‹ Traité des maladies des reins et des altérations pathologiques de l’urineChapitre 5 sur 38 · MATIERES INORGANIQUES · texte numérisé non relu

MATIERES INORGANIQUES

atteints de bon nombre d’affections. La manière dont ils se comportent avec l’abstinence démontre que les chlorures sont, ensrande partie, de provenance externe. Il s’enfermerait toutefois une certaine quantité dans l’intérieur de l’économie, aux dépens des sécrétions (Kuhne). Cette seconde provenance des chlorures serait également influencée par les maladies, qui, comme on le sait, altèrent les sécrétions et même les suppriment, lorsqu'elles s’accompagnent de fièvre.

Les chlorures semblent jouer dans l’économie un rôle important ; ils paraissent présider à la conservation des globules sanguins, et peut-être à l’intégrité de certains tissus'; aussi lorsqu’on en prive les animaux, voit-on survenir des hémorrhagies multiples et constate-t-on dans l’urine, dès le cinquième jour, la présence de l’albumine.

Lorsqu’on injecte du chlorure de sodium à un animal, on augmente la quantité d’urée formée dans les 24 heures.

Phosphates. — Les phosphates qu’on rencontre dans l’urine ne sont pas tous de même nature ; Margraf, en 1780, y découvrit le phosphate de soude ; Scheele, en 1776, le phosphate de chaux, et en 1790 Fourcroy y constata le phosphate de magnésie.

Le plus abondant est assurément le phosphate de soude, qui s’y trouve à l’état de phosphate acide, et le phosphate de chaux, qui existe à l’état de biphosphate et de triphosphate. C’est à l’acidité physiologique de l’urine qu’ils doivent leur solubilité. Lorsque l’urine devient alcaline, elle se trouble rapidement et les phosphates se déposent au fond du vase, à l’état amorphe, ou sous forme cristalline variable. Chacune de ces variétés de phosphates présente toutefois un type cristallin presque toujours le même, et dont nous aurons à parler à propos des sédiments.

La moyenne des phosphates rendus par l’urine dans les 24 beures Vf,rie f‘ntre 3 à 7 gr. C’est à ces phosphates acides que quelques physiologistes attribuent exclusivement l'acidité de l’urine.

Les phosphates viennent sans doute, comme l’acide urique et 1 urée, des aliments et des matériaux de désassimilation; - ont pour point de départ le phosphore contenu dans l’ulbu-

URINES NORMALES

mine. La quantité des phosphates paraît être plus grande le jour que la nuit; on croit que leur formation est assujettie jusqu’à un certain point à l'excitation cérébrale. Pendant la grossesse ils semblent également se produire en excès.

Sulfates. — Les sulfates contenus dans l’urine offrent moins d’intérêt que les phosphates ; l’étude qu’on en a faite est encore plus incomplète que celle des phosphates, qui déjà laisse beaucoup à désirer. Ces sulfates sont les sulfates de soude et de chaux. La moyenne formée journellement par le rein est à peu près la même que celle des phosphates, et peut être portée de 3 à 7 gr. Comme les phosphates, les sulfates viennent de l’albumine fixe ou mobile, ou plutôt du soufre qu’elle renferme ; Kuhne croit qu’ils résultent de la destruction de la taurine, substance azotée, résultant de la combustion incomplète de l’albumine.

La proportion des sulfates paraît varier dans les conditions qui influencent la formation de l’urée. Ils semblent également se former, en plus grande quantité, le jour que la nuit.

Carbonates. — On trouve également des carbonates dans l’urine; comme les phosphates et les sulfates, ils y sont à l’état de carbonates alcalins ou terreux. Leur étude n’offre qu’un intérêt secondaire. Nous aurons du reste à en reparler, à propos des sédiments qu’on rencontre dans les urines pathologiques. Qu’il nous suffise de dire actuellement qu’ils y sont toujours en faible proportion.

MODE D’ACTION DU REIN

MODE D’ACTION DU REIN

Connaissant la structure du rein et la constitution normale de l’urine, il est un point à discuter et qui déjà a soulevé de nombreuses contestations. Quel est le mode d’action du rein ? S’agit-il d’une sécrétion ? N’a-t-on à faire qu'à une simple élimination ? Pour qu’on puisse dire d’un organe qu’il est sécréteur, il faut d’une part que cet organe forme de toute pièce une substance qui ne se rencontre pas toute constituée dans le sang: il faut en outre que les éléments de cet organe présentent, au moment de la sécrétion, des modifications qui dénotent un travail spécial.

Les glandes salivaires, le pancréas et les glandes stomacales, qui sont des organes sécréteurs par excellence, fabriquent aux ■ 'épensdusangune substance azotée, caractéristique pour chacune de ces sécrétions, et qu’on décrit sous le nom de diastase, de pepsine... C’est vainement qu’on chercherait dans le sang l’analogue de ces ferments. En est-il de même du rein ? C’est ce que certains auteurs, comme Oppler et Zalesky, ont cherché à établir. Ils ont pensé que le rein avait pour propriété de former l’urée ; mais il résulte de leurs recherches mêmes, et surtout des travaux de Prévost et de Dumas repris par Grehant, Meisner, Voigt et Peterikofer, que l’urée est seulement éliminée par le rein, et que l’extirpation de cet organe, loin d’en diminuer la quantité, en permet au contraire l’accumulation dans l’économie. On la trouve alors remplissant les capillaires vasculaires lymphatiques ou sanguins. On ne saurait donc, en s appuyant sur cette base, regarder le rein comme un organe sécréteur.

C est vainement aussi qu’on chercherait dans le rein les autres caractères propres aux organes sécréteurs. Lorsqu’on Uent à exciter les nerfs qui président à la sécrétion de tel ou tel de ces organes, delà glande salivaire par exemple, onvoit, ainsi (pie I a démontré CI. Bernard, augmenter la quantité de la diastase , il n en est point ainsi lorsqu’on excite les nerfs qui su ren-

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dent aux reins, ou ie quatrième ventricule, qui semble présider à la formation de l’urine. Cette excitation paiaît n agii que sur les proportions d’eau qu’elle contient, sans modifier la quantité des éléments solides qu elle renferme.

On a fait plus : on a cherché à démontrer que, comme dans tout organe sécréteur, les cellules des canalicules pi ésentaient, dans leur configuration, des changements en rapport avec la formation de l’urine ; mais ces recherches de M. Muiron sont trop incomplètes pour prouver cette manière de voir. L’auteur se contente de signaler la tuméfaction de ces celjules, il n’indique que vaguement la modification moléculaire dont elles seraient le siège. Il n’y a dans ce qu’il décrit rien qui rappelle complètement le travail cellulaire, c est-à-dire la tuméfaction et l’affaissement des cellules qui accompagnent la sécrétion de la salive et du pancréas (Heidenhain, Ranvier, Ewald), et l’on ne saurait se baser sur d’aussi faibles changements pour affirmer la nature sécrétoire du rein.

Comme on le voit, le rein ne semble posséder aucune des attributions propres aux organes sécréteurs; il y a plus, c’est qu’il se comporte en présence des éléments du sang d’une façon toute différente. Ainsi, tandis que le pancréas et les glandes salivaires opposent une barrière infranchissable au passage des matières extractives, et ne se laissent traverser que par un nombre très-restreint de substances contenues accidentellement dans le sang , tandis qu’on est encore à se demander quelles sont celles qui peuvent traverser le foie, on les voit apparaître à peu près toutes indistinctement dans les urines. Le rein, qui ne possède aucun des caractères des organes sécréteurs, est donc, à ce seul titre, on peut l’affirmer, un organe éliminateur par excellence. Comme tel, il jouit de propriétés qui sont en rapport avec l’état du sang, ou qui peuvent être influencées par l’état matériel du filtre qu’il constitue.

La composition de l’urine doit donc être considérée comme l’expression de l’état du sang, ou du filtre qu’elle traverse. C’est par la constitution modifiée de l’urine que se traduiront certains états pathologiques du sang qu’on décrit sous le nom de diathèses. C’est ainsi qu’on voit, sous l’influence de ces diathèses, augmenter dans l’urine la quantité normale des acides

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urique ou oxalique, en rapport avec les diathèses urique et oxalurique ; d’autres fois la constitution anormale de l’urine traduira au dehors un état pathologique du sang , dû a l’augmentation normale du sucre ou à l’introduction dans ee liquide de substances médicamenteuses ou toxiques. Ailleurs, l’altération de l’urine sera en rapport, non plus avec des modifications accidentelles ou permanentes du- sang, mais avec des altérations ou des troubles fonctionnels du rein. Car, il ne faut pas l’oublier, pour qu’une élimination conserve ses caractères normaux, il faut que le sang, aussi bien que l’organe éliminateur, aient conservé leur intégrité. Que l’un ou l’autre de ces facteurs vienne à être modifié, etde suite le liquide éliminé traduira cette modification par les altérations qu’il présente. Ainsi, la diminution quantitative de l’urée peut tenir tantôt à la disparition des cellules épithéliales qui président à son élimination, ou à la modification de leur vitalité (néphrite parenchymateuse,aiguë ou chronique), tantôt à la non-formation de l’urée dans l’économie (inanition, chlorose). Les altérations de l’urine doivent donc être étudiées à un double point de vue : par rapport au sang, et par rapport au rein.

Toutes les parties du rein ne servent pas indistinctement à cette. élimination; il serait utile, surtout au point de vue des applications pathologiques, de pouvoir préciser quel est le siège de cette élimination. Cette question a donné lieu à de nombreuses discussions, et n’est point encore nettement tranchée.

Bowman pensait que les éléments constitutifs de l’urine étaient éliminés par des parties différentes, il croyait que les glomérules ne laissaient filtrer que l’eau, tandis que les matières solides traversaient les cellules des canalicules. Isaacs de New-York combattit cette opinion, et fit voir, à l’aide d’injections de substances colorantes, que les glomérules donnaient passage, non-seulement à l’eau, mais encore aux matières solides. Cette opinion fut assez généralement acceptée, par Coodfellow entre autres, qui croit, comme Ludwig, que les canalicules n’ont pour mission que de densifier l’urine, sécrétée de toute pièce par les glomérules, en absorbant l’eau qu’elle contient en excès, au moment de sa formation. Si l’on s’en rapporte aux données pathologiques, on a quelque ten-

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dance à n’accepter que sous toutes réserves cette manière de voir ; il semble en effet plus que probable, en s’appuyant sur les bases que fournit l’observation clinique, que la vérité est du côté de Kôllicker, de Schwartz et de Traube. Ces auteurs pensent que le glomérule élimine les sels et l’urée, tandis que les canalicules ne se laissent traverser que par l’eau, destinée à dissoudre ces matières.

Ce qui donne à cette dernière opinion une grande importance, c’est, en effet, ce qu’on peut observer dans certaines maladies, au point de vue de la sécrétion urinaire et des troubles symptomatiques qui accompagnent les modifications de cette sécrétion. Ainsi, par exemple, dans la néphrite parenchymateuse, les accidents urémiques n’apparaissent souvent qu’à une époque avancée, alors que les lésions rénales se sont étendues de l’épithélium des canalicules à l’épihélium qui recouvre le glomérule ; dans ces cas l’urée, cessant d’être éliminée, est retenue dans le sang, et cause les accidents qu’on décrit sous le nom d’urémie. Parfois ces accidents arrivent d’emblée; c’est que dans ces cas on a à faire, ainsique le prouve l’autopsie, à une néphrite parenchymateuse qui s’est rapidement généralisée à toute la surface épithéliale, ou qui, localisée, revêt une forme spéciale que Traube a décrite sous le nom de néphrite capsulaire. Ici encore la disparition de l’urée coïncide avec la lésion de l’épithélium du glomérule : preuve que c’est bien là que se fait cette élimination. Avec la disparition de l’urée coïncide la disparition, dans l’urine, des sels qu’elle renferme ; aussi n’est-il pas illogique d’en conclure que le siège de l’élimination de ces substances est le même, que celui de l’élimination de l’urée, c’est-à-dire la surface du glomérule.

Il est plus difficile de préciser le siège exact de la filtration de l’eau. Ce qui porte à croire toutefois que le glomérule n’est pas le seul élément du rein qui jouisse de ce privilège , c’est que dans certains cas de néphrite parenchymateuse on voit le liquide urinaire persister, dans de si notables proportions, que des auteurs ont décrit, dans ces cas, un diabète albuminurique. Eh bien ! à l’autopsie on peut parfois constater que ce diabète albuminurique coïncide avec une atrophie, parfois complète, des glomérules qui, comprimés, ont disparu ou

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qui n’existent que par place-, tandis qu’il y a comme une hypertrophie des canalicules droits, hypertrophie d’autant plus prononcée que le diabète albuminurique était plus intense. Cette observation nous semble , jusqu’à un certain point , venir à l’appui de l’opinion que nous émettions , puisqu’elle permet de considérer l’élimination de l’urine comme constituée, d’une part, par l’élimination de l’urée, de l’acide urique et des sels, qui se ferait au niveau des glomérules, et d’autre part, par le filtrage de l’eau qui, surtout, aurait pour siège les canalicules.

Ce filtrage de l’eau parait être indépendant de loute action vitale des cellules épithéliales; il a lieu alors même que les canalicules sont dépourvus d’éphithéüum, à une époque avancée des néphrites parenchymateuses. On s’est demandé quelles étaient les causes de cette filtration; les uns, comme Poiseuille et Downbrosky, croient qu’il faut tenir compte pour l’expliquer de la rapidité de la circulation dans > un temps donné. Sans nier complètement cette influence, nous croyons que c’est ailleurs qu’il faut chercher la cause de cette filtration qui tient beaucoup plus, sans nul doute, à l’augmentation de pression vasculaire. Il suffit pour le démontrer de rappeler l’action de l’ingestion des liquides en excès, qui n’augmentent la sécrétion urinaire, ainsi que l’a signalé Magendie, qu’en exagérant la pression vasculaire. C’est également ainsi qu’agit le froid, qui supprime l’exhalation cutanée. L’influence de cette pression vasculaire sur la sécrétion urinaire peut du reste se prouver directement ; il suffit de reproduire les expériences de Goltz, qui chez les animaux, augmentait la quantité de l’urine en liant l’une des branches principales de l’aorte. C’est en agissant sur le système vasculaire, par l’intermédiaire du système nerveux, par l’excitation du nerf vague , ainsi que fa fait Hermann, ou par l’irritation du quatrième ventricule, comme l’indique Bernard, que l’on peut augmenter la sécrétion de l’urine, et, dans ces cas encore, c’est à l’exagération de la pression artérielle que l’on doit la plus grande quantité d’urine formée dans un temps donné.

Ainsi, comme on le voit, les altérations quantitatives et qualitatives des matières solides de l’urine sont en rapport, tantôt avec des modifications du sang, tantôt avec des lésions

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des reins, tandis que les changements survenus dans la partie aqueuse ne traduisent que des troubles circulatoires.

Le rein, n’ayant rien d’un organe sécréteur, peut être suppléé dans certains cas par d’autres organes. Cette action compensatrice est surtout appréciable lorsque le rein lésé devient insuffisant pour l’élimination des substances dont il est chargé de débarrasser l’économie. De tous les organes, ceux qui se prêtent le plus facilemement à ce rôle supplémentaire sont l’intestin et l'estomac. C’est par ces organes que s’échappe l’urée, lorsque le rein est atrophié, ainsi que l’ont signalé Bareswill, Bernard, Frerichs et Treiz. De là, dans certains cas, desaccidents spéciaux, sur lesquels nous reviendrons à propos de l’urémie. La peau elle-même, dans certains cas signalés par Shotfin etParkes, devient le siège de l’élimination de l’urée. Le poumon ne donnerait passage qu’aux substances résultant de la décomposition de l’urée. (Frerichs.)

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