‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 26 sur 42 · H^MOBRHAGIES RÉîrA.LES (3"" gVOUpe · texte numérisé non relu

H^MOBRHAGIES RÉîrA.LES (3"" gVOUpe

fois une si grande quanlité de matières grasses, qu'elle vient former à la surface une couche semblable à de la crème , qui occupe le cinquième de la hauteur du liquide; mais ordinairement il eu a beaucoup moins.

« Dans tous les cas , l'urine laiteuse étant mise en contact avec de l'éther sulfurique , s'éclaircit, et l'éther se colore en jaune. En remplaçant une ou deux fois le liquide surnageant par du nouvel éther, on épuise l'urine de la matière grasse , et elle devient parfaitement transparente j elle est alors jaune si elle était primitivement d'un bjanc laiteux, et légèrement rougeâtre ai elle était rouge sanguinolent.

« Il est prouvé par là que l'urine laiteuse ne devrait son opacité qu'à la matière grasse que l'éther a dissoute, et qu'on obtient facilement par l'évaporation de celui'ci.

« J'ai dit que le liquide opaque et rouge, précipité au fond de l'urine sanguinolente, ressemblait à un caillot de sang; mais cette apparence est trompeuse. En traitant cotte masse par l'éther, on la rend à l'instant même liquide , entièrement transparente et d'un beau fouge vif; ce liquide ne contient donc que de la matière colorante de sang, et sans Hbrine.

tt L'urine laiteuse, devenue transparente par le moyen de l'éther, soumise à l'ébullition, forme un abondant coaguluin d'albumine.

« L'acide nitrique la coagule également; l'acide acétique ne la trouble pas : elle contient donc de l'albumine et non de la caséine. La dénomination d'urine laiteuse ue s'applique donc qu'à l'apparence , aux caractères physiques du liquide et non pointa sa nature.

« Une expérience antérieure nous a démontré que l'ttritte d'apparence laiteuse différait de la nature du lait. Celui-ci étîiçt étendu d'eau de matière à offrii' l'opacité de l'urine, les deux liquides ont filtré, également troubles et blancs, à travers le papier; mais , de l'acide acétique ayant été ajouté à ces deux liquides , l'urine d'apparence laiteuse n'a éprouvé aucune altération, et reste laiteuse çomrae aupaiavant; tandis que le lait coagulé et filtré est devenu transparent.

« L'oïipe l^ijeuse , débarrassée de la matière grasse pas' de

M. essentiellï:s (cndéiniques). 4°^

l'élher, après avoir été coagulée par le calorique, et copcenlrée eaviron à moitié, a été filtrée et refroidie; mélangée alors d'acide nitrique , elle a formé une belle cristallisation de nitrate d'urée. Ainsi ce liquide, débarrassé de ses principes étrangei'S , paraissait redevenir de l'urine ordinaire.

« IJn résumé, l'urine de M. V-.. diffère de Vurine ordinaire, •en ce qu'elle contient une grande quantité d'albumine et de matière grasse, auxquelles se joint par intervalle la matière colorante du saug, sans fibrine, w

En comparant le résultat de cette analyse avec ceux que. M. Prout a obtenus des urines qu'il désigne sous le nom de chy- J,euses, on i-econnaît aussitôt que celte dénomination convient au cas pour lequel nous sommes consultés. En effet , si on ajouit^it une certaine quantité de chyle à l'urine (Yoy. composition icl^imique du chyle , Berzelius, Orfila , etc.)^ on obtiendrait une vrine chargée d'albumine, d'une matière grasse et d'une cer-r ■ tîiine proportion de malièi-e coloi'ante de sang. D'un autre côté, • malgré ce qpi a été dit sur la présence du caaéum dans l'urino ilaiteuse, il est fort douteux qu'on en ait jamais renconiré, et d'ailleurs, dans le cas qui nous occupe, il n'en existait pas.

Les résultats de cet examen fait sur les urine? de M. Y..., i 'absence des douleurs dans les régions rénales, la connaissance lur nous acquise de plusieurs cas analogues dans lesquels il l y avait point de lésion matérielle des reins, l'analogie noix noins évidente de ce cas avec les hématuries de l'Ile-de-France, it qui sont quelquefois suivies d'urines laiteuses 5 toutes ces ircQnstances nous firent penser qii'il serait extrêmement imlortgnt de rechercher si le sang lui-même n'offrirait pas un tat particulier, et spécialement celte apparence laiteuse que quelques palhologistes paraissent avoir observée dans des confiions morbides encore indétei-rainées, M. Gaffe pratiqua donc i son malade une saignée au bras de quatre onces , et M. Guiwm-t voulut bien en^ççre ^e charger de faire l'analyse de ce ang.

Le sang, abandonné dans un vase fermé, s'est pris en une nasse gélatineuse, tremblante, sans aucune apparence de ■ouenne blanche k U surface j loin de là, ce sang, agité dans

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le flacon après 24 heures de repos , est redevenu complètement liquide ; ce qui semble indiquer une absence complète de fibi'ine.

Ce sang liquide a été mêlé à deux parties en volume d'alcool rectifié, afin qu'il se coagulât. Le coagulum a été soumis à la presse et desséché 5 il pesait alors sept gros et demi , ou près du quart du poids du sang. Il était pulvérulent et d'un rouge pâle et blanchâtre, tandis que le coagulum d'un sang normal, préparé de même , est sous la forme d'une matière dure, vitreuse, et d'un rouge brun très intense. Il est évident, d'après cela, que le coagulum de ce sang brésilien contient proportionnellement moins de matière colorante que celui du sang normal ; mais cela peut tenir à ce qu'il renferme plus d'albumine. 11 est en effet bien remarquable que ce coagulum desséché dépassait la quantité de matière solide indiquée jusqu'ici par toutes les analyses du sang; et, comme il ne contenait que peu ou pas de fibrine, son excès de quantité doit porter principalement sur l'albumine.

Une égale quantité (sept gros et demi) de coagulum de ce sang malade et de sang normal a été pulvérisée et traitée par l'élher au moyen de la méthode de déplacement. Dès le premier moment, une grande différence s'est manifestée : les trois premières gouttes d'éther provenant du sang brésilien ont laissé sur un verre de montre une couche très apparente de matière grasse, blanche, opaque et nacrée; les trois premières gouttes provenant du sang normal ont laissé seulement quelques points circulaires d'une matière grasse plus transparente. La totalité de l'éther provenant du sang brésilien a laissé oSf-,ao (quatre grains environ) de matière grasse, solide,- opaque et cireuse. La totalité de l'éther provenant du sang normal a fourni oS'-jH d'un résidu coloré, partie gras, partie salin, et attirant l'humidité de l'air.

Il résulte évidemment de ces expériences que le sang de M- Vdiffère du sang ordinaire, en ce qu'il contient moins de fibrine, mais plus d'albumine et de matière grasse, et qu'il se rapproche en conséquence par ses caractères de la composition du chyle.

En résumé , dans notre opinion , l'altération do la sécrétion

H. ESSENTIELLES (endémiqucs).

urinaire, observée chez M. V., est manifeslement spus la dépendance d'un état particulier du sang, et cet état consiste eu ce que la transformation du cliyle versé dans le sang se fait d'une manière incomplète , c'est-à-dire en un vice de l'hématose.

Les cas d'urine laiiettse sont encore peu nombreux dans la science, et plusieurs de ces faits ont été observés d'une manière trop incomplète. La part de l'influence du régime , des divers traitemens, et aussi du temps, etc., sur leur terminaison, n'a pu être appréciée assez rigoureusement pour que nous puissions ici donner des règles de traitement aussi positives que I pour une maladie moins rare.

Cependant nous rappellerons : i" que les malades dont M. Prout a rapporté brièvement l'histoire, ont souffert plusieurs années sans altération manifeste de la santé.

a" Les hématuries observées à l'Ile-de-France, et quelquefois suivies d'urine dite laiteuse , ne sont pas regardées comme graves.

3° D'après une discussion élevée à l'Académie de Rio- Janeiro (avril i836, Revista medica fluminense), il paraît que cette j maladie es» assez fréquente dans cette ville, surtout chez les I femmes , et que sa gravité n'est pas en rapport avec sa résis- 1 tance aux agens thérapeutiques.

4° Dans le petit nombre de faits, observés en Europe, d'urine laiteuse, qui était réellement chjleuse d'après l'analyse, et non purulente , la maladie , quoique rebelle et de longue durée, n'a pas été grave; toutefois on l'aurait vue, d'après quelques auteurs ^ dégénérée en diabète.

En suite de l'opinion émise plus haut sur l'altération de la sécrétion urinaire, de sa liaison avec un état particulier du sang et un vice de l'hématose , et d'après les résultats les i mieux observés, et les expériences thérapeutiques faites dans I une maladie aussi rare, nous croyons devoir conseiller le trai- I tement suivant :

1" Pendant plusieurs mois, tous les matins, à jeun, M. V.:^ prendra six pilules suivantes :

Prenez sous-carbonate de fer un gros.

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Poudre de quinquina rouge un scrupule.

Cannelle pulvérisée dôuze grains.

Mêlez selon l'art et faites atec quantité sufllsanle de mélange 24 pilules.

52° Une heure avant de dîner, boire une once de vin de quinquina.

3° Trois fois par semaine prendre un bain presque frais d'une demi-heure de durée, additionné de deux onces de sulfure de potasse.

4' Le soir, au moment de se coucher, M. V... prendra >.4 grains de sous-carbonate de fer dans du pain à chanter ou dans de la compote.

5" Les médecins qui dirigeront au Brésil lé tMitèJhent de M. V... pendant deux ou trois mois consécutifs, ne devront le suspendre que dans le cas oh il se présenterait des signes d'irritation gastro-intestinale ( Ce qui est peU probable); nous croyons pouvoir ajoutef qUe , dans ttOife opinion , les modifications ultérieiires ne devraient porter que sur le choix d'autres préparations ferrugineuses ou de quinquina, dans la substitution de bains alcalins , savonneux , à ceux de sulfure de potasse.

6° Le régime alimentaire, dans une semblable affection, doit être essentiellement choisi parmi les viandes do bœuf et de mouton rôties et grillées.

9° Là boisson orditiait-c Sera un vin généreux coupé avec de l'eau ferrée.

8° On devra faire concoui ir au succès du traitement tous le* moyens hygiéniques propres à fortifier la constitution ; dans la Saison des bains de mer, M. V. eti prendra une trentaine, que l'on rte prolongera pas au-delà de quelques minutes.

9° La dysurie qui a lieu lors du passage d'une certaine quantité de sang dans les urines , ou lorsqu'elles sont fortertienl chargées de chyle, est due à une cause entièrement mécanique, qui cesse d'elle-même par la sorlie des caillols, ou peut encore nécessiter l'emploi du cathétérisme. Ces accidens sont particuliers à une seule circonstance de la tMaladic, et tous étrangers à sa nature.

H. r.ssENTiEtLES {endémiqucs). 407

^ 587. Cette toaladie paraît être fréquente au Brésil; elle A î flié l'attention de la Société de médecine de Rio-.latieiro , qui ! a nommé une commission pour l'étudier d'une tnaiiicre spc- 1 ciftle.

La Revista medica flutninense a publié les diverses opiniotis «qui ont été émises à ce sujet; et je dois la traduction de ce do- TCUment à l'obligeance de M. Caffe.

Société de médecine de Rio-Janciro. Séance du 20 août i833. >^ Discussion Sur le diabète laiteux. Le docteur Simoni (mé- «deéin de l'hôpital de la Miséricorde) déclare avoir souvent ^observé celte maladie dans cette -ville, et principalement à l'hépital. On la rencontre dans les deux sexes, mais bien M|>lns souvent chez les femmes. Elle apparaît et cesse souvent rtoul-à-coup sans cause connue. La durée en est variable; elle (dure des mois, des années, et elle est également suivie de plus grands intervalles pendant lesquels elle disparaît; d'autres jfois, elle dure des jours ) et même seulement des heures, de c sorte que, dans son apparition , sa marche, ses progrès et sa durée, elle présente une irrégularité capricieuse : ce qui fait «que M. Simoni la considère comme Une affection nerveuse des rorgânes iirinaires, qui en jDérvertit la sécrétion; d'ailtarit plms rqu'elle ne se lie pas constamment à des affections hiorbides du l'tissu de ces mêmes organes appréciables par l'auiopsie, ou par d'autres phénomènes pathologiques qai en indiquent la souffrance. En un cas j il trouva le tissu cellulaire des reins altéré en couleur, volume et consistance. Dans ce cas, le tissu des «deux reins était un peu plus blanchâtre, plus nlou et plus volumineux que de coutume ; il y avait des taches encore plus blanches dans les cas oii cette maladie a été le plus opiniâtre; nlle a paru céder aux préparations de fer, de valériane et de la plante nommée ordinairement quiiilefcuille ; dans d'autres cas, elle a résisté à tous les remèdes, et a disparu quand on l'espérait le moins et lorsqu'on avait abandonné tous les moyens thérapeutiques; de sorte qu'il y a du doute si la cure est due ou non à l'action des remèdes employés.

M. Sobrini (aussi médecin à la Miséricorde) a vu plusieurs lois celte maladie à l'hôpilul et eu ville ; il la trouve plus spé-

4o8 nÉMORRHAGlES RENALES (3'"' groUpe).

ciale à ce pays qu'à l'Europe, ou elle paraît inconnue, ou au moins tellement rare, qu'il n'en est presque pas fait mention dans les auteurs ; que le seul auteur où il se trouve quelque chose sur ce sujet, est le célèbre Pierre Frank, dans son Traité de médecine pratique ; mais que le diabète laiteux ou flux céliaque ou urinaire, dont il parle, n'est pas notre maladie, bien que désignée par le même nom. Comme preuve de ce' qu'il avance, il lit ce que dit Frank à ce sujet (i). Il ajoute ensuite que la dénomination de diabète laiteux est peu juste, que le nom de diabète albumineux est plus convenable; que l'urine présente l'odeur de blanc d'œuf; que le liquide donne de l'hydrogène sulfuré par la putréfaction et se coagule par la chaleur; que la cause de la maladie est aussi difficile à déterminer

(i) Je mots sous les yeux du lecteur le passage de l". Frank auquel M. Sobriui fait allusion :

<■ Le diabète laiteux des auteurs , ou flux cœliaque urinaire , nous paie raît consister dans une urine lilancbàtrc que l'on rend quelquefois dans « la plus parfaite santé, lorsqu'on fait une promenade fatigante à la suite o d'un repas copieux. Le mélange du pus avec les urines peut encore eu <■ imposer pour du cbylc à beaueou}) de médecins. Cependant nous ne uious o pas l'existence du diabète laiteux ; un septuagénaire vient de nous en << donner In preuve à l'hûpital do Pavic. Ce malade avait porté pendant n assez Jong-tcmps un fardeau très lourd sur les épaules; liuit jours après " cet effort, il éprouve une douleur intense vers les dernières vertèbres des « lombes, quelques mouvemens fébriles par intervalles, avec exacerbation « le soir; il se plaint d'une soif très vive et rend une grande quantité d'urine u semblable à dulail. Durant plusieurs mois, il a rendu chaque jour seize ou vingt livres de ce liquide douceâtre, quantité bien supérieure à celle de u la boisson, quoiqu'il bût abondamment. La soif inextinguible et la faim <■ qui le dévoraient, le marasme qui avait pris la place de son embonpoint, >. comparés avec la quantité des urines, prouvaient que la consomplinn dea pendait du diabète et non d'un foyer purulent. On trouve, chez les auteurs, « de semblables exemples de diabète cliyleux qu'il serait difficile d'attribuer « à une suppuration interne.

{Traité de Médecine pratique de P. Frank, trad. de J. M. C. Goudareaii, t. m , p. 23. )

Cette espèce do diabète doit être fort lare en France; je ne l'ai pas encore observée.

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que celle du diabète sucré ; qu'il n'a jamais eu l'occasion de faire l'aulopsie cadavérique, pour voir si les reins se trouvent sensiblement altérés, ce^ui lui paraît peu probable , à la vue des alternatives d'améliorations et de disparitions que présente .la maladie, ce qui n'aurait pas lieu s'il y avait une altération organique; que ce vice de sécrétion est souvent accompagné de douleurs vagues dans les régions lombaires, de dysurie ou même d'ischurie; qu'il est plus considérable après la digestion , et moindre le matin j que la coagulation de quelque partie du liquide par le refroidissement dépend peut-être du manque de l'influence de la vie; que les bains d'eau salée et les préparations de fer sont le meilleur remède. Quelques autres ont été employés inutilement, et principalement le traitement autiphlogislique et révulsif. Chez un individu, il essaya en vain les vésicaloires couverts de résine de noix d'acajou, pour empêcher le stimulus des cantharides sur les voies urinaires : souvent tous ces remèdes étaient inutiles , et la maladie continuait long-temps, et cessait capricieusement sans cause appréciable. Il y a cette différence entre le diabète laiteux de Frank et des médecins d'Europe avec celui-ci, que le mal peut ;se prolonger long-temps sans détériorer l'économie ou même .sans incommoder le malade, et cesser tout-à-coup sans aucune médication. Il rapporte le cas d'un jeune homme chez lequel la maladie se termina de cette manière, après avoir duré plus < de six mois et avoir résisté à toutes les médications.

AI. Pieiss dit n'avoir vu cette maladie ni chez les vieillards ni chez les eiifans, rarement chez les jeunes gens , mais très souvent dans l'âge viril, et plus souvent chez les femmes que chez es hommes, surtout dans les lempéramens nerveux. Il rapporte le cas d'une dame douée de ce tempérament, chez laquelle, après l'emploi d'un grand nombre de moyens thérapeutiques , la maladie cessa par l'usage d'une infusion de vaériane. Il dit que la plus grande partie des personnes qu'il a vues atteintes de cette infirmité, jouissaient d'une bonne santé, sans éprouver d'autre incommodité J que chez quelques-unes l'unne sortait parfois déjà eu caillots, et alois occasionnait à l'individu une notable incommodité parla difficulté de l'émis-

4io HÉMonnHAGîÊS ni5NALiïS {y"' groupe).

sion. Dans un cas , l'usage de venilhas fut utile pout en favoriser l'excrétion. Dans d'autres cas, l'urine se montre, â In sortie, ayant la consistance et la couleur du café au lait, et elle se • coagule bientôt, comme il l'observa chez un individu d'ailleurs robusle et sain. Quant à la nature de la maladie, il pense qu'elle est encore Irès obscure et doit être étudiée ; que la dénomination de maladie nerveuse ne peut lui être appliquée, parce qu'elle est quelquefois accompagnée de phénomènes phlogi.siiques, bien qu'il ue la considère pas comme l'effet simple d'une phlogose.

M. Vallados, professeur de chimie médicale, est aussi d'opinion que notre maladie est spéciale à dé pays, et qu'elle n'a rien de commun avec le diabète laiteux des médecins d'Europe, d'autant plus que les pathologistes français n'en parlent pas. Il a observé quatre cas de cette affection, deux chez des hommes et deux chez des femmes. Une des femmes était une négresse enceinte; la femme se rétablit, après raccouchement, sans remède. L'autre femme était également une négresse , et chez elle la maladie céda à l'usage d'une décoction de la plante appelée qiitnie feuille. Un des hommes fat guéri avec la décoction de l'herbe nommée vulgairement omour des champs. Le dernier cas, il l'observa avec M. Reiss, qui vient de le ciler. Il ajoute que le caractère du diabète est une grande quantité d'urine, et que, dans la maladie dont il s'agit , il n'y a pas augmentation de quantité , mais seulement perversion de qualité. Relativement à la nature de la maladie , elle est encore très obscure. 8elon une expérience faite par Paulo Candido, on trouve dans ces urines la présence de l'acide urique et de l'urée. Le traitement est variable : celui qui réussit chez un individu réussit rarement chez un autre ; et le moyen qui a réussi une première fois est, sauS succès dans la rechute , qui est fréquente.

Le docteur Simoni dit que le coagulum que présentent les urines n'est pas toujours le même. Parfois l'urine sort liquide et limpide, de couleur naturelle, et, peu après, elle devietit entièrement coagulée, conservant la même transparetice et un aspect tremblant de gélatine ; parfois elle est trouble et opa-^

If. ESSENTIELLES {endéjïiiquùs).

Lie , el le coagulurtl prend la même couleur : d'autres fois elle si dense, opaque, et plus ou moins blanchâtre ; elle ressemble ( dii lait : le coagulum est âUssi semblable à celui du lait. Elle ist quelquefois homogèrie; d'autres fois mêlée avec d'autres .lubslaftces, telles que du mucus, du pus, du sang el des corpS ransparens, d'une couleur roUgeâtre, qui , en sortant par Tuèthre, causent ainsi de fortes douleurs, surtout lorsqu'ils eiiraînent avec eux des portions de coagulum dense, épais comme lu blanc d'œuf, déjà formé dans la vessie.

Les urines restent quelquefois limpides et transparentes près être sorties , d'autres fois elles se coagulent. Ce coaguluni l'apparence gélatineuse ou albumineusë ; il èe forme ordinâiement peu de temps après l'émission des UrineS, ett raison du ilus ou moins prompt refroidissement de ce liquide. Exposé u feu, au lieu de prendre une consistance plus grande, comme •n l'observe avec l'albumine , le coagulum se fond, et il reste hns le liquide de petits filamens d'une substance blatlclle, qtit t probablertient de l'albumine coagulée : peut-être l'albumine la gélatine existent en même temps dans les urines des maicles affectés de cette maladie, et donnent lieu aUx coagulum ni se forment dans deux états opposés de températures. Des xpériences très exactes devraient l'indiquer.

M. Maia dit avoir observé cette maladie chez Une négresse. iU qualité et la quantité de l'tirine se trouvaient altérées; la lalade urinait en grande abondance. La maladie céda à l'usagô e la qin'ntefcuillc. Il pense que la nature du coagulum est Ibumineuse, et explique la production de cetle substance dans s urines par la théorie de ceux qui supposent que , dans le || ang , existent formées toutes les substances de la sécrétion , t que les organes ne font que les séparer et les laisser passer, l'exclusion des autres. Dans ce cas, le rein, par une privaon de sa sensibilité, laisse passer dans l'urine l'albumine du tng.

M. îloza déclare que celte maladie n'est point un diabète ; ce om ne convient que dans les cas où il y a altération de qua- Ic el augmentation dans la quantité des urines. Cette circonlancc ne ac reucoulre pas ordinairement d.tns celle maladie.

4 12 HÉMORRHAGIES RÉNALES Çi"" gf'OUpe).

Il l'a observé chez une lemme âgée de 60 ans; la maladie céda à l'usage des bains d'eau salée et de l'eau de Vichy. Il l'a observée aussi chez un individu débauché; elle avait été précédée de rétrécissement de l'urèthre , paraissant dû, dans le principe, à une affection catarrhale de la vessie. Examinée ensuite avec beaucoup d'attention, l'urine contenait du coagulum globulaire, rougeâtre, et parfois de couleur azurée. Les rétrécissement furent surmontés presque tous par la suppression opérée par des cordes de boyaux introduites dans le canal de l'urèth e. L'usage de la salsepareille, du sirop de Cuisinier, fut suivi de la cessation de la maladie, qui reparut deux ans après, l'individu ayant recommencé sa vie déréglée. La quintrfctnlle a été quelquefois utile dans celte maladie, selon l'expérience de M. Roza; mais le meilleur remède et le plus généralement approuvé est l'usage des bains salés. Il rapporte qu'une dame était sujette à cette affection tous les huit jours qui précédaient son flux menstruel.

M. Sobrini dit qu'il n'y a pas augmentation de la quantité de l'urine , ce qui constitue le diabète , mais altération de celte même urine, et formation de principes différens de ceux qui lui sont naturels. Dans le diabète laiteux du Brésil , la quantité des urines , au lieu d'augmenter, diminue quelquefois.

M. Simoni fait observer que , chez une négresse qu'il a longtemps traitée à la Miséricorde , et que M. Sobrini vit et Iraila en diverses occasions, les accès ou les répétitions de celle maladie précédèrent presque toujours les accès d'épilepsie ou d'érysipèle éléphantiaque dont elle était fréquemment accompagnée, ou suivaient ces mêmes accès. Cette malade avait eu une affection syphilitique qui lui fit perdre le nez , et elle ne paraissait pas entièrement guérie.

MM. Vallados et Roza contestèrent la convenance du nom de diabète donné à celte maladie, et soutinrent sa différence essentielle avec les véritables diabètes, non-seulement par la quantité et la qualité des urines, mais aussi par les phénomènes et les conséquences pathologiques de cette affection singulière.

M. Meirelhes dit f|u'il a observé celte maladie chez une femme

H. rssrKTiELLEs [endéiniqucs]. 4'3

sujette à des attaques périodiques d'érysipèles de quinze en quinze jours, et chez laquelle les accès el la maladie ont cessé dans un voyage qu'elle fil en Europe. La maladie s'est l'eproduite aussitôt que cette femme est revenue dans ce pays.

Il a cherché en vain dans beaucoup d'auteurs la description de cette maladie ; dansTouvrage de M. Thénard, il se trouve )nenlionnée une analyse d'urine que l'auleur nomme laiteuse , et qui est bien différeiile de la maladie en question ((). M. Meirfllhes remarque que la plus grande partie des individus alTectés de cette maladie sont sujets aux érysipèles et ont le tempéranieut lymphatique. Tant que ces individus restent au lit, les urines se conservent limpides; mais, dès qu'ils se lèvent et s'exposent au froid, elles deviennent coagulables ; el chez des individus cette coagulation s'opère même dans la vessie, et occasionne des douleurs eldes incommodités dans l'émission des urines. Ces individus n'urinent jamais de la même manière, la quantité et la qualité des urines variant j toutefois il y a presque toujours du sang; quelquefois elles ont une couleur de café. Il a fait analyser les urines de personnes affectées de cette maladies par M. Blanc, phamacien français à Rio; il a trouvé' qu'elles coutenaient une matière caséeuse. Il rapporte le cas d'un jeune Portugais d'un tempérament lymphatique qui souffrait beaucoup de celle maladie ; il urinait une partie du jour du sang pur, qui se coagulait; d'autres fois de l'urine claire , d'autres fois couleur de café au lait et très trouble. Il pense que les bains de mersont constamment le meilleur remède, il n'a vu qu'un cas exceptionnel à cette règle. Les toniques , en général, sont avantageux, et parmi eux le quinquina uni à l'acide sulfurique.

Sur la demande de quelques membres, on nomme une com-

(i) Voici le passage auquel M. Meirelhes fait .nllusion : " II paraît que l'on a vu quelquefois l'uriue blanche comme du lait, qn'il s'en séparait une sorte tle crème par le repos, qu'elle se coagulait par lebullitiou, que le caillot avait les propriétés du caséum,et cédait à l'éther - une matière grasse. « (Thénard, Traité de Chimie, l'aris, i836, t. v, () 18?..) '

4l4 HÉMORBHAGir.s niiCfAT-Ps (3"" groupé).

mission cliargée d'examiner p:u lir.ulièremRi!i cr.iio nialaclio ei de faire sur cUe uu mémoire circonslaiicié. ]\JiVÎ. YqUadois, gpbrini el Soulié ont été nominés membres de cette commission.

Ces urines chyletises , improprement désignées sous le noijj de lailcitses, qui ont été observées à l'Ile-de-Frauce et au Brésil , ont peut-êU-e aussi , k en juger d'après le passage suivant de Chalmers, été observées à la Caroline du Sud (i).

« L'urine est quelquefois pâle comme du lait et de l'eau, « pendant plusieurs jours et plus spécialement chez les petits « garçons au dessous de sept ans; on pense généralement que a cet état 4e l'urine indique la présence des vers ,- pour moi , « c'est plutôt une preuve d'acidité , quoique je ne conteste pas « que d'autres causes ne puissent leur donner cçlte couleur. » L'apparence lajteuse de l'urine n'est pas décisive ; la présence çle l'albumine et d'une matière grasse n'4 pas été constatée. D'un autre côté on a donnéle nom d'urine laiteuse 4 des urines phospliatiques. Toutefois il faut remarquer que ces urines ont été rendues par des enfans et pendant les chaleurs de l'été.

Oe semblables urines çhjleuses et albumino-graisseu§es, si fréquentes dans certains pays chauds, ont été observées, quoique rarement et isolément , en Europe (2).

§788. KÉsuatii. — L'hématurie qui règne sous forme indémique k l'Ile-de-France (île Maurice), spécialement chez les ënfans, sp montre sous trois formes principales : j" l'hématurie simple; 2° l'hématurie avec gravelle urique ; 3° l'hématurie avec uriije çhyleuse ou avec urine albumineuse et graisseuse.

J'^i plusieurs fois constaté , sur des habitans de Paris , nés m france, la transformation d'un pissement de sang en une urine albumineuse ; mais la transformation d'un pissement de sang enuneurine chyleuse, ou en une urine albuuiino-graisseuse , d'apparence laiteuse, ne s'est présentée à moi jusqu'à ce jour que che2 des individus nés dans les régions tropicales. Cette

(1) Chalmers (L.). An account of the weather and disseases of Soulh-Caroliitfi, in-S. vol. i. Lond. l'j.'jG, p. 64.

(2) Rayer. Recherches sur les urittes chjleuses, laileitses et huileuses ohservies en Europe (l'Expérience, 1. 1 p. 657).

H. ESSENTIELLES (endémiques) . , 4» 5

.transformation est rare en Europe. Sans doute dans des pyéites ou des cystites calculeuses, on voit des urines blanches, lurulentes, succéder à des urines sanguinolentes ; mais l'urine purulente est bien distincte de l'urine chyleuse. Examinée au nicroscope , l'urine purulente offre des globules de pus ; l'urine byleuse offre des' globules qui ont l'apparence des globules anguins, ou bien elle ne eontient pas de globules (urine albuino-graisseuse). L'urine purulente abandonnée à elle-même ffre un sédiment purulent caractéristique, au dessus duquel lie devient plus transparente. L'urine chyleuse, au contraire, este opaque dans toute la longueur de la colonne du liquide, t au bout de quelques jours offre un crémor de matière grasse. Sous le rapport étiologique, il faut rapprocher, de l'hématuie de l'Ile-de-France , l'hématurie qu'éprouvent quelquefois es Européens dans la haute Egypte et la Nubie, et d'autres léraorrhagies observées dans les régions tropicales. M. A. J. venoult(i) s'exprime ainsi au sujet de l'hématur-ie de la haute

Egypte.

« Cette hémorrhagie des plus opiniâtres se manifesta parmi !s soldats de l'armée française lors de la conquête de la haute 'gyple , en l'an vïi. Elle parut affecter plus particulièrement s cavaliers (a), n'épargna pas môme les chevaux ; ses ravages • portaient principalement sur les plus jeunes.

a Dans ces contrées très élevées, bornées par des déserts rides, la chaleur, augmentant dans une progression douce et f^ale, est quelquefois insupportable pour des sujets non accli-

(i) Rçnonlt (A. J.). Notice sur l'hémalurie qu'éprouvent les Européens dans haute Égypte et la ijubie. (Joum. général çLe Médecino et do Chirurgie; '1. xvit. J). 366.)

(a) En Europe, çt 3Qus l'iaauçBce dVue tçmpérature peu «leyé*, (w ivaliers sont quelquefois qttejnts Aémgturiçs (Araa, £ mi sur Shéma^ rie dans les miUlaires U cheval. Diss. Paris, i8ri, «-4); mais U çst ident que, dans la relation de M. Renoult, l'hématurie dépendait d'uuç itrc cause que de l'exercice du cheval, quoique cet exercice favorisât l'io- .s.on de cette mr.ladie , qui chez quelques individus s'est prolongée dcûnunent, et lorsqu'il» n'claieut plus soumis à l'iafluencc des causes a lavn eQt produite.

4r6 TiiÎMOimiiAGirs nicPTALKs (5""' groupe).

matés : alors des sueurs continuelles et très abondantes diminuent singulièrement la quantité des urines; celles-ci deviennent épaisses et sanguinolentes, souvent même les derniers jets sont de sang pur. Le malade ressent des douleurs vives dans la région de la vessie; ces douleurs se propagent jusqu'à l'extrémité du gland. Il éprouve de fréquentes envies d'uriner; les dernières contractions de la vessie s'accompagnent de sensations les plus vives et les plus cuisantes, accidens que j'ai vus quelquefois suivis de dysurie.

(c Après un examen alteulif, j'ai cru pouvoir attribuer la cause de celte maladie à une trop abondante transpiration , secondée par des mai cbes forcées et par une équitalion longue et pénible sur des chevaux vifs et fougueux. Dans ces circonstances , en effet , les urines deviennent rares , épaisses et irritantes; leur âcreté doit se faire parliculièrement sentir sur les veines qui rampent le long des parois internes de la vessie, près de son col et sur celles de l'urèlhre , ce qui donne lieu à des varices ; il peut même en résulter des inflammations- opiniâtres des membranes de la vessie, comme je l'ai vu plusieurs fois par l'ouverture de quelques cadavres.

«Dans le traitement de cette maladie , j'obtins des succès momentanés de l'usage des boissons abondantes et surtout du repos. J'ai remarqué que les bains de vapeucs, fort en usage dans le pays, n'avaient pas d'heureux résultats, sans doute à cause de l'abondante transpiration qu'ils ^dîterminàienl ; les bains de rivière m'ont paru mieux convenir.

« L'emploi de ces moyens pendant un mois suffisait pour faire disparaître les symptômes de cette înaladiçj mais, aussitôt que le sujet était obligé de reprendre ses exercicfes, et surtout l'équitalion , les urines, devenues moins c(^)ieuses et plus acres , donnaient lieu à de nouvelles douleurs, à ud sentiment de pesanteur dans la région de la vessie, «a FWmtturie reparaissait. Les lieux, les circonstances, l'activité constante de l'armée, ne permettant que l'emploi des moyens palliatifs dont je viens de parler, je me trouvai forcé de négliger quelques-uns des préceptes de mon premier maître. Desault, sur la cure radicale de celte maladie ; d'ailleurs l'emploi des sondes

n. ESSENTiFXLES [endémiques). 4' 7

de gomme élastique chez des malades portés sur des litières tramées à dos de chameau, et qui suivaient tous les mouvemens . de l'armée, me parut plutôt aggrasrer la maladie comme nouvelle cause irritante.

« C'est ainsi qu'un trop long séjour dans ces contrées a donné i à cette maladie le temps de prendre , chez quelques sujets, un c caractère tellement opiniâtre , que , depuis deux ou trois ans c qu'ils sont rentrés en Europe, ils ont inutilement cherché leur I guérison dans l'usage des moyens le plus sagement indiqués : l« les boissons émoUientes, les bains, et surtout les sondes élas- '. tiques, en ont guéri quelques-uns ; maisj chez un assez grand ijombre, l'hématurie est devenue si rebelle, qu'elle ne leur laisse que la triste perspective d'une vieillesse toujours souffrante ».

Cette influence des climats chauds sur la production de l'hématurie n'a rien qui doive étonner. Dans ces climats, la fréquence d'autres hémorrhagies a été plusieurs fois remarquée. Bofltius (i) signale les héraoptysies comme très fréquentes dans les Indes. Blumenbach (2) assure que la plupart des Européennes transportées dans la Guinée y périssent d'hémorrhagies utérines ou autres. Toutefois, en reconnaissant cette influence du climat , il restera à expliquer pourquoi le molinien hémorrhagique se montre à l'Ile-de-France sous la forme d'une hématurie ; dans l'Inde , sous celle d'une hémoptysie ;

( et, à la Guinée, le plus souvent sous une troisième forme ; pourquoi les hématuries de l'Ile-de-France cessent, en général, après la puberté; pourquoi elles sont souvent accompagnées de la gr^velle urique ; enfin, il restera encore à en expli- :juer lar transformation assez fréquente en urine chyleuse.

En Europe et dans les climats tempérés , c'est dans la vieillesse qu'on observe le plus souvent l'hématurie ; le contraire a ieu à l'Ilè-de-France , oii le pissement de sang attaque sur-

(1) BoDtii (Jacobi) , De medicina Indorunt, libri it, cap. vir. De quibuslam pu);nonuii\ vitiis, quae hic grassantur, ac primnm de hsemoptysi.

(2) Blumenbach, Diss. de generis humani varietate nativa, Gœtting. 1775,

*^ III. ay

4l8 HÉMORRHAGIES RENALES (3°" grOUfe).

tout les enfaas. Toutefois , il n'y a peut-être pas autant d'opposition entre les deux faits qu'on pourrait le croire au premier abord. En Europe , les hématuries des vieillards sont presque toutes syraplomaliques de lésions matérielles des voies urinaires, du cancer des reins ou de la vessie , d'affections calculeuses, etc.; elles hématuries essentielles n'y sont pas assurément plus fréquentes chez les vieillards que chez les enfans.

Dans l'hématurie endémique de l'Ile-de-France, les enfans rendent quelquefois une si petite quantité de sang qu'il ne se forme pas de caillots , et l'émission de l'urine, n'éprouvant aucun obstacle , se fait sans douleur. Alors l'urine a une teinte rosée , analogue à celle qu'on peut produire artificiellement en ajoutant à l'urine saine une très petite quantité de sang. Abandonnées à elles-mêmes, ces urines, légèrement sanguinolentes, offrent, au bout de quelques heures, un sédiment rougeâtre dans lequel il est facile de reconnaître, à l'aide du microscope , les globules sanguins.

Dans ces cas , oii la maladie est tout-à-fait bénigae, si on examine toutes les émissions de la journée , l'urine, à de certaines heures, contient peu ou point de globules sanguins et point de caillots fibrineui ; mais le plus souvent elle donne, par l'acide nitrique ou la chaleur, des grumeaux d'albumine coagulée.

Parfois même il arrive (au moins on me l'a assuré) que l'urine a, pendant plusieurs jours, toutes les apparences de l'urine saine , et qu'elle devient ensuite de nouveau sanguinolente sans cause appréciable. A ce faible degré, la maladie gêne peu les enfans, qui continuent leurs jeux et leurs études, et conservent toutes les habitudes de la santé.

Lorsque l'hémorrhagie est plus considérable, des caillots peuvent se former dans l'uretère ou dans la vessie, et donner lieu aux accidens qui accompagnent la rétention de l'urine ou la difficulté de sou émission. Ces héinorrhagies abondantes se répétant, les enfans deviennent pâles et languissans, et le développement de la constitution est ralenti. Si j'en juge d'après les l'enseignemens que j'ai recueillis, ou d'après ceux qui m'ont été transmis sur cette maladie, il est rare que les pertes de

H. ESSENTIELLES (enclémiques). 4^9

sang soient portées à un tel degré qu'elles rendent la constitution cachectique, et que les malades soient atteints consécutivement d'hydropisie générale ou d'cedèmes très prononcés, ainsi que je l'ai plusieurs fois observé à la suite d'hématuries déterminées par des cancers de la vessie, etc. Je remarquerai même à cette occasion que le passage du sang ou de l'albumii^ dans les urines chyleuses , même en quantité considérable ^ ne donne jamais lieu à des anasarques aussi prononcées que celles qu'on observe dans la néphrite albumineuse : affection dans laquelle l'hydropisie se déclare quelquefois avant que la con^ slitution se soit profondément détériorée. La présence de l'albumine dans l'urine est, comme je l'ai déjà dit, un phénomène icommun à plusieurs altérations de ce liquide; altérations chimiquement distinctes les unes des autres par la proportion des élémens naturels ou accidentels de l'urine, et qui correspondent à diverses maladies des voies urinaires, ou à des altérations du sang qui n'ont pas toutes la même gravité et la même influence sur la production d'une hydropisie.

J'ai déjà fait remarquer que, daijs celte espèce d'hématurie endémique , le sédiment de l'urine était pi'esque eatièrement composé de sang , ou au moins de globules sanguins et d'acide urique cristallisé. Ces cristaux, en s'aggloméranj , donnent quelquefois lieu à de petites masses cristallines [gra~ vellc iiriqtte ) , qu'on voit à l'œil nu dans ces sortes de dépôts. La présence de ces graviers peut donner lieu à des coliques néphrétiques, et apporter un obstacle momentané au passage de l'urine, soit de l'uretère dans la vessie, soit de Ja vessie à travers le canal de l'urèthre. J'ignore si , par suite de la fréquence de celte espèce de gi-avelle chez les enfans de l'Ilede-France, on y voit plus souvent qu'ailleurs les adultes et les vieillards atteints de calculs urinaires foi-més d'acide urique, ou si la facilité avec laquelle ces graviers sont ordinairement rejetés au- dehors avec l'urine, fait qu'ils n'ont pas d'influence très notable sur la proportion des calculs urinaires.

Au reste , en examinant avec soin les sédimens de l'urine à l'œil nu , ou mieux encore à la loupe ou au microscope, on distinguera les cas dans lesquels les douleurs des reins, de l'urè-

420 HÉMonnuAGiEs RÉNALES (3"" groupe).

thre, rfe la vessie, etc., sont produites par les graviers, de ceux dans lesquels elles sont déterminées par des caillots sanguins engagés dans ces conduits. J'ajoute que , lorsqu'elles sont occasionées par une inflammation concomitante des voies urinaires , l'examen microscopique de l'urine, en démontrant la présence d'un grand nombre de globules muqueux ou purulens mélangés avec des globules sanguins, dévoilerait cette complication.

§ 789. Dans une troisième forme de la maladie {urine chylcuse), l'apparence de l'urine est des plus remarquables. En effet, en vingt-quatre heures^ dans un même jour, les malades rendent le plus souvent deux espèces d'urines : l'une, examinée à l'œil nu et au microscope, offre tous les caractères d'une urine sanguinolente (globules sanguins, caillots librineux , albumine) • l'autre, qui paraît être en général formée quelques heures après la digestion , est d'un rouge pâle ; et , abandonnée à elle-même, elles se séparent en deux parties , dont l'une, inférieure, paraît sanguinolente, tandis que l'autre, supérieure, est louche et d'un blanc laiteux ou complètement opaque. Si on examine au microscope une certaine quantité de cette urine d'un blanc laiteux , quelquefois on n'y aperçoit ni globules sanguins, ni matière grasse en globules ; d'autres fois, au conlraire , on y remarque un assez grand nombre de globules jaunâtres , aplatis, tout-à-fait semblables aux globules sanguins, se dissolvant comme eux dans l'eau et l'acide acétique. Quant à la matière grasse , elle ne se présente point sous forme globuleuse. Je n'ai point observé, non plus , de globules grenus de pus; mais on pourrait y en rencontrer s'il y avait une inflammation concomitante des voies urinaires.

Si on traite par l'éther une certaine quantité de cette urine cliyleusc contenant ou non des globules sanguins, elle devient, au bout de quelques heures, complètement transparente, et l'éther employé , soumis à l'évaporation spontanée sur des verres de montre, y laisse déposer une quantité considérable de matière grasse.

L'urine, ainsi débarrassée de la matière grasse, traitée par l'acide nitrique et la chaleur, donne des grumeaux ou un coaguhim d'albumine.

H. ESSENTiELLÈs (endémiqués) . (^n

Celle même urine, après la coagulation de l'albumine par la chaleur , filtrée et évaporée à consistance sirupeuse , traitée à froid par l'acide nitrique, donne un magma ou des cristaux de nitrate d'urée.

En examinant cette urine chyleuse comparativement avec un mélange d'urine saine et du chyle rosé recueilli dans le réservoir de Pecquet chez un cheval , l'analogie de ces deux liqueurs, de l'urine chyleuse artificielle et de l'urine chyleuse de l'homme, m'a paru desplusfrappantes. Dans l'un et l'autre do ces liquides, on distinguait des globules qui ofl'raient le cai-actère des globules sanguins ; dans l'un et l'autre, il y avait de l'albumine et une petite quantité de fibrine; enfin tous deux contenaient une quantité considérable de matière grasse.

Quant aux urines albumino-graisseuses , elles ressemblaient à une urine dans laquelle on aurait ajouté les élémens organiques du chyle, moins ses globules. Cette espèce d'urine chyleuse, considérée dans ses rapports avec le chyle, était évidemment analogue aux urines albumineuses qui dérivent du sang.

Dans un cas cité plus haut (3° Série, Obs. xvin), et dans un autre que j'ai rapporté ailleurs (ij, il a été constaté que cette espèce d'hématurie avec urine chyleuse coïncidait avec une altération parliculière du sang dont la constitution se rapprochait beaucoup de celle du chyle du canal thoracique. Des recherches ultérieures prouveront jusqu'à quel point celte liaison , que je crois probable , est constante.

Plusieurs individus offrant cette urine chyleuse, jouissaient en apparence d'une bonne santé : un seul, à ma connaissance, et dont j'ai rapporté l'histoire, était atteint d'une goutte sereine ; affection tout exceptionnelle , qui ne m'a pas paru avoir de liaison avec l'altération de l'urine et l'altération probable du sang. Deux des malades qui offraient une urine chyleuse étaient sujets à la goutte ; et chez tous la coïncidence d'une gravelle urique ou d'un sédiment d'acide urique cristallisé dans l'urine a été noté. Ce cas, et d'autres cas analogues,

(i) Rayer, Rec/fcrc/iei sur les urines chyleuses, laiteuses et huileuses , oh- $€rvéet en Europe, (L'expérieuce , t. r, p. 657.)

4^2 HlîMORBHAGIES RÉNA^LES (3*"° grOUpe). dans lesquels certaines dispositions morbides de la constitution se sont manifestées par des formes maladives différentes et dans des appareils d'organes différens , appartiennent à un ordre de faits que les pathologistes et les thérapeutistes ne peuvent trop méditer.

Une des circonstances les plus remarquables de l'hématurie endémique de l'Ile-de-France est sans contredit cette transformation, plusieurs fois observée, de l'urine sanguinolente en une urine chyleuse, ou en une urine albumineuse et graisàieuse. Depuis que mon attention s'est spécialement dirigée vers l'étude des maladies des reins, j'ai, il est vrai, plusieurs fois constaté la transformation de l'urine sanguinolente dans la néphrite albumineuse, dans le purpura et le scorbut avec hématurie, en une urine albumineuse ; et il y a plusieurs années que j'ai signalé ce fait à ma visite à l'hôpital de la Charité. Ûans l'hématurie endémique , ou au moins dans quelques cas de celte hématurie, lorsque l'urine perd son apparence sanguinolente et qu'elle prend un aspect laiteux ou chyleux, nonseulement elle contient de l'albumine, mais encore une quantité considérable de matière grasse. Or, sur plus de deux cents malades atteints de néphrite albumineuse avec hydropisie (maladie de Bright) que j'ai observés avec soin, pas un ne m'a présenté une urine laiteuse ou chyleuse ; chez plusieurs , l'urine, légèrement trouble comme le petit lait non clarifié, contenait certainement plus de matière grasse que l'urine saine. Mais chez aucun la proportion de la matière grasse n'était assez considérable pour donner à l'urine un aspect laiteux ou chyleux.

D'un autre coté , en lisant avec soin la relation des cas d'urines laiteuse ou chyleuse observés en Europe ( après avoir écarté ceux qui ne sont autre chose que des cas d'urine purulente ) , on ne trouve pas que cet aspect laiteux ou chyleux de l'urine ait été précédé d'une véritable hématurie. M. Prout, eu particulier, qui a étudié avec le plus grand soin cette altération de l'urine, ne fait pas mention du pissemenl de sang, soit avant, soit pendant, soit après l'émission des urines chyleuses.

§ 79<'' l'hématurie endémique de l'Ile-de-France soit simpïe ou compliquée de gravelle d'acide urique, ou qu'elle soit

H. ESSENTIELLES {cndémiques). 4^3

remplacée par une urine chyleuse , celte maladie aflfecte toujours une marche chroniq^ie. L'héraorrhagie cesse quelquefois pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines ; puis elle se reproduit et se prolonge pendant plusieurs années , présentant de temps à autre des inlermissions ou des rémissions plus ou moins marquées. Le grand nombre d'individus qui sont attaqués de cette affection, depuis l'enfance jusqu'à la puberté, indique évidemment une influence du climat; mais , d'un autre côté, la prolongation de l'hématurie quelquefois pendant plusieurs années après une émigration ou un voyage en Europe, prouve incontestablement que la maladie devient constitutionnelle. Aussi est-il quelquefois arrivé que cette espèce d'hématurie endémique est devenue périodique , comme certaines hématuries indépendantes du climat, que les pathologistes désignent aussi sous le nçm de constitutionnelle , et dont la suppression accidentelle ou opérée par l'art a été suivie le plus souvent d'accidens plus ou moins graves.

L'hématurie endémique de l'Ile-de-France occasionne rarement des accidens assez graves pour déterminer la mort. J'ignore si" des autopsies d'individus morts de cette maladie ont été faites par des médecins de l'Ile-de-France , et s'ils ont constaté avec soin l'état analomique des voies urinaires. M. Salesse possède toutes les connaissances nécessaires pour remplir utilement cette lacune , et je ne doute pas qu'il ne la fasse disparaître un jour.

dette maladie s'améliorant presque toujours par le séjour des colons en France, je n'ai été qu'une fois dans le cas de faire des recherches analogues.

Dans un cas d'hématurie avec urine chyleuse ( 3" Série , Obs.xvi), le sang, examiné superficiellement, ne pai'ut pas présenter d'altération notable ; mais, dans un autre cas tout-àfait analogue , le sang offrait une déviation notable de son état normal; il contenait moins de fibrine, plus d'albumine et de matière grasse que le sang sain , et se rapprochait du chyle par ses caractères physiques et sa composition.

Lorsqu'on voit à l'Ile-de-France un enfant pris d'hématurie, non-seulement la nature de la maladie est bientôt reconnue par

4^4 HÉMOIIRHAGIES RiNALES (3"" glVUpe).

le médecin , mais il esl rare même que les parens de l'enfant ne la reconnaissent pas eux-mêmes, tant le fait est vulgaire. J'ai acquis la preuve , au contraire , qu'à Paris la véritable nature de cette hémalurie échappe souvent aux médecins consultés par les colons atteints de cette affection ; et je me rappelle que j'éprouvai moi-même quelque étonnement , lorsque l'un de ces jeunes colons me dit que presque tous les enfans de l'Ile-de- France étaient atteints de pissement de sang. Je crois donc devoir insister sur les circonstances qui caractérisent l'hématurie endémique; j'écarte d'abord, à dessein , le fait de son origine, et je demande si l'on voit , en France par exemple, chez les enfans, une hématurie indépondante de violences extérieures, de corps étrangers dans les voies urinaires (les faits de la première Série sont dans ce cas), persister, pendant plusieurs mois ou plusieurs années quelquefois , sans douleur et sans altération notable de la constitution? Je demande si on y observe, à la suite des hématuries ciironiques , le changement remarquable d'une urine sanguinolente en une urine chyleuse ou d'apparence laiteiise ?

Chez les enfans atteints de gravelle et de calculs d'acide urique , l'urine est quelquefois sanguinolente comme dans l'hématurie endémique de l'Ile-de-France. Dans les deux cas, elle donne un dépôt dans lequel on remarque un grand nombre de cristaux d'acide urique ; mais , je le répète , chez les enfansnés en Europe, après la cessation des coliques néphrétiques produites par un calcul, on n'observe pas, comme à l'Ile-de-France, une certaine quantité de sang dans l'urine , tous les jours et pendant plusieurs mois ou plusieurs années, et cela quelquefois sans dérangement notable de la constitution. D'ailleurs, chez les colons, l'invasion de la maladie, sans causes occasionnelles , appréciables , à un âge oti les enfans en sont fréquemment attaqués dans le pays oii elle règne d'une manière endémique, sa persistance malgré une foule de remèdes, sa diminution pendant la traversée d'un voyage en Europe , sa guérison par le séjour sur le continent , sa reproduction fréquente après le retour à l'Ile-de-France, sont des caractères qui spéciiieiit suffisamment cette affection.

H, ESSENTIELLES {endémiques). 4^5

Le pronostic de l'hématurie endémique de l'Ile-de-France n'a pas le même degré de gravité dans toutes les formes de la maladie. Les accidens qu'occasionne l'hématurie simple sont moins douloureux que ceux que produit l'hématurie avec gravelle urique, et, autant que j'en puis juger d'après un petit nombre d'observations, la transformation d'une urine sanguinolente en une urine chyleuse indique une altération plus profonde de la constitution. Cependant j'ai rapporté l'observation d'un homme d'une quarantaine d'années qui paraît jouir d'une très bonne santé , quoique son urine soit habituellement albumino-graisseuse.

§ ygr. Les observations et les expériences faites à l'Ile-de- France et en Europe sur le traitement de l'hématurie endémique de l'Ile-de-France peuvent être ainsi résumées :

Abandonnée à elle-même {méthode expectante) , cette hémorrhagie habituelle, compliquée ou non de gravelle, guérit spontanément , sans émigration , au bout de plusieurs mois ou de plusieurs années , lorsqu'elle n'est pas assez abondante pour détériorer la constitution.

De continue qu'elle était dans son principe, cette hématurie devient quelquefois périodique , forme sous laquelle plusieurs médecins du pays conseillent de la respecter.

A rile-de-France ou sur le continent, la saignée combinée avec l'administration des boissons acidulées, avec l'emploi du ratanhia et l'aide du repos , a suspendu pour quelque temps l'hémorrhagie.

Mais les émissions sanguines, quelquefois nécessaires au début de cette hématurie, ou dans son cours eu quelques cas exceptionnels , sont formellement contre-indiquées dans une foule de cas oii des pertes de sang répétées ont détérioré la constitution. De tels remèdes , dans de semblables conditions , ne sont que des palliatifs, dont l'emploi ne saurait être justifié par l'amélioration momentanée qu'ils ont quelquefois procurée. Lorsque les enfans sont devenus pâles et languissans après ces sortes d'hémorrhagies , les préparations ferrugineuses sont utiles; les bons effets de ces préparations sont favorisés par une nourriture substantielle et un exercice modéré.

426 HlJMORnHA.GIES RÉNALES (3"" grOUpe).

Des individus atteints de ce piaseraent de sang ayant contracté une blennorrhagie, le copahu employé contre cette dernière aflFecliou en a non-seulement, procuré la guérison , mais encore celle de l'hématurie.

Lorsque l'hématurie endémique de l'Ile-de-France est compliquée de gravelle d'acide urique, il faut associer aux moyens précédemment indiqués les poudres et les boissons alcalines jusqu'à ce que le dépôt de l'urine abandonnée à elle-même ne contienne presque plus d'acide urique cristallisé.

La dégénéralion de cette hématurie en une urine chyleuse ou en une urine albumineuse et graisseuse a été combattue avec succès par la teinture de cantharides; ce que la théorie n'eût certainement pas indiqué a priori.

Lorsque cette hématurie résiste aux moyens précédemment indiqués, l'émigration est le meilleur moyen que l'on puisse conseiller pour faire cesser la maladie. Il faut soustraire l'enfant à l'influence des causes qui la produisent. En effet, il a suffi à quelques individus de quitter l'Ile-de-France et de venir habiter en Europe un pays tempéré, sans s'assujétir à aucun remède, pour obtenii- la guérison de leur hématurie. Il est vrai que chez plusieurs colons la guérison n'a été que temporaire, la maladie s'est déclarée de nouveau peu de temps après leur retour à l'Ile-de-France , ou bien ils ont présènté line autre altération de l'urine (urine chyleuse, ou urine albumineuse et graisseuse ). Il faut même reconnaître qu'un voyage en France n'est pas un moyen infaillible; que chez plusieurs colons la maladie a continué sans être sensiblement modifiée par le changement de climat, mais alors aussi la plupart des remèdes ont échoué , ou l'amélioration s'est déclarée si tardivement et si obscurément, que les causes en sont restées indéterminées.

Les observations des médecins du Brésil sontconfonnes à celles des médecins de l'Ile-de-France sur le traitement de l'urine chyleuse ; ils s'accordent poui- recommander les bains froids salés , les toniques, les ferrugineux, les astringens, tout en reconnaissant que la cessation de la malddie est quelquefois indépendante de raclion des remèdes.

H. ESSENTIELLES (endêmiques) . 437

M. Quevenne (i) a publié l'histoire très détaillée d'une femme uée à l'Ile-Bourbou en 1761 et que j'ai été dans le cas de voir, en mars iSôg, avec M. Velpeau et M. Rivière son médecin ordinaire. Cette femme âgée de 78 ans, avait rendu des urines dites laiteuses ( albumino-graisseuses) , depuis l'âge de a5 ans jusqu'à l'âge de 76 ans ; ces urines se prenaient queli (juefois en gelée et contenaient souvent une assez grande quantité de sang. A l'âge de 70 ans, et pendant plusieurs mois de suite les urines furent natui elles, et la malade se crut guérie. Au . commencement de iSSjy cette femme quittaBourbon ; il y avait . alors xm an que ses urines étaient naturelles. Après environ un ! mois et demi de navigation les premiers symptômes de la ma- I ladie reparurent avec une nouvelle intensité ; les urines devinrent plus troubles que jamais, et les forces diminuèrent avec ' l'appétit.

Depuis son arrivée en France, madameB... a eu plusieurs inflammations de poitrine , qui ont été combattues avec succès : par les saignées locales, les dérivatifs , les boissons émoUientes • et la diète. La constitution de cette urine alburaino-graisseuse . t était tout-â-fait analogue à celle que j'avais observée dans les cas rapportés plus haut; mais je m'étais borné dans mes expériences à indiquer les principaux élémens de ces urines albumino-graisseuses. M. Quevenne a donné une analyse quantitative de l'urine qu'il a observée et dont voici les résultats :

A l'examen microscopique celle urine présentait 1° des globules sanguins altérés. 2° Des globules ayant l'aspect de globules de mucus ou de pus, 3° Des lamelles d'épithélium.

A l'analyse elle a donné :

1° Huile grasse aromatique 1,90

2° Albumine 0,70

3° Matières extractives et salines se divisant en parlie exlractive soluble dans l'alcool etlactate d'urée. . 1,20

A reporter 3,8o

(1) Journal des connaissances médico-chintrgicales , iSSg.

HÉMOnnUAGlES RÉNALES.

Report. . . . , ; 3 4° Partie extractive insoluble dans l'alcool elaeis consistant en chlorures, phosphates <t sulfates et

acide urique

5» Eau e

5 793. Je terminerai ce chapitre par quelques remarques et un petit nombre d'observations sur l'apoplexie rénale, sorte d'hémorrhagie dans laquelle le sang s'épanche en quantité plus ou moins considérable dans la substance des reins, quelquefois sans donner lieu à une hématurie.

Ces dépôts de sang dans les reins ont été observés dans une des trois conditions indiquées plus Iiaut (§ 765). J'ai vu les deux reins d'un enfant nouveau-né, décolorés, anémiques dans presque toute leur étendue et une de leurs extrémités occupée par un très grand nombre de grosses pétéchles : les bassinets, les uretères et la vessie ne contenaient point de sang. Chez un vieillard dont l'urine n'était point sanguinolente, j'ai trouvé, au-dessous de la membrane fibreuse d'un des reins , une forte cuillerée à café de sang liquide; il y avait de petits corps cartilagineux dans la substance lubuleuse. Chez un adulte, j'ai observé un cas tout-à-fait semblable. Chez un enfant mort de tétanos, avec gangrène d'un des orteils, et qui n'avait point éprouvé d'hématurie , le rein droit présentait à sa surface un grand nombre d'ecchymoses noires, isolées sur quelques points etconfluentes sur quelques autres. Ces ecchymoses pénétraient, à plusieurs lignes de profondeur, dans la substance corticale. Le tissu cellulaire de la scissure du rein était infiltré de sang. Le rein du côté opposé offrait une altération analogue, mais à un moindre degré.

Il est rare de trouver des pétéchies, des ecchymoses, de petits foyers sanguins dans la substance tubuleuse , dont le tissu est moins vasculaire et plus serré que celui de la substance corticale.

Le tissu cellulaire qui accompagne les vaisseaux du rein ou qui entoure cet organe peut être largement infiltré de sang.

5 794. M. le docteur Bazin m'a fait remettre un rein dont les al* tératious, fort remarquables, appartenaient à l'apoplexie rénale.

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