CHAPITRE V
NÉPHRITES DES URINAIRES
La majorité des néphrites des urinaires est constituée p^ir les pyélonépliriles infectieuses suppurées étudiées précédemment. Nous devons ici rappeler seulement que d'autres formes de néphrite s'observent chez les urinaires. Ce sont la néphrite non infectieuse, et la néphrite infectieuse scléreuse non suppurée d'origine ascendante.
1° Néphrite non infectieuse. — Les lésions inflammatoires du rein qui ne sont pas sous la dépendance d'un microbe, résultent d'un obstacle au libre écoulement de l'urine ; l'oblitération d'un uretère par un calcul, par un bourgeon cancéreux, représente le type de ces sortes de lésions. On les rencontre à un degré moindre chez les prostatiques et les rétrécis dont les organes urinaires sont exempts d'infection, ce qui est rare.
Dans une première phase, la masse du parenchyme offre une augmentation de volume due surtout à de l'œdème (Cornil et Brault). Plus tard au contraire le rein diminue de volume et les éléments en paraissent tassés, rapprochés ; le processus aboutit à l'atrophie et à la disparition, des glomérules et à la condensation du tissu cellulaire interstitiel.
2" Sclérose simple d'origine microbienne. — La présence de microorganismes ne détermine pas fatalement des lésions suppuratives (Albarran) ; elle conduit souvent à la production de lésions scléreuses. Cette première forme, assez rarement trouvée à l'autopsie, paraît constante dans le processus des lésions infectieuses.
La surface du rein, un peu bosselée, est parfois creusée de sillons superficiels, et de dépressions ; on y aperçoit de petits kystes d'un contenu puriforme, ou plus souvent encore de petites masses graisseuses. A la coupe le tissu est ferme et résistant; l'atrophie porte surtout sur la subs-
g;.4 MALADIES DES REINS
lance corlicale ; les pyramides, de forme eL d'apparence normales, sont séparées par des amas adipeux suivant le trajet des vaisseaux. Les bassinets sont dilatés par de Furine où Ton rencontre de nombreuses bactéries.
Au microscope on trouve les tubes de la substance médullaire atrophiés et séparés par des bandes de tissu fibreux. Dans la substance corticale les tubes, tout d'abord dilatés, se laissent entourer par du tissu conjonctif et finissent par disparaître. Le glomérule est envahi lui-même par la sclérose ; sa capsule s'épaissit d'abord, puis les ramuscules vasculaires deviennent fibreux, de telle sorte qu'il se confond bientôt avec le tissu qui l'entoure. On trouve ces lésions inégalement réparties, et, dans certaines régions d'un rein sclérosé, existent des zones de tissu qui présentent une véritable hypertrophie compensatrice (Albarran).
Cette forme est quelquefois isolée ; le plus souvent la sclérose est associée à des lésions suppuratives ; quoi qu'il en soit, on peut en admettre l'existence, et les scléroses dues à la présence de microbes ne sont pas rares dans d'autres organes. Dans le rein, elles rendent compte du développement de ces lésions qui manquent dans les néphrites aseptiques : on comprend comment l'irritation provoquée soit par ces microbes eux-mêmes, soit par leurs toxines, produit une inflammation : celle-ci, selon la virulence du microbe, aboutira à une sclérose simple ou à une néphrite suppurée.
Symptômes. — Parmi les signes locaux, le plus important, et celui qui souvent reste longtemps unique, est la polyurie dont l'évolution varie suivant les conditions étiologiques, chez un rétréci, par exemple, ou chez un prostatique. Nous rappellerons seulement ici que dans ce cas, même en présence de lésions définitives du parenchyme rénal, cette polyurie a besoni d'un excitant spécial, qui est la stagnation dans le bas-fond vésical d'une certaine quantité de liquide urinaire : il faut qu'il y ait rétention incomplète. Celle-ci peut être considérable et atteindre plusieurs litres, mais elle reste dans ces cas toujours limpide et aucun dépôt ne se forme au fond du vase.
L'examen chimique de telles urines ne donne en général que des indications négatives ; l'albumine, ordinairement absente, ne s'y trouve jamais dans une proportion élevée ; les urines sont faiblement minéralisées, à cause de leur extrême dilution.
- Ajoutons cependant que, dans la forme microbienne de cette néphrite
NÉPHRITES DES UUINAIUES Sriii
non suppurée, trois symplômes pcrmeLlraient, d'après Albarran, de faire un diagnostic hàtif, car ils existeraient en l'absence de la polyurie, ou avant elle. Ce sont : une légère albuminurie, une diminution du chiffre de Furée, la présence de cylindres rénaux dans les urines. L'albumine n'y est jamais en quantité considérable et dépasse rarement le chiffre de 'P'joO par litre ; quand on en rencontre davantage, c'est qu'il y a coexistence d'une néphrite d'ordre médical. L'urée tombe en moyenne au chiffre de 12^'',5 en vingt-quatre heures. Enfin, des cylindres granulo-graisseux se montrent dans la plupart des préparations, mais toujours en petite quantité.
L'examen local du rein est négatif ; on ne constate ni augmentation de volume,, ni douleur spontanée ou provoquée. Les phénomèmes généraux sont nuls ou peu marqués : les troubles digestifs en particulier, qui deviennent caractérisques lorsque le rein suppure, ne consistent guère qu'en une augmentation de la soif, conséquence de la polyurie; mais l'appétit est conservé, la digestion régulière; il y a seulement un peu de tendance à la. constipation (Bazy)..