‹ Traité des maladies des voies urinairesChapitre 41 sur 170 · II. — Tumeurs bénignes · texte numérisé non relu

II. — Tumeurs bénignes

Les tumeurs bénignes sont assez fréquentes. Nous passerons en revue : 1" l'hypertrophie de la muqueuse ; 2° les polypes, comprenant des tumeurs papillaires et folliculaires ; 3° les tumeurs vasculaires ; 4° les fibromes et myomes; 5° le prolapsus de la muqueuse ; 6" les kystes.

1° Hypertrophie de la muqueuse. — Suivant le siège qu'elle occupe, on distingue l'hypertrophie du méat, du centre du canal, ou celle qui avoisine le col vésical (Garnier-Mouton) ; cette dernière est la plus fréquente, L'hj^pertrophie atteint principalement la paroi postérieure du canal ; elle comprend toute l'épaisseur de la muqueuse et envahit le tissu cellulaire péri-urétral, d'où un relief appréciable à travers la paroi vaginale antérieure.

Au niveau du méat, il se forme un bourrelet qui n'est pas toujours régulier et qui présente des mamelons parfois pédiculés (Bouilly), souvent cachés par les petites lèvres. La muqueuse qui recouvre la tumeur est lisse, résistante et se continue avec la muqueuse urétrale. Cette hypertrophie, loin de produire un rétrécissement du canal, s'accompagne en général d'une dilatation du méat telle qu'elle admet l'extrémité du petit doigt.

2° Polypes. — Tumeurs papillaires. — Elles présentent l'aspect de petites masses granuleuses rouge vif, parfois violacées, dépassant rarement le volume d'une lentille. Elles peuvent occuper toutes les parois de l'urètre ; plus fréquentes dans la région voisine du méat, elles apparaissent dès qu'on en entr'ouvre les lèvres ou font une légère saillie à l'extérieur.

Tumeurs folliculaires. — Elles sont développées aux dépens des follicules de la muqueuse, surtout au niveau de sa partie moyenne, ne dépassent pas les limites du canal et viennent faire saillie à l'extérieur.

Ces deux variétés de polypes présentent une différence capitale dans leurs symptômes. Les tumeurs folliculaires sont indolentes et c'est souvent au hasard qu'on doit leur découverte. Les tumeurs papillaires sont au contraire douées d'une sensibilité très vive et occasionnent parfois des douleurs violentes. I

3° Tumeurs vasculaires. — Formées par un épaississement partiel de la muqueuse, accompagné d'un état variqueux des vaisseaux, rarement

TUMEURS DE E UUKTRIC 267

profondes, elles siègent de préférence sur la paroi inférieure du méat. Leur volume varie d'une tôte d'épingle à une framboise (Bouilly) ; elles ne sont [iresque jamais pédiculées et offrent l'aspect de végétations rougeâtres, parfois d'un rouge brun ou gribâtre. Tendues, résistantes, elles se gonflent sous l'influence de toutes les causes congeslives, station debout, effort, iépoque eataméniale, etc. Leur turgescence et la coïncidence presque constante d'hémorroïdes anales les a fait désigner par Richet sous le nom d'hémorroïdes urétrales.

4" Prolapsus de l^v muqueuse. — Étiologie. — Le prolapsus de la muqueuse urétrale se montre presque exclusivement chez l'enfant ou chez la femme âgée. L'étude des causes permet de distinguer deux form-es de , prolapsus, brusque et lent (H. Blanc). Le premier succéderait aux efforts ■de la toux, de la défécation, etc. ; le prolapsus lent aurait pour causes les inflammations vésicales et urétrales, la vulvo-vaginite et l'œdème sousmuqueux qui en résulte chez les petites filles; chez la femme âgée, on invoque surtout les grossesses répétées et les accouchements lents; on a signalé la masturbation, le coït anormal par l'urètre, les calculs vésicaux.

Symptômes. — Chez l'enfant le prolapsus brusque est d'emblée total ; le début est, au contraire, insidieux et lent chez la femme âgée (H. Blanc). Les symptômes accusés par la malade sont peu marqués : quelques douleurs presque toujours dues à des érosions concomitantes, pendan t la marche, le frottement des vêtements, plus rarement pendant la miction. Les saignements sont assez fréquents ; on a signalé des hémorragies simulant ime métrorragie.

Lorsque le prolapsus est incomplet, on voit k l'embouchure de l'urètre deux replis muqueux ayant la forme de petites lèvres (Kleinwachter) ; dans le prolapsus complet, la tumeur se présente sous la forme d'une masse rouge, vasculaire, d'aspect framboisé, qui occupe et masque le méat : son volume, ordinairement peu considérable, peut atteindre celui d'un œuf de poule (L. Tait) ; elle est souvent le siège d'un suintement muco-purulent. La réduction, complète tout au moins, en est presque toujours impossible ; quant à l'orifice urétral, on le distingue mal à la vue, mais l'inti'oduction d'une sonde est facile,

La marche est lente, ((uelques modifications se produisent â la surface de la tumeur qui peut s'ulcérer, se sphacéler partiellement . ou suppurer.

Rarement, la muqueuse revêt le caractère d'une couche cornée et s'épidermise (H. Blanc). Plus rarement encore, la réduction spontanée s'opère.

Le diagnostic est souvent difficile, surtout lorsqu'il y a ulcération ; l'hypertrophie de la muqueuse s'en distingue en ce que le méat est élargi et infundibuliforme; les tumeurs sont, en général, villeuses, végétantes ou polypiformes, et le méat n'est pas au centre. Dans la cystocèle urétrale, la tumeur est centrale, ordinairement réductible; on voit un sillon plus ou moins circulaire par lequel s'échappe l'urine.

Traitemeîit. — On doit toujours essayer la réduction, et, si on réussit, la maintenir au moyen d'un bandage compressif. En cas d'échec, qui est la règle, la cautérisation aura des chances de réussir si la tumeur est petite. Le traitement de choix est l'ablation ; la hgature sur une sonde introduite dans la vessie et le thermo-cautère ont été proposés par crainte de l'hémorragie qui cependant est peu redoutable. On préférera l'excision au bistouri ; on veillera à ce que la muqueuse ne se rétracte pas dans l'urètre après sa réduction et il sera prudent de traverser la tumeur en haut et en bas par un til avant de pratiquer la section ; l'affrontement des lambeaux devra être fait avec le plus grand soin (Villar).

5° Fibromes et fibro-myomes. — Ces tumeurs, fort rares, ont une tendance à acquérir un volume plus considérable que celui des autres tumeurs bénignes : le cas le plus remarquable est celui de Routier, où le fibrome atteignit 375 grammes. Même avec des dimensions plus restreintes, les polypes fibreux et les fibromes interstitiels de la paroi gênent considérablement le cours de l'urine, dévient le jet, causent des douleurs de la miction, de la gêne pendant la marche et même peuvent empêcher le coït. Ces tumeurs sont enlevées par énucléation, quand elles ne sont pas pédiculées ; si la muqueuse qui les recouvre est ulcérée ou sphacélée, on excise en même temps les tissus malades.

6" Kystes. — Les kystes peuvent se développer dans la paroi urétrale, surtout au voisinage du méat urinaire ; ils résultent de l'oblitération des orifices des canaux juxta-urétraux qui viennent s'ouvrir de part et d'autre du méat urinaire, ou de diverticules de l'urètre. Ils font saiUie dans l'urètre d'une part, dans le vagin ou la vulve d'autre part ; on a vu le prolapsus d'un kyste par le méat (de Bary). Ces kystes restent peu volumineux, mais

peuvent cependant parfois atteindre le volume d'une noix, d'un œuf. Ils sont recouverts par la muqueuse normale, translucide et amincie. On ne les confondra pas avec les tumeurs bénignes solides, avec les abcès de la cloison urétro-vaginale, avec la saillie de diverticules urétraux. remplis de liquide mais communiquant avec le canal.

Page 1