ALTÉRATIONS QUALITATIVES ET QUANTITATIVES DE L’URINE
modifications pathologiques des caractères physiques et chimiques «le l’urine.
Quantité. — La quantité normale de l’urine sécrétée dans les vingt-quatre heures, qui, comme nous l’avons vu plushaut, peut être évaluée à 12 ou 1,500 grammes, subit de notables oscillalions dans le cours de certaines maladies. 11 est des diabétiques qui rendent des quantités fabuleuses d’urine. On a signalé des diabétiques qui en rendaient 30 à 40 litres par jour, des polyuriques qui en éliminaient 40 à 50. Ces données doivent avec raison , n’èlre acceptées que sous toute réserve, et l’on fera sagement, avec Racle, de considérer comme maximum de secrétion 14 à 15 litres. D’ordinaire même ces malades en sécrètent moins, 6, 8 et 10. On s’est demandé quelle est la source de cette sécrétion exagérée ; quelques auteurs
DES URINES PATHOLOGIQUES
oui avancé que les urines, clans ces cas , surpassaient la somme des boissons ingérées et ont tout naturellement admis qu'elles résultaient cle la formation de l’eau aux dépens des tissus de l’économie. On a cherché cà contrôler cette opinion, mais les recherches de Nasse et de Ber^ nard ne sont pas venues la confirmer ; ces auteurs sont arrivés au contraire à un résultat tout opposé: ils pensent que la quantité d’urine rendue est toujours inférieure à la somme des liquides ; nous aurons du reste, à propos de la polyurie et du diabète, à revenir sur cette question qui nous semble loin d’être résolue. On voit encore augmenter l’urine à la suite d’attaques hystériques , dans les cas d’hypertrophie du ventricule gauche du cœur, aune période avancée de la néphrite parenchymateuse (albuminurie chronique), alors que les canalicules sont privés d’épithélium. L’urine renferme alors peu de matériaux solides. Il semble qu’il y ait comme une action compensatrice du rein qui, pour dépurer le sang, ne sécrétant plus qu’une urine ténue, la sécrète en excès.
Loin d’étre augmentée, la moyenne des urines rendues peut au contraire etre diminuée; c’est ce qu’on constate à une période avancée des maladies de cœur, dans les affections chroniques du poumon, dans tous les états morbides qui diminuent la pression artérielle en augmentant la pression veineuse. On la voit encore baisser dans les llux intestinaux (choléra), lors de sueurs abondantes, et ici encore le mécanisme est le même : dans tous ces cas il y a diminution de la pression artérielle.
On comprend que l’urine soit également diminuée dans les affections rénales, surtout dans les néphrites parenchymateuse et interstitielle, qui aboutissent à la destruction des capillaires rénaux et des glomérules. Dans tous ces cas la diminution de l’urine, qui même peut aller jusqu’à l’anurie, tient au manque de sécrétion rénale; dans d’autres cas la sécrétion persiste et l’anurie n’est due qu’à
un obstacle au cours de l’urine; il en est ainsi dans les affections des conduits urinaires (calculs, rétrécissement). Ces deux espèces d’anurie ne présentent pas les mêmes symptômes. L’anurie par défaut de secrétion , qui en somme est assez rare, a une marche plus rapide; elle peut en quelques heures , en quelques jours, entraîner la mort du malade. Elle se montre dans le cours d’affections diverses, dans la maladie de Bright (néphrite parenchymateuse), dans le choléra , à la suite de certaines intoxications (térébenthine, acides minéraux... ), comme conséquence de lésions graves, telles que les ruptures de l’intestin, du foie, delà rate ou de l’utérus; elle complique parfois certaines opérations pratiquées sur l’urèthre ; on la rencontre dans les brûlures graves , surtout comme complications des brûlures étendues aux 1er et 2e degrés. Le rein, le plus souvent, ne présente à l’autopsie que les traces d’une congestion plus ou moins vive. Elle n’est probablement elle-même, dans ces cas, qu’un des phénomènes du collapsus général dans lequel est tombé le malade. C’est très-probablement à ce collapsus plutôt encore qu’à la suppression d’urine qu’est alors due la mort, attendu que les accidents urémiques qui seuls pourraient la provoquer mettent à se développer beaucoup plus de temps, ainsi qu’on le voit dans les cas dus à l’anurie par obstruction.
Toute obstruction portant sur les conduits excréteurs a pour résultat de supprimer la sécrétion urinaire , le passage de l’urée cessant lorsque la pression intra-canal i culaire due à cette obstruction dépasse 50"'"'. (Ludwig, Hermann.) Si la pression est moins considérable, l’obstruction étant incomplète , l’urine sera aqueuse ; car, en même temps que diminue l’élimination de l’urée, diminue aussi celle des sels. Si l’obstruction est complète et porte sur les deux uretères, par exemple, comme on en trouve des exemples dans les auteurs, dans Robert entre autres .
DES URINES PATHOLOGIQUES
l’urine cesse d’étre sécrétée et Ile couler; l’urée s’accumulera peu à peu clans le sang et se traduira au bout/de sept à huit jours par des accidents qu’on décrit sous le nom d’accidents urémiques, et qui s’annoncent tout d’abord par des tressaillements musculaires (Robert). Ces accidents peuvent ne pas se manifester ; la guérison peut survenir si l’obstacle au cours de l’urine disparait le sixième, septième et même le huitième jour ; parfois cette variété cl’anurie est intermittente, elle se reproduit souvent plusieurs fois avant d’entraîner la mort.
Densité. — La pesanteur de l'urine, qui à l’état physiologique est de 1018 à 1020, est également influencée parles maladies. Cette pesanteur répond, on le sait, à la somme des matières solides contenue dans l’urine examinée; qu’il y ait augmentation des substances normales ou introduction de substances accidentelles, ou qu’il y ait seulement diminution ou augmentation de l’eau qui entre dans sa constitution. Or, dans certaines maladies, ces substances sont parfois doublées, triplées ; aussi n’est-il pas rare de voir l’urine fébrile marquer 1030 à l’aréomètre (Beale). Dans certains cas de diabète , cette pesanteur atteint 1040 (Racle), 1050 (Beale) et parfois 1075.
D’autres fois , la pesanteur spécifique est au-dessous de la normale. Rayer signale des urines albuminuriques dont la pesanteur spécifique ne dépassait pas 1008; Lancereaux parle d’urines polyuriques pesant 1018; il en signale d’autres, dans lesquelles l’aréomètre restait au zéro !
La pesanteur spécifique baisse également chez les hystériques, à la suite d’attaques; dans les cas d’obstacle au cours de l’urine ; à l'époque de la convalescence, suite de maladies graves ; Murchison a vu dans ces cas des urines qui ne marquaient que 1003 à l’aréomètre.
Comme ces faibles pesanteurs spécifiques tiennent à
la diminution des matières solides de l’urine, diminution qui peut porter sur les matières organiques ou sur les matières salines, diminution qui peut etre absolue ou relative, il n’est pas étonnant que l’on constate cette diminution de densité surtout dans les urines pâles et décolorées ; il est toutefois des urines pâles et décolorées dont la densité est très-élevée, c’est qu’alors ces urines renferment ou du sucre ou de l’albumine ; c’est à l’une ou à l’autre de ces deux maladies qu’il faut penser lorsqu’une urine pâle donne à l’aréomètre 1025 et au delà.
On a cherché à utiliser la pesanteur spécifique de l’urine, et l’on a cru pouvoir en déduire le chiffre des matériaux solides qu’elle contient. On a, à cet effet, construit de nombreuses tables destinées à donner, d’après cette visée, des résultats aussi satisfaisants que possible. De tous les procédés dont on s’est servi, le plus simple est celui de Trapp ; c’est celui qui donne des résultats se rappro chant le plus de la vérité. D’après ce procédé, il suflil pour connaître la quantité des matières solides contenues dans une urine de doubler les deux derniers chiffres de son poids, àf aréomètre. Ainsi, pour cet auteur, une urine pesant 1018 contiendrait par litre 36 grammes de matériaux, solides, tandis qu’une urine dont la pesanteur spécifique est de 1006 ne renfermerait que 12 grammes. Vogel, tout en constatant l’ingéniosité de ce procédé, signale les erreurs auxquelles il est susceptible de donner lieu, erreurs qui peuvent aller de 1/10 à 1/7 dans les urines saines, et de 1/5 à 1/4 dans les urines pathologiques, à densité élevée.
Odeur. — L’urine à l’état physiologique a une odeur spécifique, sui generis , qu’on décrit sous le nom d'odeur urineuse. Cette odeur ne conserve pas toujours son intégrité dans le cours des maladies. Elle subit de nombreuses modifications ; parfois elle fait place à une odeur
manifestement gangréneuse, comme clans certaines affections rénales. L’urine tire, dans ces cas, de cette modification de l’oclcur physiologique une grande valeur diagnostique et pronostique. Ailleurs, cette odeur est manifestement alcoolique ; c’est avec ce caractère que se présente l’urine dans le diabète. Cette odeur s’explique très-facilement par la fermentation que subit ici le sucre contenu dans l’urine. ,
On a signalé également des urines ayant, à l’état physiologique, une odeur de bouillon de bœuf; cette odeur se rencontre surtout à l’état pathologique, dans le cours des néphrites parenchymateuses. Parfois l’odeur urineuse normale est seulement exagérée ; d’autres fois elle rappelle l'odeur du lait aigri ; on exagère habituellement ces odeurs qui iiennent à des acides volatils, en ajoutant à ces urines un acide fixe, un acide minéral par exemple.
L’urine peut enfin présenter une odeur manifestement ammoniacale, soit au moment de l’émission, soit un temps plus ou moins long après l’émission. Dans l’un ou l’autre cas, on a à faire à une urine qui a subi la fermentation alcaline, c'est-à-dire dont l’urée s’est décomposée ; que cette urine se soit décomposée dans les bassinets, dans la vessie ou dans le vase qui l’a reçue*. Dans le premier cas, elle est l’indice certain d’une inflammation de l’une ou l’autre des parties de b appareil excréteur ; car il n’est aucune des recherches entreprises •jusqu’à ce jour par Heintz, Neubauër et Kerner, qui permette d’admettre que l’ammoniaque puisse être sécrétée par le rein, ou du moins qu’elle le soit en quantité suffisante pour donner à l’urine une odeur ammoniacale.
Il est enfin des odeurs que présente l’urine et qui tiennent à la présence accidentelle, dans ce liquide, de substances •'médicamenteuses ou nutritives ; telles sont celles qui sont dues au copahu, au cubèbe, aux asperges.
maladies des reins.
Acidité. — L’acidité, qui constitue un des caractères normaux de l’urine, et qui existe au moment de l’émission, peut ne se montrer qu’à une époque plus ou moins éloignée ; elle est dans ce cas le fait de la fermentation. Il y a donc à étudier l'urine au point de vue de l’acidité primitive, et au point de vue de l’acidité secondaire. L’acidité primitive qu’on doit rechercher au moment de l’émission peut tenir, ainsi que nous l’avons vu, à des causes nombreuses ; la cause la plus fréquente de cette acidité est encore à rechercher
L’acidité se constate à l’aide du papier de tournesol; mais il faut, pour éviter des causes d’erreurs possibles, examiner l’effet de l’urine sur ce papier au moment où on le retire du liquide. Si on laisse ce papier imbibé d’urine exposé à l’air, il peut se faire qu’il rougisse consécutivement, par l’action de l’acide carbonique de l’air ; il peut se faire aussi que cette coloration rouge consécutive tienne à la décomposition à l’air du sel ammoniacal dont peut être imbibé ce papier. De même, il ne faut pas laisser tremper trop longtemps dans un liquide urinaire un papier qui rougit légèrement à son contact, car l’urine peut à la longue diluer et faire disparaître cette teinte rouge.
L’acidité de l’urine augmente dans le cours de certaines maladies , surtout lorsque ces maladies s’accompagnent de fièvre. On a remarqué fréquemment que l’augmentation de l’acidité coïncidait avec un chiffre d’urée plus élevé qu’à l’état normal. On voit encore l’urine devenir nettement acide à l’approche d’une attaque de goutte ; peut-être tient-elle alors à une augmentation de l’acide urique qui, comme on le sait, d’abord accru, disparaît bientôt de l’urine, au moment de l’attaque. Cette acidité de 1 urine, rendue dans les vingt-quatre heures, au lieu d égaler celle que produiraient 2 à 4 grammes d’acide oxalique par 1,000 grammes d’eau, peut être deux ou trois
DK S URINES PATHOLOGIQUES.
fois plus forte. On juge du degré de l’acidité que présente une urine, en y laissant couler goutte à goutte, jusqu’à saturation, une solution de carbonate de soude titrée.
L’acidité secondaire n’apparaît qu’au bout d’un certain temps. Au moment où elle se manifeste, on constate que l’acidité légère que présentait l’urine, à l’époque de l’émission, a fait place à une acidité des plus prononcées. Cette acidité serait due à la formation d’un acide nouveau, lactique , butyrique ou carbonique, résultant d’une fermentation qui se ferait aux dépens du sucre, et, en l’absence de sucre, suivant Lehman, aux dépens de la matière colorante de l’urine. Cette fermentation relèverait, suivant Sherer, de l’action du mucus contenu dans l’urine ; elle apparaîtrait, suivant Pasteur, sous l’inlluence de spores se déposant dans l’urine.
Ce qu’il y a de certain, c’est que c’est dans les urines qui deviennent secondairement acides que se développent Lies cryptogames qu’on décrit sous les noms de torules et de penicilium glaucum. Le premier de ces cryptogames, qui n’est autre que celui de la levûre, dont Hassall, à tort, a voulu le distinguer, apparaît dans les urines diabétiques, tandis que le penicilium glaucum serait propre aux urines albumineuses. Chacune de ces variétés de champignons est caractérisée par des spores, des sporules et du mycélium. Les spores des torules seraient plus volumineuses que celles du penicilium. Les torules peuvent se montrer un temps très-court après l’émission ; on les voit apparaître parfois au bout de vingt-quatre heures à la surface du liquide, et y former une couche mince, mélangée parfois de cristaux. La rapide apparition de ces cryptogames suffit à elle seule pour faire soupçonner la présence du sucre dans une urine. Ces cryptogames ne se montrent pas seulement dans une urine primitivement acide, on peut les rencontrer dans toute espèce d’urine quel qu’en soit l’état chimique primitif (acide ou alcalin).
Lorsque l’acidité secondaire de l’urine, qui ne serait qu’une des conséquences de leur formation, a été précédée d’alcalinité, les spores et sporules qu’on rencontre a la surface du liquide sont souvent mélangés de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.
Alcalinité. — L’urine au lieu d’être acide peut être alcaline, elle revêt ce caractère parfois à l’état physiologique, mais dans ces cas l’alcalinité est passagère et ne se montre que sous des influences en partie signalées plus haut. Ce caractère peut être parfois durable, il répond alors à certaines affections médullaires ou à certaines affections rénales ; ainsi l’alcalinité constitue un des signes importants de la néphrite interstitielle chronique. Dans ces cas l’alcalinité est primitive ; elle existe au moment de l’émission. On la constate à l’aide du papier rougi. On ne sait pas encore au juste quelle est la cause de cette alcalinité. Quelques auteurs, comme Smith, Neubauer et Beale, croient que cette alcalinité tient cà la formation de l’ammoniaque dans le rein , au moment du filtrage de l’urine. Mais ils n’ont aucune preuve à l’appui de cette assertion. Prout pense qu’elle tient à la formation de phosphates en excès, sous l’influence des affections médullaires ou rénales ; mais ici encore les preuves font défaut ; toutefois cette opinion semble beaucoup plus probable.
L’alcalinité primitive est du reste un fait rare, bien qu’il soit impossible de la nier, depuis que des expérimentateurs, après avoir lavé la vessie, ont constaté qu’il s’écoulait des uretères un liquide urinaire alcalin ; mais elle est de beaucoup moins fréquente que l’alcalinité secondaire. On peut la doser ainsi que l’alcalinité secondaire à l’aide d’une solution titrée d’acide oxalique. L’alcalinité secondaire peut tenir au simple échappement de gaz qui donne à l’urine son acidité physiologique ; le plus souvent elle
DES URINES PATHOLOGIQUES
ne se produit qu’à lu longue, et elle tient alors à la décomposition des substances constitutives de l’urine, de l’urée qui se transforme en aciçle carbonique et en ammoniaque. C’est à cette formation d’ammoniaque qu’est due l’alcalinité secondaire.
L’alcalinité secondaire peut, dans certains cas, être prise pour une alcalinité primitive. Elle existe alors au moment de l’émission de l’urine. Mais dans ces circonstances on pourra toujours, en s’aidant de symptômes concomitants, arriver à établir qu’il existe une affection delà vessie ou des bassinets qui, s’opposant au cours de l’urine, détermine la stagnation de ce liquide et par suite sa décomposition.
On peut du reste reconnaître aisément cette variété cl’alcalinité secondaire de l’alcalinité primitive, due à la présence dans l’urine de sels basiques. Il suffit de plonger dans cette urine, au moment de l’émission, un papier de tournesol rougi. Si ce papier, qui bleuit au contact de l’urine, redevient rapidement rouge lorsque de nouveau on l'expose à l’air, c’est que cette alcalinité était secondaire et due à la formation de l’ammoniaque. C’est à la volatilisation rapide du sel ammoniacal que le papier exposé à l’air doit de reprendre bientôt sa coloration rouge.
On ne rencontre pas de végétations cryptogamiques dans les urines alcalines, elles ne renferment que des vibrions. Ces vibrions, qui ont été de la part de Hassall l’objet d’une étude spéciale, et qui cependant sont encore assez mal décrits, seraient, suivant Traube, la cause de l’alcalinité secondaire, comme les cryptogames sont la cause de l’acidité secondaire. Cette alcalinité que peut présenter toute espèce d’urine, et qui a reçu le nom de fermentation putride, résulterait de la transformation en acide carbonique et en ammoniaque de l’urée, mise en contact avec ces vibrions. Ce sont ces vibrions qui, portés par le cathétérisme, ou pénétrant spontanément dans la vessie et
les uretères, y donneraient lieu à l’alcalinité ammoniacale qu’on observe parfois au moment do 1 émission, et qui est si différente de l’alcalinité fixe dont nous venons de la distinguer.
Que l’urine soit alcaline ou acide, elle peut enfin renfermer, bien que rarement toutefois, des sarcines. Ces petits organismes végétaux, revêtant la forme de petits cubes, et qui sont assez souvent rejetés par le vomissement, ont été trouvés dans l’urine par Heller, Mackay, Johnson, Beale et Bcgbie.
Les urines acides sont d’ordinaire transparentes et fortement colorées ; les urines alcalines sont le plus souvent pâles et opalescentes.
Coloration. — La coloration des urines présente des modifications très-variées, dans le cours des maladies, et dignes du plus grand intérêt.
Avant qu’on eût trouvé la cause probable de la coloration de l’urine, avant les travaux de Schunck, on émettait, sur l’intensité plus ou moins grande de celle coloration, des idées qui variaient suivant l’opinion qu’on se* faisait de la coloration normale.
Le premier qui s’occupa de la question relative à la coloration des urines pathologiques fut Bellini. 11 croyait que la teinte pâle ou foncée que présentaient les urines tenait à la plus ou moins grande quantité de sels, qui, pour lui, étaient la cause delà coloration normale. D’autres attribuèrent ces modifications de coloration aux variations quantitatives de l’urée ; Prout pensa qu’elles étaient dues â l’excès ou à la diminution de l’acide urique. Depuis les travaux de Schunck, le doute n’est plus permis.
Il semble actuellement prouvé, d’après les recherches de cet auteur, que la coloration normale de l’urine tient, ainsi que nous l’avons dit, â la présence de deux substances azotoes, l’uriane et l’urianine. La teinte plus ou
DES URINES PATHOLOGIQUES
moins foncée quelle présente à l’état pathologique tient à la formation rie ces substances en quantité plus ou moins grande. Les modifications que présente la teinte de l’urine sont d'autant plus utiles à étudier que tout porte à croire qu’elles sont en rapport avec une destruction plus ou moins. considérable des globules sanguins : le pigment urinaire, comme celui de la bile, semble provenir de la matière colorante des globules sanguins, dont il rappelle les caractères. On le rencontre surtout en excès dans les maladies où la dénutrition est considérable, dans les maladies fébriles ; il n’en existe que des traces chez les individus anémiques ou chlorotiques. Le pigment urinaire normal (uriane, urianine) sera d’autant moins abondant, et, par suite, la coloration d’autant plus pâle, que la quantité d’urine rendue dans les 21 heures est plus considérable (diabète).
On ne peut doser que par l’analyse la matière colorante de l’urine. Yogel a cherché, il est vrai, à déterminer approximativement la quantité de matière colorante contenue dans une urine, on ajoutant à cette urine la quan* tité d’eau suffisante pour produire une teinte arbitrairement choisie comme terme de comparaison; mais ce procédé est peu exact et l’appréciation de couleurs aussi peu tranchées que celles de l’urine est difficile à bien faire.
L'uriane et l’urianine, qui constituent le pigment normal de l’urine, peuvent se trouver augmentées ou diminuées dans certains étals pathologiques. De là, la pâleur ou l'intensité de coloration que présente alors l’urine; mais elles no sont pas les seules matières colorantes qu’on rencontre dans l’urine pathologique. Dans le cours de certaines maladies, on voit parfois se former dans l’urine des dépôts bleuâtres, revêtant parfois la forme cristalline (I lassall, Eade). C’est à cette matière colorante que Heller a donné le nom d’uroglaucine ; d’autres fois c’est une ma-
tière colorante rouge qu’on rencontre dans ces urines. Celte matière colorante, qui a été décrite sous les noms d’acide rosacique, de purpurate d’ammoniaque (Prout), de uroerythrine (Simon), de purpurine (Golding-Bird et Sherer), n’est autre que l’urrhoïdine de Heller. Schunck a confirmé par ses recherches les travaux de Heller. Comme lui, il a constaté dans certainscasla présence de l’uroglaucine, dans d’autres, celle del’urrhoïdine; mais, de plus, il a prouvé que la première n’est autre que de l’indigo bleuet la seconde de l’indigo rouge. Il a démontré en outre que ces substances ne viennent pas de l’uriane ni de l’urianine, mais d’une substance extractive incolore, qui se trouve dans toutes les urines, l’indican. C’est aux dépens de l’indican que se forment spontanément tantôt de l’urhoïdine, tantôt l’uroglaucine. On peut même, dans certains cas, en provoquer le développement en transformant à l’aide de manœuvres chimiques l’indican en indigo bleu ou rouge.
Pour reconnaître ces modifications, résultant d’une oxydation plus complète due à l’influence de telle ou telle maladie, il suffit de verser dans les urines à examiner quelques gouttes d'acide nitrique sur les parois du vase. On voit alors se former un disque qui tantôt est bleu (uroglaucine), comme dans les flux intestinaux abondants, qui tantôt est rouge (urohidine), comme dans les affections hépatiques.
Transparence. — La transparence de l’urine est souvent altérée dans les maladies. Elle peut l’étre au moment de l’émission, et cela par des causes multiples. Tantôt cette perte de transparence est due à la présence de 1 albumine à l’état moléculaire, c’est ce qui arrive dans certaines néphrites parenchymateuses; tantôt elle s’explique par la présence de la graisse en excès, ou par la présence du sang, comme dans l’hématurie simple ou dans
DES URINES PATHOLOGIQUES
l’hématurie endémique. Par le repos, l’urine recouvre sa transparence, les matières qui la lui font perdre gagnant la surface du liquide ou tombant au fond du vase. Il est plus rare que l’urine doive son aspect louche ou -opalin, au moment de l’émission, à la présence du sperme ou à l’existence du mucus, le mucus n’apparaissant d’ordinaire qu’avec le repos et sous l’influence du refroidissement.
Parfois l’urine ne perd sa transparence que quelque temps après l’émission; l’opacité est alors secondaire, et ce n’est pas toujours au dépôt du mucus qu’est due cette modification d’un des principaux caractères de l’urine. Le plus souvent, dans ces cas, la perte de transparence de l’urine est due à la présence d’urates en excès, urates qui. peu solubles, se déposent rapidement sous l’influence du refroidissement ; d’autres fois, elle tient aux phosphates qui cessent d’ëtre solubles, l’urine perdant à l’air son caractère d’acidité. Ici encore, l’urine s’éclaircit peu à peu et bientôt complètement, en même temps que se forme et qu’augmente le sédiment.
C’est dans le cours de la diathèse urique, dans les fièvres intermittentes, parfois à la suite d’une simple indigestion que les urates apparaissent en excès dans l’urine; ils y sont souvent en telle quantité qu’ils n’ont, dans certains cas, besoin ni du repos ni de l’abaissement de température de l'urine pour se déposer. En suspension dans ce liquide plutôt qu’en dissolution, ils pourraient alors, suivant quelques auteurs, donner lieu à l’opalescence primitive. Il en serait de même des phosphates dans les affections de vessie ou dans les affections médullaires. Mais, le plus souvent, ce n’est point à l’opalescence primitive que donne lieu la présence de ces sels, mais à l’opalescence secondaire. Chez les herbivores, toutefois, il n’en est pas ainsi : l’opalescence des urines qu’ils rendent et qu’on décrit sous le nom d’urines ju-
menleuses csl primitive el due aux phosphates que rend insolubles 1 alcalinité habituelle de ce liquide.
On peut toujours reconnaître assez facilement la raison qui préside à l’opacité de l’urine, il suffit pour cela d’étudier la nature de la pellicule ou cremor, des nuages et des sédiments qui toujours se forment, au bout d’un certain temps, consécutivement à l’opalescence.
Pour que ces modifications nouvelles de l’urine soient complètes, Landre-Bauvais conseillait d’attendre aumoins six ou sept heures. Ce n’est qu’au bout de ce laps de temps qu’on peut en rechercher les caractères.
Cremor, nuages, sédiments. — Cremor. — Le cremor ou pellicule est constitué par une couche superficielle d’épaisseur variable, ordinairement très-mince, qui recouvre la surface du liquide. Constitué parfois par des sels, tels que le phosphate ammoniaco-magnésien, le cremor est le plus souvent de nature graisseuse. On peut du reste constater, à l’aide du microscope, l’existence dans cette pellicule dégraissé à l’état moléculaire; parfois, dans les maladies rénales, à 1 clal cellulaire; rarement à l’état huileux.
Pour compléter ce diagnostic on peut employer l’éther, qui dissout celte pellicule, comme il dissout tout corps gras.
Le cremor a joui, dans l'ancienne médecine, d’une valeur diagnostique eL pronostique importante. On le regardait comme un des signes de la grossesse au début. Landre- Bauvais croyaiL qu’il était 1 indice d’une désassimilation inquiétante. Aujourd’hui, on ne peut guère le donner que comme la traduction à l’extérieur, de lésions portant sur les reins ou de troubles fonctionnels de ces organes; on le rencontre dans les néphrites parenchymateuses, à la période de dégénérescence graisseuse ; dans l’une des tonnes de 1 hématurie endémique. On le rencontre aussi dans certaines tonnes de cancer du rein.
N ux<jes. — Les nuages, qu’on a décrits tour à tour sous le nom de nuages ou d’énéoremes, sont dus à la présence du mucus contenu dans l’urine; ils sont d’autant plus prononcés que le mucus y est en plus grande quantité.
Au moment de l’émission, le mucus passe inaperçu dans l’urine ; on ne l’y constate que lorsqu’il s’y condense, au contact de la température ambiante. Par le fait de cette condensation, il devient plus réfrangible que le liquide urinaire. C’est à cette différence de réfrangibilité qu’il doit d’étre alors aperçu. Le froid n’a pas seul la propriété de le précipiter du liquide qui le tient en dissolution, le tannin agit dans le même sens. C’est alors qu’il apparaît sous forme de nuages ; mais ces nuages, qui ont de la tendance à gagner peu à peu le fond du vase, n’ont pas tous le même caractère. Tantôt le nuage est' mince, transparent, il est alors formé de mucus pur, renfermant dans sa trame légère quelques lamelles épithéliales. D’autres fois, le nuage est dense, grisâtre ; si vous l’examinez vous le trouverez encore formé de mucus, mais le mucus contient ici, dans ses mailles, des cristaux d’urates, de l’acideurique et des globules muqueux. Ces différents éléments, en gagnant le fond du vase, ont trouvé un obstacle constitué parle nuage déjà envoie deformation, et s’v sont arrêtés. Ailleurs, vous verrez que le nuage est rougeâtre; c’est lorsque l’urine contient des globules de sang qui, comme les urates, ont été arrêtés dans leur marche * descendante.
Traité par la chaleur, le mucus se dissout en partie ; il se dissout également lorsqu’on le soumet à l’action de l’acide azotique dilué, bien différent en cela, comme on le voit, de l’albumine.
11 communique à l’urine la propriété de mousser à la moindre agitation (Rayer). Si on filtre une urine chargée fie mucus, il reste a la surface du filtre une espèce de
vernis qui, traité par l’éther, ne lui cède pas clé graisse comme le pus.
Le mucus existerait, pour les uns, en quantité minime dans l’urine normale ; pour les autres, pour Rayer par exemple, il serait toujours l’indice d’une inflammation plus ou moins intense d’une partie des conduits traversés par l’urine.
Le nuage peut exister en même temps que le cremor, mais c’est surtout avec le sédiment qu’on le rencontre, ce qui se comprend, et de reste, puisque, ainsi que nous l’avons vu, le nuage n’est surtout apparent que par la rétention dans son épaisseur d’une partie des éléments destinés à constituer les sédiments (pus, sang, sels ).
Sédiment. — Le sédiment décrit par les anciens, sous le nom d’hypostase, était regardé d’une manière générale comme de pronostic plus favorable que le cremor ou le nuage. Les sédiments sont de nature très-diverse; on a cherché cà y établir quelques divisions, basées les unes sur la coloration qu’ils présentent; ainsi, Prout propose de les ranger, à ce point de vue, sous trois chefs différents, et de décrire des sédiments rouges, jaunes, roses. Civiale n’admet que deux espèces de sédiments : les uns blancs, les autres rouges. S’il était permis actuellement d’accepter une division basée surun caractère aussi grossier, c’est certainement celle de Civiale qui se rapprocherait le plus de la vérité, attendu qu’elle correspond aux deux principales espèces, qui sont tantôt formées d’acide urique ou d’urates et tantôt de phosphates. Les sédi- * ments ne sont point, ainsi qu’on pourrait le croire, toujours exclusivement dus aux substances salines; ils sont très-fréquemment composés de matières organiques; mais ces matières organiques, qui parfois se déposent sous forme de sédiment, sont toutes étrangères à la constitution normale de l’urine ; les sédiments auxquels elles donnent lieu seront étudiés plus loin, à propos des altérations
de l'urine par introduction de substances anormales (pus,
sang V Il n’est pas de substance organique entrant
dans la composition normale de l’urine qui, spontanément, puisse produire un sédiment appréciable. Ainsi, l'urée, la plus abondante de ces matières, lors même qu’elle est notablement accrue, par le fait de la fièvre, du diabète, ne donne lieu à un dépôt sédimenteux que lorsqu’on la précipite en ajoutant à l’urine quelques gouttes d’acide nitrique. Dans certains cas d'atrophie aigué du foie, la leucine, il est vrai, se dépose parfois sur les parois du vase qui contient l’urine, mais dans des proportions si minimes qu’on ne saurait voir là un dépôt sédimenteux.
Les sédiments, lorsque l’urine n’est pas altérée par le mélange de substances étrangères à sa constitution, sont donc exclusivement salins. Pour en reconnaître la nature, il faut tenir compte des caractères de l’urine, des conditions dans lesquelles ils se présentent, puis en étudier la structure à l’aide du microscope, la composition à l'aide des- réactifs chimiques. D’une manière générale, on peut diviser les sédiments salins en deux grandes classes : les uns sont acides et principalement formés d’acide urique et d’urates ; les autres sont plutôt alcalins, et surtout formés de phosphates. Les premiers sont généralement grisâtres ou rougeâtres; les seconds sont blanchâtres. Cette division correspond, comme on le voit, à la division proposée par Civiale, division que cet auteur avait le tort de ne fonder que sur des caractères extérieurs grossiers et pas toujours constants. Ces caractères de coloration ne suffisent point, en effet, pour affirmer que le sédiment est dû à tel ou tel sel. Il faut, pour en avoir la certitude, l’examiner à l’aide du microscope et des réactifs chimiques.
Sédiments uratiques. — S’agit-il d’un sédiment formé par de l’acide urique, on constate que le dépôt est de nature
cristalline, qu’il s’est produit clans une urine acicle, très-colorée. On constate, en outre, que ce dépôt est fortement adhérent au vase, qu’il teint pn rouge. Lorsqu’on vient à en porter des parcelles sous le microscope, on reconnaît aux cristaux qui le constituent les formes habituelles de l’acide urique. Il n’est jamais tout à fait incolore, il est d’un jaune pâle, souvent très-jaune, et môme d’une coloration brune foncée. Les formes cristallines qu’il revêt sont très-variables, elles apparaissent tantôt à l’état d’aiguilles blanches soyeuses, lorsque le dépôt se fait rapidement ; tantôt a l’état de sablier: c’est la forme que revet d’habitude l’acicle urique, lorsqu’il y a tendance à la production de calcul. Le plus souvent on le rencontre à l’état de prisme à quatre ou six côtés avec deux faces obliques ; il affecte surtout cette forme cristalline lorsque le sédiment s’est lentement produit. On le rencontre aussi sous forme de barillet; parfois, enfin, l’acide urique est à l’état amorphe; il faut alors avoir recours aux réactifs chimiques. pour en déceler la nature. Le plus simple des procédés qu’on puisse employer dans ce cas est celui qui consiste à en traiter quelques parcelles par l’ammoniaque et l’acide azotique, de manière à produire à chaud l’alloxane, puis la murexide, dont la teinte violacée ne laisse aucun doute sur la nature du corps en expérimentation.
Lorsque la quantité du sédiment à examiner est trop peu considérable pour avoir recours à celte expérience chimique, si la forme cristalline n’est pas très-nette, si l’examen laisse des doutes dans l’esprit de l’observateur, il suffît pour les dissiper de porter une partie de ce sédiment sur la lamelle d’un microscope ; au contact d’une goutte de potasse, il se forme, s’il s'agit d’acide urique, un urale de potasse qui, décomposé ensuite par l’acide chlorhydrique, donne des cristaux caractéristiques d’acide urique.
L acide urique n’est pas toujours à l’état de liberté
clans les sédiments qu’il forme; il y est souvent en même temps combiné avec les différentes bases que renferme l’urine; on le trouve alors formant des urates de soude, de potasse et d’ammoniaque. Pour séparer de ces urates la partie d’acicle urique libre, il suffit de chauffer l’urine qui les contient, et de la filtrer; l’acide urique reste sur le filtre, qui laisse passer seulement les urates. Le liquide filtré est encore acide coloré, mais le dépôt n’a plus la teinte rougeâtre que présente le sédiment essentiellement formé cl’acide urique, ou contenant de grandes proportions de cet acide ; la teinte en est grisâtre, très-rarement purpurique, et dans ces cas le microscope est souvent nécessaire pour démontrer que celte teinte ne tient pas â la présence de globules sanguins. Les sédiments cl’ urates sont en général plus abondants que ceux d’acicle urique pur. Traités par la chaleur, les urates de soude se dissolvent dans le liquide urinaire, qui reprend sa transparence habituelle. Traités par l’acicle azotique, ils se décomposent : l’urate d’ammoniaque en ammoniaque qui se dégage, et en acide urique qui se dépose sur les parois du vase ; l’urate de soude donne également lieu à un dépôt d’acide urique et de plus à du nitrate de soude, restant dans le liquide. Traités par l’acide chlorhydrique, ils donnent lieu â des cristaux d’acide urique. Lorsqu’on vient â laver les urates ou â étendre d’eau Iroide le sédiment qui en est formé, il se dépose par le repos de l’acide urique de nouvelle formation et des urates. Les urates, dans ce cas, passeraient, suivant Bence Jones, de l’état de' sels acides à l’état de sels basiques. Les urates traités par l’ammoniaque et l’acicle nitrique, â chaud, donnent lieu aux memes réactions que l’acide urique, c’est-à-dire qu’ils produisent la murexycle. Les sédiments formés d’urales sont souvent amorphes ; c’est ce qui avait donné l’idée d’en décrire deux espèces, les uns cristallins, les autres amorphes. Cette division n’au-
MALADIES DES REIXS.
rai t pratiquement qu’un bien faible intérêt, attendu qu’on voit souvent, sans cause appréciable, un dépôt cristallin faire place à un dépôt amorphe. Comme l’acide urique, les urates ont de nombreuses formes cristallines; il en est toutefois, de plus fréquentes, qui, lorsqu'on les constate, peuvent servir à reconnaître la "nature du sédiment. L’urate de soude cristallise le plus habituellement en groupes étoilés de cristaux prismatiques. Les cristaux d’urate d’ammoniaque présentent l’aspect de boules opaques épineuses, et sont souvent mélangés aux précédents ; d’autres fois ils apparaissent sous forme de bâtonnets réunis en croix, en rosettes. Ces formes cristallines coïncident fréquemment avec la formation de calculs de même nature, parfois aussi avec l’alcalinité de l’urine.
L’urate de soude, qui nous paraît se montrer en plus grande abondance que l’urate de potasse, est peu soluble dans l’eau froide : il ne s’en dissout guère qu’une partie dans 4,150 parties d’eau ; elle l’est plus dans l’eau chaude et se dissout dans 124. — L’urate de potasse, qu’on rencontre assez souvent mélangé aux cristaux d’urate de soude, ne présente rien de spécial à signaler. L’urate de chaux ne se rencontre que rarement, et en petite quantité. Il est constitué par une poudre blanchâtre, amorphe, peu soluble dans l’eau, et, lorsqu’on la chauffe à une température élevée, elle laisse comme résidu du carbonate de chaux.
On peut, en traitant un urate par l’acide chlorhydrique, et sous le microscope, reconnaître de quelle nature est la base. L’acide chlorhydrique, en même temps qu’il met l’acide urique en liberté, forme avec l’urate de soude des cristaux de chlorure de sodium, avec l’urate d’ammoniaque des cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque faciles a reconnaître.
Sédiments phosphatiques. — Lorsque le sédiment est
DES URINES PATHOLOGIQUES. 25
de nature phosphatique, on constate tout d’abord que les conditions au milieu desquelles il se montre sont tout autres. L’urine est ici pâle, décolorée, le plus souvent alcaline, d’ordinaire très-abondante. Un des caractères chimiques essentiels de ces sédiments , c’est que, traités par l’acide nitrique, ils se dissolvent immédiatement, l’urine perdant, sous l’influence de cet acide, l’alcalinité qui avait déterminé le dépôt des phosphates ; ils se dissolvent même par l’acide acétique, ce qui distingue des cristaux d’oxalate de chaux les phosphates ammoniacomagnésiens, dont la forme cristalline s’en rapproche beaucoup.
Parfois c’est l’acide carbonique qui les tient en dissolution ; aussi les voit-on se précipiter, à la chaleur, sous forme d’un sédiment blanchâtre qui revêt jusqu’à un certain point le caractère des précipités albumineux. Ils sont insolubles dans l’eau chaude.
Les phosphates qui constituent les sédiments se déposent tantôt à l’état amorphe, tantôt à l’état cristallin. Ceux qu’on rencontre le plus souvent sont les phosphates terreux, tels que le phosphate ammoniaco-magnésien, qui n’existe pas dans l’urine normale et qui ne se rencontre qu’avec une urine alcaline ; le triple phosphate de chaux (3CaO, PhOQ ; le biphosphate de chaux (2CaO, HO, PhO3 3HO). Quelques-uns ont des formes cristallines caractéristiques ; tel est le phosphate ammoniaco-magnésien (AzLPO, 2MgO, Ph03-fd2H0), dont la forme cristalline la plus habituelle, tenant du prisme vertical et rhomboidal, revêt un aspect très- caractéristique, qu’on a comparé au couvercle d’un cercueil.
Le phosphate de chaux, le plus souvent à l’état amorphe, se présente parfois sous forme d’aiguilles, de rosaces ou d’éventails. C’est un des sels urinaires qui affectent les aspects cristallins les plus variés.
La propriété qu’ils ont de rester insensibles à la cha-
MALADIES DES RETINS
leur suffit pour les distinguer des nuages qui se dissolvent sous son influence.
Cette division des sédiments que nous avons admise n’est point, comme on le voit, une division faite à plaisir: elle repose sur des bases physiques, chimiques et physiologiques, ainsi que nous pensons l’avoir démontré; elle est très-importante et se retrouvera avec tous les caractères que nous venons de lui assigner, à propos des calculs. C’est celle division que Civiale avait cherché à introduire dans la science ; malheureusement, il ne l’avait point appuyée sur des preuves suffisantes, et les caractères qu’il donne de chacun de ces groupes, en rapport du reste avec l’état de la science, n’étaient pas de nature à entraîner, sans réserve, une entière conviction.
C’est dans les urines alcalines, et concurremment avec les phosphates terreux, que se montrent parfois les carbonates de chaux. Ils s’y rencontrent à l’état amorphe, plus rarement sous forme de petits corps sphéroïdaux.
Ces deux groupes de sédiments qui, ainsi qu’on a pu s’en convaincre, ont des origines et des caractères distincts, qui le plus souvent existent isolément, sont dans certains cas confondus. On trouve, en effet, des urines qui parfois présentent dos sédiments composés d’urates, d’acide urique et de phosphates. Mais dans ces cas Y urine a perdu ses caractères physiologiques, et l’on trouve, dans ces sédiments composés, la preuve des altérations qu’a subies ce liquide. L’urine, avons-nous dit, abandonnée à elle-même, subit d’abord la fermentation acide; sous l’influence des acides de nouvelle formation (lactique, butyrique, carbonique), l’acide urique change de combinaisons, se dépose sous l’une des formes cristallines qu’on lui connaît ; les urates non décomposés, dont la solubilité diminue avec les altérations de l’urine , se précipitent eux-mêmes et viennent prendre part cà la formation du sédiment. De là l’explication toute naturelle
DES URINES PATHOLOGIQUES
de lu présence de l’acide urique et des urates dans les urines qui ont subi la fermentation acide. Cette fermentation acide continuant peut même, dans certains cas, altérer la constitution chimique de l’acide urique, faire subir un degré d’oxydation plus avancé aux éléments qui le constituent ; de là, parfois, le mélange do l’acide oxali-, que ou de l'oxalatc de chaux à l'acide urique et aux urates qui constituent le sédiment.
Lorsque les éléments de l’urine qui servent à cette fermentation ont été épuisés, on voit bientôt survenir des modifications d’un autre ordre. La fermentation acide fait place à la fermentation alcaline. Que cette fermentation ait pour point de départ le mucus contenu dans l’urine, qu’elle tienne à la présence de spores, peu importe. L’ammoniaque qu’elle engendre aux dépens de l’urée communique à l’urine un état d’alcalinité qui s’oppose à Ja solubilité des phosphates qu’elle contient. De là la précipitation des phosphates, et par suite la formation d’un sédiment dont la nature est tout à fait différente de celle du précédent. On comprend que, par le fait seul de cette succession des fermentations acide et alcaline, on puisse trouver la réunion dans un même sédiment des sels dont le mode de production est tout à fait différent; seulement, il ne faut pas oublier que ces sédiments mixtes ne se rencontrent, en somme, que lorsque l’urine a subideprofondes altérations. Aussi, lorsqu’on est à même de constater des sédiments de cette nature dans des urines rendues depuis peu de temps, alors que la fermentation n’a pas pu encore se produire au dehors, on peut affirmer que cette fermentation s’est développée dans l’une quelconque des parties que traverse l’urine, dans le bassinet ou dans la vessie. On peut être assuré que, dans ces cas, il y a stase partielle du liquide urinaire. C’est, du reste, par lo développement de ces fermentations acide et alcaline qu’on peut seulement expliquer la formation de ces calculs, qui
sont si curieux à étudier, et qui présentent, alternant entre elles, des couches d’urates/de phosphates et parfois d’oxalates.
Les autres substances salines de l’urine ne se rencontrent que bien rarement dans les sédiments, ou du moins, si on les y rencontre, elles ne s’y trouvent que d’une façon accidentelle ; en tout cas, ce n’est que tout à fait exceptionnellement qu’elles arrivent à former, par elles-mêmes, le sédiment tout entier. Les substances auxquelles nous faisons allusion sont l'acide chlorhydrique et l’acide oxalique.
Le chlorure de sodium, qui, au dire de Neubauer, n’existe jamais comme élément unique d’un sédiment, se reconnaît facilement à la forme octaédrique de ses cristaux, qui rappelle, il est vrai, celle des cristaux d’oxalate ; mais ils en diffèrent toutefois par leur solubilité excessive dans l’eau. Il faut en outre se rappeler que ces cristaux sont plus petits que ceux d’oxalale, et que pour trancher la question, on peut, lorsqu’il §’agit de chlorures, modifier la cristallisation en faisant évaporer le liquide en litige sur une lamelle de microscope. Il se produit alors des cristaux de forme cubique, les chlorures ne cristallisant en octaèdres que dans des solutions d’urée.
L’acide oxalique est toujours dans l’urine combiné à la chaux, et à l’état d’oxalate insoluble ; il se dépose alors rapidement. Lehman croit toutefois qu'il peut y être tenu en dissolution par le phosphate acide. Il coexiste souvent avec les urates. Les cristaux d’oxalate de chaux apparaissent le plus souvent dans les sédiments sous forme d’octaèdres, parfois sous forme d’octaèdres à angles aigus et dont l’aspect rappelle la configuration d'une enveloppe de lettre. Cette forme cristalline n’est pas toutefois la seule qu’affecte l’oxalate de chaux ; on le rencontre aussi à l’état de prisme, mais surtout sous forme de sablier, et Beneke a remarqué que dans ces cas on avait tout lieu
DES URINES PATHOLOGIQUES. 29
de redouter la formation de calculs rénaux ou vésicaux. Il peut enfin se trouver à l’état amorphe.
Les cristaux d’oxalate de chaux ont pour caractère d’ètre dissouts par les acides minéraux, et surtout d’étre insolubles dans l’eau et l’acide acétique, caractère important et à utiliser pour reconnaître ces cristaux des cristaux de chlorure, dont la forme cristalline, ainsi qu’on l’a vu, est souvent à peu près la même.
C’est également en se basant sur l’insolubilité del’oxalate par l’acide acétique, qu’on peut le reconnaître de certains phosphates ammoniaco-magnésiens affectant presque la même forme cristalline, et qui se dissolvent, eux, par un excès d’acide faible, même d’acide acétique. Trèspeu soluble dans la solution d'acide phosphorique qui constitue l’urine, il se dépose par le refroidissement. On peut en hâter encore le précipité en saturant l’acide phosphorique et en provoquant l’alcalinité.
Hodifications quantitatives des substances contenues dans l’urine à l’état physiologique.
L'examen des sédiments, qui permet de reconnaître quelle est celle des substances normales qui se présente en excès dans l’urine, n’est pas toujours suffisant. Dans certains cas, il faut de toute nécessité savoir dans quelle proportion se trouve cette substance; nous n’en voulons pour preuve que ce qui a trait à la néphrite parenchymateuse. Dans le cours de cette maladie, parfois dès le début, le plus souvent à la fin, on voit baisser et les sels et l’urée. Cette modification est l’indice précurseur de changements graves dans la symptomatologie de la maladie; c’est cette modification qui prélude à l’apparition de ce groupe de phénomènes qu’on a décrit sous le nom d’urémie, et qui bientôt se montrera avec toute son in-
ao
tensité et toutes ses variétés de forme. Il est, on le comprend, du dernier intérêt pour le médecin, s’il est dans l’impossibilité de s’opposer à cette complication, qu’il puisse au moins en prévoir l’apparition. Eh bien, c’est le dosage de l’urée qui seul lui permettra de porter un diagnostic et un pronostic assurés. Ce que nous disons de l’urémie, nous le dirons de bien d’autres maladies, des accès de goutte, entre autres, dont on pourra avec certitude annoncer le . retour prochain, lorsqu’on constatera par le dosage un notable abaissement dans le chiffre normal de l’acide urique. C’est encore en dosant les principales substances constitutives de l’urine normale, qu’on peut être conduit à redouter certains états morbides dont l’apparition est imminente. Ainsi, lorsqu’on constate chez un individu une augmentation persistante dans les proportions de l'acide urique, on est en droit de soupçonner l’existence d’une diathèse urique, et l’on peut craindre la formation prochaine de calculs rénaux ou vésicaux. Sont- ce les phosphates au contraire qui se montrent en excès dans une urine alcaline, le danger sera le même, et la formation de calculs d’autant plus à redouter que la diathèse phosphatique sera plus nettement prononcée. Or, pour juger de l’intensité de celte diathèse, il n’y a qu’un moyen, l’examen de l’urine, dont le dosage permet de reconnaître ici l’énorme proportion des phosphates, comme tout à l’heure elle permettait de préciser la différence pathologique de l’acide urique.
Comme on le voit, le dosage des substances normales n’a pas un simple intérêt de curiosité ; il permet au médecin de soupçonner l’apparition prochaine d’états morbides variés, et par suite dans certains cas le met à même de s’y opposer, en combattant par une sage médication les diathèses, causes de ces états morbides. Il peut même conduire le médecin à diagnostiquer une maladie qui, sans lui, échapperait à son attention. Il est certaines
DES URINES PATHOLOGIQUES
intoxications paludéennes qui ne se traduisent, au début, que par une formation excessive d’acide urique. Cette formation excessive constitue parfois, et longtemps, la seule manifestation qui puisse faire place ultérieurement à des accès de nature pernicieuse. Il suffira alors de doser l’acide urique de ces urines, pour arriver au diagnostic de l’affection et prévenir des complications funestes de perniciosité. N’est-ce point encore en connaissant les oscillations que présente le chiffre de l’urée qu’on peut suivre la marche des maladies aiguës fébriles, qu’on peut affirmer la cessation de la maladie, sa convalescence; n'est-ce point en constatant les proportions d’urée souvent énormes que rend le malade, que l’on peut, en raison de l’intensité du processus destructif, prédire, comme dans certaines formes de diabète, une terminaison rapidement fatale?
Déjà de nombreuses études ont été faites sur ce sujet. Ainsi Brather etWarneke ont remarqué que l’augmentation de l’urée est en rapport avec l’élévation de température, avec l’acidité et la coloration intense de l’urine. C'est avec ce caractère que se présente cette augmentation dans les fièvres continues, dans le rhumatisme aigu, dans la pneumonie. Lorsque l’urée en excès atteint 60 grammes par 1 ,000 grammes d’urine, elle forme des cristaux de nitrate d’urée par l’addition d’acide nitrique, sans avoir été au préalable condensée par l’évaporation. Yogel l’a vue dans certaines fièvres atteindre le chiffre de 74 grammes en vingt-quatre heures ; Parités, 52 grammes. Murchison s’est demandé si l’urée n’affectait pas, avec la fièvre typhoïde, des rapports déterminés et variant aux différentes périodes de cette fièvre. Pour lui, c’est surtout dans le courant de la première semaine qu’on la trouve en plus grande quantité, bien qu’elle reste en excès pendant toute sa durée.
Lorsque l’urée baisse, l’urine est plutôt pâle, décolo-
rée, peu acide. Ainsi que nous le signalions plus haut, cette diminution d’urée peut tenir à une altération du filtre rénal; mais il peut arriver qu’elle se produise par suite d’une formation imparfaite dans l’économie, comme cela serait le cas, suivant Chalvet, dans certaines lièvres de mauvaise nature. Parfois cette diminution est en rapport avec des lésions organiques nettement définies, comme dans l’ictère grave dû à l’atrophie aiguë du foie. Dans ce cas, l’urée serait remplacée dans l’urine par d’autres substances d’origine azotée, la leucine, la tyrosine (Frerichs).
L’acide urique, comme l’urée, a été également l’objet de recherches cliniques déjà nombreuses. Samson l'a dosé dans diverses maladies, et en présente un tableau qui n’esl pas sans intérêt. 11 a trouvé que 1,000 grammes d’urine renfermaient
0,83 d’acide urique dans la goutte aiguë.
dans le rhum. aigu.
dans les maladies de cœur.
dans l’érysipèle.
dans la diathèse phosphatique.
dans la goutte chronique .
De ce tableau, encore bien incomplet, on peut toutefois tirer des conclusions en rapport avec les idées que nous émettions plus haut. On voit en effet que c’est lorsqu’il existe une diathèse urique, comme dans la goutte, que cet acide est en excès, qu’on le trouve en petite quantité au contraire lors de diathèse phosphatique. On voit également que les maladies de cœur ont aussi la propriété de charger l’urine d’acide urique , et cela par le fait seul qu’en diminuant la pression artérielle elles font baisser la quantité d’eau ; de là l’augmentation relative de l’acide urique, son insolubilité et l’aspect boueux que présente parfois, dans ces cas, la sécrétion rénale.
DES URINES PATHOLOGIQUES
C’est surtout à la période de résolution, lors de la convalescence, qu’on voit les maladies fébriles donner lieu à une production exagérée d’acide urique. Il est l’indice d’un amendement dans la maladie. Il démontre que les combustions, qui jusque-là donnaient lieu à l’urée, baissent d’intensité, car on ne doit pas oublier que l’acide urique représente une oxydation des matières azotées moins avancée que l’urée. C’est à cette variété d’urine, caractérisée surtout par la présence de l’acide urique, que les auteurs anciens, par le fait seul de l’observation clinique, étaient arrivés à donner le nom très-mérité d’urine critique ou cuite. Cette variété d’urine coïncide avec l’abaissement de la température et le retour des sueurs.
Dans les cachexies, la quantité d’acide urique contenue dans l’urine atteint son minimum ; il est en moyenne de 0,07 pour 1000, au lieu de 0,25 à 0,50 qui représente le chiffre normal.
Les données diagnostiques et pronostiques fournies par le dosage ne se bornent pas seulement à celles que fournit la détermination de l’urée et de l’acide urique. Tout le monde sait que, depuis les travaux de Redtenbacher, l’on peut pour ainsi dire suivre pas à pas la marche d’une pneumonie, à l’aide des variations que présentent les chlorures. Diminuant dansl’urine au début decette inflammation, disparaissant complètement à l’hépatisation, ces sels ne reprennent leur moyenne physiologique que lorsque baisse la maladie ; parfois cette moyenne subit de nouveau des oscillations qui sont en rapport avec celles que présenté la pneumonie. Ces chlorures ne seraient pas seulement influencés par la pneumonie : on les verrait encore baisser, ainsi que l’ont constaté Budd et Beale, dans la bronchite, dans le rhumatisme aigu, dans la pleurésie et dans certaines maladies de peau. Dans la pleurésie, les chlorures seraient sécrétés sur place et mélés aux
fausses membranes, et ici encore ils offriraient des oscillations en rapport avec la maladie et par conséquent utiles à connaître au point de vue du diagnostic et du pronostic.
Les dosages des autres substances, des acides sulfurique et phosphorique n’ont encore été faits que sur une très-petite échelle ; les résultats qu’ils ont fournis sont encore très-restreints. Toutefois, même en ne tenant compte que des faits acquis, et sans rien préjuger de l’avenir, on peut être certain qu’une connaissance plus approfondie des oscillations que présentent ces acides sera, dans l’étude de certaines maladies, d’une utilité capitale. Déjà l’on peut saisir les rapports qui existent entre l’augmentation çles phosphates et l'apparition de maladie cérébrale nettement spécifiée. Il semblerait même qu’on peut, en se basant sur les variations qu’ils présentent, soupçonner l’apparition prochaine d’une encéphalite que rien ne traduit encore au dehors. C’est du moins ce qu’on peut inférer des travaux de Bence Jones, qui a constaté l’augmentation des phosphates de l’urine lors d’inflammation du système nerveux avec paroxysmes, ou lors d’encéphalite, suite de fracture. C’est à la même conclusion que conduisent les travaux deBeale, qui, chez des aliénés, vit les phosphates, en excès à la période d’excitation, baisser lorsque survenait la dépression. Ces assertions, basées sur des observations encore peu considérables, réclament de nouvelles recherches, et, n’aurait-on que le désir de les contrôler à ce point de vue seul, il serait utile de faire le dosage de ces sels. Ce travail a déjà été repris à propos des plaies de tête, et les résultats pblenus sont venus en partie contirmer les faits antérieurs. Joly a dirigé dans ce sens des études expérimentales, et il serait arrivé, en excitant chez des animaux la substance cérébrale, à faire monter le chiffre des phosphates de l’urine.
Comme on le voit, le dosage des substances contenues dans l’urine n’est pas seulement intéressant ; les
DES URINES PATHOLOGIQUES
résultats qu’il est à même de fournir peuvent être dans certains cas de première utilité. Nous sommes même convaincu qu’en le faisant fréquemment, on arrivera à des résultats qui pour n’étre pas soupçonnés n’en seront pas moins fort utiles. Nous pensons qu’il y a là une mine riche à exploiter et qui actuellement est à peu près encore inexplorée. L’urine a de tout temps été regardée comme la traduction extérieure la plus exacte des phénomènes de combustion qui se passent dans l’économie. Pour bien comprendre ces phénomènes qui nous échappent et qui constituent l’essence des maladies, il n’v a qu’un moyen : c’est de chercher à connaître à fond les produits de cette combustion. Ces produits connus pourront permettre ensuite de reconstituer de toute pièce les phénomènes initiaux dont ils découlent, et de comprendre ainsi les maladies.
Dosages. - — Le dosage peut se faire de manières différentes. On peut extraire de l'urine la substance dont on veut connaître la quantité; mais ce procédé réclame beaucoup de temps , un laboratoire parfaitement organisé , des études chimiques très-étendues, aussi n’est-il guère à la portée d’un simple clinicien. Il en est d’autres beaucoup plus simples, beaucoup plus expéditifs et plus pratiques ; par ces procédés le dosage se fait à l’aide de liqueurs titrées, ou de certains réactifs chimiques, qui varient pour chacune des substances à déterminer. Ces procédés ne présentent point, il est vrai, toute l’exactitude du premier, mais les résultats qu’ils fournissent sont bien suffisants, et ils ont l’avantage d’étre accessibles à tout le monde.
Les liqueurs titrées varient avec chacune des substances qu’on se propose de rechercher; il en est même qu’on peut doser à l’aide de liquides de nature différente. Nous n’entrerons pasàcet égard dans des détails inutiles ; nous nous contenterons de parler des procédés qui sont les
MALADIES DES REIXS.
])lus faciles à employer, les moins susceptibles de donner lieu à l'erreur , de ceux enfin que nous avons eu bien souvent l’occasion d’employer nous-meme pour le dosage des urines chez l’homme et chez les animaux. Les substances que contient l’urine ne sont pas également toutes utiles à doser. Ainsi, le dosage des bases n’a qu’un intérêt secondaire, et pour ne pas donner à cette partie de notr.e travail une extension trop considérable , nous le laisserons complètement de côté, ne nous occupant que des substances dont le dosage présente, au point de vue de la pathologie en général, et surtout au point de vue de la pathologie rénale, une véritable importance. Ces substances qu’il importe de doser sont, ainsi qu’on a pu le voir, l’urée, l’acide urique, les chlorures, les sulfates et les phosphates. C’est du dosage de ces substances que nous nous occuperons.
Dosage de l’urée. — Procédé Liehig. — Pour doser l’urée on peut avoir recours à de nombreux procédés ; le plus ancien, celui dont nous parlerons tout d’abord, est celui de Liebig. Il consiste dans l’emploi successif d’une solution de baryte, qui a pour but de débarrasser d’abord l’urine des sulfates et des phosphates qu’elle peut contenir; d’une solution de protonitrate de mercure, qui, en précipitant l’urée, décèle la quantité qu’en renferme l’urine ; d’une solution de carbonate de soude, destinée à indiquer d’une façon précise le moment terminal de la réaction. On peut alors, connaissant d’une part la quantité d’urine employée, et d’autre part celle de la solution de nitrate de mercure, en déduire la proportion d’urée. La solution de nitrate de mercure est préparée de telle sorte qu’un centimètre cube de cette solution correspond à un centigramme d’urée.
Voici, du reste, quel est le mécanisme de ce procédé : on prend 0,40' de l’urine à expérimenter ; on y ajoute
DES URINES PATHOLOGIQUES
0,'20cc de la solution de baryte. (Cette solution, pour Robert, devrait etre composée d’une solution saturée à froid de nitrate de baryte, mélangée à deux parties d’eau de baryte également saturée.) On filtre ce liquide et l’on prend de ce liquide filtré 15ce qui ne correspondent en somme qu’à 10cc d’urine, puisqu’ils résultent d’un mélange formé d’un tiers de solution de baryte et de deux tiers d’urine. On place ces 15cc de liquide dans un petit matras. On laisse alors tomber goutte à goutte dans ce matras, d’une burette graduée, la solution de nitrate de mercure. Ces premières gouttes ne déterminent d’abord aucun précipité, elles forment avec les chlorures de l’urine un composé soluble. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps et alors que tous les chlorures sont entrés dans cette combinaison nouvelle que commence à se former le précipité qui est dû à la présence de l’urée que contient le liquide examiné. On note avec soin la quantité que réclame la saturation des chlorures, de manière à pouvoir la déduire de celle que nécessite la précipitation de l’urée. Pour connaître le moment précis de cette précipitation, on utilise la propriété qu’a le carbonate de soude de former avec un sel de mercure un précipité jaune ; de temps à autre on prend à l’aide d’une baguette en verre une goutte du liquide en expérimentation, on le porte sur une soucoupe blanche, et là on le met en contact avec une goutte de la solution de carbonate de soude , contenant 1 gramme environ de carbonate par 30 grammes d’eau. S’il reste encore de l’urée en liberté dans le liquide , la coloration qui résulte de ce contact est bleuâtre ; une coloration jaunâtre atteste qu’il n’y en a plus trace et qu'il existe au contraire du nitrate de mercure en excès. 11 y en a d’autant plus que la coloration jaunâtre est plus prononcée; lorsqu’elle est très-prononcée il est nécessaire de recommencer l’opération, la quantité de la solution mercurielle employée n’indiquant pas exactement le ohif-
fre de l’urée, puisqu’une partie de cette solution versée dans l’urine n’a pas été utilisée. C est pour se mettre à l’abri d’un pareil insuccès qu’il est bon de ne laisser tomber la liqueur filtrée que goutte cà goutte , et de répéter fréquemment l’examen, à l’aide du carbonate de soude.
Connaissant ainsi la quantité d’urée que renferment les 10cc d’urine employée, il suffira, pour évaluer la somme d’urée sécrétée dans les 24 heures, de savoir au juste combien d’urine a rendu le malade.
Il est d’autres procédés qui ont été préconisés par Davy, Milon , Leconte, Grehant, Yvon et Esbach. Ne voulant pas et ne pouvant pas les indiquer tous, nous nous contenterons de signaler ceux de Milon et d’Esbach, qui nous semblent de tous les plus pratiques.
Procédé Milon. — Le dosage de l’urée par le procédé Milon repose sur l’action qu’exerce sur la constitution de l’urée le nitrate acide de mercure, dit réactif de Milon. Ce nitrate de mercure, mis à froid en contact avec une solution d’urée, détruit cette substance. Il ne reste de cette destruction que de l’acide carbonique et de l’azote. C’est de la quantité d’azote ainsi produite qu’on déduit le chiffre de l’urée que contient le liquide employé. Ce procédé a été légèrement modifié par M. Bouchard, qui ajoute au mélange d’urine et de nitrate de mercure du chloroforme, destiné à séparer momentanément l’urine du réactif et cà absorber les gaz hypoazotiques qui se forment pendant la réaction. Voici comment on procède : on se sert d’un tube gradué de grandeur déterminée, contenant par exemple 100 centimètres cubes. On commence par mettre dans ce tube 10cc de nitrate de mercure environ ; puis on y ajoute environ 80oc de chloroforme, qui, moins pesant que le nitrate de mercure, reste au-dessus de ce réactif. C’est alors qu’on verse dans ce tube une quantité donnée du liquide à expérimenter, qu’on suppose contenir de l’urée, par exemple 2C0 d’urine.
DES URINES PATHOLOGIQUES
Ce liquide, d’une densité plus légère, surnage au-dessus du chloroforme. On Unit par remplir ce tube avec de l’eau distillée. On a donc ainsi, en allant de bas en haut, des couches successives et de hauteurs différentes , représentées par le nitrate acide de mercure, le chloroforme , l'urine et l’eau.
Le tube étant ainsi rempli, on le retourne en appuyant le pouce sur son ouverture; par le fait seul de la différence de densité de ces divers liquides, il s’opère entre eux un mélange intime qui les met en contact les uns avec les autres. C’est alors que commence la réaction. On voit bientôt se former vers l’extrémité fermée du tube une accumulation de gaz qui chasse les liquides vers l’orifice ouvert qu’on maintient sous l’eau. On agite le mélange, de manière à ce que la réaction soit plus complète, et tout en maintenant le pouce sur l’ouverture du tube, on en laisse peu à peu sortir le chloroforme, qui s’est chargé de tout l'acide nitreux formé pendant la réaction, et qui tombe au fond de l’eau de la cuvette. On peut le recueillir et l’utiliser pour d’autres expériences. Il ne reste plus dans le tube qu’une partie du chloroforme, et le mélange chimique résultant de la combinaison de l’eau, du nitrate de mercure et de l’urine, dont l’urée a été décomposée, et, vers les parties supérieures des gaz, qui ne sont autres que l’azote et l’acide carbonique, résultant tous deux de la décomposition de l’urée. Il s’agit alors d’absorber l’acide carbonique pour ne plus avoir que de l’azote. Pour ce faire, on ferme, sous l’eau, ce tube, à l’aide d’un bouchon chargé d’un crayon de potasse. Le tube ainsi fermé, on l’agite, de manière à mettre le mélange gazeux en contact avec la potasse ; de ce contact il se forme du carbonate de potasse qui se dissout dans le liquide et qui lui donne une teinte jaunâtre, en précipitant le mercuré à mesure qu il se forme. Bientôt il ne reste plus que de l’azote. Il faut parfois renouveler le crayon de
potasse , car non-seulement la potasse absorbe l’acide carbonique formé par la destruction de l’urée, mais elle neutralise encore l’acidité du liquide, résultant du sel de mercure. Le changement de crayon doit toujours se faire sous l’eau, de manière à éviter l’introduction dans le tube de gaz venant du dehors.
Lorsque l’opération est terminée, il faut, avant d’examiner la quantité de gaz renfermés dans le tube, refroidir le tout, en maintenant sous l’eau le tube, qui s’est échauffé par le fait des réactions diverses qui ont eu lieu. Si l’on ne prenait pas cette précaution, on courrait risque de s’égarer, le gaz obtenu, dilaté par la chaleur, ne donnant pas un chiffre exact en rapport avec la température ambiante. Ces précautions prises, il n’y a plus qu’à lire sur le tube gradué la quantité de centimètres cubes d’azote obtenue. On sait qu’à tant de centimètres cubes d’azote correspondent tant de centigrammes d’urée. Il sera facile d’en déduire la quantité d’urée contenue dans le liquide examiné. Pour simplifier la question et éviter ces calculs, M. Bouchard a fait graduer un tube spécial ; chacune des divisions de ce tube correspond à un gramme d’urée. Il suffit, avec ce tube, de savoir combien l’azote obtenu remplit de divisions pour connaître la quantité d’urée que contient le liquide. Il ne s’agit plus, alors, pour obtenir le chiffre exact, que de tenir compte et de la pression atmosphérique et de la température ambiante.
Avant d’expérimenter l’urine dont on veut connaître la proportion d’urée, il ne faut pas oublier qu’il est avant tout quelques précautions nécessaires à prendre : il faut, à l’aide de la chaleur, la débarrasser de l’albumine qu’elle peut contenir, attendu que l’albumine, substance azotée, fournirait, dans la réaction, de l’azote qu’on rapporterait à tort à la présence de l’urée. *
Procédé Eshach. — Le dosage de l’urée par le procédé d Esbach est basé sur la décomposition de l’urée
DES l’UINES PATHOLOGIQUES.
par J’hypobromite de soude. L’acide carbonique produit est absorbe par la soude, et l’azote est mis en liberté ; son dosage donnera la quantité correspondante d'urée décomposée. Lorsque l’urine contient de l’albumine, il faut comme pour le procédé précédent l’en séparer, en l’acidifiant goutte à goutte par l’acide acétique, si déjà rumine n’est pas acide, et en précipitant par l'ébullition. On 'filtre sur papier et on procède à la recherche uréomé- I trique.
Voici la composition des liquides nécessaires à ce dosage :
1 0 Réactif bromé. Eau de rivière filtrée. 130cc
Lessive de soude. . . . 50cc Brome en dernier. ... 2CC ou 6 gr.
2° Solution d’urée. — Eau filtrée ou
i distillée '. 50cc
Urée 0,5.
Voici, suivant l’auteur, quel est de ce procédé le manuel opératoire. On prend un tube long de 38e, gradué en dixièmes de centimètres cubes, et d’une capacité totale de28cc. — A la 140e division le trait est prolongé pour servir de repère. On tient ce tube ou uréomètre un peu incliné, on y introduit 6CC de la solution bromée ; puis on verse doucement de l’eau pure jusqu’au repère 140, on note le chiffre, en tenant compte des fractions de divisions, p tr exemple 141,3 ; on ajoute lcc d’urine; on écrit alors 151,3. On ferme avec le pouce, on agite fortement le tube, en le tenant à peu près horizontalement pendant une demi-minute. Avant d’agiter on le renverse plusieurs fois, suivant la verticale, de manière à ce que la coloration jaune soit uniforme. On redresse enfin le tube, en enfonçant l’extrémité inférieure dans l’eau, et on déplace le pouce, immédiatement le niveau du liquide baisse. On ramène
alors le tube de manière à faire coïncider les niveaux de liquides, en dedans et en dehors. On bouche de nouveau le tube avec le pouce, et on redresse. Il ne reste plus qu’à lire à quelle division correspond maintenant le niveau du liquide. Si on lit, par exemple, 112,5, en retranchant 112,5 de 151,3 on aura 38,8 qui représentera la quantité d’azote libre fourni par lcc d’urine.
On analyse pareillement lco de la solution d’urée qui fournira, par exemple, pour aujourd’hui 36,2 ; on fait alors ce raisonnement : Si 1 centilitre d’urée donne 36,2 divisées, lcc d’urine analysée donnera ~ soit 1 centilitre 07, ou 10g,70 par litre.
On pourrait agir autrement, en faisant une fois pour toutes l’analyse de la solution normale d’urée, ramener ce résultat à 0° et 760mm, de sorte qu’il n’y aurait plus qu’à corriger de même le résultat fourni par l’analyse de l’urée et à comparer ces résultats entre eux.
Ce procédé n’est pas, il est vrai, à l’abri de tout reproche, et de l’aveu de son auteur, il a l’inconvénient de donner non-seulement l’azote de l’urée, mais encore celui des matières extractives. Aussi, pour corriger cette cause d’erreur, est- il nécessaire de diminuer de 1/20 le chiffre obtenu. Ce chiffre pourra alors être considéré comme représentant le chiffre de l’azote entrant dans la constitution. Le dosage par le procédé de Milon ne présenterait pas le même inconvénient, mais il est plus compliqué, aussi lui préférons-nous le procédé d’Esbach , en faisant subir toutefois aux résultats qu’il donne la correction dont nous parlons.
Tables de Iiaughton. — Il est enfin une manière bien plus expéditive de se rendre compte de la quantité d’urée contenue dans un liquide ; il suffit d’avoir recours aux tables de Iiaughton. Seulement les résultats qu’on obtient à 1 aide de ces tables ne sont, nous le craignons, qu’approximatils. Pour utiliser ces tables, dont nous donnons un
DES URINES PATHOLOGIQUES
spécimen restreint, il suffit de connaître lit quantité d’urine rendue dans les vingt-quatre heures, et sa pesanteur spécifique. La quantité d urée contenue dans une urine est indiquée en grammes, par un chiffre qui se trouve au point d’intersection des lignes correspondant, d’une part, au chiffre de la pesanteur, et d’autre part, au chiffre indiquant la quantité d’urine rendue.