‹ Traité des maladies des reins et des altérations pathologiques de l’urineChapitre 11 sur 38 · C. — URINES BILIEUSES · texte numérisé non relu

C. — URINES BILIEUSES

Urine ictérique. — On décrit sous le nom d’urine ictérique, variété de l’urine bilieuse, une urine dont les caractères physiques et chimiques sont accidentellement modifiés par la présence du pigment biliaire.

Ce qui la distingue, au premier abord, c’est sa coloration, dont la teinte varie du brun clair au brun sombre ; elle est parfois d’un brun noirâtre et présente des reflets verdâtres, comme métalliques. Si la quantité de pigment est peu considérable, la teinte est moins foncée et la coloration de l’urine ictérique se rapproche assez de celle de l’urine fébrile. Lorsqu’on examine cette urine, non plus à la lumière directe, mais à la lumière réfractée, on s’aperçoit que les couches supérieures sont légèrement verdâtres; lorsqu’on l’agite, cette urine présente une teinte jaunâtre qui reste un instant sur les parois du vase avec lesquelles elle a été momentanément en contact.

Si l’on vient â tremper dans ce liquide un morceau de papier blanc ou de linge, on le retire coloré de jaune. (Prout.)

Les sédiments qui se forment dans cette urine présentent également la teinte ictérique, et si on la laisse en repos un temps suffisant pour permettre la formation et le dépôt de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésiens, ces cristaux seront également teints de jaune. Il en est de même des cellules épithéliales ou des cylindres morbides que l’urine peut accidentellement renfermer.

Cette coloration de l’urine, qui coïncide avec un ictère plus ou moins prononcé, se montre d’ordinaire avant lui, et, à ce point de vue, est digne de toute l’attention du médecin. Elle lui permet d’en prédire l’apparition.

L’urine ictérique conserve ses caractères d’acidité et de pesanteur spécilique habituelle.il est rare qu’elle garde

DES URINES PATHOLOGIQUES

;a transparence. Elle devient trouble, en même temps |ue colorée.

L’urée n’est modifiée que lorsque l’urine ictérique coexiste avec une maladie fébrile; les phosphates sont dors également augmentés. Il n’est pas rare de voir le pigment biliaire apparaître dans l’urine, en même temps que certaines substances organiques dont on a cherché à exagérer la valeur pathologique, comme la leucine et la :yrosine. Ces substances, pour Frerichs, se montreraient surtout lors d’atrophie aiguë du foie ou d’empoisonnement oar le phosphore.

Lorsque le pigment n’est qu’en petite quantité dans '.'urine, les caractères physiques qu’il communique à ..’urine ne sont pas toujours suffisants pour en reconnaître ’ia nature. Si l’on s’en tenait à ces caractères on courrait ûsque de confondre l'urine ictérique avec une urine colorée par le sang, par un excès de pigment urinaire ou .par des substances étrangères, comme la rhubarbe, la -santonine. En tout état de cause, ces caractères ne peuvent jamais suffire pour affirmer la présence du pig- :mer.t biliaire, et, lorsqu’on veut donner à son diagnostic une certitude complète, il faut de toute nécessité s’appuyer sur les caractères chimiques que le pigment biliaire communique à ces urines.

Les procédés qui permettent de. constater ces caractères chimiques sont nombreux ; nous n’avons pas l’intention de les passer tous en revue ; nous ne signalerons que les plus simples, ceux dont la mise en œuvre est la plus facile.

Le plus ancien de ces procédés est celui de Berzélius,

• basé sur l’action qu’exerce sur le pigment biliaire l’a- 1 eide nitrique commun quadrhydraté, mélangé d’un peu d’acide nitreux; au contact decet acide, versé sur lui goutte à goutte, le pigment biliaire, qu’il soit isolé ou en dissolution, subit des modifications de teinte qui lui font présenter successivement une coloration verte, violette, bleue, puis

rouge, et enfin rouge sale. De toutes ces colorations que prend le liquide lorsqu’il est en dissolution, la seule qui indique d’une manière certaine la présence du pigment biliaire, c'est la coloration verte ; les autres colorations peuvent, au contact de l’acide nitrique, apparaître dans l’urine contenant d’autres principes;. ainsi ces colorations peuvent tenir à l’uroxahthine ; elles peuvent dépendre de l’hématine, existant accidentellement dans l’urine.

Les réactions, qui d’ordinaire se font instantanément, présentent parfois des modifications sur lesquelles il est bon de diriger son attention. De toutes ces colorations, les plus persistantes sont les colorations vertes et violettes, mais il peut se faire qu’elles n’aient qu’une durée très-passagère ; or, dans ces cas, l’on peut être amené à nier l’existence du pigment biliaire, bien que l’urine soit très-colorée. La rapidité avec laquelle se développent les phénomènes caractéristiques de la réaction chimique tient dans ces cas à ce que l’acide nitrique employé renferme trop d’acide nitreux. Cet acide détruit les colorations qui se forment. Aussi est-il nécessaire d’obvier à celte cause d’erreur.

Ces phénomènes, dans d’autres circonstances, paraissent au contraire avoir besoin, pour se produire, d’un certain temps ; il est alors nécessaire de laisser quelques instants au repos ce mélange d’urine et d’acide nitrique, avant de se prononcer (Frerichs). Il peut se faire enfin qu’une urine manifestement iclérique, qui déjà a donné la réaction caractéristique avec l’acide, ne la fournisse parfois plus le lendemain. Bamberger, qui a vu des cas de cette espèce, croit que le manque de réaction tient à ce qu’on opérait sur des urines rendues déjà depuis longtemps; il pense que, sous l’influence de l’oxydation qui se produit au contact de l’air, le pigment biliaire se détruit; aussi conseille-t-il de n’employer pour éviter cette erreur qu’une urine fraîche.

DES UttlNES PATHOLOGIQUES.

Pour rendre la réaction plus sensible, surtout si Tui rine est peu colorée et par conséquent renferme peu de pigment, Neubauér se trouve bien d’employer, au lieu j d’acide nitrique seul, un mélange par parties égales d’acide nitrique et d’acide sulfurique. On laisse le mélange tom- . ber goutte à goutte dans l’urine, et l’on voit survenir les teintes que faisait naître l’acide seul.

Sherer, pour rendre ces colorations plus apparentes, < conseille, si le pigment est peu considérable, de précipiter les sels de l’urine par une solution de baryte. Le

I dépôt, en se formant, entraîne toutes les matières colorantes contenues dans l’urine; on filtre le liquide, et si d’on étend sur une assiette le sédiment de baryte et qu’on verse sur lui de l’acide nitrique, on voit apparaître ;sur un fond blanc les teintes verte , violette, bleue, rouge, jaune sale, caractéristiques du pigment biliaire.

Le principe de Sherer est analogue à celui de Ideller, qui, pour les mêmes cas, c’est-à-dire lorsque l’urine : contient peu de pigment, conseille de l’additionner d’une -solution légère d’albumine. Le mélange fait on y ajoute, après l’avoir agité et en l’agitant encore, de l’acide chlorydrique jusqu’à ce qu’ait lieu la coagulation de l’all.bumine. Si l’on fdtre ensuite ce liquide, on pourra, en opérant sur l’albumine restée sur le fdtre, obtenir les ; teintes du pigment biliaire, en versant sur cette albumine i ; de l’acide nitrique.

Au lieu de porter l’acide nitrique dans l’urine contenue dans un tube, et de voir se former, au contact de l’acide et dans les parties de l’urine qu’il touche, ces colorations qui -s’étendent peu à peu, se succédant et gagnant tout le liquide, on peut, comme le conseille Kuhne, commencer par remplir un tube d’acide nitrique, puis on porte à la •surface de cet acide et à l’aide d’une pipette de l’urine ictérique, qu’on y laisse tomber goutte à goutte ; on voit alors les teintes se succéder, de bas en haut, et envahir

peu à peu toute l’urine qu’on a déposée à la surface de l’acide.

L’acide nitrique n’est pas le seul réactif à l’aide duquel on puisse provoquer, dans une urine chargée de pigment biliaire, cette coloration verdâtre. On peut l’obtenir également à l’aide de la teinture d’iode.

Jusqu’ici nous n’avons eu qu’un but, constater dans l’urine la présence du pigment biliaire ; on peut cependant se demander si ce pigment est toujours un, et si, en admettant qu’il soit formé de plusieurs substances, on peut arriver à découvrir dans l’urine chacune de ces substances. La coloration de la bile, qu’on a long- • temps attribuée à la présence d’une ou de deux matières colorantes, serait due, suivant les auteurs les plus modernes, à cinq principes colorants. De ces cinq principes colorants, il en est trois qu’on aurait rencontrés dans l’urine : 1° la bilirubine, décrite sous le nom de bilipheine Ou de cholépyrrhine ; 2° la biliverdine ; 3° la biliprasine. On n’y a pas trouvé les deux autres substances, la bililuscine et la bilihumine.

Bien que ces différentes substances, qui toutes dérivent du sang, ne soient pour nous qu’une seule et même substance, à des degrés différents d’oxydation, il est bon d’indiquer rapidement quels sont les caractères qui permettent de les reconnaître, lorsqu’elles sont mélangées à l’urine.

La bilirubine est le moins oxydé de ces principes colorants (G32H'BN206) ; insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’éther et l’alcool, elle est très-soluble dans le chloroforme ; lorsqu’une urine contient de la bilirubine, il suffit de la mélanger et de l’agiter avec du chloroforme, pour voir par le repos se déposer au fond du vase le chloroforme, coloré en jaune par la bilirubine ; en faisant évaporer le chloroforme, la bilirubine apparaît alors, sous forme de cristaux.

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Sa puissance de coloration est énorme; une partie de cette -substance est encore appréciable dans 70 ou 80,000 parties d’une solution alcaline. Dissoute dans un alcalin et traitée par l’acide nitrique ducommerce, ellepasse au vert, au bleu, au violet, au rouge, au jaune sale. C’est elle qui, comme on le voit, donne à l’urine ictérique sa caractéristique.

La biliverdine (G32H2UN2010), plus oxydée que la bilirubine, est la substance qui donne à l’urine ictérique les reflets verdâtres qu’elle présente. C’est à la biliverdine, qui se forme passagèrement, qu’esUdue la teinte verdâtre que présente la bilirubine, traitée par l’acide nitrique. Soduble dans l’alcool, elle est insoluble dans l’éther et dans de chloroforme. La différence de solubilité qu’elle présente avec la bilirubine permet d’extraire cette dernière de l’urine, qui les contient toutes deux.

Soluble dans les alcalis, elle passe, lorsqu’on la traite par l’acide nitrique, au bleu, au violet, au rouge, au jaune -sale : ici la coloration verte manque. Lorsqu’elle séjourne longtemps dans un milieu alcalin, elle passe à l’état de ioiliprasine.

La biliprasine (B32H22N2012) est le plus oxydé des prinbipes biliaires contenus dans l’urine; soluble dans l’alcool, jblle prend, lorsqu’elle est traitée par l’acide nitrique, une Ceinte violette, puis rouge, puis jaune sale. Les colorations

lent complètement. Ces différents

i pour nous ne sont qu’un seul et

rine. C’est ce qui arrive lorsque la » piantité d’oxygène n’a pas été suffisante pour oxyder i complètement toute la substance colorante.

Urines bilieuses par acides biliaires. — Le pigment biliaire n’est pas le seul élément de la bile qu’on rencon- |l re dans les urines bilieuses, on y rencontre encore de la

moins oxydé, peuvent se trouver

cholestérine, mais surtout les acides biliaires, qui par leur présence constituent la deuxième variété d’urine bilieuse. L’existence de ces acides dans l’urine a été niée par Sherer, Gorup-Besanez et Frerichs, qui croyaient à tort qu’ils disparaissaient dans le sang. Bambergerdit les y avoir cherchés vainement ; mais on ne saurait, en présence des travaux de Hoppe et de Kuhne, mettre leur existence en doute. Ce qu’on peut dire toutefois, c’est qu’ils ne s’y rencontrent pas constamment. Harles a même pensé pouvoir tirer de leur présence, dans certains cas, une valeur diagnostique importante; il croit pouvoir conclure de leur présence à l’existence d’un ictère par rétention mécanique de la bile.

Ces acides pourraient même exister dans l’urine, en l’absence dupigment biliaire, comme Neubauer les y a trouvés, dans certains cas de pneumonie. On a proposé pour en constater l’existence différents procédés. Nous ne dirons rien des procédés conseillés par Frerichs, Hoppe, Neumann et Huppert, nous parlerons de celui qui nous semble de beaucoup le plus simple, de celui de Petenkofer. Ce procédé est fondé sur la propriété qu’ont tous les acides biliaires, unis à des bases alcalines, de donner lieu, au contact de l’acide sulfurique et du sucre, à une coloration violette ou pourpre des plus remarquables. Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire de mélanger à 4 ou 5 centimètres cubes de ce liquide les 2/3 environ d'acide sulfurique qu’on laisse couler goutte à goutte, pour éviter toute élévation de température ; après quoi on ajoute 4 ou 5 gouttes de sirop, préparé avec une partie de sucre pour 5 d’eau, et l’on obtient de cette façon immédiatement la coloration violette ou pourpre.

Lorsque l’urine contient de l’albumine, de la térébenthine, des huiles essentielles de limon et de girofle, elle donnerait, suivant Beale, une coloration rouge au contact de 1 acide sulfurique. C’est pour éviter cette cause d’er-

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rreur qu’il recommande quelques-uns des autres procédés, celui de Hoppe entre autres ; mais nous croyons [u’on peut s'en tenir au procédé de Petenkofer, attendu jue même dans ces cas, en admettant qu’on n’ait pas débarrassé l’urine de l’albumine qu’elle contient , on i oourra toujours faire une distinction entre la teinte rouge ju’on obtient avec l’albumine et la coloration violette purpurine si éclatante que donnent les acides biliaires. [Disons toutefois qu’il est préférable, avant de procéder : à la recherche de ces acides, de voir si l’urine contient die l’albumine, et dans ce cas de l'en faire disparaître.

Il est des urines qu’on décrit comme des urines ictériques et qui n’ont de commun avec ces urines que la coloration qu’elles présentent. Telles sont d’abord les urines que MM. Simon et Gubler décrivent comme caracéristiques d’une variété d’ictère auquel ils donnent le nom l’ictère hémaphéique. Il n’v a probablement dans ces cas ni ictère ni urine ictérique. L’urine est, à la vérité, d’une coloration jaune foncé, brun rougeâtre, mais lorsqu’on la raite par les acides azotique et sulfurique, elle passe au nrun noir et ne donne jamais la nuance verte qui seule I permet d’affirmer l’existence du pigment biliaire, ou plutôt de la bilirubine, dont la présence est nécessaire pour qu’on puisse dire d’une urine quelle est ictérique. Il est [ probable que dans ces cas il y a formation en excès de pigment urinaire ; c’est sans doute à cet excès de pigment qu’est due la teinte anormale que présente l’urine. Peut-être même que ce pigment n’est pas éliminé dans sa olalité, et qu'il s’en infiltre dans les tissus, ce qui leur donne la coloration jaunâtre que présente le malade, oloration qu’on prend à tort pour une teinte ictérique.

Cette variété d’urine se manifeste sous l’influence d’éats fébriles divers. L’énorme quantité de pigment qu’elle onlient permet d’affirmer que la destruction des globules sanguins a été momentanément exagérée.

Il est d’autres urines qu’on prend également parfois pour des urines ictériques, et qui ne sont que des urines sanglantes, telles sont les urines de la fausse hématurie. Ces urines présentent une teinte qui varie du jaune clair au rouge brun, plus ou moins intense ; elles coïncident souvent avec une coloration jaunâtre des téguments. Lorsqu’on les examine au microscope, on n’y trouve pas de globules sanguins.

Toutefois, lorsqu’on les traite par les acides, jamais on n’arrive à produire dans ces urines la teinte verte propre à l’action de ces acides sur la bilirubine, teinte indispensable pour admettre l’existence d’une urine ictérique ; on obtient seulement une teinte noirâtre, et de plus une coagulation plus ou moins considérable, qui toujours est en rapport constant avec la coloration de l’urine. Ce coagulum albumineux, qu’on détermine aussi à l'aide de la chaleur, est dû tout entier à l’albumine des globules sanguins qui se sont rompus, et dont l’hématine, en se séparant, a coloré l’urine. Celte urine, regardée â tort comme une urine ictérique , n’est en somme, ainsi qu’on le voit, que l’urine caractéristique de la fausse hématurie, dont nous avons déjà dit quelques mots, à propos de l’urine sanglante.

L’urine ictérique peut être enfin confondue, dans certains cas, et à première vue, avec des urines qui ne doivent leur coloration qu’à l’introduction dans l’économie et au passage dans l’urine de certains pigments accidentels. $ Ainsi on a remarqué que chez les malades soumis à l'usage delà créosote, du goudron(Odling), de l’acide gallique, l’urine prenait parfois une coloration noirâtre, mais dans ces cas l’acide nitrique, pas plus que la teinture d’iode, ne donne la réaction caractéristique du pigment biliaire. Cette coloration accidentelle de l’urine n’est pas la seule qu’on soit à même de constater : la rhubarbe lui communique une teinte jaune qui passe au rouge par l’addition de l’am-

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