‹ Traité des maladies des reins et des altérations pathologiques de l’urineChapitre 28 sur 38 · CANCER DU REIN · texte numérisé non relu

CANCER DU REIN

Il y a longtemps pour la première fois que fut mentionné par les auteurs le cancer du rein. On trouve même indiqués séparément le squirrhe et l'encéphaloïde. Toutefois on 11e peut guère utiliser, pour le décrire, les observations qui ont trait au squirrhe. 11 est certain que ces soi-disant squirrhes, caractérisés par l’atrophie rénale, n’étaient autres, pour la plupart, que de simples atrophies, probablement de nature inflammatoire ; nous n’en voulons pour preuve, que la rareté du squirrhe du rein. C’est à peine en effet si les auteurs les plus récents en signalent quelques exemples parfaitement avérés. On n’en saurait dire autant des faits rapportés par Carraud, Billard, Chomel et Roques. Il s’agissait bien assurément de cancer encéphaloide dans ces cas où la tuméfaction du rein fit penser à une tumeur du foie (Carraud), dans ceux aussi où le rein tuméfié pouvait atteindre le volume d’une tête d’enfant (Billard), remplir tout l’abdomen (Chomel) et faire croire à l’existence d’une grossesse extra-utérine.

Les recherches récentes faites à l’aide du microscope, sont venues confirmer les déductions qu’on pouvait tirer des observations anciennes, et démontrer la fréquence relativement grande de l’encéphaloïde rénal, comparée à celle du squirrhe.

Ces deux espèces de cancer ne sont pas les seules qui puissent se développer dans le rein. On y trouve encore le cancer colloïde, qui peut être partiel ou généralisé ; le cancer épithelioma, l’adénome.

Le cancer encéphaloïde y revêt en outre certains caractères qu’il offre dans d’autres organes et qu’on décrit sous les noms de cancer mélanique et de cancer liématode. Le cancer cylindrique de Wagner, suivant Rokitansky ne serait qu’une des variétés de l’encéphaloïde,

Une autre division pratique bien plus importante à établir est celle qui consiste à décrire un cancer encéphaloïde ou squirrheux primitif ou secondaire.

Étiologie. — La cause intime du cancer rénal primitif, envisagé d’une manière générale, et sans tenir compte des différentes espèces qu’il peut présenter, est, comme celle de tous les cancers, encore inconnue. Il n’en est pas de même des causes prédisposantes, et l’on peut, en étudiant les conditions au milieu desquelles se manifeste le cancer rénal, spécifier certaines influences tenant au sexe, à l’àge, qui paraissent en favoriser le développement.

Le cancer du rein est assez rare relativement à celui d’autres orgnnes. Il n’existait que 7 fois sur les 182 cas de cancer primitif réunis par Rosenstein.

Cette proportion, bien que peu considérable, es! loulefois plus forte que celle que signale Tanchou, qui n’a trouvé que fi fois noté le cancer du rein sur 9,118 cas de cancer des divers organes de l’économie.

Lcberi dit ne l’avoir rencontré que 12 fois sur 447 cas de cancer. Celte proportion, plus élevée que celle de Tanchou, se rapproche, comme on le voit, de celle de Rosenstein.

Le cancer ne se développe pas indistinctement à tout âge; il est certaines périodes de la vie qui paraissent y prédisposer d’une façon plus particulière.

Rayer et Lebert croyaient qu’il ne se montrait qu’exceptionnellement chez l’enfant. Ils le regardaient surtout comme tributaire de la vieillesse. C’était également l’opinion de Walslie, qui crut pouvoir conclure de ses recherches que le cancer rénal se rencontrait principalement de 50 à 70 ans. Les travaux de Rosenstein le conduisirent à un résultat quelque peu différent. Il résulte de ces travaux que le cancer rénal atteint son maximum de fréquence à deuxépoques très-diflérentes

de la vie ; chez les enfants de 1 à 10 ans, chez les vieillards de 50 à 70 ans. Roberts arriva à des résultats en tout point identiques. C’est de tous les cancers qui peuvent affecter l’enfance celui qui se rencontre le plus souvent, si l’on en juge d’après les faits rapportés par Hirschprung, puisque sur 29 cas de cancer trouvés chez l’enfant il en a vu 15 appartenant au rein.

DéjàLebert avait pu avancer que le sexe masculin était plus prédisposé au cancer rénal que le sexe féminin. Sur 11 cas il en avait rencontré 7 chez l’homme. Les recherches de Rosenstein et de Roberts sont venues confirmer cette assertion.

Les faits relatifs à l’hérédité sont trop restreints pour qu’il soit actuellement permis de se prononcer sur l'influence dont elle jouit relativement au cancer rénal.

On ne peut être plus explicite relativement aux coups, aux chutes sur la région lombaire, mais tout porte à croire que ces causes traumatiques n’ont aucune action sur son développement.

Le cancer secondaire peut se produire à distance d’un cancer primitif ou bien dans son voisinage. On dit dans le premier que la propagation se fait par métastase, c’està-dire par le transport d’éléments cancéreux d’un organe éloigné jusqu’aux reins, et dans le second cas que la propagation se fait par l’envahissement successif du tissu rénal par la trame cancéreuse développée aux dépens j d’un organe voisin. Le cancer rénal par métastase apparait chez l’homme à la suite d’un cancer primitif du foie, du poumon Velpeau, Cruveilhier), de l’estomac, du testi- [ cule ; chez la femme, à la suite d'un cancer du sein et de l’utérus. Le cancer par propagation se rencontre dans les ! cas de cancer du colon descendant ou ascendant, du foie,

I de l’estornac.

Anatomie pathologique. — Les manifestations cancé-

reuses, bien qu’élémentairement identiques, présentent clans ces deux espèces de cancer des modifications qui donnent au rein un aspect macroscopique qui permet de reconnaître de suite un cancer primitif d’un cancer secondaire, et même un cancer secondaire par métastase d’un cancer secondaire par propagation.

Lorsqu’il est primitif, il peut n’envahir qu’un seul rein, d’ordinaire le rein droit. Il en était ainsi dans les cas de Rosenstein et de Roberts.

Le cancer n’affecte que plus rarement les deux reins en même temps.

C’est à l’état cl’encéphaloïde qu’apparait le plus habituellement lecancer primitif du rein. Ilpeut se montrer sous deux formes très-distinctes; il existe à l’état partiel ou généralisé.

Lorsque l’encéphaloïde est partiel, il est caractérisé, à son début, par l’apparition dans la substance corticale de noyaux isolés qui forment de petites masses saillantes à la surface de l’organe. C’est à cette variété de cancer encéphaloïde que quelques auteurs ont donné le nom de cancer enkysté, par opposition à celui de cancer infiltré ou généralisé, qu’ils réservaient pour les cas dans lesquels les éléments caractéristiques du cancer, au lieu de se réunir par masses, sont disséminés dans les différentes parties de l’organe. Ces petites masses qui pénètrent plus ou moins profondément dans la substance rénale sont plus ou moins nombreuses. Il n’y en a parfois que fort peu. Souvent, en continuant à augmenter, elles finissent par se réunir et ne forment plus alors qu’une seule masse occupant le rein tout entier.

Ces petites masses carcinomateuses, avant de se réunir, sont de volume variable. Il en est qui ont la grosseur d’une lentille, d’un pois ; il en est d’autres qui atteignent le volume d’une noisette, d’un œuf ou même cl’une pomme. Cette différence de volume varie du reste avec

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l’àge de chacune de ces masses. Elles sont ordinairement dures, car il est rare qu’elles passent à l’état de ramollissement avant d’avoir formé de grosses agglomérations. Leur coloration est alors grisâtre , quelquefois d’un blanc laiteux plus ou moins piqueté de rouge, selon leur degré de vascularisation. Il n’est même pas très-rare, dit Neuman, de constater au centre de ces petites masses l’existence de petits exlravasats sanguins.

Elles naissent dans la substance corticale, et se dirigent de la surface du rein vers la substance médullaire et vers de bassinet. Elles ne se montrent pas toutefois indistincte- :ment dans toutes les parties de la substance corticale. 1 Rayer, qui a étudié la question à ce point de vue,

• est arrivé à considérer le bord convexe du rein comme le 1 point le plus souvent envahi par les masses cancéreuses de l’encéphaloïde. Ce n’est que plus rarement qu’elles : apparaissent vers les extrémités supérieure et inférieure ; plus rarement encore vers le bassinet.

Le tissu rénal peut ne présenter aucune altération dans les parties intermédiaires à ces néoplasies. Ce n’est qu’à leur pourtour qu’on constate de l’injection, des abcès, et souvent des signes d’inflammation parenchymateuse ou de sclérose. Les canalicules comprimés sont revêtus d’un épithélium dont la dégénérescence est plus ou moins avancée. De là l’albuminurie qu’on rencontre parfois dans le cours du cancer rénal.

Lorsque ces masses se sont toutes ou en partie réunies, le volume du rein est énorme. Ainsi, Van der Byl parle d’un encéphaloïde du rein qui ne mesurait pas moins de 35 pouces de large sur 3G de long. Bouillaud cite un cas de cancer rénal qui donnait lieu à une tumeur occupant tout le côté droit de l’abdomen.

Le poids que peut acquérir la tumeur formée par un encéphaloïde du rein n’est pas moins remarquable. Le poids le plus considérable signalé par Roberts ne dépas-

sait pas toutefois 25 livres. 11 varie de 3 à 11 livres chez l’adulte. Sa moyenne, est inférieure à celle qu’il présente chez l’enfant (8 livres 1/2).

Cet accroissement pathologique du rein, qui se fait souvent avec une incroyable rapidité, donne à cet organe, dans les cas de cancer partiel, une forme irrégulière toute spéciale. La surface en est bosselée. La coloration en est dilférente suivant l’état de vascularisation plus ou moins considérable de cette néoplasie. Tantôt blanchâtre ou légèrement teintée de rose, elle peut être d’autres fois d’un rouge foncé plus ou moins bleuâtre. Dans ces cas, la surface de la tumeur est sillonnée par des vaisseaux dilatés remplis de sang.

Si l’on vient à pratiquer une coupe dans un cancer encéphaloïde, on reconnaît que les caractères n’en sont pas non plus les mêmes à toutes les époques de son développement, et qu’ils varient, suivant que le cancer est à l’état de crudité ou à l’état de ramollissement.

La structure de l’encéphaloide rénal ne présente rien d’anomal à signaler. Il est comme tout encéphaloide formé d’un stroma peu abondant, limitant des espaces plasmatiques dans lesquels se trouvent accumulées les cellules qui constituent le suc cancéreux. Ces cellules sont tantôt grosses et à noyaux multiples, tantôt au contraire ces cellules sont très-petites, et l’on serait tenté de les prendre pour des corpuscules de pus. Ces cellules sont parfois inliltrécs ou mélangées de pigment. L’encéplialoïde prend alors le nom de cancer mélanique.

Dans les trabécules formées par le tissu connectif du stroma serpentent les vaisseaux dont la rupture donne fréquemment lieu à de petits foyers. Ces vaisseaux capillaires, parfois en excès, peuvent présenter dans le cours de leur trajet des dilatations partielles ou générales qui siègent au sommet des anses et des courbes qu’ils décrivent. Il en est ainsi dans cette variété de l’en-

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céphaloïde rénal qu’on a décrite sous le nom de fongus hématode, de sarcome médullaire, de carcimone télangiectode.

Le stroma qui, dans le cancer encéphaloide est rudimentaire et à peine appréciable, tant il est peu développé, peut dans certains cas de cancer devenir le siège d’une prolifération des plus abondantes. Les cloisons qu’il forme et qui circonscrivent les espaces plasmatiques sont épaisses, résistantes. C’est cette variété de cancer, assez rare du reste, qu’on décrit sous le nom de squirrhe rénal (Cruveilhier, Wilson, Rayer). Walshe indique, en quelques mots, les altérations qu’il présente. Le rein est alors converti en une masse grise quelque peu transparente et de la consistance du tissu fibreux. Il est traversé dans différentes directions par des bandes opaques, plus pâles et plus dures que la substance intermédiaire. Il ne laisse écouler à la pression qu’une assez petite quantité de sérosité, bien différent en cela du cancer encéphaloïde. Il ne présente enfin à la coupe que peu ou point de vaisseaux sanguins. ,

Il est rare que le cancer du rein ne s’accompagne pas de complications.

Les complications cancéreuses sont de beaucoup les plus importantes. Elles portent sur le tissu rénal, sur la capsule fibreuse, sur le bassinet, sur les veines et les organes voisins ou éloignés du rein. Elles sont dues à l’extension par propagation du cancer rénal ou à sa généralisation par métastase.

Lorsque le cancer, en se développant, se porte de préférence vers le bile, les lésions carcinomateuses du bassinet, qui parfois mettent en communication cette cavité avec les excavations qui se sont formées dans la masse cancéreuse, ne sont pas les seules qu’on ait à constater : il en est d’autres que présentent les veines rénales., C’est en effet le plus souvent dans ces cas qu’on rencontre

i’usure , la perforation des parois de la veine et le développement de bourgeons cancéreux qui peuvent en remplir la cavité dans une étendue plus ou moins considérable. Parfois ces bourgeons font défaut ; mais le vaisseau est obstrué par un thrombus de nature cancéreuse qu’on peut suivre jusque dans la veine cave inférieure. Dans d’autres cas, les parois vasculaires sont intactes, la masse encéphaloïde n’agit qu’en ralentissant le cours du sang et en favorisant le développement d’une thrombose simple qu’on a vue se prolonger dans certains cas jusqu’au niveau du cœur droit.

Si les masses cancéreuses suivent dans leur développement une marche opposée , si elles s’étendent vers la périphérie, les altérations qu’on a à constater à l’autopsie sont tout autres que celles dont nous venons de parler. La capsule fibreuse peut participera la dégénérescence ou y rester étrangère. Dans les deux cas elle s’épaissit, et présente une vascularisation des plus prononcées. Elle contracte des adhérences avec les organes environnants et devient bientôt le siège d’un travail ulcératif inflammatoire ou cancéreux.

C’est ainsi que s’établissent entre le rein, les organes voisins et la peau les communications que certains auteurs ont signalées.

Le cancer primitif du rein ne s’étend pas seulement par propagation, il peut, par métastase, envahir des organes plus ou moins éloignés et donner lieu ainsi à la deuxième variété de cancer secondaire. Il en lut ainsi dans 31 des 51 cas réunis par Roberts.

Lorsque le cancer primitif du rein encéphaloïde ou squirrhe, au lieu d’être partiel, est dès le début généralisé, on ne constate plus ces tuméfactions qui, localisées vers telle ou telle partie du rein, en changent la configuration. Cet organe est seulement augmenté ou diminué de volume et sa capsule fibreuse épaissie.

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Lorsque le cancer est secondaire et métastatique, il consiste en noyaux multiples qui se déposent clans l’épaisseur de la substance corticale. Ces noyaux, de matière encéphaloïde de la grosseur d’un grain de millet ou d’une lentille, présentent à la coupe une surface d’un blanc mat.

Si le cancer secondaire du rein est le fait de la propagation, c’est dans la capsule fibreuse qu’on constate les premiers signes de la dégénérescence cancéreuse qui va s’étendant de proche en proche à la substance corticale contiguë. Le cancer, dans ces cas, peut être localisé à une partie très-limitée et très-superficielle du rein. Il est trèsrarement squirrheux.

Symptomatologie. — Rayer, qui le premier élucida la symptomatologie du cancer rénal, crut devoir en distinguer trois variétés principales caractérisées l’une par l’hématurie, l’autre par la tuméfaction et l’hématurie, et une troisième, latente. Cette division est actuellement insuffisante. Il est des cas de cancers qui ne s’accompagnent pas d’hématurie et qui ne sont caractérisés que par la présence, au niveau de l’une des régions lombaires, d’une tumeur plus ou moins considérable. Il en était ainsi dans le cas de Doderlein, dans celui de Peter, rapporté par Neuman. 11 en était également ainsi dans quelques-uns des 28 cas relatés par Roberts, qui, a aucune époque de leur existence, ne donnèrent lieu à l’hématurie. Aussi croyons-nous qu’il faut, aux types in- | b diqués par Rayer, en ajouter un quatrième et admettre une variété de cancer qui ne serait caractérisée que par : la présence d’une tumeur. La plus fréquente de ces variétés symptomatiques est sans contredit celle qui se traduit par la tuméfaction et l’hématurie. Ces deux sympi lûmes peuvent donc être considérés à juste titre comme : les deux signes révélateurs du cancer rénal.

La tumeur abdominale, suivant Roberts, constitue un Bides signes les plus constants du cancer rénal ; c’est un de

ceux qui les premiers attirent l’attention. Sur 64 cas qu’il soumit à un examen approfondi, il n’en rencontra que 3 qui ne s’accompagnèrent pas de tuméfaction lombaire ; c’est chez les enfants qu’elle était le plus prononcée.

La tumeur apparaît d’abord à la partie antérieure de la région lombaire, entre le bord des côtes inférieures et la crête iliaque. Elle se développe ensuite dans toutes les directions vers l’ombilic, vers l’hypochondre, repoussant les côtes qu’elle projette en dehors. Elle s’étend également vers la cavité pelvienne, et lorsqu’elle est considérable, elle finit par remplir la cavité abdominale tout entière. La saillie qu’elle fait en arrière est en général peu prononcée, ce qui explique la résistance qu’elle éprouve à se développer de ce côté.

Par la palpation, on constate qu’il existe dans le flanc une tumeur fixe, indolore, qui ne suit pas les mouvements du diaphragme. Celte tumeur, quelquefois lisse, le plus souvent lobulée, présente une consistance inégalement dure ou molle. Elle est, dans certains cas, d’une mollesse presque diffluente, et donne une fausse sensation de fluctuation. On ne trouve que rarement des cas analogues cà ceux de Langstoff et de Brislowe, dans lesquels la tumeur rénale était le siège de pulsations artérielles appréciables à la main. Mais il lui arrive d’ètre parfois le siège d’un bruit de souffle (Brislowe).

Parfois aussi on voit, par suite de la gène circulatoire qu’elle détermine, apparaître à la surface des téguments abdominaux des veines superficielles dilatées analogues à celles qui s’y développent dans le cours de la cirrhose.

Mais c’est à la percussion surtout qu’il appartient de donner d’utiles renseignements pour le diagnostic du cancer rénal. Les signes que fournit ce mode d’examen varient avec le siège de la tumeur. Pour bien en comprendre la valeur, il est essentiel de se rappeler les rapports qu’affecte la tumeur suivant qu’elle occupe le flanc

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droit ou le flanc gauche. Lorsque le cancer est à droite, la tumeur qu’il l'orme chasse l’intestin grêle à gauche, et le cæcum à droite et en bas ; il repousse le foie en haut et à gauche, et le fait en même temps tourner sur son axe transversal de bas en haut et d’arrière en avant. Par ce mouvement de bascule, le foie arrive à présenter directement en ayant sa face convexe qui entre en rapport intime avec la paroi antérieure de l’abdomen et qui n’est séparée delà tumeur rénale que par le colon transverse qui se dirige de droite à gauche dans le sillon réno-hépatique. Il suit de ces différentes dispositions qu’à l’aide de la percussion on peut constater dans tout le flanc droit une matité considérable. Mais cette matité n’est pas une dans toute son étendue, elle présente au niveau du colon transverse une sonorité plus ou moins nette. Cette sonorité suffît à elle seule pour faire rejeter, dans ces cas, l’idée possible d’une tumeur du foie et pour faire penser à l’existence d’une Humeur rénale.

Quand la tumeur cancéreuse est à gauche, elle refoule I .en haut la rate et l’estomac; elle contracte avec le colon descendant qui passe au devant d’elle des adhérences qui en déterminent l’immobilité. 11 suffira dans ces cas de constater de la sonorité en avant d’une matité étendue à tout le côté pour affirmer que c’est à une tumeur rénale qu’est due cette matité. Il est certaines conditions où,

. même dans ces cas, le diagnostic est plus difficile, c’est •lorsque le colon ne renferme pas de gaz. Il faut alors se ; rappeler qu’il forme comme une corde tendue à la face ! antérieure de la tumeur, corde qu’on peut aisément sentir ii à l’aide de la palpation. On peut enfin, lorsque la palpation ne donne que des résultats peu satisfaisants, insuffler le rectum de manière à remplir le colon descendant •et à obtenir ainsi la sonorité caractéristique de la tu- : Tïieur rénale gauche.

Sans avoir l’importance symptomatique que certains auteurs ont cru pouvoir lui attribuer, l’hématurie qui ap-

paraît lors de cancer rénal n’en a pas moins une trèsgrande valeur. Elle se montre, il est vrai, moins fréquemment que la tumeur rénale. Ainsi Roberts ne l’a rencontrée que 31 fois dans 59 cas.

Cette hématurie ne se présente pas toutefois dans tous les cas avec le même caractère. Dans les cas de Roberts on voit l’hématurie se montrer au début, durer quelques semaines, puis cesser tout à fait pour ne plus reparaître. Dans d’autres cas, l’hématurie ne se montre que dans les derniers mois de l’existence, alors que depuis longtemps déjà, depuis des années même, on avait constaté au niveau de la région lombaire la présence d’une tumeur; parfois même elle ne se voit que quelques jours avant la mort, comme dans le cas de Townsend.

L’hématurie, lorsqu’elle existe dans le cancer rénal, a pour caractère d’être intermittente. Elle apparaît, sans cause appréciable , à des intervalles irréguliers de quelques jours, de quelques semaines.

L’hématurie peut être excessive; elle est alors bientôt suivie d’un état général des plus graves. Parfois cette hémorrhagie est peu considérable, et l’on est obligé, pour reconnaître la présence du sang dans l’urine, d’avoir recours au microscope.

La présence du sang dans l’urine ne constitue pas le seul genre d’altération auquel ce liquide soit exposé chez les individus atteints de cancer rénal. On peut y trouver, bien que rarement, des quantités plus ou moins considérables d’albumine, alors qu’il n’existe pas d’hématurie, et dans ces cas l’on est conduit à admettre, ce que permet du restede vérifier l’autopsie, qu’il existe dans le rein malade ou dans le rein non cancéreux une inflammation parenchymateuse plus ou moins étendue. Parfois cette néphrite est plus superficielle que profonde, et l’on trouve dans burine, en même temps que l’albumine, une desquamation plus ou moins abondante de l’épithélium des canalicules

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droits, des calices et des bassinets. Cette desquamation peut être limitée aux calices et aux bassinets. Moore serait même arrivé à des résultats plus satisfaisants : il aurait rencontré des cellules cancéreuses nombreuses dans l’urine d’un malade atteint d’un double cancer rénal. Roberts doute un peu de ces résultats. Il pense que ces cellules renfermées dans l’urine prise sur le cadavre n’étaient autres que des cellules desquamées de la surface vésicale.

On peut également y rencontrer du pus lorsque le cancer s’est compliqué de pyélite, mais le plus souvent l’urine est tout à fait normale. Elle ne présente de modification ni dans sa densité, ni dans sa coloration, ni dans l’abondance de ses sels. C’est à peine si on a signalé une diminution dans sa quantité (Neuman), diminution qu’expliquerait très-bien du reste la disparition fonctionnelle du rein malade.

Il est rare que le cancer rénal soit tout à fait indolore. On en signale cependant quelques exemples. Le malade ne se plaint alors que d’une sensation de pesanteur, de tiraillements. Lorsqu’existe la douleur, elle se localise au niveau deslombes du côté malade, dans l’hypochondre. Elle consisteen un sentiment de compression, deconstriclion. Elle constitue parfois un des premiers symptômes et peut présenter une grande intensité.

Sourde et continue, elle s’accompagne de temps en temps d’exacerbations caractérisées par des irradiations douloureuses sur le trajet de l’uretère et vers l’un des membres inférieurs. Elle simule alors une sciatique ou une colique néphrétique ; mais elle ne s’accompagne pas de rétraction du testicule. D’autres fois elle se développe sur le trajet d’un nerf intercostal. Ces exacerbations, qui peuvent naitre spontanément, sont d’ordinaire provoquées par le mouvement, par la pression exercée sur la région lombaire ou sur la partie antérieure de l’abdomen.

À côté de ces symptômes locaux caractéristiques du cancer, il en est qu’on décrit sous le nom de troubles sympathiques, et qui sont loin d’avoir la môme valeur. Ces troubles, qui apparaissent à une époque avancée de la maladie, sont loin d’être constants. Ils présentent du reste dans leur manifestation de nombreuses variations. Ils consistent dans des troubles digestifs et dans un état d’épuisement qui dénote l’atteinte profonde qu’a subie l’économie et qui souvent s’accompagne d’ascite et d’œdème des extrémités inférieures.

La fièvre, sauf complication, fait complètement défaut, et jusqu’à la lin l’intelligence reste intacte.

A ces symptômes s’en joignent parfois d’autres qui sont dus au développement vers certains organes de cancers secondaires. Les dépôts métastatiques peuvent se faire dans le foie, dans le poumon; mais il est rare qu’ils donnent lieu à des troubles caractéristiques.

Jusqu’ici nous ne nous sommes occupé que des variétés du cancer primitif du rein, qui se traduisent par des symptômes nettement accentués. Il nous reste à parler du cancer latent. Ce cancer peut ne s’accuser que par des irradiations douloureuses qui font penser à toute autre maladie qu’au cancer du rein. D’autres fois, il peut ne se révéler que par des signes qui ont encore moins de valeur, ce sont des troubles digestifs consistant en constipation ou en diarrhée, parfois une anémie ries plus prononcées et que rien ne semble pouvoir expliquer. Dans des cas plus rares encore, et dont il existe cependant des observations authentiques, on a vu le cancer du rein ne pas même être soupçonné du vivant du malade.

Le cancer secondaire est, lui, presque toujours latent et échappe au diagnostic. Il en est ainsi dans les cas de cancer secondaire métastatique ou par propagation. Il est exceptionnel alors que le cancer rénal ait le temps de se

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développer assez pour donner lieu à une tumeur lombaire ou cà de l’hématurie.

Début, marche. — Parfois, c’est au milieu de la santé en apparence la meilleure que se déclare l’hématurie cancéreuse. Le plus souvent, c’est la tuméfaction au niveau de la région lombaire qui frappe d’abord le malade et qui attire l’attention du médecin.

La marche en est des plus irrégulières. Parfois la douleur n’existe que pendant un temps très-limité. L’hématurie peut ne se montrer qu’accidentellement. La tumeur • elle-même présente des oscillations très-remarquables. Il :n’est point rare, en effet, de la voir diminuer momentanément après s’être en peu de temps brusquement accrue.

Dans certains cas, toutefois, on ne remarque pas de ^semblables oscillations. Les progrès du mal sont continus et progressivement croissants.

Lente ou rapide dans son évolution, régulière ou irrégulière dans ses manifestations symptomatiques, l’affection n’en tend pas moins toujours vers un terme fatal. :Le plus souvent c’est dans un état de marasme profond que meurent les individus atteints de cancer rémal. Beaucoup plus rarement, la mort arrive à la suite d’hématuries abondantes. Dans un cas de Bright, la mort fut le fait d’une hémorrhagie dans le péritoine. Elle peut •enfin survenir à la suite d'une perforation intestinale, d’une péritonite suraiguë (Bayer). Diettrich l’aurait vue produite par l’urémie.

Durée. — Roberts est arrivé, en étudiant le cancer au point de vue de sa durée, à reconnaître approximativement que chez l’enfant celte affection a une durée moyenne de 77 mois, la durée minimum étant de 10 semaines, la durée maximum d’un an. Tandis que, chez l’adulte, celte affection peut se prolonger beaucoup plus longtemps , la moyenne de durée étant sur 21 cas de 2 ans 1/2.

Le cancer rénal est, de tous les cancers internes, celui

qui esl, le plus longtemps compatible avec l’existence: Roberts pense que cette particularité tient à ce que le rein malade peut être suppléé par son congénère, et à ce qu’en outre ce cancer peut se développer à l’aise dans la cavité abdominale, ne trouvant pas d’obstacles qui puissent provoquer des accidents mortels.

Daignostic. — Assez facile lorsqu’on a affaire à la forme complète, c’est-à-dire lorsque le cancer se traduit par une tuméfaction au niveau de la région lombaire et par de l’hématurie ; le diagnostic est plus difficile dans les formes incomplètes, lorsqu’il n’existe que de la tuméfaction ou de l’hématurie.

Dans le premier cas, on peut confondre la tumeur cancéreuse avec des tumeurs abdominales de provenance diverse. Et en admettant qu’on en localise parfaitement le siège, on peut penser à une tumeur rénale de toute autre nature.

Les tumeurs abdominales, qui sont plus aptes à simuler une tumeur cancéreuse du rein, peuvent avoir pour siège le foie, la rate, les annexes de la matrice. Mais avec un peu d’attention, on arrivera toutefois à les en distinguer.

Les tumeurs du foie ont pour caractère d’obéir aux contractions diaphragmatiques. Elles se déplacent par le fait seul des mouvements respiratoires. Bright a constaté en outre que lorsque la tumeur est hépatique, on ne peut engager les doigts entre cette tumeur et le rebord des fausses côtes. La tumeur rénale ne possède aucun de ces caractères. La tumeur hépatique donne en outre à la percussion de la matité dans toute son étendue ; elle ne présente en aucun point cette sonorité restreinte que la tumeur rénale doit au colon ascendant et au colon transverse qui passe en avant d’elle. De plus, la matité due a la tumeur rénale descend d’ordinaire beaucoup plus bas ffue celle qui est due à une tumeur du foie.

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