‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 5 sur 42 · AVEC DES MALADIES DE LA PROSTATE · texte numérisé non relu

AVEC DES MALADIES DE LA PROSTATE

queuce des obstacles que le gonflement de la prostate et le mélange du sang et du pus avec l'urine apportaient à son émission. L'urine est devenue alcaline dans les derniers temps , probablement à la suite de l'inflammation des substances rénales.

Obs. VI. — Urine sanguinolente, puis sanguinolente et purulente; néphrite chronique avec pyélite; gonflement' de la prostate; mort.

Garot (Claude), âgé de 72 ans, charpentier, entra le la février 1840, à l'hôpital de la Charité. Ce vieillard, d'une haute taille et maigre , a toujours joui d'une bonne santé. 11 n'a pas été vacciné et n'a pas eu la petite-vérole. A l'âge de ao ans, il a été atteint d'une pleurésie qui a duré un mois. Garot a servi à l'armée pendant onze ans; il s'est marié à l'âge de a8 ans; il n'a jamais eu de maladies vénériennes. Cet homme n'avait jamais éprouvé d'accident du côté des voies urinaires, lorsque, le 5 juin dernier, voulant soulever une pièce de bois très lourde, il sentit lout-à-coup une douleur vive dans la région lombaire gauche. Pendant trois jours il continua cependant de travailler, et ses urines paraissaient mélangées de sang; alors il a senti des cuissons dans la verge, sans douleur de reins ni de vessie. Depuis le mois de juin, il a continué d'uriner du sang, deux ou trois fois par mois, et pendant deux ou trois jours. Dans l'intervalle de ces hématuries, les urines étaient troubles et laissaient déposer un sédiment blanchâtre au fond du vase j depuis cinq mois, il éprouve de la difficulté à uriner; il faut qu'il pousse pour rendre les urines, et quelquefois elles sortent malgré lui. Depuis le mois de juillet, il a été sujet à de la toux, et a craché un peu de sang. Pendant tout le mois de décembre dernier l'urine n'a pas été sanguinolente, mais le malade a constamment craché le sang. Yers la fin du mois de juillet, Garot entra à l'Hôtel-Dieu, oii il resta six semaines environ; dans le courant du mois de septembre, il fut traité à l'hôpital Necker; on le sonda et on ne trouva pas de corps étranger dans la vessie; enfin, dans le mois de décembre, il a été traité pendant six semaines à la Charité.

Aujourd'hui ce malade est dans l'état suivant : décubilus

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dorsal, amaigrissement, douleurs dans la région de la vessie et dans la région lombaire gauche ; envies fréquentes d'uriner; émission difficile el douloureuse des urines, qui sont sanguinolentes et laissent déposer un sédiment purulent au fond du vase; respiration légèrement accélérée, avec toux, crach&ls rouges , sanguinolens et spumeux; râle muqueux el râle sibilant; pouls fréquent, large, développé; rougeur de la face; anorexie {Saignée de deux palettes; eau de gomme édiilcorée; jttlep ).

Le i5, l'hénioplysie a cessé; crachats muqueux, peu abondans ; la dysurie persiste ; on sonde le malade et on ne trouve pas de calcul; il s'écoule une petite quantité de sang après le calhélérisme ( Tisane de gomme; julep).

Le 22, la fièvre persiste; constipation, émission fréquente d'une petite quantité d'urine sanguinolente^ avec dépôt purulent abondant au fond du vase. L'urine est alcaline, précipite par l'acide nitrique et la chaleur, et pèse 1009 ; constipation ( Même prcscripHon; lavement purgatif).

Le 28, l'amaigrissement fait des progrès; la fièvre persiste; le malade s'alfaiblit, el il accuse cependant peu de douleurs; les urines sont colorées, rouges; il y a près d'un pouce de pus au fond du bocal ( Même prescription).

Le 2 mars, même état.

Le 6, Garot a rendu un litre et demi environ d'urine trouble et opaque, peu sanguinolente, précipitant par Pacide nitrique et par la chaleur, pesant 1006 à l'aréomètre, et donnant un dépôt abondant de pus au fond du vase.

Le 9, la fièvre persiste, surtout le soir: grande faiblesse; par fois dévoiement; émission des urines très fréquente , presque continuelle ; les urines sont opaques, d'un jaune pâle el légèrement acides.

Le i5, la fièvre persiste ; l'hypogaslre est tendu sans douleur vive; aucune douleur dans la région lombaire gauche; le malade urine à chaque instant ; urine rouge, purulente et légèrement sanguinolente, alcaline.

Le 28, amaigrissement, grande faiblesse : urine donnant un dépôt de pus du tiers de la colonne du liquide.

Le 6 avril, ce malade est réduit au dernier étal de marasme ;

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le pouls est petit, fréquent, la langue sèche; les urines, très fétides, purulentes, s'écouleut involontairement, goutte à

goutte.

Le 2 0, urines sanguinolentes, mêlées de pus et de mucosités filantes j on sent à peine le pouls.

Mort le lendemain, à quatre heures du matin. Autopsie du cadavre, trente heures après la mort. — Crâne. Le cerveau est pâle, anémique ; il suinte une assez grande quantité de sérosité de la cavité de l'arachnoïde et de celle des ventricules.

Thorax. Les lobes supérieurs des deux poumons sont emphysémateux; le poumon di'oit adhère aux côtes; le cœur est sain; nombreux points d'ossification dans l'aorte vers son origine; les valvules sont saines et suffisantes.

Abdomen. Le foie est sain ; la rate est petite, peu consistante; l'intestin ne présente pas de lésion, si ce n'est un peu de rougeur de la membrane muqueuse vei's la fin du gros intestin.

Le rein droit adhère avec le colon ascendant, qui, dans le point correspondant àl'adhérence, présente intérieurement une ulcération. Le rein est atrophié la capsule fibreuse est fortement adhérente à la substance corticale, qui est mamelonnée, plus dure que dans l'état sain, et parsemée de petits foyers de pus; plusieurs foyers purulens dans les deux substances. Les calices et surtout le bassinet offrent une dilatation considérable; leur membrane muqueuse est violacée et enduite de sang et de pus. L'uretère est considérablement dilaté dans toute son étendue; sa membrane muqueuse est rouge et violette comme celle du bassinet. Deux petits kystes urineux à l'extérieur du rein.

Le rein gauche, d'un rouge intense, plus volumineux que le droit, offre une inflammation aiguë des mieux caractérisées. • Rougeur très vive des deux substances, nombreux petits dépôts de pus, du volume d'une tête d'épingle à celui d'un petit pois, dans les deux substances ; dilatation considérable du bassinet, dont la membrane interne est d'un rouge vif. L'uretère , également dilaté, est rouge et très injecté à son orifice vésical. La

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capsule d'enveloppe du rein est opaque, légèrement ramollie ; ou l'enlève assez facilement par petites plaques,

La membrane musculeusede la vessie, notablement hypertrophiée, offre des colonnes nombreuses et saillantes, présentant, dans leurs intervalles, des loges ou culs-de-sac. La membrane muqueuse , violacée et injectée dans quelques points , est baignée de pus.

Les orifices des uretères dans la vessie sont libres.

A l'orifice vésical on voit trois mamelons saillans, un postérieur et deux latéraux; le premier est évidemment formé par l'hypertrophie du lobe moyen de la prostate; il est blanc, ferme, résistant: les deux latéraux sont moins fermes et cèdent facilement au doigt.

L'urèthre, rouge, injecté, contient dans sa portion membraneuse et près de la fosse - 'uaviculaire une petit caillot de sang.

Rapports de la pyélite avec les maladies de la vessie.

§ 678. La pyélite est souvent la conséquence ou le résultat final des inflammations de la vessie, des rétentions d'urine dans cet organe, des corps étrangers dans son intérieur, et des maladies organiques qui en affectent les parois.

Presque toutes ces maladies agissent sur les bassinets ou sur le rein , en déterminant supérieurement une rétention d'urine. Cependant, dans quelques cas, il y a évidemment extension de l'inflammation de la membrane muqueuse de la vessie jusqu'au bassinet et aux calices, le long des uretères; tel paraît être le mode de développement de la pyélite blennorrhagique- Il eu est de même de certaines uretérites pseudo-membraneuses, consécutives à la pyélite calculeuse.

Parfois, il arrive que l'affection de la vessie qui a déterminé la pyélite , guérit, tandis que l'affection du bassinet continue et s'aggrave même au point d'occasioner la mort.

M. Civiale (i) rapporte qu'un nommé Lebaigue, de Paris, âgé de 61 ans, fut traité long-temps pour un catarrhe vésical. A la

(i) Ciyiale. Traité deVaffeciion calculeuse, p, 218, m-8, Paris, i838.

AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE. gi fin, on soupçonna qu'il pouvait avoir la pierre, dont l'existence fat constatée par le cathétérisme. Le malade recula devant l'opération de la taille, et, après s'être résigné pendant deux ans à souffrir, il vint consulter M. Civiale. Celui-ci reconnut deux grosses pierres ; mais, la vessie était à-peu-près saine , et l'urèihre permettant l'introduction d'un instrument volumineux, on pratiqua la lilhotritie. Une des pierres fut promptement saisie, mais on éprouva quelque difficulté à la fixer et à l'entamer. Le malade rendit, avec l'urine, un peu de détritus et plusieurs petits fi-agmens. Neuf séances suffirent pour broyer et extraire les deux calculs. Après chaque opéi-ation , il sortit des fragmens considérables ; l'un d'eux avait sept lignes de long et cinq de large. Une exploration définitive fit reconnaître que la guérison était complète. Trois mois après, sans cause évidente, des douleurs se manifestèrent dan^ l'hypocliondre droit. Pendant tout le temps qui s'était écoulé depuis l'opération jusqu'alors, le malade avait joui d'une bonne santé. Les douleurs furent d'abord attribuées à une colique néphrétique; elles continuèreiit et firent ensuite croire à l'existence d'une affection plus grave. Les moyens de tout genre qui furent employés, ne produisirent aucun résultat avantageux ; le malade mourut. L'ouverture du corps fit voir que le rein droit était désorganisé par la suppuration, qui formait un dépôt étendu jusqu'à l'arcade crurale, et contenant une pinte et demie de liquide; le rein gauche était à-peu-près sain ; la vessie, peu spacieuse, n'offrait aucune altération , et ne renfermait aucun débris de pierre.

■ § 67g. D'un autre côté, mais bien plus rarement, l'extension de l'inflammation du bassinet aux uretères et des uretères à la vessie est la cause de certaines cystites. Cela ne peut être révoqué en doute pour certaines pyélites tuberculeuses et pour un certain nombre depyéliles et d'uretérites pseudo-membraneuses , dans lesquelles l'affection de la vessie n'est survenue que dans les derniers temps de la maladie.

Une cause très commune de l'extension de l'inflammation du bassinet à la vessie , c'est le passage, dans ce réservoir, de graviers formés dans le rein. Ces corps étrangers, api-ès avoir

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excilé des douleurs aiguës et les symptômes d'une pjélile , prennent plus de volume, déleriiiineul dans la vessie une irritation, d'abord intermittente, puis continue, et enfin une vériritable inflammation avec sécrétion muqueuse et purulente, qui , plus tard, réagit puissamment et d'une manière très fâcheuse sur l'affection primitive.

La cystite survient aussi quelquefois après le passage des acéphalocystes des uretères dans la vessie.

J'ai rapporté ailleurs (i) un cas dans lequel un morceau de drap, de trois quarts de pouce, paraît avoir pénélré danslebassinet, s'y être encroûté d'une matière saline et avoir passé dans la vessie , d'oii il a été expulsé après de longs et pénibles efforts.

Il n'est pas douteux non plus que d^ pus, sécrété dans l'intérieur du bassinet, ou qu'une grande quantité de mucus ou de matière tuberculeuse, versée habituellement dans la vessie , ne l'irrite et ne finisse par y exciter de l'inQammation. M. Hovvship (a) rapporte un cas remarquable d'excoriations nombreuses de la membrane muqueuse de la vessie consécutives à une affection des reins et des uretères; l'urine était troublée par un nuage muqueux.

L'urine neutre ou alcaline, sécrétée par les reins atteints de pyélo-néphrite , paraît même irriter quelquefois la vessie et provoquer des émissions fréquentes.

§ 680. Les inflammations de la vessie, étant souvent beaucoup plus douloureuses que celles du bassinet et des calices, peuvent obscurcirles symptômes de ces dernières, au point qu'ils passent tout-à fait inaperçus. Aussi arrive t-il assez fréquemment qu'on découvre après la mort, chez des sujets qui n'avaient été traités que pour une cystite simple ou calculeuse , que les reins sont en suppuration ou contiennent des calculs.

g 68 1 . Dans la pyélite calculeuse, la vessie peut être le siège de douleurs sympathiques assez vives, sans lésions matérielles appréciables. Morgagui (3) parle d'un homme qui était considéré

(i) Tonjo I, p. a66.

(a) Uow&hip, lue, cit., p, 44.

(3) Morgagui. De sed. et caatis moii,, epist. Xiiii § 4«

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