APOPLEXIE RÉNA.T,E
Ce rein, beaucoup plus volumineux qu'un rein sain, pesait six onces et six gros; il avait quatre pouces et demi de long, trois pouces environ de large et un pouce et demi d'épaisseur. A la face postérieure de ce rein, on remarquait un grand nombre de
j plaques proéminentes, d'un jaune fauve, irrégulières à leur contour, et séparées les unes des autres par de petites bandes ou de petits îlots de substance rénale saine. Si on incisait ces plaques suivant leur épaisseur, la substance corticale parais-
fi sait infiltrée d'une matière jaune, solide. A la circonférence de
L la coupe, on remarquait une ligne brune, noirâtre. Cette matière
j, jaune, examinée au microscope, avait une apparence grenue, sans forme déterminée, et des globules sanguins étaient enchevêtrés dans son épaisseur. On n'y observait pas de globules de
; pus et on ne voyait pas de grains purulens à la surface du rein. Le rein du côté opposé offrait des altérations analogues. Le malade avait présenté quelques dérangemens des fonctions urinaires, mais il n'existait ni rétrécissement de l'urèthre,
i ni calcul des reins ou de la vessie, ni rétention d'urine pen-
. dant la vie.
§ 795. Dans le cas suivant, l'altération des reins était plus I remarquable encore :
Baillet (Etiennette) , âgée de 49 ans, brunisseusc , d'une ^ grande stature et de beaucoup d'embonpoint , malade depuis \ une quinzaine de jours, entra à l'Hôtel-Dieu, le i" mars 18 îg.
Sa maladie avait débuté , sans cause connue , par des dou- 1 leurs dans le bas-ventre et dans les membres inférieurs ; les j jambes étaient devenues enflées et noirâtres. Trois ou quatre J jours avant son admission à l'hôpital, il s'était joint, aux prer miers accidens, de l'oppression, avec toux et crachats peu aboiii dans. La malade avait une expression de souffrance ; les douleurs \ persistaient} mais les jambes n'étaient ni enflées , ni noirâtres. I Celte femme avait de l'oppression, de la toux et rejetait quelques c crachats muqueux, verdâlres.En arrière, à la base de la poit trine, on entendait quelques bulles de râle sous-crépitant ; le |, pouls donnait 96 pulsations par minute. Aucune médication » active ne fut mise en usage, et à la visite du 3 mars, la malade » venait de succomber.
43o HÉMORRHAGIES RlîPrALKS.
A l'autopsie du cadavre , faite le lendemain , M. le docteur Barth , ayant remarqué que les reins offraient une altération rare, m'apporta ces deux organes. Le rein droit de grandeur naturelle, offrait à sa surface extérieure un mélange fort remarquable de plaques brunâtres, foncées, et d'autres d'une couleur de chamois. Les premières formaient des espèces de nodosités, granulées et dures au toucher, et elles ressemblaient (parla forme seulement) à certains groupes de tubercules crus qu'on rencontre quelquefois dans les poumons. Les plaques jaunâtres étaient également saillantes, mais moins inégales ; toutes étaient cernées par une ligne irrégulière d'un rouge brun foncé. 11 y avait à la surface du rein de seize à vingt de ces plaques brunes et jaunâtres, quelques-unes très petites, d'autres de la dimension d'une pièce de vingt soas. Une très large plaque était située transversalement sur la face postérieure du rein. Cette plaque, qui était jaunâtre et entourée d'uu liséré rouge, ressemblait parfaitement aux plaques qu'on voit quelquefois à l'extérieur de la rate et qui sont formées par des dépôts fibrineux. Les autres plaques, plus petites, étaient presque toutes irrégulièrement ovalaires.
A la coupe du rein, ou était frappé de la ressemblance de ces masses avec les masses fibrineuses qu'on rencontre plus souvent dans la rate. La coupe des bosselures rouges, foncées, présentait wae infiltratio7i sangiiine, noire et dui e, de la substance rénale et principalement de la substance corticale. Ces noyaux faisaient saillie , à la coupe , comme à l'extérieur du rein , et se terminaient quelquefois subitement; d'autres fois leur teinte se fondait graduellement dans la substance rénale plus ou moins injectée. Quelques-unes de ces petites masses noires et toutes celles qui étaient jaunâtres à l'extérieur, formaient un tissu jaune , d'aspect fibrineux , dans lequel cependant on pouvait encore distinguer des traces de l'organisation primitive du tissu infiltré. Cette matière jaune était légèrement granulée, et sa circonférence était cernée par une ligne ondulée, d'un rouge foncé. La substance lubuleuse était gorgée de sang par places j mais la substance corticale était pi-esque exclusivement le siège des dépôts jaunes. Ces dépôts se tiouvaient principalement
APOPLEXIE RICNALE. 4^1
près de la surface de la substance corticale ; d'autres étaient profondément situés. Plusieurs , sous forme de petits îlots jaunes, cernés par une ligne rouge foncée, existaient entre les cônes dans les prolongemens de la substance corticale. De petites s stries de substance corticale saine se voyaient dans IHnlér rieur de quelques noyaux apoplectiques. La veine et l'artère ? rénales étaient saines. Le bassinet et l'uretère ne présentaient ; rien de particulier.
Le rein gauche offrait la même altération que le rein droit ; n mais l'apparence en était un peu différente : l'infiltration sanj guine était plus étendue; les deux substances du rein étaient af- E fectéesj les noyaux apoplectiques étaient moins durs; cependant .1 on pouvait les écraser sans en exprimer beaucoup de liquide. 1 Les masses fibrineuses étaient rares.
L'artère rénale contenait un caillot fibr ineux , blanchâtre et ramifié, mais non adhérent à ses parois. Les divisions de la V veine rénale étaient parfaitement libres et vides ; leurs parois t étaient teintes de sang; le bassinet et l'uretère étaient sains. Les autres organes n'offrirent aucune altération. § 796. Les hémorrhagies dans la substance des reins existent
0 quelquefois en même temps qu'une inflammation suppurative c de ces organes. M. le docteur Mitivier, médecin de la Salpé-
1 trière , m'a fait voir un cas de ce genre , fort remarquable :
H..,, âgée de 5a ans, apparence d'une bonne constitution, 1 fut admise, en 1813, dans la division des aliénées de la Salpé- I trière. Elle avait pris en affection un jeune chat, auquel elle l brisa le rachis dans un mouvement de colère. Depuis elle s'é- I tait procuré^n autre chat qu'elle ne pouvait pas quitter un seul ; moment. Ses accès de folie étaient irréguliers , et ils étaient 1 principalement caractérisés par des propos incohérens , des vociférations.
Depuis deux ou trois jours, elle se plaignait de céphalalgie, (' de malaise général et d'inappétence. On pensa qu'un accès i allait se manifester ; mais le lendemain , i4 mars iSSg , cette I femme parut dans l'abattement, se plaignit de céphalalgie et < d'un malaise général. Il y avait de la fièvre ; 3o sangsues furent appliquées au siège. Le même jour, à dix heures et demie du
/i32 HÉMORRHAGIES RÉNA.LES.
soir, tout-à-coup, agitation, perte de connaissance, mouvemens convulsifs : mort le lendemain à cinq heures et demie du matin.
Autopsie du cadavre , aà heures après la mort.
Téte et rachis. Les os du crâne et les vaisseaux inlra-cràniens n'offrent rien de notable. Il y a une assez grande quantité de la sérosité demi transparente dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien et dans la pie-mère. Sur la convexité des hémisphères du cerveau, et spécialement sur le lobe postérieur du côté gauche, on trouve sur la pie-mère de petites taches rouges, circulaires , isolées , et offrant la plupart à leur centre un petit noyau blanchâtre, ferme et consistant. La plus large de ces taches est située à la réunion du lobe postérieur avec le moyen, près de la scissure interlobulaire et au-dessus du corps calleux. Dans ce point la pie-mère est adhérente, et, lorsqu'on veut la détacher,OM enlraîne avec elle la pulpe cérébrale. Ou voitalors manifestement un caillot de sang noirâtre qui pénètre dans l'épaisseur de la circonvolution, et, en projetant un jet d'eau sur ce point, on mit à découvert une petite cavité à parois anfiactueuses et rosées, remplie par du sang coagulé et qui aurait pu contenir un haricot. Dans l'étendue d'une ligne et demie environ au pourtour de ce petit foyer, la substance cérébrale était ramollie, grisâtre et rosée par point.
Non loin de ce foyer hémorrhagique, mais plus en dehors et en arrière, en détachant la pie-mère, nous enlevâmes en même temps une petite couche de substance corticale, ramollie et comme purulente. Un jet d'eau projeté sur celte partie du cerveau y rendait très apparens une foule de filamens grisâtres, rosés. Cette altération ne s'étendait pas à la substance médullaire. Il y avait çàet là, à la surface externe de la pie-mère, de petits corps blancs jaunâtres, analogues, pour le volume et pour la forme, aux glandes de Pacchioni, mais d'une plus grande consistance. Quelques-unes avaient déprimé la substance cérébrale, de manière à y former de petites loges, Dans tous les points correspondant aux taches rouges déjà décrites , il y avait un petit coagulum , du volume de la tête d'une grosse épingle, noir et comme incrusté dans l'épaisseur des circonvolutions. .Trois petits dépôts sanguins analogues existaient à gauche
APOPLEXIE RENALE. 433
dans le centre ovale de Vieussens. De l'eau, versée sur ce point, chassait le petit caillot, et à sa place on voyait une petite cavité à parois rosées, fermes et parfaitement circonscrites, sans altération de couleur ou de consistance de la pulpe < cérébrale environnante.
Un seul petit caillot existait dans la substance blanche de l'hémisphère droit du cervelet, près du corps rhomboïdal. La • membrane du quatrième ventricule était épaissie, demi-trans- ; parente. II y avait peu de sérosité dans les ventricules.
Les plexus choroïdes étaient très volumineux , d'un gris sale t et comme boursouflés. La moelle épinière et ses enveloppes I n'offraient rien de remarquable.
Thorax.Le péricarde était rempli de sérosité lactescente et de ] productions merabraniformes, blanchâtres, recouvrant la face inlei'ne, tant du feuillet pariétal que du feuillet viscéral de cette t enveloppe. Le cœur, près de son sommet , semblait comme 1 érodé en deux points; le tissu charnu du cœur, décoloré, était i d'un gris jaunâtre et ramolli. Pas d'altération appréciable ni i aux orifices, ni aux valvules du cœur. L'oreillette droite était ! remplie par des caillots jaunâtres'.
Les poumons étaient sains.
Abdomen. Le foie était très volumineux, sans présenter d'ali tération notable; un sang noir et poisseux ruisselait de ce visc cère quand on y pratiquait des incisions. On voyait dans le j jéjunum des taches rouges, dont l'une, du diamètre d'une pièce i de vingt sous , ressemblait à une ecchymose. La membrane I muqueuse n'était pas altérée dans l'intervalle des taches. Le r reste de l'intestin était remarquable par sa blancheur.
Le rein droit, volumineux, fortement lobulé, était générale- I ment d'un louge assez vif. On voyait à sa surface une foule 0 de points d'un rouge très foncé , du volume de la tête d'une \ petite ou d'une grosse épingle , et qui correspondaient à de p petits dépôts de sang dans la substance corticale. Près de ces g grains noirs, on remarquait d'autres points jaunâtres , formés ipar une gouttelette de pus. On voyait également, à la surface Ide ce rein, de petits points purulens entourés par une auréole r rouge ou rosée. La membrane externe étant détachée du rein, il III. 28
H^MORRHiVpiES nÉPîA^LES {historique).
restait à la face interne de celle membrape des taches rojjges assez nombreuses.
À la coupe , on voyait dans l'intérieur du rein la même apparence qu'à l'extérieur, c'esl-à-dire un mélange de points d'un rouge-brun noirâtre, gros comme un grain de millet, et des points purulens plus pelils encore, Il y avait dans U gubalance tubuleuse un assez grand nombre de points purulens, et seulement quelques petits déppts de saiig. Rieji autre de bien notable. Le bassinet, grigâlre, était sillonné par yne foule de petits vaisseaux, la plupart veipeqx et bleuâtres. L'artère et la veine rénales étaient saiqes.
Le rein gauche présentait les nièmeg al^çr^tige^ gyg Iq rein droit.
Tous les autres viscères, examinés avec sojn, ne présentèrent rien de notable. Il n'y avait à la surface du corps ni pétéçhies, ni ecchymoses.
Histotique.
§ 797. L'attention toute pBrliçuUère que les anciens apportaient à l'examen des apparences de l'urine dans les maladies, les conduisit à upter soigneusemept les conditions daps lesquelles on observe à&^inssemens de sang ou des urines sanguinolentes. Hippocrate {') dit que çer(iiipps hémprrh9gies provieuneul des reins (aip-at oùpç'etv) , et d'autres de la vessie. Quant à la cause de ces pisseraens de sang, c'e^t, d'après Hippocrate, une riqHure de veine , opérée goit par un gravier, soit par une ulcération du rein, spit même par d'autres causes. Pour Hippocrate, le pissemept de sang (oupr.utç aîjAHT(i<5'nc) et les urines sanguinolentes («5pci al(AaT«J6?i) sont généralement, sinon toujours, l'indice d'une lésion des reins ou de la vessie (2). Toutefois, on a assez généralement pensé qu'Hjppocrate, en disant que, daps les maladies de la rate , les urines étaient semblables à de |a
(i) Hippocratis Opéra omtiia, Apli. iv, 77 et 7g.
(a) in-fol. Franrofurti, 1621. de intem, affect., p. 5/,o.
HÉWQI^i^H^GiiîS iiFWALES {historique). ^35
lavure de chair (r), avait voulu dire fjue l'urine élajt saugui- Wplente dans ces afFections. Et c'est probablement d'après ce passage, ainsi interprété, que les médecins arabes, et ceux qui écrivirent dans le xyi"" et le xvii* siècles, avancèrent que l'urine pouvait être sanguinolente par maladie de la rate, et même par maladie du foie ; mais il est très probable qft'en parlant de l'apparence de l'urine dans les maladies de la rate, Hippocrate fait allusion aux urines rouges et aux dépôts briquetés qu'on observe à la fin des accès de fièvre intermittente , ou dans plusieurs maladies du foie , et notamment dans la cirrhose. Quant aux maladies de la rate , je ne puis dire qu'une chose , savoir^ que l'urine n'a nullement les caractères d'une urine sanguinolente dans les engorgemens de ce viscère à la suite des fièvres ir^terraittentes.
Pour Gelse , l'urine sanguinolente ( urina çruenta ) esf aussi l'indice d'une affection des voies urinaires. C'est un des signes de la blessure des reins (a), des maladies de la vessie (3), et notamment des calculs vésicaux, cas dans lequel l'urine, tantôt sanguinolente et tantôt purulente, est repdue avec dnuleur et goutte à goutte.
Rufus (4) distingue aussi les hémorrhagies qui proviennent des reins de celles qui proviennent de la vessie. Dans le premier cas, il attribue l'urine sanguinolente à la dèhililè rçijis; et, suivant, dit-il, qu^les ouvertures par lesc^uelles le s^ng ^'écoule sont plus ou moins larges , l'urine contient soit la partie la plus ténue du sang , soit des caillots semj^lâbles au poumon de mer. Rufus mentionne la faiblesse et la pâleur cpnsécutives à des hémorrhagies rénales abondantes, les inconvéniens du coït, etc.
Ggrame Hippoci'ate, Archigène (5) pense que les hémorrha-
(i) Ihid. Epid,, lib. 4. Epid., lib. 7.
(a) Celsas, de re medica, lih. v, signa percossorum rennm, p. 209, in-i8. Paris, 1823, cur. Fouquier et Raticr.
(H) Jbid., lib. II, scct. vu, p. 5l.
(4) Rufiu.//t Aetii tetrabibl., sermo 11, p. Sga.
(5) Arcbigcnes, In Aetii tetrabibl,, sermo m, p. SgS.
/(36 HKJMOnnHAGirs rknales {hislorique).
gies rénales sont le résultat de la rupture d'une veine; que les pissemens de sang sont plus communs dans l'âge mûr et chez les jeunes gens qui abusent des plaisirs vénériens. Il recommande la saignée et l'application de ventouses pour les cas où l'hémorrliagie coïncide avec une inflammation des reins. Puis il indique d'autres remèdes pour les cas où le pissement de sang est lié à une ulcération de cet organe.
Galien (i) rattache ;iussi particulièrement les pissemens de sang et les urines sanguinolentes à une lésion des voies urinaires. Il parle de grumeaux de sang qu'on observe dans l'urine chez les individus qui sont atteints d'alTeclions calculeuses, et il rapporte (i) un cas de cliule suivie de pissement de sang, puis de rétention d'urine, produite par la rétention du sang dans la vessie; cas dans lequel les yeux de la sonde furent bouchés par le sang.
En résumé, pour le plus grand nombre des médecins grecs et latins, la présence du sang dans l'urine était l'indice d'une afTection des voies urinaires avec rupture d'une veine ; mais Arétée (5) avait fait une remarque importante, savoir, qu'on observait quelquefois , chez des individus d'une constitution particulière, un pissement de sang, qu'il compare au flux hémorrhoïdal.
Hippocratë, Galien et Celse avaient particulièrement signalé le pissement de sang comme» symptôme des lésions des reing et de la vessie ; Rufus avait admis que la faiblesse des re^ns était une cause de pissement de sang; Arétée avait décrit une hématurie liée comme les hémorrlioïdes à un état particulier de la constitution : pour les médecins arabes, le pissement de sang {miclns samjinnis ; et l'urine sanguinolente {urina sanguinca) eurent la même signification. Ils firent en outre mention de l'urine sanguinolente dans quelques maladies
(1) Oalcni. Opéra, cliissis iv, t. ir, p. ^G, in-fol. Basilc.T, i562.
(2) /4iV/.,i). 79.
(3) Arcfwi. De causis et sij^nis aciit. et iliutumnr. iiwih,, p. 53, in-fol. Liigd. Bainv., 1735.
Al
HÉMORRHAGIES RENALES {jlistonqiie). 4^7
aiguës (0 et dans des cas de pléthore ; mais en donnant plus de développement à certaines opinions peu fondées des médecins grecs et latins, ils contribuèrent à les répandre, comme on peut s'en convaincre en consultant comparativement ce qu'ils ont écrit sur les urines sanguinolentes dans les maladies de la rate, sur les urines semblables à de la lavure de chair dans les maladies du foie (a) j sur les pissemens de sang provenant des parties supérieures ; sur les urines sanguinolentes , suite de faiblesse des reins (31 ; avec ce qu'ont écrit les meilleurs auteurs de la renaissance , Fernel (4) et Foreest, par exemple, sur les causes des hémorrhagies rénales.
J'ai déjà dit que certains pissemens de sang avaient été attribués à des maladies de la rate. A l'appui de cette opinion , Martin Bogdan (5) cite un cas d'hématurie qu'il croyait produit par la compression que la rate tuméfiée exerçait sur le rein gauche. Pour moi, le fait n'est pas concluant, et j'ajoute que j'ai vu quelques cas de déformation du rein résultant de la compression opérée par la rate engorgée ou par d'autres tumeurs, et, sans qu'il en soit jamais résulté d'hémorrhagie. J'ai fait figurer deux de ces cas d'aplatissement du rein (Atlas, Pl. xxxix, fig. 4. — PI- XL, fig. 4).
(i) ATÏcenne. Libri in rc medica omnes, lib. r, fen ii, scct. 3, p. i4ii info). Venetiis, 1614.
(a) Ibid., lib. iii, fen xix, tract. 2, p. 884.
(3) Ibid., lib. ni, fen xviii, tract, i,p. 852.
(4) Fernel. Universa met/icjna, patliologia , lib, vj, cap. xiii,p. 54g, infol. Colonise Allobrognm, i679:«Qu,'Bcunque bnjus aline cau'sae tradi soient, ut rcnuiri imbecilUtas, simplex eorum apertio, y'econf infirmilas, plctbora, mensium aut bxmorrbuVdum suppressio ». Toutefois dans un autre passage, Fernel combat l'opinion des mcdccias qui attribuent certains pissemens de sang à des maladies du foie. Plus tard, Rensner (Scbcnck. Obs, med. rar., p. 468) crut pouvoir combattre à son tour l'opinion de Fernel, se fondant sur la taniéfaction qu'il disait avoir observée dans la région du foie dans quelques cas de pisscment de sang et sur les avantages de la saignée. Pour la solution de la question, je n'ai pas besoin d'.njonter que ces deux remarques n'ont aucunement la valeur que Reusner leur attribue.
(5) Cite par Bonct, Seimlcretiim, t. u, p. 572.
438 liiâiôiiRHAGiES niÎNALEs {hislorïqué).
HouUier dit avoir vu deux jeunes gens qui urinaient du sang pour s'être livrés à des excès vénériens; il cite un cas d'hématurie dans lequel lë pissement de sang suppléait, tous les mois, les règles supprimées (i). Le commentateur d'HouUier renouvela l'opinion consignée dans les auteurs arabes, que le sang provenant de la poitrine pouvait être expulsé par les reins.
t)odoens (2) publia un cas de pissement de sang qu'il attrifcua à la faihlessc des reins, cause admise par îlufus.
Marcel Donati (3) rapporta un exemple bien caractérise d'héraorrhagie ayadt lieii à-la-fois par les voies urinaires et par d'autres voies. Sylvius remarqua que le pissement de sang [miciio cruenta) était quelquefois une crise qu'il ne fallait pas àrrèter : Nisi vàcuaiiOne immodica vires dcjiciant.
L'auteur de la première collection anatomico-pathologiquê , Sckenck (4), cita un cas dans lequel un individu pléthoriqiié avait rendu à-la-fois du sang par les voies urinaires et par l'intestin. Le même auteur parle d'une réligieuse, qui, ses règles ayant été suppriméés pendant quelques mois, éùt des pissemens de sang abondans. Plus tard, des exemples analogues d'hématuries supplémentaires et interinittentes ont été rapportés par divers observaléiirs. (5)
Il est rare que la perle du sang dans les hématuries soit assez considérable pour occasioner une mort subite. Au cas que j'ai rapporté (§ 766, p. 337), on peut ajouter le suivant, raconté par Fabrice de Hildén (6) : «Un noblé de Lausanne,
(1) Hollerii Opéra, pag. 406, in-fol. Paris, 1664.
(2) Dodonœi. JUed. obs. exempta rara, obs. xxxii', p. 56, in-i8, Harder- Vici, i52i.
(3) Marcel Donati cité par Lordat,. Traité des hémorrhagies, in-8, Paris, 1808, p. 93.
(4) Schenck. Obs, nied. rar., in-fol. Lugdnni, 1744, p. 468.
(5) Christophe Burgmann, in Commerc. litter. Woremberg, i'^33,it. 38^. — Henri van Heer, in Act. nal. cur,, vol. m, obs. 3i. — Valerius, cité par Schenck, obi. med,, p. 468. — De Houst, in Ephem. nat, cur., dec. u, nn. 6, p. 174» — Van Wenk, ibid,, dec. ii, an. 6, p. aSg. — Kaiman, in Act. nat,
cur., vol. VI, obs. 3. — Le Boeof,dans l'artcien Journal de Médecine, t. v, p. 80.
(6) Fabric. Hildani, Cent, vi, obs. 45.
lïÉMORRÎÏiCIES RÉNALES (hlStoriqilé).
parlant en public à ses vassaux, tomba en défaillance, et mourut d'un pisseraent de sang qu'il avait depuis trois semaines, et dont il n'avait pas parlé par pudeur. »
ïi'opinion que certaines bémorrhagies rénales étaient dijes à la faiblesse des reins, fut reproduite par Fofeest (i), à l'occaaîon dû cas d'une fenlme qui rendait de l'urine, tantôt noire, tantét trouble et mêlée de sang. Poreest partagea aussi l'opinion ancietineraent émise èl qvii attribuait certains pissemens de sang à une affection dti foie. Entraîné par des vues hypotbétiqùesi 11 attribua à la chaleur du foie et à la faiblesse des reins la présence du sang dans l'urine d'une femme atteinte d'un tancer au sein. Mais à côté de ces hypothèses se trouvent des observations intéressantes : un cas d'hématurie supplémentaire cl'hémorrboïdes , des remarques sur l'hématurie qu'occasionnent quelquefois les chutes sur les lombes; sur les pissemens de sang que déterminent les cantharides ; enfin d'autres rèmarques sur les pissemens de sang occasionés par les calcules des reins.
t)*autrès observateurs citèrent des cas d'hématurie plus ou moins intéressans. Blaés (a) rapporta un cas d'urine sanguinolènte et purulente due à la présence des calculs dans les reins j ^liiis (5) observa de semblables urines dans un cas de fistule lombaire; mais les recueils les plus riches en faits relatifs aux pissemens de sang et de maladies des reins sont les ouvrages de l'h. Bonet (4). On y lit le cas d'un enfant atteint d'un exanthème et chez lequel on trouva après la mort du sang épanché autour des reins; puis un cas de pissement de sang habituel cliez un goutteux; un exemple de guérison de varices, suivie de pissement de sang ; un cas d'urine sanguinolente, puis purulente, attribué à l'action de l'aloès ; un cas de pissement de sang abondant, revenant tous les deux mois ou à de plus longs in-
(1) Foresti. Obs. et curât, med.. U n, p. iig, in-fol. Rothomagi, i653<
(2) Blasii. Obs. med., cap. 4, p. 468.
(3) 'Willis. De urinis, cité par Bonet, Sepulcretum, t. u, p . 690.
(4) Bonet. Sepulcretum, in-iol., Lugdnni, 1700, t. 11, p. 68g. — Medicina teptfntrionalis, lib. u, scct. 29, de urinis, 1. 1, p. 822, in-fol. Genevœ, 1686.
44o HÉMORRHAGIES RÉNALES {hisloriqué).
tervalles, chez un homme d'une cinquantaine d'années, sans dérangement notable de la santé.
Les observations deSydenham(i) appelèrent l'attention sur une autre série de faits, sur les urines sanguinolentes dans les vario4es hémorrhagiques {variolœ nigrœ).
SchefFer (2) rapporta un cas fort remarquable d'hémorrhagie rénale coïncidant avec des calculs rénaux. Un homme , après avoir joué à la balle avec beaucoup d'action, fut pris d'une hématurie qui continua abondamment pendant l'espace de huit jours. Cette hématurie s'arrêta ; mais elle se reproduisait par le plus léger exercice. Des douleurs rénales se firent sentir; le ventre se développa, et le malade mourut plusieurs années après l'accident. A l'ouverture du corps, on trouva une énorme tumeur qui cachait presque tous les viscères du bas-ventre, à l'exception du colon, qu'elle avait soulevé. Cette tumeur , formée par le rein gauche, avait quatre pieds deux pouces de circonférence dans son plus grand diamètre, et trois pieds dix pouces dans son plus petit. A la coupe , il en sortit diverses matières de couleur jaune ou d'un blanc grisâtre, et plusieurs calculs gros comme le pouce et rudes à leur surface. Dans l'intérieur de la tumeur , on trouva cinq à six livres de sang coagulé. Il y avait plusieurs calculs dans l'intérieur de cette poche.
Frédéric Hoffmann (3) rapporta plusieurs cas intéressans de pisseraent de sang , dans sa dissertation : De hemorrhagia ex nrinariis viis , notamment des cas qu'il attribue à la pléthore ou à la répercussion d'une éruption scabieuse. Hoffmann pense que les hémorrhagies qui proviennent des reins sont peu douloureuses ( quod si sanguis sincerus confertim et sine dolore mingitur, ex renum substantia vasculosa sanguinem illum prodiisse sciendum ) ; mais ce caractère est loin d'être constant. La remarque d'Hoffmann n'est vraie qu'autant qu'elle fait seule-
(1) Sydenbam. Opéra medica., tom. i, pag. a34. Epist. ad Gnl. Cole.
(2) Ephenu nat. cur,, dec. 1. an 9 et to; obs. cii, p. 258, 1680.
(3) Hoffman (Fred.). Opéra omnia, t. iv, pavs 1', Doct. haemorrhagiarum , iu-fol. Gcuevac, 1761, p. aSi.
HÉMORRHAGiEs RÉNALES {historique). 44 1
meut allusion à l'absence des symptômes de maladies de la vessie dans les cas simples d'hémorrhagie rénale.
On trouve dans Morgagni quelques remarques sur les urines sanguinolentes dans les maladies des voies urinaires. Morgagni rapporte un exemple d'urine légèrement sanguinolente , chez un homme sur le dos duquel était tombé un morceau de bois qui avait fracturé plusieurs vertèbres lombaires (i). Il cite le cas d'un enfant atteint de calcul dans la vessie , et dont l'urine était sanguinolente (2). licite encore (3) le cas d'une femme dont les urines étaient sanguinolentes et fétides , et chez laquelle existait un ulcère au col de l'utérus et des calculs dans un des reins.
Après avoir analysé et comparé les diverses conditions dans lesquelles on avait observé du sang dans l'urine, Sauvages (4) créa le genre Eèmaturte, qu'il divisa en quinze espèces {ff. sponianea, H. violenta ex vomiUt, H. decepttva, H. purulenta , H. calculosa, H. in exanthematicis , H. ejaciilatoria, H. siillatitia, H. kœmorrhotdalù, H. spuria, H. nigra, ff. catatnenialïs, ff. a irons fusione , H. iraumatica, H. a vcrme). Deux de ces espèces {à. decepttva, H. spuria) ne sont pas des héraorrhagies, mais les autres espèces correspondent généralement à des conditions morbides assez bien déterminées. Toutefois, plusieura des espèces de Sauvages ne constituaient réellement que des variétés, et la distribution des hématuries adoptée plus tard par Pinel(5) (H. constitutionnelle, H. accidentelle, H. succédanée, H. critique, H. symptomatique ) est évidemment plus régulière et plus pratique.
Les pertes de sang abondantes et répétées par les voies urinaires peuvent être suivies non -seulement d'anémie, mais encore dans quelques cas rares d'une véritable hydropisie.
(1) Morgagni. De sed. et eaus. morb., epist. iv, § 26. (a) Ibid., epist. XLii, § 8.
(3) Ibid., XLi, § i3.
(4) SauTagcs. Nosologia ««W/c», t. u. p. 3oo, in.4. Amstclodami, 1768. {5)]Dtctwnnairedes sciences médicales, art. Hématurie.
44* fiÉMÔftiiriAÈiÉs niÎNALES {historique).
Van Swieten (i) rapporte qu'un écuyer qui se plaisait à dompter des chevaux fougueux , eut un pissement de sang si abondant, qu*il en rendit près de huit livres tout liquide en peu d'heures, puis il sortit des caillots en causant beaucoup de dôiileurs. Après aVoir observé lè repos èt pris des remèdes eônvéuables , il échappa à Un Û grand danger, et vécut sans incomtriodités pendant plusieurs années. Mais, méprisant les cbriseils qu'on lui doiinâit pour sa santé, il eiit une hémorrhaglë plus forte ét plus longue que la précédente, et mourut hydropiqûe. Dàiis d'autres cas analogues au précédent, les mâladès sont morts anèmiqùés sans hydropisie (Obs. iï).
J'ai déjà dit que les habilans des pays chauds étaient partiiiUliêrèment sujets aux pissèmenS de sang ; je croîs dêvoir ajoUlef ici qùë ce tait n'avait pas échappé à Desauli (a). «Nous àvôns gdéri dé cette raalàdié , dit-il , plusieurs soldâts revefaànt des gfàndes îndés.i)
J'aî parlé plus haut d'hémorrîiagiès fenâles ààiis lesquelles on avait observé l'expulsion de caillots vèrmîformes. tîn des exemples les plus èxtraordinâireS de cès concréiîons sanguines est celui quia été communiqué par TrOnchin (3) àl'AcadémiedesSciéncês de Paris : tïri liommé de Soans, très connu à Amsterdam, assez sanguin et un peu mélancolique, ayant eu une hémiplégie dont il était assez bien rétabli , sujet depuis plusieurs années à la gràvelle, et qui avait rendu environ une once de graviers a-lafois, fut tout-à-coup saisi d'une rétention d'urine, après un violent exercice lîu corps. Au bout de peu de temps, et après de vives douleurs dans l'urèthre, il sortit de ce Canal Un corps noirâtre de la grosseur d'une plume d'oie et de la figure d*un vèr. Ce corps, long de vingt pouces, ayant été tiré doucement il sortît dè l'urine mêlée avec beaucoup de sang. tJn quart d'heure après , il en vint un second d'une aune de longueur. Depuis ce temps-là, pendant quatre jours et quatre nuits, il
^i) Van Swieten. Comment, in aphorismos BoeTbaàTê,^ 1422, t. v, ji. i5l, (a) Ccsault. OEùtres clilrurg., t. m, page 3g. (3) Académie des sciences de Paris, année i
HÉMORRHÀCitES HÉNÀLES {Mstoriqué). ^43
sortit presque toutes les demi-lieures de pareils corps inégaux en longueur, et dont le plus long avait jusqu'à douze aunes. C'était visiblement du sang auquel l'uretère avait servi de filière. Il était très brun , et devenait plus vif en couletir dès (ju'il était exposé à l'air • sà surface reprenait alors , par liuances Successives, sa coùlètlr hatûrëlle, et la conservait en- Stilté dans l'èsprit-dé-vin ; de plus , ce sang y acquérait une grande ténacité.
Si dans un assez grand nombre de maladies l'urine contient de l'albumine avec ou sans globules sanguins , les véritables héraorrhagies rénales sont rares à Paris. Pierre Frank (i) a fait la même rémarque à Viènne : sur 191 3 malacies traités par l&î pendant sept ans, un seul a été atteint d'hématurie; et iUr i3,4Ô7 individus morts dans l'hôpital général de Vienne , tih Seul a été emporté pat une hématurie ; énfin, sur 4.,Ooo individus atteints de maladies graves et rarés , choisis au grand hôpital de Paviè et traités à l'Institut Clinique, daûs l'e&pace de dix ans, Frank n'a vu que six cas d'hématurie spontanée. J'ai déjà dit que dans les pays chauds la proportion des cas fl'hématurie était beaucoup plus conSidérablé.
J'ai fait remarquer que les anciens admettaient que, dans les hialadieS de la rate , l'urihe était quelquefois sànguinolenteii Cette opinion, propagée pâr les Arabes et reproduite pat" les hleilleurs auteurs de la renaissance, paraît avoir été adniisë par Pierre Frank, un des plus grands praticiens des temps modëmès. «c L'hématurie, dit-il, est ôrdinairèraènt mortelle dans les fièvres àsthéniqùes, dans la variole. Cependant, nous avons VU Un enfant àtteinl de cettê dernière iualadiê rendre des urlttïs prêstjûe noirés èt sanglantes sans aucunes suites fâchfetises; mais il portait une inmciir de la raté, et dans les ôh- Slruclioris dë ce viscère lës tirinèS noires ne sont pas ûn tnaû- Vâîs signé. » Malgré une si grande aulbrité, une foule d'obsèr- Valions rrl'àiltorisent à penser qu'une telle influence sur Ptirinè dë la pât-t de la fatè à besoin d'être prouvée par de houvèaux fkits.
(1) P. Frank. Ejntome, trad. franc., t. m, p. 867.
HYPÉB.ÉMIE DKS UEINS.
Hypérémie des reins.
§ 798. L'hypérémie des reins se rencontre dans plusieurs maladies locales des reins, dans des affections d'autres organes, ou dans des affections générales. Elle peut êlre générale ou partielle ; elle peut affecter un ou plusieurs des tissûs du rein seulement; elle peut se borner à certaines portions de cet organe, en envahissant ces deux substances, ou bien être limitée à l'un de ses éléinens. L'hypéréniie, au lieu d'être uniforme dans un rein, n'en attaque parfois que certaines portions, tandis que d'autres restent avec leur couleur ordinaire, ou même sont frappées d'anémie. On doit distinguer ces hypérémies des colorations livides que les reins éprouvent par l'imbibition cadavérique du sang ; colorations le plus souvent uniformes , d'autres fois disposées sous forme de bandes ou de lignes, et qui, presque toujours, sont accompagnées d'une odeur de putréfaction.
J'ai vu plusieurs fois les bouts des mamelons considérablement gonflés et d'un rouge pourpre, sans que cette rougeur fût partagée par les autres portions de la substance tubuleuse, ou par la substance corticale. Cette apparence existe souvent chez les phthisiques. Plus souvent encore, dans une portion delà substance corticale , pâle , anémique , on trouve un pointillé rouge très marqué et régulier, dû à une injection très prononcée des glandules de Malpighi. D'autres fois, ce sont les stries vasculaires de la substance corticale, ou de la substance tubuleuse, qui deviennent d'un rouge très marqué, et qui se détachent fortement sur un fond comparativement pâle. Enfin, dans d'autres circonstances, c'est le réseau vasculaire superficiel qui, en conservant sa disposition polygonale, est beaucoup plus fortement injecté que d'habitude; quelquefois même des vaisseaux superficiels se dessinent sous la forme d'étoiles, à la surface des reins ; d'autres plus volumineux se déploient en arborisations sur la capsule fibreuse et dans la graisse qui l'entoure.
i 799. Quelquefois on rencontre des hypérémies des reins
HYPÉRÉMIE DES REINS. 445
par cause locale. Ainsi, dans la phlébite rénale, quand la mort arrive peu de temps après le début de l'afTection, on trouve le rein gonflé, dur et d'un rouge foncé (Atl,as, Pl. xxxiii, fig. 6). L'Iiypérémie qu'on observe dans la première période des diverses espèces de néphrites, simple (i), albumineuse (a), par poisons morbides, etc., ne doit pas être détachée de la description de ces afFeclions rénales (Voyez : NiPHBiTEs). Parfois aussi ou observe l'hypérémie des reins dans certaines hématuries.
§ 800. Parmi les maladies des autres organes qui peuvent déterminer l'hypérémie, celles du cœur (3) sont, de toutes, celles qui exercent le plus d'influence. Le plus souvent alors, l'hypérémie est générale : les reins sont d'un rouge foncé, ou d'une couleur de porphyre, qui donne un aspect brun ou noirâtre à leurs enveloppes extérieures (§ 5fii).
Parfois la substance corticale est fortement congestionnée, tandis que la substance tubuleuse est d'une couleur naturelle, ou même tout-à-fait pâle. Plus souvent c'est la substance tubuleuse qui est hypérémiée, surtout vers la base des cônes dans le voisinage des arcades vasculaires; quelquefois alors la substance tubuleuse offre une couleur rouge foncé , et se détache fortement de la substance corticale.
Non-seulement on observe ces hypérémies, soit de la totalité du rein , soit d'une de ses substances , dans les maladies du cœur et des gros vaisseaux; mais on les rencontre, quoique plus rarement, dans les maladies de l'appareil digestif, dans les maladies du foie, dans la pneumonie, la pleurésie, la bronchite intense, le rhumatisme aigu, etc. Quelquefois même on les a vues dans des maladies qui n'avaient occasioné aucun dérangement notable de la circulation générale , dans des affections chroniques de diverses natures.
(1) Tome 1, obs. tu, p. 465; obs. Lxi, p. 5oo; obs. i,xxi, p. 53oj obï, ixxit, p. 535; obs. ixxiv, p. 545 ; obs. lxxix, p. 563 ; p. 5^0 ; obs. xcv, p. 5g8 ; obs. xcTi, p.6o5.
(2) Tome II, obs. viii, p. 1^5; obs. ix,p. 177; obs, x, p. i8aj oba. xti, p. tgG; obs.xxxviii, p. 294; p. 434; obs. Lxix, p. 434; p. 454.
(3) Tome 11, obs. xxxiy, p. ajS.
La mrgesçençe spnguiiiq des reins a plé oh^cryép phçz ^pg gujets morts subitement, et gujiout d'asphyxie. On voit quelquefois aussi le rein se gonfler, s'hypérpmier sous l'influeuçe de certains poisons morbides , sans offrir aucune apparence d'inflammation. Ces hypérémies seinbjent dyes à deq jiltérations particulières du sang. Dans le charbon des animaux, les reins livides, mollasses, sont gorgés de sang, et exhalent bientôt une odeur ipfeçte.
Pqns l'bypprémie des {eii^?, l'uriue est quelquefois chargée d'albumine, et peut pontenir des globules sanguins.
Le traitenient de l'hypérémie des reins est entièrement subordonné ^ux conditions qui donnant beu à 1^ fluxion sanguine ou à la st^sp du sang (Voyez : NipiiRiTEs ; ÏIémorkha.-
GlES RÉNALES , etc).
Observations particulières.
§ 8pi. Je n'ajouterai qu'un seul fait aux exemples d'hypéréwiedes rein§ déjà publiés j fait remarquable, en ce que Vhypèréppie ^ élp observée dan^ plu3ieui"s organes, che? un hpnmie épuisé par de longues souffrances , pt mort surtout par suite d'une longue sibstinençp :
Çarny, âgé de ans, gaiçon de peine, entra à l'hôpital de lia Chfirité le ?i février i836. Cpt hoinme fait l'emonter à cinq mois Ips prpiuiers symptômes iie ^^i nialadie. A cett£ époque , ses digestiops se (rpublèrept; elles étaient lentps, pénibles , et s'accompagnaient de voraissemens. Ces mêmes accidens s'aggi'gvprent pendant son séjour à l'hôpital. Soumis à un régime s^yèrf I il renchérissait encore sur la diète forcée, pt dans les quinze derniers jours dp s.4 vie , il fallait presque le violenter pour le décider à prendre un bouillon dans la journée. On peut dire qu'il est mort d'inanition. Il en était venu à ce point de maigreur , que ïe ventre était tout-à-fait creux, et que l'on touchait la colonne vertébrale absolument comme si le doigt n'en fiât séparé que par la peau des parois abdominales.
Jamais de maladies des voies urinaires. Mort le 4 avril i836.
Aulopsie du cadavre. Presque tous les organes, mais surtout
les reins et le foie, préseptaient i^ne hypérémie remarc^uable. Les deux reins étaient gorgés de sang; toute leur substance était d'un rouge foncé, absiolument comme si elle avait été teinte avec du sang. Dans la substance corticale, dans la substancp Jubuleuse et dans les mamelons, cette rougeur était des plus prononcées, mais plus mate dans les tululi. Du reste , le volume et la consistance des reins étaient naturels , et il n'y avait rien autre à noter dans l'appareil urinaire.
Tout le tube intestinal , surtout le gros intestin offrait UOP teinte rosée. L'estomac était ramolli dans presque toute sopi étendue; il ne restait d'intact de la membrane mucjueuse qu'ion espace irrégulier, une sorte d'îlot ovale, tout près de l'orifice supérieur de l'estomptc ; daqs tous les autres poipts, cette meinîjrane était d'un gris noir, njoUe, et s'enlevait avec la plus ^•ande facilité , non par lambeaux plus ou moins larges , mais en détritus .
Anémie des reins.
§ .Soa. Vanémie peut exister dans ui^ seul rein qv^. dans Jes j^ux reips à-la-fpis j elle peijt être partielle qu générale , complète ou incpraplàte,
|j'anéini§ ne constitue presque jamais une lésion primitive des reins. C'est tantôt une condition dépendante d'une anémie générale ; c'est tantôt , au contraire , la conséquence de diverses altérations des reins qui s'opposent plus ou nioins à ce que le sang pénètre normalement leur substance.
L'anémie des reins existe rarement seule, et indépepdamment d'avitres altérations rénales , hop les cas oii ellp e§t simp)[e pbénoraène d'une anémie générale. Lorsqu'elle e§t 4ue ^ mi élat local de la circulation rénale, elle est presque toujours accompagnée d'autres lésions des reins ; c'est pour cela que les modifications que l'urine peut recevoir de l'anémie rénale , considérée en elle-^êrae , et indépendamment de l'affaiblissement général de la constitution, ou de lésions rénales concomitantes, sont si difficiles à apprécier. A cet égard, je pe puis fournir aucun indice , aucune donnée.
Bien que la coloration naturelle des reins soit généralement connue, il est à-peu-près impossible de dire le point oii la décoloraiion des reins doit être considérée comme une anémie. Les reins qui offrent une anémie douteuse ou incomplète, sont ordinairement désignés sous le nom de reins peu colorés ou pâles. Le nom d'anémie est plus généralement appliqué aux reins d'un blanc laiteux ou jaunâtre.
§ 8o3. Plusieurs états morbides des reins peunrent donner lieu à une anémie partielle ou générale de ces organes. De toutes les causes qui amènent cet état, la plus fréquente, sans contredit, est l'inflammation. C'est un phénomène remarquable que ces décolorations rénales , qu'on observe surtout dans la substance corticale, plus sujette à être enflammée que la substance tubuleuse. Dans la néphrite simple (i) et dans la néphrite albumineuse (a), c'est chose ordinaire qu'un mélange de plaques ou de taches rouges hypérémiées , et de plaques d'un blanc jaune plus ou moins anémiques, et qui donnent aux reins l'aspect marbré ou piqueté (3).
Il est commun de voir, dans les périodes avancées de la néphrite albumineuse, les reins offrir extérieurement une teinte jaunâtre, générale, avec une altération particulière de la substance corticale. Il n'est pas rare enfin d'observer, soit à la suite de la néphrite simple, soit après la néphrite albu-
(t) Tome 1, obs. l, p. 4^3; obs, Li, p. 462; obs. xc, p. Sqo; obs, ci, p. 60g ; obs. cm, p. 624.
(2) Tome II. obs. xvui, p, 2o3 ; obs. xxi, p. 209 ; obs. «svi, p. 227 ; obs, xxTin, p. 241; obs. XXIX, p. 246; obs. xxxvi, p. 285; obs^jjjjigjî), p. 286 ; obs. xxxix, p. 298; obs, XL, p. 3o2; obs. XLi, p. 309; ob^y^," p. 3i2j obs. xLiT, p. 527 ; obs. xlvi, p. 33o; obs. xlvii, p. 332; fiit^xLyat, p. 335; obs. XLix, p. 337; obs. LU, p. 349; obs. lui, p. 3^^ oDÎj^|ï.T, p. 368; obs. Lvii, p. 37g ; obs. lix, p. 389; obs, lx, p. 379; obs. lxt. p.
p. 455; obs. Lxxv, p. 478. ^
(3) Tome u, obs. xxtïi, p. 23r; obs. liv, p. 364; obs. lvi, p. obs. LViu, p. 383; obs. lix, p. 389; obs. Lxu,p. 402; obs. Lxiv, p. 407, obs, ixvj, p. 4i5 ; obs. tvm, p. 422 ; obs. i.xxiv, p. 476 ; obs. lxxtui, p. 49°; obs, j.xxix, p. 49^'
ANKmE DES REINS. 449
mineuse, des reins indurés, généralement décolorés, anémiques, à difierens degrés, surmontés ou non d'étoiles vasculaires.
5 8o4. Les anémies jaunes des reins doivent être distinguées des colorations jaunes , dues à des infiltrations de pus ou à des dépôts fibrineux décolorés. Mais cette distinction n'est pas toujours facile, excepté pour les cas d'infiltrations purulentes qui , à l'inspection microscopique , présentent des globules de . pus. Lorsque le sang pénèlro difficilement ou ne pénètre pas dans les ramifications des vaisseaux des reins, l'anémie est suiï vie ou accompagnée d'atrophie. De semblables reins sont dift ficilement injectés, et l'inspection microscopique des vaisseaux i en fait reconnaître l'obstruction.
Quant à l'anémie jaunâtre , consécutive k l'inflammation , je ■ crois que cette coloration jaune tient souvent à la décoloration » et à l'altération des globules de sang infiltrés, quoique je n'aie pas encore un assez grand nombre d'observations pour affirmer d'une manière positive que les choses se passent toujours comme je viens de l'indiquer. Ce phénomène a quelque analogie avec ij la décoloration jaune qu'on observe à la peau, à la suite de pétéchies et d'une foule d'inflammations de forme et de nature diverses.
S 8o5. L'anémie des reins peut résulter d'autres causes : de la rétention de l'urine , du pus ou d'une humeur séreuse dans lila cavité dea bassinets et des calices. Lorsque le rein est ainsi comprimé de dedans en dehors, si ces conduits ne cèdent pas ou cèdent peu, les mamelons s'affaissent, et il s'ensuit une atroph^ de la substance tubuleuse et souvent de la substance coplieale. Dans ces cas, la substance corticale prend 80uveûr^;4||flpinte analogue à celle de la chair de veau (Atlas, Pl. xxx*,*!^:^ ou une teinte un peu plus jaunâtre, et la subtance Jub^Mfcé,^^ient d'un rose pâle.
I^'a>itres causes ^ui agissent, au contraire, en comprimant le r^in de dehors en dedans, des abcès par congestion, des tu- ■ÊÊtfiu-s de la rate ou du foie, ou du gros intestin, etc., peuvent anss^ occasioncr une anémie partielle ou générale des reins. Enfin les obstructions des artères rénales sont une dernière
cause d'anémie. Comme on voit, l'absence du sang dans les reins et l'anémie qui en est la suite , peuvent dépendre de lésions très différentes. Ces décolorations, bien rarement simples, sont presque toujours accompagnées d'autres lésions rénales.
D'autres causes de l'anémie des reins , telles que la diminution de la quantité totale du sang par les saignées ou par les hémorrhagies , agissent sur toute l'économie. L'anémie rénale peut être aussi la suite de maladies long-temps prolongées ou d'états cacbçctiques. Chez des sujels morts d'hémorrhagie on a trouvé les reins, comme les autres organes, dans un état d'anémie bien prononcé. Les reins des plithisiques sont assez souvent exsangues et décolorés , soit d'une manière générale, ce qui a lieu le plus souvent, soit partiellement, cas oîi ils offrent des marbrures rougeâtres sur un fond décoloré (Atlas, Pl. xxxii, fig. 5 et 6). La même remarque s'applique aux anémies des reins qu'on observe chez des sujets morts après d'autres maladies de langueur.
Dans les maladies chroniques du foie, accompagnées d'icètre, il n'est pas très rare de rencontrer des reins d'une couleur jaune-pâle ; circonstance qui est due à ce que les reins, plus ou moins privés de sang , laissent mieux apercevoir que des organes plus ou moins rouges , la teinte jaune iclérique communiquée à tous les viscèi-es (Atlas , Pl. xxxii, fig. 2).
Il y a d'autres anémies rénales, différentes des simples anémies que je viens de signaler, et qui se distinguent par une teinte jaune bien tranchée. On les observe dans certaines maladies aiguës, surtout dans les résorptions purulentes, dans la fièvre typhoïde, dans certaines gangrènes des poumons. On les voit aussi dans quelques maladies chroniques, surtout dans le cancer. Je les ai observées également dansi|nuelques cas de scorbut, avec ramollissement des gencives , av'ec de larges eccbymoses dans les muscles et dans le tissu cellulaire des membres inférieurs , et avec des pétéchies dans plusieurs organes. Dans ces cas, les reins ont une teinte jaune particulière qu'on peut comparer à celle de l'argile jaune ou du café au lait, ott à celle de certains foies gras.
AJNÉMIE DES REINS.
Observations particulières.
§ 806, L'étude des décolorations des reins étant beaucoup plus compliquée que celle de Thypérémie, j'ai cru devoir consigner ici les observations suivantes comme pièces à l'appui des remarques générales présentées plus haut.
Les décolorations des reins sont de natures diverses, et malheureusement tout est à découvrir en ce qui touche les changeraens qu'elles peuvent apporter dans la sécrétion de l'uaine.
§ 807. L'anémie des reins peut être quelquefois le résultat à'une perte de sang plus ou moins considérable ou d'une diète sévère, prolongée. Chez un enfant de ao mois, mort d'une colite aiguë, très intense, qui s'était entée sur une inflammation chronique de l'intestin, et auquel on avait appliqué des sangsues à deux jours d'intervalle et deux ventouses scarifiées sur la région lombaire le cinquième jour, j'ai trouvé les deux reins d'un blanc jaunâtre comme du lait teint par quelques gouttes de café. Les poumons étaient anémiques et offraient quelques pétéchies à leur partie postérieure. Le foie, d'une coloration assez foncée, présentait quelques bandes anémiques. La rate était d'une teinte ardoisée assez foncée. Le cœur contenait du sang noir et des caillots fibiineux, décolorés; le cerveau était très humide , et les ventricules contenaient une assez grande quantité de sérosité.
§ 808. Voici un exemple d'anémie d'un des reins déterminée par une comjtrcssion exercée sur cet organe. Chez un individu atteint d'un grand abcès froid, lombaire, du côté droit, provenant d'une carie vertébi-ale, le rein contigu était d'un blanc légèrement jaunâtre , sans diminution notable de volume. Le rein et l'uretère étaient collés fortement contre les parois de l'abcès. A l'extérieur et à l'intérieur, le rein était remarquabk par une pâleur jaunâtre. La poche purulente s'étendait un peu au-dessus du rein et se prolongeait en bas jusqu'au pli de l'aine. L'urine n'avait pas été examinée avec soin pendant la
/jTji ANÉMIE DES REINS.
vie, Pt il eût t^lé d'ailleurs d'autant plus difficile d'apprécier la modification que l'état du rein aurait pu lui communiquer que le rein du côté opposé était parfaitement sain.
§ 809. Chez les phthisiques , on observe quelquefois une anémie des reins plus ou moins prononcée. Deux reins d'un phthisique avaient leur volume naturel et une bonne consistance. La substance corticale était très pâle dans la plus grande partie de son étendue ; mais la substance tubuleuse n'était point décolorée. En comprimant entre les doigts la substance corticale, on n'en exprimait ni sang, ni sérosité. Les uretères et les veines, ainsi que le bassinet , n'offraient rien de particulier. La membrane fibreuse adhérait assez fortement à la substance du rein. Je pourrais produire ici un assez grand nombre de faits analogues.
Dans d'autres cas , l'anémie porte sur les deux substances. Les deux substances des deux reins d'une femme morte de phlhisie pulmonaire étaient plus fermes que dans les cas ordinaires. Les deux reins de cette jeune femme étaient aussi très pâles, et cette décoloration s'étendait aux deux substances. Le tissu des reins était d'ailleurs d'une bonne consistance. Chez un troisième malade, également phthisique, les deux reins ollraienl une exemple d'anémie des plus remarquables. Celte anémie était générale. Les substances corticales et tubuleuses étaient décolorées. On ne pouvait en extraire du sang par la pression. A l'extérieur, la substance corticale offrait quelques légères arborisations. La membrane interne du bassinet était d'un blanc laiteux, sans apparence de vaisseaux. J'ai plusieurs fois observé chez les phthisiques cette anémie du bassinet, mais jamais d'une manière aussi remarquable. Les veines rénales étaient presque vides.
Chez une femme de 49 ans, morte de phlhisié^pulmonaire au dernier degré, les deux reins étaient complètement anémiques. La face postérieure de l'un d'eux offrait seulement encore quelques indices du réseau vasculaire extérieur. Le droit pesait trois onceS) le gauche trois onces cinq gros. La substance corticale était moins décolorée dans le rein gauche.
dette anémie des reins chez les phthisiques est d'un gris bleuâ-
ANÉMIE DES REINS. ^b'd
tre et bien distincte des anémies jaunes qu'on observe dans certains états de la néphrite albumineuse.
§ 810. Dans des cas de cancer d'un des viscères de l'abdomen, soit de l'utérus ou de l'estomac, etc., j'ai plusieurs fois observé une altération des reins principalement caractérisée par une décoloration jaune de leurs substances. Chez une femme morte d'un cancer de l'utérus et de la vessie, avec perforation de ce dernier organe, le rein droit était petit j le péritoine, qui en couvrait la face antérieure, était épaissi et d'une teinte noire ardoisée; le tissu cellulaire sous-jacent, beaucoup plus dense et également teint en noir, était dur, résistant, et ne se détachait que difficilement de la membrane du rein. Celle-ci était très épaisse et également d'un beau noir. Les deux substances du rein étaient d'un jaune pâle. Cette décoloration était uniforme, de sorte que les deux substances n'offraient qu'une même teinte. Le bassinet était très large, ainsi que l'uretère, qui présentait intérieurement des brides. Inférieuremeiit, ce conduit s'ouvrait dans une végétation cancéreuse. L'uretère et le bassinet s'étaient dilatés par suite de l'obstacle que l'urine avait éprouvé dans son cours. Le bas-fond de la vessie était cancéreux, et le col de la matrice était détruit. L'uretère du côté opposé n'était point dilaté. Le rein, quoique plus volumineux que celui du côté gauche, offrait une décoloration jaunâtre des deux substances.
J'ai observé cette anémie jaune dans un autre cas de cancer de la vessie. B... (Geneviève), âgée de 49 ans, s'était assez bien portée jusqu'au mois de juillet i83o. Réglée à i5 ans, la menstruation avait continué à s'opérer chez elle jusqu'à l'âge de 47 ans,.d'une manière assez régulière, sauf quelques retards par suite de chagrins et des progrès de l'âge. Elle vivait dans un état voisin de l'indigence et se nourrissait assez mal. Lors de la révolution de juillet i83o, un homme fut tué près d'elle ; depuis ce temps les perles utérines, qui existaient auparavant, augmentèrent, et la malade s'aperçut que ses urines étaient fortement teintes de sang; ce qu'elle attribua à la perte utérine. Elle continua à rendre par les urines une certaine quantité de sang; puis après, ses force» diminuèrent; elle éprouvait
454 an:émie des reins.
parfois des douleurs assez vives dans le bas-ventre. Celte femme ne suivit aucun traitement méthodique , et après dix mois de souffrance, voyant son état s'empirer de jour en jour, elle se décida à entrer à l'hôpital de la Charité, le i4 mai i83i,
L'aspect de la face est celui d'une femme épuisée par des nombreuses hémorrhagies; elle a aussi une teinte un peu jaunâtre qui fait soupçonner un cancer, surtout un cancer de l'utérus. Douleurs dans les lombes , surtout du côté droit; l'abdomen est peu sensible à la pression, excepté vers l'épigastre ; le col de la matrice est un peu gros et mou; la lèvre postérieure du museau de tanche dépasse l'antérieure de deux ou trois lignes. La pression sur le col, lorsqu'on le refoule en haut et d'arrière en avant, détermine plus de douleur que dans tous les autres sens (^Tisane gommeuse ; extrait de ratanhia 24 grains ; lait bouillon). Le i6, douleur dans la région lombaire et surtout du côté droit; les m ines sont rares et sanguinolentes ; le pouls est fréquent; point de diarrhée. Le cathétérisme de la vessie est douloureux et ne fait pas découvrir de calcul. La malade sortit de l'hôpital dans l'état oli elle se trouvait lorsqu'elle y était venue. Le 4 juillet, la malade revient à l'hôpital ; ses forces sont complètement épuisées ; une odeur fétide s'exhale de son lit; parfois elle urine involontairement. Les jambes et les pieds sont œdématiés; le cathétérisme détermine une douleur encore plus vive. Urine d'une odeur très forte , épaisse , chargée de sang, plusieurs caillots sanguins noirâtres. Douleur dans le bas-ventre, se propageant aux lombes et surtout à droite ; un peu d'œdème aux grandes lèvres {Un grain d'extr. gain- d'opium).
Le 8, mort à trois heures du matin. ^ Autopsie du cadavre trente-et-une heures âpres la mort. — Télc. Un peu de sérosité dans les anfractuosilés cérébrales. Dure-mère pâle ; substance du cerveau très décolorée. Il ne s'écoule pas une goutte de sang des incisions. Du reste , consistance naturelle des deux substances; point de sérosité cpancliée dans les ventricules latéraux.
; Raehis. A la surface de l'arachnoïde, une petite plaque
blanche; vers la partie inférieure et postérieure de la moelle,substance blanche et grise très décolorées.
Membres. Les muscles ont une bonne couleur et une bonne consistance.
Poitrine. Poumons décolorés et œdémateux ; bronches pâles et jaunes ; membrane muqueuse du larynx pâle; cœur décoloré et volumineux»
Ventre. Estomac pâle ; intestins sains ; le foie est jaune, sans être gras ; veines hépatiques, vides, pâles, petites^ d'une teinte grisâtre. Rein droit sain; rein gauche plus volumineux d'un bon tiers que dans l'état sain ; graisse jaunâtre déposée dans le tissu cellulaire de la scissure. Cet organe dépouillé de sa membtane propre offre une teinte café au lait un peu foncée , et se laisse facilement pénétrer par le doigt. Du reste , aucune trace de dégénérescence cancéreuse. La vessie contient de l'urine trouble et brune, dans laquelle nage un caillot du volume d'un œuf de poule. Vers l'angle du trigone du côté gauche, tumeur cancéreuse pédiculée du volume d'une grosse noix. Veines vésicales contenant des caillots anciens et en partie décolorés.
§ 8ii. Voici un autre cas dans lequel, pour opérer l'altération du rein, il y avait indépendamment de la cachexie cancéreuse une autre cause , une compression exercée par le muscle psoas altéré. Garbier, âgée de 60 ans, exerçant la profession de couturière, entra à l'hôpital de la Charité, le 9 juin i836. Teinte jaune sale de la peau. Il y a quatre ans, des hémorrhagies utérines fort abondantes, suivies de pertes blanches, se déclarèrent et ont persévéré pendant deux années de suite. Les lèvres du col de l'utérus sont remplacées par des bourrelets inégaux, durs, déchirés. Ecoulement utérin fétide. L'utérus est comme soudé aux parties environnantes. La malade est au dernier degré du marasme. Au cœur, bruit de souffle, au premier temps, plus intense à la base que partout ailleurs, mais ne se prolongeant pas dans l'aorle. Mort deux jours après l'admission à l'hôpital.
Autopsie dît cadavre. Le corps de l'utérus est doublé de volume ; dans les deux tiers supérieurs, le tissu en est hypertrophié. Mais dans le tiers inférieur , il est toul-à-fait converti en
une substance squirrheuse, d'un blanc mat, dure, criant sous le scalpel. A l'extérieur, c'est un détritus noirâtre ou gris noir, dont l'odeur est horrible ; toute la cavité du col est ramollie, les lèvres sont à moitié détruites. Tout autour de l'utérus, le tissu cellulaire épaissi a contracté des adhérences , de sorte que l'utérus est comme soudé aux parties environnantes. Les ovaires, les ligamens larges , les trompes sont augmentés de volume. La trompe droite est dilatée en forme de kyste. Le psoas fait tumeur et saillie vers le petit bassin ; on sent de la fluctuation dans ce muscle, et dans toute son étendue; depuis son union avec le muscle iliaque, jusqu'à l'arcade crurale, il est rempli par une substance blanchâtre, parfaitement homogène, analogue à du fromage mou, et qui n'est autre chose que de la matière encéphaloïde ramollie. Les uretères étaient sains ; la lèvre postérieure de l'ulérus était très allongée et dépassait la lèvre antérieure de huit lignes; les ovaires étaient flétris et contenaient une matière jaiuie et de petits kystes.
§ 8ia. Chez pli\sieurs amputés, morts de phlébite avec dépôts purulens dans les poumons et teinte ictérique , j'ai trouvé les reins volumineux, très mous et décolorés, sans la plus légère trace de dépôt de pus, ni de putréfaction. L'urine contenue dans les bassinets était jaune. Je rapprocherai de ce cas celui d'une femme âgée de 4o ans, qui mourut d'une méningite caractérisée par une nappe de pus dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien de la convexité du lobe gauche du cerveau et d'une péricardite (pus et pseudo-membranes); maladie survenue à la suite d'un érysipèlc de la face. Les deuxreinsanémiques, d'une teinlejaune assez pi'ononcée , étaient parsemés de taches bleuâtres , pétéchiales , qui pénétraient d'une à deux lignes dans la substance corticale. Les pétéchies étaient plus nombreuses à la face postérieure qu'à la face antérieure des reins, et elles étaient irrégulièrement arrondies. Le rein gauche pesait 4 onces 3 gros j le droit 4 onces a gros.
Les urines , recueillies trente-et-uue heures après la mort , étaient albumineuses ; pendant la vie, elles ne l'avaient pas été.
§ 8i3. Dans le cas suivant, la décoloration jaune des reins était aussi due à une altération du sang: une femme, à la
HYPERTBOPHIli; DES REINS. 4^7
suite d'une pneumonie, avait été prise d'une afFection scorbutique, caractérisée par une injection et un ramollissement des gencives, par de larges ecchymoses dans les muscles et le tissu cellulaire sous-culané des membres inférieurs , par des ecchymoses et des ulcérations noirâtres dans l'intestin grêle et le gros intestin, par de nombreuses pétéchies dans le mésentère et dans les plèvres, par l'anémie pulmonaire et par des ecchymoses et de l'engouement dans d'autres points; et qui offrait en outre un énorme foie gras d'un jaune d'argile pâle. Les deux reins décolorés avaient une teinte jaune analogue à celle du foie. La substance corticale se déchirait lorsqu'on en détachait la membrane fibreuse.
§ 814. Chez une femme, âgée de 65 ans, morte d'une giangrène du poumon précédée d'hémoptysie et survenue à la suite d'une pneumonie maligne, le tiers inférieur du rein gauche avait conservé sa teinte et sa couleur natiirelles , mais tout le reste était jai/nc et ramolli. Le rein droit, généralement jaune et ramolli, pesait quatre onces et demie ; le rein gauche cinq onces un gros. Il y avait quelques péléchies dans les bassinets. Par la pression , on ne faisait point sortir de l'extrémité des mamelons plus d'urine que dans les cas ordinaires.
§ 8i5. Enfin dans \ictère, indépendamment de leur teinte jaune, les reins, chez un vieillard mort ictérique, ofiraient dans leur substance corticale une icinlejujinevcrdâtre et paraissaient pourvus de moins de sang que dans l'état sain. La substance tubuleuse paraissait saine. La graisse qui entoure Je bassinet était jaune. Point de coloration jaune des bassinets. Indépendamment de cette teinte jaune des bassinets, il y avait dans la substance corticale uu assez grand nombre de granulations d'uné teinte un peu bleuâtre; la surface des reins était parfaitement lisse.
Hypertrophie des reins.
§ 816. Les reins augmentent quelquefois notablement de volume , en conservant leur structure et leur apparence uor-
458 HYPERTHOPniE DES REINS.
maies. Ce développement anomal des reins constitue leur hypertrophie, qu'on ne doit pas confondre avec leur gonflement par congestion sanguinè, ou avec d'autres augmentations de poids et de volume occasionées par diverses maladies. Ces changemens, dans le volume des reins, coïncident avec d'autres cbangeraens dans leur texture, qui est alors plus ou moins altérée.
L'hypertrophie peut être générale ou partielle ; elle peut s'observer dans les deux reins à-la-fois, ou dans un seul, surtout dans des cas d'absence ou d'atrophie du rein du côté opposé ( Atlas , Pl. xxxvn , fîg. i ). Dans presque tous les cas d'absence d'un des reins , le rein du côté opposé est notablement augmenté de volume et de poids ; souvent même il pèse à lui seul autant que les deux reins d'un sujet du même âge. Dans ce cas , la somme des substances rénales est réunie dans un seul rein, et le calibre de l'artère rénale unique est souvent double de celui d'une artère rénale ordinaire. L'épaisseur de la substance rénale est aussi très augmentée; enfin, le poids de ce rein solitaire, chez un adulte, est de huit à neuf onces, poids double de celui d'un des reins lorsqu'il en existe deux. Cette loi de l'exagération du développement d'un des reins, lorsqu'il est unique , présente bien rarement des exceptions , hors les cas oli le volume d'un des reins a pu être diminué par une maladie intercurrente. Ainsi, j'ai vu le rein gauche manquer complètement, et le rein droit, induré et mamelonné à sa surface, n'avoir pas plus de la moitié du volume du rein d'un sujet du même âge.
Il est très ordinaire aussi de trouver un des reins volumineux et hypertrophié, chez des sujets qui ont un rein très petit et comme rudimentaire. Dans ce cas, le poids des deux reins peut être égal à celui des deux reins sains régulièrement développés chez un individu du même âge. Aussi , cet état n'est-il accompagné d'aucun dérangement de la sécrétion urinaire pendant la vie.
Il n'est pas aussi commun de rencontrer un des reins hypertrophié, dans les cas d'atrophie non congénitale ou peu ancienne de son congénère ( Atlas , Pl. xxxvii, fig. i ). Cepen-
dant, presque toujours , lors de l'altération profonde d'un des reins , si son congénère n'est point envahi lui-même par la même affection, et surtout s'il reste sain jusqu'à la mort, amenée par une autre cause au bout de plusieurs mois ou de plus sieurs années, on trouve ce dernier manifestement plus lourd, ; plus volumineux qu'un rein normal d'un sujet de même âge et il de même stature.
Il est rare qu'on observe le développement supplémentaire ^ d'un des reins dans le cas oii la maladie désorganisatrice de * son congénère l'a envahi lui-même, quoiqu'à un moindre i degré.
Non-seulement on voit ce développement supplémentaire i d'un des reins se faire lorsque le rein du côté opposé man-
que , ou lorsqu'il a été arrêté dans sa nutrition , ou lorsque f sa structure profondément altérée l'a rendu plus ou moins im- : propre à remplir ses fonctions ; mais lorsque la désorganisa- 1 tion d'un des reins a été partielle , les parties saines peuvent ; s'hypertrophier d'une manière remarquable, souvent au point ( de déterminer une déformation du rein très apparente et quelc quefois très bizarre, résultant de la disposition et du mélange t des parties atrophiées et comme étranglées, et des parties boss selées et gonflées qui ont subi une hypertrophie manifeste.
L'hypertrophie absolue et non relative des deux reins est . quelquefois une affection congénitale , et dont la cause nous 1 échappe, mais elle coïncide toujours avec un développement f anomal et proportionnel des artères rénales (Atlas, Pl. xxxvii,
fig. I).
L'hypertrophie des reins peut être aussi la conséquence d'é- ' tats morbides , accompagnés d'une exagération de la sécrétion urinaire, saine, ou plus ou moins altérée. J'ai fait figurer plu- ? sieurs cas d'hypertrophie des reins observée chez des diabéti- 1 ques (Atlas, Pl. xxxvn, fig. 2, 3, 4).
Dans le diabète sucré , l'hypertrophie porte principalement I sur la substance corticale , sur la substance sécrétante des reins ( (Atlas, Pl. xxxvii, fig. 4). Celte substance, exagérée dans son i développement, est notablement hypércmiée, d'autres fois elle < est pâle; enfin, et c'est le cas le plus ordinaire, elle paraît,
46o IIYPERTIIOPIIIE DES REIKS.
quant à l'injection sanguine, toul-à-fait dans l'état sain. Dans de tels reins, on ne peut, je le répète, distinguer rien d'anomal si ce n'est l'exagération du développement de leur substance. La coupe a un aspect toul-à-fait naturel ; seulement à la base des reins et dans leurs intervalles, le développement de la substance corticale est évidemment exagéré , le calibre des vaisseaux plus développé, et les glandules de Malpighi plus apparentes.
L'exagération de la sécrélion de l'urine paraît être l'effet de l'hypertrophie des reins.
S 817. Chez le fœtus, on a trouvé plusieurs fois les reins hypertrophiés ; on a même cité un cas dans lequel ils étaient tellement volumineux, qu'ils apportaient obstacle àlaccouchemenl.
Historique et observations par ticulières,
5 818. L'hypertrophie des reins résultant d'un vice originel et congènilal a été plusieurs fois observée. Ainsi ou a quelquefois trouvé, chez les acéphales, les reins plus volumineux que dans l'état naturel. On a vu, dans des cas rares, les reins offrir un volume considérable, chez l'm/a/ii, au moment de sa naissance. L'observation suivante m'a parU assez intéressante pour être reproduite ici, bien qu'il soit à regretter que l'état des substances corticale et tubuleuse des reins n'ait point été décrit avec soin (i) :
«Une femme, d'une apparence cachectique, quin'avait jamais eu d'enfans, et qui avait eu un avorlement, était arrivée, d'aprè s son calcul , à la fin du septième mois d'une grossesse , lorsque de fortes douleurs pour accoucher se déclarèrent, vingt-quatre heures après que les eaux se furent écoulées. Le travail de l'accouchement ne faisant point de progrès exigea la présence
(i) Des obstacles à l'accoucbement par le volume énorme des reins du fœtus, par le professeur Osiander, à Gottingue [Gemeinsame Deuisclie Zeitschrijï far Geburtkuntle, etc., par MM. André, à Breslau, Busch, à Marbourg, etc., tom. 1. — Siebold. Journal fùr Geburlliûlfe et B. ni,Sl., 1, S.. 3io).
IITPERT1\0PH[E DES RF.INS. 4^1
. d'un accoucheur. Osiander fat appelé, et trouva les parties géni- ; taies externes très étroites, reconnut que l'enfant présentait les fesses, et que les pieds, redressés vers le Ironc, étaient appliqués contre sa face antérieure. Osiander alla chercher un des pieds , avec la main gauche, et trouva le corps du fœtus tellement dé- 1 veloppé, qu'il le crut atteint d'une ascite. L'autre pied, n'ayant pu être ramené en dehors, ne se présenta que lorsque les fesses ' furent engagées; alois le bras gauche fut facilement débarrassé; mais le bras droit étant trop comprimé, Osiander se vit
0 obligé de donner une direction oblique au corps de l'enfant ,
1 dont le ventre se trouvait en avant. Il exerça cette manœuvre il à l'aide d'une main placée sur le dos , tandis que l'autre était 9 appliquée sur la poitrine. La tête fut ensuite débarrasséee , ( et un fœtus féminin non viable , dont le corps avait un r volume monstrueux, fut amené au-dehors, et, après avoir ( présenté quelques mouveraens irréguliers , resta mort , malgré t tous les moyens employés pour le rappeler à la vie. A l'ouver- ! ture du corps, on reconnut qu'il n'existait point d'ascite, mais « que presque toute la cavité du ventre était occupée par deux I tumeurs solides, bleuâtres, ayant la forme des reins. C'était en f effet les deux reins du fœtus augmentés de volume, qui divisaient 1 l'abdomen en deux monticules latéraux, et qui s'étendaient I du bassinet jusqu'au dessous du foie. Ce dernier était extrêî mement petit , refoulé en haut , et d'un rouge plus clair qu'à 1 l'ordinaire. Le cœcura et son appendice verraiculaire étaient i attachés au rein droit par leur partie supérieure. Le colon I descendant était réuni avec le péritoine, qui couvrait la partie : antérieure du rein gauche. Le canal intestinal était extrêrae- I ment étroit. L'utérus et les ovaires, à l'état normal, étaient at- 1 tachés au rein par des adhérences du péritoine. L'enfant pesait ( trois livres et demie, avait quinze pouces de longueur, et sans
aucun vice de confirmation et de structure, si on excepte cet K énorme volume des reins.
S 819, Je n'ai rien à ajouter aux remarques que j'ai faites f plus haut , sur le plus grand développement des reins chez les i diabétiques {voyez : Diabète); sur l'augmentation de poids et > de volume d'un des reins lorsque son congénère vient à être
détruit ou atrophié , etc. ; et je ne sais jusqu'à quel point peut être fondée une opinion ancienne relative au développement considérable des reins, chez les personnes adonnées aux plaisirs sexuels (i).
Atrophie des reins.
§ 820. Les reins peuvent s'atrophier dans un grand nombre de circonstances. L'atrophie peut être générale ou partielle; elle peut porter à-la-fois sur les deux substances ou spécialement elmêmeuniquement sur l'une d'elles.
On a trouvé , plusiciirs fois , chez les nouveau-nés {atrophie congénitale) un des reins extrêmement petit, sans que cette petitesse pût être expliquée d'une manière satisfaisante par l'état des vaisseaux. Dans d'autres cas, au contraire , l'atrophie des deux reins ou de l'un d'eux était en rapport avec le faible développement des artères rénales. Le rapport entre le volume des reins et celui de ses vaisseaux m'a paru très évident dans quelques cas , où l'inégal développement des artères rénales était accompagné de l'inégal développement des reins (Atlas, PI. xxxvii , fig- j).
D'autres atrophies ne reconnaissent pas pour cause un arrêt de développement des artères rénales. J'ai vu mainte fois les artères rénales avec leurs dimensions naturelles dans des reins dont les substances étaient amincies. L'atrophie est souvent alors le résultat de la compression qu'exercent sur le bassinet, ou des calculs ou les calices distendus et dilatés par de l'urine, par du pus, par des acéphalocystes. Ces cas doivent être rangés en deux catégories : l'une comprend ceux où une lésion des conduits excréteurs de l'urine, ayant eu lieu dans lespremiei s temps de la vie, a empêché la croissance normale de l'organe} c'est uue
(i) Rosiniua Lentilins dit avoir trouvé les reins supra modum et regdam longe maximi in anatome salacissimœ mulieris. Th. Barlholiu dit avoir trouvé les reins plus volumineux, in silaccoribus {^Anat, nov. ,Ub. i, cap. 18), Snlmuth assuro aussi avoir trouvé les reins d'un volume considérable cbcz un homme très ardent pour les plaisirs vénérienne» (Salmutb,, c«b<. i, obs.xxu).
sorte d'arrêt de développement j le rein est très petit et bosselé comme chez le fœtus (Atlas. Pl. xxxv. fig. i) : l'autre se compose de cas où un rein bien développé chez l'adulte a diminué de volume plus tard par suite d'une maladie du bassinet ou de l'uretère , tout en conservant la forme et les apparences d'un rein sain, ou bien ne paraissent plus qu'une sorte d'appendice au bassinet qui est très développé (Atlas. Pl. xxxv. fig. 3 et 4).
Parfois encore on ne trouve , ni dans les vaisseaux , ni dans les bassinets et les calicesj ni dans les parties environnantes, aucune modification qui explique le mode de formation de certaines atrophies. Plusieurs altérations des reins et des parties voisines peuvent occasioner, en comprimant ces organes, une atrophie partielle ou générale ; diverses tumeurs du foie ou de la rate , de larges abcès des lombes , les capsules surrénales distendues , peuvent aussi déterminer des atrophies partielles et des déformations des reins.
Des tumeurs développées dans les substances rénales , des poches hydatiques, des kystes, et surtout des kystes urinaires, etc.> affaissent, condensent les substances rénales et en déterminent l'absorption. La rétention de l'urine , du pus ou d'une humeur séreuse dans les bassinets et les calices , dans le cas d'hydronéphrose ou de pyélite chronique , détermine aussi l'atrophie des substances rénales (Voyez : Pyélite ; hydronéjphrose). Dans ce dernier cas , les reins finissent par être convertis en une poche dont les parois , en apparence , charnues et jaunâtres, sont formées de trois couches, dont la moyenne est la substance du rein transformée en une espèce de membrane, tandis que l'interne est constituée par le bassinet et les calices dilatés , et l'externe par les membranes extérieures des reins. Lorsque les substances rénales sont ainsi réduites et atrophiées, et que la poche n'a pas acquis de grandes dimensions , le poids n'en égale point quelquefois le dixième d'un rein sain.
Parfois des portions d'un rein ainsi atrophié échappent, en partie , à la compression qu'exerce le liquide amassé dans le bassinet et les calices, et se dessinent à l'extérieur de la tumeur sous forme de bosselures charnues plus ou moins volu-
46/| ATROPHIE DES UEINS.
mineuses. D'autres fois des portions plus'ou moins considérables des reins reçoivent exclusivement l'inQuetice de la compression exercée de dedans en dehors , et s'atrophient complètement, tandis que d'autres parties du même rein restent à-peuprès intactes surtout si les calices correspondans sont oblitérés rétrécis ou peu dilatés.
Les parties atrophiées sont remplacées par une poche toutà-fait analogue à un kyste, et composée de la membrane d'un ou de plusieurs calices dilatés , des débris des parties de la substance rénale et d'une portion de la membrane fibreuse des reins (Atlas. Pl. xxxv, fig. 8 et 9).
L'atrophie peut se borner à une des substances des reins, et particulièrement à la substance corticale. On voit alors, à l'extérieur du rein, des bosselures irrégulières de dimensions variées, formées par la substance corticale des reins restée intacte. La surface des reins est sillonnée dans tous les sens par des dépressions ou des espèces de scissures à fond grisâtre, oii la substance corticale a disparu à-peu-près complètement, et oîi elle a été remplacée par un tissu grisâtre cellulo-fibreux très mince. D'autres fois, cette atrophie partielle de la substance corticale se montre sous l'apparence d'une cicatrice, et il n'est pas rare alors de trouver, ce qu'on voit également dans d'autres cas d'atrophie de la substance corticale , un développement considérable de très petits kystes dans la substance corticale altérée. Ces atrophies , avec dégénérescences enkystées de la substance corticale, peuvent être ou non consécutives à des inflammations partielles de cette substance.
Quelquefois on ne découvre aucune cause qui ait pu déterminer cette espèce d'airophie ; mais d'autres fois, surtout chez les chevaux , on voit qu'elle correspond à une altération partielle de la substance lubuleuse, devenue rouge et imperméable. J'ai également constaté, chez l'homme et les animaux , le rapport de certaines atrophies partielles avec une lésion fort remarquable de la substance tubuleuse. Les bouts de plusieurs mamelons étaient aplatis et infaltrés d'une matière d'apparence muqueuse ou colloïde, transparente,- elles parties de la substance corticale qui correspondaient aux cônes de ces mamelons altérés,
ATROPHIE DES RKI^fS, /|65
étaient déprimées; on voyait, à la surface ilu rein, des îlots de substance corticale disposés sur un fond grisâtre fibreux où la substance corticale était complètement atrophiée (voy. I'Aïlas, Pl. XXXV, fig. 6 et 7). J'ai figuré un rein de cochon, comme un exemple remarquable de ces atrophies partielles de la substance corticale dans des points correspondans à la base des cônes de la substance tubuleuse.
§ 821. L'atrophie d'un des reins, étant presque toujours accompagnée d'un développement supplémentaire du rein du côté opposé, ne donne lieu par elle-même à aucune altération de la sécrétion urinaire appréciable pendant la vie, ni à aucun symptôme particulier ; mais lorsque les deux reins sont atrophiés dans une étendue considérable, il en résulte, non-seulement un dérangement de la sécrétion de l'urine, mais encore des phénomènes particuliers qui, le plus souvent, dépendent d'une afl'ection du système nerveux : des mouvemens convulsifs, une sorte de tremblement, suivis de convulsions et enfin du coma sont, de tous les phénomènes, ceux qu'on observe le plus ordinairement.
Presque toujours l'apparition de ces phénomènes est le symptôme d'une mort prochaine, que quelques jours auparavant il eût été impossible de prévoir.
Historique et observations particulières.
§822. Il existe dans la science une foule d'exemples à'atrophïes des reins, survenues à la suite des lésions les plus variées.
Bartholin (i) a trouvé les reins à peine aussi volumineux qu'une châtaigne. Warthon (a) les a vus être seulement du poids d'une drachme. Blaes (3) les a trouvés en suppuration, et ayant à peine la dimension d'une noix de galle. Eustachi (4) a vu un des
(1) 'Khodii. Mantissa anal., ohs. xxvn,p. 2/5.
(2) Wartbon. Adenographia, p. 96.
(3) Blasii. Obs. medic, part, v, obs. vij, p. 73.
(4) Bondi. Sepidcr. anat., lib. 111, sect. xxil , obs, 16.
IH. 3o
466 ATROPHIE DES REIITS.
reins à peine aussi gros qu'un marron. Morgagni (i) a noté plusieurs cas d'atropliie des reins, et dans l'un d'eux il a trouvé le rein droit tellement petit, qu'il avait à peine la dimension de la capsule surrénale j le gauche était plus grand qu'à l'ordinaire. Timœus (2) a trouvé les deux reins très moMs, et à peine aussi grands qu'une noix de galle. Clieston (3) rapporte que cliez uu homme qui avait souffert de violentes douleurs dans la région des reins , le rein droit , une fois aussi grand qu'à l'ordinaire , renfermait une pierre de onze drachmes , ayant exactement la forme du bassinet et de l'entonnoir j et que le rein gauche, plus petit de la moitié qu'à l'ordinaire , paraissait formé de deux membranes avec une substance spongieuse intermédiaire ; état qui pai-aissait être le résultat non d'une suppuration, mais d'une simple atrophie de la substance du rein.
Delestang (4) a trouvé le rein droit d'un jeune homme de aa ans, de la dimension d'un œuf d'oie; le gauche avait à peine le volume d'un œuf de pigeon , etc.
Quelques exemples d'atrophie des reins indiqueront les principales conditions dans lesquelles elle se développe,
§8a3. Atrophie par inégalité des artères, — On observe quelquefois une inégalité très grande dans le volume des deux reins, c'est-à-dire une véritable atrophie de l'irn et une hypertrophie de l'autre, par suite d'une différence congénitale dans le développement des deux^artères rénales. Une femme, morte de péritonite à l'hôpital de la Charité , m'a offert un exemple remarquable de cette disposition (5). Le diamètre de l'artère rénale du côté droit était d'un tiers plus considérable que celui de l'artère rénale du côté gauche ; le rein droit pesait six onces et le rein gauche deux onces , de sorte que la différence entre les poids des deux reins était plus considérable encore
(1) Morgagni. De sed. et caus. morb, Epist. XL, § 12. — Epist. xir, § a. — Epist. XI,, § 22, 23, 24. — Epist. ur, § 2. — Epist. xuv, § i5.
(2) Cité par Lieotaud. Anal.~med,, obs. 1608, p. 3l5.
(3) Cheston. Patholog. Obs. and inquiries, p 26.
(4) Act. phys. medic, Hafn., t. 111, p. i3.
(5) J'ai £guré un cas analogue, Atlas, Pl. xxxvii, £g> i.
que celle qu'on observait entre les calibres des deux artères n'aurait pu le faire supposer. La somme du poids des deux reins fhuit onces) étant au reste celle qu'auraient fournie deux i-eins d'une femme du même âge, il n'y avait réellement d'anomal que le mode de répartition des substances rénales. Les scissures qui rappellent la disposition primitivement lobée du rein étaient peu marquées dans le rein droit hypertrophié; elles étaient au contraire bien dessinées dans le rein gauche, qui semblait avoir éprouvé un arrêt de développement. A la loupe, les deux reins n'offraient que les différences qu'entraînent inévitablement l'atrophie et l'hypertrophie de ces organes. ■ Plusieurs auteurs ont avancé que des hommes chez lesquels .on avait trouvé les reins peu volumineux , s'étaient montrés peu enclins aux plaisirs de l'amour. Les artères testiculaires naissant des artères rénales, il se pourrait que dans un certain nombre de cas on eût réellement observé (1) la coïncidence d'un arrêt de développement des reins et des testicules.
§ 824. Atrophie par compression de dedans an dehors. — L'atrophie d'un des reins est souvent la conséquence d'une rétention d'urine ou de pus dans le bassinet et les calices (voyez : Pyélite; hydhonéphrose) 5 rétention d'urine déterminée par un obstacle au cours de l'urine.
Ob«. I. — Cancer de l'utérus; obturation plus ou moins complète de l'extrémité vésicale de l'uretère gauche ; atrophie du rein correspondant.
P. Popot, vermicellière, âgée de 4^ ans, entrée à l'hôpital de la Charité, le 4 mars i838, a été réglée à l'âge de 11 ans et demi , et a cessé de l'être , il y a 5 mois seulement. L'écoulement menstruel, qui n'a jamais duré plus de 2 à jours, a toujours été plus ou moins irrégulicr dans son apparition. A l'âge de n ans, cette femme est accouchée d'une fille. Depuis
(i) Timœus fait mention d'un baron suédois qui, pendant toute sa vie, n'avait point eu de rapports ni de désirs sexuels, et chez lequel les reins forent trouvés flasques et «i petits j qu'ils n'avaient que le volume d'une noix de gland (lU). m, cas 8).
CCI accouchement , elle a éprouvé des douleurs liypogaslriques qui ont nécessité à diverses reprises l'application des sangsues aux parties génitales. Du reste , elle a été habituellement bien portante , si ce n'est à l'âge de Sa ans , ou elle a été retenue au lit pendant uu mois par des pertes utérines. Malade surtout depuis un an , P. P. a éprouvé d'abord de vives douleurs dans les reins et dans le bas-ventre, qui ont été combattues par une nouvelle application de sangsues aux cuisses. Quelques jours après, écoulement pendant i5 jours, par le vagin, de sang moitié fluide, moitié en caillolsj deux saignées du bras. Des perles utérines de i5 jours de durée se sont répétées chaque mois. Depuis celte époque la malade a commencé à pâlir et à dépérir, et bientôt elle a perdu toul-à-fait le sommeil. Depuis 6 mois tout écoulement de sang a cessé et a fait place à un écoule lient blanc rarement mêlé de stries sanguinolentes. Ces pertes r uges oublanches n'ont jamais été fétides, et maintenant encore elles sont sans odeur.
Depuis 4 à 5 mois la malade est obligée pour uriner de faire eflbrt comme pour aller àlagarderobe. Elle urine peu à-la-fois, mais souvent; et plus d'une fois ses urines ont été troubles et sédiinenleuses. Jamais elles n'ont clé sanguinolentes ni chargées de graviers. Depuis près de deux mois la malade éprouve une soif .•irdente ([u'clle se garde bien de satisfaire complètement, afin de s'épargner des excrétions urinaires trop fréquentes qui la Faligueraienl.
Le 4 mars i838, face pâle, lèvres décolorées, chairs flasques. Ala carotide droite, bruit de souffle, pouls petit, facilement dépressible (-6 pulsations par minute), constipation habituelle ; douleur à l'hypogastre, où l'on sent une tumeur, grosse comme une petite orange, col utérin très abaissé, béant et surmonté de saillies dures, comme squirrheuses. Après le toucher, écoulement de sérosité purulente, mêlée de quelques stries sanguines.
Les urines, claires comme de l'eau de roche, d'une assez faible pesanteur spécifique (ion) , neutres au moment de l'émission , ne laissent déposer ni sels, ni mucus par le refroidissement. Elles ne sont troublées ni parla chaleur, ni par l'acide nitrique
{Tisane de chiendent nitrée; 24 grains de carbonate de fer ; cataplasmes sur le ventre,- injections ; lavemens èmoUiens).
Le 3o , petite quantité de liquide dans le péritoine et d'œdèma autour des malléoles. Les urines toujours claires et sans nuage, même long-temps après l'émission, traitées de nouveau par ïa . chaleur et l'acide nitrique, prennent une légère teinte opaline, 1 Les jours suivans l'œdème fait des progrès aux jambes , aux < cuisses; puis la face devient bouffie , enfin les extrémités su- : périeures elles-mêmes s'œdématient. La faiblesse augmente c chaquejour. La malade s'éteint Iei6avrilà dixheures du matin. Autoi)sic du cadavre, vingt-quatre heures après la mort. État extérieur. Infiltration générale.
Tête. Le cerveau et ses membranes ne présentent aucune altération.
Poitrine. Adhérences pleuréliques anciennes au-devant et ; sur les côtés des poumons, qui sont engoués de sang et de sé»
rosité à leur partie inférieure et postérieure. Bronches saines.
Cœur sain. Le péricarde contient près de deux onces de séro- ; site citrine.
Abdomen. Le péritoine est pâle et contient près d'un demi- ' litre de sérosité citrine , sans mélange de fausses membranes. Le foie, d'une consistance et d'un volume ordinaires, offre une coloration brun jaunâtre. La rate est d'un rouge pâle, et sans altération.
L'estomac et la partie supérieure de l'intestin grêle sont sains. L'extrémité inférieure du rectum est comprimée de droite à gauche par un noyau squirrheux, irrégulier, enchatonné dans le tissu cellulaire et les aponévroses du petit bassin. La coinpression exercée par cette tumeur est telle que l'intestin permet difficilement l'introduction du doigt indicateur.
Les ganglions mésenlériques, gros comme des avelines, sont durs, blanchâtres, et d'une consistance squirrheuse. Le petit bassin est presque rempli par la matrice, les ovaires et le tissu
' cellulaire induré qui entoure ces organes. Les uretères sont dilatés et distendus par l'urine. Le rein droit, une fois plus volumineux qu'il ne devrait être, est d'un jaune pâle, et très ferme,
I et il pèse sept onces; son bassinet est assez dilaté pour admettre
un œuf de poule. L'uretère a le volume du doigt indicateur La substance corticale et la substance tubuleuse sont également hypertrophiées. La surface de la première est bosselée et parsemée de quelques petits kystes urinaires.
Le rein gauche a à peine la moitié du volume du rein droitil est surmonté de bosselures et de quelques kystes. Ses deux substances sont considérablement atrophiées. La substance corticale a une demi-ligne d'épaisseur au plus, au niveau de la base des cônes. Ceux-ci sont tous plus ou moins aplatis de leur sommet à leur base, et le tissu de plusieurs offre une raréfaction remarquable. Les calices sont larges à pouvoir loger des noisettes. L'uretère de ce côté est un peu plus volumineux que celui du côté opposé. Ces deux conduits adhèrent sur les côtés de la matrice et à la partie postérieure de la vessie au moyen d'un tissu cellulaire induré. La vessie est saine, excepté dans un point de sa partie postérieure oii elle adhère à l'utérus. L'extrémité inférieure de l'uretère du côté droit, comprise entre l'utérus et la vessie, et le noyau squirrheux, est tortueuse et rélrécie en quelques points, de telle sorte qu'à travers ce canal l'urine ne s'écoule que goutte à goutte. L'extrémité vésicale de l'uretère du côté gauche est remplie , dans l'espace de deux pouces, par un bouchon de nature squirrheuse.
L'uiine contenue dans l'uretère bouché, examinée comparativement avec celle qui s'est accumulée dans l'uretère imparfaitement obturé , a été trouvée plus albumineuse. Èlle contenait aussi une plus grande proportion de globules purulens.
La matrice, grosse comme une pomme, est squirrheuse. Le col de l'utérus est presque complètement détruit par une ulcération, de la surface de laquelle on fait suinter par la pression une matière ramollie. La membrane muqueuse du vagin, épaissie auprès de cette altération, offre à sa surface quelques granulations miliaires, blanches, qui paraissent être des cryptes muqueuses hypertrophiées et dégénérées.
§ 825. J'ai vu plusieurs cas dans lesquels la dilatation de Pureière, provenant du rein atrophié, était l'indice de l'existence antérieure d'un obstacle au cours de l'urine qui n'existait plus, i
Obs. II. — Dilatation de l'uretère et atrophie du rein droit, sans hypertrophie du rein gauche; adliérences du péricarde au cœur; traces de pleurésies anciennes dans les deux plèvres; épanchement de sérosité roussâtre dans la plèvre droite; granulations, adhérences du péritoine; épanchement séreux.
Delecole, âgée de 34 ans, ouvrière en linge, entra le m avril i836 , à l'hôpital de la Charité.
Cette femme, d'un teint pâle , d'une constitution débilitée^ se dit malade depuis trois mois. Elle n'a jamais eu de dartres etassuren'avoir jamais éprouvé d'accidens du côté desreins, (i)
II y a un épanchement séreux dans le ventre, et le niveau du liquide dépasse l'ombilic. Depuis un mois la malade s'est aperçue du développement graduel de l'abdomen. En même temps, il y avait vomissemens verdâtres et douleurs dans le ventre , exaspérées par la pression (symptômes qui persistent). On recherche la cause de l'hydropisie, on ne la trouve ni dans le foie, ni dans le cœur (2), qui, limité par la percussion, ne dépasse pas ses bornes ordinaires, ni dans aucune compression des veines. Il n'y a pas de tumeur dans l'abdomen, l'urine n'est point albumin'euse, et ne donne point de sédiment briquelé; on rattache l'ascite à une péritonite chronique. Les parois thoraciques, en arrière , sont raattes des deux côtés , et la respiration s'entend faiblement. Les accidens augmentent, les douleurs et les vomissemens prennent plus de fréquence et d'intensité ; le liquide distend le ventre chaque jour davantage; les extrémités inférieures s'infiltrent. Mort le 17 mai.
Autopsie du cadavre. — Tête, le cerveau n'a pas été examiné. Poitrine. La plèvre droite contient un litre et demi de sérosité roussâtre; elle est épaissie et parsemée de plaques rouges. La plèvre pulmonaire a une épaisseur considérable , mais n'a
(i) L'atrophie du rein droit et surtout la dilatation de l'uretère du même c6tc, constatées après la mort, ne peuvent guère être expliquées cependant que par un obstacle d'une assez longue durée an passage de l'urine de l'uretère dans la vessie. Les accidens occasionés par cet obstacle auront eu lien probablement dans les premières années de la vie.
(a) L'autopsie démontra cependant qu'il y avait une ancienne péricardilc.
d'adhérence qu'avec le diaphragme. Le poumon a considérablemenl diminué de volume , les lobes moyen et inférieur sont très affaissés. Le tissu pulmonaire est condensé; quand il est incisé, les orifices comprimés des bronches forment non plus de petits cercles, mais des stries blanchâtres très rapprochés les unes des autres au milieu d'un tissu rouge violacé. La coupe du lobe supérieur du poumon offre le même aspect, mais à un degré moindre; le tissu en est moins condensé.
Il n'y a pas de liquide dans la plèvre gauche, mais on y remarque de nombreuses adhéreacès en haut et en avant. Les bronches sont remplies d'un liquide spumeux. La masse du poumon est refoulée par le liquide contenu dans l'abdomen.
Le péricarde adhère au cœur dans toute l'étendue de sa surface. Les valvules du cœur ne sont point altérées; le ventricule gauche offre une hypertrophie concentrique; ses parois ont cinq à six lignes d'épaisseur, et dans sa cavité on ne peut introduire le doigt. Le ventricule droit a également beaucoup diminué de capacité , mais sans épaississement de ses parois.
L'abdomen contient 7 à 8 pintes d'une sérosité roussatre, limpide. Le péritoine pariétal est criblé de petites granulations surtout dans le petit bassin. Le foie est recouvert, à sa partie supérieure, de fausses membranes; sur son bord convexe, on trouve une petite masse cartilagineuse irrégulière au centre de laquelle existe une petite ostéide. Le tissu du foie, d'une teinte très foncée, est très humide, et sa consistance est légèrement diminuée.
Le rein gauche et l'urelère gauche ne présentent rien de remarquable. Mais lé rein droit est aplati, atrophié et réduit «m volume d'une omant^e. Après l'avoir incisé, on reconnaît que l'atrophie a porté sur ses deux substances; le bassinet est large, et les mamelons sont légèrement affaissés. L'uretère droit, dilaté , d'un volume au moins double de celui du côlé opposé , surtout dans sa partie supérieure , n'offrait, dans toute sa longueur, ni rétrécissement , ni obstacle d'autre nature au cours des urines. La vessie était saine, et la communication avec les deux uretères était parfaitement libre.
§ 826. Je cite l'observation suivante non-seulement comme
Ji
un exemple d'atrophie d'un des reins , déterminée par le développement éHwi calcul dans le bassinet , mais encore comme un cas d'hydropisie lié au dérangement de la sécrétion urinaire. Les deux capsules surrénales avaient leur volume ordinaire.
Obs. III. — Atroi»Uie du rein consécutive à des calculs rénaux; graisse autour du bassinet (observ. communiquée par M. Legroux).
Madame B...., âgée de 60 ans, d'une constitution sèche et nerveuse, a toujours été sujette à des spasmes, des défaillances, bien que sa santé fût, du reste, assez bonne. Hy a i5 ou 20 ans , elle a éprouvé des douleurs dans le flanc gauche ; dou- : leurs auxquelles son père et plusieurs membres de sa famille } avaient, dit-elle, été sujets. Depuis lors, ces douleurs ont sensi- 1 bïement diminuées, mais elles n'ont point cessé, et de temps en I temps ont présenté quelques exacerbations. Appelé près de . cette dame, au mois de mai dernier (1837), M. le docteur Le- ; groux la trouva atteinte d'un œdème considérable des extrémités inférieures; la peau était pâle, et conservait l'impression du . doigt. La malade, sujette à des rhumes assez fréquens, à de la i dyspnée, dépendant d'un emphysème pulmonaire , se plaignait 1 de palpitations ; les batlemens du cœur étaient assez forts. On sentait, dans le flanc gauche, une tumeur dure, en apparence « du volume d'un œuf d'autruche. L'urine était remarquable par i sa transparence et par une sorte d'onctuosité ; soumise à l'ébullition, elle donnait un précipité abondant, blanc et grumuleux. Le traitement a consisté, pendant trois mois, dans l'administ tralion de diurétiques, de purgatifs doux, qui ont paru produire ) une diminution notable de l'œdème, sans jamais changer la I nature de l'urine. Une circonstance remarquable , c'est que i les aéperges , dont cette dame faisait un usage abondant , n'ont j jamais communiqué la plus légère odeur à l'urine. Des affec- ! lions catarrhales , intercurrentes, ont , plusieurs fois, obligé de I recoui ir à de légères émissions sanguines , qui ont toujours été I suivies d'une diminution de l'œdème des extrémités. Une pleu- » résie survenue à la fin du mois de juillet a résisté au traitement I antiphlogistique et contre-stimulant , et la malade a succombé He 2 août. Durant le cours de celte dernière maladie , l'urine
soumise à l'ébuUition fournissait un précipité grumeleux beaucoup plus abondant.
Autopsie du cadavve faite a4 heures après la mort : Infiltration des extrémités inférieures ; épanchement considérable de sérosité citrine dans le côté gauche de la poitrine. Pseudomembranes récentes tapissant la plèvre , qui est vivement piquetée de rouge; poumon affaissé, à peine crépitant, offrant quelques foyers d'engorgement sanguin ; épanchement de sérosité, peu abondant, avec fausses membranes, dansla plèvre droite; poumon emphysémateux; cœur un peu volumineux , mais sans déformation ; exsudation pseudo-membraneuse à la partie supérieure du péritoine , surtout à la surface du foie; quelques verres de sérosité dans l'abdomen; foie hypérémié, friable. Rein droit hypertrophié, doublé de volume ; la substance corticale a la couleur du café au lait clair. La substance tubuleuse, un peu moins décolorée ; le tissu est friable et facile à écraser par une légère pression. La capsule fibreuse peut être facilement détachée.
Le rein gauche est remplacé par une masse jaune , graisseuse à l'extérieur, et du volume d'un œuf d'autruche, enveloppée par une couche cellulaire. Sa partie centrale, à la loupe, paraît formée par une substance fibreuse, et graisseuse, traversée par plusieurs tuyaux (calices) qui convergent vers une cavité centrale (le bassinet). Les substances rénales ont complètement disparu. La plus grande partie de la tumeur esj formée par de la graisse dont les lobes sont séparés par des lames cellulo-fibreuses qui vont se perdre dans un cordon fibreux central. Un calcul, brun à l'extérieur, dur, rugueux en plusieurs points, du volume et de la forme d'un doigt à demi fléchi , occupe le bassinet et bouche en partie l'orifice de l'uretère. D'autres petits calculs existent dans divers points des calices. La vessie saine; l'appareil digestif sain.
§ 827. Atrophie des reins par une compression extèneure. — Les exemples d'atrophie des reins par une semblable cause sont assez rares. Toutefois j'ai vu une tumeur cancéreuse développée dans la scissure du rein (voy. cancer deskeins) , la capsule surrénale transformée en une tumeur considérable
(voy. Maladies des capsules surrénales) et un large abcès lombaire, déformer le rein correspondant , l'aplatir et l'atrophier à un degré plus ou moins considérable.
§ 8a8. Enfin, il est des atrophies des reins, sans traces de lésions rénales, sans dilatation des uretères ^ sans indices d'un obstacle antérieur au cours de l'urine, et sans compression extérieure de ces organes.
Obs. IV. Atropine du rein droit; kystes dans le rein gauche, catarrhe
bronchique; ép.mcLement pleurélique; ossification des valvules aortiques; masses cancéreuses dans le foie; dégénérescence squirrheuse du pancréas. '
■ CTn vieillard, âgé de 84 ans, nommé Markotty, ancien aubergiste, entra à l'hôpital de la Charité (i833) dans un état de maigreur très grande. Ses jambes étaient infiltrées, et depuis long-temps il était afFecté d'un dévoieraent abondant qui l'avait jeté dans un état de faiblesse extrême. Depuis xtn grand nombyre d'années il toussait et il expectorait beaucoup. Le pouls, peu développé, était irrégulier, intermittent; les battemens du cœur s^'entendaient à peine, et présentaient aussi de l'irrégularité ; le bruit respiratoire était difficilement perçu des deux côtés de la poitrine, surtout du côté gauche. Le dévotement, très abondant {décoction Manche; potion gommeuse).
Le lendemain, à-peu-près même état au moment de la visitej mais peu de temps après la respiration devint beaucoup plus pénible; l'expectoration cessa presque entièrement} le côté gauche de la poitrine devint mat.
Le jour suivant, la respiration était encore plus pénible j l'expectoration avait tout-à-coup cessé; on entendait du râle trachéal ; le pouls était petit et irrégulier, fréquent; le côté gauche de la poitrine rendait un son tout-à-fait mat j mort dans la nuit.
\J autopsie du cadavre eut lieu trente-six heures après la mort. La surface interne des bronches était un peu injectée ; les deux poumons étaient sains. Celui du côté gauche était refoulé contre la colonne vertébrale par un épancheraent d'au moins un litre de sérosité trouble, dans laquelle nageaient des
HYDIlONliPHROSi;.
flocons fibrineux ; d'autres adhéraient aux parties costale et pulmonaire de la plèvre. 11 y avait quelques onces de liquide dans la plèvre droite. Les valvules sigmoïdes présentaient une ossification commençante; le ventricule gauche n'était ni dilaté, ni hypertrophié d'une manière notable. Il y avait dans le foie sept à huit masses cancéreuses du volume d'un marron, d'une consistance ferme. Les voies biliaires étaient saines; le pancréas était dégénéré en un tissu dur, lardacé, résistant au scalpel; la membrane muqueuse de l'estomac, un peu ramollie, se détachait facilement des membranes sous-jacentes. Le reste du canal intestinal était sans lésion appréciable.
Le rein droit n'avait pas la huitième partie de son volume ordinaire; sa couleur, sa consistance étaient les mêmes que celles de l'autre rein; sa forme était bien conservée, quoiqu'il fût un peulobulé à sa surface. Le calibre de l'artère rénale était à-peu-près égal à celui de l'artère du rein du côté opposé ; disposition assez ordinaire dans le cas d'atrophies non congénitales et consécutives à diverses lésions rénales ; l'uretère qui en dépendait, était sain et libre comme celui du côté opposé. Le rein gauche, de volume normal , présentait à sa surface sept ou huit kystes séreux, de couleur jaune ou rougeâtre.
Hydronéphrose.
§ 82g. Lorsque l'urine s'accn'mule lentementdaus lesreins,à la suite d'un obstacle apport'é- ii»son passage dans la vessie, ou à son expulsion au dehors, ^oit p^r un-corps étranger , soit par un vice de conformaîiôn, îl arrivé •ÇftiÈtquefois que les calices et le bassinet se dilatent, sans que léurs pajrois s'enflamment sensiblement. Ces collections d'une quantité plus ou moins considérable d'un liquide primitivem"ent ûrineux, ej. plus tard d'apparence séreuse, dans le bassinet et les calites distendus et non enflammés, ont été désignées sôus Icnom à'hydropisie du rein, à! hydrorènale distension. ^'
"Des corps étrangers, libres dans la cavilg des coij^uits urNnaires (calculs, hydatides ) ; l'épaississeraent ou 16 gonflement
IIYDRONÉPHROSE. 4??
des parois de ces conduits; des tumeurs saillantes dans leur intérieur; des brides vasculaires ; l'oblitération ou le rétrécissement organique de ces canaux ; des tumeurs ou des brides situées sur leur trajet, ou d'autres dispositions anomales des parties voisines ; la rétention prolongée et habituelle de l'urine dans la vessie et toutes les causes qui peuvent la produire; enfin tout obstacle au passage de l'urine des calices dans le bassinet, du bassinet dans l'uretère, de l'uretère dans la vessie, donnant lieu à une rétention complète ou incomplète de l'urine dans un des reins ou dans tous les deux, tous ces états, dis-je, peuvent amener le développement d'une hydrouéphrose partielle ou générale d'un ou de ces deux organes.
Lorsque l'obstacle au cours de l'urine existe dans l'uretère ou dans la vessie , l'hydrorénale distension se dessine parfois au-dedans de la scissure du rein sous la forme d'une tumeur sphéroïde plus ou moins considérable , dont les parois sont formées par le bassinet dilaté. Le rein, refoulé et comprimé de dedans en dehors, diminué de volume, coiffe la tumeur comme une espèce de casque, et présente ordinairement à sa surface un certain nombre de bosselures (Atlas, Pl. xxii, fig. 4 et 5).
Chez l'homme, le plus souvent cependant, l'hydrorénale distension s'opère à-la-fois dans le bassinet et les calices; le plus souvent aussi elle est générale. Au début, dans les cas les plus simples, la dilatation estlégère,,et porte spécialement sur les parois du bassinet. A ce degré commençant, le tissu du rein offre au toucher sa résistance normale; plus lard, la surface de cet organe devient bosselée, et, sur ces éraiçiences, le rein paraît mou et fluctuant sous les doigts; plus.tard*encore , ces bosselures, produites par la dilatatio,n et la distension des calices et l'atrophie de la substan,ce rénale correspondante, deviennent plus prononcées : le rein acquiert surtout en quelques points la mollesse d'un kyste rempli par un liquide. Le plus souvent aussi le bassinet et,l§ commencement de l'uretère distendus et considérablement augmentés de volume, forment au-dedans de la scissure des reujs une tumeur pyriforme dont la pointe est en bas (Aii^AS,^!. xxiv, fig. i, 3 et 5). Dans d'autres cas, au conlraire7 on a^vu , par suite d'une semblable distension ;
478 HYDKONÉPHROSE.
un des reins acquérir une dimension monstrueuse ( Atlas , Pl. XXI , fig- I ; pl- xn , fig. I ) , ou même les deux reins transformés en deux énormes poches , à la surface desquelles on remarquait des îlots de substance rénale ( Atlas , Pl. xxxm
fig. !)•
Dans l'hydronéphrose , les bosselures sont généralement en rapport , pour leur dimension , avec le degré de l'hjdrorénale distension. Lorsqu'on a divisé les reins de leur bord convexe à leur scissure, ils offrent intérieurement des apparences qui varient suivant le degré de la distension. Lorsqu'elle est légère, on trouve le bassinet dilaté , les saillies des mamelons plus ou moins affaissées ; chaque calice paraît devenir plus long et prendre la forme d'un entonnoir, par suite de l'élargissement de sa base. D'abord aplatie par la pression du liquide, la surface des mamelons, reconnaissable à des stries rouges, convergentes, devient concave (Atlas, Pl. xxiv, fig. 1 et 6; Pl. xxii, fig. 2 et 3) et un peu rude au toucher, surtout sur les parties centrales, qui présentent une légère dépression. A un degré plus avancé, le calice dilaté et la surface déprimée des mamelons forment de véritables poches, simulent des cavernes dont les ouvertures, quelquefois assez étroites, ont ordinairement une assez grande dimension (Atlas, Pl. xxiv, fig. 5 ; Pl. xxu, fig. I, a et 3). Ces petites cavernes excentriques ne communiquent point les unes avec les autres et aboutissent , toutes par leur ouverture, dans une cavité membraneuse, centrale, beaucoup plus grande , formée par le bassinet dilaté , avec lequel elles se continuent et semblent quelquefois se confondre , lorsque la distension est considérable. Dans les légères dilatations, lorsqu'on ouvre le bassinet, on aperçoit une série de trous arrondis, disposés irrégulièrement, mais en général deux k deux. La dimension de ces trous est très variable ; ceux de l'extrémité des reins sont, en général, plus grands que les autres, et présentent cela de remarquable, que le fond de leur cavité ( que l'on voit beaucoup mieux que celui des autres , à cause de la plus grande dimension de leur ouverture) présente une sorte de croix blanche produite par des prolongemens de la membrane des bassinets, laquelle sépare les cônes raul-
HYDRONIÉPHROSE. 479
liples qui forment le fond de ces poches. Plus tard, les ouvertures de ces poches s'élargissent encore et se rapprochent de plus en plus du fond de ces petites cavités, La surface des mamelons blanchit , et on ne la reconnaît plus qu'à sa forme arrondie et à un léger rebord formé par l'insertion de la membrane du bassinet à sqn pourtour. Je me borne à faire remarquer ici que, la diminution de la profondeur des poches formées par la distension des calices et par l'élargissement des ouvertures qui les font communiquer dans le bassinet, coïncidant avec l'augmentation de volume du rein dilaté, il
l"! en résulte qu'on aurait d'autant plus de chances de pénétrer facilement dans la cavité du bassinet et d'en extraire un corps étranger, que la tumeur formée par une hydronéphrose, serait plus considérable.
Le bassinet dilaté, coupé et étendu sur une table , présenté
; une infinité de plis à cause de sa dilatation sphérique (Atlas
'Pl. XXIV, fig. I, fig. 3. Pl. XXII, fig. I. Pl. xxiii, fig. I et 3).
^Sa couleur est presque toujours d'un blanc pur, opaque; quelquefois aussi il offre des lignes comme nacrées , et l'on n'aperçoit presque jamais, dans son épaisseur, de vaisseaux sanguins.
Les substances tubuleuse et corticale des reins, comprimées Ide dedans en dehors, sont tantôt atrophiées de leur scissure f'Vers leur bord convexe , et à tel point que j'ai vu des reins 1 d'enfant qui n'avaient plus que le volume d'une fève ou d'un I haricot, et des reins d'adulte qui, dépouillés de leurs mem- >branes, ne pesaient que deux onces ; et dans d'autres cas oii
l'atrophie s'était faite dans tous les sens, il ne restait des sub- Mstances tubuleuse et corticale que de légers îlots disséminés nsiir la tumeur j dans tous ces cas les vaisseaux des reins étaient thitn développés et hors de proportion avec les substances ré- (tziflles, dont Tatrophie était consécutive et non originelle.
Après une hydronéphrose, les membranes fibreuses et celiluleuses des reins peuvent éprouver diverses altérations. Quant
k la nature du liquide contenu dans le bassinet et les calices k-dilatés, elle varie suivant que la tumeur est ancienne ou ré-
nccnte, que l'obstacle au cours de l'urine a été complet ou in-
4Bo HYORONKPnROSJ:.
complet, etc. Dans tous les cas, j'ai reconnu, dans ce liquide de l'urée, et une quantité notable d'albumine, lorsque l'hydronéphrose était ancienne ; c'était , au contraire, de l'urine à-peuprès semblable à celle qui était contenue dans la vessie , lorsque le passage de ce liquide provenant du rein affecté n'était pas complètement intercepté , et qu'il n'existait point d'inflammation du bassinet. A celte occasion je crois devoir faire remarquer que l'hydronéphrose diffère, par des caractères essentiels , des distensions rénales purulentes qu'on observe dans lespyélites simples ou calculeuses (Voyez : Pr élite).
Les goulots des calices et leur ouverture dans le bassinet peuvent être obstrués ou oblitérés, et donner lieu aussi à des dilatations, à des hydronépbroses partielles, ou à des espèces de kystes ttr inaires (A.ïlas, Pl. xxv, fig. 3, 4). Celte altération, qui est très rare chez l'homme, est très commune chez le bœuf (Atlas, Pl.xxx, fig. 6, 7 et 8).
Dans la majorité des cas, les kystes lobulaires des reins de cet animal ont celte origine. Ils sont susceptibles d'un très grand développement, car je les ai vus égaler et même surpasser en volume la tête d'un enfant. Chez l'homme , comme chez le bœuf, ces kystes contiennent de l'urine plus ou moins altérée, et quelquefois des calculs; quelques-uns de ces kystes communiquent avec le bassinet par une petite ouverture , à travers laquelle on peut introduire une soie de cochon. A l'aide d'une légère pression , on peut faire passer le liquide qu'ils contiennent, dans le bassinet , et il est facile ensuite de les distendre en insufiSant de l'air dans la cavité de ce dernier. D'autres poches urinaires dont l'orifice pelvien est complètement oblitéré, ne communiquent plus avec le bassinet. Alors l'origine de ces poches ou de ces kystes est décélée par 1 a natureurineuse du liquide qu'ils enferment, par leur continuité avec le bassinet qui s'insère à leui's parois, et, dans leur inlérieur, par un petit point mat, ou un léger repli qui correspond à l'obliléralion de l'orifice du calice dans le bassinet.
Chez le bœuf, le bout des mamelons présente une excavation quelquefois assez considérable , qui n'existe normalement chez l'homme qu'à l'état rudimentaire. Chez le bœuf, l'obstruction
IIYDROKlïPHROSE. 4^1
de celle ouverture par des graviers, s'observe lorl souvent ; dans les cas les plus simples , cette petite excavation est remplie par un gravier qui l'ait saillie daus le goulot du calice. Dans un état plus avancé, cette espèce de lacune distendue en forme de caverne, contient plusieurs petits calculs, mais elle communique encore avec le calice. Dans un état plus avancé , la poche s'est agrandie, les calculs sont plus nombreux, ou la quantité de l'urine contenue est plus considérable, et l'orifice de communication avec le bassinet admet à peine la tête d'une épingle ; enfin, mais plus rarement, la cavité est complètement fermée, et l'orifice de communication avec le calice est clos par une membrane blanchâtre d'une assez grande épaisseur. Ces kystes ou ces poches urinaires ou calculeuses développées dans la substance tubuleuse sont très rares chez l'homme. J'en ai fait figurer un exemple (Atlas, Pl. xxv, fig. 5). Dans un autre cas, une poche calculeuse qui avait affaissé un mamelon^ communiquait par une très petite ouverture dans un calice avec lequel elle se continuait (Atlas, Pl. xxv, fig. 8).
On observe bien rarement de petits kystes urinaires et calculeux dans la substance corticale ; j'en ai fait figurer un exemple (Atlas, Pl. xxv, fig. 7).
§ 83o. Lorsqu'un des reins est seul atteint d'hydronéphrose (hydronéphrose simple), l'existence de celte maladie ne peut être reconnue qu'au moment ou une tumeur molle et fluctuante, appréciable au toucher, apparaît dans la région rénale.
Les individus atteints d'hydronéphrose d'tin des reins ont souvent commencé par éprouver des douleurs plus ou moins vives dans la région lombaire correspondante; quelquefois les douleurs ne se sont pas bornées à cette région et elles se sont étendues dans d'autres parties de l'abdomen. Toutefois les symptômes qui précèdent l'accumulation de l'urine et d'une humeur muqueuse dans le bassinet et les calices dilatés, peuvent être aussi variés que les causes qui sont susceptibles d'apporter obstacle au cours des ui'ines. Quant à la tumeur rénale, elle est ordinairement indolente, et le volume en peut varier entre celui du poing et celui de l'utérus, tel qu'il est dans les derniers mois de la grossesse. On peut généralement limiter.assez exac III. 3r
4^2 HYDRONÉPHROSE.
leinent l'étendue et les dimensions de la tumeur à l'aide de la percussion. La région lombaire reste toujours plus ou moins bombée , lorsque les malades sont assis ou placés liorizontalement , à quatre pattes. Au toucher cette turaeut- paraît bosselée comme un gros intestin distendu. Le liquide qu'on trouve dans la tumeur après la mort, ou qui en sort à la suite d'une ponction, b'a jamais les qualités de l'urine saine, même dans les cas cil la maladie résulte de l'oblitération des conduits urinaireé; mais ce liquide contient toujours de l'urée. Quant à l'uriné rendue pendant la vie, elle est le plus souvent saine, à moins qu'elle ne reçoive des caractères particuliers d'une diatbèsê, le rein sain suppléant le rèiii malade dans sa fonction. Un des reins peut même être transformé en une énorme poche , sans qu'il en résulte le plus léger dérangement dans les principales fonctions et dans la santé générale. Mais la mort peut survenir en peu de temps, lorsque la sécrétion ou l'excrétion de l'ùrinè vient à être suspendue, pendant un ou plusieurs jours, dans le rein sain.
5 83i. Dans le cas d'hydronépbrose double, la maladie ne pèut étl'e reconnue qu'autant que les tumeurs résultant de la dilatation des bassinets et des calices ont acquis des dimensions assez considérables pour être appréciées à la percussion des hypocliondres et des lombes, ou bien au toucher lorsqu'elles débordent le bord libre dés fausses côtes. Il m'est arrivé dans un cas (Obs. iV), de ne reconnaîlré qUe l'une des tumeurs vénales, l'aulre étant restée cacliée, en très grande partie au Moins, dans l'Iiypochondre droit.
Dé semblables tumeurs ne peuvent être confondues par leur forme qu'avec celles qui résultent des kystes des reins, de l'accùmulalion du pus ou du sang dans le bassinet et les calices dilatés; mais dans l'inflammation du bassinet l'urine est toujôiirs plus ou moins chargée de pus, à moins que toute communication soit interceptée entre le bassinet enflamme et la vessie, ee qui n'est pas le cas le plus ordinaire. D'ailleurs dans la pyélile la tumeur est presque toujours douloureuse, et le plus souvent elle est indolente dans l'hydronéphrose. Dans les derniers temps de l'hydropisie des i'eins, l'urine muqueuse et légè-
HYDRONÉPHROSE. 483
rement filante , rendue par le malade , est bien distincte de Turine purulente ou de l'urine sanguinolente et purulente de la pyélite chronique; de sorte qu'après un examen attentif il sera toujours possible de distinguer ces deux espèces de tumeurs rénales.
Quant aux caractères qui distinguent les bydronépbroses des autres tumeurs des régions rénales, on pourra se guider d'après les remarques que j'ai déjà faites à l'occasion des pyélites avec tumeur, et qu'il serait superflu de reproduire ici. Il me suffira de rappeler que des cas d'iiydronéphrose ont été
) pris, pendant la vie, pour des cas de grosseâse ou d'hydro-
> pisie de l'ovaire (i).
Dans un cas d'hydronépbrose , la poche formée par le bas-
i sinet et les calculs distendus peut, sur un ou plusieurs points
i devenir le siège d'une inflammation intercurrente, d'une vé-
; rilable pyélite, annoncée par des frissons irréguliers, par de la fièvre et des douleurs plus ou moins vives dans la tumeur;
i.mais je ne connais pas d'exemph, d'hydronépbrose terminée par une fistule communiquant avec l'intestin, ainsi que cela s'est vu un assez grand nombre de fois à la suite des pyélites (Voyez : Fistules rénales).
5 83i. Dans un cas d'hydronépbrose à'nn des reins , ce qui
■ constitue le danger, ce qui le rend nul ou imminent, c'est la chance plus ou moins éloignée ou plus ou moins procbaincd'uné obstruction de l'uretère dit côté opposé, ou de l'inflammailion du rein du tôté opposé dont les fonctions sont régaliè" tres. Chez un malade cité par Kœnig, rafl"ection du rein durait ' depuis 25 ans; chez M. V. (Obs. ii) les premiers accidens s'étaient déclarés près de 5o ans avant la mort, qui fui déterminée pa-r un calcul engagé dans l'uretère du côté opposé.
^l) Dans uu cas rapporté dans VHisloive de V Académie des sciences 1(1732, n. 7, p. 3a, 7' ol)5. d'un cliapitrc intitulé : Observations a?ialoniiques), •Dne tumeur rénale pesant 35 livres, située dans le flanc gauclic et l'iiypogas- »tre, fut prise pour un utérus. Dans l'exemple rapporte par Johnson , on prit lia tumeur formée par le rein pour nnc hjdropisie de l'ovaire, et dans le cas i*apportépar Howisou la maladie était coosidérét: comme nue affection tpastnodiqtte de l'intfstin,
4^4 HYDllOINKPHKOSi;,
Dans l'Iiydroni'ipliroso dtithLc, lo danf^er esl proj^oriioiiué au degii! d'nlrophie des sul)slauces réuales. Tous Jes cas sont plus ou moins rapidement mortels; les malades ne s'alitent ordiuairenient que peu de jours avant la mort, qui a lieu le plus souvent d'une manière aussi rapide qu'imprévue.
Un nouveau -né atteint d'une double hydronéplirose n'est pas viable.
§ 833. Dans le traitement de l'hydronéphrose, il faut rechercher la cause de l'obstruction de l'uretère; et, si cette obstruction paraît due à un calcul et que par l'examen de l'urine et à l'aide d'autres renseignenieus, on parvienne à connaîlrela nature du calcul, on cherchera à le ramollir ou à en opérer la dissolution. Ensuite on éloignera autant que possible toutes les causes qui pourraient euilammer la poche rénale et augmenter la sécrétion de l'humeur du bassinet et des calices. Si la tumeur, développée sans avoir été précédée de symptômes propres aux coliques néphrétiques, et par l'occlusiou de l'uretère, peut être attribuée à un vice de conformation , on essaiera de faciliter le cours de l'urine à l'aide de légèi-es frictions, d'une douce compression sur la tumeur, en faisant prendre au malade diverses attitudes.
Le docteur Kœnig a conseillé de pratiquer une ponction à ces tumeurs hydrorénales à l'aide d'un trois-quarts, toutes les fois qu'elles s'élèvent sensiblement et qu'elles présentent évi demment de la Iluctualion, ainsi que cela se fait pour l'hydropisie de l'ovaire. Un tel conseil ne doit pas être suivi tout d'abord, quel que soit le volume de l'hydronéphrose d'un des reins; car cette maladie est compatible avec l'exercice régulier des principales fonctions ; elle ne compromet évidemment ni la santé ni la vie ; et d'un autre côlé, après la ponction on a vu la poche rénale s'enflammer , une péritonite survenir et les malades sucçoraber (i). Mais si, tant que la poche rénale est
(i) Martins {Médical Comment., vol. ix. — How-ship, ouv. cité, p. 3i) fait mention d'un cas dans lecpiel on retira d'une semblable tumeur, par la ponction, dix pintes d'un liquide s.ingninulenl. Cette mcïme tumeur s'étant remplie de nouveau ; deux ans après, ou fit la même opération, mais cette fois on fit l'ouverture de la tumeur avec une lancette au lieu d'uu trois-quarts , le liquide coula dans la cavité du bas-veulre, et la malade mourut peu de jours
UYDRONÉPHiiosE {Jiisloriqué). 485
noa douloureuse , on doit se dispenser de recourir soit à la ponction , soit à l'incision de la tumeur, il en est autrement lorsque les parois de la poche s'enflamment, lorsqu'elles paraissent se ramollir ou se perforer; il faut recourir aux sai- : gnées locales et générales, aux bains et aux cataplasmes émol- 1 liens, et en même temps évacuer par des lavemens et des purgatifs les matières amassées dans le gros intestin. Si les acci- : dens persistent, s'il survient des frissons, si la douleur lomh baire est plus vive ou plus continue, il devient nécessaire 1 alors de frayer au dehors une voie au pus ou à l'humeur sér reuse et purulente accumulée dans le bassinet et les calices.
Historique et observations particulières.
§ 834. J'ai pu rassembler et comparer un assez grand nom- ; bre de cas d'hydronéphrose. D'après l'auteur d'un mémoire • sur riiydropisie des reins, inséré dans le Londo7i médical re- ; fository, vol. xix , p. 4i, il paraîtrait que Piudolphi et Frank ont les premiers employé la dénomination à' hydropisie des reins (i) pour désigner ces cas. Johnston (a) lui donna le ; nom de distension hydrorènale (hydrorenal distension).
§ 835. Les exemples d'hydronéphrose simple ou d'un des t reins sont moins rares que ceux d'hydronéphrose double. . Parmi les cas d'hydronéphrose simple chez l'adulte ou le » vieillard, je citerai les suivans :
Tulp {3j dit qu'un homme était régulièrement afleclé d'ischurie à l'époque de la pleine lune , et qu'après sa mort on trouva le rein gauche aussi grand que la vessie uriuaire. Hal-
après.A l'ouverture du cadavre, ou trouva que le rein gauche, dont l'uretère était complètement oblitéré, formait un énorme sac qui renfermait le liquide
' évacué à chaque opération.
(r) La pyélite chronique suppnrée a élu aussi désignée sons le nom d'Ay-
< dropisie séio-puruleiite du rein (Howison. Edinb. med. and sur. journ., yol.
I xvm, p. 557); cette dénomination me parait fautive.
(2) Med.chir.lrans. 3u]j i8i6.
(3) Tulp. (W.). Ois. incd., lib. ii, p. i68, Amslœlodami, in-ia, Ischuria luuatica.
486 iiYDRONÉPHRosE {liisloriqué).
1er (i) rapporte que chez une femme hydropique il s'était formé, depuis plusieurs années, une tumeur au-dessous du nombril. Après la mort, on vit que cette tumeur était formée par un des reins dégénéré en un sac membraneux, blanc, rempli d'eau. L'autre rein était entièrement sain et dans sa position naturelle.
Mon fils, dit Jean-Pierre Frank (2), a trouvé, sur le cadavre d'un jeune homme, mort à l'hôpital de \'ienne, le rein gauche dilaté, au point qu'il remplissait toute la cavité abdominale. Il contenait plus de soixante livres d'un fluide plutôt aqueux qu'urineux. Il ne x-estait de sa substance que la membrane propre. La pièce est déposée au Muséum analomiquede Vienne.
On peut rapprocher de ces faits l'observation recueillie par le docteur Reynaud (3) d'une énorme dilatation du rein gauche, transformé en une poche qui contenait une grande quantité de liquide plus pâle que l'urine ordinaire. L'uretère correspondant était rétréci, au point qu'une épingle pouvait à peine être introduite dans sa cavité. Le rein droit était plus volumineux que d'ordinaire. Le malade qui présenta cette altération du rein, était mort accidentellement et des suites d'une fracture de l'orbite. Il est très probable que l'altération du rein gauche n'exerçait aucune influence fâcheuse sur la santé du malade, le rein droit le suppléant dans sa fonction.
M. Piorry (4) a montré à ses élèves, en 1852, un rein droit énormément dilaté et ayant un pied de longueur sur cinq à six pouces de largeur; cette altération était la suite d'une obstruction de l'uretère correspondant par un calcul.
§ 836. La dégénérescence cancéreuse de l'utérus est une des causes les plus fréquentes de la rétention de l'urine dans les uretères, pl par suite de leur dilatation, et de la dilatation du bassinet et des calices, et enfin de l'atrophie du rein.
Chez une femme de 4o ans qui mourut à l'hôpital de la
(i) Gœttingen gel. Anzeigen 1777, S. 1196,
(a) Frank, De curai\d. homia. tfiorbis, vol. vu, secl. 1, § 743.
(3) Journ.hebdomad,, t. i, p. 8i .i 8g.
(4) Gazelle des hôpilaux, i832, p. 45 1.
iiYDRONÉP^ROSE {simple). .487
Charité d'un cancer de l'ulérus, la dilatation du reiu fut portée à un tel point , qu'elle donna lieu à une tumeur fluctuante et bosselée dans la région lombaire du côté droit. Dans ce cas l'uretère fut comprimé par des ganglions lymphatiques indurés et augmentés de volume qui se trouvaient entre l'ulcrus et le muscle iliaqiie. Le rein était dans le même état que dans les cas précédens : le liquide contenu dans le bassinet était jaunâtre et sans odeur. L'uretère du côté gauche n'était point dilaté; le rein correspondant était un peu pâle.
J'ai vu un autre exemple de rétention d'urine dans le rein et l'uretère, chez une femme atteinte d'une énorme ulcération cancéreuse de l'utérus; c'était encoi'e le rein droit qui était 9^eclé, mais il était pourvu de deux uretères; un d'eux, très 4ilaté, avait presque la dimension d'un intestin grêle : c'était celui qui recevait l'urine de la partie inférieure du rein; l'autre çivaitsa forme et son calibre ordinaires.
Chez une troisième femme, morte d un cancer de l'utérus, les reins excessivement pâles avaient subi un commencement de distension; les uretères, dilatés, gros comme le petit doigt, avaient la dimension de l'intestin grêle d'un enfant. Le bassinet du rein gauche était tellement plein de liquide que les mamelons étaient complètement affaissés.
§ 837. Chez des nouveau-nès on a plusieurs fois observé des cas d'hydionéphrose d'un des reins. Bonet (i) cite dans son
(1) « Ante sex circîter septimanas accessit me cliirurgus , indicans nlonstrosum fcBtum pridie natum esse, etc. Cum corpusculum detegerem, vidi ingentcm tumorcm in abdominis regione sub bypochondrio sinistro, et facta 4i$secaudi copia adsumpsi iuibi comitem clariss. dom. BorricLium, a quo rogatus cujusaam partis tumorem illnm esse crcderein ? accusavi iicuem : ille vcro bcpatis boc vitium esse indicavit.
Aperto abdomine cum magnâ circuraspectione, invenimus hepar mole suâ natoralcm quantitatem non exoedere,utnec ventriculum, nec lienem : cumque intestina tenuia non statim apparerent, credebamus primo intnitu naturam involucro membranoso eadcm obvolvisse, et a reliquis abdominis visccribus séparasse. Sed cum eadcm repcriremus detrusa versus os ilium dcxtrum, in ■lias incidimus cogitationes : nam veûis magnis per superficiem spnrsis praditus erat lumor, et in cjus parte superiore aliquid ïubicundi, instar pla-
488 HYBRONÉPiiKosE {simple).
Sepulcrclum, le cas d'un enfant nowveau-né , dont le l ein droit, transformé en une membrane épaisse, formait une tumeur sensilile extérieurement. L'uretère de ce rein était complètement obstrué.
Obs. I. — Hydrouéphiosu du rein gauclie dira un nouvcau-nô; oblitération de l'uretère correspondant. - (Billard. Traité des mal. des nouveau-nés, j). 434, iu-8; Paris).
Jules Martin, âgé de quatre jours, entre le 23 février à l'infirmerie. Il est fort, ses tégumens sont très colorés ; il porte à la région lombaire une tumeur arrondie, molle au toucher, offrant à son centre une excoriation rougeâtre, et à sa circonférence un bourrelet dur, rouge, inégal. L'enfant resta à l'infirmerie pendant un mois; durant ce temps, il maigrit et s'étiole insensiblement; il a le dévoiement et des vomissemens abondans , son cri est toujours faible et sa circulation très lente. Enfin, il meurt le ai mars. On trouva à l'ouyerlure du cadavre un épanchement considérable de sérosité dans les ventricules latéraux, le long du rachis et dans la tumeur qui existait à la région lombaire au niveau d'un écartement des apophyses épineuses des dernières vertèbres lombaires et des premières sacrées. L'appareil digestif n'offrait rien de remarquable, mais l'appareil urinaire présentait la disposition suivante. Le reiu gauche consistait en une masse , grosse comme un œuf d'oie, de lobules seini - transparens irrégulièrement agglomérés, et qui formaient autant de petits kystes pleins d'un fluide blanc et inodore. Ces kystes communiquaient tous entre
ceutae uteriuœ npparebat : uude, quaoquam masculus essot fœtas, sperabamns uternm hic nos inventiiros et in eo ferlasse fœtiira; coque inagis quod in fine cprncreinus pnrticulam, qualis est ala vespertilionum, cum tuba et teste iu mulioribus. Sed, apcrto tumore, inTenimus enm repletnm fuisse copia seri ingenti : ven.is cxaminando deprebendimus cas e trunco cav.is .^tatim sub liepalc originem traliere, tandemque deprebendimus rencm dexirum iu cjusmodi molein cxcrevisse et tumorem illum efformasse , qui tamen rcn et a figura <ii.4uaturali et a substantia plurimum discrep;ibat, cum crassissiui.f luembrnuic erat admodum similis ; iircter quoqiie dexter plané erat in)pervius(Joau. van Home. inEpislol, fi.irlliul. cent. 3,ejijst. Si. —.Souet. Sepulcret., 1. 11, p. 290).
HYDRONÉPHROSE [simple). 4^9
eux ; les plus voisins du bassinet s'ouvraient dans ce réservoir, qui. lui-même était rempli d'un Iluide semblable au précédent. Le rein n'offrait aucune trace de sa texture naturelle. Cependant, vers sa scissure, on remarquait vine couche de tissu cellulaire assez épaisse et comme condensée. C'était dans ce tissu que venait se terminer, en s'oblitérant, la veine etl'artère rénale. J'ai cherché vainement la connexion de l'uretère avec le bassinet; celui-ci formait un véritable cul-de-sac sans débouché. L'uretère était bien développé près de la vessie, où il s'ouvrait
i comme à l'ordinaire; mais en remontant vers le rein, on le voyait dégénérer en deux petits cordons très minces, bifurqués
, et nullement perforés, et près du bassinet ces filamens se multipliaient et s'appliquaient au rein en forme de patte d'oie. Le rein droit était plus développé qu'à l'ordinaire; la vessie
1 très peu dilatée contenait de l'urine trouble, dans laquelle se
i trouvait une grande quantité de petits graviers, fins comme du
• sable; les poumons étaient un peu gorgés de sang , les ouver- , lures fœtales étaient oblitérées.
§ 838. Le cas d'hydronéphrose d'un des reins le plus reraar- . quable qu'on ait observé jusqu'à ce jour, est peut-être celui
• qui est rapporté par M. Glass (i). La mère de la jeune fille i chez laquelle le cas fut observé, avait été hydropique pendant s sa grossesse; l'enfant naquit avec le ventre rempli d'eau; ; mais du reste elle était saine. Quoique la maladie fit des ( progrès à mesure que l'enfant se développait, elle atteignit i l'âge de 23 ans. Le ventre était extrêmement gros ; mesuré après 1 la mort, il avait six pieds quatre pouces de pourtour et un peu I plus de quatre pieds, depuis le cartilage xyphoide jusqu'aux os I pubis. Huitmois avant sa mort, les règles de cette jeune fille cess sèrerit En ouvrant le ventre, il sortit environ trente gallons de l liquide (un gallon contient quatre pintes de Paris), de couleur i café. Un grand sac membraneux, qui avait contenu ce liquide, « était en partie adhérent à la paroi antérieure de l'abdomen et en « occupait toute la capacité. Pour son aspect, sa couleur, son épais-
(r) Philosopli. iransact., vol. xr.iv, n. 482, p. 337. — Howship. Ouv. cité \ p.3i-33.
49» HYDKOWÉPHUOSE {shiplé).
seur, Je nombre, la grandeur çtla dislributiou de ses vaisseaux sanguins, ce sac ressemblait à l'utérus d'une vache sur le point de mettre bas. Toute la surface interne était rude, comme ■écbaudée , et renfermait encore une certaine quantité de liquide couleur c^fé. Antérieurement et à gauche, on découvrit l'orifice d'un conduit qui entrait obliquement dans la cavité du sac, et dans lequel on pouvait facilement enfoncer le tuyau d'une plume d'oie. Ce canal passait dans l'étendue de douze pouces, entre les membranes du sac, dans une direction oblique, de bas en haut et de gauche à droite , puis il se recourbait en bas et passait entre les duplicatures du ligament large de la matrice pour s'insérer dans la vessie.
Le rein gauche, ses vaisseaux sanguins et son uretère étaient dans l'état naturel. La vessie était très petite, mais saine.
Il n'existait aucun vestige du rein droit, et très probablement ^ tumeur n'était autre chose que le rein droit lui-même; car elle recevait de l'aorte et de la veine cave des vaisseaux qui se distribuaient sur les parois de ce sac.
§ 83g. Les deux observations suivantes n'offrent pas moins d'intérêt. Dans l'une, la mort fut la suite prompte et inévitable de l'obstruction des deux uretères par deux calculs; dans l'autre, l'hydronéphrose était compliquée d'une dégénérescence cancéreuse de la vessie et d'un des uretères.
Obs. II. — HydroDépbrosc très considérable formée dans le rein droit, à la suite de l'obstruction de l'uretère par un calcul; anurle complète à la suite de l'obstruction de l'uretère gauche ; mort (Atlas, Pl. xxi).
M. V , âgé de 64, avait ressenti, à l'âge de 22 ans, dans
la région du rein droit une douleur qui se propageait obliquement vers la vessie en suivant la direction de l'uretère; cette douleur persista et augmenta de plus en plus, et les iirines étaient parfois sanguinolentes, et même quelquefois d'une teinte noirâtre; le malade était pâle et maigre. Peu-àçeu l'ufine cessa d'être sanguinolente et reprit ses caractères
ordinaires, et la santé de M. V devint très bonne; et,
pendant une longue suite d'années, il jouit d'une santé florissante. Pendant l'hiver de 1828, il contracta une bronchite qui
HYDRONÉPiiRosE {simple). /191
persista plusieurs mois, et au printemps dei833 une névralgie sciatique.
M. V commença vers l'année 1820 à acquérir de l'embonpoint qui augmenta de plus en plusj le volume du ventre prit un accroissement fort remarquable, et dans les derniers temps surtout ce volume du ventre le gênait considérablement dans la marche.
Le 18 septembre i834, M. V éprouva dans le ventre
un malaise qui l'obligea à s'aliter ; des douleurs se faisaient sentir dans tout l'abdomen , mais surtout vers la région du rein gauche. Cette région était douloureuse au toucher: le malade n'urinait point , n'avait même aucune envie d'uriner , et la ves-
sie n'était point distendue. Pendant dix jours M. V n'eut
aucun besoin d'uriner , et au bout de ce temps seulement il iiendit deux verres d'une urine citrine. En examinant le ventre, M. Hamel et moi, nous constatâmes Ja présence d'une tumeur volumineuse qui s'étendait obliquement de l'hypochondre droit vers la fosse iliaque gauche. Cette tumeur présentait une fluctuation obscure : nous pensâmes qu'elle était formée par le rein droit distendu (ce que l'examen du corps après la mort confirma). L'état du malade devint de plus en plus grave. La langue se couvrit d'un enduit limoneux. Les traits s'altérèrent, les nuits furent agitées , le pouls s'affaiblit; il survint des hoquets et le malade expii-a le i5 octobre 1834, à neuf heures du matin.
A l'ouverture du corps, nous trouvâmes le rein droit prodigieusement distendu et converti en une poche remplie de sept livres onze onces d'un liquide filant; la tumeur avait i6 pouces de long de bas en haut; la longueur de son bord convexe était de 2^ pouces, et celle de son bord concave de i6 pouces; la tumeur avait 7 pouces 6 lignes d'épaisseur à son milieu. L'uretère, dilaté à son origine, se rétrécit bientôt subitement, et dans cette espèce d'étranglement on sentait un petit calcul engagé dans ce conduit, qu'il avait complètement obsti'ué. Audessous de cet obstacle , l'uretère reprenait ses dimensions ordinaires.
Le rein gauche était considérablement gonflé et rouge j le
49^ HYDRONÉPHUOSE (simple).
bassinet était notablement dilaté et arborisé ; l'uretère gauche comme celui du côté droit, contenait un pelitcalcul, arrèléà 5 pouces environ du bassinet. La vessie était saine, elles autres organes de l'abdomen étaient dans l'état naturel.
L'altération du rein droit rend parfaitement compte de l'ancienne maladie de M. V..., et de la cause de sa mort, devenue inévitable par la gravité de l'affection du rein gauche (le seul qui fut en état de fonctionner à la suite de l'obstruction de l'uretère).
Ob». III. — Hydronéphrose du rein gauclie; obstruction de l'uretère correspondant par un calcul; dilatation de çc conduit; tumeurs fongueu.ses développées sur sa membrane interne et dans la vessie (Atlas, Pl. nu fig. I et a).
Un homme d'une cinquantaine d'années admis à l'hôpiial de la Charité dans le service de Lerminier, portait une lumeur fluctuante, peu douloureuse, dans le flanc gauche. Cette lumeur s'affaissa, et l'urine devint sanguinolente. Mon opinion fut que celle tumeur était formée parune distension durein. Cethomme mourut quelque temps après, et j'assistai à l'ouverture du corps.
Autopsie du cadavre. Taille de 5 pieds 8 pouces , maigreur très grande, ventre plat (on ne sent plus distinctement la tumeur dans le flanc gauche).
La tête ne fut pas ouverte.
Poitrine. Une lâche laiteuse sur la paroi antérieure du péricarde; deux grands verres de sérosité trouble dans la plèvre gauche; quelques points hépatiscs dans le lobe inférieur du poumon gauche ; poumon droit engoué dans totile sa partie postérieure, d'oii beaucoup de sérosité s'écoule par l'incision.
Abdomen- Foie sain, raie petite, estomac contracté. Legrand épiploon se prolonge très bas, le colon Iransverse descend jusqu'au pubis, le colon descendant est vide. Une sonde est facilement introduite dans la vessie, et on n'y sent ni brides ni calculs. Une poche formée aux dépens du rein occupe l'hypochondre gauche,refoule la rate en haut sous le diaphragme, et desceudjusqu'à trois travers de doigt du niveau de l'épine iliaque. Cette
HYPROivrPHROSF. (simple).
tumeur est lliictuanle. Le volume de l'uretère est plus considériible que celui du pouce d'un adulte. La vessie , grosse comme le poing, contient de l'urine. La capsule surrénale, lout-à-fait saine, est placée sur la face antérieure de la poche rénale, près de sa partie supérieure. Cette poche a près de huit pouces de hauteur. Dans son intérieur ou trouve une certaine quantité d'une matière brunâtre, peu épaisse , sans odeur. L'uretère contient la même matière.
L'intérieur de la poche n'offre ni injection, ni dépôt de matière blanchâtre ou purulente. Sur plusieurs points de la face interne delà tumeur, on voit des plaques de fibrine, jaunâtres, décolorées et adhérentes à la poche. Les substances rénales ont complètement disparu par suite de la distension du bassinet et des calices. Les calices sont transformés en loges, de grandeur variable , qui viennent aboutir au bassinet qui n'est pas dilaté en proportion. Les parois de l'uretère ont à-peu-près ia largeur et l'épaisseur de l'aorte. A la face interne de ce conduit et supérieui-ement, on voit plusieurs petites fongosités dont le volume varie depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à celui d'un petit pois.
La membrane muqueuse de l'urelère dilaté est assez consistante pour pouvoir èlre facilement disséquée dans toute l'étendue de ce conduit. Les petites tumeurs fongueuses sont implantées sur cette membrane ; au-dessous d'elle, la membrane fibreuse de l'uretère a l'apparence du tissu fibreux des artères sans en avoir l'élasticité. On peut le séparer assez facilement en plusieurs couches (Atlas, Pl. LUI, fig. 3). L'épaisseur de cette tunique fibreuse étaitconsidérable. Dans l'intérieur de l'uretère, près de son embouchure dans la vessie , existe un calcul, semblable poUr le volume à une noix de galle, coloré en noir : près de ce calcul on voit de petites fongosités, rouges et molles, et que leur vascularilé et la continuité de leur tissu avec la membrane de l'uretère ne permettent pas de confondre avec la fibrine déposée en quelques points sur les parois de ce conduit.
La membrane interne de la vessie présente de petites fongo- .sités vers les orifices des uretères, plus du côté gauche que du côté droit, et tout près de l'orifice de l'uretère gauche.
/|94 HYDRONÉPHROSE (double).
Le calcul, situé à l'extrémilé inférieure de l'uretère, qu'il obstruait complètement , avait neuf lignes de longueur ; il était ovale, noir et surmonté d'aspérités; sa couche corticale se brisa d'elle-même et paraissait composée de sang desséché. La masse du calcul était grisâtre et composée de phosphate de chaui. L'urèthre était sain.
Le rein droit d'un volume ordinaire, grenu à aa surface, présente quelques points injectés et d'autres anémiques. Les membranes du fein s'enlèvent difficilement et entraînent avec elles un peu dê substance corticale; l'urelère, le bassinet et le calice étaient sains.
5840. Les cas A'hijdrnnèjihrosc doulle ne sont pas très rares, soit chez l'homme, soit chez les animaux.
Ruysch (i) a rapporté un cas de double hydronéphrose , observé sur une brebis. J'ai trouvé une semblable altération chez un chién. P. Jalon (2) a observé une double hydronéphrose, chez un enfant de 10 ans, auquel un chirurgien avait extrait à l'âge de 7 ans un calcul an'êté dans l'urèlhre et qui avait produit une rétention d'urine.
On lit àansV flisioire de la Société royale de Médecine (Années 1780-1781 , page 272) un cas de double hydronéphrose, observé chez une femme, âgée de 4o ans. L« rein droit formait une masse molle, membraneuse, qui avait huit pouces de long et cinq pouces de large. La partie supérieure delà tumeur présentait des bosselures semblables à des cii convoi ulions intestinales- Cette tumeur contenait une grande quantité de sérosité et quatre calculs assez gros. Elle parut composée de plusieurs cellules membraneuses qui s'ouvraient les unes dans les autres. Pour découvrir le rein gauche, dont on n'apercevait pas de traces, il fallut suivre l'uretère, lequel conduisit presque près du diapliragine à un petit sac membraneux qu'on reconnut être le rein- Ce sac renfermait quelques cellules, et avait un
(1) Rnyscllii. Muséum anatoinicum,\>. r46.Tlieca C.Repertor. 5, n. 4 et 5 {expansio renum - hernia rcnalis).
(2) Jalon (P.). Obs. de urina: incontinentia. — Ei>bera.nat. cur.Doc. 2, ann. 2, obs. 129, pag. 290.
HTDRON^PHROSE [doubk). 49^
peu plus d'épaisseur et de consistance que n'en avaient leà membranes du rein droit. On y voyait quelques restes de mamelons déformés, mais il n'étaitplus possible de distinguer les deux substances qui constituent le rein. Les membranes de ce sac contenaient de la sérosité et un calcul de la grosseur d'un pois» Hallé (i) a observé un cas d'hydronéphrose double chez Une femme âgée d'une quarantaine d'années. Cette hydronéplirosè avait été occasionée par des calculs rénaux j déux ans avant là mort de la malade on avait reconnu une tumeur dans le (làll& droit. La mort survint après des accidens graves, que l'auteur
< désigne sous le nom de fièvre maligne, et qu'il attribue plutôt à à de violens chagrins éprouvés par la malade qu'à la double a afiFection des reins.
% 841. Une double hydronéphrose peut être la suite d'uil r ince de conformation des uretères qui apporte un obstacle plus . ou moins considérable au cours de l'urine.
< Obs, IV. — Hydronéphrose double, suite d'un yice de conformation de*
uretères (Atlas, Pl. xxni).
î"rancois.Ham, âgé de 17 ans, entra à l'hôpital de la Charité, 1 le il janvier i836. te malade d'une constitution chétive, rai chitique, amaigrie, ne paraît pas avoir plus de i3 à 14 ans; ses i jambes sont arquées, et il est obligé de se servir de béquilles [ pour marcher. Son enfance a été presque continuellement ma- I ladive, bien qu'il ne puisse préciser aucune affection dont il ait ' été atteint, une exceptée sur laquelle nous allons insister toutlà-l'heure. Il n'a jamais eu de jaunisse^ ni de fièvre intermittente, ni d'attaque de nerfs.
Il accuse une douleur dans la région rénale gauche, seulement en avant, douleur qui existe depuis sept ans, qui s'est ■ montrée à différentes reprises par crises, quelquefois ac- 'compagnée de vomissemens. Plusieurs applications de sahgfisues ont été faites loco dolcnli, et on voit sur le flanc gauche les )petites cicatrices, résultant des piqûres; jamais ce jeune l'homme n'a rendu de graviers; l'excrétion de l'urine n'a jamais
(t) Hist, detaSoc. royalcde Médécine, 178901 1781,11. 272.
49^^ HYDUOlVJÎPHnoSK {douhhi).
été suspeudue, ni douloureuse; il se rappelle avoir uriné du sang noir il y a deux ans environ , au milieu d'une crise plus violente que les autres , et qui fut accompagnée de vomisseinens. L'hématurie a continué pendant trois jours ; jamais il n'a éprouvé de douleurs du côté droit.
A part celte affection , aucun organe ne paraît particulièrement malade; la respiration se fait bien; la circulation ne présente rien d'anomal ; le tube digestif semble sain ; il y a seulement de la constipation.
En pressant sur le ventre, dans la région du flanc gauche, on détermine une légère douleur. Le ventre est arrondi et plus volumineux qu'à l'ordinaire. Le flanc gauche est saillant. On fait placer ce jeune homme à quatre pattes; et à côté des vertèbres, la région lombaire , au lieu d'offrir, comme dans l'état sain , une sorte de gouttière , est bombée , et présente une voussure. On presse le flanc et on y sent de la fluctuation; ou le percute latéralement et antérieurement, et le son est mat dans une étendue grande au moins comme la paume de la main. On ne détermine aucune douleur dans la tumeur en pressant fortement avec les doigts le long de la colonne vertébrale; point de douleur dans les bourses, ni dans la cuisse gauche. Le côté droit est complètement indolent. Les urines, très légèrement acides, sont ti'ansparentes , peu colorées, absolument semblables pour la couleur à de la limonade ; traitées par la chaleur et l'acide nitrique, elles ne se troublent pas. Je portai pour diagnostic : hydronéphrose du côté gauche. Le i4 janvier, on constate àvec encore plus de précision la présence d'une tumeur dans le flanc gauche.
Les ui'ines, examinées de nouveau le iC janvier, sont toujours claires et ont la couleur d'une limonade. La quantité est ordinaire; l'émission n'en est point douloureuse; elles sont légèrement acides : traitées par l'acide nitrique et la chaleur, elles se troublent très légèrement. Même état des autres fonctions.
Le 21 janvier, sans cause connue, rétention d'urine. A la visite du matin, le malade n'avait pas uriné depuis la veille, trois heures de l'après-midi. La vessie remonte jusqu'à l'oni-
MYDBONKPHROSE {(huhîé). Zl'97
bilic. Une soude pénètre dans la vessie sans rencontrer d'obstacles, et l'on extrait un grand bassin d'urine semblable, pour la couleur, à l'humeur que l'on retire de certaines asciles, ou à une solution gorameuse un peu filante , de saveur extrêmement fade et n'ayant nullement l'odeur urineuse. On constate la présence d'un peu d'albumine dans cette singulière urine.
Pendant les cinq jours suivans, on fut obligé de sonder le malade deux fois en vingt -quatre heures. Une fois seulement il urina seul avec beaucoup d'efforts, mais sans douleur. La proportion du liquide rendu fut au moins triple de celle des boissons ingérées. Douleurs dans le ventre {trois , applications de sangsues , la première de douze , la deuxième de six, la troisième de huit; bains de siège); amendement dans ■les douleurs , mais faiblesse générale plus grande. ; Le 96 janvier, au matin, '.on trouve le malade couché sur le kcôté , les yeux à demi fermés , la face profondément altérée , rayant de l'écume à la bouche, accusant, par ses cris, des douleurs qu'il dit être générales, mais beaucoup plus vives que par- '.out ailleurs, dans l'épaule et le bras droit- Les pupilles sont très iilatées, mais elles se contractent à l'approche de la lumière ; la respiration est haute et suspi rieuse, sans râle; pouls petit, fréquent (iio pulsations); le ventre n'est point douloureux. En palpant la tumeur du flanc gauche, ou reconnaît qu'elle a :onsidérablement diminué de volume ; elle ne fait plus de saillie en arrière , sur les côté.<t de la colonne vertébrale. Les douleurs mt commencé au milieu de la nuit; il n'y a, du reste, ni Vissons , ni hoquet, ni vomisseraens : les selles ont été natuelles; rien enfin n'annonce une rupture delà poche dans le péritoine, dans l'intestin ou dans le tissu cellulaire ; rien non plus ne semble pouvoir expliquer l'intensité et la gravité des lymptômes.
Le a 7 janvier , à la visite du soir , l'affaissement était noindre; ce matin, l'amélioration est en apparence encore ilus notable; le malade a uriné seul et il a dormi un peu; la louleur du bras a disparu; il n'a eu ni hoquets ni vomissenens ; respiration moins pénible et moins haute ; pouls moins )etit et moins fréquent; l'urine a une odeur ammoniacale pro- III. 3a
/198 HYDRONÉPHROSE (double).
noncée(le malade avait peut-être uriné, malgré mes recommandations, dans un urinai mal lavé).
Le 28 janvier, à la visite du soir, face rouge , fièvre ardente. Ce matin, agonie , tremblement des mâchoires , face bleuâtre yeux à demi fermés, affaissement complet , respiration suspirieuse, élevée, avec gros râle muqueux dans toute la poitrine et qui s'entend même à distance. Mort à raidi.
Autopsie du cadavre.— âbdomm. A l'ouverture du bas-ventre il ne s'échappe point de liquide. On n'aperçoit aucune trace d'inflammation dans le péritoine. Le colon transverse a sa position naturelle ; l'intestin grêle est refoulé du côté droit par une tumeur qui a son siège à gauche, et au-devant de laquelle passe le colon descendant. Après avoir enlevé l'intestin, on aperçut une tumeur qui s'étendait de haut en bas , depuis la dixième côte jusqu'à deux travers de doigts au-dessus de l'épine iliaque antérieure et supérieure. Dans toute sa longueur le colon ascendant lui était accolé. Au niveau du tiers inférieur de la tumeur cet intestin est rétréci de manière à ne plus présenter que le volume d'une grosse corde, et, cela, dans l'étendue d'un demi-pouce environ. Dans le sens transversal, la tumeur présente son plus grand diamètre à la partie moyenne environ de sa hauteur, et se rapproche beaucoup de la ligne médiane, vers laquelle s'avance du côté droit une tumeur àpeurprèa de même forme que la précédente , mais qui lui est bien inférieure en volume. Entre ces deux tumeurs, se trouve la troisième portion du duodénum, ainsi que le commencement de l'intestin grêle.
Les reins étaient transformés en deux poches d'un inégal volume. A droite la tumeur du rein paraissait être à un degré moins avancé de dégénérescence que la tumeur rénale du côté gauche.
La poche formée par le rein gauche , avait environ 7 pouces de hauteur, 5 pouces et demi dans la plus grande longueur, et 2 pouces et demi environ d'épaisseur. Pour l'aspect de la tumeur, figurez - vous une vessie aplatie, bosselée el remplie de liquide. La poche se compose de deux parties continues: l'une est le rein proprement dit, qui a subi une dilatation énorme; l'autre est le bassinet, dont la disten-
HTDRONJîPiiROSE (doubk).
sion est proportionnellement plus grande encore. La substance rénale est complètement disparue. Le rein dégénéré n'est plus qu'une poche membraneuse , mais ayant conservé sa forme primitive, avec de nombreuses bosselures représentant les lobes dont le rein se composait. Les parois de la poche étaient blanchâtres, très minces en quelques points, semi-transparentes. Dans deux ou trois bosselures l'absorption de la substance corticale n'a pas été complète, et il en reste quelques débris . d'une ligne environ d'épaisseur. Ces bosselures ont une couï leui' brun-rougeâtre. Toute la poche est distendue par du ': liquide; elle se laisse déprimer, et l'on y sent de la fluctua- : lion j on perçoit aussi en quelques endroits la sensation de 1 brides extérieures qui traversent la tumeur ; dans les sillons des I bosselures, on trouve quelque peu de tissu cellulaire jaunâtre ; ; la partie supérieure de la tumeur est surmontée par la capsule surrénale , qui est aplatie, et n'offre , du reste , rien de reraar- , quable.
La seconde partie de la poche (le bassinet) est également ; distendue par le liquide. Elle est blanchâtre, et d'un blanc plus mat, partout uniforme, sans saillies, sans bosselures. Les parois du bassinet semblent être devenues plus solid(!S , plus serrées. De la partie inférieure de la tumeur part l'uretèi'e, qui a ses . dimensions ordinaires.
: La poche ouverte à sou côlé externe, dans toute sa hauteur, il s'en écoule à-peu-près une pinte d'un liquide transparent, : blancjaune, dont l'analyse sera donnée plus loin. Dans ce liquide on ue voit flotter aucune fausse membrane j partout il est homogène ; seulement on y rencontre de petits grains presque noirâtres, arrondis, assez semblables à des grains de plomb ordinaire ou extrêmement fin 3 ils s'écrasent sous le doigt. Ces grains sont agglomérés au fond de loges que nous - allons décrire. L'iulcrieur de la poche est divisé en plusieurs i loges (calices dilatés) communiquant entre elles par l'intermé- « diairc du bassinet. Les parois de la poche sont formées par la ' tunique fibreuse du rein, et par la membrane du bassinet et I des calices, distendues et d'un blanc mat. Cette couleur blan- I che est très prononcée, et ressemble à la teinte des intestins
5oO HYURONKPHROSK (cloub/e).
qui ont long-temps macéré dans le liquide d'une ascile. Aucune rougeur, aucune arborisation sur les parois de cette poche, qui ne contient ni pus, ni sang, ni fausse membrane; enfin aucune trace de pyélite.
Quant à la cause de la rétention du liquide dans la poche rénalie , la voici : lorsqu'on injecte, de bas en haut, un liquide par l'uretère , au point oii il a été séparé de la vessie, ce liquide arrive dans la poche, non directement et par un orifice large et en entonnoir comme à l'état normal, mais après avoir serpenté dans l'espace d'un pouce sous la tumeur ; ensuite il pénètre dans la poche par une ouverture d'une ligne environ d'étendue, bridée par une bande linéaire , tout-à-fail semblable à une valvule veineuse, et sort par un jet petit et contourné. Lorsqu'au contraire l'on verse l'eau dans l'intérieur de la poche , elle y reste et ne s'échappe point par l'uretère. Remarquez cependant que l'obstacle ne devait point être complet pendant la vie, puisque jamais avant l'entrée du malade à l'hôpital, il n'y avait eu de rétention d'urine et que la rétention d'urine des derniers jours n'avait pas lieu dans le rein, car avec la sonde on retira tous les jours de la vessie une quantité énorme de liquide. Il y avait donc là un rétrécissement de l'orifice interne de l'uretère , rétrécissement résultant non d'un travail inflammatoire , mais d'un vice de conformation, et qui pendant la vie n'apportait qu'un obstacle incomplet à l'arrivée de l'urine dans son réservoir naturel.
Le rein droit, également transformé en poche, est moins volumineux que le gauche. Du reste, les mêmes lésions s'y rencontrent, seulement à un degré moins avancé. Ainsi, la hauteur de la poche rénale n'est que de cinq pouces ; la largeur d'un peu moins de trois pouces , l'épaisseur d'un pouce et demi. Sur la portion de la poche qui correspond au rein, il reste beaucoup plus d'îlots de la substance corticale que sur le rein du côté opposé. Ces petits îlots ont la couleur brunrougeâlre de la substance corticale un peu altérée. Du tissu cellulaire jaune et assez épais comble les intervalles qui séparent les îlots des calices dilatés et disposés en loges. Le liquide contenu dans la poche est en apparence de même nature que
HYDRON^PHROSE {doublé). 5oi
celui qui était renfermé dans la poche rénale du côté opposé j, on en retire un verre. Même teinte complètement blanche de la membrane interne du bassinet et des calices; aucun vestige d'inflammation récente.
L'uretère est dilaté comme le tuyau d'une grosse plume à écrire; ses membranes sont amincies et transparentes. Vers son orifice supérieur il présente un petit coude avec étranglement , qui gène le cours de l'urine dans son intérieur, mais qui ne l'arrête point tout-à-fait. Injectée de bas en haut, l'eau pénètre dans le bassinet par une très petite ouverture de la dimension d'un point lacrymal. Il y a donc de ce côté un rétrécissement considérable qui a produit des effets moins marqués que celui du côté opposé , puisque la substance du rein est moins complètement atrophiée. Il n'y avait pas rétention habituelle d'urine dans le bassinet , malgré l'obstacle i puisque la dilatation et la désorganisation du rein étaient moins prononcées que du côté opposé.
Tête et rachis. Concrétion fibrineuse dans le sinus longitudinal supérieur. Du côté gauche , quelques adhérences anomales entre les deux feuillets de l'arachnoïde. Le tissu cellulaire sous-arachnoïdien n'est point infiltré ; le cerveau est assez ferme, et il n'y a que très peu de sérosité dans les ventricules latéraux.
La moelle épinière, examinée avec beaucoup de soin, ne présente rien d'anomal. Il n'y a dans le canal rachidien qu'un peu de sérosité au niveau de la queue de cheval; mais elle a dû s'y porter par la position donnée au cadavre.
Poitrine, Le cœur a un petit volume ; à la partie antérieure du ventricule droit on remarque une plaque allongée ; il y a quelques points cartilagineux dans la valvule mitrale, et un petit caillot décoloré dans le ventricule droit.
La partie supérieure du poumon gauche oflfre un commencement d'engouement, moins manifeste dans tout le reste de l'étendue de ce même poumon, quoiqu'il paraisse congestionné. Dans le poumon droit, cet état de congestion ne se remarque qu'à la partie inférieure. Il y a un peu d'emphysème dans le bord antérieur des deux poumons. Les bronches ont une rou-
502 HYDIlOKliPHnoSE (doubk).
geur assez vive, et ne contiennent qu'tine très petite quantité de mucus.
M. Guibourt a bien voulu analyser les liquides contenus dans chacune des poches rénales et celui que nous trouvâmes dans la vessie.
Le liquide contenu dans le rein droit était trouble , d'une odeur d'œufs gâtés, formant par le repos un dépôt blanc, abopdant; le liquide surnageant, très peu coloré, filtrant diiïïcilement et filtrant trouble (pes. sp. i, 0114). L'action delà teinture de tournesol est nulle. La matière qui reste sur le filtre a la forme d'un mucilage liquide, retient l'eau avec opiniâtreté et ne la cède pas au papier gris par la pression. Ce mucus desséché exhale une odeur d'urine et cède à l'élher une forte proportion de matière grasse , fusible à une basse température, et que l'on doit considérer comme de la graisse ordinaire mélangée avec le principe huileux aromatique de l'urine.
Le liquide fillré a été chauffé au bain-marie; il est devenu beaucoup plus trouble qu'il ne l'était; mais la matière précipitée, au lieu d'avoir la consistance concrète de l'albumine coagulée, *vait la forme de filamens muqueux. La liqueur a été filtrée , puis évaporée, et elle a formé, jusqu'à la fin, des couennes que j'attribue à un mélange de mucus et d'albumine. Le produit de l'évaporalion attirait peu l'humidité, ce qui le distinguait de l'extrait d'urine ordinaire; cependant, y ayant ajouté une petite quantité d'eau, il eu est résulté un peu de liquide sii'upeux qui s'est pris en une masse grenue par son mélange .avec l'acide nitrique. Ce liquide contenait donc une forte proportion d'urée , dont la présence pouvait être prévue d'ailleurs par son odeur d'urine; car il est à remarquer que l'urée et J'huile odorante de l'ui'ine se suivent dq telle sorte qu'on peut jusqu'à un certain point jugei- de la quantité de l'une parcelle de l'autre.
Le liquide contenu dans le rein gauche était rougeâtie et transparent; il avait formé un dépôt rouge paiaissant être du sang altéré. La liqueur filtrée pèse 1,0051; elle à une faible odeur d'urine ; elle semble rougir légèrement la teinture de tour-
HYDRONÉPHROSE (double). 5o3
» tlesol , mais cette teinte peut résulter du mélange de sa propre . couleur avec celle de la teinture.
Le liquide chauffé se trouble fortement et forme un abondant précipité d'albumine coagulée, qui cède à l'éther un peu . de matière grasse, chargée de la matière odorante de l'urine.
Le liquide filtré et évaporé est en partie sirupeux et couen- !! neux; la partie liquide mélangée d'acide nitrique se prend en . une masse cristalline tout-à-fait dure et solide. Pour m'assu- - rer davantage que cette propriété était bien due à l'urée, j'ai étendu d'eau le produit évaporé , j'ai filtré et évaporé de nout veau; mais le liquide s'étant encore fortement troublé par la j' présence de l'albumine, j'y ai ajouté un peu d'acide tartriq que; j'ai fait bouillir, j'ai filtré, j'ai évaporé en consistance $ sirupeuse , et j'ai traité par l'alcool rectifié. Celui-ci évaporé , a m'a alors produit un extrait odorant salin et déliquescent qui î offrait tous les caractères de l'extrait d'urine , et qui s'est tou- ; jours pris en masse solide et cristallisée par l'acide nitrique.
Le liquide, contenu dans la vessie, avait une couleur jaune f foncée, une odeur franche et forte d'urine. Action nulle sur le » tournesol ;,dépôt blanc beaucoup moins abondant que celui du l liqt^ide contenu dans le rein gauche. Ce liquide, évaporé, f forme un précipité bien caractérisé d'albumine coagulée ; filtré » ét concentré , il donne un extrait couenneux. Il est évident, t après l'examen du liquide précédent, que cet aspect couenneux f de l'extrait était dû à de l'albumine coagulée, divisée dans ! l'extrait d'urine. Cet extrait, ti'aité par un peu d'eau, a formé » un liquide sirupeux qui s'est pris en masse grenue par l'acide I nitrique.
Il résulte de cet examen que les trois liquides contenaient ! les principes de l'urine , et notamment l'urée qui en est la par- I tie la plus caractéristique.
S 842. Les exemples de double hydronéphrose, chez des en- I fans nouvcau-nès , sont des cas rares.
M. Moreau (i) a montré à l'Académie de médecine , le cada
(t^ Nouvelle biblioth. médicale, i8a8, tom. m, pag. i45. — Archives gêné- 1 raies de médecine, t. xtii, p. 29g.
5o4 HYDRONÉPHROSE (double).
vre d'une petite fille grèle , née trois semaines environ' ayant terme, d'une mère bien portante, et morte trente heures après la naissance. L'abdomen était distendu outre mesure. Près d'un litre de sérosité cilrine était épanché dans le péritoinel'intestin, contracté et n'ayant guère que le volume d'un lombric, ne contenait point de méconium ; la vessie, distendue jusqu'au point de monter au-dessus de l'ombilic, avait ses parois épaissies , parsemées de points rouges, et des colonnes charnues aussi prononcées que certaines vessies d'adulte; les uretères, très distendus, avaient le volume du petit doigt; les reins étaient très volumineux et simulaient deux vastes kystes pleins de liquide.
S 843. L'observation suivante recueillie par Billard est encore plus complète et plus intéressante.
0ns. V. — Oblitération congénitale de l'arètlirc entrainant une énorme dilatation de la vessie , l'élargissement des uretères et la dilatation des deux rein». — (Billard. Traité des maladies des noureau-nés, i" édition, page 436).
En disséquant le cadavre d'un enfant mort-né , que M. Dclpèche , docteur médecin à Paris, avait remis à M. Baron, le 10 juin t8a6, je remarquai ce qui suit : La tète était un peu volumineuse, les membres étaient très maigres, les tégumens flasques et un peu violacés; le ventre excessivement ballonné formait une tumeur arrondie très saillante, et présentait une sorte de cône arrondi , dont l'ombilic était le sommet. L'implantation du cordon ombilical était très large ; palpant cette tumeur, on y sentait évidemment un fluide. Le cadavre offrait du reste tous les caractères de celui d'un enfant né à terme.
On trouva^ en ouvrant l'abdomen, une vaste poche qui remplissaittoute cette cavité, les circonvolutions intestinales étant réfoulées en arrière et en haut. Sur les parties latérales et un peu antérieures de cette poche, se trouvaient appliquées et étalées les vésicules séminales dont le conduit séminifère très allongé et très mince se rendait à la partie inférieure et latérale du kyste oii se trouvaient les testicules. Enfin près du sommet de ce prétendu kyste et directement entre les deux vésicules séminales, le rectum très gros et distendu par une
HYDRONÈPHROSE [douhle). 5o5
grande quantité de méconiura , venait s'appliquer et adhérait solidement, en s'oblitérant, à la paroi de cette poche volumineuse, qu'on reconnut être la vessie énormément distendue par un fluide blanc, inodore, qui ne verdissait pas le papier de tournesol , et dans lequel flottait des mucosités blanches filantes, comme celles des catarrhe» vésicaux; la paroi interne de cette vessie était blanche et tapissée d'une couche de mucus adhérent. L'orifice interne de l'urèthre n'existait pas; en sondant le canal , je pus faire passer le mandrin d'une sonde de femme jusqu'à un demi-pouce seulement, et je reconnus par la dissection , que ce canal , se rétrécissant graduellement à partir du sommet de la verge, allait en s'oblitérant et finissait par ne plus consister qu'en un filament allongé, étroit, et perdu , pour ainsi dire , dans le tissu cellulaire du périnée. Je n'ai pas pu reconnaître la prostrate , à moins qu'on n'ait voulu prendre pour cet organe une sorte de tissu rougeâtre , appliqué sur la vessie derrière l'insertion du rectum. Les uretères s s'ouvraient parfaitement bien dans la vessie; leur diamètre i était large , et ils se rendaient en s'élargissant insensiblement j jusqu'au rein, qui, de chaque côté, était à-peu-près gros comme i unœufdepoule, etofiraitlamème structure lobuleuse que dans I le cas cité plus haut (Obs. i). Cependant les lobules étaient r moins gros , moins transparens , et se trouvaient en partie rei couverts de substance corticale ; mais les calices et le bassinet , étaient beaucoup plus larges et plus distendus qu'ils n'ont .c coutume de l'être. Un fluide blanc et inodore remplissait les 1 lobules vésiculeux qui communiquaient tous ensemble et ! s'ouvraient dans le bassinet. L'ouraque ne consistait qu'en un 1 très petit conduit oblitéré.
Il n'y avait pas d'auus , et le rectum , examiné à l'intérieur, . oflrait un cul-de-sac complet bien adhérent à la vessie; les autres organes ne présentaient rien de remarquable. Ainsi donc, chez cet enfant, l'oblitération del'urèthre semblait 1 avoir causé l'hydropisie de la vessie, et celle-ci l'hydropisie des I reins, dont le développement normal avait été entravé ou même ' suspendu. La vessie, en se distendant, et en acquérant le vo- 1 lume considérable qu'elle a présenté, semble avoir subi une aorte
5o6 HYDROITÉPHROSE {doublé).
de mouvement de bascule d'arrière en avant et de bas en haut de sorte que son bas-fond se trouvait être son sommet, et entraînant dans ce mouvement toutes les parties qui lui sont adliérentes inférieurement, elle les avait, pour ainsi dire extraites du bassin; de là les vésicules séminales et le rectum situés et adhérons à sa partie supérieure ; de là l'ouverture des uretères à ses parties latérales et antérieures. Ainsi, plusieurs infirmités sont résultées d'un premier vice de conformation, auquel ont en quelque sorte pris part non-seulement les parties d'un même appareil, mais encore les organes qui n'avaient avec ses parties que des rapports de contiguïté.
Celle observation et quelques autres déjà publiées prouvent que les excrétions du fœtus, au moins celles des voies urinaires, sont, dans l'état normal, probablement déposées dans les eaux de ramnios, puisque, lorsqu'il survient un obstacle au cours de ce fluide , il reflue dans ses réservoirs et les distend outre mesure , ainsi que cela s'observe chez les adultes.
§ 844. Je n'ajouterai qu'une remarque à ce que j'ai dit des kystes vnhat'res. Chez une femme morte de phlébite utérine, trois semaines après l'accouchement, non-seulement de petits abcès existaient dans la rate et les poumons, mais encore ily avait à l'extrémité supérieure du rein gauche une poche purulente, qui ne communiquait ni avec le tissu graisseux extérieur du rein, ni avec le bassinet. Cette poche s'élevait au-dessous du diaphragme, et formait une tumeur du volume d'un très gros œuf de poule. Le rein, ouvert de sa partie convexe à la scissure, parut sain dans les trois quarts de son étendue. La poche contenait du pus liquide et des grumeaux blanchâtres. Par sa face externe, cette poche était en rapport immédiat avec la membrane propre du rein, dont elle pouvait être séparée par la dissection. Cette poche ne pouvait être qu'un kyste urinaire ou un kyste séreux enflammé et plein de pus. Cette dernière supposition m'a paru la moins probable. Les kystes séreux des reins peu- Vent bien s'enflammer, mais ils ne sont presque jamais solitaires ; en outre , ils font plus souvent saillie à l'extérieur du rein qu'ils n'atrophient ses deux substances ; enfin ils ne présentent point les petites dépressions que nous remarquâmes là
KYSTES DES REINS. 5o'J
oii le kyste se continuait évidemment avec le bassinet; Tout porte à croire que cette poche était réellement un kyste urinaire enflammé. Un autre foyer purulent était limité en haut et en dehors par la membrane propre du rein, détachée et décollée , communiquant avec le kyste urinaire. La production de cet abcès au-dessous de la membrane propre du rein , paraissait avoir été la suite de la rupture du kyste. Dans ce foyer, on voyait des filamens celluleux, irréguliers, comme il y en a . ordinairement dans les abcès formés au-dessous de la raem- ':• brane propre du rein. Le bassinet était parfaitement sain dans I toute son étendue , et les orifices des calices , hors un , avaient \ leur forme et leur dimension normales. Les substances cortii: cale et tubuleuse étaient saines, excepté dans un point de la s substance corticale, où il existait un petit dépôt de lymphe f plastique.
Le rein droit, du poids de trois onces trois gros , était légè- I rement anémique ; lorsqu'il fut fendu , on reconnut dans son t épaisseur un petit kyste solitaire du volume d'une noix, et qui I avait les caractères des kystes urinaires. Plusieurs orifices des
< calices du bassinet de ce même rein étaient évidemment plus } petits que dans l'état normal, disposition anatomique qui est
< upe prédisposition à de semblables kystes.
Kystes des reins.
§ 845. Les kystes des reins sont de petites vésicules ou •j poches accidentelles qui contiennent une matière morbide, ' ordinairement liquide, des acéphalocystes , ou de l'urine plus ■: ou moins altérée.
La dégénérescence enkystée est très commune dans les reins.
Les kystes des reins doivent être divisés en kystes simples , en kystes acéphalocysliques et en kystes urinaires (Voyez . Hydronèphrose).
Kystes simples.
S 8/i6. Les kystes simples, beaucoup plus communs que les
5o8 KYSTES SIMPLES DÈS REINS.
autres espèces de kystes, contiennent presque toujours un liquide diaphane, légèrement jaunâtre, ordinairement albumineuï, tenant en solution une petite quantité de sels qu'on rencontre habituellement dans le sang et dans les autres liquides animaux. Au lieu de sérosité (kystes séreux), on trouve quelquefois dans des kystes qui ont la même structure que les précédens, une matière jaunâtre ou brunâtre, tremblotante, gélatiniforme, ou qui a les principales propriétés physiques du mucus. Parfois une matière beaucoup plus dense, solide, semblable au cristallin , quoique moins transparente , remplit complètement la cavité de ces poches accidentelles et leur donne la résistance de productions morbides solides. J'ai vu un semblable kyste rempli d'une matière blanche , argentine , qui fut reconnue, par l'analyse, pour de la cholestérine. Parfois encore on trouve, dans de semblables kystes, les élémens du sang déposés sous la forme d'une sérosité plus ou moins sanguinolente, ou bien une matière mélaniforme qui paraît être du sang altéré.
D'autres fois ces kystes contiennent un liquide lactescent, une sanie puriforme, ou du véritable pus, bien lié et jaunâtre. Enfin, on trouve quelquefois la cavité de ces kystes presque vide, leurs parois singulièrement déformées, et en même temps la substance rénale voisine indurée ; disposition qui parait être consécutive à la résorption d'une partie ou de la totalité de l'humeur du kyste.
Les kystes simples des reins se développent dans trois parties bien distinctes : i° dans la substance corticale; -2° dans le tissu cellulaire qui entoure les vaisseaux rénaux; 3° enfin, dans la substance tubuieuse.
1° Les kystes simples de la substance corticale sont les plus communs de tous; niais ils acquièrent rarement un volume considérable. Ils se développent ordinairement à la surface des reins; cependant on les trouve par fois comme ensevelis dans la substance corticale, sans que leur présence soit indiquée à l'extérieur par aucune apparence anomale. Ordinairement leurs parois sont minces , parfaitement transparentes et incolores, et ne sont point sillonnées de vaisseaux ou de ces
KYSTES SIMPLES DES REINS. Sog
bandes blanchâtres, en forme d'arcades, si remarquables sur les parois des kystes urinaires (Atlas. Pl. XXV, fig. » )• Quelquefois cependant, soit par l'adhérence intime des kystes simples, séreux, à la capsule fibreuse des reins ou par d'autres causes peu connues , la surface externe de ces kystes peut devenir complètement opaque ( Ati,a.s. Pl. xxvii, fig. 6), et être parcourue en différens sens par des ramifications vasculaires, On voit quelquefois aussi des vaisseaux sanguins sur les parois parfaitement transparentes de quelques kystes séreux ( Atlas. Pl. xxvn, fig. 6).
La surface intérieure des kystes, légèrement blanchâtre, parfaitement lisse, ressemble à celle d'une membrane séreuse. . La substance corticale contiguë est à-peu-près également re- . foulée en tous sens lorsqu'ils sont d'un petitj volume , et un peu plus en largeur qu'en profondeur lorsqu'ils ont des dimensions plus considérables. L'aspect lisse, poli, uniforme du fond de ces kystes et l'absence des brides sur leurs parois font un contraste frappant avec les nervures qu'on voit ordinairement dans l'intérieur des kystes séreux qui se développent dans le tissu cellulaire des vaisseaux urinaires.
Les kystes séreux de la substance corticale paraissent se lidévelopper avec rapidité, et en nombre considérable, à la isuite de certaines afi'ections rénales , surtout après la néphrite tsimple et après la néphrite albumineuse. En efiet, lorsque ces ^maladies ont persisté pendant quelque temps, on rencontre itaonvent, à la surface et dans l'épaisseur de la substance coriiticale des deux reins , un très grand nombre de petites vésir acnles ou de petits kystes séreux. Dans les atrophies des reins «consécutives à la distension du bassinet, ou produites par l d'autres causes, la substance corticale prend souvent une (teinte jaunâtre abricot, et présente quelquefois, à sa surface lou dans son épaisseur, de petites vésicules (Atlas. Pl. xxvi,
fig. 3). Plus rarement dans des circonstances analogues, il se
[développe de véritables kystes d'une plus grande dimension
. (Atlas. Pl. xxvi , fig. 4 ).
Certaines altérations de la substance corticale des reins , le
(plus souvent conséculiveaWà. d'ancieaiies néphrite» , déterrais
nent aussi (peut-être par suite de l'alropliie qui leur succède) la formation d'un grand nombre de petits kystes, la plupart remplis d'une matière gélatiniforme , jaunâtre. On voit souvent aussi de semblables vésicules à la surface des reins sur des dépressions qui ont l'apparence d'anciennes cicatrices.
D'autres fois on voit des kystes dans des points altérés par une inflammation chronique et sans aucune apparence d'atrophie de la substance corticale (Atlas. Pl. xxvi, lîg. 6).
Il y a enfin des cas oii, sans affection rénale antécédente, appréciable , les deux reins sont atteints d'une véritable degènèrescence enkystée, générale, de la substance corticale,- dégénérescence qui peut être portée à un si haut point, qu'il ne reste presque plus de trace des substances rénales : alors , les fonctions urinaires sont presque suspendues ou perverties, et des lésions fonctionnelles graves d'autres appareils , surtout ) de l'appareil cérébro-spinal, déterminent la mort. J'ai fait figurer un exemple très remarquable de celle dégénérescence (Atlas. Pl. xxvr , fig. 1 et a). Les kystes, en général assez petits, étaient lellement serrés les uns contre les autres que la structure rénale était complètement désorganisée. En pareil cas, le volume des reins augmenle considérablement, et on peut quelquefois sentir, dans les régions rénales, de véritables tumeurs bosselées.
a° Les kystes qui naissent dans le tissu cellulaire des vaisseaux rénaux sont beaucoup plus rares que les kystes de la substance corticale. Ils peuvent prendre un grand développement en atrophiant la substance rénale contiguë. Au reste, par leur apparence extérieure , ils ressemblent aux kystes de la substance corticale et contiennent toujours de la sérosité plus ou moins limpide.Leur surface intérieure, lisse et bleuâtre, ressemble aussi à celle des kystes corticaux ; mais ces poches, au lieu d'être régulièrement ovoïdes, comme celles des kystes séreux corticaux, présentent souvent, dans leur contour, des prolongemeus plus ou moins irréguliers, et elles offrent intérieui'ement des réli'écissemens et des dilatations. D'autres fois les kystes des arcades vasculaires prtînncnt une forme irrégulièrement allongée et s'enfoncent perpendiculairement jus- «}ue dans la profondeur du reia. Presque toujours on voit.
KYSTES SIMPLES DES REINS. 5ll
> sur les parois de ces kystes, ramper de grosses veines bleuâtres, qui forment des anses et des arcades anastoraotiques. Lorsque
cices kystes prennent un grand développement, ils peuvent soulever la paroi correspondante du bassinet (surtout lorsqu'il
s est un peu large), et faire une saillie aplatie et fluctuante dans sa cavité, sans intéresser en aucune façon l'intégrité de ses parois. Quelquefois aussi un de ces kystes se montre dans la scissure du rein , sous la forme d'une vessie allongée irrégulièrement conique (Atlas. Pl. xxvxi, fig. a), qui, lorsqu'on saisit le rein , comme pour exprimer le liquide contenu dans le bassinet, s'allonge considérablement, devient plus large et
V plus bombée.
Ces kystes sont ordinairement transparens et superficiels sur I un de leurs côtés , tandis que l'autre est revêtu par la substance t rénale correspondante. On voit quelquefois de semblables kystes , après avoir atrophié la substance rénale à la manière des kystes urinaires, isoler plus ou moins complètement l'une de l'autre, les deux extrémités du rein, et former, dans leur intervalle, une poche fluctuante en partie recouverte d'une eoache de substance corticale, le plus souvent anémique é(Atlas. Pl. XXVII , fig. 3).
Quoique ces kystes des gaines celluleuses des vaisseaux rénaux soient ordinairement transparens dans leur partie saillante à l'extérieur, ils ofî"rent, parfois, dans leur intérieur, de légères brides blanchâtres , et plus rarement des appendices f cfUi forment des cloisons incomplètes et opaques que l'on peut apercevoir à l'extérieur.
Quelquefois ces kystes surmontent la substance rénale presque à angle droit (Atlas. Pl. xxvii , fig. a).
Ces kystes sont quelquefois uniques, d'autres fois plus ôtt Ittloins nombreux. Quelquefois ces kystes sont irrégulièrement [disséminés à la surface du rein (Atlas. Pl. xxvii, fig. 2). D'autres Ifois ils présentent, dans leur disposition, une certaine régullarité (Atlas. Pl. xxvii, fig, 1), qui dépend de ce que ces kystes lté forment dans les arcades vasculaires , entre les cônes de la isubstance tubuleuse et la substance corticale. Il est rare de lYoir cette disposition des kystes exprimée d'une manière plua
5ja KYSTES SIMPLES DES HEINS.
frappante que dans un cas quej'ai fail figurer (Atlas. Pl. xxvu fig. i). Kn incisant soigneusement les reins des personnes avancées en âge, souvent on trouve de grosses lacunes irrégulières, des espèces de sinus remplis de sérosité, dans le tissu cellulaire qui entoure les vaisseaux , ou bien , au lieu d'un simple sinus, on y découvre de petits kjsles multiloculaires , terminés par une sorte de queue dont l'extrémilé se perd, un peu plus loin , dans le tissu cellulaire,
3» Les kystes de la substance tubuleuse, toujours très petits, sont des espèces de vésicules qui ne dépassent piesque jamais le volume d'un grain de chenevis , et qui contiennent ordinairement une matière séreuse ou gélatiniforme.
§ 847. On rencontre fréquemment des kystes simples dans les reins des vieillards ; on les observe plus rarement dans les reins des adultes et des enfans ; cependant on les a vus même chez les nouveau-nés (Atlas. Pl. xxvi, fig. 4)«
Les kystes simples des reins n'occasionnent aucun accident lorsqu'ils sont peu nombreux, ou d'un très très petit volume et disséminés dans la substance corticale; mais ces kystes donnent lieu à des accidens graves et quelquefois même à la mort, lorsqu'ils ont entraîné l'atrophie complète ou presque complète des substances rénales, ou bien encore lorsqu'ils viennent accidentellement à s'enflammer.
Si les reins, eu éprouvant la dégénérescence enkystée, avaient augmenté beaucoup de volume, il serait peut-être possible de reconnaître celte altération pendant la vie, chez un sujet maigre dont les régions rénales pourraient être facilement explorées. Les bosselures de la surface des reins, ainsi altérés, ne pourraient être confondues qu'avec celles des reins atteints d'hydronéphrose, mais cette dernière altération est toujours précédée d'accidens particuliers qu'entraîne la rétention de f urine dans le rein.
Lorsque les kystes séreux des reins s'enflamment , l'humeur qu'ils contiennent se trouble, devient lactescente par suite de son mélange avec le pus. Cette inflammation des kystes séreux est bien rarement primitive, le plus souvent elle a lieu dans des cas de néphrite générale : cas dana lesquels l'inflammation
KYSTES SIMPLES DES HEINS. 5l3
envahit, non-seulerncnt les substanc!>s rénales, mais encore les kystes développés dans leur épaisseur; à la suite de la suppuration de ces kystes du bassinet et des calices, on a vu survenir f' tous les accidens d'une résorption purulente-
$ 848. Les préparations iodées ont été plusieurs fois employées avec succès contre la dégénérescence enkystée des ovaires, mais la dégénérescence enkystée des reins est un mal sans remède, lorsqu'elle est arrivée au point oh elle peut être reconnue ou soupçonnée pendant la vie.
Historique et observations particulières.
§ 84g. Les kystes simples ou séreux des reins sont connus Il depuis long-temps des médecins anatomistes (i). On sait que ' F. Plater (a) a attribué à leur rupture certaines hydropisies «ascites, opinion qui a été reproduite par plusieurs médecins et même par Morgagni (3). On lit dans une foule d'auteurs des jexemples de kystes ou d'hydatide? développés dans les reins; ■mais plusieurs cas et même des plus remarquables ne sont pas irapportés avec assez de soin pour permettre de dire qu'il s'agit de kystes simples et non d'hydronéphrose, oubien de la réunion de ces deux altérations. A ce sujet, je renvoie à quelques obserations rapportées par Boehmer (4), Sandifort(5),Gonradi(6), etc. Mais on peut citer, comme des exemples remarquables de égénération enkystée des reins , une observation insérée ans le journal de Hufeland (7), et d'autres cas observés par
(l) Voyez : Willis. Pathologia cerebri, cap. 11, pag. 58. — Sonet. Sepulc. naiom,, t. 11, lib. m, sect, xxi, obs. 5, 43. — Seger. Mùc. nat. cur., dec. i, inn. II, obs. 53. — Bose. Progr. de rené per hjrdalides penitus destructo, Lips. 780, — 'Van CoeTeren. Spécimen ohsera), académie, cap. vu, § 4, p. gS, etc. (a) Plater. Obs,, lib. m, p. 640. — Pract.,\ih. m, cap. 3. I j (3) Morgagni. De sed. et caus, morb., epiat. xxvm, art. 41.
(4) Boehmer. Obs. anal, rar., fasc. 11. Praefat. p. 6, obs. iv.
(5) Sandifort. Obs. anat.pat/i., lih.iij, cap. r, p. aS. ( (6) Conradi C/iirurg, Bemeikung, in Amemann's Magazin fur die Jfuud-
rzn. B, I.
■■ (7) Hnfelands. Jnumal derprakt. Heilk. B. xtrr, St. iir, S. 7 1.
5l4 KYSTES SIMPLES DES REINS.
Fabrice de Hilden (i), M. How8hip(2), et M. Bouillaud (3). Il faut aussi rapporter aux kystes séreux des reins et non aux hydalides, deux observations de Scheffer: dans l'une, il s'agit d'une femme dont les reins, gonflés d'une manière extraordinaire , paraissaient formés par l'aggrégation de capsules ou kystes qui contenaient une matière gélatineuse de diverses couleurs. Le chirurgien Rollet a observé la même altération sur les reins d'une femme qui avait été trouvée morte dans la rue et dont le corps ne présentait de traces d'aucune autre maladie.
Les cas de dégénérescence enkystée complète des deux reins sont rares ; notés par les anatomico-pathologistes , ils ont à peine attiré l'attention des médecins. Darles (4) l'a observée sur le cadavre d'un homme mort à l'âge de 4o ans, après avoir mené une vie très sédentaire et éprouvé plusieurs .attaques de néphrite. On trouva les reins d'un volume égal à celui de la tète d'un enfant qui vient de naître ; ils avaient une forme à-peuprès globuleuse et un peu allongée. Le droit s'étendait dans l'épigaslre derrière l'estomac et descendait jusqu'au-dessous du cœcumj le gauche montait jusqu'au diaphragme, derrière la rate, et descendait jusqu'à la région iliaque. Dans toute l'étendue de la surface de ces organes, on voyait des vésicules très nombreuses, d'un volume et d'une forme très variés. Les vésicules étaient aussi minces que des membranes; quelques-unes ne contenaient qu'un liquide limpide ou légèrement çitrin; d'autres, plus épaisses, mais transparentes , renfermaient une liqueur plus ou moins brune ; d'autres entièrement opaques étaient remplies d'une sorte de pus terne, blanchâtre, de mauvais aspect. Toutes à l'intérieur offraient le poli brillant et la couleur des membranes séreuses; elles formaient autant de kystes distincts et séparés les uns des autres par du tissu cellulaire. Il ne restait aucune trace de la substance corticale du
(1) Fabrice de Hilden. Cent, ii, obs. 65, p. r36.
(2) Ho'vrship. Ouv. àté, p. 37.
(3) Journal complémentaire des sciences médicales, t. xxxi, p. n.
(4) Journal de Médecine de Corvisart, Leroux et Boycr, t. xyir, p. Soi.
KYSTES SIBIPLES DES REINS. 5l5
r rein; on retrouvait seulement une portion des calices qui réunis formaient les bassinets. Ceux-ci aussi bien que les uretères et la
. vessie étaient parfaitement sains et ne contenaient aucun calcul. S 85o. Les exemples de dégénérescence enkystée des reins chez les nouveau-nés sont assez rares. Littre (i) rapporte que , chez un fœtus gros et gras , toutes les parties étaient saines et avaient leur conformation ordinaire, excepté les reins. Ce fœ-
; tus était mort dans le ventre de sa mère, pendant le travail de l'accoucbement, qui fut long et laborieux. Les deux reins, plus
T grands qu'à l'ordinaire, ressemblaient à une grappe de raisin,
; c'est-à-dire qu'ils paraissaient composés de vésicules membra-
0 neuses de différente grosseur, de figure ronde ou ovale, serrées d le3 unes contre les autres et pleines d'une liqueur semblable à d de l'eau un peu épaisse et d'une odeur urineuse.
Les veines et les artères émulgentes au-dedans et au-dehors c des reins étaient plus grosses que de coutume ; les uretères, de- ; puis la vessie jusqu'à un pouce près des reins, étaient creux à l'or- . dinaij'e et avaient une ligne et d«raie de diamètre. Les parois du
1 bassinet dans les reins, à l'endroit du centre, étaient fortement c collées «nsemble dans la largeur de quatre lignes. Le reste des c deux bassinets était creux et rempli de la même liqueur que les \ vésicules. Les vésicules qui composaient ces viscères étaient a jittachées' les unes aux autres par plusieurs sortes de vaisseaux. I Les plus petites étaient rougeâtres, et les plus grosses blanches. 1 Les premières étaient opaques et les autres transparentes. En-- ; fin, les petites vésicules avaient leurs parois plus épaisses que i les grosses.
^ Othmar Heer (a) a rapporté aussi un exemple fort remarquable de dégénérescence enkystée des reins d'un nouveau-né, et on en lit un autre dans la Revue médicale (3) , çt une troisième a été rapporté par €arus (4).
(1) LiUre. Acad. roy. des Sciences (Blbliotb. choisie de médecine, par Planque, t. xxn, p. 8).
(2) Otbmar Heer, £)« remun morbis, in.4. Halse, i79o,p. 3ai, fig.
(3) Revue tnédicale, i83o, Paris, t. xxri, p. 406.
(4) Gemeins. deutsc/ie Zeitshr./iir Gtbur($htuide. B. iib Heft. i.
Ods. f. — Df'gcnéiesccnce enkystée des deux reins, chez une femme altcinte d'un cancer utérin. — Symptômes cérébraux préciirseum de la mort (Obs. recueillie par M. Lecomte). (Atlas. Pl. xxvx, fig. i).
Baussant, Marie-Anne, âgée de Sg ans, demeurant rue de l'IIôtel-de- Ville, n. r38, atteinte depuis deux ans d'un cancer utérin, entra le 8 septembre i836 à l'hôpital de la Pitié, salle Sninle-Geneviève, n° 7 (service de M. Clément).
Cette femme étnit dans l'état suivant : amaigrissement général voisin du marasme; teinte jaunâtre de toute la peau; insomnie; sentiment de malaise; soif modérée; ventre souple non douloureux; urines peu abondantes, roages , laissant déposer une matière d'un blanc jaunâtre : le doigt indicateur inlroduit dans le vagin, on reconnaît une destruction coniplèle de tout le col de l'utérus. Toute la partie postérieure et supérieure du vagin est également détruite dans presque toute son épaisseur; le toucher détermine une douleur très vive, et il s'écoule du vagin une sanie rougeâtre excessivement fétide.
M. Clément ayant jugé cette affection au-dessus des ressources de l'art, prescrivit quelques palliatifs. L'amaigrissement fil des progrès; trois semaines après environ, il se développa, à la région parolidienne droite, une tumeur qui, au bout de quelques jours, présenta une fluctuation manifeste. Cette tumeur, incisée , laissa écouler un pus de mauvaise nature, sanieux et très fétide. Dans le fond de l'incision, on apercevait une tumeur de la grosseur d'une pomme de reinette , qui en' peu de jôurs fit des progrès rapides , s'ulcéra et détruisit en môme temps les tégumens qui l'entouraient. La malade, arrivée au dernier degré de marasme, succomba le i5 octobre i836. Cette femme n'a offert de symptômes cérébraux que quatre jours avant sa mort. Les trois premiers jours du délire s'est manifesté; le quatrième elle est tombée dans un coma profond, précurseur de la mort.
Autopsie dit cadavre, trente-six heures après la mort. — Éiat extérieur. Raideur cadavérique peu prononcée; teinte jaunâtre cancéreuse de la peau.
KYSTES SIMPLES DBS REINS. Bl'J
Potlnne. Les organes renfermés dans la cavité ihoracique • ne présentent aucune altération.
Abdomen. Quelques adhérences du rectum avec le corps de l'utérus; l'urèthre, la vessie et les uretères ne présentent rien . de remarquable. La partie postérieure et supérieure du vail gin était détruite par une vaste ulcération qui avait désorgaiinisé la cloison recto-vaginale jusqu'à la partie externe de la 3 membratie muqueuse du rectum. Le col de l'utéius était entièrement détruit; son corps présentait une induration squirrheuse sans augmentation de volume ; ses annexes étaient sains, et tous les autres organes de la cavité abdominale étaient à l'état normal, excepté les ganglions lymphatiques de la région lombaire , qui étaient squirrheux.
M. Lecomte m'ayant remis les reins, je les examinai avec soin : ces organes offraient une dégénération enkystée des plus extraordinaires. Le rein gauche pesait environ lo onces. Il avait 6 pouces de longueur, a pouces et 9 lignes de largeur, et a pouces d'épaisseur à la scissure. Vu de tous côtés, il paraissait entièrement formé par une agglomération de kystes; il ne restait plus réellement de traces de la substance corticale, qui , sur tous les points , était remplacée par des kystes de dimension et de couleurs variables. Les uns , c'était le plus petit nombre, n'avaient que le volume d'une tète d'épingle; plusieurs avaient la dimension d'un grain de raisin ou d'une balle à fusil. Ces kystes contenaient des matières de consisu lance très variable; les unes étaient aqueuses, les autres lavaient la consistance du beurre, ce qui donnait à la surface ides reins un aspect bosselé , irrégulier et marqué de diftférentes couleurs. Dans plusieurs kystes , la matière était «jaunâtre 4 dans d'autres d'un jaune d'or ou d'un jaune grais- Mseux, ou d'un jaune de bile humaine, ou enfin d'un jaune bru- Knâtre comme la matière fécale liquide; enfin, plusieurs de *ces kystes contenaient une matière noire qui ressemblait à du isaijg liquide, altéré. Traitée par l'acide nitrique, l'humeur ide ces kystes se prenait eu masse et formait un coagulum très )épais, coloré en jaune. A la surface du rein, les limites de ices kystes étaient indiquées par des lignes polygonales, blan-
5l8 KYSTES SIMPLES DES REINS.
châtres, comme du tissu cellulaire condensé. Le rein, divisé par une incision pratiquée de son bord convexe à sa scissure et examiné avec le plus grand soin, me parut formé par une agglomération de kystes, séparés par des lignes celluleuses ou tout-à-fait contiguës, sans communication de leurs cavités • de manière qu'autour de l'un d'eux on pouvait vider tous les kystes sans qu'il s'affaissât. En pratiquant un grand nombre âe ctiupes dans une foule de directions de cette masse enkystée, partout je trouvai des kystes et nulle trace des substances corticale et tubuleuse. Le bassinet était petit. Après avoir fendu les calices suivant leur longueur, au lieu des mamelons que leur extrémité embrasse ordinairement , on trouvait un kyste qui faisait plus ou moins saillie dans leur intérieur ; l'uretère était très petit. Les vaisseaux de ce rein ne purent être injectés; de sorte que je ne puis rien dire sur ta. disposition des arcades vasculaires et des branches qu'elles fournissent ; mais ayant fait injecter l'autre rein dans lequel la dégénérescence enkystée était moins complète, j'ai constaté que l'injection n'avait pénétré que dans les parties non atrophiées de la substance corticale. Je n'ai point distingué de vaisseaux dans les lignes polygonales celluleuses qui cir^ coriscrivaient les limites des kystes. Vu extérieurement, ce rein paraissait aussi entièrement transformé en kystes ; on ne découvrait pas de traces de la substance corticale; mais à la loupe, je reconnus qu'il restait encore quelques îlots dé cette substance et un certain nombre de tuhtdi intacts- Le bassinet et l'uretère de ce rein étaient moins rétrécis que ceux du rein du côté opposé. La sécrétion urinaire avait lieu à l'aide de ces débris , qui n'auraient pas tardé à complètement disparaître : malheureusement on oublia de m'apporler le peu d'urine que contenait la" vessie.
Obs. II. — Reins farcis d'un si grand nombre de kystes que leur substance corticale était presque entièrement détruite; symptômes cérébraux attribués peudant la vie à une méningite; mort (Cas communique par M. le docteur Bchicr) (A.tlas. PI. xxvi. fig 2).
Une femme , d'un âge avancé , était depuis quelque temps à l'hôpital de la Pitié , pour une légère affection de l'estomac , lorsqu'elle fut prise , du soir ait lendemain, de symptômes cérébraux, fort graves : Coma continu > yeux convulsés en haut , commencement de résolution générale. Le lendemain matin , symptômes aggravés j résolution complète et générale de tous les membres; cette femme n'entend plus ce qu'on lui dit; yeux toujours convulsés en haut; pupilles dilatées ; tâle trachéal. Mort à deux heures.
A l'ouvertxire du cadavre on trouva les deux reins dans un état presque complet d'atrophie avec développement d'une quantité énorme de kystes. Catarrhe de la vessie ; urine chargée et donnant un dépôt assez épais.
Quatre onces de sérosité (i) environ étaient déposées dans les ventricules latéraux du cerveau qui étaient élargis ; il y en avait aussi dans la pie-mère , dans laquelle on observait çà et là, à la convexité des hémisphères, une matière gélatiniforme transparente ; les glandes de Pacchioni étaient nombreuses. Les méninges n'offraient aucune injection. Quelques petits points blanc jaunâtre existaient entre la pie-mère et l'arachnoïde près de la grande scissure du côté gauche. Il y avait un peu plus de sérosité que d'ordinaire dans le canal rachidien.
§ 8i)i. Dans la plupart des observations de dégénérescence enkystée des reins, recueillies jusqu'à ce jour, il est seulement fait mention des accidens cérébraux qui ont précédé ou annoncé la mort ; car bien rarement on a pu se procurer des renseignement exacts sur l'étal antérieur des malades. Ces rensei-
(1) L'altération des reins n'ayant été reconnue qu'à l'ouverture du basventre, qui fut faite après celle de la tête, cette sérosité ne put être recueillie; si elle l'eût été, nous aurions procédé à la recherche de l'nrée dans ce liquide.
D20 ICySïJiS SIMPLES UKS IIEINS.
gnemens, on les trouve exposés avec beaucoup de soin dans une observation publiée par Corvisart et Leroux.
Obs. UI. — Tumeurs des reins formées par des kystes ; accidens céré- Lraiix; mort (Journal de médecine, chirurgie , •pharmmcie, etc., tom. xu, p. 399, an XII, par MM. Corvisart et J.-J. Leroux).
Guillaume R... , âgé de .'19 ans , homme de loi , d'un tempérament lymphatico-sanguin et un peu bilieux, d'un caractère ouverl , mais susceptible, d'une constitution assez robuste , naquit à Paris de parens sains, et vécut toujours d'une manière sédentaire et assez réglée. Dans son enfance, il n'éprouva d'autres maladies remarquables que la variole et la rougeole. Vers l'âge de 18 ans , il devint sujet à de fréquentes coliques venteuses , dans lesquelles la région' épigastrique était douloureusement distendue : il se sentait alors oppressé et presque suffoqué, jusqu'à ce qu'une éructation tumultueuse vînt le soulager. Rarement il rendait des vents par en bas. II attribuait ordinairement ces coliques à l'usage des légumes, quoiqu'en général ses facultés digestives fussent assez énergiques.
A- peu-près vers le même âge, il devint sujet à des palpitations assez violentes à la région du cœur: pendant qu'elles duraient, il y avait anxiété, gêne de la respiration. Il leur opposa long-temps sans succès des caïmans, des spiritueux, etc. Dans la suite, sur l'avis d'un de ses amis qui en avait eu de semblables qui s'étaient dissipées peu-à-peu , il prit le parti de les supporter patiemment , espérant de les voir cesser avec l'âge.
Les retours de ces coliques et de ces palpitations n'offrirent point de correspondance marquée avec les affections morales auxquelles le malade était sujet; naturellement vif etemporté , son effervescence se calmait promplement : cependant, à la suite de mouvemens de vivacité, il fut quelquefois pris d'accès passagers de lièvre. Il éprouva aussi , principalement dans l'âge mûr, quelques fièvres continues peu graves. Vers l'âge de Sg ans, il fut pris d'une sorte de fièvre ardente très intense; il y avait environ dix jours qu'il en était attaqué , et il y avait même eu du délire , lorsque la journée du 10 août
I 179a arriva. Frappé par le premier tumulle et s'en étant fait . expliquer la cause, malgré son état il fait les plus grands efforts , se lève, se rend à son poste,' y reste en permanence, livré aux agitations et à l'enthousiasme qu'inspiraient ces évè- : nemens; et lorsque tout fut fini, il se trouva quitte de la fièvre.
Vers l'âge de 40 ans, et même quelques années auparavant, : il commença à acquérir un embonpoint considérable; l'obésité , du ventre était surtout remarquable. Vers la même époque , il è devint sujet à des hémorrhoïdes internes fluentes, dont le [1 retour avait lieu deux ou trois fois chaque année , tantôt à une a saison , tantôt à l'autre : il était averti la veille, de leur retour, f par une sorte de malaise fébrile; le flux était très abondant et p remplissait, à chaque fois, presque la moitié d'un pot de e chambre.
A-peu-près vers le même temps, les palpitations de cœur a cessèrent de paraître; les coliques venteuses devinrent beaue coup plus rares, et bientôt elles cessèrent entièrement.
Pendant les années qui suivirent et qui correspondent à e celles de la révolution , R... fut singulièrement agité par les é évèneraens : il partagea les impressions des circonstances les pplus orageuses; il occupa des places assez importantes, puis k se vit réduit à de minces emplois.
Au commencement de l'an m , il éprouva sans causes con- Dnues, deux attaques assez intenses , d'une très vive douleur taux lombes , avec vomissemens (il a dit depuis qu'il avait eu «vers la fin de 1791, une attaque à-peu-près semblable). Au nmois de prairial de la même année, peu de jours après ' l'affaire de Grenelle , qui l'avait beaucoup affecté , il éprouva
• une troisième attaque beaucoup plus vive que les précédentes, liet qu'il nous décrivit depuis de la manière suivante :
Une nuit, il se réveilla avec quelques douleurs obscures, k assez étendues, mais cependant bornées aux deux régions
• lombaires. Au bout d'environ deux heures , les douleurs ceslisèrent, et furent aussitôt remplacées par une douleur unique, imais d'une violence tout- à-fait insupportable, qui se fixa sur lia région du rein droit, et dans un espace très circonscrit (On k n'a point demandé s'il y avait un engourdissement de l'extré-
mile affectée, ou rétraction du testicule). Tout le reste de l'abdomen était sans douleur. Bientôt se déclarèrent des vomissemens d'une matière verte très amère, accompagnés de beaucoup d'eflorts , d'angoisses, de convulsions dans tous les membres. Ces vomissemens se répétèrent fréquemment pendant douze à quinze heures. Dans les intervalles, la douleur continuait avec une extrême intensité, avec chaleur, soif vive, mais sans mal de tête, ni jaunisse; elle augmentait parla pression. Il n'y avait point de déjections, ni de tranchées intestinales : les urines coulaient à-peu-près comme dans l'état naturel. Au bout d'environ seize heures (depuis l'invasion de la douleur du rein droit) , l'accès cessa presque tout-à-coup.
Après cette attaque , il y eut une selle qui ne présentait rien de particulier ; le malade se remit assez promptement.
Depuis cette époque, jusqu'au commencement de l'an x, il eut deux ou trois attaques semblables , mais moins intenses , dans l'intervalle desquelles il jouit d'une assez bonne sanlé, seulement dans l'an viii , il éprouva sous le sein droit une douleur très vive qui augmentait par la pression, gênait la respiration , mais n'était point accompagnée de toux ni d'expectoration. Cette douleur dura trente jours, au bout desquels on appliqua sur la partie souffrante un emplâtre de ciguë, et cinq jours après la douleur avait disparu.
Au mois de vendémiaire an x, il eut une attaque 'des plus vives et en tout semblable à celle décrite ci-dessus. Les souffrances étaient telles qu'il fut sur le point de se détruire avec un mauvais couteau qu'il portait.
Après cette attaque, l'appétit se trouva beaucoup diminué, les digestions devinrent pénibles, et accompagnées de sentiment de pesanteur, et de rots non acides. Cependant le régime du malade était simple et frugal : il buvait beaucoup d'eau vineuse, dînait avec de la soupe, du bouilli ou quelques légumes; ne soupait point. Il ne prenait plus , dépuis deux ans, de café , quoiqu'il y eût été habitué auparavant. Il eut, quelque temps après , ses hémorrhoïdes.
Le 9 germinal , nouvel accès , après lequel l'appétit diminua de plus en plus , les digestions devinrent de plus en plus
difficiles et furent habituellement accompagnées de rots et de nausées. Il commença à éprouver pendant les nuits de la chaleur et du malaise. Son embonpoint , et qui était beaucoup moindre depuis quatre ans , diminua encore davantage. En floréal, il eut de nouveau ses hémorrhoïdes. Le 19 floréal, il ne prit dans la journée que de la soupe et un œuf frais. Dans la nuit suivante , il s'éveilla avec les premières douleurs lombaires. La douleur du rein droit et les vomissemens succédèrent: L'accès dura près de 24 heures. Les urines étaient un peu rouges et troubles. Un lavement amena une selle, avec quelque soulagement. Dans tous ces accès, il faisait Usage de lavemens et de beaucoup de thé , il prenait aussi quelquefois des gouttes d'Hoffmann. Ces moyens semblaient produire quelque soulagement. Après l'accès, il éprouva un désir de boissons acides, qu'il aimait d'ailleurs nalurelleraent,ainsi que les alimens de même goût. Les deux jours suivans, il fut assez tranquille, ét n'eut qu'une selle chaque jour. Le 4 prairial, il fut pris d'un dé- Voiement qui, le 5, fut accompagné de quelques coliques. Le 6, il rendit , avec des épreintes très douloureuses, des frissons et des nausées vaines, quelques selle?s*nglantes et liquides. Eu les examinant , il reconnut qu'elles étaient composées de glairés blanchâtres disposées en fragmens, qu'il comparait à des follicules de séné, et mêlées d'un sang qui teignait fortement tout en rouge , lorsqu'il agitait le vase. Le 7 au soir, les selles Sanguinolentes cessèrent, et avec elles tout dévoiement. Le malade resta ti'ès affaibli. Ses digestions devinrent de plus en plus pénibles. Il éprouvait à la région épigastrique un sentiment de gêne, comme si quelque chose eût empêché ce qu'il avait mangé de passer. Les selles étaient devenues naturelles. Il évitait les alimens solides et rendait beaucoup de vents par en haut. Enfin, dépourvu de secours dans son domicile, il se présenta à l'hôpital de la Charité, oii, admis dans l'une des salles de Clinique et soumis à l'observation le 4 prairial , i présenta les symptômes suivanâ :
La face, autrefois fleurie, était devenue un peu bouffie. Les traits étaient flasques, les conjonctives ûn peu vires centes, l'œil assez vif : il y avait une certaine pesanteur de tête sans
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céphalalgie prononcée. La bouche n'était pas mauvaise, quoi que la langue fût un peu sale; il y avait inappétence, mais U soif élait assez vive et le malade se sentait quelque goût pour le vin, qui, disait-il, le soutenait.
La poitrine , vaste et de belles dimensions, n'offrait rien de bien remarquable, seulement il y avait un peu de gêne de la respiration , mais sans toux, ni expectoration. Le ventre était volumineux, gonflé , peu tendu , indolent même à l'épigastre. L'hypochondre droit n'ofl'ruit rien de remarquable. On sentait dans l'hypochondre gauche un corps assez volumineux que l'on crut être la rate. Lorsqu'on pressait la région du rein droit, le malade qui avait une douleur obscure et profonde : « c'est là , disait-il, que je souffre dans les accès». Les digestions étaient dans l'état que nous avons déjà décrit : il y avait, depuis la veille, un peu de dévoiement. Les urines étaient abondantes, limpides et presque aqueuses.
Les membres n'étaient point infiltrés, mais il y avait un peu d'amaigrissement. La peau était assez fraîche et sans coloration jaune; le pouls était développé, souple, sans fréquence.
Les forces étaient ency»assez bonnes , quoique diminuées : le moral ne semblait pas non plus fort affecté. Le malade j en racontant la longue série de ses maux et de ses chagrins, semblait les oublier et se trouvait même assez gai. Il assurait n'avoir jamais éprouvé aucun ictère, aucune maladie, aucune douleur dans la région du foie; il n'avait non plus jamais rendu de graviers par les urines.
Les i3, i4, i5, 16 prairial, cet étal persista sans aucun changement. Il n'y avait nul mouvement fébrile. Les nuits étaient assez bonnes, le malade se levait, mais se plaignait de faiblesse.il rendait beaucoup de vents par en haut. Les selles étaient redevenucs naturelles. Dès le i3, les urines étaient très abondantes (il remplissait environ trois fois le pot de chambre en 24 heures) parfaitement limpides, incolores et presque semblables à de l'eau. Le citoyen Corvisiirt se proposait de mettre le malade à l'usage des apéritifs , des fondans, des savonneux, et avait ordonné, en attendant, les apozèmes chicoracés, et, pour soutenir ses forces, deux verres de vin, et deux soupes au riz.
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Le 17, il y eut de l'orage dans la soirée, le malade eu fut très gêné , eut une grande oppression, et nous dit que, depuis long-temps, il ressentait beaucoup les vicissitudes de l'atmosphère, et que les temps d'orage faisaient toujours sur lui cette iinpression.
Le i8, à l'heure de la visite (six heures et demie), il était dans l'état ordinaire : il avait également rendu une grande quantité d'urines limpides. Dans la matinée il fut pris , sans cause connue (si ce n'est peut-être un peu plus de découragement et de chagrin qu'à l'ordinaire ) , d'un tremblement général, d'oppression, d'anxiété extrême; il délira de temps en temps dans la journée; la nuit il parut dormir.
Le 19, à l'heure de la visite, il avait la respiration haute, très gênée, avec soupirs profonds de temps en temps; sa physionomie exprimait l'angoisse. Il avait l'esprit assez présent et répondait juste aux questions. Le pouls était petit, serré, fréquent, assez régulier j le ventre était par momens élevé, tendu, surtout à la région épigastrique ; il y avait des hoquets fréquens.
Le citoyen Corvisart prescrivit la potion cordiale majeure, un layemejit purgatif et une infusion de camomille. Quelque temps après la visite, le malade fut pris d'un tremblement intense et général, avec sentiment de froid et de soif^Le reste de la journée se passa comme la veille. La respiration devenait de plus en plus stertoreuse. Il y eut quelques selles noirâtres à la suite du lavement; les urines étaient toujours abondantes et aqueuses. Dans la soirée, on observa une diminution très sensible dans la faculté de mouvoir les membres du côté gauche : il ne pouvait serrer la main de ce côté, ce qu'il faisait fort bien avec la main droite. Il y avait somnolence; même état dans la nuit; point d'évacuations.
Le 20, au matin, la respiration était tout-à-fait stertoreuse , assez profonde et rare, parfois suspirieuse. Excité de sa somnolence , il avait l'air égaré , les pupilles peu mobiles, la vue incertaine, les yeux un peu injectés, larraoyans , l'ouïe encore libre ; il conservait encore un peu les fonctions de l'entendement, reconnaissait le médecin, donnait des réponses asasz justes,
SaÔ KYSTES SIMPLES DES REINS.
mais d'une voix entrecoupée et embrouillée, les paroles se succédant avec une rapidité singulière , et roulant, pour ainsi dire , les unes sur les autres. Lorsqu'on lui disait de tirer la langue, il ouvrait la bouche avec peine, en tremblant, et d'une manière presque convulsive; la langue était tremblotante, un peu brunâtre , et il ne pouvait la faire sortir. La chaleur du coi-ps était moins grande que dans l'état naturel; le visage et les bras étaient froids ; le pouls était petit , mou , fréquent, un peu enfoncé, assez régulier; la diminution des mouveraens, dans .l'extrémité gauche , était un peu moins marquée. Lorsqu'on étendait les doigts de la main de ce côté et qu'on soutenait en même temps le membre dans une position horizontale, les doigts restaient étendus et étaient long-temps avant d'entrer en flexion ; ils semblaient même ne se fléchir que par leur poids; la même chose avait aussi lieu, mais d'une manière bien moins marquée, pour la main droite. L'abdomen était élevé, un peu ballonné à l'épigastre, peu sensible. Le malade était couché , en supination , un peu penché sur le côté droit. La somnolence continuait. On regarda cet état comme une espèce d'apoplexie incomplète; on donna le petit -lait avec deux grains d'émétique, la potion cordiale majeure, et on fit appliquer deux larges vésicatoires aux cuisses. Même état dans la journ<ie ; selles involontaires. Il sentit vivement les vésicatoires. Pendant la nuit, forte somnolence, ou plutôt état comateux; point de selles.
Le 31, après le pansement, qu'il sentit très vivement, le malade parut plus excité, ses yeux étaient ouverts et mobiles; il put tirer un peu la langue , qui était fuligineuse et sèche|; la respiration, l'abdomen, le pouls, la chaleur de la peau étaient à-peu-près comme la veille. La légère paralysie des membres gauches était encoi-e moins marquée , mais la face était de plus en plus décomposée ; une sorte d'ecchymose , qui était d'abord à l'œil gauche , avait passé à l'œil droit. Après la visite, le malade éprouva un tremblement général. Dans la jouniée, excepté des variations fugaces dans les divers symptômes , il n'y eut rien de bien remarquable. Il rendait toujours sous lui ses selles, qui étaient peu abondantes: les urines toujours limr
pides et blanches. Il voulait quelquefois se lever, et alors tout son corps tremblait et était dans une agitation extrême. Au soir, la parole était devenue assez intelligible , quoique toujours précipitée et embrouillée. Les facultés de l'entendement paraissaient assez saines; il raisonnait juste; seulement il prenait pour un cheval un fauteuil qu'il avait sous les yeux. Cette 1 erreur était la seule qu'on aperçût dans ses paroles. Le pouls était faible, enfoncé, obscur, peu développé, assez peu fréquent. Pendant la nuit un peu de sommeil, sorte de mal de tête, délire fugace vers cinq heiires du matin; iirines faciles, j peu abondantes, limpides.
Le aa, la respiration était moins sterloreuse, plus fréquente; i l?i parole plus facile, quoique toujours un peu embrouillée. Le I corps était un peu plus échaulTé, le visage et les bras moins I froids; les facultés intellectuelles étaient assez saines. Le malade . nous dit même que, pendant les jours précédens, il s'était senti . une forte propension au sommeil , avec une sorte de chaleur > dans la tête. Il tirait assez bien la langue, qui était sèche, 1 brune, gercée en travers. Les mouveraens du bras gauche i étaient à-peu-près aussi faciles que ceux du droit. Mais les yeux étaient toujours égarés, presque hagards, larmoyans; la face se décomposait de plus en plus , les narines devenaient aplaties. Abandonné à lui-même dans la journée, il était alternativement dans l'agitation ou la somnolence , et raarraotait souvent des choses inintelligibles. Le pouls était petite faible, fréquent, moins obscur que la veille.
Vers deux heures de l'après-midi, la face et les mains étaient I redevenues très froides: le reste du corps était à peine tiède.
Le malade avait une sorte de loquacité; ses paroles étaient I très précipitées et tellement embrouillées , qu'on n'y pouvait I rien distinguer, si ce n'est qu'il demandait à manger. Le pouls t était petit, faible, inégal, irrégulier, non obscur. Il lirait t encore assez bien la langue, qui était toujours brunâtre. Dans i la soirée, la respiration redevint de plus en plus stertoreuse. i II parlait haut, criait même, demandait à manger, puis mar- I motait des choses inintelligibles : le râle se manifesta. Vers neuf heures du soir, l'agitation était la plus grande; vers dix
heures, le râle cessa lout-à-coup ; le malade parut soitffltr un moment et il mourut.
Ouverture cadavérique faite douze heures après la mort
Etat extérieur. La figure était plombée , livide , les traits décomposés , flasques ; l'œil droit était plus injecté que le gauche; la poitrine résonnait bien dans tous ses points; l'abdomen conservait, ainsi que le reste du cadavre, beaucoup d'embonpoint.
Cavité du crâne. Le crâne étant ouvert, le cerveau parut être affaissé et ne pas remplir entièrement sa cavité j les membranes étaient fort humides, mais non injectées.
Il y avait surtout beaucoup d'infiltration à la partie postérieure du cerveau, et une couche gélatiniforme sous l'arachnoïde. Les méninges s'enlevaient facilement. La couleur dn cerveau était naturelle; mais il était d'une mollesse, d'une flexibilité singulière, surtout dans ses lobes droits, qui ne se déchiraient pas facilement et que l'on pouvait tordre presque comme du linge mouillé. Les ventricules latéraux ne contenaient que peu de sérosité; mais dans chacun d'eux se trouvait un vésicule de la grosseur d'une petite noix contenant un fluide très limpide : ces vésicules étaient comme implantées aux plexus choroïdes. Le cervelet n'avait rien de remarquable que son humidité et son peu de consistance; il y avait un peu de sérosité à la base du crâne.
Cavité thoracîque. Les viscères de la poitrine étaient dans l'état le plus sain.
Cavité abdominale. Les parois de l'abdomen, fort surchargées de graisse, étant ouvertes, on n'apercevait que les circonvolutions des divers intestins, tous amples, vides, sains et d'une couleur un peu grise; l'estomac, le foie, la rate ne paraissaient point : ils étaient refoulés sous les hypochondres et vers le diaphragme. En écartant les intestins grêles et le colon, on aperçut, à travers les graisses, les reins d'un volume extrêmement considérable et d'une forme singulière : ce volume était cause du refoulement des viscères épigastriques. Poursuivant l'examen de l'épigastre, on trouva le foie retiré supérieurement, d'un petit volume, comme épuisé [consump-
KYSTES SIMPLES DES RElIfS. Sag
tum des auteurs), flasque, d'une couleur assez foncée, surtout à la face inférieure , sain dans sa substance ; la vésicule con-
; tenait un peu de bile plus pâle qu'à l'ordinaire.
La rate , située fort haut et en arrière , était petite et n'offrait aucune remarque intéressante. L'estomac avait son extrémité pylorique refoulée en haut et comprimée parle rein
I droit, qui remontait derrière elle (cette disposition explique en partie la grande gêne des digestions, surtout dans les der-
j niers temps): ce viscère était d'ailleurs dans l'état naturel, quant au volume et à la texture de ses parois ; l'épiploon et le mésentère n'avaient rien de remarquable qu'un peu
1 d'obésité.
Les reins, ayant été dégagés des enveloppes graisseuses, abon- Jidantes, molles et jaunes qui les recouvraient au-dessous du > péritoine, offraient un volume à-peu-près égal à celui de la itête d'un enfant qui vient de naître. Ils avaient une forme à- > peu-près globuleuse et un peu allongée ; le droit s'étendait dans
l'épigastre derrière l'estomac, et descendait jusqu'au-dessous ide la partie supérieure du cœcum; le gauche montait jusqu'au 1 diaphragme et derrière la rate, et descendait presque dans la nrégion iliaque.
Les surfaces de ces organes , entièrement semblables l'une et
l'autre, n'avaient plus rien de l'aspect naturel. Elles offraienti 1 dans toute leur étendue, un amas de vésicules très nombreuses, «se touchant toutes, confondues ensemble par endroits, et, dans
t d'autres , se détachant en segmens de snhère , en hémisphères même , d'une forme régulièrement globuleuse , d'un volume très varié, depuis celui d'un œuf de pigeon jusqu'à celui d'un .jrain de raisin, avec lequel quelques-unes avaient beaucoup de ressemblance pour la teinte et la transparence, qui variaient beaucoup. Les unes avaient la couleur grise argentée des aponévroses, étaient transparentes, fort minces, ne versaient [u'un fluide limpide ou légèrement citrin; d'autres, plus '•paisses, moins transparentes, contenaient une humeur plus JU moins brune; d'autres, entièrement opaques, blanches, renfermaient une sorte de pus ténu, blanchâtre, de mauvaise mture. Toutes, étant ouvertes et évacu»îes, offraient le poli m. 34
53o KYSTES SIMPLES DES REINS.
brillant et la couleur des membranes séréuses , avec une légère injection rosée.
La capacité de ces vésicules superficielles s'étendait plus où moins dans le rein ou plutôt vers d'autres kystes, qui avaient tellement pris la place de sa substance , qu'il n'en existait plus aucune trace. Tout était changé en vésicules semblables à cefles que nous avons décrites, et liées entre elles par un tissii cellulaire infiltré de séi-osité. Les cavités de chacune de ces vésicules étaient parfaitement isolées les unes des autres, et formaient, comme les membranes séreuses, des sacs sans ouverture. Toutes ces vésicules superficielles étaient recouvertes par la membrane propre da rein , qui n'avait éprouvé aucune solution de continuité.
On ne reconnaissait plus la terminaison de la substance tubuleuse en mamelons , mais on retrouvait les restes des calices : là s'arrêtait la désorganisation. Le bassinet offrait ènlièrement l'état naturel : sa capacité, sa forme, sa structure étaient ordinaires. L'uretère qui en partait était également sain , et la vessie n'offrait non plus aucune altération remarquable. Les vaisseaux éinulgens étaient absolument dans l'état ordinaire hors du rein; on ne suivit pas leur disposition dans l'intérieur.
On ne trouva dans l'intérieur du rein droit (le sac ouvert , l'autre ayant été réservé pour être modelé), ni dans les canaux excréteurs, aucun calcul; mais il y avait quelques très pelils noyaux blanchâtres d'une consistance cartilagineuse : le reste du cadavre ne présentait rien de particulier.
§ 852. L'observation suivante est non-seulement un exemple remarquable de dégénérescence enkystée des reins , mais encore une nouvelle preuve d'un fait déjà établi, celui des infections purulentes à la suite deS suppurations dés reins ou des kystes développés dans ces organes.
Obs. IV. — Douleurs rhumatismales légères; iavasion brusque de dyspnée rétention d'urine; urines purulentes rendues par le cathétérismc, qui est suivi de convulsions; agonie commençant immédiatement après l'opération; mort vingt-quatre heures après. — Atrophie complète du tissu des reins, envahis par des kystes , dont quelques-uns sont purulens ; pneumonie lobulaire.
Finot, âgé de 48 ans, tailleur, entra à l'hôpital de la Charité, le i8 mai 1837, sans fièvre, se plaignant de douleurs musculaires vagues , et dont l'intensité paraissait si peu grande, qu'il fut admis pour prendre quelques bains de vapeur et se reposer. A la visite du lendemain , interrogé sur le siège de ses douleurs , il indiqua les bras et les jambes j l'urine avait les caractères physiques de l'urine saine [bains de vapeur ^ demiportion des alimens.)
Du 18 au a5 mai, rien de particulier; le 35, frisson ; le 37, la respiration est gênée; toux sans expectoration, sans point de côté, fièvre, râle crépitant à la partie inférieure latérale du poumon droit. Cependant la gène delà respiration paraîtplusgrande que l'étendue présumée de l'inflammation du poumon (sot'^nee).
Le 28 mai , la fièvre persiste , la dyspnée est plus grande et elle est accompagnée d'un état de stupeur et de prostration dont la physionomie me rappelle les cas de résorption purulente. A la partie latérale inférieure et un peu antérieure du poumon droit, on entend du râle crépitant. La vessiè est distendue par de l'urine. Une sonde pénètre avec quelque difficulté dans la vessie, et donne issue d'abord à une urine lactescente, plus tard à du pus homogène, bien lié, tel que celai qui s'écoule lors de l'ouverture des abcès phlegmoneux; au même moment le malade semble éprouver une douleur assez vive, qu'il témoigne par quelques mouvemens des membres inférieurs, et bientôt les mouvemens sont remplacés par un état convulsif général. La respiration devient plus gênée, et le ma- I lade paraît n'avoir que quelques ininutes à vivre. L'agonie \ commence en effet; mais la mort n'eut lieu que le lendemain i 3o, à huit heures du matin; la veille, la partie antérieure I du trono s'était couverte de sudamina.
5^2 KYSTFS SIMPLES DFS REINS.
Autopsie du cadavre , le 3i mai, vingt-quatre heures après la mort.
Ilafjilude extérieure. Médiocre embonpoint.
Ahdomen. Les reins paraissent considérablement augmentés de volume et semblent formes par une masse de kystes réunis, adhérens les uns aux autres. Adhérences du rein droit au diaphragme; le rein gauche est libre. Le volume des reins est triple du volume naturel, la forme en est assez bien conservée, l'extrémité supérieure est plus volumineuse que l'inférieure, la dépression et la scissure des vaisseaux ont l'aspect ordinaire. Le diamètre longitudinal est d'environ 7 pouces, le transversal de 3 pouces 9 lignes, la circonférence de 9 pouces et 3 lignes à la partie supérieure, qui est la plus large. Par l'examen le plus attentif de la surface des reins, on n'y reconnaît qu'une multitude de kystes de diverses grandeurs , séparés les uns des autres par des sillons que remplit un peu dégraisse facile à enlever. De ces kystes les plus pelils ont le volume d'un pois, les plus gros ont celui d'une noix. Vus à travers la membrane extérieure , ils ont un aspect blanchâtre. Cette membrane enlevée, ce qui se fait sans peine, on distingue des kystes de trois couleurs : les uns d'une teinte citrine, les autres un peu brunâtres, et les uns et les autres parfaitement transparens; d'autres, et ce sont les kystes les plus volumineux, ont une enveloppe un peu plus épaisse, d'une couleur jaunâtre et opaqvie; l'intérieur en est d'un blanc laiteux , rempli de pus , et tapissé par une couche de pus demi-concret, au-dessous de laquelle il y a quelques arborisations vasculaires. On trouve dans l'uretère une certaine quantité de pus qui provient du bassinet dilaté et enflammé; la membrane muqueuse de ce réservoir est pâle dans la plus grande partie de son étendue, et, en pressant le rein, on voit le pus sourdre des calices, dont les orifices dans le bassinet ont aussi subi une légère dilatation.
Le rein, divisé suivant son épaisseur, offre le même aspect qu'à l'extérieur; l'œil cherche tn vain des traces des deux substances des reins ; on ne rencontre partout que des kystes séparés par quelques brides cellulo-fibreuses. Les veines rénales
contenaient du sang liquide; les artères rénales étaient vides. Les capsules surrénales, très adhérentes aux reins , avaient ; leur situation et leur forme naturelle. Les uretères étaient : sains.
La vessie contenait un verre d'urine très chargée de pus. La ) surface interne de cet organe était pâle. Les veines qui entou- ; rent la vessie, et qui vont se rendre aux veines hypogastriques, t étaient saines. La prostate et l'uretère n'offraient également i aucune altération.
La rate, petite et dense, avait une belle couleur vineuse à l'intérieur. Il y avait, à la convexité du foie, plusieurs taches blanchâtres , anémiques , qui se prolongeaient à une certaine profondeur dans l'intérieur de l'organe. Au-dessus de la membrane péritonéale du foie, il y aplusieurs points blancs , jau- I nâtres , qui paraissent être le résultat d'anciens dépôts de lymphe plastique. La vésicule biliaire est petite, remplie par de ! la bile visqueuse, assez consistante, et verdâti'e.
Aucune lésion de l'intestin; la veine cave inférieure, les veines iliaques et hypogasti iques sont saines.
Poitrine. Les plèvres sont saines ; mais dans le poumon ( droit et dans le poumon gauche, il y a plusieurs petits noyaux [ pneumoniques circonscrits , les uns au premier degré et d'un rouge brun , les autres contenant déjà du pus infiltré et gris sâtres. Dans le lobe inférieur du poumon droit , une masse ipneumonique plus étendue, et aussi à l'état d'hépatisation H grise.
Le cœur est sain.
Téte. Méninges et cerveau sains.
§ 853. J'ai déjà remarqué que certaines affections des reins nprédisposaient à l'avortement. Les observations précédentes Mont démontré que des symptômes cérébraux, et en particulier Ides mouvemens convulsifs, étaient souvent la conséquence de (l'atrophie des reins , déterminée par la dégénérescence enkys- Itée de ces organes. L'observation suivante peut être citée à (l'appui de ces remarques , en même temps qu'elle offre un I exemple rare de coïncidence de la dégénérescence enkystée des «reins et de leur affection tuberculeuse ; car en lisant attentive-
ment cette observation, il m'a paru probable quelesrelns étaient altérés par des kystes et non par de véritables lijdatides.
Ods. V. — Dyspnée, palpitations clicz une femme grosse; soulagement; liémorrbagie utérine ; avortemcnt ; plusieurs mois après, développement du ventre ; soupçons de grossesse ; sans cause connue, mouvemens convnlsifs, suivis de palpitations et d'oppression ; soulagement; nouvelles attaques convnlsives dans lesquelles la malade meurt; rein droit énorme et rempli de kystes et de tubercules; altération analogue dans le rein gauche {MiUheilungen aus dem Gebiete der gesammten Heilkuude, Lerausgegebon von einer medicinisch-cbirurgischcr Gesellscbaft , in Hamburg. Erster Band, $■ 363, und 375).
Madame H..., âgée de ag ans, presque toujours Bouflfrante et sujette à des douleurs articulaires, adonnée à la boisson, eut pendant sa première grossesse, en février i8a6, des symptômes d'hydrolhorax. La dyspnée était considérable; la malade avait des palpitations violentes; le pouls s'accéléra, et le visage et les extrémités devinrent légèrement œdémateux. L'urine, rare, était jaune et tant soit peu trouble ; sous l'influence des diurétiques rafraîchissans, l'urine devint plus abondante, l'œdème disparut , et en même temps le trouble de la respiration et de la circulation cessa. Les fonctions digeslives étaient régulières, et il n'y avait nulle douleur dans le ventre. Vers la fin de février, la malade se rétablit; et bientôt après (elle était grosse) elle sentit les premiers mouvemens de l'enfaut. Le la mars il se déclara tout-à-coup une hémoirhagie utérine, et l'avortement eut lieu dans la même soirée. Depuis ce temps, le ventre demeura un peu gonflé. Les menstrues sont revenues deux fois, d'une manière régulière, et se sont ensuite supprimées. Alors l'abdomen s'est développé de plus en plus , et il s'est déclaré quelques troubles gastriques, ce qui fit penser à celte femme qu'elle était enceinte. Le ventre prit un développement de plus en plus grand jusqu'au mois de novembre; des mouvemens de fœlus qu'elle croyait sentir s'accordaient avec la pensée d'une grossesse. Peu-à-peu des accidens analogues à ceux qu'elle avait éprouvés antérieurement du côté de la poitrine, se déclarèrent. Le visage devint rouge, la tète chaude, et
le pouls fréquent et dur {Saignée du Iras de huit onces). Le sang contenait beaucoup de sérum , et le caillot se recouvrit d'une forte couenne. Un traitement semblable à celui qui avait réussi la première fois fut encore employé avec succès ; mais la malade fut prise, le 27 novembre au soir, sans cause connue, de mouvemens convulsifs des extrémités , avec serrement des pouces et perte de connaissance ; ces symptômes disparurent après quelques minutes , mais il resta une très grande oppression et de fortes palpitations. Cependant, sous l'influence d'un traitement doux, ces derniers symptômes disparurent, et la malade était passablement bien le 3 décembre. Mais le 4; au matin, de nouveaux accidens convulsifs, analogues aux premiers, se manifestèrent subitement; un nouvel accès eut lieu ^ midi , et la malade mourut l'après-midi , dans une troisième attaque , ayant un râle très prononcé.
D'après le désir desparens, l'autopsie fut faite, à cause de la grossesse présumée, deux heures et demie après la mort. Mais l'utérus, au contraire, était petit et à sa place ordinaire, dans la cavité du bassin. A la section des parois du ventre, au lieu de l'utérus (que l'on s'attendait à trouver) , on vit une grosse tujjieur, durp, remplie d'hydatides, et poussant de côté le paquet intestinal. Un examen attentif des rapports de cette tumeur démontra qu'elle était constituée par le rein droit. Le rein gauche, distendu et aminci comme l'autre, avait une apparence analogue j quoique moins poussé en avant. Les organes digestifs étaient sains, excepté le foie, dont le volume était augmenté. Dans les ovaires, surtout dans l'ovaire gauche, il y avait plusieurs petites bydatides. Les cavités des plèvres étaient remplies d'une sérosité jaime ; les poumons adhéraient par places ^ la plèvre costale et au diaphragme j le tissu en était sain. Il n'y avait point d'eau dans le péricarde. Le cœur, normal, avait des fibres musculaires très fermes. On n'eut pas la permission d'ouvrir la tête.
Le docteur Hupeden a donné aussi sur l'état de ces reins quelques détails que je crois devoir reproduire.
Les deux reins sont augmentés de volume : le droit est gros comme les deux poings réunis d'un homme , et le gauche est
un peu moins volumineux; la membrane externe en est épaisse et blanche ; la surface en est inégale. Cette apparence est produite par des cniinences de diverses grandeurs, mais la plupart de la dimension d'une noisette. Quelques-unes sont compactes, et d'autres sontélastiques. La scissure du rein droit, qui s'est agrandie en même proportion que les reins, reçoit comme à l'ordinaire les vaisseaux sanguins ; l'uretère en procède également et a ses dimensions normales. L'uretère gauche avait deux racines. Les bassinets n'étaient nullement agrandis. La substance du rein était farcie de grandes et de petites hydatides, mêlées avec des tubercules, non-seulement à la surface du rein, mais aussi dans son épaisseur, où, contiguè's les unes aux autres, elles forment des masses compactes et rendent méconnaissable la structure de l'organe. Ces hydatides sont pour la plupart ovoïdes , et contiennent une humeur claire. La membrane en est mince et distincte de la substance rénale. Des tubercules, les uns sont durs comme des marrons crus, d'autres comme du fromage de Liinbourg. Il y avait aussi des excroissances pédiculées adhérentes à la surface des reins , et également entourées d'une membrane propre. A la section, elles parurent constituées par des lamelles concentriques de couleur jaune-brunâtre.
§ 854. J'ai rapporté plusieurs exemples d'hydronéphroses chez les nouveau-nés ; chez eux aussi j'ai observé ces dégénérescences enkystés des reins, en même temps que la dilatation du bassinet et des calices. Ainsi j'ai figuré un cas dans lequel , chez un enfant, il y avait coïncidence d'unhydronéphroseetde kystes séreux dans le même rein. L'uretère, très distendu, était plus volumineux que l'intestin. Le rein était très petit, mais le bassinet était considérablement dilaté. L'uretère coupé, le liquide contenu dans les vésicules du rein ne s'écoulait pas. (Atlas. Pl. xxvi, fig. 40
Hensinger (i) a publié un cas analogue. Chez un enfant du sexe féminin mort -né, les reins formaient deux tumeurs bleuâtres, couvertes par le péritoine, et qui remplissaient la
(i) ZeiCschri/l fur die orgait, Physik. B. Heft l.
CHOLËSTÉRINE.
plus grande partie de la cavité du bas-ventre. Les calices étaient très dilatés, etle tissu rénal, fongueux et semblable à celui de la rate, offrait un grand nombre de vésicules séreuses qui avaient depuis le volume d'un grain de millet jusqu'à celui d'un pois. Les uretères étaient à l'état normal; la vessie était peu volumi- : ueuse, l'urèthre était libre. Les capsules surrénales étaient volumineuses.
§ 855. Indépendamment d'une proportion plus ou moins c considérable d*albumine, l'humeur des kystes simples contient s souvent des matières colorantes et d'autres élémens organiques, l Une seule fois, j'ai trouvé de la cholestèrine dans un kyste situé c dans le rein gauche. Chose remarquable , une semblable 1 matière était déposée dans l'aorte abdominale près de sa divi- > sien en iliaques primitives. Voici le fait :
' Obs. YI. — Tumeur contcnaot de la cholestèrine dans le rein gauclie ; nue semblable matière développée dans la cavité de l'aorte près de sa division eu iliaques primitives; injcctiou, ramollissement et teinte jaune d'une portion de l'hémisphère gauche du cerveau ; paralysie côté droit du corps.
Marguerite Speltz , âgée de 66 ans , mariée , femme de I ménage, entra le i5 mai 1817 à l'hôpital de la Charité, et fut t couchée au n° 17 de la salle Saint- Joseph.
Depuis un an , elle se plaignait d'éprouver une douleur 1 habituelle dans l'épaule droite. Il y a dix jours elle fit une chute à la suite de laquelle le bras droit diminua de sensibilité. H a cinq jours elle fit une deuxième chute et resta paralysée des muscles du membre thoracique droit.
Aujourd'hui la commissure gauche des lèvres est tirée et abaissée du même côté; la langue est déviée dans le même sens, et la malade ne peut la tirer hors de la bouche. Quelquefois cependant elle la porte sur les lèvres comme pour les humecter. La peau des membres et du tronc a conservé sa sensibilité. Cependant les membres inférieurs sont presque constamment immobiles, surtout le droit, et présentent parfois une aorte de contracture.
Le 18 mai, la malade peut tirer la langue un peu au-delà
de la lèvre inférieure, et dans ce mouvement la pointe se porte sensiblement à droite de la ligne médiane , tandis que la partie moyenne et latérale en paraît comme enflée. La malade n'éprouve de douleur dans aucun point de la tête , ni de la colonne vertébrale; elle parle plus aisément qu'hier; la vue et l'ouïe sont bonnes. Elle remue par intervalle le membre inférieur gauche tandis que le droit reste immobile ; elle témoigne une grande sensibilité, lorsqu'on pince la peau des membres. Ventre plat et sensible à la pression, decuLitus supinus, langue pâle, humide, légèrement jaunâtre, point de soif. Toux suivie d'expectoration catarrhale. La partie antérieure et supérieure de la poitrine résonne très bien à la percussion. La respiration est accompagnée , dans tout le côté gauche de la poitrine , d'un ronchus crépitant ; elle paraît pure à droite : pouls petit et irrégulier ; contractions du cœur assez fortes et irrégulières, plusieurs impulsions inégales suivies d'un instant de repos {eau gommée, deux bouillons ; soupe).
Le 20. Peau presque froide , affaissement de la face , dévoietnent {mime prescription).
Le a 1 . Eschare au sacrum; la peau environnante est rouge et le aiègç d'élevures ou de taches rouges qui paraissent dues à l'inflammation des follicules.
Le 23. Râle ; mort à trois heures après midi.
Pendant la vie on n'a pas soupçonné d'altération des reins. L^ malade ne témoignait aucune douleur dans ces parties; l'affection cérébrale dont elle était atteinte ne lui permettait pas de donner des renseignemens exacts sur son état. La malade urinait souvent dans son lit, et l'urine ne fut point examinée. ■ Autopsie du cadavre le lendemain à neuf heures du matin, dix- huit heures après la mort.
Têlc. La dure-mère et la pie-mère légèrement injectées à la face supérieure du cerveau. La partie supérieure de l'hémisphère gauche offre une teinte jaunâtre; cette altération de la couleur de la substance grise ne s'en va pas par le lavage. On la retrouve même dans la substance cérébrale, après en avoir enlevé une légère couche. Cet Iiémisphèi-e est injecté au-dessus du ventricule latéral gauche. 11 n'y a point de sérosité dans le veu-
CHOLESTiRlNE. 689
I Uricule latéral de ce côté, La substance blanche du cerveau est i injectée, rose ou marbréej la substance grise est ramollie, surtout
à la partie postérieure du lobe postérieur , où l'on découvre . un petit foyer pui'ulent. Le corps strié gauche est jaunâtre et L très ramolli. La face supérieure de l'hémisphère droit est saine; ; le ventricule latéral du même côté contient environ unfi cuil-r i lerée de sérosité. La partie antérieure du corps strié droit
offre aussi une couleur jaunâtre et une diminution de coni sistance j à son extrémité antérieure on remarque une petite
II masse, du volume d'un pois, plus jaunâtie et plus solide que u le tissu situé derrière elle. Du reste, les substances blanche et «grise de cet hémisphère sont saines, et la protubérance annui laire et le cervelet n'offrent aucune altération.
Appareil digestif et appareil nrinaire, — Le pharynx et l'œ- 3 aophage sont sains. La membrane muqueuse de l'estomac, ' d'une teinte grisâtre , est assez résistante et plus épaisse que i dans l'état sain. L'estomac , contracté, présente une ancienne i cicatrice, d'où irradient un grand nombre de rides de la raera- 1 brane muqueuse : ces rides se dirigent vers un centre formé ipar une espèce de bride; ce qui donne à leur ensemble un as- I pect assez .analogue à celui de quelques cicatrices qu'on obï serve à la peau, à la suite d'une brûlure profonde. La merai brane muqueuse se détache facilement de la membrane cellu- .leuse, excepté dans la petite surface qui correspond à cette 1 cicalrice. Le foie très injecté ; la rate est remarquable par sa I couleur fortement noirâtre. La vésicule biliaire distendue contient un verre de bile. Les canaux biliaires n'offrent rien de I particulier; les intestins sont sains.
Le rein gauche est atrophié et réduit à un très petit volume. A sa partie supérieure existe une masse enkystée, du volume d'une - grosse noix , remplie d'une matière j?une et molle , recouverte d'une lame micacée ou argentine , et que M. Chevallier (i) reconnut pour êlre de la cholestérine. Ecrasée entre les doigts, cette substance les enduit de petites lames analogues à celles qui forment son enveloppe argentine.
(1) Journal de Chimie médicale, t. viii, p. 537.
en
KYSTES SIMPLES DES BElNs.
Cette tumeur availenviron un pouce de long sur quatre lignes de large. Ouverte, il s'en échappa un liquide clair, d'une odeur fétide, mêlé de pelilus paillettes brillantes analogues au blanc d'ablette. Ce liquide fut jeté sur un filtre pour séparer la matière brillante, qui fut ensuite lavée à l'eau distillée, et séchée. Le liquide filtré avait une saveur fade; il bleuissait assez fortement le papier de tournesol rougi ; les vapeurs qui émanaient noircissaient le papier recouvert d'acétate de plomb Ce liquide fut introduit dans une cornue tubulée, à laquelh on avait adapté une allonge et un ballon, puis, soumis à la distillation. Au moment oii il allait entrer en ébullition, on s'aperçut qu'une partie se concrélait et donnait lieu à la formation de flocons volumineux. L'opéiation fut airêtée après une demi-heure d'ébuUilion. Lorsque l'appareil fut refroidi, on le démonta; on procéda ensuite à l'examen du liquide qui s'était condensé dans le ballon. Ce liquide était limpide, incolore; il avait une odeur hydro-sulfurée, due à la présence de l'hydrosulfate d'ammoniaque. En effet, il fut divisé en deux portions égales. L'une de ces portions, traitée par la potasse caustique, donna lieu à un dégagement d'ammoniaque très abondant (0; l'autre portion, traitée par le nitrate d'argent, donna naissance à un précipité noir, de sulfure d'argent.
Le résidu qui était dans la cornue fut jeté sur un filtre et séparé en deux parties ; l'une, solide, resta sur le filtre ; l'autre, liquide , passa à travers les parois du papier. La partie solide nous présenta tous les caractères de l'albumine concrétée par la chaleur; elle retenait une petite quantité de matièi'e grasse, que nous séparâmes à l'aide de l'alcool, à ^o", bouillant. Cette matière grasse était en trop petite quantité pour que nous ayons pu la soumettre à un examen chimique.
La liqueur dont on avait séparé l'albumine, soumise à l'évaporation à une douce chaleur, dans une capsule de verre, laisse un extrait d'un jaune-rougeâtre, d'une odeur fade, d'un
(i) L'ammoniaque se trouvait en excès dans ce liquide, qui bleuissait fortement et promptement le papier de tournesol rougi par un acide.
CHOLESTKRINE. S/jl
goût assez agréable. Amenée à l'état sec et traitée par l'alcool, on obtint une solution qui contenait de l'osmazome mêlé à des traces de muriate de soude.
La partie du résidu qui n'avait pas été dissoute par l'alcool, /ut traitée par l'eau distillée : le liquide qui en provenait fut divisé en deux parties. L'une a été examinée par les réactifs, qui ont démontré qu'elle contenait de l'hydrochlorate, du i phosphate et du sulfate de soude, enfin, des traces d'un sel à base de potasse; l'autre a été évaporée àsiccité; elle a brûlé ; en donnant des produits analogues à ceux qui proviennent , des matières animales, en laissant pour résidu des cendres qui ( contenaient, outre les sels que nous avons indiqués plus haut, 1 une petite quantité de sous-carbonale de soude; enfin, des traces ( d'oxide de fer.
La matière nacrée, brillante, qui avait été recueillie sur un : filtre et lavée à l'eau distillée, formait une feuille argentée, I plissée comme le filtre. Celte matière, que nous regardions (à > cause dé son aspect) comme étant de la cholestérine , fut di- ' visée en plusieurs portions et soumise à diverses expériences, i Elle présentait les caractères suivans: elle se fondait à une I température de r36<>; abandonnée à elle-même après avoir été 1 fondue , elle cristallisait par le refroidissement; les cristaux I formaient des rayons qui , parlant du centre et s'élargissant ' vers la circonférence , ne faisaient éprouver aucun change- I ment au papier de tournesol rouge et bleu. Elle était insoi lubie dans l'eau, soluble dans l'aicool et dans l'élher, non ' altérée parles alcalis : traitée par l'acide nitrique, elle s'est convertie en acide cholestérique. Cet acide, combiné à la potasse, précipitait la chaux et la baryte en jaune orangé.
La matière nacrée provenant des petites tumeurs qui existaient-dans l'aorte, traitée de la même manière, a été aussi reconnue pour êlre de la choleslérine.
De ces faits il résulte que la tumeur contenait, i° de l'hydrosulfate d'ammoniaque; a° de l'albumine ; 3° une petite quantité de matière grasse; 4° de l'osmazome; 5° divers sels, des hydrochlorate, phosphate et sulfate de soude; 6° du carbonate de soude, provenant sans doute de la décomposition de quel-
ques sels de soude formés avec un acide susceptible de se décomposer par la chaleur 5 70 des traces d'oxyde de fer; 8° enfin de la cholestérine.
A la partie inférieure du même rein , existe un kyste rempli de sérosité et d'un volume presque égal au précédent. L'uretère est sain. Le rein droit est sain. La vessie et ses dépendances étaient rouges.
Appareil respiratoire. Le lobe inférieur du poumon gauche offrait les traces non équivoques d'une pneumonie caractérisée par de la rougeur et de l'hépatisation; dans le reste de son étendae, son tissu était grisâtre et parsemé d'un grand nombre de tubercules. Le poumon droit était crépitant; incisé postérieurement, il laissait écouler une grande quantité de sérosité sanguinolente.
Appareil circulatoire. Le tissu du cœur était un peu plus mou qu'à l'ordinaire. L'aorle, saine dans sa poi-tion thoracique, présente, vers sa division en iliaque, une altération d'autant plus remarquable qu'elle cstdemême nature que celle durein gauche. En effet, un peu au-dessus de sa division en iliaques primitives, l'aorle offrait intérieurement plusieurs petites tumeurs toutes de même nature, dont le volume variait entre celui d'un grain de moutarde et celui d'un haricot. Ces petites tumeurs, saillantes dans la cavité de l'aorte, étaient développées au-dessous de sa membrane interne. Celle-ci , d'un rouge uniforme, avait presque un tiers de ligne d'épaisseur. La matière qui était déposée au dessous de celte membrane, était formée, en grande partie, de petites lamelles blanches, brillantes, micacées comme du borax, enveloppées d'une petite quantité de matière jaune, molle et douce au toucher. M. Chevallier, à qui j'avais remis celte matière pour qu'il en fît l'analyse, a reconnu que ces lamelles micacées n'étaient autre chose que de la cholestérine. La membrane moyenne de l'aorle était imprégnée de la malièi'e jaune qu'on voit souvent déposée à sa surface ou entre ses fibres chez les vieillards. Au-dessous de quelques-unes de ces petites tumeurs, existait aussi de petites plaques ossiformes et lamelleuses.
% 856. Aucun symptôme, pendant la vie de la malade, n'a
CHOLÉSTÉRINE. 54'3
j annoncé la présence de la tumeur rénale ; les urines étaient t excrétées comme dans l'état sain , et le malade n'accusait auc cùrie douleur dans la région des reins.
Dans ce cas, pendant la vie et après la mort, on n'a pas eu la pensée de rechercter la cliolestérine dans l'urine ; on l'y rencontrera très probablement , toutes les fois que les ' kystes remplis de cliolestérine viendront à s'ouvrir dans le bassinet, ou lorsque la cliolestérine sera accidentellement déposée dans l'infundibulura ou dans les calices dilatés.
5 857. M. Christison (i) a publié un cas non moins intéressant , qui lui a été communiqué par le docteur Home :
John Johnson, âgé de 38 ans, tisserand, fut reçu à l'hospice, le i6 mars i8a8. Il avait un œdème considérable aux membres f èt au scrotum ; un peu d'enflure , de lourdeur et de fluctuation (• dans l'abdomen ; de la sensibilité à la région épigastrique; de la toux et beaucoup de difficulté à respirer dans la position ! horizontale. Le pouls était à 96 et petit ; la chaleur à 96 Fali- ! renheit, la peau sèche, la langue rouge; constipation , urines saines. La maladie de J. avait commencé, à la fin du mois de t décembre précédent, oii il avait travaillé dans un endroit hu- ; mide, par tin œdème, qui, après avoir disparu, revint avec 1 des frissons à la fin de janvier. Cet homme avait eu une sem- I Wablc attaque seize ans auparavant , eu Espagne , après avoir • été guéri de la fièvre intermittente. Sa maladie de poitrine I datait aussi de quelques années. On le traita par des purgatifs j répétés et par la crème de tartre administrée comme diuré- I tique. Depuis son entrée à l'hôpital jusqu'au 21 mars, il n'y t etit pas de changement. L'urine ne dépassa jamais 24 onces. 1 Le 21, on s'assura qu'elle donnait un coagulum par la cha- I i«ur et par l'acide muriatique. Le 3o, l'enflure avait un peu <■ augmenté. Ce jour-là il eut des nausées et des vomissemens I qui se renouvelèrent souvent. Le pouls devint plus fréquent. I Les cuisses s'excorièrent, et une rougeur érythémateuse s'é- I tendit aux fesses. L'œdème continua à augmenter ; la faiblesse ! fit des progrès, et le malade mourut le 4 mai-au matin.
(i) Edinb.med.and siirg, journal, t. xxxu, p. 278.
Autopsie du cadavre. Les intestins étaient très distendus, et la surfil ce en était plus blanche qu'elle ne l'est ordinairement. Entre leurs circonvolutions, il y avait des collections de matière purulente. Dans la région des reins, il y avait aussi du pus, par places. On retira six livres de matière séro-purulente de la cavité abdominale. Le mésentère et le péritoine qui recouvrent les circonvolutions intestinales inférieures, étaient extraordinairement injectés, dans leur portion déclive. La membrane péritonéale du foie était enduite, par places, d'une matière purulente. La substance du foie était dure et très mamelonnée. Le foie adhéraità tous les organes adjacens, àl'estomac, au diaphragme, à l'épiploon , au duodénum , au colon descendant et particulièrement h une large tumeur très solide qui fut reconnue pour le rein droit, très altéré. Celte glande était convertie en un large kyste encrovité d'une couche mince de substance osseuse, et entrecoupé intérieurement de petites cloisons de même nature. Le contenu de ce kyste était un fluide séreux , trouble , dans lequel nageaient une grande qnantité de flocons argentés. J'examinai avec soin ces flocons après les avoir lavés : ils étaient d'un blanc pur et brillant comme du blanc de baleine; solubles dans l'alcool bouillant et se cristallisant par le refroidissement ; insolubles dans une solution bouillanle de potasse caustique, etfusibies à une tempéra,ture un peu plus élevée que celle de l'eau bouillante. C'était donc de la cholestérine pure. L'artère rénafe droite élSit presque oblitérée. Le rein gauche était très dilaté, etfle tissu en était plus mou et plus pâle qu',à l'état sain. Lç bassinet oflrait çà et là des plaques de chalestérine. L'uretère «tait plus large qu'à l'ordinaire.
Les poumons étaient engoués à leur.partie ^stcrieure, et un peu emphysémateux à lew surface ^nferieui^. Les parois du cœur étaient épaissies. Il y. avait, dans- le péricarde et dans les plèvres, une petite quantité de sérosité. La iête ne fcit pas examinée.
KYSTES ACÉPHALOCYSÏIQOIÎS DliS REINS. 5^5
Kystes acephalocystiques des reins.
§ 858. Les kystes acephalocystiques des reins sont des poches développées dans l'épaisseur de ces organes, ordinaii cmeut tapissées intérieurement par vine matière jaunâtre , et qui contiennent une ou plusieurs vessies, libres non adhérentes , à parois blanches, semi- transparentes, élastiques, tremblantes sous le doigt, et remplies d'un liquide clair et lénu. ■
Cette altération des reins, très rare chez l'homme, est assez commune chez d'autres animaux, surtout chez le mouton.
§ SSg. Chez l'homme, ordinairement un des reins est seul aft'ecté; dansla cavité dukyste, les acéphalocystes sonlpresque toujours multiples {accphalocystis socialis vel proliféra). Dans les kystes des reins du mouton, les acéphalocystes sont presque toujours solitaires.
Lorsque les kystes acéphalocystiques des reins ont acquis , chez l'homme, un développement considérable (et c'est presque toujours dans cet état qu'ils ont été observés) , ils donnent lieu i un gonflement partiel ou général du rein , qui , pendant la vie, peut être reconnu par le palper et la percussion (Atlas. Pl. YXIX , fig. i).
La pirtie du rein occupée par un kyste acéphalocyslique voumineux, prend' quelquefois une teinte jaunâtre-chamois. Souvent a^rs les ftieraT)ranes çxtérieures des reins sont forement'injoetéesyet le bassinet. est confondu et réuni avec la umeur par de . fausses membranes organisées , parcourues l'un'^rand nombre de vaisseaux (A.TLAS. Pl. xxix, fig. t). A la ',oupe, on voit oftinaicement dantf^ poche rénale les disposiions suivantes, prodfedant de l'extérieur à l'intérieur : Elle est ormée par les substances rénales atrophiées et anémiques, /isibles et distinctes encore dans quçlques points, et, en quelles autres, réduites à unesimple trame celluleuse, infiltrée çà ;l là d'une matière jaunâtre accideclelle, et formant une sorte le membrane grisâtre à l'extérieur, et jaunâtre à la coupe; par un véritable kyste, à parois fermes et fibreuses, "I. 35
546 KYSTES ACÉPHALOCYSTIQUES DJES REINS.
dont la surface interne, un peu inégale et jaunâtre, offre, par places, des brides celluleuses plus denses que les parois, avec des enfoncemeus , les uns larges et profonds , les autres plus petits et digitiforines.
En contact avec celte surface , mais sans aucune adhérence avec elle, on trouve (lorsqu'il ne s'est opéré aucun travail désorganisateur dans l'intérieur du kyste), une grande poche molle et membraneuse, dont les parois sont formées d'une substance particulière, diaphane, semblable à du blanc d'œuf médiocrement cuit, ou mieux à du blanc d'œuf coagulé par la potasse caustique. Cette substance très élastique peut s'allonger jusqu'à un certain point sans se rompre, et alors, abandonnée à elle-même, elle offre un tremblotement remarquable. Quelquefois légèremenljaunâlre,cettemalière est ordinairement blanchâtre, avec une teinte bleue légère; mais, quelle qu'en soit la couleur à la lumière réûéchie, cette matière est constamment d'une belle couleur jaune cilron, à la lumière réfractée. Cette poche membraneuse {.acèphalocysle-mère, de quelques auteurs) peut être séparée en plusieurs lames, comme si elle était composée de couches superposées.
Parfois , à la surface interne de cette poche, on observe de petites granulations {gemmules) d'un blanc laiteux , opaques , plus résistantes que la membrane elle-même, et qui ont été considérées comme les germes de nouvelles acéphalocystes.
Dans l'intérieur de Y hydatide-mère , on en trouve ordinairement un grand nombre d'autres, dont plusieurs ressemblent assez bien , pour la forme et le volume , à des grains de raisin blanc (Atlas. Pl. xxvni , fig. a) , et qui nagent au milieu d'un liquide transparent et incolore.
Le liquide qui remplit les petites acéphalocystes, est de même nature que celui que contient la grande, et n'offre également que des traces d'albumine et quelques sels. Les parois de ces petites acéphalocystes sont formées d'une couche, moins épaisse, de la même substance dont est formée l'acéphalocystemère. Les petites hydatides peuvent offrir également, à leur surface interne , des espèces de granulations (Atl as. Pl. xxxviii, fis- 4).
Tout porte à penser que la matière des acéphalocystes est de l'albumine coagulée et dans un état particulier.
Par suite de leur progrès ou par des causes accidentelles, les kjsles acéplialocystiques des reins de l'homme peuvent s'enflammer et éprouver diverses altérations dans leurs parois et leur contenu. Ainsi, parfois, les acéphalocystes ne sont plus resafermées dans une poche unique , on trouve, contre les pa- 1 ois du kyste, des lambeaux jaunâtres, des espèces de débris de la poche hydaliq^ue-mcre le kyste est tapissé par une m^-« lière jaune particulièi-e , plusieurs de ces petites acéphalocystes sont comme flétries, ridées, et généralement opaques et jaunâtres. Le liquide dans lequel nagent les hydatides , au lieu d'être ténu et transparent, est le plus souvent trouble, d'apparence laiteuse ou purulente.
Les kystes acéphalocystiques des reins peuvent rester longtemps isolés et sans communication avec les conduits sécréteurs de l'urine ou avec d'autres organes voisins. Toutefois , le plus ordinairement, ces kystes, au bout d'un certain temps, contractent adhérence avec les parois du bassinet, et s'ouvrent dans sa cavité par une ou plusieurs ouvertures (Ati.as. Pl. XXXIX, fig. i). Alors les plus petites hydatides ou les débris des plus grandes et une certaine quantité de l'humeur séreuse ou séro-purulente du kyste, sont rendus avec l'urine. L'expulsion des hydatides n'a jamais lieu sans quelque accident; il survient de la douleur dans la région rénale, et parfois une rétention d'urine, occasionée par l'obstruction du bassinet de l'uretère ou de l'urèthre, dans lesquels un ou plusieurs de ces corps étrangers se sont arrêtés. Les rétentions d'urine, passagères et répétées, ou plus ou moins continues, finissent par amener la dilatation de i'uretere et du bassinet, l'affaissement des mamelons, etc. (Atlas. Pl. xxix, fig. i.)
Enfin ou observe quelquefois chez l'homme (mais ce cas est extrêmement rare), une sorte de retrait ou d'atrophie des kystes mêmes , la poche hydalique est alors très irrcgnlière dans son contour, el n'a plus qu'un petit volume. A la section de cette poche il ne s'échappe ni sérosité, ni acéphalocyste. L'intérieur du kyste est rempli de deux matières solides , mélangées
KYSTES AClîPHALOCYSTIQUKS UKS RKINS.
t-t confondues : l'une , jaunâtre, analogue à celle qu'on trouve dans certains kystes acéphalocystiques peu altérés,- l'autre, formée de petits lambeaux jaunâtres ou verdâtres, d'appaparence membraneuse et qui sont évidemment des débris d'acéphalocystes. Les parois du kyste et la substance rénale voisine , devenue d'une teinte grisâtre, présentent quelquefois de petites incrustations salines, dures et comme plâtreuses.
Les kystes acéphalocystiques sont très communs dans les reins du mouton. Ces kystes ne contiennent ordinairement qu'une seule acéphalocyste. Dans le point affecté, la surface du rein offre un gonflement de couleur chamois , variable pour la forme et la dimension, ordinairement arrondi, et qui présente plus rarement une sorte d'appendice en forme de queue (Atlas. Pl. xxix, fig. 3); comme chez l'homme, les parois de cette poche sont formées par la substance rénale plus ou moins atrophiée et par un véritable kyste. La surface interne du kyste, jaunâtre et inégale (Atlas. Pl. xxx , fig. i et 2), est ordinairement sillonnée par des rides ou des brides assez marquées, qui donnent à l'intérieur de cette poche un aspect multiloculaire , quoiqu'elle ne contienne jamais qu'une seule hydatide. L'hydatide offre elle-même des gonflemens et des rétrécissemens qui correspondent à ceux du kyste. Cette hydatide a l'apparence et tous les caractères physiques et chimiques des acéphalocysles, et le liquide qui la remplit est limpide et incolore.
Au bout d'un certain temps, ces kystes hyda tiques subissent des changemens notables dans leur conformation et leur structure : la plus simple de ces modifications est une diminution sensible dans leur volume , reconnaissable à l'aspect ridé de leurs parois, et à l'absence d'un liquide séreux dans leur cavité. Ces kystes se présentent alors sous la forme d'une petite masse plus ou moins arrondie, jaune et molle, pouvant être pétrie entre les doigts, et qui offre à la coupe des pellicules hyda tiques eutorlillées dans la matière jaunâtre propre à ces productions.
Souvent aussi, en même temps que l'inlérieur de ces poches se dessèc]ie,elles s'cncrovi tent d'une matièrocrétacée, blanchâtre
qui, le plus souvent, est déposée en grains ou en petits mamelons à leur surface, mais qui parfois s'infiltre clans toute l'épaisseur de leurs parois. Alors ces tumeurs sont blanchâtres, bosselées , fermes sous le doigt , et peuvent s'énucléer ou être détachées du rein sans être écrasées (Atlas. Pl. xxx, fig. 5), A la coupe , on voit que la matière crétacée a aussi envahi la place qu'occupaient les acéphalocystes , qui sont flétries et revenues sur elles-mêmes.
Les kystes acéphalocystiques des reins du mouton peuvent offrir, au lieu de cette incrustation crétacée (consécutive à leur atrophie par absorption), de véritables points osseux, jaunâtres, bien distincts, par leur couleur et leur aspect, de la substance crétacée avec laquelle ils sont ordinairement mélangés. J'ai fait représenter (Atlas. Pl. xxx, fig. 6) un exemple remarquable de ces dépôts osseux et crétacés dans un kyste acéphalocyslique, hérissé d'aspérités piquantes et très dures, et qui s'était développé à la partie supérieure d'un rein de mouton.
Chez le mouton, une véritable inflammation chronique peut s'emparer de la partie du rein occupée par un kyste acéphalocystique. Dans de semblables cas, j'ai plusieurs fois observé une disposition que je n'ai jamais vue sur les reins d'homme. La poche acéphalocystique, plus ou moins altérée, s'ouvrait à la surface du rein par une ou plusieurs ouvertures ^ le plus ordinairement d'une très petite dimension. On voyait alors, à la surface du rein , et le plus souvent au-dessous de sa membrane fibreuse, des bosselures plus ou moins considérables formées par le dépôt d'une matière comme athéromateuse, ou par un mélange de pus et de détritus d'acéphalocystes. La poche acéphalocystique, revenue sur elle-même, contenait une quantité plus ou moins considérable de la même matière. Le lissu cellulaire du rein, dans la partie correspondante, était notablement gonflé et d'une consistance comm« squirrheuse. J'ai fait représenter (Atlas. Pl. xxx, fig. ?) un exemple très remarquable de cette dégénérescence inflammatoire d'un kyste acéphalocystique ; toute la partie supérieure du rein était grisâtre et d'une consistance lardacée; la substance cor-
55o KYSTES AC]3PnAL0CYSTTQUES DES IIEINS. licale, perforée en plusieurs points, laissait suinter une matière jaunâtre dans laquelle on voyait encore des traces de membranes liydatiques, et, dans quelques points, il y avait de petits dépôts de matière crétacée.
Lorsque l'altération est plus ancienne, la matière contenue dans la tumeur est plus jaune et a la couleur du miel, mais elle est plus consistante ; quelquefois alors on ne trouve plus de traces de membrane hydatique (Atlas. PI. xxix, fig. 5).
Je n'ai jamais vu les kystes acéphalocystiques <ies reins de mouton s'ouvrir dans la cavité du bassinet, comme cela a lieu assez fréquemment chez l'homme.
Les kystes acéphalocystiques du cochon contiennent, comme ceux de l'homme, plusieurs hydatides; ils en diffèrent seulement en ce qu'ils sont presque toujours bosselés (Atlas. Pl. xxx, fig. 8). Les bosselures et les dépressions correspondent à des dilatations et à des contractions du kyste qui embrasse exactement les hydatides (Atlas. Pl. xxx, fig- 9).
Les kystes acéphalocystiques du l'ein de bœ7tf n'offrent point de particularités remarquables; ils sont beaucoup plus rares que ceux du mouton ou du cochon. J'ai vu plusieurs de ces kystes acéphalocystiques qui avaient, à la surface du rein, la forme d'un bouton jaunâtre et moU, dans l'intérieur desquels on apercevait des lignes grisâtres disposées en zig-zag, enchevêtrées les unes dans les autres, et enveloppées d'une matière jaune; ces lignes n'étaient autre chose que des membianes d'hydatides, vidées, aplaties, flétries el notablement dimiuuées d'épaisseur.
^ 860. Symptômes. — Il faut distinguer deux périodes dans l'histoire des kystes acèphalocystiqties, lorsqu'on veut exposer les accidens qu'ils peuvent occasionei . En eflet, les symptômes de cette maladie sont bien difféi ens suivant que ces kystes sont plus ou moins volumineux, mais intacts, ou bien ouverts dans le bassinet et les calices ou à l'extérieur aux régions lombaires.
Les kystes acéphalocystiques intacts n'occasionnent ordinairement d'autre accident, d'autre gêne que celle qui résulte de ieur volume plus ou moins considérable. La tumeur qu'ils j forment a beaucoup d'analogie avec celles qui apparaissent
KYSTES ACl^PHALOCYSTIQUES DES REINS. 55 1
dans la région rénale à la suite de la pyélite chronique ou d'une hydro-néphrose. Mais il est un pliénomène qui, dans certains cas , peut faire reconnaître la présence des liydatides , c'est le frémissement particulier, l'espèce d'ondulation qu'elles font percevoir au doigt appliqué à la surface de la tumeur qui les contient, lorsqu'on la percute avec les doigts de l'autre main.
Lorsque le kyste qui contient les acéphalocystes s'est perforé sur un ou plusieurs points dans le hassinet oti les calices ^ un signe plus positif peut faire reconnaître la présence de ces vers: je veux parler de l'expulsion, avec l'urine, d'une ou de plusieurs de ces hydatides ou de fragmens plus ou moins considérable de ces vers.
Lorsqu'une ou plusieurs acéphalocystes passent du bassinet dans l'uretère, elles peuvent obstruer ce conduit au moins momentanément , déterminer des douleurs rénales et d'autres symptômes communs aux corps étrangers engagés dans les uretères, savoir des hoqiiets, des nausées, des vomissemens, de l'ischurie, une rétention d'urine, des coliques néphrétiques , et parfois des douleurs vives dans la vessie ou dans l'urèthre lorsqu'elles sont rendues avec l'urine, expulsion qui est suivie d'un grand soulagement.
Lorsqu'une ou plusieurs acéphalocystes ont été rendues avec l'urine, et qu'il survient de nouvelles douleurs, soit dans les régions rénales, soit dans le trajet des uretères, il est à présumer que de nouvelles acéphaloftyHes seront expulsées au dehors, ou bien que d'autres corps étrangers, tels que des caillots fibrineux ou des calculs seront évacués avec l'urine.
On a vu, mais plus rarement, les kystes acéphalocystiques des reins ou au moins des kystes acéphalocystiques développés dans les régions rénales s'enflammer et s'ouvrir par une fistule aux lombes.
§ 86 1. L'origine des kystes acéphalocystiques des reins ckez l'homme est fort obscure. Plusieurs fois ils ont paru se développer à la suite de chutes ou de contusions sur les lombes. Chez les animaux, et notamment chez les moulons, les acéphalocystes des reins sont évidemment liées à un état particulier
de la nutrition et sont plus fréquentes après les saisons froides et pluvieuses qu'à toute autre époque de l'année.
§ 862. Dans leur premier étal, c'est-à-dire lorsqu'ils ne se sont point ouverts dans les conduits excréteurs de l'urine, dans l'intestin ou aux lombes, les kystes acéphalocystiques des reins, parfois reconnaissables au toucher et à la percussion, ne peuvent toujours être facilement distingués des kystes acéphalocystiques du foie. Il est à remarquer cependant que ces derniers sont le plus ordinairement situés plus en a vant^et qu'ils sont plus évidemment continus avec le bord tranchant du foie,- toutefois, les kystes acéphalocystiques des reins sont quelquefois tellement soudés avec le foie par leur partie supérieure, qu'ils paraissent faire corps avec cet organe. Dans les cas obscurs, quelques circonstances particulières, l'existence antérieure d'un ictère ou d'un dérangement fonctionel des reins pourront quelquefois éclairer le diagnostic; mais il faut convenir que, hors les cas oii la tumeur rénale forme une voussu; e aux lombes et se prolonge vers la fosse iliaque, il est difficile de préciser le siège de la tumeur.
Mais le foie ne peut plus être accusé d'être le siège de ces sortes de tumeurs , lorsqu'une ou plusieurs hydalides ont été expulsées avec l'urine par Tvirèthrc, et lorsque cette expulsion a été précédée de douleurs rénales se propageant suivant la direction de l'uretère, ou de douleurs vésicales provoquées'par la difficulté qu'éprouve la vessie à évacuer les acéphalocptes ou leurs débris. Et c'est ici^î^'^eu de remarquer que des kystes acéphalocystiques non développés dans les reins, mais dans des parties conliguès à la vessie, peuvent aussi s'ouvrir dans cet organe et simuler jusqu'à un cerlain point un kyste hydatifère du rein. Toutefois, par une exploration attentive du basventre et à l'aide de la percussion, on découvrira très probablement toute espèce de kyste acéphalocyslique situé dans le voisinage de la vessie (r) et s'ouvrant ou non dans cet organe.
(l) Le nommé Knrtb, âgé Je 40 nns, cordonnier, <lc Ijonnc constitution, lie tempcr.iment s.mgiiin et lymplialiquc, éprouv,t pour la première fois en 1828, s.ms cause eounuc, de la pesanteur daus le bas-vcnlrc, accompagnée
§ 863. A en juger par la marche de la maladie dans la plupart des cas de kystes acéphalocystiques des reins^ qui ont élc
parfois de quelques coliques; l'.nbdomcu était uu peu voluraineux, et il reconnut dans la fosse ili.ique gauche l'existence d'une tumeur de la grosseur du poing, indolente à la pression. Des bains, des douches, des frictions avec l'ongueut mercuriel furent inutilement employés pour la dissoudre , elle augmenta même de volume. Le 7 avril i834, Kurth entra à l'hôpital de la Charité dans mon service. Depuis six jours, il avait de la lièvre, le pouls était développé, la peau chaude; il y avait de la soif, pas d'appétit. Le ventre était un peu tendu et douloureux à la pression ; mais la principale douleur se faisait sentir dans l'endroit occupé par la tumeur ; il n'y avait ni nausées, ni vomissemens; le ventre était libre sans constipation. Une tumeur existait dans la fosse iliaque gauche, s'éten'daut jusqu'à l'hypogastre. Elle était plus volumineuse que le poing, arrondie, immobile, fluctuante, un peu douloureuse à la pression, fournissant par la percussion une sensation de frémissement ou de collision de corps élastiques mobiles, comme si on frappait sur un ressort élastique. Le stéthoscope, appliqué sur la tumeur pendant qu'on la percutait, faisait entendre un bruit semblable a celui que donne un tambourin sur lequel on frappe. La tumeur était, du reste, fout-à-fait séparée du foie, dont le volume ne paraissait pas augmenté, ni renfermer aucune tumeur. Le malade fut saigné, mis à la diète et à l'usage des boissons adoucissantes. Le lendemain, S avril, il éprouva beaucoup de coliques, et uu besoin très pressant d'aller à la selle : il -s'y présenta et rendit, avec beaucoup de pus et de matières liquides, une très grande quantité d'acépbalocytes déchirées, sur la nature desquelles on ne pouvait conserver aucun doute; quelques-unes avaient di avoir le volume d'une noix. Les coliques cessèrent, la fièvre tomba, la douleur delà tumeur diminua; celle-ci perdit beaucoup de volume. Les jours snivans encore le malade continua à rendre tous les jours quelques hydatldes. Enfin, il n'en rendit plus, et, comme les douleurs avaient cessé, il demanda à sortir. Le kyste avait la moitié de son volume primitif; les pressions exercées à travers les parois abdominales ne purent jamais le vider entièrement.
Pendant un mois, le malade se porta bien, mais, au bout de ce temps, il rentra dans la salle avec de la fièvre, douleur et tension du ventre ; la tumeur était de même volume qu'à la sortie du malade, douloureuse à la pression, et fournissait les mêmes signes que lors de la première entrée : il fut saigné de nouveau et mis au bain. Il resta dans cet état de souffrance pendant deux ou trois jours. L'émission des urines était douloureuse, il n'y avait pas de selles. .Vu bout de c6 temps , il rendit de nouveau des liydatides par les garde-
S54 KYSTES ACÉPHAIÔCYSTIQUÏÏS DKS ÏIEINS. publiés jusqu'à ce jour, le pronostic de ces espèces de tumeurs serait généralement moins grave que celui des tumeurs rénales
robes et les accidens cessèrent bientôt. Il resta dans la salle pour sniTrc le traitement de la gale, dont il était affecté depuis long-temps. Il ne rendait plus d'hydatides, conservant toutefois dans le bassin une lumear dure encore, douloureuse à la pression, mais no donnant pins lieu à la sensation de frémissement que nous avons notée, dans laquelle U sentait, disait-il, passer de l'air, lorsque le 8 juin, il éprouva subitement une envie très forte d'uriner; il essaya de vider la vessie, et il rendit une urine trouble, purulente, mclée'de gaz, tandis qu'auparavant les urines étaient très claires. Les urines, laissées dans un verre, fournissent un dépôt purulent très abondant. Le malade, fort effrayé de rendre des gaz par l'nrèthre, m'en avertit aussitôt. Je le fis uriner devant moi, et je constatai la sortie de ces gaz par l'ouverture du canal urétbral.
Le kyste acépbalocystique devint plus douloureux que les jours précédens : on le couvrit de i5 sangsues et de cataplasmes. Les bains, les boissons adoucissantes, £rent cesser peu-à-peu les douleurs qui accompagnaient l'émission des urines; celles-ci devinrent moins purulentes, ne renfermèrent pins de fluides élastiques ; 11 n'y avait plus d'hydatides dans les selles. Le malade sortit en très bon état; le kyste formait une tumeur dure et indolente dans la fosse iliaque gauche. — Ce cas a été recueilli par M. le docteur Brun (Louis-Auguste), alors mon élève, ef insérée dans sa dissertation inaugurable {Diss. sur une espèce particulière de tumeur fistideuse slercorale de l'ombilic, suivie de quelques observations sur différentes maladies médicales et chirurgicales, Paris, i834, p. 3?).
Huuter rapporte nn cas de kyste acépbalocystique situé dans le bassin, entre la vessie et le rectum. La vessie, dont le col était comprimé par la tumeur, était distendue par cinq à six pintes d'urine {Médical and chirurgie, transact,, vol. i, p. H5, lygS). Le docteur Lesauvage a publié un cas analogue {Bulletin de la faculté de médecine, t. m, p. 439)- Loder parle également d'uu kyste situé entre la vessie et le rectum (Transac. Lond, 1793).
Enfin, voici encore un exemple d'hydatides évacuées par l'urètlire et par le rectum: «Le sieur C..., perruquier , d'un tempérament phlegmatique et adonné à la boisson, tomba malade le 3 juin de l'année dernière , après nn excès de débauche de trois à quatre jours; les symptômes qui se déclarèrent d'abord, furent un grand mal de tête, une certaine rigidité de toute l'habitude du corps, la dureté et la fréquence du pouls, des douleurs des lombes, la tension du ventre, des évacuations alviues écumeuses , la dysurie , des urines bLincbcs et limpides. Le troisième jour, gémissement continuel sur son état, délirev Le quatrième, écoulement involontaire des urines. Le cinquième.
formées à la suite des pyélites. Chose remarquable , les kystes acéphalocysliques des reins ont , comme es jiysles acéphalo-
extréiiiités froides, surdité, regard menaçant, et par intervalles grands celats de rire, an lieu de répondre aux questions qu'on lui faisait.
« Dès les premiers jours, j'avais pratiqué uhe saignée du braâ, et le soir du même jour, une autre saignée du pied; j'administrai aussi l'émctiqne le lendemain, pour débarrasser les premières voies. Des lavemens émolliens, 6ii je faisais quelquefois entrer 3o à 40 grains de camphre, les pilules de camphre et de nitre, les anti-septiques ont été tour-à-tour employés , suivant les circonstances. Les vésicatoires lui furent appliqués aux jambes, et sa boisson la plus ordinaire était la décoction de tamarin émétisée. L'état du malade reçut peu de changement jusqu'au treizième jour. Je fus fort étdniic, ce jour-là, de voir, nu moment qu'on changeait le linge, qu'il s'était évacué une grande quantité de sang, très délayé, par les selles, en même temps que son pouls était devenu meilleur. Le i4) il y eut un petit redoublement, et les extrémités qui étaient froides, commencèrent à se réchauffer. Le i5,méme évacuation de sang par l'anus, le pouls plus souple et plus libre. Le 16, crachats oonsistans avec toutes les marques de coction. Le 17, sueurs abondantes et cessation de l'écoiilement involontaire des selles et des urines , et celles-ci déposent un sédiment briqueté. Le 22, nouveau redoublement, avec des signes de crudité dans les urines. Le 23, évacuation de matières sanguinolentes par l'anus, comme ci-dessus; mais ce qui fit connaître la nature de cet écouletnent, ce fut ùtiè bydatide de la g^osseu^ d'un œuf dé canne qu'on ti-ouva dans le bassin. J'en fis l'ouverture, et elle se trouva contenir iin fluide de même nature que celui qui s'était écoulé par les selles. La nuit suivante fut pliis tranquille, et le sommeil se prolongea jusqu'au lendemain matin.
« Le 25, je fus appelé auprès du malade, pour une dureté d'urine qui lui causait les plus vives angoisses; en l'examinant, je fus fort surpris de voir sortir par le canal de Vurètkre une tumeur qui paraissait étranglée. Après être resté quelque temps en suspens, j'aperçus ou du moins j'eus lieu de présumer que c'était une bydatide de la même nature que celle qui avait été évacuée par l'anus; je isaisis le bout de cette tumeur avec les pinces, en tirant successivement en divers sens, et je parvins enfiu à dég.iger cette hydatide, qtii était de là grosseur d'un petit œuf de poûle ; j'en fis l'ouverture, et je ïè'connus qu'elle contenait le même fluide qui s'était écoulé par l'anus. Je n'ai pas besoin de dire qu'après l'extraction de ce corps, le malade se trouva soulagé, et qu'il juissa une nuit tranquille; sa maladie s'est soutenue avec plus ou moins de fièvre jusqu'au vingt-quatrième jour, et ce n'est qu'alors que je lui ai permis de prendre un peu de crème de riz, et j'ai fait augmenter par degré sa nourriture. Si^onvalesccnce a été longue, car il n'a pu prendre
556 IvYSTJïS ACJÎPHALOCYSTIQUES DES Rl.lNS, cystiques qui se développent dans les autres organes, une grande tendance à s'enflammer, à se perforer, et à revenir sur euxmêmes lorsqu'ils se sont complètement vidés. Aussi, les exempies de guérison de tumeurs rénales après l'évacultion d'hy. datides par les voies urinaires ne sont-ils pas très rares. Mais dans un cas donné, on ne peut préjuger l'époque à laquelle une semblable évacuation aura lieu.
Une circonstance rend cette affection moins grave chez l'homme que chez les animaux. Chez lui il n'y a ordinairement qu'un des reins d'affecté , et les cas de diathèse acéphalocystique, cas dans lesquels ces vers vésiculaires sont développés à la fois dans plusieurs organes, sont très rares.
§ 864. Le traitement des kystes acéphalocysliques n'est pas le même, suivant que la tumeur rénale est intacte ou enflammée, ou bien déjà ouverte dans le bassinet, ou à l'extérieur dans la région des lombes.
Si la tumeur enkystée est inlncte , et qu'on soit parvenu à bien constater qu'elle est formée par un kyste acéphalocystique, on pourrait Vouvrir à l'aide d'une incision et des caustiques, comme il a été indiqué à l'occasion des tumeurs formées à la suite de la pyélite ; mais il est généralement préférable d'attendre que le kyste s'ouvre spontanément dans le bassinet et les calices. Je n'ai jamais, il est vrai, eu l'occasion d'ouvrir ainsi un semblable kyste développé dans les reins ; cette pratique a été appliquée avec un succès incontestable aux kystes acéplialocystiques du foie , et certaines objections faites contre la néphrotomie, pratiquée dans le but d'extraire un Calcul, ne sont pas applicables aux kystes acéphalocysliques des reins. Ainsi le kyste est presque toujours, sinon toujours, unique ; il est voisin de la surface du rein ; l'inflammation en est plutôt salutaire que fâcheuse, etc., et l'opération offrirait par elle-même peu de danger, à moins que le malade n'eût un
l'exercice de sa profession (jue vers la fin de septembre. Le maLide s'est bien porté depuis cette époque.» — {La Médecine éclairée par les sciences physiques on Journal des découvertes relatives aux différentes parties de l'art de guérir, rédigé par M. Fourcroy, tom. r, p. 87, iu-8, Paris, 1791).
KYSTES ACliPHA.LOCYSTIQUES DES REINS. SSy
(i-ès grand embonpoint. Mais, je le répèle, dans le plus grand lombre des cas , il est préférable de temporiser; la tumeur est jénéraleineut peu douloureuse; sa présence apporte si peu de rouble dans les fonctions, que les médecins ne sont ordinaiement consultés que pour les accidens que déterminent les tcéphalocystes dans leur trajet à travers les voies urinaires. -la perforation spontanée de ces kystes se fait presque constamnent dans le ba&sinet, rarement dans le tissu celluleux péritoléal, et bien plus rarement encore dans la cavité du péritoine ; erminaisons fâcheuses beaucoup plus à redouter dans les cas le pyélite calculeuse.
: Le kyste acéphalocystique est-il, au contraire, déjà ouvert dans e bassinet; une ou plusieurs acéphalocystes ont-elles été déjà vacuées avec l'urine; si Fui'elère est obstrué par des hydatides u par un calcul, lorsque les malades sont alités, il faut favoiser le passage de ces corps étrangers de l'uretère dans la vesie^ à l'aide de douces pressions de baut en bas, ou bien par application des ventouses sèches sur l'hypogastre et le périlée, ou à l'aide de douches dirigées vers la région lombaire du ôté affecté. Si les malades peuvent marcher ou faire un peu l'exercice à cheval, les mouvemens ou de légères commotions u tronc peuvent favoriser la descente des acéphalocystes ou ie leurs débris des reins à la vessie.
Lorsqu'un kyste acéphalocystique situé dans les reins , ou léveloppédans le voisinage de ces organes, fait une saillie aux jrabes , on peut en pratiquer avec succès l'ouverture , s'il ient à s'enflammer. Après l'évacuation du pus et des hydaides, on fait, dans l'intérieur de la poche, des injections avec lue décoction d'orge miellée; le kyste ne tarde pas à revenir ur lui-même , et l'ouverture fistuleuse se cicatrise.
J'ajoute que plusieurs observations semblent parler en fac!ur dë. la térébenthine dans le traitement de ces kystes hydaifères.
Si une acéphalocysle, engagée dans l'urèlhre, obstruait com- "lèlement le canal, on faciliterait l'expulsion de l'hydatide en i déch rant ou en la perçant, comme M. Brachet l'a fait dans Il cas.
558 KYSTES ACIÎPHALOCYSTIQUES DES REITSfS.
Historique et observations particulières.
§ 865. noullier(i) dit avoir vu un. homme qui, après plusieurs jours de vives souffrances, rendit avec les urines des globules transparens en forme de gelée. Warthon (2) a vu aussi des hydatides être rendues avec l'urine. S. Bonfigli {V, rapporte le cas d'une femme qui portait dans le flanc droit une tumeur rénale et qui rendit pendant l'année qui précéda sa mort une matière lymphatique, concrète, avec l'urine {innalans comparitt't membranaceo ghilini similis et distincia inpliira frustida foliata, aliqitando expansa,nlii]nando notivoliita), matière dont les caractères sont les mêmes que ceux des parois des hydatides. Le Â-yste acéphalocystique , après s'être vidé en partie dans le bassinet, était revenu sur lui-môme et en partie ossifié.
Baillie (4) cite le cas d'un soldat dont le rein converti en uu sac capable de contenir au moins trois pintes de liquide était rempli d'hydatides de diverses dimensions, depuis celle d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une orange; une partie du rein avait conservé sa structure naturelle.
Duncan (5) a trouvé , à l'ouverture du cadavre d'un homme âgé de quarante-huit ans, qui était sujet à des douleurs néphrétiques età la gravelle, les reins très volumineux etrcmplis d'un grand nombre d'hydatides.
Laennec(6) et MM. Brachet (7) ont rapporté des exemples d'acéplialocytes des reins.
M. Parmentier a publié un cas d'hydatides des reins ren-
(1) Hollerli Ojiera, lib. i, de morb. iateru.cap. 5o, in-fol. Paris, 1664.
(2) Yfaitlion. Adenogrtiphia, in-8, i656.
(S) Ephem. nat. ciirios. cent, ix, p. 9, obs. 4.
(4) Baillie. Anatomie pathologique, trad. franc, par Guerbois, in-8, Par i8i5, p. 226.
(5) T/ie med. reposilory, vol. vu, juin 1817.
(6) Lacunec. Mémoire sur les nters 'vésiculaires, in-4, p- '48 (Mém. de Faculté de médecine de Paris, in-4, Paris, 1812).
(7) Nouvelle revue médicale, i83i,t. ir, p. io5.
KYSTES ACÉPHA.LOCYSTIQUES DES REINS. 5 69
dues par l'urèthre, observé chez un jeune homme de vingt ans, et qui finit par se rétablir après l'évacuation d'un grand nombre d'hydatides (i).
On lit aussi dans la Gazette des hôpitaux (2) l'observation d'un jeune homme, âgé de vingt-sept ans , qui guérit complètement après avoir rendu un certain nombre d'hydatides avec l'urine par le canal de l'urèthre.
Quelques remarques ont été faites sur les hydatides des animaux; Cowper a trouvé des hydatides renfermées dans une coque pierreuse, située dans le rein d'une brebis, et j'ai décrit et figuré les diverses transformations des kystes hydatifères des reins dans l'espèce ovine.
Le docteur Weitenkapf (de Barth) (3) a publié un cas d'hydatides évacuées par l'urèthre; ces vers, rendus au nombre
( de 5o à 60 chaque fois , avaient depuis la grosseur du pois jusqu'à celle d'une noix et ils étaient vivans. Le docteur Gréplin (de Greifsyyald) (auquel on doit un travail intéressant sur
i les cysticerques ) , frappé de cette dernière circonstance, de-
! manda des renseignemens plus précis au docteur Weitenkapf (4) , et desquels il sembla résulter que ces hydatides
. étaient des cysticerques. Le cas du docteur Parraentier, cité plus haut , paraît être un autre exemple de cysticerques rendus par les voies urinaires : « La pression de ces vers avec le doigt, dit M. Parmentier, en faisait saillir la tête, don^ il me fut facile de distinguer, au microscope, la forme et les annexes. »
(J 866. Sous le nom d'hydatides des reins , plusieurs auteurs I ont confondu les acépbalocystes et les kystes des reins. Ainsi, 1 sous le nom d'hydatides des reins , Kœnig cite un cas de kyste • dans les reins observé sur un individu moil hydropique et
(1) Nouvelle Bibliothèque médicale, décembre 1829, t. xv, p. 412.
(2) Gazelle des Hopilaux, i834, p. 6o5.
(3) Provinzîal Sanitàtsherichte des Kœnigl. Med, CoUeg.'von, Pommem, 2 sei mestrc, i835, St. 52.
(4) Miiller's. Archiv fàr Anal. Phjrsiol.undwissentcha/tliche Medicin. i840j Heft u, S. 149.
dont l'urine était albumineuse, et un autro cas, celui d'un hydropique avec urine albumineuse , et dont les reins plus grands et plus mous que dans l'élat sain offraient de véritables kystes dans la substance corticale (i). Un troisième cas, cité par le même auteur, nie paraît être encore un exemple de kyste des reins (a). Enfin un autre fait (3) paraît aussi appartenir plutôt aux kystes qu'aux hydatides.
Bremser (4) remarque avec raison que deux cas cités par Scheffer sont des exemples de kystes des reins , et non de vers vésiculaires.
Sous le nom à' hydatides, Morgagni (5) a décrit une éruption vésiculeuse des uretères que j'ai également observée et figurée et qui est bien distincte des véritables acéphalocystes (Atlas. Pl. m, fig. 3).
§ 867. Les observations relatives aux kystes acéplialocystiques peuvent être rangées en deux séries :
1" Série, — Kystes acèyhalocystiqxies des reins, sans communivation avec les conduits excréteurs de l'urine.
Ces cas sont rares, les médecins n'étant presque jamais consultés à cette période de la maladie; le cas suivant est le seul que j'aie observé.
Obs, I. — Kyste, contenant un grand nombre d'acépbnlocystes , développé dans la partie supérieure du rein gauche, et ne communiquant ni avec le bassinet, ni avec l'uretère.
Dansle mois d'avril 1 8 36, M. Amussat m'a fait remettre un rein contenant un kyste acéplialocys tique très remarquable (Atlas.
(1) Ce cas est emprunté aux Transactions of a socieLrfor improv. oj med. andchir. knowledge, vol. m, p. 2or.
(2) Transactions of a soeiety for improv. 0/ med. and chir. hiowledge, vol. III, p. 220.
(3) London med. Repository. vol. vu.
(4) Bremser. Traité des mers intestinaux, \t. 276, in-8, Paris, \ii!f.~-Joumnl de Hufeland, vol. vui, p. 54 et 86.
(5) Morgagui. De sed, et cnus, morb., xr.it, art. 11.