‹ Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource]Chapitre 9 sur 42 · AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE · texte numérisé non relu

AVEC DES MALADIES DE LA VESSIE

Obs. VIII.— Huit grossesses; douleur daus le flanc droit; pyélite calculeuse chronique du rein droit; cystite chronique; infiltration générale; mort.

Malurel, âgée de 5g ans, brodeuse, d'une bonne constitution, mère de dix enfans, réglée depuis l'âge de i3 ans, jusqu'à Sa ans, avait toujours joui d'une bonne santé, lorsqu'il y a vingt ans (un an après son huitième accoucliement, qui avait été naturel comme les précédens)^ elle commença à se plaindre d'une douleur dans le flanc droit, et d'une fièvre qui revenait irrégulièrement. La malade, qui jusqu'alors n'avait jamais fait attention à ses urines, remarqua qu'elles étaient brunes ; elle ignore si elles contenaient du sable ou des graviers; jamais elle n'avait éprouvé de coliques néphrétiques. Des boissons délayantes et le repos la soulagèrent, mais ne la guérirent pasj elle sentait toujours de la douleur dans le flanc droit. Cependant elle continua de s'occuper de ses affaires.

Il y a dix ans^ elle fit une maladie grave, avec délire. Après trois mois de soufi'rances , elle se rétablit, mais la douleur du flanc droit persistait; sourde et profonde, cette douleur s'irradiait du même côté dans les fesses, les hanches et la partie antérieure de la caisse droite, et s'exaspérait parfois à tel point que la malade ne pouvait marcher qu'avec peine. L'émission des urines était fréquente et suivie d'une douleur à l'hypogastre. Les urines, troubles au moment de l'émission, déposaient une grande quantité de matière glaireuse. Depuis , la malade a constamment souflfert du flanc droit.

Le 12 septembre iSSy, elle entra à l'Hôtel-Dieu de Lyon. La peau est généralement décolorée et d'un blanc jaunâtre; l'embonpoint est assez considérable; le ventre est augmenté de volume ; les intestins sont refoulés en avant et à gauche par une tumeur assez volumineuse que l'on sent dans le flanc droit, et qui fait saillie en avant. La région lombaire est manifestement élargie et bombée; la tumeur se perd en haut sous les fausses cèles, el s'étend en bas daus la fosse iliaque droite. En plaçant une main sur la région lombaire , et l'autre sur le flanc droit, on peut faire éprouver à la tumeur un ballollcment 1res sen-

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sible. On y reconnaît aussi, distinctement, de la fluctuation. Cette tumeur est le siège de douleurs vives, qui s'exaspèrent à un haut degré par la pression.

Les urines, diminuées de quantité, forment un dépôt qui représente environ le sixième de la colonne du liquide. Ce dépôt est composé de deux couches : l'une, supérieure, d'une ligne environ d'épaisseur, est rosée; l'autre, d'un jaune verdâtre, est formée par du pus épais et filant. Malgré la présence de cette énorme quantité de pus, l'urine est acide. La malade urine souvent, en petite quantité chaque fois. A la fin de chaque émission, elle ressent une douleur fixe derrière la symphyse du pubis.

La digestion est difficile. Symptômes de catarrhe pulmonaire ; oppression, toux, crachais muqueux; pouls petit, fréquent. Le catarrhe acquiert plus d'intensité, la dyspnée devient plus forte, les crachais sont plus rares; un redoublement fébrile a lieu tous les soirs; la faiblesse fait des progrès; le ventre se tuméfie, et l'on constate un léger épanchement séreux dans le péritoine. Enfin, la malade s'éteint, le i'" novembre iSSy.

Autopsie du cadavre, le a. — Habitude extérieure. Infiltralion générale du tronc et des membres.

Tête. Cerveau sain; un peu de sérosité dans l'arachnoïde. Poitrine. Les poumons sont engorgés à leur partie postérieure ; les bronches sont remplies d'écume; la membrane muqueuse est d'un rouge très intense, tirant sur le brun. Le cœur ne présente aucune altération; ses cavités contiennent des caillots très consistans.

Abdomen. Une pinte environ de sérosilé limpide dans le péritoine. Les gros intestins sont distendus par des gaz; l'épiploon et le mésentère sont chargés d'une grande quantité de graisse. La membrane muqueuse gaslro-inlestiuale est un peu décolorée. Le foie est volumineux; la coloration de son tissu est uniforme et d'un jaune rougeâtre; sa consistance a diminué; le doigt le pénètre par le plus léger effort, et se couvre d'un enduit gras. La vésicule du fiel, énormément distendue, forme une tumeur cylindrique de trois pouces de long sur un et drnii

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de diajiièlre ; la bile qu'elle contient est claire et d'une fluidité remarquable.

Après avoir enlevé l'intestin, on voit dans le flanc droit une tumeur enveloppée d'un couche graisseuse et qui a contracté une adhérence iutirae avec les organes voisins. L'aorte et la veine cave sont comprises dans celte masse graisseuse. La tumeur, formée par le rein, a cinq pouces et huit lignes de largeur dans son diamètre vertical, et dans son diamètre transversai environ quatre pouces et demi. A sa partie inférieure et interne, on voit l'uretère, qui a la grosseur du petit doigt. Une incision,pratiquée sur le bord externe de la tumeur et dans toute son épaisseur, donne lieu à l'écoulement d'un grand verre de pus grisâti'e et très fétide. Ce qui reste de substance rénale forme, sur le bord externe de la tumeur, une sorte de croissant. Une masse graisseuse avait envahi le bassinet. Dans la poche multiloculaire que représente le rein , on peut compter dix ou douze loges ovalaires , de diverses grandeurs, séparées les unes des autres par des cloisons fibreuses. La surface interne de ces loges est d'un gris noir ; dans l'une d'elles , la plus considérable, on trouve les fragmens d'un calcul; ces fragmens sont d'un rouge brun. Dans une loge plus petite , on trouve encore \in petit calcul, très irrégulier, dont la forme se rapproche de celle de l'os palatin.

L'uretère a, dans toute sa longueur, le volume du petit doigt ; cette augmentation de volume est presque entièrement due à l'épaississcment de ses parois. La membrane muqueuse a une teinte ardoisée comme celle du bassinet. Les parois delà vessie sont très épaisses; sa membrane muqueuse a une teinte brunfoncé , assez uniforme. Le rein du côté opposé est sain.

L'utérus est gros ; un petit polype mou est implanté dans sa cavité, du côté gauche.

§ 684. Rajiports de lapyélHe avec les affections des orgaîies de la yènèralïon.

Les femmes qui ont des calculs dans les reins , sont plus sujettes aux coliques néphrétiques pendant la grossesse que dans l'étal de vacuité.

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Les calculs rénaux sont aussi une prédisposition aux fausses couches. « Une femme, dit Plaler (i) , ressentait, depuis bien des années, de ferles douleurs au rein gauche. Elle devint quatorze fois enceinte et toujours fît autant de fausses couches, vers le huitième ou le neuvième mois. Les douleurs lombaires augmentèrent avec l'âge, principalement du côté droit; elle rendit par l'urèthre beaucoup de calculs et une grande quantité de sang et de pus avec les tirines. A sa mort , on trouva la substance du rein gauche entièrement détruite. Ce viscère ressemblait à un sac membraneux, rempli de sinus amples et de tubercules durs; l'uretère avait la grosseur d'un intestin. Le rein droit, très volumineux, contenait une grosse pierre branchue, de la forme d'une tète de cerf, qui remplissait les calices, le bassinet, et obstruait le commencement de l'uretère. La mère de cette femme était .calculeuse; on lui trouva une pierre dans chaque rein.

Dominique Panaroli (2) , professeur de médecine à Rome , assure aussi avoir vu périr presque toutes les femmes enceintes qui étaient attaquées de coliques néphrétiques. Mais il n'en est pas toujours ainsi : on a vu des femmes chez lesquelles un des reins était énormément distendu par du pus, devenir enceintes, et accoucher à terme, sans accident, d'un enfant bien conformé. Tel a été le cas de madame F..., auprès de laquelle je fus appelé pendant sa grossesse. Je transcris ici l'histoire de ce fait, recueilli par M. le docteur Beaugrand :

a Madame F..., âgée de aS ans, blonde, d'une constitution lymphatique, est née de parens jouissant habituellement d'une excellente santé, et doués d'une complexion très vigoureuse ; deux frères et deux sœurs , plus âgés qu'elle , sont également d'une très forte constitution.

(1) Plater, Obs. med., lib. ir, p. 436-

(2) PaDaroli, PeMecoslœ, 3. — Gestes {Su,r une suppression d'urine et des douleurs néphrétiques survenues à. une femme enceinte de sept mois et demi Journ. deméd. de Roux, in-12, 1762, t. xvii, p. iSo), cite un cns de rétenfâôn d'urine, avec douleur rénale, suivie d'avortement. Ce cas, dans lequel la malade se rétablit, diffère de ceux que nous venons de citer, notamment par l'absence des calculs dans les reins.

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Vaccinée peu après sa naissance, elle a cependant eu, pendant son enfance , une -variole peu grave, qui a laissé sur le visage quelques petites cicatrices caractéristiques; du reste, elle se portait habituellement très bien. Elle a été réglée à 12 ans; deux ans après, à la suite d'une frayeur, les menstrues se supprimèrent et ne reparurent qu'au bout d'un an environ , mais pâles et peu abondantes; depuis lors, elles ont toujours présenté les mêmes caractères.

Vers l'âge de 16 ans, survinrent, pour la première fois, des attaques de coliques néphrétiques dans le côté di'oit; coliques excessivement douloureuses, accompagnées de vomissemens de matières muqueuses et bilieuses très abondantes, et à la suite desquelles la malade éprouvait un peu de soulagement. Il y avait en même temps, et dès cette époque, douleur dans tout le flanc droit avec engourdissement notable de la cuisse et de la jambe correspondantes. Ces attaques se montraient tous les mois à l'époque des règles, duraient quatre à cinq jours, et disparaissaient après une application de sangsues; dans les intervalles la santé était parfaite.

Il y a quatre ou cinq ans, la malade fut près d'une année sans souffrir, bien que les règles n'eussent pas repris un meilleur aspect. Mais, après cette intermission, les douleurs néphrétiques reparurent aux mêmes époques et avec une notable augmentation dans l'intensité et la durée des accidens; dès-lors, à chaque accès, la malade put s'apercevoir d'un gonflement dans le flanc droit qui disparaissait avec les autres phénomènes.

Dès les premiers momens de l'apparition de cette maladie, les urines furent troubles, laissant déposer une couche glaireuse, que surnageait un sédiment blanchâtre, exhalant une odeur ammoniacale des plus prononcées ; jamais la malade n'a pu constater dans ses urines l'existence de graviers; notons encore que, depuis l'hiver de i838, il est survenu des hémorrhoïdcs qui fluent de temps en temps, peu abondamment, sans époques fixes, et sans amener le moindre soulagement dans l'affection du rein.

Madame F... n'a jamais pu s'astreindre à suivre un régime ej: un Iraiieraent, excepté au moment des attî^ques ; alors elle pra-

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Bail des bains entiers ou de fauteuil , se faisait appliquer des sangsues, etc.; mais, aussitôt les accidens calmés, elle revenait à l'usage du café, du vin pur, surtout du vin de Champagne, etc.

Devenue enceinte dans le courant de iSôg , la malade s'aperçut que les accès avaient notablement perdu de leur intensité : jusqu'à cette époque, la santé générale s'était parfaitement soutenue, l'embonpoint était assez considérable , seulement le visage avait pâli, et offrait même une légère teinte jaune-paille.

Pendant les quatre ou cinq derniers mois de sa grossesse, la malade resta presque constamment couchée ou étendue sur un canapé.

L'accouchement eut lieu à teririe , le 4 février dernier ; les douleurs de la parturition commencèrent le matin, vers sept heures; il y eut quelques vomissemens, et à cinq heures du soir la délivrance eut lieu avec une extrême facilité. L'enfant , du sexe féminin, est aujourd'hui très bien portant, quoique d'une structure assez délicate.

Tout se passa comme dans les couches les plus heureuses; pas de perte, pas d'accidensdu côté des reins; la fièvre de lait fut à peine marquée, el au bout de sept jours la malade put se lever; les lochies furent très peu abondantes, et au bout de trois semaines elles avaient cessé de couler. Toutefois, depuis cette époque, la malade avait conservé une leucorrhée qui se montrait surtout aux époques menstruelles, les règles n'ayant pas lieu: ces dernières n'ont reparu que depuis deux mois.

Depuisl'accouchement, les douleurs de la région rénale n'ont presque pas cessé de tourmenter madame F... Eu palpant l'abdomen, ce qui occasionne des souffrances assez vives, on sent, dans le flanc droit, une tumeur très considérable qui commence à partir du rebord des dernières fausses côtes, et descend jusque dans la fosse iliaque. Les douleurs que cet examen fait naître s'opposent à ce qu'on puisse délimiter exactement la tumeur, qui ofire d'ailleurs une matité très prononcée. Les urines sont toujours, comme par le passé, peu abondantes, troubles, glaireuses , et laissent déposer un sédiment blanchâtre et purulent; seulement elles ont perdu leur insupportable féti-

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dilé. Examinées récemment par M. Bouchardat, ce chimiste y a reconnu de l'albumine, du mucus et du pus. Aujourd'hui (21 août), les forces sont abattues ; l'embonpoint a presque complètement disparu ; le visage a pris une teinte jaune-paille, très prononcée ; les digestions sont devenues laborieuses, difficiles; presque loud les soirs, il survient un petit mouvement fébrile, la peau est alors chaude et sèche; le pouls prend de la fréquence, et pendant une partie de la nuit des sueurs abondantes couvrent toute la surface du corps. Il survient de temps en temps une diarrhée séreuse qui cède assez promptemeut aux lavemens narcotiques, mais qui se reproduit avec une grande facilité. Il n'y a pas de traces d'infiltration Œilémateuse aux membres inférieurs ».

§ 685. Cette observation prouve que les tumeurs rénales, avec excrétion d'urine purulente , n'ont pas sur la grossesse une influence aussi fâcheuse qu'on l'a cru assez généralement d'après F. Plaler et Pannroli ; il est à remarquer cependant que, depuis l'accouchement, madame F... a été de plus en plus- souffrante.

§ 686. M. Bright (î) a rapporté le cas d'une femme âgée de 3o ans, qui, après avoir rendu, de temps en temps, de l'urine sanguinolente pendant trois ans environ , devint enceinte et accoucha d'un enfant bien portant. Six semaines après , elle s'aperçut qu'elle portait une tumeur dans le flanc gauche. Devenue denouveau enceinte, elle mit au monde un second enfant vivant. Neuf mois après, cette femme fut admise à l'hôpital de Guy et y mourut, environ deux mois après, d'une pleuro -pneumonie. La tumeur était formée par le bassinet du rein gauche distendu pa:r du pus.

Dans le cas suivant, l'inflammation de la vessie, du bassinet et du rein a été beaucoup moins grave et a pu être traitée avec succès :

(t) Briglit, On abdominal tumors {Guy'i hospital Reports , n, viir, april, xSîy. p. aaa).

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Obs. IX. — Cystite et pyélo-néphrite du rein droit et peut-être du rein gauclie; urine sangainolente et muqueuse chez une femme enceinte de «ix mois; deux saignées; gucrison rapide.

Sattaleur (Annelte), âgée de vingt-six ans, femme de ménage, entra à la Charité, le 6 oclobre i836.

Celte femme, née dans le nord de la France, est blonde et fortement constituée; elle n'a jamais été malade excepté l'année dernière, au mois d'octobre, après une très forte fatigue; étant enceinte de cinq mois, elle fit une fausse couche. Elle entra dans le service de M. Fouquier dix-sept jours après , et y resta trois mois. Elle n'avait jamais uriné de sang, ni de glaires, ni de graviers, jusqu'à cette époque. Elle n'a point eu d'attaques de goutte , ni de rhumatisme. Elle n'avait jamais souffert des reins.

Cette femme , enceinte de six mois, n'avait point éprouvé d'accidens depuis le commencement de sa seconde grossesse, lorsqu'il y a huit jours, sans cause connue, elle a été prise de douleurs très vives dans le ventre et dans les reins, et a uriné du Bang. A chaque instant elle urinait, et avec douleur. Voici l'état qu'elle présentait le 7 octobre : Décubitus dorsal; air de souffrance, douleur extrêmement vive flans la région du rein droit, qu'on peut à peine toucher en arrière sans provoquer un cri de souffrance; doulAir vive à la vessie, moins vive dans la région du rein gauche; douleurs singulièrement exagérées par la pression. Deux bocaux d'urine , de quatre onces chacun, en vingt-quatre heures 3 dans un d'eux l'urine contient une quantité assez notable de sang; elle est acide et donne un très fort précipité d'albumine : l'autre contient une urine d'un jaune sale, avec beaucoup de mucus; par l'acide nitrique elle donne un très léger précipité d'albumine ; l'émission est fréquente (dix-huit émissions en vingt-quatre heiu'es). Langue sale, point d'appétit, soif, ventre ballonné depuis huit jours. Céphalalgie frontale très intense, surtout le soir; insomnie, faiblesse et courbature générale. La malade se tient à peine sur ses jambes (trois jours après, la marche était beaucoup plus assurée). Rien d'anomal au cœur, si ce n'est la fré-

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