II. — Tumeurs bénignes
Les tumeurs épithéliales bénignes sont loin d'être rares chez l'iiomme ; leur fréquence véritable n'est bien connue que depuis l'emploi de l'urétros-
MALADIES DE L'URÉÏRE
copie, qui a confirmé d'ailleurs d'anciennes descriptions tomljées dans l'oubli : ce sont les polypes de l'urètre (papillomes, condylomcs). 11 faut v ajouter la leucoplasie, des tumeurs rares, comme les adénomes, les angiomes, les fibromes, les kystes, dont quelques cas seulement sont connus. Aussi n'insisterons-nous que sur les papillomes et cond3domes.
Etioi.ogie. — Parmi les tumeurs bénignes épithéliales, les unes sont de simples végétations de la fosse naviculaire; analogues et souvent associées aux végétations du gland et du prépuce, elles reconnaissent les mêmes causes vénériennes. D'autres surviennent au cours des urétrites chroniques, chez les rétrécis (Janet), et sont d'origine inflammatoire : dans ce groupe, on trouve même des polypes qui sont plutôt des manifestations d'urétriles que de véritables tumeurs. Inversement, l'urétrite peut faire défaut, et s'il y a suintement urétral^ celui-ci peut être consécutif aux polj'pes : l'état général jouerait un rôle, par exemple chez les enfants affaiblis.
Anatomiiî pathologique. — Les polypes de l'urètre se présentent macroscopiquement sous des aspects différents, suivant qu'ils sont sessiles ou pédiculés, isolés ou organisés en groupes, à surface lisse, ou au contraire granuleuse ou villeuse. Histologiquement, ils sont composés d'une trame conjonctive en connexion avec le derme de la muqueuse, et parcourue par quelques anses capillaires, et d'un revêtement épithélial ; on distingue les papillomes, peu nombreux, rougeâtres, vasculaires, des condylomes grisâtres ou jaunâtres, peu vasculaires, à trame conjonctive plus épaisse, à revêtement épithélial tendant à l'épidermisation; Il faut y ajouter des polypes muqueux ressemblant à ceux des fosses nasales (Burckhardt), et siégeant dans l'urètre prostatique : le revêtement est formé de plusieurs couches de cellules pavimenteuses; le centre des coupes montre dans un tissu conjonctif lâche, de nombreuses glandes. Exceptionnellement on a signalé des fibres musculaires et nerveuses.
Toutes les parties de l'urètre peuvent être atteintes de polypes; les condylomes siègenfau voisinage du méat, les papillomes se voient dans l'urètre antérieur et surtout dans la portion pénicnne, mais l'urètre postérieur n'en est pas indemne et serait le plus souvent-, atteint, si l'on en croit Xcuberger, Burckhardt ; on les a observés même sur un urètre hypospade (Moreau).
Parmi les néoformations épithéliales autres que les polypes, nous ne
TUMEUHS DlC L'UUCTRE 26».
mcnlionnerons que la leiicoplasie , qui se présente soit sous forme de plaques nacrées sans surélévation, soit sous forme de plaques surélevées; nous en avons publié en particulier un cas, fort rebelle, occupant la moitié gauche de la fosse naviculaire, d'aspect blanchâtre, de surface
Fig. 99. — Leucoplasie urétrale.
inégale, verruqueuse, d'une épaisseur de 2 à 6 millimètres (fig. 99). On reconnaît à la coupe, la transformation fibreuse du derme, la prolifération des papilles, l'épithélium pavimenteux corné avec ses diverses couches. La figure 99 en montre la structure (voy. aussi leucoplasie vésicale).
Symptômes des polypes urétraux. — La plupart des polypes urétraux passeraient inaperçus, sans l'endoscopie ; ils ne se révèlent, en effet, quand ils sont petits et isolés, par aucun symptôme autre que ceux de l'urôlrite concomitante. Les troubles de la miction ne se manifestent que dans les cas rares où les tumeurs ont pris un développement considérable, soit en volume, soit en surface : ils peuvent varier de la dysurie la plus légère jusqu'à la rétention incomplète ou complète; les hémorragies sont très rares, si ce n'est à l'occasion descalhétérismes. Les poWpes de l'urètre prostatique s'accompagnent de la symptomatologie fonctionnelle des prostatites subaiguës ou chroniques. A notre connaissance, le cas le plus grave est celui de Spangaro : chez un enfant de trois ans, dont l'urètre
élait totalement envahi par des papillomes, une double hydronéphrose se produisit, et la mort survint par urémie.
Diagnostic. — En dehors des cas où les condylomes sont apparents par le méat entr'ouvert, le diagnostic se fait par l'urétroscopie, et ne présente alors que des difficultés de technique. On reconnaît le siège des polypes, leur pédicule, l'aspect de leur surface. On ne confondra pas avec des polypes des plis de muqueuse œdématiée par la pression du tube, ou par l'inflammation, ni des tissus de rétrécissements faisant saillie entre deux fissures, ni l'aspect bourgeonnant de certaines urétrites; dans l'urètre prostatique, un vérumonlanum très développé pourrait prêter à confusion.
Marche. Ticrminaison. — Les petits polypes peuvent persister longtemps sans s'accroître ; les cas où la tumeur grossit progressivement ou se propage dans l'urètre, sont exceptionnels. Il n'est pas douteux qu'un grand nombre de ces polypes disparaissent sous l'influence du traitement des urétrites chroniques, ce que nous avons observé après les instillations de nitrate d'argent; même dans les cas plus rares de pol3qDes assez volumineux, on constate l'élimination spontanée par sphacèle de la tumeur ou du pédicule. La transformation en épithéliome ne paraît pas avoir été signalée .
Traitement. — Les condylomes de la fosse naviculaire seront détruits à la curette ou au galvanocautère, après méatotomie s'il y a lieu. Les polypes isolés et petits des urétrites pourront être traités par les instillations de nitrate d'argent ou de protargol, etc. En cas d'échec de ce traitement, ou même comme traitement initial, on extirpera les polypes au moyen du tube urétroscopique : le plus simple est de les détruire avec une fine pointe de galvanocautère, en une ou plusieurs séances; on continuera ensuite le traitement de l'urétrite chronique, la disparition du polype seul ne suffisant pas en général à l'améliorer. Enfin dans le cas de lésions très étendues, on pratiquerait le curettage de l'urètre, avec ou sans boutonnière urétrale, et l'on maintiendrait une sonde à demeure pendant quelques jours.
Les rayons X peuvent être appliqués aux néoplasmes voisins du méat, par un court tube urétroscopique; le cas de leucoplasie prohférante auquel nous faisons allusion plus haut, et qui avait récidivé après excision, fut nettement amélioré par cette méthode de traitement.
TUMEURS DE L URHTRE
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TUMEURS DE L'URÈTRE CHEZ LA FEMiME