double circonstance qui distingue les pyélo-iu'phriles des pyélites et des néphrites exemples de complication.

Je dois me borner ici à ces remarques sommaires sur la nature des pyélo-néphriles ; j'insisterai peu sur leurs caractères anatomiques, qui ne sont autres que ceux de la pyélite et de la néphrite réunies, déjà décrits § 635,636 , § 364, 365, et qiii ont été figurés dans l'Atlas (Pl. xi, xii, xui, xv. — Pl. i, h, III, IV, v)j je me bornerai à exposer les modifications que ces inllammatioiis, aiguës ou chroniques, des substances rénales ou du bassinet et des calices, éprouvent dans leurs formes, leurs apparences bl leurs terminaisons, par Ife fait de leur réunion.

Lorsque la pyélo-néphrile s'est développée par suite d'uile lésion de la vessie, de la prostate ou de l'uretère, il est rare «JuelcB deux reins ne soient pas attaqués; mais ordinairement, Ions les deux n'olTrent pas des désordres inflammatoires au même degré et dans la même étendue , et il n'est pas toujours possible d'expliquer, parla disposition des parties, cette dillc- ■rence. Dans plusieurs cas de rétention d'urine, avec dilatation des deux uretères et distension des bassinets el des calices, ob ^ a vu, sur un des reins, l'inflammation sévir spécialement f dans l'uretère, le bassinet et les calices, tandis que, du céiei Opposé, les substances rénales étaient principalement aflèctées. i

Lorsque l'accumulation du sang, de l'urine, du pus, s'opère i

PYFLO-NKPHRiTE. 2/|3

d'une jnauière lente et graduelle dans les calices et le bassinet, alleinls d'une inflammation chronique, les substances rénales s'atrophient et disparaissent presque complètement avant de s'enflammer. Dans ce cas, la néphrite est représentée par quelques points puruleus épars à la suiface des reins, transformés en une espèce de coque ou une poche multiloculaire (Atlas, Pl. xvni, fig. 4), tandis que la sécrétion du pus s'opère en général dans la cavité du bassinet et des calices distendus (Atlas, PJ.xviii, fig. 5); dans les pyéio-néphrites aiguës, au con^ traire, les substances rénales, à peine déformées, apparaissent infiltrées d'un grand nombre de points purulens (Atlas, Pl. 'XVI, fig. 5), tandis que le bassinet, peu dilaté, parsemé d'ar- 'borisations vasculaires, n'olfrepas encore une large surface au ■travail inflammatoire; ou bien (Atlas, Pl. xvui, fig. i) le bassinet, dilaté, arborisé,ne sécrète pas encore de mucus altéré, lorsque les substances rénales sont déjà considérablement tuméfiées et infiltrées de pus.

Les substances rénales et leurs membranes extérieures, enflammées, ■gorgées de sang et de pus, opposent une forte résistance à la dilatation du bassinet et des calices; aussi, dans les pyélo-néplirites , les reins offrent-ils bien l arement les dimensions monstrueuses qu'ils acquièrent quelquefois dans les liy- ■dronépbroses (Atlas, Pl. xxi, fig. i), ou 4 la suite de pyéliles chroniques avec obstacle au passage du pus dans la vessie. D'ailleurs, dans une foule de cas, l'acuité du travail inflammatoire, favorisée par la correspondance ou par la contiguïté ' de points enflammés des calices et du bassinet , avec des points en suppuration des substances rénales, donne lieu à des infiltratiotjs urineuses, à des abcès extra-rénaux, et à des fistules •rénales, dont les suites, si elles ne sont prévenues par l'art, sont, le plus souvent, promptement mortelles.

§ 728. Je me bornerai à une seule remarque relativement au ■traitement de la pyélo-néplirite. Les règles que j'ai posées pour le traitement de la pyélite et de la néphrite aiguës et chroni- -ques, sont certainement applicables aux cas complexes dans Jesquelsces afleclions sont réunies; touleibis, dans la grande •»n»jorité des cas de pyélo-néphril€, il faut co nballre, avant

tout, rinflamiTiation des reins, beaucoup plus grave que celle de Innrs conduits excréteurs.

Périnéphrife.

Çi 729. J'ai cru devoir grouper, sous le nom de pèrinèphriic , plusieurs inflammations des membranes adipeuse , fibreuse et celluleuse des reins ; inflammations qui , par leurs symptômes et leurs caractères anatomiques, diffèrent essentiellement des pyélites et des néplirites, proprement dites.

§ 73o. La périnéphrite , souvent consécutive à une néphrite très intense, survient plus souvent encore à la suite d'infiltrations urineuses dans la membrane celluleuse, sous-fibreuse, ou dans le tissu cellulaire extérieur des reins ; infiltrations que déterminent les plaies pénétrantes dans les calices ou dans le bassinet et des fistules rénales , consécutives à des pyélites calculeuses. Dans ces cas , les phénomènes de l'inflammation extra-rénale , jusqu'à ce qu'un abcès se soit formé (abcès extrarénal consécutif), se perdent ou restent confondus au milieu de ceux de l'inflammation du rein et deses conduits excréteurs.

Mais il est d'autres circonstances dans lesquelles la périnéphrite et ses symptômes, bien que primitivement obscurs et latens, se dessinent plus tard d'une manière évidente, sans avoir été précédés des accidens des néphrites ou des pyélo-néphrites.

A la suite de contusions sur les lombes , de l'impression du froid et de l'humidité, et quelquefois sans cause connue, soit dans le cours des fièvres graves, soitdans un bon état de santé, la couche cellulo-graisseusequi entoure les reins {membrane ndi'pevsc , J. F. Meckel) s'enflamme, s'infiltre de sérosité purulente, ou devient le siège d'abcès plus ou moins considérables, sans que le rein lui-même éprouve, dans ses fonctions, rie dérangemens appréciables (abcès extra-rénaux ^/•z'mtit/i).

5 731. Caractères anatomiques. Des lésions particulières aux membranes des reins et au tissu cellulaire qui les entoure , caractérisent anatomiquement la périnéphrite.

Lorsque l'inflammation de ces parties est rtt(/?/ë et récente , le tissu cellulaire, fin et délié, interposé entre le rein et sa membrane fibreuse, est traversé, en différens sens, par des

vaisseaux

ABCÈS AUTOUR DES KEINS. Ck^S fortement injectés de sang; quelquefois il est infiltré de sérosité ; du pus est disséminé dans ses mailles , ou rassemblé en foyers plus ou moins considérables ( Atlas ^ Pl. xvii , fig. i) sous la membrane fibreuse, soulevée inégalement en plusieurs points. Par suite de cette distension , cette membrane I peut se rompre , et l'étendue de cette solution de continuité f peut varier entre les dimensions d'une ouverture fis Iule use , H d'une légère crevasse ou d'une large déchirure. Dans d'autres c circonstances, une certaine quantité de sang s'épanche entre le r rein et sa membrane fibreuse, et, sur plusieui's points de la s surface externe de cette membrane , ou remarque quelquefois t de véritables ecchymoses ou des dépôts de lymphe plastique qui I unissent plus ou moins intimement le rein avec les parties voi- ! sines. Enfin, dans le tissu cellulaire extérieur, surtout dans celui qui correspond à la face postérieure du rein , on trouve quelquefois des collections de pus. L'étendue de ces foyers pu- I rulensesttrès variable. On en a vu de très petits et d'autres qui « étaient tellement considérables qu'ils s'étendaient de la face in- I férieure du foie jusqu'à l'arcade crurale, en formant plusieurs t clapiers.

Le lissu cellulaire , situé entre le carré des lombes et ses » aponévroses, et même le tissu cellulaire sous-cutané sont in- 1 jectés de sang, infiltrés de sérosité , et, dans quelques cas avec I infiltration mineuse , frappés de gangrène. Le tissu cellulaire t sous-cutané de la région lombaire est infiltré de sérosité. Peni dant la vie , cet œdème est , avec la fluctuation , un des I meilleurs signes des collections purulentes au pourtour des ) reins. En même temps que ces abcès , on a plusieurs fois reu- I contré des lésions des reins , du bassinet ou des calices . et plus ( rarement des abcès dans le foie ou dans la rate, suivant le côté < affecté. Enfin , on a vu de semblables abcès communinuer avec l'intestin et même avec les bronches.

■ A la suite des inflammations chroniques des membranes externes des reins ^ on observe d'autres altérations. La couche I ceUuleuse, située sous la membrane fibreuse du rein , acquiert quelquefois une épaisseur considérable dans presque toute sou étendue, ou seulement eu quelques points oii ulle uUiode

i/|6 PÉnrNiJpHRiTB.

petiies émiuences, indurées, circonscrites; d'autres fois elle offre aussi des taches mélaniques, ii régulières, auxquelles parlicipe la membrane fibreuse, qui en est elle-même le siège le plus ordinaire ( Atlas, Pi xli, fig. 3 ). Cette dernière membrane peut présenter, à la suite du travail morbide de l'inflammation, mx grand nombre d'altérations qui seront ultérieurement décrites.

Je me borne à noter ici que cette membrane adhère quelquefois si fortement à la substance corticale par stt face interne, et aux parties voisines par sa face externe, qu'il est impossible de l'isoler sans en opérer la déchirure; c'est aussi le moment de remarquer que l'épaississement et les transformations cartilagineuse et osseuse de cette membrane sont non point l'efiet de l'âge, mais bien le résultat d'inflammations antérieures, qui ont amené des dépôts de lymphe plasticjue ou de sels sur une de ses faces ou dans son tissu.

Lorsque la nature ou l'art a donné une issue au pus accumulé dans le tissu cellulaire extra-rénal ; lorsqu'il existe une ou plusieurs fistules dans la région lombaire^ le tissu cellulaire et les aponévroses de cette région offrent, non-seulement des altérations analogues à celles que les tissus enflammés présentent dans les au 1res parties du corps, mais d'autres phéuotnèues résultant du passage ou de l'imbibition de l'urine, lorsqu'il y u en même temps fistule urinaire.

§ ■jii. 'Symptômes. Lorsque l'inflammation du tissu cellulaire du pourlour des reins est pr/witïtve lorsqu'elle n'a pas été précédée de désordies fonctionnels des reins et d'altération de l'urine ; lorsqu'elle n'est pas survenue à la suite d'une afiection du foie on dn In rate 5 lorsqu'elle est indépendante d'une inflnmm;ili'in i l d'une perforation du bassinet et des calices, snivii! d'infiltration urineusc; la périnéphrile peut être bien diflicilemcnt distinguée de l'inflammalion du tissu cellulaire du voisinage, produite par une perforation du colon («) ou par d'auties causes. Les malades accusent , dans la région rénale, une doulfeur pins profonde que dans le lumbago; la région lombaire n'est pas déformée? s'il y a fièvre, l'urine est

(i) J'ai TU nu cas dsns lequel unt setaMablc perforation dn «olon asccn»

ABCÈS AUTOUR DES RKINS. a^?

reuge comme dans les maladies inflammatoires , sans oflriiaucun des caractères particuliers aux alTeclions du reia ou du bassinet ; les jours suivans la douleur s'étend; le uioxivemen t fébrile eonlinue et le plus souvenl augmente d'intensité. Pins lard le flanc se bombe et présente quelquefois une sorte d'empâtement ou d'œdème, alors même que l'on ne peut reconnaître de fluctuation évidente, en palpant avec soin la partie malade. Pendant tout ce temps on n'observe, dans l'urine, rien qui puisse faire soupçonner une collection purulente dans les calices, et ou ne remarque rien, non plus, dans les matières fécales qui puisse conduire à admettre une lésion du gros intestin , et, par suite, une fistule stercorale. La percussion du flanc et de la région lombaire démontre que la tuméfaction s'est principalement opérée en arrière. Le plus souvent , cette percussion est douloureuse. Lorsque le pus s'est accumulé en quantité considérable autour du rein, entre le péritoine et les muscles des lombes, il faut se hâter de lui frayer une issue au dehors , sinon l'inflammation s'étendrait inévitablement, et le pus pourrait fuser vers la fosse iliaque ouvars l'arcade crurale, s'épancher dans la cavité péritonéale ou se faire jour dans l'intestin. Il pourrait encore arriver que l'inflammation se propageât au rein contigu au foyer purulent , au foie ou à la rate , et môme au poumon situé du côté de l'abcès (Obs. iv). Enfin, dans qucU

ques cas rares , on a vu des abcès , situés au pourtour du rein ,

être rendus par l'expectoration.

dant fut déterminée par une épingle que le malade avait avalée par mégarde . Des gaz et pins tard des matières fécales s'épanchèrent dans le tissu cellulaire exlr^-périlonéal de la région lombaire droite , et il s'ensuivit nn abcès très considérable. Le malade succomba, quoiqu'on eût ouvert l'abcès peu Je temps après sa forniiation. Ces abcès lomibaireâ intestinaux ne se terminctlt pas tonjours d'une manière aussi fâcheuse. Le docteur Schauffus rapporte qu'un homme, âgé de 4o ans, sujet à la constipation et ayant une hernie, fat atteint, après divers aceidens, d'un abcès dans la région lombaire gauche. C«t aboè» ayant été incisé, il s'en écoula douze onces de pus fétid». Plus tard, il sortit de l'air par la plaie, et toujours après une torte de gargouillement dans le ventre. Après être restée long temps iistuleuse, la plaie se pi» calrisa (Qjjieland't Jmm. der frahtisçhen Heilkunde, Bd. 2. S, 386-292),

248 PiRJNÉPMRlTlî.

L'ouverture des abcès voisins des reins fournit ordinairement une grande quantité de pus d'une odeur très fétide. Celle fétidité était telle dans deux cas particuliers que j'ai observés, qu'on aurait pu croire que ces abcès communiquaient avec la cavité du colon, si nous n'avions su, par expérience, que le pus des abcès voisins de cet intestin a quelquefois une odeur analogue à celle du pus qui provient des abcès stercoraux, et si je n'avais constaté , d'ailleurs , l'absence de tout pbénoinène et de toute circonstance qui pussent faire admettre l'existence d'une lésion intestinale-

En de tels cas, l'évacuation de pus est ordinairement suivie, et presque immédiatement, d'un très grand soulagement. Et s'il nesurvient pas de nouveaux accidens, ou quelque complication, la guérison de ces abcès ne se fait pas long-temps attendre.

§ 733. Lorsque les abcès du pourtour des reins surviennent, au contraire, à la suite d'une infiltration urineuse dans le tissu cellulaire extra-péritonéal (abcès consécutifs à la perforation du bassinet ou des calices), (ce qui a lieu assez fréquemment dans le cas de pyélile calculeuse avec distension du bassinet etdes calices), l'ouveriure de semblables abcès est souvent suivie de fistules, dont la guérison ne s'obtient quelquefois qu'au bout de plusieurs années, et après la sortie d'un ou plusieurs calculs. Ces abcès extra-rénaux consécutifs peuvent être, le plus souvent , distingués facilement des abcès extrarénaux primitifs. Eu effet , le plus ordinairement, des coliques néphrétiques, ou bien une douleur aux lombes, dans la région rénale, ou bien encore , l'émission habituelle d'une urine purulente, quelquefois avec développement d'une tumeur dans le flanc, a précédé , dans le cas d'abcès extra-rénaux consécutifs , la formation de l'abcès lombaire, tandis que l'abcès extra-rénal fyrimitif svLX'iienl le plus souvent , sans cause apparente, chez un individu habilvieilemeut bien portant. Il est encore un symptôme distinctif des abcès extra-rénaux consécutifs , mais qu'il ne faut pas s'atlendre à rencontrer fréquemment: je veux parler de Vodeur urineuse du pus, indiquée comme signe de ces abcès, par un assez grand nombre de cliirurgiens. Pour moi, non-seulement je n'ai pu

reconnaître celle odeur urineuse en flairant l'ouverture d'abcès onsécutifs à de3 pyéliles calculeuses récemment ouverts , mais ..lème eu flairant rintérieuv de reins ouverts après la mortel dont les bassinets et les calices énormément distendus , étaient remplis de pus. J'ajoute queles abcès voisins des reins sont également voisins du gros intestin, et que cette dernière circonslaace a , dans un grand nombre de cas, une influence telle sur l'odeur du pus, que, si sa fétidité peut être comparée à celle de quelque autre pus, c'est bien plutôt à celle du pus provenant d'abcèa stercoraux de la marge de l'anus, qu'à celle du pus des abcès urineux du périnée, par exemple.

§734. Les détails dans lesquels je suis entré en trailant du diagnostic différentiel des tumeurs et des abcès du rein consécutifs à la pyélile calculeuse , me dispensent de reproduire ici les signes à l'aide desquels ou peut distinguer les abcès primitifs ou consécutifs , situés au pourtour des reins , des autres abcès des lombes, et, en particulier, des abcès stercoraux consécutifs aux perforations des portions ascendante et descendante du colon ; des abeès par congestion , déterminés par la carie des vertèbres lombaires ; des abcès situés dans la gaine du psoas (i), et d'autres tumeurs qui peuvent se développer dans les mêmes régions (§ 65 1 ). Plusieurs observations d'abcès rénaux

(i) Fabrice de Uildea cite, cuuime exemple d'abcès sous le psoas uu ras dans lequel le foyer était plus probablemeut situé au pourtour du rein, car daus l'observation il est iait mentiou d'accideus du côté des voies urinaires. Voici le l'ait : « Cusmus Slotanus cliirurgus prxstantissimus , iu Gcrsbeim, adhonestam matronam uccersitus, eam iuvenit decumbentem cuui .ncutissimis duloribus circa lumbus, febre, leipotbymia, et ariniL' d.ijjiciiltatc. Is cuin en doloris specie et aliis iudiciis cognovisset apostcma esse interiiuiu (exterius eaim niiiil appurebat , uec tactu quicquam apprehendi poterat) uimirum sub psoa museulu, qui Vesalio l'emur movcutium sextus et septima musculorum tabula t octava 6 notatus est, vitas periculum prœdixit : uisi forte aperto latere illo, couteutiis buuior offlueret. Annueutibus amicis , ipse ad spiu» dorsi latus, cutem et musculos exteriores ad psoaio usquc incidit novacula. Effluxit copiosus liuuior purulentus et fœtidus. Ab co tempore mitigata -'Unt symptomata omuia , et ipsa brevi rcstituta vixit et valuit inultos annos

G. Fabriuii Hildani Obsi-.i v. et curât, c/iiiur., ccut. r. Ubs. 63. — Thésaurus ■ /lirurgitv. P. UlTcnhiicb., in-lol. Fiaueof'urli, 1610, p, 11 fï).

a5o PÉRINiPHlUTJE.

priinilifsou consécutifs, rapportées plus loin, compléteront d'ailleurs l'histoire de ces abcès.

§ 735. Je n'ai que peu de chose à ajouter relativement au traitement de la périnéphrile. Lorsque cette inflammation çsl primitive et indépendante d'une perforation du bassinet et des calices, ses progrès peuvent être arrêtés par des émissions saii» guioes, générales et locales, par des bains et des applications érooUientes; mais il ne m'est pas démontré qu'on puisse dans de semblables cas prévenir la formation d'un abcès.

Les abcès primitifs doivent être ouverts avec le bistouri j, l'incision me paraît aussi préférable à la ponction, à la cautérisation, et à la cautérisation suivie d'incision, auxquelles on a quelquefois eu recours, avec succès, dans le traitement d'abcès extra-rénaux consécutifs.

Lorsqu'on a lieu de supposer que de tels abcès sont entretenus par la présence d'un corps étranger ou par une fistule rénale, s'ouvrant au fond du foyer, loin de chercher à obtenir l'occlusion de l'ouverture fistuleuse extérieure qui a remplacé Hnci- 8ion> il faut s'attacher, au contraire, à la prévenir; si on agissait autrement, le pus, dont la formation est entretenue par la présence du corps étranger, ou le pus mélangé avec l'urine, ne pouvant se faire jour au-dehors, déterminerait une nouvelle extension de l'inflammation, suivie d'une collection purulente plus abondante qu'il faudrait se hâter d'ouvrir, ou qtii rie tarderait pas k déterminer des accidens de la nature la plus grave (Voyez : Fistules niNAi-Es).

Historique et observations.

§ On a remarqué très anciennement {voyez : Pyélite, § 719) que les collections purulentes dans les reins, ou plutôt dan» lé bassinet et lés calices , finissaient par donner lieu à d'autre» collections purulentes autour des reins , dont il fallait se hâter de pratiquer l'ouverture. Mais ce n'est réellement que dans ce* derniers temps qu'on s'est attaché à bien distinguer, de ces collections purulentes, d'auHes abcès situés autour des reins et iudépendana d'altoralious de ce» organes- Ces abcès e»lr«-

énaux primitifs ont plusieurs fois paru se développer sous influence d'une cause rhumatismale ou du moins sous l'inluence des causes qui produisent le rhumatisme. D'après ces ousidérations, j'ai cru devoir ranger en deux séries les obserations relatives aux abcès formes autour des reins.

% 737. La première série comprend les cas d'abcès extra-relaux primitifs ou au moins indépendans d'une fistule rénale,

>orgne, interne.

On peut, ce me semble, rapporter aux abcès extra-rénaux jrimitifs, une observation recueillie par Pierre de Bayro 7i9)> ■elative à un abcès situé dans la région lombaire , et dont la juérison fut très prompte après qu'on eut donné issue au pus îar une incision pratiquée sur la tumeur.

A la suite de contusions violentes des lombes et des parties mvironnantes, on â vu s'établir des inflammations et des suppurations, quelquefois très étendues, du tissu cellulaire qui envii-onne le rein. M. R. H. Bell (i) rapporte le cas d'un soldat qui, s'étant fortement heurté contre un poteau , éprouva une doueur vive dans la région du rein droit et des voraissemens continuels. Les urines étaient très rouges et déposaient un sédiment I ouge. Le malade mourut le vingt-quatrième jour dè l'acciient. ue foie offrait une déchirure recouverte d'une fausse membrane; et il y avait une collection purulente à la partie antérieure du foie, et un autre abcès en arrière qui contenait environ deux pintes de pus. Cet abcès avait fusé le long du bord convexe du rein droit jusqu'au cœcum, qui était perforé à sa face postérieure.

§ 738. Le tissu cellulaire qui entoure le rein, peut s'enflammer à la suite de^J/aze* par inslrumenstranchans ou par armes à feu (2).

(1) Bell (R.-H.). Case of rupture of llie liver with Inflammation and suppuration proceeding froiA txtsmat violence (Edinb. med. imd surg. journ., vot. *v, p. 252).

(a) M. le docteur Pépin (A..-F.) a Mpportû dans sa dissertation iuflugur:du deux cas d'inflammation du tissu celluliiirc du pourtour du rein produit par des balles ( Considérations générales sw Us plaies d'armes a feu, l'ari», in-4, 1814, 11.17 et

202 PJÎKmiîPmUTli.

Il paraît qu'il peut se développer des abcès au pourtour des reins dans certaines lièvres graves , comme on eu a vu survenir dans d'autres parties du corps. Le docteur Butler (i) mentionne un cas d'abcès autour du rein, observe à Plymoutli, lorsqu'il y régnait endémiquemeut nue fièvre grave particulière, accompagnée de larges suppurations dans le tissu cellulaire de diverses parties du corps.

§ 739. Il est d'autant plus urgent d'ouvrir les abcès extrarénaux qu'on les a vus déterminer une perforation dans la jiortion correspondante du péritoine ; perforation suivie d'une péritonite mortelle.

Ous. I. — Abcès autour du rein droit; perforatinu du péritoiue, et épanchumeut de pus daus lu uavité de cette lueiubrane {Journal clinique des hôpitaux de Lyon, t. 11, p-'g. 435, uuvemb. iS3o. — Obs. sur les abcès fililegiiioneux du bas-ventre, pai- le docteur Gardieu),

<c Le a4 janvier 1821, faisant à l'amplilthéâtre de l'Hôtel-Dieu de Lyon l'ouverture de l'abdomen d'un sujet destiné à des préparations anatomiques , et qui me parut avoir succombé à une péritonite , je trouvai cette cavité remplie par un liquide dont l'aspect me frappa; cai-, au lieu d'une sérosité lactescente que je croyais rencontrer, je vis une matière d'un bianc jaunâtre, opaque, bien liée, semblable enfin en tout au pus d'un phlegmon. Je fis écouler environ deux pintes de ce liquide; et si nature, inusitée dans la maladie que je supposais , m'engagea à examiner avec une grande attention le péritoine. J'essuyai là surface de cette membrane dans plusieurs points, et partout je la trouvai à l'état sain. En poursuivant mou examen, je découvris, par le désoi-dre et l'altération des tissas, le véritable siège du mal dans la région lombaire droite.

Ayant enlevé avec précaution la matière purulente, accumulée dans cette partie, j'aperçus une ouverture à bords ii-réguliers, et offrant à-peu-près la largeur d'un écu de trois livres. Au moyen d'un doigt introduit dans cette ouverture, je soule-

(l) Butter. Reniarks on irritalive fever , mmmontr calted Plymouth dockyurd disease (Edinb. njcd. aud surg. jouru. , vol. Xivi, p. xo6).

.^i la paroi antérieure d'une cavité que je mis à découvert par ine incision prolongée en bas sur cette même paroi.

Cette cavité s'étendait, en haut, jusqu'au milieu du bord postérieur du foie; en bas, jusqu'au détroit supérieur du bassin ^ en arrière , elle était bornée par les couches aponévrotiques et musculeuses de la région lombaire; mais son^fplus î^rand développement s'était fait en avant, à enijuger par les dimensions delà paroi antérieure, qui avait dû être distendue avant la déchirure qui avait permis l'issue du fluide.

Au fond de cette cavité se trouvait le rein droit, peu altéré à saTsurface et sain à l'intérieur , baignant dans le pus, détaché dans tout son pourtour par la destraction du tissu cellulaire qui l'environne dans l'état sain. Le sujet dont il est ici question, a évidemment succombé à un phlegDion considérable, développé dans le tissu cellulaire qui abonde autour du rein; inflammation terminée par un vaste abcès dont l'ouverture s'est faite dans le péritoine.

Ce cadavre venant de la ville, je n'ai pu avoir aucun renseignement sur la cause et les symplômes de la maladie, ni sur le traitement employé pour la comballrcjje présumai seulement que cette maladie avait été très aiguë, vu les formes athlétiques du sujet, et les traces récentes de deux saignées aux bras et de quinze sangsues sur l'abdomen. »

L'observation de Fabrice de Hilden (i), rapportée plus haut, forme une sorte de transition entre les cas d'abcès primitifs autour des reins, sans lésion notable des fonctions urinaires, et les cas, plus ordinaires, dans lesquels l'abcès extra-rénal est consécutif à une affection quelconque du rein et le plus habituellement à une pyélite calculeuse. Dans le cas de Fabrice de Hilden, la malade éprouva de la difjlculté d'uriner, mais ce symptôme paraît avoir été consécutif au développement de l'abcès; nulle mention n'est faite d'accidens primitifs du côté des voies urinaires.

Cabrol(s) cite comme un exemple d'abcès extra-rénal, dis-

(0 G. FabriciiHildani, Ohserv. chirurgica;, cent, i, obs ixiii. (a) Cabrol. Alphabet analonùquf, ob«. nxvnr.

Îi54 PKRINÉPHRITE.

linct des abcès calculeux des reins, le fait suivant, analogue au précédent. Seulement il est à remarquer que le malade de Cabrol avait quelquefois rendu un peu de pus avec l'urine : « Il m'appela pour en avoir d'advis , et m'ayant parlé et fait dlBcours de sa maladie, je fus d'advis qu'il appellast conseil; ce qui lut fait : mais à la consultation fusines rjuasi de contraire opinion , les uns et la pluspart tenoyent que c'estoit une pierre au rein, d'autant qu'il faisoit parfois quelque peu de peux par les urines : et moi, au contraire, tendis que c'étoit un abcès, estant rememoratif de l'abcès du sieur Riquomme, situé au roignon, et rempli de matière purulente : dont estant du tout séparé, le malade me renvoya quérir, me priant instamment de l'ouvrir : car il aimoit mieux mourir que de vivre si misérablement avec In gi ande douleur qu'il senloit d'ordinaire : moi estant convaincu de prières, tant de lui que de tous ses parens et amis, me mis eu devoir de faire faire un ponctuel, de longueur d'un demi-pied ou environ , non que je fusse si téméraire de l'ouvrir seul, miiis y appelay tous ceux qui s'esloient trouvés à lu consultation, et ayant appliqué mon cautère dedans, il yen eust de bien joyeux en la compagnie , et trouvai la cavité et le lien de la maladie; mais il n'en sortit rien : deux heures après, j'y fus pour changer le premier appareil^ et la tente estant soi-lie, fus contraint de prendre un bassin du barbier, lequel fut rempli de peux, plus que de la moitié ; et continuai deux fois le jour, un plat le matin et un autre le soir; cela dura l'espace d'un mois ou cinq semaines , mais avec les remèdes l'ulcère fut délergc, incarné cl bien cicatrisé, et en est bien guéri, dont depuis s'est changé à Marseille pour poursuivre sa traffique. »

Ç740. Les reins, en contact avec des abcès lombaires primitifs ou consécutifs à des lésions d'organes voisins , peuvent s'enflammer à différens degrés. J'ai déjà fait remarquer, que dans «n cas d'abcès des lombes rapporté par Fabrice de Hilden, il y avait eu un dérangement notable de la sécrétion urinaire. Dans l'observation suivante, publiée par M. Blaud. l'altération profonde du rein, l'étendue des désordres inflammatoire et gangréneux, joint«s à la rareté des abcès exlra'rénauxprimilifs, peuvent faire penser, sans doute, que la lésion du rein précéda la

ABCÈS AUTOUR DnS REINS. aS5 tormalion de l'abcès; mais, d'un aulre côté, si on réfléchit que le malade avaù été traité quelque temps auparavant pour une aliection tout-à-lait étrangère aux voies uri naires; qu'il ne s'était plaint d'aucun malaise dans ces parties ; que la cause de la maladie à laquelle il a succombé paraît avoir été un refroidissement; que celte même cause, dans d'autres circonstances, a donné lieu à un abcès extra-rénal sans désorganisation du rein ; on ne pourra nier que l'abcès n'ait pu être primitif, et que le ramollissement gangreneux du rein n'ait pu être déterminé par le contact de cet organe avec un abcès considérable. Au reste ^ les cas de ramollissement général des sub- Mancps rénales, sans dépôt de pus dans le bassinet et leB l alicps ou dans la substance du rein, et coïncidant avec un nbcès aux lombes, sont tellement rares , que je crois devoir reproduire textuellement, ici, l'observation de M. Blaud, quoii^ qu'elle manque de détails.

Obs. U, — Impiessiou brusque du froid et de l'humidité; douleur sourde dans la région rén.ilc gauche; accès fébriles inteasej ; rongeur de la pçaii des lombes et du scrotum; abcès lombaires; rein converti en une sorte de putrilage (Bl.nid. Commentaires sur les aphorisrnes d' Hippocrate. Bibliotli. médicale, t. Lxix, p. ÏBo).

Jean D assaut, maçon , âgé de 5 a ans, atteint, depuis sept mois, d'un c.Tlarrhe pulmonaire qui commençait enfin à se dissiper, sort pour la première fois, dans la matinée du 29 octobre 1818, pour reprendre son travail ; le thermomètre de Réauraur marquait 5 ; il y avait eu une gelée blanche, et le vent souftlaii <iu nord. Arrivé à son atelier, il se dépouille d'une partie de ses vêiemeus, qu'il reprend bientôt à cause de l'impression vtveque lui fait éprouver l'air extérieui".

A midi , frisson violent , avec tremblement pendant une heure; ensuite, choleur forte, fièvre aiguë, douleur sourde dans la région rénale gauclie.

Peu allei.tifs à la nature et au siège de celte douleur, que nous regardâmes comme tenant à une courbature dont le malade se plaignait, et comme un des signes généraux et précurseurs d'une aulre lésion qui allait bientôt paraître, nous res-

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